J20 – Fin de Rakiura Track et retour sur le continent

31 05 2011

North Arm Hut, 7h30

Peu avant 5h30, deux kiwis se sont fait entendre. Je rallume le feu pour réchauffer un peu l’atmosphère. Dehors, le vent souffle toujours aussi violemment, et amène à intervalle régulier quelques averses.

Levé avant l’aube, je suis sorti me placer en affut. Rien à signaler de prime abord, j’attends que le jour se lève, patiemment, malgré le froid qui s’insinue doucement. Les premiers oiseaux diurnes se font entendre alors que le ciel s’éclaircit. Finalement, au moment où j’allais abandonner, quelque chose remue à la lisière de la forêt. Bien trop gros pour un kiwi, quadrupède, il s’agit sans doute d’une biche; toutefois impossible de discerner son espèce, commune ou queue blanche. Je rentre, satisfait, pour avaler un petit déjeuner simple, mais délicieux : tartines au miel et thé noir.

D’ici une bonne heure je vais repartir, le temps de ranger, vider les cendres, faire un peu de bois. Le trajet d’aujourd’hui est plus court, mais il comporte un tronçon très boueux d’après les dire d’un des rangers du DOC, et surtout la météo ne semble pas aussi clémente que hier, et s’il ne pleut pas, le soleil n’est pas prêt de se montrer.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Monowai Lake, FJordland, 1er juin 2011, 18h00

Trajet : North Arm Hut – Oban – Bluff – Invercargill

D = 3231.7 km

Première mésaventure de ces trois semaines: alors que je préparais soigneusement du petits bois pour le prochain locataire de la cabane, ne voilà-t-il pas que la hache ripe sur le bois gonflé, gorgé d’humidité et vient entailler la nie de mon index. Rien de grave, si l’entaille d’une quinzaine de millimètres de long est profonde de quelques millimètres, ni l’os ni le tendon ne sont atteint. D’accord, la blessure pisse le sang, quelques impuretés sont présentes mais pas de quoi faire un drame. Un nettoyage sommaire, une trousse à pharmacie,  et quelques minutes plus tard un joli pansement orne ma main. Je m’occuperai de la désinfecter plus en détail ce soir.

Et voilà, 8h30, je me mets en route. Une demi-heure plus tôt que hier, sans le soleil levant, la forêt est plus sombre, mais par contre l’activité des oiseaux est plus vive à les entendre chanter. Bien qu’aujourd’hui je doive traverser le tronçon annoncé comme le plus boueux, je ne m’attends pas à plus de difficultés que hier. L’agent du DOC a toutefois omis de me prévenir que cet état de fait est engendré par la requalification du chemin, dont une partie du tracé est modifiée et recevra presque dans son intégrité de nouveaux aménagements. Pour ce faire, les anciens caillebottis et escaliers qui permettaient de traverser à pied sec cet été les endroits marécageux ont purement et simplement été retirés. Par conséquent, il ne reste plus qu’à fouler les zones humides, les chaussures dans la boue. Certains esprits chagrins me diront que je n’avais qu’à passer à côté. Toutefois, d’une part la progression y est rendue bien plus pénible par la présence régulière d’un entrelacs de branchages, fougères, et autres arbustes épineux ou pas, et d’autre part, les zones fallacieuses sont bien mieux camouflées par une couche d’humus jamais foulée par un être humain.

En règle général, il est possible la moitié du temps de marcher délicatement sur les bords du bourbier, sur du bois mort ou autres racines judicieusement placées dans la fange. Dans un quart des cas, le soulier ne s’enfonce que de quelques centimètres dans la boue, avec un petit bruit de succion et une perte d’efficacité dans la marche. Dans tout les autres cas, l’inconnu frappe à la porte : le sol peut s’avérer aussi solide que prêt à aspirer la chaussure au moins jusqu’au bas du mollet. Ce tronçon ardu ne dure toutefois que deux kilomètres et demi, jusqu’à Sawdust Bay. D’un avis très personnel, j’ai bien aimé cette partie du tracé. L’effort est certes plus important, mais cela correspond plus à l’idée que je me faisais d’un trek digne du nom de Great Walk. Sous cette appellation néozélandaise se cachent sept des plus belles randonnées du pays, dont Rakiura Track en fait partie. Ce sera la première et unique fois que je ne posséderai qu’un petit quart d’heure d’avance sur l’horaire préconisé par le DOC à la fin de cette partie. C’est vrai, j’avais presque oublié que l’horaire est établi avec un chemin en parfait état.

A partir de Sawdust Bay, quelques passages sont encore boueux, mais le chemin est similaire à celui que j’ai emprunté hier en deuxième partie de journée, avec des portions réduites d’aménagements. D’après ce que j’ai vu, cela risque de passablement changer dans les mois à venir, la requalification tend à simplifier le tracé en diminuant les dénivelées, et en prémâchant la marche avec des sentiers plus que très bien préparés. D’ailleurs, une petite pelleteuse mécanique a même été héliportée afin de faciliter le travail. Pour ceux qui ont parcouru le Chemin des Sens à La Tsoumaz, ce dernier est presque une piste de brousse en comparaison.

La forêt primitive de North Arm fait peu à peu place à une végétation régénérée à mesure que je me rapproche de Sawdust Bay, où deux scieries étaient encore actives entre 1914 et 1918. Peu après j’atteindrai le point le plus méridionale de mon aventure néo-zélandaise par 46°54’08’’ de latitude sud, à l’extrémité d’une plage de Prices Inlet. En remontant vers le nord, je rencontre une petite colline, où phénomène surprenant, de gros rochers arrondis, recouverts de lichens, sont apparents. De l’autre côté, Kaipipi Bay présente une côte découpée, dont la marée haute emplit les estuaires, où les eaux teintées d’un brun de Rakiura se mêlent doucement avec celle de la mer. La différence de salinité influence fortement les écoulements; les fluides se mêlent en de magnifiques rosaces et volutes. La traversée d’un pont permet de prendre pleine mesure tant de la complexité du phénomène que de l’enchevêtrement des côtes et des criques.

L’arrivée de l’autre côté de la baie marque un peu la fin de Rakiura Track. Je rejoins l’ancienne route qui reliait, dans les années 1860, la scierie de Kaipipi, employant jusqu’à 100 hommes, à Oban, déjà la principale agglomération de l’île. Si le chemin est toujours tracé, large brèche de 2 mètres dans la forêt, seule la présence à intervalles réguliers, d’arbres-fougères, de part et d’autre de la route, marque sa grandeur passée. La chaussée, autrefois recouverte de pierre, fut complètement défoncée par le passage des lourds chariots, tirés par des hordes de bœufs ou des attelages de chevaux. Les années sans entretien n’ont guère amélioré son état: elle disparait sous une épaisse couche d’humus. Seul le renflement central, épargné par le passage des attelages, surnage encore par endroits. Aujourd’hui, le chemin est quelque peu glissant. J’ai de loin préféré les passages boueux en pleines forêts, où il est nécessaire d’avancer par petits pas, plutôt qu’ici où la longueur des enjambées est arythmique : parfois longue, parfois courte, mais jamais la même.

