J 13 – Mornes plaines du Canterburry et de l’Otago Nord

24 05 2011

Orore Point, mardi 24 mai 2011, 20h00

Trajet : Pukaki Lake – Oamaru

D=2457.9 km

Ce matin, je me suis réveillé juste à temps pour observer l’embrasement des nuages lorsque le soleil s’est levé sur le lac Pukaki. Je ne verrai pas une dernière fois le Mount Cook, les MacKenzies sont perdus dans les nuages. Je passe rapidement faire le plein d’essence à Twizel, ville construite en 1968 pour servir d’habitation lors de la construction du complexe hydroélectrique de Tekapo-Pukaki-Ohau. Aujourd’hui, plus de 1000 habitants ayant refusé de l’abandonner en 1984 avec l’achèvement du chantier, y habitent encore. Puis je rejoins à nouveau le canal Pukaki.

Lorsqu’avant-hier j’avais vu la centrale Tekapo B à la fin du canal reliant Tekapo à Pukaki Lake, je ne me doutais pas qu’il faisait partie d’un gigantesque complexe hydroélectrique produisant 550 mégawatts au travers de huit centrales, dont le volume d’eau turbinée provenant originalement de Tekapo Lake est augmenté par celui de Pukaki et d’Ohau. Lors de ma descente sur Omarau, je longerai ce complexe jusqu’à Lake Waitaiki, dont le barrage, datant de 1928, le plus ancien du dispositif, fut construit uniquement avec des matériaux arrachés au pic et à la pelle de la montagne.

Mais revenons au début de cette journée qui fut essentiellement dévolue à relier Aoraki National Park à la côte ouest. Du sud du Canterburry au Nord de l’Otago, les plaines traversées sont presque exclusivement dévolue à la culture et au pâturage. L’environnement n’est pas aussi passionnant que celui des parcs nationaux ou de la péninsule de Banks. Je pourrais même dire qu’elle se rapproche un peu de la description des plaines de Souardie (cf. Lanfeust et le monde de Troy). Toutefois, il est quand même possible d’y trouver quelques endroits intéressants. Si juste après avoir quitter Twizel, je fus déçu de ne pouvoir apercevoir que de loin les plaines du Rohan, ainsi que les champs de Pelennor, de Lord of the Rings, une incursion sur les terres d’une propriété privée jusqu’aux Clay Cliffs, littéralement les falaises d’argile ne me décevront pas.

Je vous avais déjà parlé de ces steppes et de ces élévations terrestres que j’avais qualifiées de grandes collines. Depuis hier, j’ai appris qu’il ne s’agit ni plus ni moins d’anciennes moraines, datant de l’âge de glace du Pléistocène. Ces falaises ne sont pas composées, comme le nom pourrait l’indiquer d’argile, mais sont générées par l’érosion plutôt rapide d’une moraine locale. Les maoris appelaient cet endroit Paritea, falaise blanche ou colorée, en référence sans doute aux cailloux de diverses couleurs détachés des parois, dont certains présentent une couleur pourpre ou verte, non sans rappeler les teintes du célèbre jade néo-zélandais.

Difficile de décrire ce paysage inhabituel. Il ne faut pas imaginer une falaise plus ou moins rectiligne. Ici, l’érosion due à la pluie et au vent a sculpté le terrain, créant des pics, dessinant des colonnes, évidant des lucarnes dans ces terrains morainiques. Il est possible de pénétrer à l’intérieur même de petites criques refermées sur elles-mêmes, hérissées de tourelles… Je me plais à imaginer la chaleur que doit atteindre ce véritable four sous un soleil de plomb en plein été, alors que seul le vol des pigeons nichant dans les nombreux trous, remuent l’air. Une bien belle visite, qui mérite presque les 5$ de droit de passage établi par le propriétaire des lieux. Coutumes surprenantes mais assez habituelles ici.

Ma route rejoint à nouveau le complexe hydroélectrique sur les rives de Benmore Lake. Ce lac fut artificiellement crée lors de la construction du deuxième plus grand barrage de South Island. Tout comme la force brute nécessaire à canaliser les eaux des précédents lacs en créant de gigantesques remblais, le barrage est de type poids, qui résiste à la poussée de l’eau grâce à sa masse, un peu comme un gigantesque talus étanche érigé au milieu d’une vallée. Grand ouvrage pour la Nouvelle-Zélande, mais bien moins impressionnant que nos barrages voutes helvétiques, chefs-d’œuvre d’esthétisme. Néanmoins, je roulerai sur son faîte, avant de longer la rive Nord de Lake Aviemore où s’écoulent les eaux toujours turquoises de Tekapo Lake.

