Parnell et Winter Series

30 04 2011

Frienz, Auckland, 3o avril 2011, 19h30

Comme tous les soirs, à partir de 23h00, le toit est fermé. Nous sommes donc descendus de cinq étages, pour finir nos bières juste devant l’immeuble. La consommation d’alcool étant bannie des rues, excepté les fêtes et les terrasses licenciées, il ne faudra pas longtemps avant que des vigiles nous reconduisent à l’intérieur. Bien qu’il soit interdit à partir de minuit de consommer quelques verres dans le backpack, nous nous glisserons dans le salon pour finir tranquillement nos Cuba Libre ! Après avoir refait le monde plusieurs fois, je regagnerai mon plumard au alentour de 2h00.

Réveillé ce matin par les bruits de circulation, je suis en pleine forme bien que ce ne soit que 7h30. N’ayant que grignoté hier soir, je meurs presque de faim; une demi-douzaine d’œufs brouillés, du bacon et deux bonnes tartines de miel auront tôt fait de me caler l’estomac, et me donneront de l’énergie pour la régate de cette après-midi, les Winter Series débutant cette après-midi.

La dernière visite dans le quartier de Parnell m’ayant laissé un excellent souvenir et ayant récupéré un prospectus narrant l’histoire de quelques maisons lors de la visite de Kinder House, j’en ferai les jalons de ma promenade matinale. Ces bâtisses se regroupent en deux architectures. La première est celle du XIXe siècle, du Parnell originel, datant des années suivant l’installation des colons à Auckland. Hulm Court en est un très bel exemple. L’histoire raconte qu’il s’agit du plus vieux bâtiment d’Auckland, érigé encore sur son site original. L’autre style, plus tardif, est le style Arts and Craft, du début du XXe siècle, où l’utilisation des briques est prépondérante, comme pour les 4 maisons de Parnell Terraces,  ou Neligan House, l’ancienne demeure de l’Evêque.

Une des portes de Parnell Terraces

Avant de retourner au backpack récupérer mes habits de voile, je fais un dernier détour par Ruskin Street, à la Cigale. Tous les samedis et dimanches matins un marché de grande notoriété se tient; presque aucun produit n’est lié à la culture néo-zélandais:  tout est résolument tourné vers le vieux continent : étals de fromages français, mets marocains dont les odeurs d’épices envahissent les étals, véritables mozzarelles fumées, fabriquées à partir de buffles déportés en terre kiwie, olives marinées à la mode espagnole ou italienne, humus aux différentes senteurs, … L’ambiance habituelle, déjà très festive, est aujourd’hui renforcée par la ferveur populaire. En effet, un des princes du Commonwealth s’étant marié hier, les drapeaux anglais flottent au vent, un livre d’or est présenté, dans lequel les gens s’empresse d’y annoter leurs meilleurs vœux, les chapeaux mêmes sont aux couleurs de l’Union Jack.

Le marché de La Cigale, aux senteurs européennes

Au Frienz, j’emporte mes habits, et file en compagnie de François-Xavier, un français formé en architecture navale à Southampton, jusqu’à Westhaven Marina. Après avoir arpenté quelque peu les quais, nous trouvons chacun de notre côté un équipage et son fidèle destrier. Le mien est un FARR MXR, le deuxième des onze monotypes amarrés côte à côte dans le bassin. Alors que tous les autres sont ornés de publicités, celui sur lequel je navigue arbore une coque vierge d’écritures, et si ses voiles ont dû arborer un certain temps des encarts, aujourd’hui ces derniers sont décousus. Alors que sur Pork Chops mon rôle se bornait à celui d’être un ballast sur pattes, id est, de me masser contre la filière au vent à chaque virement de bord afin de disposer le poids de manière idéale, mon rôle aujourd’hui est plus sportif en tant que trimmer. A chaque virement, mon travail consiste d’une part à avaler le maximum d’écoute, afin de border au maximum le génois, le réglage fin étant effectué par Georgy, un grec habitant Auckland depuis plus de 9 ans, d’autre part à préparer le prochain en redisposant l’autre écoute autour de son winch, avant de retourner m’accrocher dans la filière au vent. Lors du long bord de retour, je me bornerai au rôle de trimmer, autrement dit à être la force motrice des winchs, en tournant la manivelle lorsque la demande se fait sentir. Très belle course: l’équipage termine deuxième sur les 8 Farr MXR de sortie aujourd’hui. Comme à l’accoutumée, je suis invité à participer à la prochaine régate dans deux semaines.

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Un peu la flemme … mais longue vie au Festival Balélec

28 04 2011

Frienz, Auckland, 28 avril 2011, 18h51

Aujourd’hui, je me sentais plutôt flemmard, et je n’avais pas trop l’envie de sortir l’ordinateur pour publier un billet sur la journée, même si cette dernière avait été dans l’ensemble plutôt bonne.

A midi, je reçois un courrier de mes parents (n’oubliez d’ailleurs pas de saluer la famille de ma part) contenant mon nouveau permis de conduire officiel, ainsi qu’une lettre avec une liste interminable de questions. Bref, je peux recommencer à rouler sans aucun problème sur les routes néo-zélandaises, car le papier officiel que l’état du Valais m’avait octroyé exceptionnellement avait expiré lundi de Pâques.

Par contre l’après-midi fut un peu plus malheureux. Alors que nous nous apprêtions à tester le dernier panneau, lors du premier essai à une vitesse de 1[m/s], voilà que les valeurs mesurées par deux capteurs de pression partent en vrille. Bref, retour au même point qu’il y a deux semaines en arrière. Effectivement, après les avoir dévissés, ils sont humides, l’un des connecteurs est complètement oxydés. Après nettoyage, si l’un fonctionne à nouveau correctement, le signal du deuxième ne cesse de faire des oscillations alors que le capteur est au repos. Finalement, ce n’est pas ce dernier qui est défectueux, mais le câble qui doit être endommagé. La solution semble simple, mais réussir à démêler les cinq câbles de réserve s’avère une véritable gageure, sans compter que les connecteurs seront plus difficile à étanchéifier. Qu’à cela ne tienne, l’issue semble proche, et si rien d’autre ne se détériore durant la nuit, le panneau sera testé demain.

Un mystérieux paquet m'attendait à l'hôtel

Par contre, ce qui m’a poussé à écrire ce billet, c’est le mystérieux colis que j’ai reçu ce soir au backpack. A peine arrivé, je me fais alpaguer par la réceptionniste sur mon nom de famille: Oggier, lui ai-je rétorqué. Ce à quoi elle répondit « There is a box for you » tout en me tendant un gros carton, arborant une forme d’accordéon à une des extrémité. Si l’adresse ne m’est pas inconnue, il s’agit de celle de l’intendance de l’EPFL, id est,  de mes amis concierges à l’EPFl. Toutefois, comment auraient-ils eu mon adresse ? La réponse du mystérieux expéditeur est fournie par la cinquième ligne. Et je n’ai que trois mots à dire « merci, les blekiens » (larme à l’oeil, là, comme le dit si bien une expression valaisanne)

EPFL-DII-Intendance
BS  127 (BAT BS)
Station 4
1015 Lausanne
Balélec

Bref, le temps de remiser mes commissions dans l’armoire frigorifique et je rejoins ma chambre deux étages plus haut. Il est tant d’ouvrir le colis. Son contenu? la panoplie complète pour me transformer en support publicitaire actif pour le Festival Balélec. La publicité dynamique peut commencer en Nouvelle-Zélande :

  • 1 Veste
  • 1 Pull
  • 1 Chemise
  • 1 T-shirt
  • 2 Affiches A4
  • 20 flyers
  • et je vous laisse deviner le contenu des 3 carrés argentés, ornés de la croche du Festival Balélec et de sa date

Le contenu du contenant

Pour la petite histoire, le T-Shirt est déjà sur homme, 3 flyers ont été distribués à des francophones, dont l’un se rend en France pour le 11 mai.

