A la découverte du Far North : Waipoua Forest – Auckland

26 04 2011

Frienz, Auckland, 28 avril 2011, 6h45

Alors que je me réveille, dehors la pluie continue à tomber. Quelques œufs brouillés pour le petit déjeuner, par contre le pain n’est pas toasté et me voilà de nouveau dans la forêt de Waipoua, pour la découvrir au petit matin. Dès que j’ai pénétré le couvert, la fine bruine a cessé, mais de grosses gouttes tombent de manière irrégulière. La sente est détrempée par les averses de la nuit, transformée par endroits en véritable mare ou champs de boue.

Si, au crépuscule, la forêt résonne de sons nouveaux pour un petit Suisse, ces derniers n’existent plus au matin, et le silence est de rigueur. Les kauris élancent leur tronc jusqu’à la canopée, les fougères d’argent élèvent leurs longues feuilles à plus de 2 mètres au-dessus du chemin, quantités d’autres arbres et arbustes se développent dans les espaces restants. Le vert prédomine partout, clair, brillant, foncé, électrique, … de toutes ses teintes, il dessine un véritable tableau pointilliste. Au ciel, les nuages blancs étincelants illuminent les frondaisons, noyant dans un halo de brume les cimes. De retour à Cathedrale Cove, je peux profiter de toute sa splendeur, les jeunes kauris, aux troncs élancés, poussent proches du chemin, alors que dans le lointain les fûts massifs des anciens semblent former une barrière pour les protéger. Au milieu trône Yakas; petit moment d’émotion au moment de l’étreindre : mes bras n’en feront jamais le tour, mais serrer un beau gros bébé de plus d’un millier d’années est fantastique.

Yakas, 7e plus grand kauri

Revenant sur mes pas, j’emprunte le deuxième sentier, celui qui me mène à Te Matua Ngahere, Le Père de la forêt. Moins élevé que son grand frère Tane Mahuta (29.9 mètres), il est par contre bien plus baraqué avec son périmètre atteignant 16.4 mètres. Sa présence est cependant toute aussi impressionnante. Poussant à l’intérieur d’une clairière de vieux Kauris, ces derniers apparaissent toutefois chétifs à ses côtés. Un petit moment de recueillement s’impose lorsque pareille majesté est aperçue. Le troisième sentier, quant à lui, mène à Four Sisters, quatre kauris poussant côte à côte. Si l’élégance de l’ensemble est admirable, ils sont moins impressionnants que les trois précédents.

Te Matua Ngahere, le plus large kauri du monde

Retour au campervan pour la suite de la journée. Un petit regard sur la carte pour planifier mon itinéraire qui doit me conduire sans faute à Auckland, où je dois rendre le véhicule à 4 heures. Depuis Dargaville, éloignée de 60 kilomètres, il faut, d’après le planificateur routier, compter 3h00 pour atteindre la ville. Comme il n’est qu’à peine 8h30, j’ai du temps devant moi pour visiter le musée du kauri à Matakohe, et faire encore une ou deux petites haltes. A quelques kilomètres de la fin de la forêt, un panneau brun indique « Waipoua Forest Lookout »: je m’empresse de tourner sur le chemin non-carrossé, où l’eau ruisselle en deux larges sillons ocres, de part et d’autre de la route grise. J’arrive bientôt au sommet de la butte, où s’élève un kauri au tronc si fin, que sa naissance date de la dernière décennie. Toutefois une plaquette de cuivre vous apprend qu’il est déjà âgé de plus de 30 ans. Un poste d’observation érigé non loin de là permet de prendre de la hauteur et voir la forêt s’étendre à perte de vue sur des terres montagneuses. Enfin, quand je dis à perte de vue, cela doit être quand il fait beau, car les nuages restreignent quelques peu mon horizon. Si le panorama sur la forêt est beau, il est moins impressionnant que ce à quoi je m’y attendais, tout semble si égal, aucun arbre n’élance ses branches à travers la canopée, aucune clairière ne forme un trou dans la surface végétale. La forêt est bien plus belle de dedans qu’admirée depuis l’extérieur.

