J30 – Haast Pass, en route pour la West Coast

10 06 2011

Knights Point, West Coast, vendredi 10 juin 2011, 20h30
Trajet : Wanaka – Haast Pass – Knight Point
D = 4612.5 km

La routine du réveil avant de passer à centre DOC m’informer sur la possibilité d’effectuer la Copland Track, une randonnée sympathique sur la côte ouest qui traverse multiple de torrents non pontés et l’un des accueils les plus chaleureux en cabane de toute la Nouvelle-Zélande. La météo ne prévoyant pas de fortes pluies sur les montagnes environnantes de Copland Valley, qui rendraient la traversée des torrents trop dangereuse, il semblerait que la voie soit libre. Je décide donc d’acheter un brûleur pour ma petite bonbonne de gaz, à moitié pleine depuis Rakiuara Track et je me mets en route pour la célèbre West Coast, là où le pays est plus sauvage qu’ailleurs, où les forets sont restées (presque) intactes du bord de l’eau jusqu’aux cimes là-haut, ou pas loin.

Pour y aller, un seul itinéraire, Haast Pass remontant Makarora River, principal affluent de Lake Wanaka et redescendant le long de Haast River. Son tracé suit l’itinéraire de Tiori Patea, le chemin ouvert. L’ancien sentier qu’empruntaient les maoris pour se rendre sur la côte ouest, en quête de la célèbre pierre verte, ciselée pour en faire des bijoux, ou polie pour en faire des haches de guerre. Son nom provient du géologue Julius Haast. Ayant entendu parler de l’itinéraire maori, il décida de le suivre avec 4 compagnons. L’histoire se souviendra de sa traversée réussie durant les mois de janvier/février 1863, et gardera son patronyme inscrit pour la postérité dans la toponymie d’un col – Haast Pass –, d’une vallée Haast Valley –, d’une rivière – Haast River –, d’un pont – Gates of Haast – et d’un village, divisé en trois hameaux Haast Village, Haast Beach et Haast Junction –. Il sera suivi plus tard des chercheurs d’or, aventuriers. Le voyage prenait alors trois jours pour parcourir les 140 kilomètres entre Haast jet Wanaka, à travers une nature peu hospitalière, sur un chemin souvent mis à mal par les violentes précipitations. Durant le premier quart du XXème siècle, la construction d’une route est décidée pour relier les deux côtes. Elle ne commence réellement qu’en 1930, suite à la grande dépression pour employer les chômeurs, dans de rudes conditions. Alors que l’ouvrage atteint la région la plus difficile, connue aujourd’hui sous le nom de Gates of Haast, le début de la deuxième guerre mondiale met fin aux travaux. Ce n’est que dans les années 1950 qu’ils sont repris, et l’inauguration de la route a lieu en 1965 à Knights Point, après de durs travaux pour compléter le tronçon Haast-Paringa entre 1960 et 1965.

A la sortie de Wanaka, j’embarque George, un anglais autostoppeur en direction d’Hokitika. Malgré un ciel nuageux, j’avais l’espoir ce matin de passer entre les gouttes, ou tout du moins de ne pas avoir de violentes précipitations. A peine arrivé à 10 kilomètres de mon point de départ, voilà que des trombes d’eau s’abattent sur le paysage. Les arrêts seront peu nombreux, les photographies prises à la sauvette ou à l’abri dans le van. La pluie est tellement violente que je me décide même à faire un trait sur les deux petites balades prévues. Toutefois, nous nous mouillerons quand même pour observer les fabuleux bleu émeraude des Lake Wanaka et Hawae ou encore admirer The Neck, le mince isthme séparant les deux lacs. Je me prends à imaginer pareille route par beau temps, avec les hautes montagnes descendant leurs flancs jusqu’à la surface des plans d’eau, ridés par la pluie.

