J-3 – Taumarunui – Mangaeturoa

14 05 2011

Mangaeturoa, 14 mai 2011, 19h30 (GMT+12)

D= 571.6 km

La pluie fait des claquettes sur le toit, ainsi chantait Nougaro et ainsi fut le premier son entendu de la journée. Je bouquinerai le Lonely Planet en attendant que ces sombres tintements cessent. Petit déjeuner vers 7h30, puis je reprends la route en direction du Tongariro National Park. En chemin je m’arrête à Raurimu pour voir la spirale ferroviaire qui permet au Tranzscenic, le train qui relie Wellington à Auckland de s’élever de 220 mètres en quelques kilomètres pour rejoindre le plateau. Malgré la construction d’un mirador par l’Australian Automobile et d’un modèle explicatif impossible de distinguer les lacets dans la montagne.

Gravissant la longue côte à une vitesse de pointe d’environ 50 [km/h], j’arrive enfin au niveau du plateau. Par beau temps, j’aurai pu apercevoir dans le ciel bleu les silhouettes des trois volcans Tongariro, Ngautuhoe et Ruapheu. Aujourd’hui seul un ciel nuageux, d’un blanc étincelant, est visible au-dessus des landes. A National Park, je bifurque sur la SH48, aussi connue sous le nom de Desert Highway. Une route secondaire me mènera jusqu’à  Whakapapa Village, le véritable centre touristique du Tongariro National Park avec le bureau du DOC.

SH 48 : Desert Road

Historiquement, le Tongariro National Park fut créé suite aux dons des maoris des trois volcans à la couronne d’Angleterre. Ils avaient rapidement remarqué que c’était la meilleure solution de protéger ces sols tapù de l’avidité des européens. Dès 1887, le Parc National est créé, le quatrième au monde, dont les frontières ne cesseront de s’étendre.  Il fait partie actuellement d’un des trois World Heritage Sites que la Nouvelle-Zélande compte, au même titre que les Pyramides d’Egypte, la Grande barrière de Corail ou encore le Colisée de Rome. Aujourd’hui il est tout aussi connu pour avoir servi de lieu de tournage pour le Mordor et les Plaines de Gorgoroth de la trilogie Lord of the Rings par Peter Jackson.

La route menant à Whakapapa traçant une ligne presque droite, je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’altitude, et pourtant, en 6 kilomètres, me voici plus de 300 mètres plus haut que Desert Road. Juste avant l’arrivée au village, sur la droite, se dresse Château Tongariro, un hôtel de luxe, établi lorsque le ski fit son apparition dans le pays.

Je rejoins le centre du DOC qui propose une excellente exposition permanente sur les volcans de la région, régulièrement actifs, ainsi que sur la faune et la flore alpines, si particulière au parc. Un excellent film/théâtre raconte la légende maorie qui a conduit à l’éveil des volcans. Alors que Ngatoro-i-rangi, chef reconnu plus pour ses capacités guerrières que de navigation, était à la recherche de terre pour sa tribu, il s’est perdu dans les montagnes. La pluie, qui avait commencé à tomber, se transforma bientôt en neige. Ngatoro-i-rangi pria alors les Dieux du feu. Te Pupu et Te Hoata lui vinrent en aide: jetant un coup d’œil à Whakaari (White Islands), ils explosèrent à Rotorua puis sortirent de terre à Tongariro pour réchauffer le chef.

Je monte en Campervan jusqu’à Iwakau Village, une station de ski en hiver. Je n’y verrai pas les falaises d’Emyn Muril, mais par contre les plaines désolées où poussent tant bien que mal herbes et arbustes au-dessus d’un lit de lave solidifiée ressemblant à s’y méprendre à celle menant au Mordor. Devant le brouillard qui ne cesse de monter et descendre, je finis par reculer et redescends à Whakapapa pour me dégourdir les jambes.