Publicités




J19 – Rakiura Track

30 05 2011

North Arm Hut, Rakiura Track, Stewart Islands, 14h30

1ère nuit sur Stewart Island, mais aussi en cabane. Elle s’avère plutôt tempétueuse. Aucun kiwi entendu. En restant positif, leurs cris étaient sans nul doute recouverts par le sifflement du vent dans la charpente et le grincement des arbres environnants. Au milieu de la nuit, je ne sais plus vers quelle heure, j’alimente le feu de quelques bûches. A 6h00, un souffle frais me réveille, le feu s’est éteint. Comme Rod émerge, j’en profite pour en allumer un nouveau et j’attends une température intérieure plus clémente d’ici une petite heure.  Jusque vers 7h00, nous patientons, à l’écoute du vent, ou parfois d’une petite averse qui résonne sur la cabane. Le jour ne pointant pas encore, je me lève, prépare la pâte à pancakes pour le petit déjeuner. Tartinés de beurre, saupoudrés d’éclats de chocolat ou encore enduits de miel, ils me trouveront le coeur et égaieront le frugal porridge de Rod. 8h00, les nuages rosissent, il est temps d’empaqueter nos affaires, ranger la cabane, refaire le stock de bois consommé et se mettre en route. Direction North Arm Hut, une cabane aussi équipée d’un poêlon, et Bagaree Hut, un cabanon bien plus fruste, sans chauffage pour l’autre voyageur. Dernier adieu, après un demi kilomètre de route commune, il me remercie chaleureusement de m’être occupé du chauffage, des quatre-heure et des pancakes matinaux, pour « (sa) dernière nuit dans un hôtel 4 étoiles pour les 10 prochains jours ».

Au moment de quitter la cabane, une soudaine averse, malgré le ciel bleu, me force à revêtir pantalon et veste de pluie, que j’enlèverai sitôt arrivé à l’intersection entre trois sentiers, celui retournant sur Oban, celui d’où je viens et le chemin menant à North Arm. Malgré les rafales, la température est suffisamment douce pour que je poursuive ma route en shorts/T-shirt.

Je quitte la côte pour m’enfoncer dans les profondeurs de la forêt et traverser l’isthme dont Oban occupé l’extrémité sud-ouest. Quelques escaliers et une pente douce pour gravir la première des deux collines (altitude : environ 200 mètres). La végétation est caractéristique d’une zone qui fut préalablement exploitée par les colons : aucun grand arbre, nombreuses fougères et autres feuillus à la croissance rapide. Alors que je redescends dans le vallon, deux treuilles à vapeurs surgissent de la forêt. Vestiges de l’industrie forestière, ces guideaux ont remplacé au début du XXe siècle chevaux et boeufs pour le halage de troncs. L’ensemble mécanique, laissé en proie à l’humidité depuis 1931, est rongé par la rouille. Deux toits construits par le DOC les protègeront des intempéries pour quelques années, avant qu’ils ne finissent par se désagréger complètement. Je laisse ces souvenirs et poursuis mon chemin, arrivant enfin dans la végétation primitive. Les podocarpes, jamais agressés par une scie ou un hache, dressent leur cimes vers les hauteurs; au sol, mousses et lichens  prolifèrent, seuls quelques fougères basses se développent. Bien différent des zones côtières traversées hier.

Je ne vous avais pas encore parlé du chemin, un véritable sentier du DOC : un remblais de terre empaqueté dans un film tressé et recouvert d’un treillis plastique, surmonté d’une fine couche de gravillon protège le sol des nombreuses foulées des touristes. Pour éviter que l’ensemble ne soit emporté par les eaux de ruissellement à la première intempérie, de grosses rigoles, parfois creusées des deux côtés du tracé, drainent les eaux jusqu’au ruisseau le plus proche. Le bois des ponts et caillebotis, pour traverser les zones humides, sont rendus antidérapants par l’adjonction d’un grillage métallique – genre treillis à lapin – cloué à leur surface. Définitivement, la moyenne de 2km par heure sur de tels tracés, calculée par le DOC, est bien faible. Même chargé, je dois avancer à plus du double.

Si je n’ai pas encore rencontré de fortes intempéries, et que je me plaignais des chemins trop bien préparés, lors de la descente de la deuxième élévation, le tracé gravillonné se fractionne, finissant pas ne former plus que de courts ponts entre un chemin traçant sa route sur un épais tapis d’humus. Stewart possédant un climat plus qu’humide, un sous-sol très argileux, l’eau ne cesse de ruisseler à la surface, imprégnant bois, feuilles, terre et rendant ces tronçons boueux. Si la plupart du temps, il est possible de longer le bord, de temps à autre il est nécessaire de traverser directement: la boue remonte alors jusqu’à mi-chaussure, un bruit de succion se fait entendre à chaque pas. Progression plus difficile, mais compensée par la présence de nombreux oiseaux : trille des Tuis, battements des pigeons des bois, chants des kakas et des parakeets, … Ma présence ne semble guère les déranger et parfois un volatile passe à porte de main. Impossible par contre de tirer leur portrait, les oiseaux voletant de branche en branche, ou se reposant toujours à contre-jour.

Ce n’est qu’après que je me suis rendu compte que l’apparition de la boue coïncidait avec la mi-parcours, l’arrivée sur le côté Sud de la péninsule, celle qui voit encore moins souvent le soleil. Malgré le beau temps, la forêt est plus sombre, la canopée plus dense, les verts plus foncés; les feuilles mortes et les aiguilles brunissent le sol. La rivière et les deux ruisseaux franchis doivent drainer l’eau du plateau que je franchis. La boue n’a pas disparu, mais est plus sèche et plus fine, le tapis est bien plus moelleux, un peu comme une piste finlandaise.  Au lieu d’entendre le fort bruit de succion, seul un léger souitch-souitch rythme ma marche.

Peu avant d’atteindre ma destination, j’entends le cri caractéristique du kiwi, vois bouger quelques fougères. Malgré un long moment d’immobilité, ce sera tout, je ne verrai pas le dodu oiseau. Quelques minutes plus tard, j’atteins la cabane, située sur la rive du bras nord de Paterson Inlet, la plus grande rade de l’île. Le temps d’allumer le feu, préparer du petit bois, amener quelques bûches pour les faire sécher, car le bûcher est très humide et voilà que la pluie se déchaîne, tambourinant sur les vitres, dégoulinant dans le tuyau du poêle. Une seule pensée: je suis arrivé à temps.

16h00, il commence à faire un peu meilleur à l’intérieur, je maudis les architectes du DOC qui ont dessiné cette cabane avec un toit à pan incliné, sans mettre de plafond et en omettant les portes menant au gigantesque dortoir : le volume est immense, et c’est un peu galère pour le chauffer tout seul. Mais je préfère de loin North Arm Hut à la cabane de hier, le sentiment d’être perdu dans le bois étant plus important: sur trois côtés, la vue est bornée par la forêt à moins de 3 mètres, alors que le quatrième donne sur North Arm. La vue sur la mer est fantastique : une petite crique balayée par un fort vent, fermée par deux têtes recouvertes d’une végétation touffue dont les branches s’avancent au-dessus de l’eau. Moyennant quelques modifications j’en ferai bien ma demeure.

North Arm Hut, 18h40

17h30, le crépuscule est bien avancé, je m’habille chaudement, enfile pantalon et veste imperméables, mets mes gants, visse ma frontale (éteinte) sur ma tête, embarque mes jumelles. Direction les escaliers menant à la mer, d’où la vue englobe la totalité de la plage ceignant la rade. Opération: kiwi spotting. Les rafales de vent ne me facilitent pas la tâche. Et pourtant, un gros caillou semble avoir bougé avant et après la dernière averse qui vient de passer. Une observation plus détaillée de ce gros objet ovoïde me permet de distinguer un bec et de fébriles mouvements: il s’agit bien d’un kiwi farfouillant la vase, mon premier. Je savais que le kiwi de Stewart Island était dodu, mais je ne m’attendais quand même pas à cette taille, un gros ballon de foot allongé.