Enfin, voilà, même que je suis à l’autre bout du monde, il faut quand même que je le dise bien haut :

7 SCENES, PLUS DE 25 CONCERTS, DE NOMBREUX BARS, DE L’ALCOOL, DE L’AMBIANCE, DES NOMADES POUR ANIMER LE SITE, ET BIEN PLUS ENCORE … SI VOUS NE FAITES RIEN, VENEZ A BALELEC, ET SI VOUS FAITES DEJA QUELQUES CHOSES, DECOMMANDEZ, ET VENEZ QUAND MEME!





News

26 04 2011

Bus navette, City Campus-CACM, 27 avril 2011, 8h10

5 jours, 1352.4 kilomètres. Une bien belle aventure jusqu’à la pointe Nord de la Nouvelle-Zélande. Si j’ai vu les points forts de la région, le double de temps est nécessaire pour en profiter pleinement : nombre de petites marches que je n’ai pas faites, entre autre celle dans Waipoua Forest, ou celle menant jusqu’au falaise du Cap Nord, quelques coins touristiques que je n’aurai pas visité : le musée de la baleine à Hini, et le Boulders Park près de Rawene. Quelques regrets, mais aucun suffisamment important pour ternir cette petite expédition.

Je vous laisse en profiter. L’histoire commence ici, le 22 avril 2011. Pour l’instant seuls les trois premiers jours font l’objet d’un récit illustré. Je pense toutefois que vous aurez assez de lecture pour me laisser le temps de vous narrer les deux derniers.

Bon je vous laisse à la lecture, ma journée vient tout juste de débuter.

Je profite aussi de remercier ma petite (de taille) soeur aînée qui prend le temps de corriger les articles derrière moi.





A la découverte du Far North : Waipoua Forest – Auckland

26 04 2011

Frienz, Auckland, 28 avril 2011, 6h45

Alors que je me réveille, dehors la pluie continue à tomber. Quelques œufs brouillés pour le petit déjeuner, par contre le pain n’est pas toasté et me voilà de nouveau dans la forêt de Waipoua, pour la découvrir au petit matin. Dès que j’ai pénétré le couvert, la fine bruine a cessé, mais de grosses gouttes tombent de manière irrégulière. La sente est détrempée par les averses de la nuit, transformée par endroits en véritable mare ou champs de boue.

Si, au crépuscule, la forêt résonne de sons nouveaux pour un petit Suisse, ces derniers n’existent plus au matin, et le silence est de rigueur. Les kauris élancent leur tronc jusqu’à la canopée, les fougères d’argent élèvent leurs longues feuilles à plus de 2 mètres au-dessus du chemin, quantités d’autres arbres et arbustes se développent dans les espaces restants. Le vert prédomine partout, clair, brillant, foncé, électrique, … de toutes ses teintes, il dessine un véritable tableau pointilliste. Au ciel, les nuages blancs étincelants illuminent les frondaisons, noyant dans un halo de brume les cimes. De retour à Cathedrale Cove, je peux profiter de toute sa splendeur, les jeunes kauris, aux troncs élancés, poussent proches du chemin, alors que dans le lointain les fûts massifs des anciens semblent former une barrière pour les protéger. Au milieu trône Yakas; petit moment d’émotion au moment de l’étreindre : mes bras n’en feront jamais le tour, mais serrer un beau gros bébé de plus d’un millier d’années est fantastique.

Yakas, 7e plus grand kauri

Revenant sur mes pas, j’emprunte le deuxième sentier, celui qui me mène à Te Matua Ngahere, Le Père de la forêt. Moins élevé que son grand frère Tane Mahuta (29.9 mètres), il est par contre bien plus baraqué avec son périmètre atteignant 16.4 mètres. Sa présence est cependant toute aussi impressionnante. Poussant à l’intérieur d’une clairière de vieux Kauris, ces derniers apparaissent toutefois chétifs à ses côtés. Un petit moment de recueillement s’impose lorsque pareille majesté est aperçue. Le troisième sentier, quant à lui, mène à Four Sisters, quatre kauris poussant côte à côte. Si l’élégance de l’ensemble est admirable, ils sont moins impressionnants que les trois précédents.

Te Matua Ngahere, le plus large kauri du monde

Retour au campervan pour la suite de la journée. Un petit regard sur la carte pour planifier mon itinéraire qui doit me conduire sans faute à Auckland, où je dois rendre le véhicule à 4 heures. Depuis Dargaville, éloignée de 60 kilomètres, il faut, d’après le planificateur routier, compter 3h00 pour atteindre la ville. Comme il n’est qu’à peine 8h30, j’ai du temps devant moi pour visiter le musée du kauri à Matakohe, et faire encore une ou deux petites haltes. A quelques kilomètres de la fin de la forêt, un panneau brun indique « Waipoua Forest Lookout »: je m’empresse de tourner sur le chemin non-carrossé, où l’eau ruisselle en deux larges sillons ocres, de part et d’autre de la route grise. J’arrive bientôt au sommet de la butte, où s’élève un kauri au tronc si fin, que sa naissance date de la dernière décennie. Toutefois une plaquette de cuivre vous apprend qu’il est déjà âgé de plus de 30 ans. Un poste d’observation érigé non loin de là permet de prendre de la hauteur et voir la forêt s’étendre à perte de vue sur des terres montagneuses. Enfin, quand je dis à perte de vue, cela doit être quand il fait beau, car les nuages restreignent quelques peu mon horizon. Si le panorama sur la forêt est beau, il est moins impressionnant que ce à quoi je m’y attendais, tout semble si égal, aucun arbre n’élance ses branches à travers la canopée, aucune clairière ne forme un trou dans la surface végétale. La forêt est bien plus belle de dedans qu’admirée depuis l’extérieur.

Waipoua Forest depuis le point de vue

Je reprends la route, direction Dargaville, la capitale du Kumara : la région produit plus de 80% de celles consommées en Nouvelle-Zélande. Toutefois, à mon grand regret, je ne verrai aucun champ. Par contre, la région est encore plus monotone que celle que j’ai traversée précédemment. Dans l’idée, elle m’a fait la même impression que lorsque l’on traverse les grandes étendues céréalières au sud de Paris : greniers à grains pour La France, réserves de patates douces pour la Nouvelle-Zélande. Avant de partir, Tom, Quentin et Erwan m’avaient prévenu que depuis quelques kilomètres avant cette ville, et jusqu’à rejoindre la côte Ouest, il y avait bien peu de choses à voir.

Alors, quand j’ai vu un signal marquant Maungaraho Rock, tout en apercevant une énorme éminence rocheuse surgir du paysage, telle la nageoire dorsale de quelque créature marine, je n’ai pu m’empêcher de m’approcher. Un petit détour en rase mais ondulante campagne, sur une route serpentant à flanc de collines, m’amène à son pied. Un panneau quelques peu défraîchi annonce « Maungaraho Rock Scenic Reserve », toutefois il ne porte pas les couleurs officiels du DOC, et met en garde que le sommet ne peut être atteint que par des randonneurs de bon niveau. Ayant été quelque peu déçu par les marches facilitées par la préparation parfaite des chemins en Nouvelle-Zélande, je ne peux louper pareille occasion de retrouver une véritable sente sur laquelle seuls des touristes égarés doivent y marcher. Je ne serai pas déçu: à peine tracé dans les hautes herbes, aussi étroit que la largeur d’une chaussure, aussi capricieux que le relief : montant, descendant, contournant quelques obstacles, ce sentier est pittoresque. Je mettrai même presque 5 minutes à trouver l’embranchement pour gagner le sommet. C’est alors que j’ai compris la mise en garde: pareil que la montée à la Pierre Avoi, avec quelques passages scabreux. Les rochers à escalader sont patinés par le temps, leur coefficient de glisse intrinsèque déjà particulièrement élevé est plus que doublé par les averses ayant mouillé la pierre. Une corde accrochée à quelques pitons rouillés, solidement enfoncés dans le roc est d’un grand secours et mène à une échelle, non métallique, mais faites de barreaux en bois, liés par des filins métallique à gaine plastique, attachés au sommet de la dalle. Assemblage quelque peu brinquebalant, mais qui permet d’arriver jusqu’à mi-hauteur. Le chemin parcourt en équilibre la crête entre divers petits arbustes. Mes habits en ressortent complètement trempés, ayant absorbés la fine pellicule d’eau présente sur chacune des feuilles de ces arbrisseaux. J’arrive enfin au sommet, où trône fièrement un panneau de triangulation. Comme ce dernier est déjà orné par deux signatures, j’y rajoute la mienne ainsi qu’un logo bien connu dans les environs de l’EPFL. De fait,  la vue est magnifique sur les pâturages de la région, où quelques bosquets et cailloux épars ajoutent un peu de dynamisme au paysage.

