J 28 – Wanaka

8 06 2011

Youth Hostel, Wanaka, mercredi 8 juin 2011, 20h30
Trajet : Queenstwon – Wanaka
D = 4336.8 km

Ciel nuageux à mon lever à 6h30. Après m’être restauré de quelques pancakes, j’attends que le jour se soit suffisamment levé pour jeter un dernier coup d’œil sur la rivière Anduìn. Je laisse le vignoble derrière moi, direction Wanaka, situé de l’autre côté des montagnes de Pisa Range. J’emprunte une route, dont le type de tracé m’était encore inconnu en Nouvelle-Zélande, une succession de lacets serrés avec des virages en épingles à cheveux. Toutefois, cela ne dure que les premiers kilomètres; elle longe ensuite le flanc de la montagne, dominant la vallée où coule Kawarau River. A mesure que je m’élève, le brouillard descend à ma rencontre. Arrivé au plus au point, malgré une vue limitée à quelques dizaines de mètre par une brume plus dense que jamais, je m’arrête au pied d’un mémorial. Une plaque incorporée dans le monument résume l’histoire de cette route. Empruntée par la première fois par W.G. Rees et P. von Tunzelman en 1860 à la recherche de nouveaux pâturages, le tracé ne fut goudronné qu’à l’approche de l’an 2000 pour améliorer la liaison entre Wanaka et Queenstown. Aujourd’hui, il s’agit du tronçon bitumé le plus haut de Nouvelle-Zélande.

Sitôt passé le col, je descends de l’autre côté. La route redescend, de façon rapide; la pente doit être d’environ une dizaine de pourcent. A sa vue, je ne suis même pas étonné que cette route soit régulièrement fermée en plein hiver, malgré l’obligation de chaîner en cas de forte chute de neige. Je suis persuadé qu’en roulant, vitesse sortie, j’aurais pu rouler jusqu’à Cadrona, éloignée d’une dizaine de kilomètres, sans aucun problème. J’avais d’ailleurs prévu une petite halte dans ce village pour y déguster un café dans l’un des plus vieux hôtels du pays. Toutefois, ce dernier s’avère fermé du 7 au 9 pour quelques travaux d’adaptation. Dommage, je poursuis ma route tranquillement.

Avec cette mauvaise visibilité qui empêchait toute photographie, une halte en moins, j’arrive à Wanaka au environ de 10h00, avec deux heures d’avances sur mon planning. Si la météo est meilleure ici qu’à Queenstown, de nombreux nuages flottent au-dessus de Lake Wanaka, dissimulant Mount Aspiring à ma vue, dont seule la cime pointe entre deux couches de cumulonimbus. Devant ce temps quelques peu tristounet, je remets ma balade à Lake Diamond pour demain, les prévisions météorologiques prévoyant une journée presque radieuse, dans tout les cas moins embrumée qu’aujourd’hui. Je ne serai toutefois pas en peine pour le reste de la journée: Wanaka possède un musée m’intéressant au plus haut point, le Stuart Landsborough’s Puzzling World. Derrière ce nom se cache une attraction, unique au monde, consacrée aux illusions optiques des plus excentriques. Il est composé de deux parties, la première purement liée à ces phénomènes surprenants, la deuxième est le Great Maze, un labyrinthe géant, qui fut lors de sa construction une première mondiale. Sitôt arrivé devant le musée, ce dernier surprend par son architecture particulière, jouant avec les volumes et les angles.

Je ne vous ferai pas plus languir et rentrerai directement dans le vif du sujet. La partie liée aux illusions d’optiques se divise en quatre salles. Sitôt rentré, la figure d’Einstein vous suit, non seulement du regard mais de toute la tête. Il ne s’agit pas d’une sculpture rotative, mais d’une représentation 3D statique, donnant cette illusion, un peu comme le regard de la Joconde de Léonard de Vinci qui vous suit, mais grandement améliorée. La première regroupe une collection impressionnante d’hologrammes tridimensionnels. Les premières pièces produites pour cette collection datent déjà d’une vingtaine d’années, et présentent des hologrammes statiques. Par contre, à mesure que les images se font plus récentes, elles présentent divers états selon l’angle de vue. Dans mes préférées figurent l’adaptation d’un dessin d’Escher, un célèbre dessinateur d’illusions d’optiques, représentant un pavage qui se transforme en lézard, ainsi qu’une vitrine contenant une sculpture grecque, avant et après le vol, effectué par bris de glace.

