J21 – Southland

1 06 2011

Monowai Lake, Fjordland, 1 juin 2011, 19h45

Trajet : Invercargill – Tuatapere – Monowai Lake

Distance : environ 3415.8 km

Malgré un coucher tardif, j’émerge vers 6h00. Ce matin, je prends le temps de rédiger quelques billets pour mon blog, avant de retourner dernière mon volant, aux alentours de 9h00. Avant de quitter Invercargill pour Fjordland, je m’arrête tout d’abord dans un magasin de chasse, où je trouve enfin un Selke à ma taille, le traditionnel chapeau en toile cirée, imperméable et (presque) indéformable même en le rangeant roulé ou plié. Un détour par le supermarché est nécessaire pour ravitailler la cambuse pour la semaine à venir, ainsi qu’un passage à l’office du tourisme pour récupérer le guide de la « Southern Scenic Route » que je vais continuer de suivre jusqu’à Queenstown, en passant par Te Anau. En chemin, je passe à côté de l’ancien château d’eau, un magnifique bâtiment de brique rouge, haut d’un peu plus de 40 mètres et coiffé d’un réservoir en tôle métallique, dont les rivets brillent au soleil.

D’Invercargill, je rejoins rapidement Riverton. Malgré son titre de plus ancienne ville de l’île du Sud et son importante histoire maorie, elle ne me fascinera pas. Rien d’exceptionnel n’émane d’elle. Je profiterai de sa baie, Taramea pour nager quelques longueurs. La présence proche de l’océan antarctique se ressent à travers la température de l’eau. En poursuivant ma route jusqu’à l’extrémité de la baie, j’arrive à The Rocks, une sorte de petit parc naturel, à moitié pâturé, à moitié laissé à l’état sauvage. Par temps claire, il est possible de voir Stewart Island, mais ma visibilité se restreint toutefois à Pig Island, située seulement à quelques milles au large. De même, les rochers aux formes surprenantes et à la surface similaire à celle que j’imagine pour la peau écailleuse d’un dragon me semblent bien plus intéressants.

Poursuivant ma route à travers les plaines d’Invercargill, j’arrive à Colac Bay. Au lieu d’y observer des surfeurs sur ce spot réputé, mais aujourd’hui très calme, je me contenterai de photographier celui sculpté, qui vous salue à l’entrée du village. Le détour par Cosy Nook, un village de pêcheur, autant que de villégiature, ne sera guère intéressant. Je n’arrive pas à comprendre ce qui en fait sa particularité, reconnu au point de figurer comme endroit à visiter. Je passerai sans m’arrêter à côté de Monkey Island, dont l’accès n’est possible qu’à marée basse, par un chemin submersible.

Je m’arrêterai quelques kilomètres plus loin à Gemstone Beach, une des plages où il est possible de trouver des pierres semi-précieuses : néphrites, quartz, ou encore la très célèbre greenstone, le jade néo-zélandais. Les maoris y venaient d’ailleurs exploiter les diverses pierres tant pour l’ostentatoire que pour en faire des outils ou des armes. Malheureusement, la marée haute recouvre la plage et ne me laisse accéder qu’à la bande supérieure composée de sable. Je ne pourrai ramener aucun trésor. Marchant le long des falaises de molasse, j’apprécie toutefois l’agencement des diverses strates colorées en beige, ocre ou encore anthracite par les sédiments.

Définitivement, aujourd’hui ne semble pas à marquer d’une pierre blanche. A Tuatapere, je comptais visiter le musée local, racontant l’histoire économique de la région, liée à l’économie forestière, comme partout ailleurs dans ce pays, mais aussi à l’exploitation aurifère. Je profiterai néanmoins de mon passage dans cette ville, connue par les kiwis comme étant la capitale de la saucisse, pour acheter quelques produits locaux au boucher. Une fois grillées, elles feront de sympathiques petits apéros, accompagnées d’une tomate ou d’un avocat, ainsi que d’une petite bière. A la sortie du village, je récupère Dani, un autostoppeur en route pour Te Anau. Cet israélien de 22 ans, à la fin de son service militaire de 3 ans, a décidé d’aller en Nouvelle-Zélande (3 mois) et Australie (2 mois) avant de commencer ses études.

Je dois dire que cette région de plaine autour d’Invercargill me fait le même effet que celle autour de Christchurch. Pastorales et maraîchères, les immenses parcelles forment un paysage plat, monotone, sans aucun relief, ni bosquet ou haie formée de grands arbres. Même la côte n’a pas le piquant des Catlins; cette dernière était bien plus dynamique, évolutive, parsemée de criques, de vaux et de monts. Il y avait bien une ballade à traverse le bush natif. Mais les espèces étant les mêmes que celle de Stewart Island, je n’y suis pas allé, car je n’aurai pu y retrouver la même grandeur et aurai sûrement été déçu.