Waipoua Forest depuis le point de vue

Je reprends la route, direction Dargaville, la capitale du Kumara : la région produit plus de 80% de celles consommées en Nouvelle-Zélande. Toutefois, à mon grand regret, je ne verrai aucun champ. Par contre, la région est encore plus monotone que celle que j’ai traversée précédemment. Dans l’idée, elle m’a fait la même impression que lorsque l’on traverse les grandes étendues céréalières au sud de Paris : greniers à grains pour La France, réserves de patates douces pour la Nouvelle-Zélande. Avant de partir, Tom, Quentin et Erwan m’avaient prévenu que depuis quelques kilomètres avant cette ville, et jusqu’à rejoindre la côte Ouest, il y avait bien peu de choses à voir.

Alors, quand j’ai vu un signal marquant Maungaraho Rock, tout en apercevant une énorme éminence rocheuse surgir du paysage, telle la nageoire dorsale de quelque créature marine, je n’ai pu m’empêcher de m’approcher. Un petit détour en rase mais ondulante campagne, sur une route serpentant à flanc de collines, m’amène à son pied. Un panneau quelques peu défraîchi annonce « Maungaraho Rock Scenic Reserve », toutefois il ne porte pas les couleurs officiels du DOC, et met en garde que le sommet ne peut être atteint que par des randonneurs de bon niveau. Ayant été quelque peu déçu par les marches facilitées par la préparation parfaite des chemins en Nouvelle-Zélande, je ne peux louper pareille occasion de retrouver une véritable sente sur laquelle seuls des touristes égarés doivent y marcher. Je ne serai pas déçu: à peine tracé dans les hautes herbes, aussi étroit que la largeur d’une chaussure, aussi capricieux que le relief : montant, descendant, contournant quelques obstacles, ce sentier est pittoresque. Je mettrai même presque 5 minutes à trouver l’embranchement pour gagner le sommet. C’est alors que j’ai compris la mise en garde: pareil que la montée à la Pierre Avoi, avec quelques passages scabreux. Les rochers à escalader sont patinés par le temps, leur coefficient de glisse intrinsèque déjà particulièrement élevé est plus que doublé par les averses ayant mouillé la pierre. Une corde accrochée à quelques pitons rouillés, solidement enfoncés dans le roc est d’un grand secours et mène à une échelle, non métallique, mais faites de barreaux en bois, liés par des filins métallique à gaine plastique, attachés au sommet de la dalle. Assemblage quelque peu brinquebalant, mais qui permet d’arriver jusqu’à mi-hauteur. Le chemin parcourt en équilibre la crête entre divers petits arbustes. Mes habits en ressortent complètement trempés, ayant absorbés la fine pellicule d’eau présente sur chacune des feuilles de ces arbrisseaux. J’arrive enfin au sommet, où trône fièrement un panneau de triangulation. Comme ce dernier est déjà orné par deux signatures, j’y rajoute la mienne ainsi qu’un logo bien connu dans les environs de l’EPFL. De fait,  la vue est magnifique sur les pâturages de la région, où quelques bosquets et cailloux épars ajoutent un peu de dynamisme au paysage.

Une échelle brinquebalante

De retour sur la terre ferme, je me remets en route, direction Matakohe. Au premier carrefour, je poursuis mon chemin sur la route goudronnée. Mal m’en a pris car il mène dans la mauvaise direction. S’ensuivent quelques tours et détours dans la cambrousse néozélandaise, les fermiers ouvrent de grands yeux ronds en voyant passer un campervan de location sur leurs routes gravillonnées. Le paysage correspond bien à une région agricole, qui finalement se ressemble dans les pays industrialisés, et je fixerai cet instant sur pellicule.

