Ponsonby & MOTAT

17 04 2011

Si jamais, hier j’ai finalement été voir mon premier match de rugby.

Frienz, Auckland, 17 avril 2011, 22h30

Je petit-déjeune avec les français de hier, qui me conseillent quelques coins à visiter sur la côte est de South Island, puis comme la météo est clémente, je récupère mon sac, un appareil photo, et surtout une batterie de réserve, direction Ponsonby, un des quartiers d’Auckland réputé pour ses restaurants-bars et ses boutiques. Pour ma part, je suis plus intéressé par le fait qu’il conserve un certain nombre de vieux bâtiments qui content la vie passée d’Auckland.

Ponsonby est l’un des quartiers le plus anciens d’Auckland, et a donné naissance ou fut le lieu de résidence de nombreux hommes politiques, acteurs, poètes, révolutionnaires, évêques et surtout, d’All Blacks, dont le club de rugby de Ponsonby en a formé plus qu’aucun autre club de Nouvelle-Zélande. Les maoris occupèrent très tôt cette zone, et y érigèrent un certain nombre de Pa. En plus de posséder des cônes volcaniques, fortifiant naturellement leurs Pas, ces terres étaient baignées par Freeman’s Bay, qui était encore une baie poissonneuse. En 1840, les maoris cédèrent 3000 acres aux colons, dont les terrains où sera érigé le quartier. Il fallut attendre trente ans, pour que, suite à l’accroissement rapide de population, que des maisons, industries et magasins soient construits autour de Freeman’s Bay, et s’accrochent aux flans de l’élévation couronnée par Ponsonby Road et le tramway qui y circule. Ponsonby, à l’origine quartier des défavorisés, des maoris rejetés par la bourgeoisie européenne, s’est peu à peu transformé en un quartier huppé, où la proportion des gens titulaires d’un bachelor et d’un master est plus élevée que dans le reste de la ville.

Il y a déjà une ou deux semaines de cela, dans l’étalage à prospectus touristiques découverts un fascicule bien différent des autres, intitulé « Ponsonby, Heritage Walks

». De facture bien plus soignée, il différait des traditionnelles attrape-touristes proposés. Edité par l’organisation Ponsonby Road, il propose de découvrir l’histoire de ce quartier à travers des bâtiments historiques découverts au fur et à mesure selon l’un des quatre itinéraires proposés. Toutefois, il est possible, avec un peu d’ingéniosité, d’appondre les tracés pour en faire une jolie petite marche.

Frienz, Auckland, 18 avril 2011, 06h30

Je ne vais pas vous raconter l’intégrité de la marche, cela s’avérerait franchement ennuyeux pour vous, et surtout pour moi qui viens de la faire. J’espère toutefois que les quelques anecdotes que j’ai découvertes au fil de mon trajet vous donneront l’envie d’y faire un tour. Si en suivant Victoria Street, la rue sise devant mon immeuble, j’arrive tout d’abord à la Sky Tower, en redescendant de l’autre côté, je débouche sur les faubourgs de Ponsonby, à Freeman’s Bay. De cette baie, il ne reste plus grande chose. Réclamée à la fin du XIXe siècle par les maoris, la querelle fut terminée lorsqu’Auckland décida d’y ériger Destructor, une usine destinée à incinérer les déchets, et de combler la baie. Le parc Victoria fut inauguré en 1905, et donna son nom à Victoria Park Market qui occupe le Destructor depuis la fermeture de l’usine en 1972. Ce centre commercial renferme un grand nombre d’échoppes dans un univers industriel composé de bâtiments aux formes carrée et murs de briques, à l’enchevêtrement de toits, de plateformes accessibles par nombre d’escaliers. Le seul souvenir des fours est l’immense cheminée qui se dresse encore à l’est des bâtiments.

Antique cheminée du Destructor, à Victoria Park Market

Quelques petits détours m’amènent à découvrir les vieux cottages des travailleurs construits en 1960 de Renall Street, dont la rue est actuellement classée ou encore les charmants bâtiments de Georgina Street, qui fut en son temps la rue la plus mal famée de la cité, sans eau potable, ni sanitaire. A l’extrémité sud-est de Ponsonby Road, se trouve le quartier de St-Mary’s Bay, dominant Westland Marina, une ancienne enclave catholique où est érigée entre autre la splendide résidence de l’évêque, de style gothique anglais tardif, en maçonnerie de briques rouges, rehaussée d’une galerie centrale, dont le bois est peint en blanc. St Mary’s Convent abrite la congrégation de Sisters of Mercy, un ordre religieux irlandais, qui enseigne dans leur collège à près de 700 pupilles âgées de 7 à 13 ans.