Sur le chemin du retour, de nombreuses paires d’yeux, illuminées par ma frontale, me regardent avancer: encore des opposums. Le temps de suspendre mes habits pour qu’ils sèchent d’ici demain, avaler un bon repas et je me glisse au lit. Je n’ai plus grand chose à faire. 19h00 j’éteins ma lampe et rejoins les bras de Morphée.





J18 – Stewart Island et Rakiura Track

29 05 2011

Port William Hut, Rakiura Track, Stewart Island, 29 Mai 2011, 16h00

Trajet : Bluff – Oban – Port William Hut

Petite bruine ce matin alors que je me réveille. A la lueur de ma frontale je prépare mes affaires pour mon petit treck sur Steward Island, la troisième île de Nouvelle-Zélande, souvent délaissée par les voyageurs : habits secs, chaussettes de rechange, appareil photo, lampe torche, piles et accumulateurs de réserve, casserole et poêle, nourriture – bien plus qu’il me serait nécessaire pour les deux jours. Finalement, après avoir ajouté les ingrédients pour me faire des pancakes, mon sac présente un sacré embonpoint. Qu’importe, je devrais bien arriver à le porter sans trop de problèmes.

J’arrive à Bluff alors que le soleil se lève. Un magnifique arc-en-ciel sur un fond de nuages teints en un rose pastel me souhaite la bienvenue. Quelques personnes pessimistes pourraient m’aviser que « ravoures du matin, pluie au moulin », ce à quoi je leur rétorque : « pluie en chemin, n’arrête le pèlerin« .  Voiture parquée, je patiente un moment avant que le terminal du ferry n’ouvre, en déambulant le long des quais, admirant la flottille de pêche au repos.

A la demi après neuf heures, aussi précis qu’une horloge helvétique, le ferry quitte Bluff, directin Oban sur Stewart Islands, ou Rakiura son équivalent maori. Une heure de traversée dans des conditions qui me rappellent une semaine en Pogo 8.50 en avril 2010 : 30 noeuds de vent établis, 50 noeuds dans les rafales 3 à 4 mètres de creux. Une mer encore plus déchaînée par un détroit peu profond, 30 à 40 mètres seulement, balayée par des vents tempétueux, les mêmes qui souffleront sur Slope Point quelques milles plus à l’est.

Arrivé à bon port, je récupère mon sac, passe par le centre du DOC enregistrer mon parcours, payer mes nuitées, aviser d’une date de retour, au cas où je ne réapparaîtrai pas et me voilà parti. Un dernier arrêt pour louer un petit réchaud à gaz, et je rejoins Horshoe Bay Road qui me conduit jusqu’au départ du Rakiura Track. Ce sentier parcoure les forêts du dernier Parc National créé en Nouvelle-Zélande, qui recouvre 80% de l’île. Le parcours triangulaire possède trois tronçons: un sur la côte Nord, un autre en pleine forêt traversant la péninsule dont Oban occupe l’extrémité, et le dernier suit la côte Sud pour ramener le voyageur au point de départ.

Après avoir à peine quitté le magasin, une fine bruine s’abat sur Halfmoon Bay, l’anse baignant Oban. Portées par le vent, les gouttes cinglent mon visage, je marche la tête à moitié baissée, rentrée dans mon capuchon. Parfaite entrée en matière pour ces trois prochains jours. Je ne peux me plaindre que personne ne m’avait prévenu que mon séjour serait humide; il est de notoriété publique que la pluie est presque le quotidien de Stewart Island, permettant à une dense végétation de pousser. Quelques kilomètres de goudron m’amènent jusqu’à la fin du village, puis un dernier en terre battue entouré des prémices de la forêt vierge : feuillus, fougères géantes, lianes, … Une petite descente jusqu’au bord de l’eau à Lee Bay, et me voilà véritablement au début du Rakiura Track. Au bord de la mer, les maillons d’une chaîne géante disparaissent dans la plage; une fois passé au travers la route débute. Mais tout d’abord une petite légende maorie : Maui, le grand voyageur polynésien tira des profondeurs marines une pierre d’ancrage, Te Puka A Maui et y attacha le canoë ancestral Te Waka A Aoraki. La pierre devint Rakiura et le canoë South Island. La chaîne, dont l’autre extrémité orne Stirling Point à Bluff, symbolise les liens spirituels et physiques reliant les deux îles. J’y rencontre un autre voyageur, dont nos routes ne cesseront de se croiser au gré de nos haltes, avant que nous ne terminions la journée de conserve, à partir de Maori Beach.

Dès le début, la nature est enchanteresse, foisonnante, bien plus que je ne l’avais aperçue jusqu’à présent. Sol recouvert de mousses et de lichens, petites fougères, puis arbustes et autres arbres-fougères prennent le relais avant d’être supplantés par des feuillus et des conifères formant la canopée. Par monts et par vaux, les espèces restent sensiblement les mêmes, seule leur distribution change en fonction de l’humidité, propice aux feuillus et fougères, alors que les sous-sols plus « secs » sont plus favorables aux podocarpes.

Première traversée de rivière à Little River, avant de couper par la plage; à l’étal la marée haute laisse juste la largeur nécessaire pour s’y faufiler. Nature paradisiaque entre sable fin, forêt touffue, cours d’eau douce et océan, dont la surface est parcourue par quelques vaguelettes. Toutefois, la forêt m’engloutit, et si le soleil brille à nouveau, les rafales secouant la frondaison font tomber une flopée de grosses gouttes. Il n’est pas question d’enlever la veste imperméable. Pourtant, j’en aurai bien l’envie tant la moiteur est étouffante. De temps à autre, à travers l’orée, il est possible d’entrapercevoir de petites falaises plongeant dans la mer turquoise, virant au beige à proximité des plages, le sable mélangé à l’eau par le mouvement des vagues. Les verts contrastent avec le bleu de la mer et le gris des falaises : juste grandiose.

Une fois à Peters Point, je rejoins Rod, mon futur compagnon de randonnée. Une intersection : une piste menant vers le bas, sur laquelle gisent quelques arbres, un tracé dégagé grimpant, et un seul itinéraire sur la carte. Nous opterons pour le parcours entretenu, qui rejoindra quelques centaines de mètres plus loin l’ancien chemin, avant de descendre sur Maori Beach. Ancienne colonie européenne ayant compté jusqu’à 2 scieries et 1 école, il ne reste que les vestiges d’un embarcadère. Une longue plage s’étend sur un peu plus d’un kilomètre; les dunes sont recouvertes d’herbes jaunes. A son extrémité, un pont suspendu traverse une rivière, dont le tanin de l’écorce des manukas ont bruni l’eau. Encore quelques kilomètres, un dernier franchissement de colline et nous atteindrons Port William Hut. Effectivement, un dernier contour et le wharf de la cabane détache sa silhouette sur la plage, sortant des fourrés et plantant ses pieds dans l’eau de la baie.

Port William Hut, au milieu d’une clairière adossée à la plage, est une jolie petite cabane. Sitôt arrivé, le feu est allumé, et une douce chaleur envahit la salle commune. Je profite de faire plus ample connaissance avec ce chef d’équipe travaillant dans une entreprise nationale de produits lactés : fromage, lait en poudre, … 65 ans, chasseur ayant de nombreuses fois parcouru l’île pour pêcher, chasser, plonger, … il a décidé de parcourir North-West-Circuiti, un périple d’une dizaine de jours contournant tout le Nord-Ouest de l’île en longeant la côte, avant de revenir à travers les terres dans une zone marécageuse, où la boue peut monter jusqu’à mi-corps. J’aurai bien aimé le faire, mais je n’avais ni le temps, ni l’équipement nécessaire.