Une échelle brinquebalante

De retour sur la terre ferme, je me remets en route, direction Matakohe. Au premier carrefour, je poursuis mon chemin sur la route goudronnée. Mal m’en a pris car il mène dans la mauvaise direction. S’ensuivent quelques tours et détours dans la cambrousse néozélandaise, les fermiers ouvrent de grands yeux ronds en voyant passer un campervan de location sur leurs routes gravillonnées. Le paysage correspond bien à une région agricole, qui finalement se ressemble dans les pays industrialisés, et je fixerai cet instant sur pellicule.

La cambrousse dans l'arrière pays entre Dargaville et Matakohe

J’arrive finalement au musée du Kauri, après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres supplémentaires. Si maintenant vous connaissez le kauri en tant qu’arbre, sa résine, ramassée par les gumdiggers jusqu’au début du siècle passé, le travail des kauris de marais, exhumés après plus de 40’000 ans passés sous terre, il est temps de s’intéresser à la dernière facette de cette industrie. L’abattage des kauris pour la charpenterie et la menuiserie. En raison de leur forme particulière, avec des branches ne poussant qu’à la frondaison, des troncs larges, il est possible de débiter dans leur fût un nombre impressionnant de planches au bois exempt de défaut. Toutefois, le travail pour abattre un de ces arbres est proportionnel à son diamètre et si les techniques de bases sont celles des forestiers européens, les outils sont quelques peu disproportionnés avec des scies de 3 mètres de long, peu à peu remplacées par des tronçonneuses rallongées. Les attelages comportaient jusqu’à 12 bœufs pour tracter des tiers de tronc en dehors de la forêt. Une tout autre dimension. Le musée est focalisé sur le travail lié au kauri et présente nombre d’attelages, d’outils, entre autre une collection exceptionnelle de tronçonneuses, un vénérable tracteur Caterpillar aussi puissant que 120 bœufs et nombre de planches issues de kauris soit abattus, soit exhumés des marais, conservés en tant que témoignage. La pièce maîtresse est sans nul doute, la planche centrale découpée dans un arbre, allant de sa frondaison jusqu’à ses racines. Une scierie y est d’ailleurs complètement reconstituée, avec d’anciennes scies récupérées. Il ne faut pas imaginer la scie à main, mais plutôt le modèle industriel, soit capable de découper un tronc en deux, soit celle faites pour débiter des six planches en une seule passe à partir d’une poutre massive. L’exportation de ce bois vers l’Australie ou l’Amérique fut une des mamelles de la Nouvelle-Zélande lors de sa fondation. La construction navale y est abordée, le bois de kauri étant particulièrement aimé : stable, durable, imputrescible, facile à travailler en raison de sa souplesse et de sa robustesse, et apprécié pour la longueur des planches.  Toutefois, il narre aussi l’histoire de cette région qui fut prospère quand les kauris étaient nombreux au travers de nombreux objets de la vie quotidienne. La visite se termine par la découverte d’une impressionnante collection de gums dans une chambre forte au sous-sol. Un musée splendide que je vous recommande chaudement de visiter si un jour vous venez en Nouvelle-Zélande. Si ma visite n’a duré que deux heures pour des questions logistiques, je pourrai facilement y passer deux à trois supplémentaires sans m’y ennuyer.

Une impressionnante collection de tronçonneuses

Quittant le musée, je descends d’une seule traite jusqu’à Auckland, un ou deux petits arrêts en court de route pour ravitailler le moteur et en essence et le réchaud en GPL. Je profite d’emprunter le seul tronçon à péage de Nouvelle-Zélande, une portion de route entre Silverdale et North Shore. Je ne serai pas déçu : il faut s’imaginer une véritable autoroute comme il en existe des kilomètres en Suisse : deux voies plus celle de l’arrêt d’urgence dans les deux directions, bernes centrales, tunnel à deux tubes, revêtement agréable à rouler, … un véritable ovni dans le paysage routier. J’arrive à Auckland vers 15h15, le temps de remplir le réservoir, nettoyer un peu l’intérieur du bus et je le rends avec à peine 10 min d’avance sur l’horaire.

Magnifique road trip, 1352.4 kilomètres, un peu plus de 1000 photos, dont une bonne partie termineront à la poubelle, de belles découvertes et une superbe introduction à la Nouvelle-Zélande, je me réjouis de partir à la découverte de l’île du Sud. Aller! Une bonne douche, un bon plat de pâtes et une bonne nuit. Enfin, pas si bonne que ça, j’avais oublié le tumulte dont une ville comme Auckland est capable. Sans compter l’alarme à incendie qui s’est déclenché vers 23h30, conduisant à l’évacuation complète du backpack! Toutefois fausse alerte, les pompiers, arrivés quelques minutes après, n’ont rien découvert de spécial.  J’ai adjoint un petit questionnaire sur les objets que j’ai embarqué avec moi, lors de son déclenchement.

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A la découverte du Far North : Cape Reinga – Waipoua Forest

25 04 2011

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 18h23

Aujourd’hui, levé de bonne heure, j’avance mon campervan de 500 mètres jusqu’au parc du Cape Reinga, où trois demoiselles débarquent de leur voiture. Etudiantes en échange dans la ville de Dunedin au fond de la côte est de South Island, elles profitent des vacances pascales pour faire un saut dans le Nord, réputé plus chaud à cette saison. Toutefois, le temps n’est pas au soleil, et un vent d’Ouest à décorner un bœuf souffle sur le bout septentrional de la Nouvelle-Zélande, apportant avec lui nombre de nuages gris, quelques gouttes de pluie et des traînées brumeuses s’accrochant aux aspérités montagneuses. L’ambiance est bien différente de bon matin, lorsqu’il est possible d’embrasser du regard le paysage environnant. Comme une seconde découverte, où un autre sens, la vue, devient prépondérant : le ressac entendu hier soir ne semble plus qu’un murmure, alors que le vent n’a pas faibli, par contre, la luminescence des embruns se magnifie en fines dentelles et la texture de l’eau se détaille, les vagues prennent du relief,  les couleurs réapparaissent, une véritable renaissance.