La maison de l'évêque (1894), 30 New Street, de style gothique anglais tardif

Three Lamp, érigé à cette extrémité de Ponsonby Road, tire son nom des trois lampes qui éclairaient en 1870 cette place. A cette époque, une véritable fourmilière : hôtel, théâtre et magasins sont érigés en maçonnerie autour de Three Lamp Plaza. Aujourd’hui, même la célèbre Gluepot Tavern, dont le surnom fut donné par des femmes lorsque leurs maris restaient scotchés au bar, est aujourd’hui transformée en appartement de standing avec échoppes commerciales au rez. Un siècle plus tard, Three Lamp regorge toujours d’activité, mais il s’agit plutôt de descente de police dans les bars pour saisir les hommes ayant trop bu, ou encore des rassemblements des activistes maoris et pacifiques dont le quartier général est situé juste derrière les bâtiments.

Three Lamp Plaza avec Ponsonby Building, un ancien magasin, et le théâtre actuellement reconverti en centre commercial

Le long de Ponsonby Road, les bâtiments furent érigés durant le XIXe siècle. De style identique, avec des façades austères, quelques devantures métalliques aux formes travaillées, aujourd’hui recouvertes par des publicités lumineuses, tous furent érigés en dur. Leur maçonnerie de briques ou de pierres est particulière dans une région où le bois fut et est encore essentiellement utilisé dans la construction. D’ailleurs, ce matériau retrouve sa place prépondérante dans les maisons construites dans les ruelles attenantes. Sur la route principale, seule St John’s Church fut construite ainsi en 1880. Je reconnais cette église, dont j’ai observé le profil depuis quelques élévations d’Auckland, et dont la silhouette, observée depuis le sommet de la Sky Tower, domine l’ensemble de Ponsonby.

St John's Church

Après une petite pause à Chapel, un bar-bistrot orné de trophée de chasse, de bouteilles de vins, ainsi que d’un drapeau originale de l’Accordéon Club Max Francys Paris, je continue mon chemin, et découvre Western Park, où quelques sculptures sont érigées.  Je devrai plutôt dire que des portions de bâtiments sont enterrées dans le gazon. Se basant sur l’architecture de la fin du XIXe siècle, elles représentent le changement d’urbanisme à Auckland qui a vu un grand nombre de ces demeures démolies moins d’un siècle après leur construction.

Western Park : quelques maisons enterrées

J’arrive bientôt à l’extrémité Nord de Ponsonby Road, le temps de découvrir l’impressionnante demeure du marchant Andrew Entrican. Haute de trois étages, escaliers, balcons, toits, angles tronqués, tous se mêlent dans une inextricable beauté, ou encore l’historique lampe à gaz, installée en 1880, devant l’ancien siège de l’Auckland Savings Bank dont les verres sont gravés aux lettres d’ASB, une des dernières existantes de ce type.

Le temps a passé trop vite : voilà déjà 4h30 que j’erre dans les rues du quartier. Il est temps de gagner le MOTAT – Museum of Transport and Technology – installé de part et d’autre de Western Springs Park. Le bus 045 couvrira les quelques kilomètres m’y séparant en moins de 5 minutes. Véritable machine à voyager dans le temps, le MOTAT présente une collection hétéroclite de ce qui a un lien, aussi faible soit-il, avec les transports ou la technologie. Au gré des bâtiments, il est possible de découvrir vieilles automobiles, locomotive à vapeur, appareils photographiques, village victoriens reconstitués avec de véritables demeures déplacées de leur lieu de construction, l’histoire de Jean Batten, premier aviateur à avoir relié l’Angleterre à l’Australie, puis à la Nouvelle-Zélande, autobus des temps passés, et j’en oublie certainement. Les points forts de ce musée, la découverte de la nationalité d’Edmund Hillary, le premier néo-zélandais à avoir atteint de Pôle Sud, plus connu pour avoir vaincu le Mont Everest, les concours de tonte de moutons, ou l’esprit « number 8 » des kiwis, en référence à leur ingéniosité et la possibilité de pouvoir tout réparer avec un fil de fer n°8.