La deuxième salle, la plus impressionnante de mon point de vue, regroupe 168 têtes, 24 représentations de 7 figures différentes réparties en 4 rangées de 6 colonnes, qui vous fixent de la tête, comme Einstein à l’entrée. Les personnages représentés sont tous des génies des siècles passés : Einstein, Beethoven, Mandela, Lincoln, Van Gogh, Churchill et Teresa. Je dois dire que, de loin, Beethoven est le plus terrifiant avec ses sourcils marqués, sa bouche peu souriante. Ce tour de force est plus que magistral: j’ai tenté d’éduquer mon cerveau pour lui dire que cela n’était qu’illusion. Rien à faire, j’ai beau longer et longer une nouvelle fois la paroi, ils me dévisagent toujours.

La troisième salle est passionnante, jouant sur les distorsions dimensionnelles et géométriques. Une pièce particulière permet de faire croire que nous sommes des géants dans un angle et des nains dans un autre. Ce type d’illusion d’optique est régulièrement utilisé dans l’industrie du cinéma, notamment utilisé dans Lord of the Ring pour les séquences avec les hobbits. J’espère que les photographies seront bien plus parlantes que les mots.

La dernière salle est tout aussi surprenante: le plancher est penché selon un angle de 15°. Jouant avec nos sens perturbés de l’équilibre, la boule sur une table de billard semble remonter la pente, tout comme l’eau qui s’écoule depuis un robinet dans une rigole, ou un escalator qui descend du plancher jusqu’au 1er étage. La pièce de résistance est un mur orthogonal au plancher, avec à ses pieds un escabeau, dont les paliers sont véritablement horizontaux, tous comme les deux niveaux vissés dans le mur. Je dois dire qu’il me fut très difficile de croire les niveaux.

Dernière étape du musée, le Great Maze. Pour la petite histoire, Stuart et Jen Landsboroug, intrigués par les illusions d’optique et les puzzles, décidèrent de construire un labyrinthe géant. Devant le refus des banques de leur octroyer un prêt, ils vendirent leur maison pour se lancer dans la construction d’une structure sur un étage, le premier labyrinthe moderne au monde. Devant le succès rencontré, ils purent poursuivre l’aventure, notamment en  l’agrandissant, en y ajoutant un deuxième niveau à l’aide d’escaliers et de passerelles. Finalement, l’adjonction de salles dédiées aux illusions d’optiques, les unes après les autres, parachèvent leur œuvre. La deuxième salle avec les 168 figures est la dernière invention, édifiée en collaboration avec Weta Cave, les studios à l’origine de Lord of the Rings, ou plus récemment King-Kong. Le labyrinthe est construit avec sur une base carrée de 1.5 mètre de côté; toutes les parois sont rectilignes et les chemins tournent orthogonalement. S’y déplacer et mémoriser l’itinéraire demande une certaine concentration. Bien entendu, pour pimenter le tout, 2 challenges sont proposés. Le petit qui consiste à entrer, puis à sortir en ayant visité les quatre tours d’angle, jaune, verte, bleue et rouge dans le désordre, prend une demi-heure à une heure pour le terminer, ou le grand qui  consiste à effectuer la visite dans un ordre particulier jaune-vert-bleu-rouge, moyennant une à une heure et demie d’immersion complète. Ayant résolu le premier challenge en une petite demi-heure, mon sens de l’orientation me permit de terminer le second en un gros quart d’heure. Toutefois, retrouver son chemin dans un tel endroit demande un certain niveau de concentration.

A la sortie du musée, en libre accès pour tout public, trône la cafétéria. Mais pas de n’importe quel type. Sur toutes les tables des casse-tête et autres puzzles destinés à être résolus. Je ne pourrai m’empêcher d’être pris au jeu pendant un certain moment. D’ailleurs, je ne ressortirai du musée que 4 heures plus tard. A l’instar d’un  musée des Beaux-Arts qui offre un nombreux choix d’ouvrages picturaux dans sa boutique, celle de Puzzling World est une caverne d’Ali-Baba. Au détour d’un rayon, quand je le verrai, unique, isolé, à côté de ses cousins plus petits, cubes de 3 ou de 4, je ne pourrai m’empêcher de craquer. Et oui, un Rubick’s Cube 5x5x5 siège fièrement dans mon Campervan.