Aurais-je de la chance, alors que nous arrivons à l’extrémité Nord de Lake Wanaka?les gouttes se font plus petites, moins nombreuses : la pluie s’est transformée en une fine bruine. Quelques kilomètres plus tard, il a complètement cessé de pleuvoir et nous pourrons aller jusqu’au lieu-dit des Blue Pools, les piscines bleues. A peine un petit kilomètre de marche, un pont suspendu sur Makarora River et nous y sommes. Magie des glaces, limons alpins, alchimie subtile, un flot turquoise s’écoule entre les flancs gris des rochers. Pas mat comme Lake Tekapo, mais d’une limpidité parfaite. Aucun jeu de réflexion; sur les bords, le lit de la rivière est visible par transparence, mais arbore une teinte plus profonde. Peu à peu le plafond nuageux s’élève, le brouillard se dissipe, dévoilant des prairies alpines récemment enneigées, les arbres à l’orée supérieure de la forêt saupoudrés de blancs.

La route est parcourue lentement, un nouvel arrêt quelques kilomètres plus loin à Davis Flat. La pluie a recommencé à tomber; toutefois j’amène George sur un petit sentier tracé à flanc de montagnes, suivant l’itinéraire original empruntés par les colons de la fin du XIXe. L’antique pont de bois, rongé par les termites, est remplacé par un pont suspendu, dont le balancement est le plus important rencontré jusqu’à maintenant sur un ouvrage de ce type. Le chemin est mal en point, à moitié écroulé, ou encore servant de lit pour des eaux de ruissellements. Arrivé de l’autre côté de la rivière, il se met à grimper rudement, et nous arriverons bientôt aux réminiscences de neige tombée ces dernières heures, rien de plus qu’un centimètre d’une épaisse couche de flocons, rendus à moitié transparents par leur liquéfaction. Arrivés sur une plateforme notre vue porte sur la vallée en contrebas  jusqu’à la prairie où Hibiscus nous attends. La pluie ne cessant de tomber, je décide de faire demi-tour plutôt que de poursuivre le chemin jusqu’à Haast Pass et devoir revenir par le même itinéraire. Arrivé à mi-parcours, par pur esprit de contrariété, le voile nuageux s’est déchiré et le soleil darde ses rayons sur la vallée, ravivant les sombres couleurs de la forêt.

Presque sans que je ne m’aperçoive, nous avons franchi Haast Pass, culminant à 563 mètres au-dessus de la mer. Mon copilote trouve la hauteur non-négligeable par rapport à son Angleterre natale, alors que je la juge tout bonnement ridicule. Dans les faits, le col n’a rien d’exceptionnel, la forêt s’étend de part et d’autre, le retour du brouillard enlève toute perspective sur les montagnes environnantes. Toujours est-il que le côté ouest est bien moins humide que le côté est. Un arrêt à Fantail Creek nous permet d’admirer un bloc de béton au pied d’une cascade. Il s’agit d’un vestige de la construction de la route, quand une ancienne turbine Pelton permettait d’alimenter en électricité les anciens outils nécessaires à l’ouvrage.

Une dizaine de kilomètre en contrebas du col, alors que la route n’a jamais été aussi pentue, Gates of Haast apparaît. Un magnifique pont métallique s’élance entre deux parois abruptes au-dessus d’Haast River dont les flots tonitruants résonnent dans la vallée. Splendide combinaison de sauvagerie aqueuse, tranquillité sylvestre et technologie humaine dans cet environnement particulier. De bien plus plus beaux ouvrages, plus technologiques, plus importants, plus impressionnants sont visibles dans nos contrées alpines, toutefois en Nouvelle-Zélande, ce pays neuf, pareille construction possède un charme particulier. Peut-être est-ce cet aspect, pont surgi de nulle part, à plus de 50 kilomètres du premier patelin ou encore l’histoire rocambolesque de la route et des difficultés de sa construction?

Après ce dernier passage, la vallée s’ouvre rapidement, quelques crêtes enneigées seront même visibles durant quelques instants. Haast River occupe toute la largeur de la plaine. Ces immenses lits occupant tout un vallon m’ont beaucoup impressionné. Ce serait comme imaginer laisser le Rhône divaguer, transformer toute la plaine éponyme en un vaste lit dynamique où méandres, rocailles et végétations s’adaptent en fonction des crues saisonnières. J’admire grandement ces larges deltas, où certains jours ne coule qu’un maigre filet d’eau, avant que la pluie torrentielle du lendemain ne le gonfle.

