J 9 – Peintures maories et inscriptions françaises

20 05 2011

Akaroa, 20 mai 2011, 19h00

Waikari – Akaroa

D= 1551 km

La grasse matinée jusqu’à 7h30 ce matin est facilement explicable. Après avoir relu ces dernières semaines le seigneur des anneaux, je me devais de voir à nouveau les films afin de replacer les scènes dans les différents paysages – la seule entorse tolérée à ma règle de ne pas utiliser l’ordi pour autre chose que pour rédiger des billets –. Cela n’aura pas servi à rien, lorsque Frodon et Sam ressortent d’Osgiliath par le passage souterrain, ils arrivent effectivement dans une pinède, comme celle que j’ai entraperçue à Waitarere. Comme la journée va commencer par une petite marche matinale, je n’hésite pas à me faire des œufs brouillés pour déjeuner; malheureusement il manquera le bacon.

De retour à Waikari village, je quitte mon van, embarque une bouteille d’eau, quelques noix et autres fruits secs à grignoter, puis marche sur le tracé de l’ancienne ligne ferroviaire devenue aujourd’hui une route agricole, avant de la quitter pour longer une clôture parcourant les pâturages. Ce chemin doit me mener jusqu’aux peintures rupestres maories, qui, d’après le guide, sont à plus ou moins 1 heure de marche. Parcourant la cambrousse néo-zélandaise, grimpant par dessus une première colline, puis une deuxième et j’arrive déjà à proximité d’un immense rocher oblong, orné d’une corniche. A l’abri de cette dernière se trouvent les susmentionnées peintures : noires et rouges, à l’instar des couleurs maories; personne ne sait ce qu’elles sont censées représenter : scènes de chasse, bande dessinée, ou encore motifs religieux.

Un peu déçu par cette trop courte promenade, j’erre sur le chemin du retour pour admirer les magnifiques blocs disséminés dans le paysage. J’avais déjà remarqué à l’aller que des os de moutons jonchaient par endroit le sol; je ne m’attendais pas à trouver le cadavre, dont les chaires avaient disparu depuis bien longtemps, et dont ne restait plus que la peau tannée par le climat et les os, derrière un des rochers. Macabre découverte! comme quoi le problème des ovins disparus ne doit pas exister qu’en Valais.

Retour à Waikari, puis en route, direction Christchurch, le dépôt d’Escape Rental pour aller chercher des chaînes à neige, car peut-être que j’en aurai besoin dans un futur plus ou moins proche. J’étais prévenu que dans un cercle de 100 km autour de Christchurch, il n’y avait rien à voir; toutefois, je ne m’attendais pas à un néant visuel aussi absolu que ça. Pas le moindre détail digne d’intérêt. Oui, en fait, il en existe un: il s’agit du café/brasserie Brew Moon, dont les bières artisanales, en tout cas la Hophead IPA que je bois en ce moment, sont excellentes.

Christchurch, dont le centre est interdit à la circulation et aux touristes depuis le tremblement de terre de février dernier. Si, au début, seules quelques cheminées, ou encore un pont coupé à la circulation sont les seuls signes apparents, au fur et à mesure ils deviennent plus importants : façades lézardées, toits éventrés, routes cabossées et taconnées dans l’urgence, bennes à gravats posées régulièrement dans les rues, toilettes chimiques, … Mais rien n’équivaut les abords du centre, où des barrières interdisent les accès, où les panneaux indiquent des routes barrées à 50 mètres, où des façades sont écroulées, des maisons déjà rasées, des grues et des engins de démolition en action. Je n’ai vraiment pas l’envie de m’arrêter. Sur le chemin, je passe à côté d’une partie des bâtiments de l’université. Je ne comptais pas spécialement m’arrêter, mais le dépôt d’Escape est juste à côté. Donc voilà, je vous laisse admirer une photo pour voir les dégâts.

Je quitte rapidement la ville pour rejoindre Akaroa sur la péninsule de Banks. Afin d’admirer la rade de Lyttelton, je passe par la ville éponyme, qui fut en son temps le port d’attache des expéditions menées par Scott et Shackleton en Antarctique. Mal m’en prit, j’aurai dû directement aller à Robertson Bay, donnant aussi sur Lyttelton Harbour, car la ville est en partie un monceau de débris, essentiellement les bâtiments historiques. Bref, je longe la rade, découvre à nouveau des paysages intéressants, passe un col, Gebbie Pass, le deuxième de la journée, et redescends de l’autre côté de la péninsule pour rejoindre la SH75 qui mène à Akaroa.