Pâtes sauce tomates-oignons-thon pour souper. Repas préparé à double, car les dimensions des conserves sont plutôt prévues pour des triples rations. Précédemment, nous avions pris nos quatre-heure : thé, chocolat, biscuit, puis l’apéro. Si je n’avais pas pris une bouteille de vin, je n’ai néanmoins pas oublié d’emporter une de bière pour fêter mon arrivée sur l’île. Pitch Black, stout d’Invercargill Brewery, un excellent choix. Le temps de mettre à jour mon livre, écouter les rafales souffler, les arbres craquer, mettre une dernière bûche et je me glisse dans mon sac de couchage.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J17 – Catlins Est

28 05 2011

Bluff, samedi 28 mai 2011, 20h00

Trajet : Slope Point – Niagara – Bluff

Distance : 3171.9 km

Franchement bizarre la météo sur les Caitlins! Durant cette nuit, un grand nombre d’averses s’est abattu sur mon campervan, la pluie tambourinant sur le toit métallique. Si au-dessus de moi, la noirceur des nuages cachait le ciel, les étoiles étaient visible de part et d’autre du grain. L’éclairage translucide des gouttes de pluie par la lune au loin donne une ambiance irréelle. De nouveau, la chance est avec moi, le ciel étant clair, je roule encore quelques kilomètres vers le sud, jusqu’à Slope Point, le point le plus méridional de la Nouvelle Zélande, si Steward Island est exclue. Slope, la pente en anglais, a donné son nom à cette pointe, car les terrains descendent en pente douce jusque vers la mer, s’arrêtant en de petites falaises d’une vingtaine de mètres. Une fois parqué, une petite balade m’amène jusqu’au bout du monde, balayé par un vent déchaîné, le même qui souffle sur les quarantièmes hurlants. Un bon bol d’air, qui aura même effleuré l’antarctique avant de venir rafraîchir les côtes néo-zélandaises, me pousse à marcher à moitié courbé pour ne pas être renversé par les bourrasques.

J’y arrive enfin, 46°40’40’’ Sud, 169°00’11’’ Est, 7 kilomètres plus au sud que Bluff. La pointe est ornée de trois signaux, chacun destiné à une catégorie particulière de gens. Le plus connu est sans nul doute celui des touristes, indiquant que l’on se trouve plus proche du Pôle Sud que de l’équateur; vient ensuite la tourelle des marins, dont le but est d’avertir les navires de cette extrémité et enfin la troisième ne concerne que les géomètres et topographes: un vieux trépied rouillé surmonte un point de mensuration. Bien après son lever, le soleil darde ses rayons sur Slope Point. Il doit s’élever suffisamment haut afin d’être visible par dessus la colline. Pour ma part, je ne profiterai que d’un court moment de sa chaleur bienfaisante, de gros nuages ayant décidé d’en jouir pleinement.

North Arm Hut, Rakiura Track, Stewart Island 14h30

Bien que n’ayant pas encore déjeuné, il souffle bien trop par ici pour me restaurer. Je me préparerai eggs and bacon lorsque je serai parvenu dans un endroit plus abrité. Prochaine destination, Curio Bay, où le vent sera tout aussi puissant. Alors que la marée est presque haute, j’ai encore le temps d’admirer la forêt pétrifiée. Il y a un peu plus de 170 millions d’années, des crues soudaine ont emporté la forêt, l’enterrant sous des flots de boue et de limon. Aujourd’hui, les vagues ayant fait leur oeuvre, rongeant petit à petit leur gangue, les troncs fossilisés sont devenus apparents. Les détails sont innombrables: l’empreinte de l’écorce, les grains du bois sont visibles, les cernes saisonnières texturent la roche en de multiples vallons, … Les troncs pétrifiés, plus durs que la pierre environnante, détachent leurs longues silhouettes sur le plateau marnal. Une petite ballade le long de la côte m’amène jusqu’à Porpoise Bay. Je n’y verrai point les dauphins Hector, une espèce très spécifique à la Nouvelle-Zélande, partis dans des eaux plus chaudes pour passer l’hiver. En retournant sur mes pas, je converserai avec un charmant couple de personnes âgées, vivant à Nelso : « You’re a silly boy », un garçon, un bon, pour visiter l’île du Sud en fin d’automne.

Je remonte alors la vallée jusqu’à Niagara Falls (NZ) situé dans le village éponyme. Nommées ainsi par un voyageur local à son retour du Canada, ces chutes d’eau, ou plutôt cascades, même pas, je ne trouve point de mot pour définir ce petit rapide chutant d’à peine 1 mètre. Aussi minuscules qu’elles puissent paraître, leur influence sur l’économie locale fut importante puisqu’elles arrêtèrent complètement la remontée des scows: troncs d’arbre et blés devaient donc transiter par voie de terre depuis l’intérieur du pays avant d’être transbordés sur un bateau ici à Niagara pour rejoindre Dunedin.

Direction Catlins Forest, je me permets une petite halte à Waikawa pour d’une part éliminer déchets et bouteilles que je transbahute depuis quelques jours, et surtout  pour me restaurer. Il est presque l’heure de l’apéro, eggs and bacon seront les bienvenus. Deux autres arrêts touristiques seront nécessaires, l’un pour admirer l’ancienne auge en ciment, dans laquelle s’abreuvèrent les cheveux de la diligence suite à la rude montée de Cemetary Hill, l’autre pour regarder les vestiges de la vieille route empruntée par cette ligne. Je serai toutefois incapable de découvrir la moindre trace sur 500 mètres d’une route terminant en cul-de-sac.

De retour sur une route de gravier – sans en emprunter aucune, il est impossible d’appréhender les Catlins dans leur intégrité -, j’arrive enfin à Waikawa Forest, l’une des rares forêts dont une partie de la végétation n’a pas été influencée par le fort développement de la région à la fin du XIXe siècle. Sur le prospectus, la note suivant la description de la ballade m’avait interpellée, indiquant qu’un bon niveau de forme et qu’une certaine expérience est requise. Le traditionnel panneau du DOC, au début du tracé, met en garde, quant à lui, contre un chemin mal plat et glissant, ainsi que des cours d’eau à traverser à gué. Je m’en réjouis d’avance, et d’ailleurs je n’en ressortirai pas déçu.

Le tracé s’enfonce dans les hautes herbes avant de disparaître dans l’univers sombre de la végétation touffue : feuillus aux troncs recouverts de mousse, fougères-arbres, lichens, racines luisantes, tout transpire d’humidité; à peine un rayon de soleil frappe une surface, que de la vapeur d’eau s’élève de cette dernière. Les verts sont éclatants, les bruns lumineux, … mais tout baigne dans l’ombre de la canopée. Et le chemin, proche de ceux de chez nous, déroule son ruban sinueux entre les arbres. A la place de pierres pour traverser les endroits boueux, des tronçons de pieds de fougère, quelques planches de bois, maintenues par des piquets, pour former de rudimentaires escaliers dans les endroits pentus et éviter des glissements de terrain, … Les cours d’eau à traverser ne seront toutefois que de petits ruisseaux, aisément franchissables d’un long pas, et les endroits glissants, à moins de ne pas savoir poser ses pieds correctement, ne sont pas de véritables dérupes. Sans offense, je n’y amènerai quand même pas mes grands-parents, le chemin reste quand même mal plat.