En milieu d’après-midi, j’arrive à Haast Junction. Je dépose mon passager, qui doit encore parcourir 250 kilomètres jusqu’à sa destination, avant de passer au centre du DOC. Je récupères les dernières prévisions météorologiques pour ces prochains jours : petites averses et éclaircies, m’enquiers d’informations complémentaires sur la Copland Track : 17 kilomètres, 450 mètres de dénivelées, 7 torrents à traverser, un temps indicatif de 7heures de marche. Le centre possédant une petite exposition, ainsi qu’un petit film d’une vingtaine de minutes, je profite de m’instruire sur cette nouvelle région : géologie, botanique, histoire, tous les sujets ou presque sont abordés. Une parfaite petite introduction.

15h30, alors que je quitte l’abri chauffé du centre, une averse soudaine se produit sur Haast. Quelques kilomètres plus loin, plus aucune goutte de pluie ne vient s’éclater sur mon pare-brise. Il va falloir m’y faire à cette météo dont les changements sont soudains, il semblerait que ce soit ce qui m’attend ces prochains jours. Le long de la route, un panneau indique  Whitebait Pastie. Il ne faut que quelques millièmes de seconde avant que mes fulgurants neurones liés au champs gastronomique ne s’émoustillent. Il s’agit des célèbres inangas, pêchés à l’état d’alevin, dont le prix peut grimper jusqu’à 150$ le kilogramme. Je ne pensais pas avoir la chance d’en goûter, la pleine saison s’échelonnant d’habitude sur 2 mois et demi durant l’été. Je suis donc lestement le panneau et arrive dans un bled perdu, comptant quelques très petites maisons. Pendant que ma pastie, une sorte d’omelette, est saisie sur le gril, le pécheur-cuisiner me raconte l’histoire de ces petits poissons, pêchés frais du jour, vantant les mérites de ce met très fin. Pour certain, la préparation n’est pas des plus appétissantes : les alevins, presque transparents, flottant dans des œufs battus font penser à une marre d’asticots translucides et quelque peu gluants. Mais, une fois goûté, le met se révèle très savoureux et délicat, au point de le trouver supérieur à la langouste ou au homard. Cela ne m’étonne même pas que les prix ne cessent de s’envoler.

Après avoir réussi avec succès une première approche culinaire avec la West Coast, il ne me reste plus qu’à savoir si les paysages sont aussi merveilleux que les descriptions. Je m’arrête quelques kilomètres plus loin à Ship Creek où deux balades sont répertoriées. La marée haute rend la découverte des marais forestiers impraticables, le sentier submersible étant immergé sous deux pieds d’eau. La balade côtière m’amène jusqu’à la plage, où je retrouve la Mer Tasmane. Toujours aussi déchaînée, ses vagues déferlent avec violence sur le rivage, éclatant en des gerbes d’écume. Après avoir escaladé les dunes, le tracé retourne à l’intérieur des terres, où pousse une végétation luxuriante à l’abri du vent. A Fjordland, la végétation était dense, les types de végétation, peu nombreux, se résumaient principalement à des hêtres, des fougères, des mousses et quelques conifères endémiques. Ici, la forêt vierge est de retour, des dizaines d’espèces sont présentes, arbustes, arbres entremêlent branches et racines, en compétition qui pour avoir plus de soleil, qui plus de terre. Un véritable entrelacs de lianes, de branches, d’herbes, …

A l’horizon, une éclaircie se profile, je rejoins Knights Point pour profiter des dernières lueurs du soleil. La pluie ayant recommencé à tomber, je parque Hibiscus sous l’abri destiné aux touristes, de manière à ce qui je puisse cuisiner au sec, sans devoir me contenter de rester sous l’exigu espace déterminé par la porte du coffre. Etant très bien situé, avec une vue du premier ordre sur la mer Tasmane qui vient se briser quelques dizaines de mètres plus bas, en pleine nature, quelques oiseaux gazouillant de-ci, de-là, je décide d’y rester la nuit.

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