Banks Peninsula, nommée en l’honneur du naturaliste Sir Joseph Banks, embarqué sur l’Endeavour du capitaine Cook, lorsque ce dernier découvrit ce qu’il croyait être une île en 1770. L’histoire de cette péninsule est plus que particulière pour être contée. En 1838, le français Jean Langlois, capitaine de navire négocia l’achat de la péninsule aux tribus maories d’Akaroa, littéralement le long port, la plus grande des rades de l’isthme.  Il retourna en France fonder une compagnie pour l’exploiter. Pendant ce temps-là, Sir Hobson rédigeait le traité de Waitangi, dont deux chefs maoris, issus d’Akaroa le signèrent. Lorsque les 63 colons français arrivèrent en 1840, l’Union Jack flottait au-dessus de la péninsule. Les anglais, au courant des agissements français, avaient envoyé un navire pour hisser leurs couleurs sur l’île et ainsi démontrer l’appartenance de la Nouvelle-Zélande à la couronne d’Angleterre. Si les colons étaient arrivés en même temps que Langlois, le futur d’Aotearoa aurait pu être autre. Toutefois, en bonne entente avec les anglais, ils s’installèrent à Akaroa.

Le trajet est complètement dépaysant et ne ressemble à aucune péninsule ou région volcanique que j’ai rencontrée. Formée par l’éruption de deux volcans, dont le plus élevé, situé au large, à l’emplacement d’Akaroa, culminait jadis à près de 1800 mètres. Tels des pieuvres déroulant des tentacules, les deux volcans déversent leur lave en de longues langues s’étoilant à partir de leurs cratères respectifs, créant des vallées. Peu à peu, la péninsule s’enfonçant sous son propre poids, elles se remplirent d’eau, se transformant en rade. L’érosion rapide des sommets, le cycle de gel/dégel désagrégeant les roches, certaines baies se remplirent peu à peu, des plaines apparurent comme les membranes entre les bras d’une pieuvre, conférant à Banks Peninsula sa géométrie particulière.

Pour atteindre Akaroa, la route suit les contours de l’excroissance : une droite pour longer un flanc, une longue courbe pour épouser le fond de la baie, un tronçon rectiligne parallèle à l’autre flanc, et virage en épingle à cheveux pour négocier le cap, et le cycle recommence maintes fois. A Little River, anciennement terminus de la ligne ferroviaire Christchurch Akaroa, démantelée dans les années 1960, la route grimpe, s’élève par dessus l’un des bras jusqu’à Hilltop, le col qui dévoile une vue magnifique sur la rade d’Akaroa, le long port en maori.

Akaroa, la ville française, où il fait si bon de se balader. Je dis ça après l’avoir connue presque déserte, peut-être qu’en pleine saison d’été, lorsque près de 7000 touristes débarquent quotidiennement, je l’aurai fuie promptement. Ses vieilles église, érigées dans les années 1850, ou encore ses demeures comme aux premiers jours de la colonie ne sont sans doute pas étrangères à son cachet particulier, renforcé par l’atmosphère française qui y règne : drapeau tricolore, bâtiments arborant ces couleurs dans leur ornementation, ou encore dénominations françaises des rues (Rue Lavaud, Rue Benoît), des services (Gendarmeries), des échoppes et des hôtels (Chez la Mer, Le Bon de Sir, A la maison). Le musée de la ville narre l’aventure de la cité, à renfort de divers artefacts, pour la plupart ayant appartenu aux premiers colons. Après avoir longtemps été un sérail de la chasse à la baleine et aux phoques, elle devint un des premiers lieux de villégiature de Christchurch. D’ailleurs, au cours de sa vie trépidante, elle fut électrifiée 9 ans avant sa grande voisine.

Ce soir, je prends de la hauteur, et trouve entre deux tas de gravier, le long de Summit Road, un petit coin pour ranger mon campervan. Si la vue latérale n’est pas grandiose, ma fenêtre arrière donne sur Akaroa Harbour et la ville en contrebas. De plus, comme il fait particulièrement doux, sans doute quelques degrés de plus que hier, je peux profiter de la vue en ouvrant la porte du balcon.

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