Hibiscus au Mordor

La balade menant à Taranaki Falls, parmi les 200 plus belles de Nouvelle-Zélande, emprunte un sentier dans les landes où herbes jaunies par l’automne combattent avec quelques arbrisseaux rachitiques ou encore des fleurs aux pétales minuscules. Un véritable paysage alpin; même les fougères géantes, palmiers, … ont disparu des forêts qui sont constituées d’arbres plus fins, aux troncs torturés par les rudes conditions météorologiques; la mousse a envahi les sous-bois où poussent encore quelques chétives fougères. De temps à autre, le chemin est remplacé par des caillebotis, permettant de traverser à pieds secs quelques zones marécageuses. Ah, les chutes d’eau de Taranaki: seulement 20 mètres de haut, mais une si parfaite harmonie. Jaillissant entre de sombres rochers couronnant la falaise nue, elles sont splendides, débarrassées de leurs fioritures végétales que leurs cousines du Nord arborent. Retour au village en suivant le cours de la rivière, dénommée aussi Whakapapa.

Taranaki Falls

Les volcans, ces grands timides, étant toujours cachés derrière leurs nuages, je décide d’aller au moins fouler leurs contreforts. Sur la route pour rejoindre Desert Highway, je m’arrête au niveau de Mounts Walk, le chemin des monticules, intrigué par le nom. Cette courte marche me mène au sommet d’un des nombreux monticules qui tapissent les abords de la Whakapapa road. Lors d’une violente éruption de Ruahpeu, le souffle dévala la pente, rasant tout sur son passage. Seuls quelques andains de matériaux résistèrent sur lesquels retombèrent les cendres, ainsi que celles des éruptions suivantes, créant ces monticules, visibles uniquement dans cette zone.

Quittant la SH48 pour une route de graviers, je rejoins le parc de Mangatepopo, une des extrémités du célèbre  Tongariro Alpine Crossing. Bien qu’il souffle un peu et que brouillard tenace et nuages soient accrochés aux flancs des volcans, je m’aventure sur le  tracé. 6 kilomètres me séparent de Soda Spring, la fin de la première partie du Tongariro Alpine Crossing, la partie la plus facile, aux tracés relativement plats. Les prévisions n’avaient pas tort: le vent du Nord-Ouest souffle, et pas qu’un peu. Alors que je gravis la montagne, la végétation rapetisse, laissant la place à un paysage plus lunaire. Bientôt, seules quelques touffes d’herbes jaunies s’accrochent encore sur la plaine recouverte de sables grossiers et de scories noires.

Alors que seul le vent soufflait, une violente averse s’abat. A peine le temps de mettre ma veste et ranger l’appareil photo que l’arrière de mon pantalon, exposé aux intempéries, est déjà trempé. Je croise un certain nombre de personnes qui descendent, certaines complètement frigorifiées. N’a-t-on pas idée d’aller se balader par des temps pareils en jupe ou en short, avec à peine une pèlerine pour se protéger du vent et de la pluie ? Même moi j’ai abandonné ce matin mes shorts pour une paire de pantalons. Je poursuis mon chemin, et je serai récompensé: alors que je contemple Soda Spring, une source cascadant sur une paroi, le brouillard se fait moins épais, et quelques éclats de soleil parviennent jusqu’à moi. Toutefois, aujourd’hui mon destin  n’était pas de voir Mount Doom, le nom qu’arbore le Ngautuhoe pour le film de Lord of the Rings.

Je rebrousse chemin. Arrivé au parking, je serai le dernier à quitter les lieux. Après une journée dans les landes, la route menant à Pipiriki est bordée de plats pâturages. A Raehti, je compte me ravitailler en carburant avant ma descente sur Whanganui. C’est la première fois de ma vie que je tombe sur une pompe à essence où le patron est en train d’afficher « No more standard carburant ». Il me faudra faire un détour aller-retour dans le village d’à côté, Ohakune, situé à une dizaine de kilomètres. De retour sur la bonne route, j’aperçois au loin la silhouette des collines arrondies de Whanganui. Alors que la nuit est en train de prendre possession des paysages, je décide de m’arrêter. Demain, je dois être à 10h00 à Pipiriki. Autant rouler de jour et profiter de ce paysage différent.

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