J 11 – Arrivée dans les Mac Kenzies

22 05 2011

Aoraki/Mt Cook, dimanche 22 mai 2011, 19h20

Trajet : Peel Forest – Aoraki / Mount Cook

D=2104.4 km

Levé ce matin peu avant l’aube, le réveil est difficile. L’humidité présente dans l’air rend la fraîcheur du matin plus pénétrante. Trois tartines, un bouillon de thé bien noir, et je pars me promener dans Peel Forest. Cette forêt, l’une des plus importantes de Nouvelle-Zélande, contenant exclusivement des conifères endémiques, recèle en son sein, paraît-il, une cascade, Acland Falls. Une petite heure de marche, qui se réduiront à 30 minutes aller-retour, me permet de découvrir une petite chute d’eau, dont le moment enchanteur est sans nul doute de remonter le ruisseau pour y accéder. Je préférerai toutefois la courte promenade qui me mènera auprès du plus grand conifère de la forêt. Si son tronc de 9 mètres de périmètre n’a rien de comparable aux Kauris géants de Nord, les massives racines de ce Totora, âgé de plus de 1000 ans, assure l’assise de ce tronc, à l’écorce ligneuse.

La destination du jour est Aoraki, plus connu de par le monde par son nom européen, Mount Cook, la plus haute montagne de Nouvelle-Zélande. Distante de près de 200 kilomètres, il est temps de me mettre en route. Pour rejoindre l’Inland Scenic Route, je croise de magnifiques troupeaux de cervidés, qui me mettent l’eau à la bouche. Ces élevages seront remplacés peu à peu par des cultures de divers choux dont l’odeur âcre me coupe l’appétit. A Géraldine, je profiterai de remplir le réservoir, ainsi que de ravitailler le van en divers produits tous plus sains les uns que les autres pour la santé.

Je quitte cette ville pour Fairlies, surnommée la porte d’entrée pour les Mac Kenzies; cette région montagneuse comporte 22 des 27 sommets de plus de 3000 mètres de Nouvelle-Zélande. Le paysage plat retrouve peu à peu des formes, les champs se transforment en collines, les choux sont remplacés à nouveau par des moutons. Au loin, les premiers contreforts montagneux se distinguent, cachés par de grandes prairies aux formes voluptueuses. Je m’approche peu à peu de Burkes Pass, embarque à Fairlies  un kiwi autostoppeur en route pour Queenstown.

Altitude : un peu plus de 700 mètres. Il ne faut pas l’imaginer comme un étroit col suisse en V, coincé entre deux montagnes s’élevant de part et d’autre de la route. En Nouvelle-Zélande, la forêt s’arrête entre 500 et 600 mètres, peu à peu remplacée par de petits arbustes puis par des steppes. Burkes Pass : une grande plaine recouverte de prairies sèches aux herbes jaunâtres, limitées par des collines. Devant nous, la route s’étend à perte de vue, déroulant son long ruban anthracite dans la lande ; l’horizon est seulement barré par les MacKenzies aux sommets enneigés. D’ailleurs il semblerait qu’un nuage lenticulaire couronne Aoraki.

J’avais prévu une petite balade après Tekapo Lake, à mi-chemin du Mont Cook. Pour l’atteindre, encore près de 40 kilomètres dans cette steppe située à plus de 700 mètres de haut. Lorsque je m’imaginais Aoraki et les autres montagnes, jamais je n’avais pensé que ces hauteurs s’élèveraient soudainement au milieu d’une vaste plaine. Une bien belle surprise. Et quand je pensais à Pukaki ou Tekapo Lake, j’imaginais ces grands lacs serrés, au moins d’un côté, si ce n’est des deux par d’immenses flancs montagneux, mais non, ils se situent simplement au milieu des steppes.

Tekapo Lake: j’avais déjà entendu parler de ses eaux couleurs turquoises. Tel un lac de glacier, ses eaux contiennent des micro-sédiments qui lui donnent cette couleur bleue laiteuse, tranchant avec le jaune des steppes et des collines environnantes, ainsi que le blond cuivré des mélèzes poussant sur son rivage. Tekapo, aussi le nom d’un petit village sur la rive sud du lac, pas des plus jolis, mais j’envie presque les possesseurs de ces maisons au panorama si magnifique. Face au lac, une petite chapelle, Church of the Good Shepherd, érigée en chêne et en pierre, dresse fièrement sa silhouette dans ce cadre idyllique. Bien que l’hiver diminue le flot de touristes, l’arrivée d’un car en provenance de Queenstown, m’amène à quitter les rives.