Depuis que j’ai quitté la côte à MacCrackens Lookout, d’où la vue magnifique sur Te Waewae baie permet d’embrasser la silhouette des montagnes suds de Fjordland plongeant dans la mer, le paysage prend des formes, des collines apparaissent, des cailloux poussent, de la forêt remplace une partie des prairies, … J’arrive enfin à Clifden, et si le village est pour ainsi dire inexistant, la région possède 2 attractions touristiques.

La première, artificielle, est le pont à suspension de Clifden, l’un des plus longs de Nouvelle-Zélande avec sa travée de 111.5 mètres. Il est remarquable qu’en 1896 la technologie permettait déjà d’ériger une si fantastique construction. Les quatre tours en ciment, hautes de 7.5 mètres, supportent deux à deux les câbles auxquels est suspendue la structure en bois servant de tablier et de route. Aujourd’hui, elle a toutefois trop souffert, et il est dorénavant impossible de l’emprunter tant en véhicule qu’à pied. L’ouvrage vaut néanmoins le coup d’œil.

La deuxième est complètement naturelle et vieille d’un peu plus de quelques millions d’année. Il s’agit de Clifden Limestone Cave, une grotte longue d’environ 300 mètres qui déroule son réseau à travers la molasse. Son accès est réputé dangereux en cas de pluie avec des risques d’inondation éclaire. La météo actuelle est toutefois de notre côté. Dani et moi, une fois équipés de frontales, descendons par l’entrée principale. Grotte pour spéléologue en herbe, le DOC affiche néanmoins quelques conseils : s’habiller chaudement, préparer des piles de réserve, être au minimum deux, sortir immédiatement en cas d’arrivée d’eau, … A l’intérieur, des bandes réfléchissantes marquent le chemin. La progression est tout d’abord très facile, dans une galerie suffisamment large pour se tenir debout et circuler à deux de front. Dès l’entrée secondaire, il devient parfois nécessaire de se faufiler, marcher agenouillé, … pour descendre dans les profondeurs de la terre. Les concrétions de calcaire forment alors diverses merveilles, même si, bien entendu, stalactites et stalagmites ont été pillées. Par ailleurs, certains voyous ont préféré écrire au marqueur ou au spray leur nom, plutôt que de préserver la blancheur du calcaire. Mais la magie demeure.

Arrivé à mi-parcours, nous atteignons « The Hill », la piscine qu’il faut contourner en progressant sur son bord arrondi, et rendu glissant par l’humidité. N’ayant pas pris de sac à d’os pour faciliter la marche souterraine, l’exercice devient un peu plus délicat lorsque j’essaie d’une main de maintenir mon appareil photo afin d’éviter tout mouvement de balancier, un peu déséquilibrant. La progression devient plus lente, avec un passage dans une étroite fissure, de longues enjambées pour passer au-dessus de grandes gouilles. Trois échelles permettent de franchir facilement des niveaux séparés de 5 à 7 mètres, puis d’atteindre la sortie. Sympathique promenade d’une bonne heure, nous ressortons tous les deux avec des habits tâchés de molasse beige mais avec de beaux souvenirs.

Je dépose mon passager sur la SH99, alors que je quitte la route menant à Te Anau pour Monowai Lake, au bord duquel un camping du DOC permet de passer la nuit tranquillement. Je traverse Waiau River sur un pont similaire à celui de Clifden. La chaussée est composée d’une fine couche de goudron qui recouvre les traverses en bois originelles; l’impression de rouler sur une antiquité au tablier de bois, suspendu par des filins d’acier rouillés est plutôt bizarre.

A mesure que je m’approche de Fjordland, les monticules prennent du relief, les forêts réapparaissent, les pâturages laissent de plus en plus de place à la nature. Au sommet d’une côte, lorsque je vois la silhouette, parfois enneigée, de montagnes à l’horizon, je sais que je touche à mon but. Demain j’y serai. Peu avant d’arriver au camping, je pénètre dans Fjordland National Park, un des sous-ensembles de Te Wahipounama National Park, considéré par la communauté internationale comme un trésor à protéger, et classé en tant que tel.

J’installe Hibiscus dans une petite clairière. Pas un seul bruit, si ce n’est celui de mes carottes qui cuisent. Une fois la nuit tombée, seuls les hululements de plusieurs chouettes Morepork se répondant troublent les bruits feutrés de l’activité de la faune nocturne qui reprend son cours.

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