Mon campervan au petit matin

Comme hier soir, le phare surgit très rapidement derrière la crête. Erigé presque au bout de la péninsule, il surplombe de 162 mètres la mer en contrebas. Chemin faisant, la croisée des mers apparaît, là où la mer de Tasmanie vient heurter violemment l’Océan Pacifique. Les vagues, poussées par leur vent respectif, viennent déferler les unes sur les autres, dessinant un croissant blanc d’embruns au large de la côte. De temps à autre le choc projette l’écume à plusieurs mètres au-dessus de l’océan. Je ne me lasserai pas de regarder. Le spectacle est aussi intéressant en contrebas, où les vagues viennent mourir en gros rouleaux sur la plage, à moins qu’elles ne s’écrasent contre les rochers formant l’extrémité du Cape Reinga (Te Rerenga-Wairua). Sur ce dernier un pohutukawa résiste aux ardeurs du temps depuis plus de 800 ans. Selon les légendes maories, les âmes des défunts rejoignent le monde spirituel en descendant le long de ses racines, après avoir remonté toute la péninsule Aupouri. Pour ma part, je vais remonter jusqu’à mon véhicule, sans oublier toutefois de gravir la colline autour de laquelle s’enroule le chemin. Au sommet, malgré les rafales qui tentent de me faire vaciller, j’y prendrai mon petit déjeuner, humant l’air marin, et admirant les plages plus à l’est rejoignant le cap Maya van Diemen. Les nuages prennent toutefois un malin plaisir à perdre de l’altitude, et à embrumer le paysage au loin, restreignant mon horizon à quelques centaines de mètres.

Cape Reinga et la croisée des mers en arrière plan

Avant d’embarquer dans mon van, je récupère sur le parking une luge en plastique, et bien que l’un de ses côtés soit fendu, il s’agit d’un instrument parfait pour la glisse. A Te Pika, je tourne à gauche, et traverse un vaste pâturage verdoyant coincé entre les landes de l’extrémité Nord de la péninsule, et les gigantesques dunes de sables marquant le commencement de Ninety Miles Beach sur la côte ouest. Sitôt débarqué, je retire mes lourds souliers de marche, et m’élance à l’assaut des pentes sablonneuses. Il est encore plus difficile d’y progresser que dans une bonne poudreuse fraîchement tombée, mais j’atteins le sommet assez rapidement. Et bien voilà, il est  temps de se lancer à la découverte du sandboarding, soit descendre une dune en glissant sur n’importe quel instrument : luge, surf, ou encore simple planche de bois. Fun, rigolo, mais l’activité se révèle rapidement abrasive, sans compter le désagrément du sable projeté dans le visage par le vent et la vitesse, avis partagé par deux autres touristes qui s’essaient aussi à cette activité.

Moi, peu avant de tester l'abrasion du sable lors d'une chute mémorable. J'en ai encore les dents qui crissent

Avant de s’asseoir, gros nettoyage afin d’enlever un maximum de grains de sable, mais ce dernier, humidifié par la bruine de la nuit passée, reste collé à la peau. Rien n’y fait, seule une bonne douche permettrait de les enlever. De retour sur la route principale, je la quitterai rapidement, direction Surville Cliffs, le point le plus au Nord de la Nouvelle-Zélande, que je m’étais promis de visiter. La lecture d’une carte topographique du pays m’avait appris qu’une route, terminant en cul de sac, se prolongeait en sentier jusqu’aux falaises : une belle balade d’une heure et demie en perspective. Quelle ne fut pas ma déception, lorsqu’arrivant à la bifurcation, je tombe sur une grosse barrière cadenassée au milieu de la route, avec un panneau indiquant propriété privée, accès interdit. Je serai donc privé de ce point extrême. Pour me réconforter, je poursuis mon chemin jusqu’à Spirit Bay, située au bout de la route secondaire. Le jeu en valait la chandelle, la plage Te Horo est encore vierge de toutes traces, j’y laisserai les premières empreintes en allant profiter d’un petit bain matinal, décrassage obligatoire après le sandboarding. Je préfère être salé que sablé pour le reste de la journée.

Une déferlante à Spirit Bay

Je redescends la péninsule presque d’une traite, quelques arrêts pour prendre des photos, et peu avant d’arriver à Paparore, je m’arrête au Gumdigger Park. J’ai évoqué précédemment que les maoris troquaient des gums de kauris contre des mousquets européens, sans en avoir donner aucune explication. Il faut dire que jusqu’à aujourd’hui, je ne connaissais ni la signification de gums, ni l’allure végétale d’un kauri. Tout d’abord, le kauri, qui pousse en Nouvelle Zélande, est endémique à la région du Far North. De son nom latin agathis australis, il appartient à la famille des conifères. La gomme de Kauri est la résine secrétée par l’arbre suite à un endommagement, afin d’étanchéifier la cicatrice. Lorsque l’arbre grandit, l’écorce tombe, et avec elles les morceaux de gomme. Si les maoris ramassaient les gums tombés des arbres, les européens commencèrent à aller la chercher dans les frondaisons, ou encore à creuser le sol pour la déterrer. Il y a quelques milliers d’années, une forêt de kauri occupant le début de la péninsule fût complètement abattue suite à un cataclysme et les troncs furent conservés dans les marais. Les colons commencèrent alors à creuser le sol à la recherche des gums enterrées, d’où leur nom de gumdiggers. Les maoris utilisaient principalement la gomme pour la cuisson et l’éclairage en raison de ses propriétés combustibles, à moins d’être utilisée comme pâte à mastiquer ou comme pigment pour les tatouages. Les européens trouvèrent rapidement le moyen de la transformer en verni de haute qualité, ou encore à des fins plus commerciales comme adjuvant dans des peintures, revêtement en linoléum. Bien que le travail soit dur et sale, il attirait un grand nombre de travailleurs. La raison de l’adjonction d’un gumdigger croate à la sculpture Pou de Whangarei est facilement expliquée quand l’on sait que près de 8000 dalmates débarquèrent en Nouvelle-Zélande pour y creuser des trous et chercher les gums. Ce que la nature mit plusieurs milliers d’année à produire fut complètement épuisé en moins d’un siècle. Alors qu’à la fin du XIXe siècle, il était courant d’utiliser un gum comme cale-porte, la moindre chips (gum de petite taille) vaut aujourd’hui quelques dollars.

Différentes gums de kauri

Quelques kilomètres plus loin, je visite la salle d’exposition de l’entreprise Ancient Kauri Kingdom, qui transforme les fûts de kauris, conservés depuis plus de 50’000 dans les marais, en objet usuel : table, services à salades, plats, fauteuil, … Alors qu’à l’époque des gumdiggers le tronc était considéré comme un déchet, car aucune gums ne s’y trouvait le long, aujourd’hui ces futs valent de l’or. En effet, la plupart des kauris enterrés étant âgés de plusieurs centaines d’années lorsqu’ils furent abattus, leur circonférence est gigantesque. Peut être, comme moi, lorsque vous étiez enfant, vous avez rêvé d’un escalier sculpté à l’intérieur d’un tronc gigantesque, et bien l’unique exemplaire au monde y est exposé. Pièce maîtresse de l’exposition, elle est bien sûr non disponible à la vente.

L'escalier sculpté dans le fut d'un ancien grand kauri des marais

Je reprends ma route vers le Sud. Comme m’avaient prévenu quelques amis, la côte ouest est beaucoup moins riche en paysage que la côte est. Effectivement, le paysage est plus monotone, les prairies sont entrecoupées de forêts, pour la plupart colonisées par des pins européens. Pour découvrir les essences locales, il faut prendre le temps de marcher dans les parcs forestiers du Northland, temps qui me fait malheureusement défaut. Mes arrêts étant moins nombreux, je sais que j’ai atteint les rives d’Hokianga Harbour lorsque la mangrove remplace rapidement toutes les autres espèces végétales. Un petit arrêt à Kohukohu me permet de découvrir un village possédant une grande densité de maisons victoriennes construites en bois de kauri. Cet halte me coûtera les 5 petites minutes de retard accumulées sur l’heure de départ du ferry, devant me mener de l’autre côté de la rade. Devant patienter une petite heure, je profite de me préparer un bon plat de pâtes que je déguste avec vue sur Hokianga Harbour, la rive étant complètement dégagée de cette mangrove impénétrable.