Après cette visite intellectuelle et culturelle, une petite balade en pleine nature me fera du bien. En face du musée, Mount Iron, une colline culminant à 425 mètres, domine Wanaka. Cheminant entre les Kanukas et divers autres arbustes épineux du bush kiwi, je parvins au sommet une trentaine de minutes plus tard. Ma vue embrase les environs de Cadrona Valley depuis où je suis venu, jusqu’à l’isthme entre Lake Wanaka et Hawae que j’emprunterai d’ici un ou deux jours pour rejoindre la côte ouest. Par contre, au loin, les Southern Alp, Mt Aspiring National Cook, sont toujours cachés dans le brouillard et ne daignent pas se montrer.

De retour sur le plancher des vaches, bien qu’il ne soit que la fin d’après-midi, je décide d’aller au cinéma. Au cinéma? pourquoi justement au cinéma, alors que plein d’autres découvertes sont encore possibles car le crépuscule n’est pas encore arrivé? Peut-être qu’il s’agit du seul et unique cinéma qui figure dans les guides touristiques en tant que must-do du pays. Il faut dire que le Cinema Paradiso, nommé d’après le film éponyme – que je recommande vivement de voir – n’est pas comme les autres. Il ne faut pas imaginer un cinéma avec des sinistres caisses, puis une salle où les fauteuils seraient alignés couverts. Non, ce cinéma possède bien plus de charme, de pittoresque, de fantastique. Tout d’abord, l’accès se fait par le bistrot Paradiso, où le billet s’achète à même le bar. Bien entendu, il faut aussi profiter d’y commander une bière locale, typiquement une brewski, une lager possédant un coup houblonné formidable. En attendant que les portes ne s’ouvrent, admirer la décoration du troquet : le papier-peint est remplacé par des affiches de cinémas. Les différents plats et boissons sont délicatement écrits à la craie sur un immense tableau noir. Le mobilier n’est pas récent et date déjà d’une à deux décennies; repeint en de vives couleurs, il rajoute un certain cachet.

A l’heure du début de la séance, la salle de projection ouvre quand même ses portes. A l’intérieur, divans et fauteuils sont entassés, une Morris, repeinte en jaune, fournis trois places supplémentaires dans un angle; au fond de la salle, trois rangées de sièges issus d’un ancien avion prennent place. A gauche de l’entrée, une pile de coussin en libre service pour rendre l’assise et surtout la séance plus confortable. Début de la projection: au lieu des publicités standards, divers courts-métrages vantant les qualités du recyclage sont projetés, avant la bande-annonce d’un des prochains films. La projection est à l’image du cinéma, présentant un léger décalage avec l’écran, le doux ronronnement des bobines du projecteur déroulant le film berce le spectateur et ajoute un cachet inoubliable au son monocanal qui surgit de derrière la toile blanche. Je m’y sentirai comme à la maison dans cette ambiance détendue. Personne n’a peur de rire à gorge déployée suite aux péripéties d’un certain pirate des caraïbes. Au milieu, une coupure ? Les portes s’ouvrent, une entracte, mais cela n’était pas prévu au programme ! Une odeur de cookies envahit la salle, et personne ne résiste à la tentation d’aller en grignoter un pendant la mi-temps ou encore de discuter avec les employés des potins locaux, du temps qu’il fait ou des touristes bienvenus. Je recommande de tester les cookies doubles chocolate, un véritable délice, moelleux à la perfection. Une soirée mémorable que je ne suis pas prêt d’oublier. Et une halte nécessaire si un jour je reviens en Nouvelle Zélande.

Petite ville loin de l’agitation de Queenstown sa grande sœur. J’avais beaucoup aimé l’atmosphère qui se dégageait de Wanaka lors de mon arrivée : tranquillité, un certain laisser-aller, la douceur de la température, la beauté du paysage. J’ai ressenti un peu la même impression que sur les bords de Lake Tekapo ou Alexandrina : juste l’envie d’y rester un moment de plus, de me laisser-aller à la farniente, à profiter du soleil… Avec cette soirée, Wanaka rejoint définitivement mes villes préférées. Passage par l’auberge de jeunesse pour poster quelques billets sur un blog, puis je quitte la ville pour me trouver un coin pour dormir. D’après Jonathan, au début de Motatapu Track, l’endroit est idéal pour camper avec un magnifique lever de soleil.

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