Et les chutes d’eau? Sans rentrer dans les spectaculaires telles Breidal Vell ou  celle de Kerikeri, elles sont bien jolies. Au pluriel, car il y en a deux. La petite, située plus bas, déverse l’eau en un large ruban, sur une hauteur raisonnable, alors que sa grande soeur, en amont, projette son puissant jet dans un magnifique amphithéâtre sauvage. Il n’est toutefois possible de l’admirer pleinement qu’en traversant la rivière, le pont ayant été emporté par quelques précédentes crues, un peu d’acrobatie  sur de gros rochers, conglomérats de sable et de cailloux recouverts de lichen, permet d’éviter de mettre les pieds dans l’eau. Mais le coup d’oeil vaut le coup: la longue cascade est cernée à gauche par une falaise de molasse, verdie par des mousses, ornée d’une couronne de fougères descendant en grappe, alors qu’à droite la forêt touffue, prenant appui sur de gros blocs, laisse apparaître quelques gigantesques arbres morts, penchés au-dessus du cours d’eau. Magnifiques ballades, sans compter que j’ai oublier de décrire la sérénade des Tuis et de leurs incroyables battements d’ailes. Je vous en avait déjà parlé, mais j’ai découvert aujourd’hui le volatile à l’origine de ce bruit : le pigeon des bois, un oiseau bien plus massif que son cousin des villes.

Déjà le milieu de l’après-midi, le temps s’écoule définitivement trop vite, le dernier arrêt d’importance dans les Catlins sera Waipapa Point, sur lequel est érigé un phare dont la cloche sonna le 1er janvier 884 pour la première fois, annonçant la présence de récifs au large. Il faut dire que l’endroit a connu le pire désastre maritime de la Nouvelle-Zélande lors du naufrage du SS Tararua le 29 avril 1881, avec la mort de 131 passagers sur les 151 embarqués. En début d’après-midi, alors qu’il s’écrase contre les rochers, les naufragés sont tout d’abord confiants, lorsque l’un des leurs a réussi à nager les 300 yards jusqu’au rivage pour prévenir des secours. Toutefois, ils arriveront trop tard, et à mesure que la journée avance, la panique s’accroît à bord, surtout lorsque la mer se fait de plus en plus agitée. Finalement, à 2 heures du matin, un dernier cri se fait entendre, et les corps seront rejetés sur le rivage. Leur décomposition étant trop rapide, ils seront enterrés dans un lopin de terre jouxtant la plage. Si une stèle et trois pierres tombales marquent l’endroit, cela n’empêche pas les moutons d’y venir pâturer en paix.

De ce cimetière, Tararua Acre, je gagnerai le phare en marchant le long de plage, à la bordure du ressac. Il paraîtrait que des sables mouvants hantent les pieds des dunes. J’ai pris beaucoup de plaisir à respirer cet air chargé d’embrun, le nez au vent, la veste claquant dans les rafales. Moment intemporel, perdu dans l’infini bleu de l’océan. Peu avant la pointe, je remonte sur les dunes, sous le regard bienveillant de deux gros lions de mer mâles gardant le troupeau. Le phare, dans sa blanche livrée de rigueur, est surmonté d’une petite girouette rouge vif. A ses côtés, un massif d’arbres aux troncs couchés par le vent, à la frondaison sculptée par les airs, marque l’emplacement de l’ancien bach des gardiens. Aujourd’hui, seules deux poutres de fondation résistent encore. Dos au vent, le retour jusqu’à Hibiscus est bien plus véloce.

Dernière étape de la journée : Fortrose, la porte d’entrée ou de sortie à l’est des Catlins. J’y trouve une pierre, la dernière de l’ancienne forge de Fortrose, qui fut aussi une fonderie durant l’Age d’Or de la région. Il en sortait marmites à graisse pour les baleiniers,  bougies et éléments de wagon pour les trains destinés à sortir les troncs de la forêt, ou encore divers éléments de machines à vapeur. Un peu à l’écart, le cimetière dans lequel est enterré le capitaine du SS Tararua fonctionne à la manière de celui d’une grande ville avec ses quartiers et un immense tableau récapitulant la position des tombes, le nom et le prénom de l’enterré, ainsi que sa date d’inhumation.  Sinon je profite de rajouter quelques litres d’essence dans le réservoir, avec 400 km au compteur depuis le dernier plein, il me serait théoriquement possible d’atteindre Invercargill situé une soixantaine de kilomètres, mais je préfère ne pas tomber en rade en pleine campagne.

Invercargill, une ville dépeinte comme triste et grise par les voyageurs. Il faut dire que coincée entre les Catlins et Fjordlan, elle aurait bien de la peine à rivaliser avec ces merveilles de la nature. Pourtant, durant mon bref arrêt, je ne la trouve pas dénuée de charme avec sa rue principale ornée de façades de la fin XIXe/début XXe siècle, si particulières à ces villes du Nouveau Monde. Passage par le supermarché pour acheter quelques effets qui me seront sans doute nécessaires sur Stewart Island, puis je me trouve un petit coin pour dormir. Alors que je réchauffe mon curry, un orage éclate. Je me réfugie à l’intérieur pour finir de cuisiner : opération délicate lorsque le réchaud est coincé derrière l’évier, mais cela m’évite quelques aller-retour sous une pluie battante. La seule obligation, une grande aération à la fin du repas pour éviter que toute la vapeur générée ne condense au petit matin, et ne se transforme en déluge intérieur.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J16 – Catlins Ouest

27 05 2011

Près de Slope Point, vendredi 27 mai 2011, 19h30

Trajet : Nugget Point – Slope Point

D=3011.8km 

Ce matin, le ciel est grand bleu; seuls quelques nuages sont éparpillés loin à l’horizon. Le lever de soleil est magnifique sur Nugget Point, quand les côtes des Catlins se parent de couleurs mordorées. Aujourd’hui je poursuis ma descente vers le sud, sûrement ma dernière partie, car une fois passé Slope Point, le point le plus au sud, il faudra bien remonter vers le nord.

Lever de soleil sur la côte des Catlins

Les Catlins, j’en avais longuement entendu parler par de nombreux voyageurs, vantant ses qualités, sa magnificence. A la fin de cette belle journée, je n’arrive pas à me décider si je suis déçu ou pas ; mais, dans tous les cas, cela ne dépasse pas mes espérances. Entre la petite introduction de Nugget Point et la phrase d’un célèbre écossais dont les paysages locaux lui rappelaient son pays natal, je m’attendais à une nature un peu plus sauvage. Oui, les dunes sont vierges, les falaises intactes, et quelques grands massifs forestiers sont intacts, mais partout ailleurs les pâturages font la loi, moutons et vaches se repaissent en paix de cette herbe rendue si verte par l’humide climat. Je ne suis pas contre les prairies. Traverser de grandes régions plantées de forêt où la route serpente entre deux murs végétaux, telle celle de Waipoua Forest, est intéressant les dix premières minutes, après le paysage devient monotone : reliefs invisibles, absence de profondeur, perte de luminosité, …. Mais, trêve de réflexion, si je n’ai pas beaucoup avancé en ligne directe, ma journée s’est déroulée agréablement, entrecoupée de nombreuses pauses et balades, dont voici les grands moments.

Première halte à Cannibal Bay, nommée ainsi en raison des ossements humains découverts lors de fouilles archéologiques. Une petite balade le long de plage me conduira jusqu’à Surat Bay. En chemin, je rencontrerai quelques lions de mer néo-zélandais, espèce endémique au pays. Pesant près de 300 kilogrammes, soit le double des phoques à fourrure, avec une mine patibulaire, il ne me viendrait pas à l’idée de m’approcher. D’ailleurs, lors de la traversée des dunes entre les deux baies, lieu de couchage de ces mammifères, j’observerai mon chemin, bien décidé à faire demi-tour si l’un d’eux se trouvait sur le tracé.