Hokianga Harbour

Une fois de l’autre côté, à Rawene, je me dégourdis encore un peu les jambes en faisant quelques pas dans ce village, conservant un grand nombre de vieux bâtiments et comptant pas moins de six églises. Lors de la préparation de ces courtes vacances, j’avais planifié de faire un saut à Wairere Boulders Park, un énorme pâturage où d’énormes blocs basaltiques furent sculptés par l’acidité des anciennes forêts de kauris. Toutefois, je n’aurai point le temps de faire le détour, et repars dans la direction opposée, vers Oponini et Omapere. Ces deux villages font faces à North Head, la tête de la côte nord, une gigantesque dune de sable fermant l’embouchure de Hokianga Harbour, où une barre de rouleaux est visible. Le point de vue d’Arai-Te-Uru, situé sur les falaises de la rive sud, permet de profiter pleinement des déferlantes de la longue houle de la mer Tasmane sur les hauts-fonds situé à l’entrée de la rade. Le théâtre est magique, et ni vidéo, ni photo ne permettraient de capter l’intensité des mouvements et la puissance des vagues.

Déferlantes à l'entrée d'Hokianga Harbour

Quelques kilomètres plus loin, la route pénètre dans Waipoua Forest, la forêt où nombre de kauris vieux de plusieurs centaines d’années poussent encore, épargnés par les hordes de colons et de maoris à la recherche de son précieux bois. La végétation est dense, deux murs impénétrables semblent érigés de part et d’autre de la route, les places d’évitement sont petites et rares. J’arrive rapidement au sentier menant à Tane Mahuta, le kauri nommé d’après le Dieu maoris de la forêt. Si les chiffres sont impressionnants : 51 mètres de haut, 13.8 mètres de circonférence, 255.5 mètres cubes de masse ligneuses font de lui le plus grand kauri vivant. Le voir fait pleinement ressentir ce que le terme grandeur possède au plus profond de lui même. Je crois qu’il n’y a rien à ajouter d’autre, et juste le contempler, de longues minutes.

Tane Mahuta dans toute sa grandeur

Le crépuscule est tombé pendant mon admiration de Tane Mahuata, je reprends mon chemin, et parcours environ 2 kilomètres vers le sud avant de tomber sur le parking du DOC (Departement of Conservation), d’où partent trois sentiers vers trois autres grands kauris. Bien que la nuit soit prête à tomber, je m’aventure, une frontale dans mon sac à dos sur le chemin menant à Yakas, le septième plus grand de son espèce. Peu à peu, l’obscurité gagne la forêt, et la faune se réveille. Lorsque j’arrive à Cathedral Cove, un lieu où de nombreux jeunes kauris poussent parmi quelques grands anciens, dont Yakas, elle est complètement tombée. Ayant marché doucement, sans lampe, je serai récompensé d’attendre encore un moment, à l’affût des bruits nocturnes : j’entendrai deux cris particuliers, et si j’avais déjà une bonne idée des animaux ayant pu les émettre, un petit contrôle effectué mercredi matin m’a persuadé que j’avais vu juste. L’un était proche du hululement, celui de la chouette morepork, et l’autre celui du très célèbre kiwi, dont le nom est très proche de son cri « ki-oui ». Sans doute le meilleure souvenir de ces cinq jours.De retour de ma balade en même temps qu’une visite guidée nocturne avec un responsable du DOC, ce dernier attendra que je quitte le parc afin d’être sûr que je ne profite pas de l’opportunité d’y dormir, avant de partir à son tour. Toutefois, cela ne marche pas avec mon esprit retors qui m’a poussé à y revenir 10 minutes plus tard, pour profiter d’une excellente nuit en pleine forêt de Waipoua, une des dernières demeures des grands Kauris. Je n’aurai toutefois pas la chance d’entendre une deuxième fois la faune nocturne: le vent s’est mis à souffler, et bientôt une averse s’est mise à tambouriner sur le toit de mon gîte.

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A la découverte du Far North : Russel – Cape Reinga

24 04 2011

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h30

A l’instar des deux autres matins, le ciel est nuageux, quoique un peu plus gris. Seconde mission du matin, après celle de l’ineffable petit déjeuner, descendre vers le Sud jusqu’à Kawakawa, pour admirer des toilettes publiques. Kawakawa n’a rien d’exceptionnel, il s’agit d’une ville kiwi comme les autres, à l’exception  du numéro 60 de Gillies Street, position des susmentionnés sanitaires. Les plans, ainsi que la décoration de ces derniers est le fruit de l’artiste et éco-architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, ayant passé sa vie et trépassé dans une maison isolée sans électricité de cette ville. Les photos sont plus parlantes que les mots pour son œuvre, mosaïque de verres et de céramiques bariolées.

Vue extérieure des toilettes Hunderwasser à Kawakawa

De retour à Paihia, bien qu’il s’agisse d’un must de faire un tour dans la Bay of Islands pour découvrir ses merveilles, la météo incertaine me pousse à ne pas choisir cette option. L’arrivée massive d’une foule débarquant de plusieurs bus, pour embarquer qui sur les ferry, qui sur les jetboats me confortera dans ma décision. Je reviendrai un jour, pour y naviguer, que dis-je! pour y voguer sur un voilier à mon bon plaisir, mais en dehors de la saison touristique, bien entendu. L’alternative a tout pour me séduire avec son attrait historique. Si j’ai attendu plus de 20 ans en Suisse avant de me rendre sur le Rütli, la prairie où fut conclu le pacte originel entre Uri, Schwyz et Unterwald, fondateur de la Suisse, il ne m’aura pas fallu 2 mois pour fouler le sol sur lequel fut signé le traité faisant d’Aotearoa, une nation à part entière sous l’égide du Commonwealth. Je quitte avec joie Paihia et ses  hordes de touristes, pour Waitangi, situé de l’autre côté de la rivière Haumi. Le seul point intéressant de la ville est sans doute l’église St Paul’s Church, construite en 1925 en pierres basaltiques issues des carrières de Kawakawa, sur l’emplacement de la première église d’Aotearoa.

St Paul's Church à Paihia

Si la fondation de la Suisse est basée sur une légende, l’histoire de la Nouvelle-Zélande est très bien documentée. D’ailleurs, il est nécessaire de vous la conter en quelques mots : si la majorité des relations entre maoris et colons sont positives, certaines tensions existent quant aux terres et aux propriétés. De plus, avec l’arrivée toujours plus nombreuse de baleiniers, de navires, de repris de justices, de marchands, de missionnaires catholiques, Bay of Islands devient bondée. Kororareka gagne son surnom d’Hell-Hole of Pacific. James Busby est ainsi mandaté en tant que Résident Britannique par le gouvernement anglais pour y remettre un peu d’ordre. Arrivé en 1833, il n’aura que très peu de ressources pour mener sa mission à bien. Toutefois, ses relations avec les maoris sont excellentes. En 1834, il obtient même de l’amirauté pavillon maritime et régistration pour les navires maoris. En 1835, lorsqu’un français, Baron de Thierry, s’autoproclame Souverain Chef  d’Aotearoa, il arrive à rassembler 35 chefs maoris de l’île du Nord, qui finissent par signer la Déclaration d’Indépendance de la Nouvelle-Zélande. En début 1840, le Capitaine William Hobson débarque à Bay of Islands avec les pleins pouvoirs de la Reine d’Angleterre pour conclure un traité. Busby l’aidera à réviser son brouillon. Le Révérend Henry Williams et son fils finiront la traduction tard dans la nuit à la veille de sa présentation officielle. Le 5 février 1840, maoris et européens sont réunis par centaines à Waitangi. Après une nuit complète de discussion, 43 chefs maoris signent le traité, face à la Résidence (de Busby). Si en septembre de la même année, plus de 500 autres chefs ont paraphé des copies du traité, le 21 mai Hobson a proclamé la souveraineté de la Couronne Britannique sur la Nouvelle-Zélande. Si le débat sur l’interprétation du traité se poursuit encore de nos jours, il est surtout regardé comme un agrément entre deux peuples voulant vivre et travailler de commun.