Suivant l’avis du 202 Great Walks, je rejoins les abords d’Alexandrina Lake. Quelques kilomètres dans les steppes sur une route de gravier, où seuls les 4×4 sont autorisés en condition hivernale, m’amènent près d’un hameau. Situés à l’extrémité sud, de nombreux bachs ouvrent leur fenêtre sur un lac, dont les eaux sombres tranchent avec les herbes jaunies, et les couleurs cendrées des contreforts montagneux. Il paraît qu’il faut plusieurs saisons pour tomber amoureux de ce lac; personnellement, il ne me faudra que quelques minutes.  Calme et volupté, miroir admirable, reflétant le ciel sur une surface exempte de ride, douce chaleur automnale irradiant de l’astre solaire. Un moment juste parfait, qui se prolongera encore, le temps d’une promenade me menant jusqu’à mi-lac. Là, un autre hameau où s’écoule les eaux d’Alexandrina dans Mac Gregor lake, qui vont alors se mélanger avec celle du Tekapo. Rien à redire de ce début d’après-midi. Grandiose.

J’aurais bien squatté la terrasse de l’un des bachs, ou je me serais bien volontiers allongé tranquillement sur l’un des pontons, mais il me faut reprendre le chemin. La route déroule à nouveau son ruban rectiligne à travers les steppes, mais je quitterai le tracé principal pour m’engager sur une route privée, longeant un canal, dans lequel s’écoulent les eaux du Tekapo, aisément reconnaissables à leur couleur caractéristique. En chemin, elles baignent la ferme à Saumon du Mont Cook, avant de se déverser dans deux conduites forcées, alimentant une centrale hydroélectrique nommée Tekapo B, avant de se déverse dans Pukaki Lake… Ce canal, un ouvrage presque disproportionné pour ce pays où les ponts à une voie sont légions, ou les tunnels ne sont pas foison, étend ses larges remblais de part et d’autre dans la plaine pour contenir ce flot tranquille. Pukaki Lake, à l’origine un lac creusé par les glaciers du Mont Cook, est l’un des rares lacs artificiels de Nouvelle Zélande suite à la construction de deux barrages sur la rive sud. Il étend sur près de 45 kilomètres sa surface aux couleurs ultramarines jusqu’aux pieds des Mackenzie. Depuis le barrage, plaque tournante pour aller jusqu’aux pieds du Mont Cook, une vue splendide sur les MacKenzies.

Et voilà, plus que 55 kilomètres avant d’arriver à Mont Cook Village, alias l’Hermitage, du nom du premier hôtel construit ici en 1884. Il s’agit d’une des plus belles routes de Nouvelle-Zélande, surplombant les eaux bleues de Pukaki Lake, longeant sa côte, cachant et découvrant au gré de ses ondulations la blanche silhouette d’Aoraki dans le lointain, encadrée par le Seftron, Malte Brun ou encore La Pérousse, ses coreligionnaires. Et imaginez 2 choses. La première: rouler le long du lac de Neuchâtel, sans âme qui vive sur près de 50 kilomètres, sans croiser plus de 2 véhicules par heure. La deuxième: le Cervin ou le Bietschhorn élever leur profil caractéristique à Martigny, et qu’il est impossible de les perdre de vue dès que l’on passe Aigle. Mélangez ces impressions, multipliez par 10, 100 ou 1000 et vous n’obtiendrez qu’une pauvre contrefaçon du sentiment ressenti aujourd’hui.

Pour fêter ces instants de perfection, le passage du deux-millième kilomètre, une nuit qui s’annonce fraîche à l’ombre d’Aoraki, un excellent petit souper: rumsteak de bœuf, accompagné de ses carottes vichy, et ses kumaras herborisés, le tout servi avec un Pinot Noir d’Otago. Un vrai délice, comme j’aurai pu l’apprêter à Ecublens. Même mon van, me ressemble de plus en plus, affiches et cartes sont scotchées à l’aide de gaffeur aux parois, duvets et coussins ne sont mêmes plus rangés tout les matins, seule la cuisine présente encore un semblant d’ordre. Il faut dire que des couteaux qui se baladent peuvent présenter un certain danger et que je ne suis point un fan des bouteilles d’huile, de vinaigre ou de lait renversées.

Pour finir, deux dernières petites remarques. Cela fait longtemps que je pense qu’il est impossible de traduire certains panoramas en terme de mots. Aujourd’hui,  je suis tombé sur un extrait d’Alexander Turnball, qui a ressenti la même frustration : « Il est impossible pour moi de décrire en des mots adéquats la beauté majestueuse qui m’entoure ; ces fantastiques chaînes montagneuses aux pics couronnés, aux flancs recouverts de glacier, souvent cassé en d’innombrables séracs… , toutes ces impressions vous nourrissent d’une profonde admiration». Sinon, depuis que je suis sur l’île du Sud, j’ai réellement pris conscience que si le soleil se lève à l’Est pour se coucher à l’Ouest, il trace sa courbe diurne en passant par le Nord. Jamais, il ne marque le sud, comme il a coutume de le faire en Europe. Cela ne m’avait pour ainsi dire pas fait tilt lors de mes balades dans le Far North, à Waiheke ou Rotorua.

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