NZ Sealion, lion de mer endémique à la Nouvelle-Zélande (Cannibal Bay)

De retour sur la Southern Scenic Route, je m’arrête une fois passé Tunnel Hill, afin d’admirer un haut fait d’ingénierie du XIXe siècle. Alors que l’économie de la région battait son plein, notamment avec l’exploitation forestière, la construction d’une ligne ferroviaire fut décidée afin de permettre un transport facilité et rapide des troncs. Comportant pentes et ponts parmi les plus osés construits sur South Island, un tunnel dut même être percé : pics, pioches et pelles furent employés pour accomplir à bien la tâche. Commencé en 1891, le tunnel complètement recouvert de briques produites sur place fut ouvert deux ans plus tard. Devant le déclin de l’économie forestière, ainsi que par la concurrence du transport routier, le dernier train circula en 1971 avant que la ligne ne soit démantelée. Dans le fond, la Nouvelle-Zélande compta un grand nombre de lignes ferroviaires, principalement destinées à la marchandise, avant d’être pour la plupart abandonnées dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le bout du tunnel (Tunnel Hill)

Owaka, principale ville locale, fière de ses 395 habitants, abrite un excellent petit musée sur la région. Il me permettra d’apprendre entre autre que le nom de Catlins est dérivé de celui du capitaine Catlin, chasseur de baleines qui acheta un très grand terrain aux maoris peu après la signature du traité de Waitangi. Seule la partie arborant aujourd’hui son nom fut toutefois reconnue comme étant sa propriété. Humide, propice tant à l’exploitation forestière et agricole qu’aux stations de baleines, l’économie locale décolla rapidement. L’histoire régionale est retracée depuis les maoris, chasseurs de Moa, dont de nombreux ossements furent retrouvés jusqu’à l’époque actuelle en passant par l’âge d’or. Comme dans de nombreux musées néo-zélandais, relativement à l’âge du pays, les artefacts historiques utilisés sont ceux qu’auraient pu utiliser mes arrières grands-parents. D’ailleurs je suis persuadé que j’ai déjà vu à de nombreuses reprises ces machines à coudre Singer et ces appareils photographiques d’un autre temps dans des brocantes sur le vieux continent, ou encore tous ces outils simplement suspendus à l’extérieur des raccards et autres chalets valaisans.

Outils divers (Owaka, Catlins Museum)

Quittant les terres, je rejoins la côte et longe l’estuaire d’Owaka Lake jusqu’à Jak’s Bay. Une petite marche d’approche m’amène aux abords de Jack’s Blowhole, un véritable chaudron des enfers, si l’eau était remplacé par la lave. Situé à près de 200 mètres de la mer, les vagues déferlent dans un étroit canal jusque dans ce trou profond de 55, long de 144 et large de 68 mètres. L’écho assourdissant des vagues qui s’écrasent contre les parois domine les bêlements des moutons situés dans les champs voisins. Le lieu fut nommé en l’honneur du Chef Maoris Tuhawaiki, surnommé bloody Jack. Le spectacle est plutôt impressionnant, notamment quand plusieurs lames se déversent successivement sans que l’eau n’ait le temps de refluer vers la mer.

Jack’s Blowhole (près de Catlins Head)

Abandonnant la violence océane, je ne quitte pas pour autant l’élément aqueux. Lors de deux petites balades dans des forêts régénérées composées d’essences locales comme les Totoras, Matais ou Muris ou autres Kahikateas, je découvre deux chutes d’eaux. La première, Purakaunui Falls se distingue par sa chute, divisée en trois paliers successifs. Ces sections de tailles identiques lui donne un petit air artificiel. Sans la présence du rocher sur le premier plateau ou des arbres poussant de façon savamment enchevêtrée, la construction aurait pu être humaine. La seconde, Matai Falls ne vaut pas vraiment le détour: il s’agit plus d’une petite cascade que de véritables chutes.

Purakauni Falls (Catlins)

La dernière visite de la journée ne sera pas des moindre avec Cathedral Caves, de spectaculaires grottes naturelles creusées dans les parois par les vagues. Pour les visiter, deux conditions. La première est liée à la marée: elles ne sont accessibles que durant une heure de la basse mer; la deuxième est que l’océan permette de marcher sur la plage pour y accéder. Aujourd’hui la deuxième condition était juste à la limite de l’acceptable, les déferlantes remontants hauts dans la plage. Les visiteurs sont obligés de se déchausser pour visiter les grottes et aussi de se mouiller jusqu’à mi-cuisse pour admirer les entrées dans leur ensemble. Mais l’effort vaut la peine, le spectacle est plus que magnifique. Pour ma part, je rentrerai dans la première caverne, dont l’entrée est digne d’un géant, puis me glisserai par un large couloir relié à l’autre grotte pour ressortir par la deuxième porte, tout aussi gigantesque que la première. Par pur plaisir d’ailleurs, je repasserai dans l’autre sens, avant de me glisser à moitié dans l’eau pour observer l’ensemble. Un peu refroidi, les pieds glacés, je remonte jusqu’au Campervan alors que le soleil couché a rendu bien sombre le petit chemin se faufilant dans la forêt.

Le large, vu depuis l'une des grottes (Cathedral Caves)

Le plus dur de la journée sera de trouver une petite place pour dormir. Sachant que le camping sauvage est particulière surveillé dans les Catlins et que l’amende salée s’élève jusqu’à 20$, mieux vaut trouver le bon endroit. Aucun parking du DOC avec des toilettes plus ou moins proches, il existe bien le MacLean Camping, mais il faut débourser 25$ pour une place: un peu cher. Le prochain étant situé à Curio Bay, distant de 30 kilomètres, je déciderai d’en parcourir 10 de plus pour rejoindre un gratuit situé à Weits Beach, que m’avait indiqué Jonathan, et proche de Slope Point. Arrivé tardivement, je me prépare un bon petit curry de poulet, accompagné de graines de couscous et d’un bon morceau de fromage et d’excellents sablés au chocolat, dans la plus pure tradition des walkers écossais.

Il semblerait que le dicton affirmant que pas une journée ne se passe sur les Catlins sans qu’une goutte de pluie ne mouille les routes soit plus que valable, à entendre le grain qui vient de s’abattre sur Hibiscus. Et dire qu’il y a 30 minutes, j’admirai la voie lactée, si visible par l’absence de pollution lumineuse. J’espère que le vent emportera bien vite ces nuages pour admirer un beau lever de soleil sur Slope Point demain matin.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J15 – Albatros, pingouins et moutons

26 05 2011

Nugget Point, jeudi 26 mai 2011, 18h40

Trajet : Dunedin – Otago Peninsula – Nugget Point (Catlins)

D=2847.4 km

Alors que je dormais paisiblement, les bruits de klaxons d’une voiture, passant en trombe à côté de mon campervan, me tirent du sommeil. Sans doute un néo-zélandais mécontent que je parque mon véhicule sur cette petite place avec une vue englobant Otago Harbour. Je dois reconnaître que je suis un peu moins frais que les autres matins, quand la veille au soir, je me suis contenté d’eau ou d’un verre de rouge pour souper et que je rejoignais Morphée avant 22h00.