Le mat planté à l'emplacement de la signature du traité, et la Résidence en arrière plan

Aujourd’hui le sol sur lequel fut signé le traité a quelque peu changé, mais nombre de symboles s’y trouvent. A commencer par le mât, planté à l’endroit précis où le document fut signé. Si, aujourd’hui, à son sommet flotte le drapeau de la Nouvelle-Zélande, il comporte à mi-hauteur encore l’Union-Jack et le pavillon maori. Ou encore la Résidence, un petit cottage où a logé James Busby durant ses années passées à Nouvelle-Zélande : des 4 pièces de 1933, le cottage s’est adjoint 4 chambres supplémentaires en 1940 au sud, et l’extension de la partie domestique a créé l’aile nord. Sans compter la marae, érigée lors de la fête du Centenaire et dont les sculptures rappellent les ancêtres des diverses tribus maories, ainsi que le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua construit pour la même occasion. Et tout cela dans un cadre plus ou moins champêtre où la pelouse à l’anglaise côtoie les espèces indigènes, tant florales qu’animales.

Le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua

S’il est possible d’observer l’ameublement du XIXe siècle d’une pièce où travailla Busby, la Résidence regorge de quantité d’informations sur le travail effectué lors de sa restauration, les différents agencements et extensions qu’elle a possédés ou encore comment Waitangi Treaty Ground a échu au peuple néozélandais suite au don de Lord et Lady Bledisloe de cette propriété achetée en 1932. L’abri, près de la plage où débarquait chaque matin du début de février 1840, abrite le canoë, une série de photos liées à sa construction, à partir du dernier grand Kauri abattu par volonté humaine, dont la souche est aussi présentée.

Le cabinet de Mr Busby

Quittant ces lieux historiques, je monte vers le Nord, effectue un bref arrêt aux décevantes chutes d’Haruru, tant en terme de hauteur, que de cachet. A Kerikeri, près du bassin naval en aval de rivière, demeurent les bâtisses de la mission du Révérend Samuel Marsend. La première, Mission House, datant de 1822, est la plus veille maison de bois. Elle trône au milieu d’un jardin à la … où nombre de plantes différentes sont présentées au public. A côté, Stone Store, le plus veille édifice en pierre du pays. Datant de 1836, il regroupe actuellement une boutique vendant de nombreux biens produits à la manière de l’époque, du clou américain aux différentes serpes et pelles de jardinage. Ma seule déception sera le refus de la mégère de m’incorporer à la visite guidée qui vient tout juste de débuter quand j’arrive, mais l’odeur du travail à l’ancienne, visible sur les objets, mérite la visite. Le tout est surplombé par l’église St James Anglican Church, ma foi assez jolie. Je quitte la ville en passant par Rainbows Falls, dont les chutes, hautes de 27 mètres, s’effectuent sur fond de falaise entaillée d’une profonde grotte horizontale.

Rainbow Falls, bien plus belles que les chutes de Whangarei

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 6h45 (GMT+12)

Sur le chemin me menant à Doubtless Bay, je quitte l’intérieur des terres afin d’admirer Matauri Bay, une plage de surf, longue de 18 kilomètres, et Wainui. Retour sur la Twin Coast Tourist Route qui me conduit jusqu’à Mangonui, signifiant littéralement « Grand Requin ». Le front de mer de ce joli port de pêche est orné de magnifiques bâtiments historiques, malheureusement à moitié cachés par les enseignes publicitaires des magasins et café situés au rez. Premier arrêt à Mangonui Fish Shop, un établissement de restauration spécialisé, comme vous l’aurez deviné, dans le poisson. Situé dans un bâtiment construit sur pilotis au-dessus de l’eau, sa marque de fabrique  sont les Fish’n’chips. Le filet de poisson de votre choix est prélevé directement dans l’étal face à vous, avant de partir de suite dans la friteuse, accompagné des pommes-de-terre. Quelques minutes plus tard, le Fish’n’chips ressort, est emballé par la gentille poissonnière-cuisinière, arborant pour Pâques de cocasses oreilles de lapin. Il ne reste plus qu’à aller sur la terrasse le déguster face aux voiliers et bateaux de pêche tranquillement ancrés dans la baie, à l’abri de l’île située au large. Je dois reconnaître que, pour l’instant, il s’agit des meilleurs que j’ai dégustés.

Succulent Fish'n'chips

Une petite promenade digestive m’amène à la découverte de Mangonui. J’arpente le long quai, avant de grimper dans le village. Au hasard, je découvre la bâtisse à l’abandon de la Bank of Australasia, le célèbre hôtel Old Oak, l’un des plus luxueux de Nouvelle-Zélande en son temps, l’église dont le clocher est une simple construction en bois, où la corde de la cloche pend à l’air libre, me donnant presque l’envie de l’entendre carillonner. En redescendant de l’autre côté, le point de vue sur le port en contrebas, ainsi que sur Doubtless Bay est magnifique. Un dernier détour me mène près de trois cottages, dont malheureusement le plus joli est en train de pourrir. Si aujourd’hui Mangonui survit grâce à la pêche et aux expéditions touristiques menée à Cape Reinga et s’y arrêtant pour s’empiffrer rapidement d’un fish’n’chips, ces esthétiques demeures furent bâties entre 1790 et 1850, lorsque l’industrie baleinière et l’exportation de bois de Kauri faisaient de ce village une cité prospère.

Cottage en attente de restauration

16h00, le temps passe définitivement trop vite et je dois quitter à regret ce pittoresque village, en direction du but ultime de ma journée, Cape Reinga, situé encore à quelques 160 bornes. Je ne peux toutefois m’empêcher de monter jusqu’à Rangikapiti Pa, dont les divers remblais des étages fortifiés du village maori sont clairement visibles. Je n’aurais pas la chance d’admirer un coucher ou lever de soleil, jugé splendide depuis ce lieu. Les rayons solaires, tout comme la côte au loin, sont estompés par le ciel nuageux. La péninsule de Karikari, en face, fermant la baie, la mer, tout l’arrière-plan disparaît dans des teintes grises, sur lesquelles le beige des quelques plages, et les verts des prairies et des péninsules recouvertes de forêts se détachent. La vue sur Doubtless Bay est grandiose. Pour l’anecdote le nom provient d’une entrée dans le livre de bord du Capitaine Cook qui nota qu’il s’agissait sans doute d’une baie lors de sa première entrée. Oui, mais une p***** de grande baie mon capitaine.

Doubtless Bay

Trêve de digression, il est temps de reprendre la route. Le paysage pour rejoindre Awanui, au pied de la péninsule menant à Cape Reinga est monotone, pâturages sur fonds collinéens, avec quelques bosquets épars, quelques fermes plantées de-ci, de-là. A 16h49 j’arrive enfin au fond de la longue langue de terre menant à la pointe Nord de la Nouvelle-Zélande. Un panneau indicateur me signale qu’il ne me reste plus que 104 kilomètres avant d’atteindre mon but. Je doute y arriver avant que le crépuscule ne tombe. Sur la première moitié du trajet, un nombre incalculable de véhicules redescendant vers le Sud me croisent, par contre seules deux voitures, roulant à tombeau ouvert, sans doute des locaux, me dépasseront. Le paysage reste immuable, encore et toujours des pâturages, et surtout des vaches, encore des bovins. Jusqu’à présent le nombre de moutons rencontrés est bien inférieur aux prédictions théoriques.