A Duntroon, je quitte Waitaki River et ses constructions modernes pour remonter dans le temps. Un premier flashback devait me faire parvenir quelques 500 ans en arrière, à l’époque pré-européenne. Toutefois, l’éboulement de la falaise a rendu interdit l’accès au site des peintures maories. Qu’à cela ne tienne! un panneau explicatif m’indique que la région possède un certain nombre de fossiles et autres curiosités géologiques; je n’ai qu’à suivre le parcours fléché pour les découvrir.

Premier arrêt : Earthquake. Il y a de nombreuses années de cela, les premiers scientifiques avaient supposé que le paysage collinéen, parsemé de falaises et de trous, s’était formé suite à un tremblement de terre. Actuellement, l’explication rationnelle fait intervenir le glissement de deux plaques géologiques d’origines différentes, mais dont la pierre est dans les deux cas similaires à notre molasse. J’y découvrirai mes premiers fossiles in-situ de baleine dans un paysage quelques peu surprenant, où d’énormes blocs côtoient palmiers et falaises. Je me sentais un peu déplacé, comme un certain Bob Morane lors de son voyage dans le crétacé africain. Après avoir quelque peu tournicoté dans la cambrousse, je trouverais finalement Elephant Rocks, des rochers dont l’aspect massif et arrondi rappelle la forme des pachydermes.

Et enfin, en milieu d’après midi, j’atteins le but de ma journée: Oamaru, une ville possédant deux atouts: d’une parte le nombre de bâtiments victoriens qu’elle conserve, d’autre part ses colonies de pingouins. Je ne serai déçu ni par l’un ni par l’autre. Comme ces volatiles ne sont visibles qu’à la tombée de la nuit, j’ai encore un peu de temps devant moi pour visiter la ville. Si la balade le long de la route principale recèle de magnifiques bâtiments, presque tous dessinés au XIXe siècle par Forrester and Lemon, les deux architectes locaux, elle est ternie par la réfection de la route principale qui dégage une incroyable quantité de poussière, asséchant la gorge et desséchant la peau. Je me réfugierai dans le quartier des anciens entrepôts de cette ville qui fut aussi active que Los Angeles à une même époque. A nouveau, les décors des fenêtres ou des porches rivalisent non plus entre les banques, mais entre les différentes compagnies maritimes. Et au détour d’une porte, je visiterai l’entrepôt d’un négociant en laine. A l’intérieur, les énormes ballots sont empilés les uns sur les autres, selon la qualité; les sacs vides sont empilés dans de grandes cages alignées, alors qu’à l’entrée la petite officine comporte exclusivement des livres de comptes manuels. Une belle découverte.

Alors que la nuit tombe, je rejoins bushy beach où une colonie de pingouins à yeux jaunes niche. Si l’accès à la plage est interdit dès 15h00, je ne résisterai pas à la tentation de descendre quelques marches d’escalier et me planter en affût pour observer un oiseau de plus près. D’autres touristes, français et japonais, n’ayant pas hésité à descendre sur la plage, se feront remettre à l’ordre par des habitués et conviés à remonter rapidement afin que les pingouins puisent revenir à leur nid. Finalement, j’en verrai distinctement un seul; une dizaine d’autres seront aperçus mais la pénombre du crépuscule nuageux empêchera leur observation. De retour au van, d’une part ayant promis à la dame de Te Horo Beach de faire mon possible pour m’y arrêter et d’autre part il est, d’après la description de divers guides, criminel de ne pas y déguster des fruits de mer, je ne ferai pas le trajet ce soir. j’aurais presque parcouru les quelques 60 kilomètres jusqu’à Moeraki pour dîner Chez Fleur et observer les boulders dès l’aube naissante mais  le restaurant est ouvert du mercredi ou dimanche. Je chercherai donc un petit coin tranquille pour passer la nuit, à la sortie d’Oamaru.

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