Ah, le Sud de la Nouvelle-Zélande, sa grisaille, son brouillard, sa fine bruine, je crois que j’ai définitivement quitté ces plaines où l’été indien ne cessait de perdurer. Qu’à cela ne tienne! Poursuivons notre descente méridionale. Mais avant, un petit détour d’une soixantaine de kilomètres jusqu’à Taiaroa Point, l’extrémité de la péninsule d’Otago, s’impose. Sur le chemin aller, je longe la rade d’Otago; la route suit les courbes de Broad Bay, Portobello Bay, … Les nuages recouvrent l’intégrité du paysage, noyant dans les brumes les monts au-dessus de Dunedin et Port Chalmer, rappelant les anciennes contrées celtiques. Le long du rivage, de pittoresques baraquements de pêcheurs s’avancent sur la mer, montés sur pilotis, une simple rampe en bois pour mettre à l’eau un canot ou encore plus moderne, un kayak de mer. J’arrive enfin à Taiaroa Point, un des deux seuls endroits au monde où l’albatros royal niche. En règle général, une visite en fin d’après-midi, lorsque les airs sont plus forts, permet de voir ces oiseaux aux ailes de géant planer, ou plutôt voler sur place face aux bourrasques de vent. J’aurai toutefois le plaisir d’en observer quelques uns, deux partant vers le large à la recherche de nourriture, et un autre tournoyant lentement au-dessus de la pointe. Définitivement, la finesse, conjuguée à l’envergure de leurs ailes, en fait de magnifiques volatiles marins. J’aurai une discussion passionnante avec le conservateur du Royal Albatros Center à propos de ces oiseaux, ainsi que sur la faune aérienne de Steward Island, qui se conclut par un enthousiaste : « vous verrez, vous allez adorer : ici, nous avons les oiseaux marins, là-bas, en plus des chemins boueux, il y a tous les oiseaux du bush qui ne cessent de se répondre ».

albatros royal (Taiaroa Point)

Au moment de partir, un albatros survole le parking, plongeant en un élégant virage sur tribord avant de partir vers le large, me laissant un impérissable souvenir. En quittant la péninsule d’Otago par Highcliff Road, peu après avoir dépassé Harbour Cone, un mont qui mérite son nom, j’aperçois au bord de la route un panneau de signalisation indiquant « Stock ». Sachant que les stocking trucks sont les camions pour transbahuter les moutons d’un bout à l’autre du pays, est-ce que j’aurai l’agrément d’observer le changement de parc d’un troupeau ? Je m’arrête le long d’une clôture, cinquante mètres plus loin que le portail grand ouvert. Au bout de quelques minutes, j’entends un sourd grondement, accompagné d’aboiements et de pétarades de moteurs. Soudain, une marée blanche déferlant d’un pré, poursuivie par un chien, un berger sur une moto de trial et le patron sur un quad, est contenue dans un enclos de taille réduite. Le portail est alors ouvert, et les moutons traversent la route en quête d’un pâturage à l’herbe verte. J’apprendrai par après que le cheptel est constitué de 1500 têtes. Cela en fait des gigots!

marée de moutons - à l'étal

Je quitte définitivement la péninsule, et profite d’un dernier passage à Dunedin pour faire le plein. Enfin, ce sera plutôt une pompiste qui remplit le réservoir et, alors que je m’apprête à vérifier la pression des pneus, insiste pour le faire, tout en discutant de ma destination. Et pour la petite histoire, c’est l’endroit où j’ai payé le moins cher mon litron d’essence. Quand je vous disais que les néo-zélandais sont des exemples de générosité. Ayant fait quelques courses hier soir, je suis fin prêt pour aborder les Catlins, cette région sauvage située au Sud-Est de South Island.

Toutefois, à peine après avoir quitté les faubourgs de la cité écossaise, je m’arrête pour une petite balade afin d’observer un exemple d’excentricité. Dans les années 1870, le Capitaine Cargill, afin de donner, ou plutôt de créer, un accès à une plage privée décida de creuser un tunnel dans une falaise pour rejoindre le niveau de la mer. Aujourd’hui, même les désargentés peuvent emprunter l’escalier en béton pour rejoindre la plage. Toutefois, je ne m’aventurerai pas à m’y baigner. J’avais été impressionné par les vagues d’Oponini sur la côte Ouest dans le Far North. Du sentier descendant depuis le parking jusqu’à l’entrée du souterrain, le grondement du ressac se fait entendre et, à proximité du bord de la falaise, les coups de boutoirs des vagues peuvent presque se faire ressentir. Le déchaînement de la houle du Pacifique contre les falaises est tout simplement grandiose. Les vagues éclatent en gerbe, les embruns s’envolent dans les prés. A peine la vague a-t-elle déferler qu’elle se reforme dans l’écume de la précédente et s’abîme en un nouveau rouleau. Arches, courbes, corniches, blocs écroulés, pointes … découpent le rivage, modifiant les lames qui s’entrecroisent; les vagues s’entrechoquent, conduisant à d’admirable envolée de flots au-dessus de la mer déchaînée. Au niveau de la plage, le spectacle est encore plus terrible: les vagues semblent s’élever encore plus hautes, les lames semblent redoubler d’ardeur pour abattre ces murailles verticales.

la houle tentant d'abattre les murailles (Tunnel Beach)

De retour sur la SH1, que je ne quitterai qu’à Balclutha, je traverse le Sud de l’Otago, une région, qui est, sans trop de surprise, pastorale. Toutefois, les douces courbes des collines, les bosquets de conifères et de feuillus, les vaches paissant tranquillement ne sont pas sans rappeler le plateau fribourgeois, l’esthétisme des grandes fermes gruyériennes en moins, remplacé ici par l’immonde hangar métallique. Après avoir passé un panneau me souhaitant la bienvenue dans les Catlins, je m’arrête à la réserve du Bush d’Awaki afin d’aller regarder de vieux totaras, âgés de 300 ans. Une petite route de gravier me mène jusqu’à un sentier traversant des prés privés. Au bout de quinze minutes j’arrive enfin à la réserve végétale, accueilli par un concert de cris d’oiseaux. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, jamais je n’avais entendu pareille animation : chants, battements d’ailes, bruissements dans les branches, la forêt semble douée d’une vie propre. Et contrairement à tout autre endroit où le silence se fait dès qu’un humain s’approche ou se fait entendre, ici, les bruits continuent. Une véritable surprise, encore grandie par la beauté de ce sous-bois, où peu de promeneurs doivent venir s’y balader, compte tenu de la petite marche pour y accéder. Et c’est à cela que ressemble le bush de Steward, à cette vie foisonnante, …

Alors que la fin de l’après-midi approche, je m’en vais à Nugget Point, véritable porte d’entrée des Catlins. A l’approche de la pointe, la sauvagerie de la région fait surface: landes, bushs poussent à profusion, les douces collines sont remplacées par un paysage plus abrupt, la molasse beige est troquée contre des falaises grises ou du basalte noir, les verts verdoyants des champs se muent en une palette de verts foncés. Et pour ne rien gâcher, les nuages, qui ne se sont pas levés, floutent artistiquement le paysage, le plongeant dans une ambiance mystérieuse. J’en tombe déjà amoureux.

Nugget Point

Je finirai ma journée par une opération Pingouin à Roaring Bay. Seul, alors qu’un jeune couple franco-kiwi a abandonné la partie, je me planque dans la cache, jumelles, appareil photo, habits chauds, timtam au chocolat noir et beaucoup d’espoir. Au bout d’une demi-heure / trois-quarts d’heure, l’attente est récompensée: un premier pingouin à yeux jaunes sort de l’eau en se dandinant. Il traverse la plage, s’agite pour passer par-dessus un tas de bois flotté, et alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde poursuit sa route en direction du bush et commence à escalader la pente par petits sauts successifs pour rejoindre son nid, situé dix mètres plus haut. Comique, voilà la vérité. L’arrivée d’un deuxième pingouin confirmera que le comportement du précédent n’était pas le moins du monde excentrique. J’assisterai aussi à un intense moment de communication, ponctué de ces nombreux cris ayant nommé véritablement ces pingouins, hôiho. Ayant remisé mon matériel, j’observerai sur le chemin du retour trois autres volatiles sortir de l’eau, mais la tombée de la nuit est trop avancée pour me permettre de suivre leur mouvement.