104 km du Cape Reinga

Si en longeant Houhora Harbour, le panorama se modifie avec cette langue d’eau salée à l’intérieur des terres conduisant à la présence de mangroves à proximité des côtes, ce n’est qu’après avoir passé Te Kao que les premières grandes dunes apparaissent, que les pâturages laissent la place à des forêts et des landes. Toutefois, le peu de place ne permet pas de s’arrêter tranquillement et comme la route est tout sauf rectiligne, je n’ose m’y arrêter en plein milieu. Avisant une petite route menant à une habitation, je m’y engage de quatre roues bien décidées. Impossible de remonter en marche arrière, le campervan reste posé sur trois roues, dont une seule est motrice, en contrebas, quelques bancs de sables limitent la place pour tourner. Bref, me voilà dans une situation quelques peu embêtante, quand soudain un kiwi débarqué de sa grosse jeep me lance un « You’ve got in troubles », auquel je ne peux que répondre « yep ». Après avoir tenté une énième tentative en marche arrière, habitué des automatiques, il prend le volant, et n’hésite pas pour effectuer un demi-tour en contrebas, à mettre les gaz et laisser un peu de gomme sur le gravier. La leçon, ne jamais hésiter à monter haut dans les tours en cas de situation problématique.

Une photo qui m'a valu quelques déboires. Je ne sais point si elle en vaut la peine

Me voilà reparti, après une petite demi-heure d’immobilisation. Je parcours les 50 kilomètres restants jusqu’au cap. L’impression est fantastique : rouler isolé, de nuit, dans l’obscurité la plus totale, sur la route serpentent sur la crête des collines, seuls mes phares percent l’obscurité, et éclairent les catadioptres et lignes de circulation du long ruban de bitume. Aucun arrêt supplémentaire, la nuit rend toute photographie impossible.

Seul mes phares percent l'obscurité de la lande

18h45, j’arrive enfin au parc, encore deux voitures y sont stationnées. Alors que je me prépare, embarquant lampe de poche, habits chauds et veste car le vent souffle à décorner un bœuf, les occupants sont de retour. Je descends alors tranquillement jusqu’au phare, situé presque à la pointe de Cape Reinga. Un chemin aménagé mène jusqu’au phare. Les cinq faisceaux lumineux de la lanterne rotative balaient à tour de rôle la lande et le large. Le bruyant murmure du ressac se fait entendre, couvert de temps à autre par le bruit des longues rafales de vent.

Même s’il est impossible de voir la mer, la luminescence blanche des déferlantes luit sur la noirceur de l’océan. Moment magique que de découvrir un phare de nuit. Je n’en ai pas souvent eu l’habitude, et encore moins de profiter de ses éclats aucunement troublés par les lumières d’une ville proche. Ici l’obscurité est la plus complète.

Phare du Cape Reinga, j'y suis enfin arrivé

Je mettrais fin à ce moment magique, en faisant un peu le zouave à l’autre bout du monde, jouant avec les divers réglages de mon appareil photo; je tenterai de saisir de fugaces moments ou encore profiterai de laisser ma silhouette fantomatique orner le mur. En remontant jusqu’au campervan, je croiserai mes premiers opossums vivants, quatre yeux ronds et brillant me fixant dans l’obscurité, plutôt troublant sur le moment. Je dormirai à 500 mètres du parc, sur une petite place d’évitement : au loin la lumière du phare du Cap Maya van Diemen scintille dans la nuit, et les rumeurs du vents et de la mer berceront mes rêves.

Et pour la petite histoire, afin de ne pas faillir à la tradition pascale, je me suis lancé dans une chasse aux œufs campervan, que j’avais préalablement cachés ce matin. Et bien sûr, je n’ai pas manqué de croquer les oreilles du lapin en premier.

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A la découverte du Far North : Whangarei – Russel

23 04 2011

Opua, Bay of Islands, 23 avril 2011, 20h30

Après une bonne nuit de sommeil, un petit déjeuner simple, mais équilibré un peu de pain sous le miel, quelques fruits, un bon bol de lait et une tasse de thé, me voilà repartis pour de nouvelles aventures. Un premier arrêt à un Park’n’Save me permet d’acheter une petite poêle, des linges à vaisselle, et une nouvelle bouteille d’eau. Le deuxième sera plus touristique, je profiterai de l’absence des hordes de voyageurs encore endormis à cette heure pour contempler les chutes de Whangarei. Effectivement, même si l’eau ne plonge que de 26 mètres,  leur beauté doit être reconnue. Je ne me pose cependant pas en expert, les seules dont je me souvienne, à part la Pisse-Vache en Valais, sont les Chutes du Rhin près de Schaffhouse, un véritable fleuron national suisse.

Whangarei Falls, vue depuis la rive

Certains me diront que je me focalise sur les murets et séparations agricoles, mais toutefois, à la sortie de Whangarei, la route est bordée sur quelques kilomètres de part et d’autre par un muret de pierres sèches, quelque peu humidifiées par la rosée matinale et les ondées nocturnes. Ce dernier semble presque discontinu, épousant les formes courbes du paysage, sans aucune cassure aux limites de deux propriétés. Seule la présence des portails apporte un peu de dynamisme à l’ensemble. Derrière, parfois cachés par des haies, parfois à découvert, parfois dérobés aux regards,  à l’abri de quelques arbres, des demeures, des vignes, ou quelques vergers sont plantés. Chemin faisant, les murs jumeaux disparaissent, mais d’autres réapparaîtront plus tard, clôturant quelques pâturages, à la place des traditionnelles barrières à fils métalliques (le célèbre n°8) et piquets de bois.

Muret de pierres basaltiques, dans la brume du petit matin

Peu à peu, les flancs collinéens deviennent plus abrupts, les virages courts apparaissent, la signalétique indiquant les vitesses conseillées dans les courbes fleurit sur les routes, autant de signes indiquant que je m’approche de la côte. Peu avant d’y arriver, je franchirai enfin la frontière me séparant du district du Far North. Au passage, je subirai mon premier alcootest au sommet d’une colline. Bien que la procédure soit quasi industrielle, en testant les chauffeurs de trois voitures, après trois voitures, le gendarme est bien sympathique et nous taillons un brin de causette afin que l’éthylomètre analyse mon haleine. Je reprends la route Kiripaka, Ngunguru, Tutukaka. Tous ces noms maoris font partie désormais de mon paysage quotidien. Au détour d’un dernier virage, la vue dégagée sur une baie presque fermée est magnifique : une plage en premier plan, deux caps protégeant l’anse, une bande de sable s’avançant dans la baie. Matapouri est un véritable village de vacances: les baies vitrées des maisons s’ouvrant sur la baie,  séjour au premier étage pour profiter de la vue, terrasse surélevée pour jouir du paysage. Il ne me dérangerait point d’y avoir une petite demeure au front d’océan.

Matapouri Bay

Sans savoir que ce petit coin perdu serai si joli, j’avais prévu d’y faire un tour. Il paraît qu’à l’extrémité Nord de la plage, en traversant une prairie, il est possible d’arriver à Mermaid Pool, une sorte de piscine circulaire creusée dans la roche par l’action des vagues, où il fait bon d’y faire trempette, en observant l’océan tout en étant protégé des vagues. Je me mets donc en quête de cet endroit. La marée étant presque haute, je me glisse avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse pour accéder à la crique, d’où par le sentier à travers les herbes grasses. Toutefois au lieu d’accéder « simplement » comme cela est spécifié dans le Lonely Planet, le voilà qu’il se met à grimper. Si la montée est quelque peu raide, la descente de l’autre côté semble hasardeuse, et je redescendrai par le même chemin. De retour à la plage, après une petite baignade, je discute avec un Kiwi. Ce dernier me dit que l’ancien chemin, facile, a disparu suite à un glissement de terrain, et que le nouveau plus difficile, était effectivement celui que je suivais. Il aurait donc fallut persévérer en redescendant de l’autre côté.