Mueseum Of Transport And Technology

Un tram, le dernier en circulation à Auckland qui en comptait plus de 400 à une certaine époque, m’amène jusqu’à la seconde partie du musée. Vu qu’il est déjà tard, et que le musée ferme dans moins d’une demi-heure, un contrôleur me demande quand même si je veux entrer, où si je préfère garder mon ticket pour un autre jour. Comme je sais que la partie la plus intéressante, présentant des avions des temps passés, est fermée pour cause de rénovation et que seuls les engins militaires sont visibles, je rentre sans hésiter. Je doute qu’en Europe un musée aurait osé ouvrir ses portes avec un tel chantier : un petit chemin à moitié gravillonné, à moitié rendu boueux par la courte mais violente averse de ces dix dernières minutes mène à l’arrière des hangars. Toutefois, cela en valait la peine : les carcasses, en cours de rénovation, de deux hydravions sont présentes : l’un est un Boeing Solent Mark IV, véritable monstre des airs, antiques moyens de transports luxueux et surtout dernier survivant de son espèce, l’autre est un Sunderland utilisé par les forces aériennes néo-zélandaises. J’adore ces avions, qui pareils à des oies semblent trop balourds pour voler. Il faut les imaginer accélérer longtemps sur un plan d’eau, les coques élancées aux étraves aiguës dignes d’un runabout trancher les flots, avant que leurs formes arrondies ne s’arrachent et s’élèvent pour un vol majestueux.

Solent Mark IV

Je reprends le tram dans l’autre sens, effectue une balade d’une petite heure dans Western Springs Park, avec les derniers rayons du soleil. L’automne est là, les arbres commencent à perdre leurs feuilles. Toutefois, ici, elles tombent simplement, brunissent au sol sans avoir flamboyé de milles feux une dernière fois. Retour à l’auberge, alors que la nuit commence à tomber.

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Blues vs Waratahs

17 04 2011

Frienz, Auckland, 17 avril, 17h15

De retour à l’auberge une affiche me rappel que ce soir les Blues, équipe internationale de rugby d’Auckland, affronte les kangourous de Waratahs à Eden Park. Si les matchs de rugby sont monnaies courantes, les rencontres internationales n’ont lieu qu’une fois par mois. Pour la dernière, je venais tout juste d’atterrir, il y a quelques 4 petites semaines en arrière. Le temps d’acheter mon billet, et me voilà embarqué par une équipe de francophone séjournant au backpack qui s’y rende en voiture.

Eden Park, peu avant le match

Sur le chemin, nous ne rencontrons que des supporters calmes, très calmes, comme s’il s’agissait d’une petite sortie familiale, seul un vigile rappelle à tout le monde que l’alcool est interdit à proximité du stade. A l’entrée, à part un rapide coup d’œil jeté dans mon sac, aucune fouille corporelle n’a lieu, en moins de temps qu’il n’en faut me voilà à l’intérieur.

50’000 places de disponibles et seule la moitié sont occupée. Ayant tant entendu louer la ferveur des kiwis pour ce sport, je suis d’autant plus surpris de ce peu d’engouement surtout que nous arrivons juste à l’heure du début du match, just in time pour la prestation des pom-pom girls. Aucun chant ne résonne dans le stade, quelques drapeaux d’agitent mollement, peu d’agitation, mais lors de l’arrivée des joueurs sur le terrain. L’ambiance est d’ailleurs très détendue, deux fervents admirateurs des australiens sont tranquillement assis au milieu de ces des blues. D’ailleurs, la sécurité ne doit pas trop craindre les débordements, aucun grillage n’empêche d’accéder au terrain, les vigiles sont tranquillement assis dans leur chaise à regarder le public.

Pom pom girls

Malgré mes faibles connaissances en rugby, les kiwis prennent rapidement le dessus sur les kangourous, et au terme de la première mi-temps mènent  31-7. Les australiens domineront le terrain sur la deuxième partie, mais perdront quand même au score 31 à 17. Tout au long de la partie les belles actions des deux équipes sont applaudies par les supporters des deux équipes, du (presque) jamais vu en Europe. Finalement, avec nous montrerons un peu plus d’audaces que les néo-zélandais en tentant une ola. Il faudra bien 4-5 essais, avant que de jeunes maoris se joignent à nous. Au bout d’une dizaine de tentatives, nous réussissons à faire bouger une cinquantaine de personne, et surtout à apeurer les vigiles, dont 4 ou 5 convergent vers nous pour nous dire d’arrêter. Ils ont peur que nos gestes soient considérés comme un appel à jeter des bouteilles sur les joueurs. La voilà, la raison pourquoi l’ambiance est aussi « morte » que ça. Lors de mon arrivée à Auckland, quand je résidais à Pentlands, des backpackers m’avaient dit que pour avoir l’ambiance d’un match, il valait mieux préférer les bars que les stades sans préciser la raison. Maintenant, je crois la connaître.

Le premier but 5-0, bientôt transformé en 7-0 : admirer les effets pyrotechniques

Sympathique soirée, la grande famille maorie qui nous ont suivi les premiers nous remercient pour les encouragements fournis à leur équipe, « you gott’a a bro».

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