Pingouin Hoiho (pingouin à yeux jaunes)

De retour au campervan, il est l’heure du souper. Etant à Nugget Point, je comptais me faire un petit curry de poulet, mais je me rends compte que j’ai malheureusement oublié d’acheter la viande. Rassurez-vous, je ne mourrai pas de faim, et apprécierai goulûment mes pâtes crème-saumon-citron, suivies d’un petit morceau de fromage et d’une excellente stout, très chocolatée, bien qu’un peu fraîche, de la brasserie Brew Moon. Ce soir, je serai bercé par le bruit du vent qui souffle sur cette pointe.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J 14 – Dunedin

25 05 2011

Dunedin, mercredi 25 mai 2011, 17h40

Trajet : Oamaru – Dunedin

D=2620.3 km

Dehors il fait encore nuit lorsque je grille mon bacon, tout comme quand je le dégusterai, accompagnés de ses œufs brouillés. Ce n’est que vers 7h00 que les premières lueurs s’allument, alors que le soleil se couche déjà tôt, vers 17h30. Le Sud se rapproche de plus en plus. Après une petite balade sur la plage, je roule le long de la côte, en direction de Moeraki. Comme le soleil se lève aussi lentement que les pingouins, peut être que j’arriverai aux boulders lorsqu’il pointera au-dessus de l’horizon.

Pile à l’heure! J’ai juste le temps de parcourir les derniers 300 mètres sur la plage. Et ils sont là, décorés d’une frange mordorée, paisiblement posés sur leur moelleux lit sablonneux. S’ils ne sont pas aussi nombreux que par marée basse, le spectacle de ces formations géologiques dont l’ovoïde est très proche de l’optimum sphérique est grandiose. La précipitation de carbonate de calcium autour d’un petit noyau génère ces concrétions, dont l’âge peut atteindre plusieurs millions d’années. Plus dure que leur gangue de molasse qui se désagrège peu à peu, abrasée par les vagues et le sable, ils apparaissent à la surface des plages. Il en existe de similaires sur Katiki Beach, plus au sud, ou encore à Waimarama Bech à Hawke’s Bay, mais la beauté de ceux de Moareki est due à leur nombre et à leur intégrité physique. La marée ne cessant de monter, et afin de les photographier autrement qu’à contre jour, chaussures, pantalons, t-shirt et pull sont délicatement déposés au sec, avant que j’aille rejoindre l’élément aqueux. Plutôt fraîche, surtout quand quelques nuages provenant du Nord sont venus cacher le soleil.

N’ayant pas pu profiter de la gastronomie de Fleur hier soir, je décide quand même de faire un détour pas Moeraki. Cela en vaudra la chandelle. Le restaurant occupe une ancienne demeure de pêcheur, près de l’ancien wharf en fer forgé, provenant directement d’une fonderie londonienne. La bâtisse, dont les murs en partie recouverts de tôles ondulées sont percés d’immenses fenêtres à croisillons, trône au milieu d’une place, mi-jardin, mi-quai où s’empilent dans un désordre ordonné nombre d’objets traditionnels : filets, barils, ancienne machine à laver manuelle, flotteurs, annexe, … Je me sens comme chez moi. Je profiterai d’y déguster le meilleur café qu’il m’ait été donné de boire en Nouvelle-Zélande, et que je classerai dans les 5 meilleurs de ma vie, tout en taillant une bavette avec deux employés.

Avant de rejoindre la SH1 qui devrait me conduire à Dunedin, je fais un petit détour par le phare de Katiki, une véritable carte postale avec une prairie verdoyante, une route de gravier traçant un sillon gris par monts et par vaux jusqu’à une petite tourelle blanche surmontée d’une lanterne, perdue dans la verdure. Je me baladerai un petit moment dans la réserve située juste à côté, découvrant une cache du DOC sur la plage où nichent deux colonies de pingouins. Si j’avais su je serai venu ici, la proximité de la plage doit rendre l’observation bien plus exaltante et surtout permettre de voir véritablement les volatiles.

Toutefois, je ne roulerai pas longtemps avant d’opérer un bref arrêt à Katiki Beach. Seule une maigre bande de sable n’étant pas encore recouverte par la marée montante, je n’observerai pas d’autre boulder. Presque d’une traite je parcours les 20 kilomètres me séparant de la réserve de Tavora. Un petit chemin, marqué par un tracé à l’herbe fauchée, mène le long d’une falaise. La vue sur les côtes déchiquetées de l’Otago est magnifique ; un banc y est d’ailleurs placé pour en profiter. Redescendant au niveau de la mer, le sentier mène à une petite plage au sable couleur ocre, attenant à une praire humide, où viennent nicher certains oiseaux menacés. Depuis ces dernières années, des actions visent à favoriser le développement de végétation sur les dunes afin de sauver ce précieux biotope mis à mal depuis le siècle dernier.

A une vingtaine de kilomètres de Dunedin, le paysage se modifie profondément; la hauteur des collines s’accentue, les routes deviennent pentues pour monter, et encore plus pour descendre, de véritables toboggans par endroits. Le soleil qui ne m’avait pas quitté ces derniers jours est caché par des nuages, scotchés sur les monts érigés dans l’Otago. Le climat lui même est plus frais, et même si les palmiers poussent toujours, la végétation est plus rude, plus adaptée aux conditions rigoureuses de l’Otago. Pour mon premier contact avec cette région, je comprends que les écossais s’y soient plus à merveille, météo et morphologie du terrain devaient ressembler à leur terre natale. La route passe par Port Chalmer, une ravissante petite ville portuaire, fondée au XIXe siècle, dont la rue centrale est bordée de vieux bâtiments Si le port est actif dans le commerce du bois, la cité draine actuellement nombre d’artistes dunédins, comme en témoigne les nombreuses échoppes de joaillers, sculpteurs et autres artisans. Toutefois, ce qui m’a le plus frappé en arrivant est l’une des église surplombant la ville, d’architecture (néo-)gothique, érigée en pierres taillées. Son caractère froid et fier rappelle le climat humide et rude des landes.

Arrivé à Dunedin, qui fut longtemps capitale de la Nouvelle-Zélande, je ne m’attendais pas à une ville construite en longueur à flanc de colline. Cela explique la description du Lonely Planet faisant état de nombreuses côtes. D’ailleurs, cette ville possède la rue résidentielle la plus pentue du monde, inscrite au Guinness Book. Ce sera ma première visite, et effectivement, pentue, elle l’est, avec une portion de 70 mètres atteignant 28.6%.

Je rejoins ensuite l’Octogone, le centre de la cité, d’où partent toutes les rues sur un plan orthogonale. Après avoir parqué le van, je profite qu’il fasse encore jour pour me balader dans la ville. Dès le début, la forte influence anglaise est ressentie dans l’architecture générale de la ville, tant pour les bâtiments officiels (gare, université), que pour les petites maisons individuelles, possédant leur petit jardinet privatif. En passant par le campus de l’Université de l’Otago, la plus ancienne du pays, je retrouve la même architecture que celle pour l’église de Port-Chalmer. Une véritable merveille qui me fait presque regretter de ne pas avoir étudié dans de tel bâtiment. Si le reste de la vieille ville n’est pas aussi caricatural, Dunedin est véritablement un petit bout de terre anglaise perdu de l’autre côté de la planète. J’adore.

Ce diaporama nécessite JavaScript.