Mermaid Pool se cache quelques part en contrebas

Impossible de continuer à longer de près ou de loin l’océan, la route retourne à l’intérieur des terres. A nouveau sur la Twin Coast Tourist Road, alors qu’elle monte directement sur Paihia, je bifurque en direction d’Oakura. Les tronçons rectilignes de la SH1, leur voie rapide, bidirectionnelle limitée à 100 km/h, n’est pas le meilleur chemin pour profiter du paysage. Bien qu’elle possède de part et d’autre une bande d’arrêt d’urgence, servant aussi de place de stationnement, dès l’instant où l’on sort du trafic, il est toujours long, voire très long, de trouver un instant où s’y glisser à nouveau. Si les routes primaires possèdent de part et d’autre deux petits fossés interdisant tout arrêt, elles sont toutefois dotées de-ci, de-là de places d’évitements ; ou encore les nombreux accès aux champs attenants sont autant d’endroits où stationner quelques minutes pour profiter des paysages différents.

Fin de la digression routière, je suis le rivage de près ou de loin, certaines routes en cul-de-sac permettant d’accéder localement à la petite baie desservie. Helena Bay est un petit coin charmant, avec un immense pohutukawa, se découpant à contre-jour. Baie après baie, je m’approche lentement de Russel. Chaque nouvelle pause grappillée est une étape supplémentaire de franchie.

le pohutukawa d'Helena Bay

Mon dernier détour me conduit sur une route de terre battue. Au bout de quelques kilomètres je m’arrête à la hauteur de Whangamumu Reserve. J’embarque mon sac à dos, y fourre bouteille d’eau, appareil photo, clefs, documents de voyages, franchis la clôtures et me voilà sur le chemin me menant à Whangamumu Harbour, (tristement) célèbre pour son passé à l’époque de la chasse à la baleine. En effet, cette crique ne servait pas seulement de base où le gras était récupéré sur les cadavres et fondu, mais a aussi joué le rôle de piège pour ces cétacés. En effet, nombre d’entre eux s’aventuraient dans cette crique, à l’étroite entrée. Un filet relevé entre les deux promontoires les emprisonnait à l’intérieur, et le harponnage pouvait alors commencer. A mi-chemin, peu après être arrivé au sommet de la montée, ma vue embrasse la baie, semblable à une pince de homard, prête à se fermer sur l’imprudent qui y glisserait un doigt. De gros nuages gris plombant le ciel, et n’ayant pas pris ma veste, je fais demi-tour. Dans ce pays, les averses sont brèves mais vigoureuses, elles vous trempent jusqu’à l’os en moins de cinq minutes.

Whangamumu Harbour, avec sa forme caractéristique en pince de homard

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h00

Je m’imaginais Russel plus grand, si j’avais lu attentivement le Lonely, j’aurai su que cette petite bourgade ne compte que 820 habitants. Pourtant, au XIXe siècle, sous le nom Kororareka, elle fut la première colonie européenne en Nouvelle-Zélande. Son premier nom est le même que celui du village fortifié de la tribu Ngahpui, cis au même emplacement, qui agréa le peuplement étranger. Tout comme les maoris, les européens trouvèrent que Bay of Islands (baie des îles) étaient un endroit merveilleux : riche en ressources premières (eau, poisson….). Très vite, de nouveaux arrivants vinrent s’établir et la baie grouilla de navires. Les transactions colons-maoris sont florissantes : les premiers échangent mousquets et poudre contre Kumara, bois de Kauri, … et autres richesses dont la valeur sur le Vieux-Continent est importante. Des repris de justice exilés d’Europe arrivent dans ce nouvel Eden qui bientôt gagnera le surnom de Hell Hole of the Pacific (Trou de l’enfer du Pacifique). Aujourd’hui la ville a perdu sa notoriété, mais gardé le charme des temps passés avec nombre de maisons victoriennes, et aussi le plus vieux bâtiment du pays, une église datant de 1836.

Eglise de Russel, au centre d'un cimetière engazonné, comme à leur habitude en Nouvelle-Zélande

Je commence ma visite par le petit musée citadin qui retrace la découverte de la Bay of Islands par le Capitaine Cook, l’arrivée des premiers colons, sa lente descente aux enfers, son histoire liée à celle des baleiniers, puis l’arrivée des touristes avec la plaisance, les plages, … Le point fort du musée est sans doute la réplique au 1/5e de l’Endeavour, le navire de Cook, ou encore la section maorie. Une brève balade me mènera entre les principaux bâtiments chargés d’histoire, comme l’église, quelques cottages en front de mer, ou encore  la maison Pompallier. Cette dernière est une ancienne mission catholique. Durant 28 ans, depuis 1842, 40’000 ouvrages en maoris y furent traduits et imprimés, avant d’être vendue en 1870 à un privé. La visite, en plus de m’apprendre un peu plus sur le dénommé Pompallier, un missionnaire français, est un musée vivant où la fabrication d’un livre selon la méthode utilisée au XIXe siècle est mise en application. Depuis l’impression des pages à partir d’une presse de type Gutenberg, à la reliure manuelle, et enfin le collage de la couverture en cuir tout y est présenté. Bien entendu, le cuir utilisé est tanné sur place : à l’arrière du bâtiment, prennent place quatre cuves, chacune plus tannique que la précédente, dans lesquelles sont passées successivement les peaux en cuir, avant de passer à l’assouplissement nécessitant, lui, cinq étapes.

Maison Pompallier

Avant de quitter la ville, je sirote une petite bière sur la terrasse de l’hôtel Duke of Marlbourgh, quatrième établissement érigé sur le site, les précédents ayant été détruits soit par le feu, soit suite à l’un des sacs de la sulfureuse adolescence de Russel. Actuellement, il possède encore la License n°1, établie pour la première fois en Juillet 1840 pour le bar à grog de monsieur John Johnson, cis au même emplacement. Et cette petite bière, il la fallait bien pour fêter l’anniversaire, avec un jour de retard soit, d’une mémorable soirée d’avril de l’an 2010.

Duke of Marlbourgh

Je reprends le volant, et pour conclure ma découverte de Russel, je monte à Maiki, la colline où fût hissé le deuxième drapeau néozélandais. Pour la petite histoire, par trois fois, dans les mois qui suivirent la signature du traité, le mat fut coupé à coup de haches par des maoris, menés par Hone Heke, le premier signataire du traité. Mais à quatre reprises la colline fut reprise et le drapeau hissé à nouveau. Durant la dernière tentative, les navires anglais ancrés dans la baie n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur la ville, et des boulets de canons y sont déterrés presque lors de chaque excavation.

Je rejoins alors Okiato, lieu d’embarquement pour le ferry qui me mènera à Opua, de l’autre côté de la Bay of Islands. Suite à la signature du traité, Okiato devint la première capitale de la Nouvelle-Zélande. Lorsque ce privilège fut transféré à Auckland en 1841, dont l’emplacement fut choisi en raison de la fonction future, Okiato est abandonnée, et son nom d’alors, Russel, transféré au village nommé Korokareka,

Okiato, un simple rond-point, avec mon campervan, pour marquer l'emplacement de la première capitale de Nouvelle-Zélande

La traversée en ferry me permet de profiter d’une des nombreuses anses de Bay of Islands. Si le paysage est joli, je n’en vois pas la raison d’en faire un plat. Une fois débarqué, je rejoins le Holiday Park Top 10, pour passer la nuit en camping, et surtout charger la batterie afin de profiter de ma réserve de 40 litres d’eau. Je ne vous ferai pas une longue digression, mais à 16$, soit presque le même prix qu’une nuit en backpack, sans avoir la qualité d’accueil, ni les partages, mais par le défaut de subir celui des désagréments des touristes, je doute que j’y remette les pieds de sitôt. Par contre, au menu du soir, le deuxième steak d’agneau et le kumara poêlé accompagnés d’une petite salade de tomates en entrée passent à merveille.

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