La cambrousse dans l'arrière pays entre Dargaville et Matakohe

J’arrive finalement au musée du Kauri, après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres supplémentaires. Si maintenant vous connaissez le kauri en tant qu’arbre, sa résine, ramassée par les gumdiggers jusqu’au début du siècle passé, le travail des kauris de marais, exhumés après plus de 40’000 ans passés sous terre, il est temps de s’intéresser à la dernière facette de cette industrie. L’abattage des kauris pour la charpenterie et la menuiserie. En raison de leur forme particulière, avec des branches ne poussant qu’à la frondaison, des troncs larges, il est possible de débiter dans leur fût un nombre impressionnant de planches au bois exempt de défaut. Toutefois, le travail pour abattre un de ces arbres est proportionnel à son diamètre et si les techniques de bases sont celles des forestiers européens, les outils sont quelques peu disproportionnés avec des scies de 3 mètres de long, peu à peu remplacées par des tronçonneuses rallongées. Les attelages comportaient jusqu’à 12 bœufs pour tracter des tiers de tronc en dehors de la forêt. Une tout autre dimension. Le musée est focalisé sur le travail lié au kauri et présente nombre d’attelages, d’outils, entre autre une collection exceptionnelle de tronçonneuses, un vénérable tracteur Caterpillar aussi puissant que 120 bœufs et nombre de planches issues de kauris soit abattus, soit exhumés des marais, conservés en tant que témoignage. La pièce maîtresse est sans nul doute, la planche centrale découpée dans un arbre, allant de sa frondaison jusqu’à ses racines. Une scierie y est d’ailleurs complètement reconstituée, avec d’anciennes scies récupérées. Il ne faut pas imaginer la scie à main, mais plutôt le modèle industriel, soit capable de découper un tronc en deux, soit celle faites pour débiter des six planches en une seule passe à partir d’une poutre massive. L’exportation de ce bois vers l’Australie ou l’Amérique fut une des mamelles de la Nouvelle-Zélande lors de sa fondation. La construction navale y est abordée, le bois de kauri étant particulièrement aimé : stable, durable, imputrescible, facile à travailler en raison de sa souplesse et de sa robustesse, et apprécié pour la longueur des planches.  Toutefois, il narre aussi l’histoire de cette région qui fut prospère quand les kauris étaient nombreux au travers de nombreux objets de la vie quotidienne. La visite se termine par la découverte d’une impressionnante collection de gums dans une chambre forte au sous-sol. Un musée splendide que je vous recommande chaudement de visiter si un jour vous venez en Nouvelle-Zélande. Si ma visite n’a duré que deux heures pour des questions logistiques, je pourrai facilement y passer deux à trois supplémentaires sans m’y ennuyer.

Une impressionnante collection de tronçonneuses

Quittant le musée, je descends d’une seule traite jusqu’à Auckland, un ou deux petits arrêts en court de route pour ravitailler le moteur et en essence et le réchaud en GPL. Je profite d’emprunter le seul tronçon à péage de Nouvelle-Zélande, une portion de route entre Silverdale et North Shore. Je ne serai pas déçu : il faut s’imaginer une véritable autoroute comme il en existe des kilomètres en Suisse : deux voies plus celle de l’arrêt d’urgence dans les deux directions, bernes centrales, tunnel à deux tubes, revêtement agréable à rouler, … un véritable ovni dans le paysage routier. J’arrive à Auckland vers 15h15, le temps de remplir le réservoir, nettoyer un peu l’intérieur du bus et je le rends avec à peine 10 min d’avance sur l’horaire.

Magnifique road trip, 1352.4 kilomètres, un peu plus de 1000 photos, dont une bonne partie termineront à la poubelle, de belles découvertes et une superbe introduction à la Nouvelle-Zélande, je me réjouis de partir à la découverte de l’île du Sud. Aller! Une bonne douche, un bon plat de pâtes et une bonne nuit. Enfin, pas si bonne que ça, j’avais oublié le tumulte dont une ville comme Auckland est capable. Sans compter l’alarme à incendie qui s’est déclenché vers 23h30, conduisant à l’évacuation complète du backpack! Toutefois fausse alerte, les pompiers, arrivés quelques minutes après, n’ont rien découvert de spécial.  J’ai adjoint un petit questionnaire sur les objets que j’ai embarqué avec moi, lors de son déclenchement.

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