J43 – Taupo

23 06 2011

Cybershed, Taupo, jeudi 23 juin 2011, 18h00

Trajet : Napier – Taupo

D = 6464.5 km

Lors de son lever, le soleil profite d’embraser le ciel. Si l’augure s’avère juste, il risque de pleuvoir avant la mi-journée. Je retourne déambuler dans les rues de Napier pendant une bonne heure, remarquant tel ou tel détail qui était passé inaperçu, le caractère frank-lloydien d’un des immeubles, reconstruit en briques et non en béton comme tous les autres. Je m’intéresse bien plus au bâtiment occupé aujourd’hui par l’ASB dont les motifs Art Déco sont purement d’inspiration maorie. Ainsi le bandeau au-dessus des fenêtres est une variation du symbole représentant les vagues, alors qu’au sommet des façades des moulures sont la copie exacte d’un motif couramment utilisé dans la sculpture traditionnelle.  A peine neuf heure, et j’ai déjà arpenté deux fois les rues intéressantes, trois si l’on compte ma première visite de hier. Je décide de me mettre en route pour Taupo, au lieu de patienter encore une heure trente avant une des visites guidées de la ville.

Avant de partir, un détour dans les faubourgs du port de Napier m’amène au National Tobacco Compagny Building, considéré comme la pièce maîtresse Art-Déco de la région. Construit en 1933, si le style principal est résolument Art-Déco, dans ses formes géométriques, il se combine avec des détails typés Art Nouveau, notamment des motifs floraux. L’entrée de la bâtisse attire à elle seule tous les regards. Quelques marches, décorées de mosaïques, rejoignent un perron sur lequel donne une immense porte en arche. Les lignes verticales des battants sont élégamment adoucies par des roses sculptées et de la vigne dont les sarments savamment ciselés brisent la rigidité de la géométrie. Ouvert au public, je découvre le vestibule, une salle à la décoration ostentatoire, où les matériaux nobles – marbre, bois – se fondent avec le décor – plafond mouluré, vitres embellies de détails colorés, encadrement sculpté –. Le tout éclairé par une verrière en forme de dôme, décorée de roses. Un véritable régal pour les yeux.

De retour sur la Thermal Explorer Highway, la route touristique reliant Auckland à Napier passe par les régions à forte activité géothermique de Nouvelle-Zélande.  Après avoir longé une dernière fois le rivage d’Hawke Bay, je laisse l’Océan Pacifique dans mon sillage, direction Taupo. La SH2 déroule son large ruban à flanc de collines, épousant la topologie du terrain. Courbe, contrecourbe… les rayons de courbures sont importants: voitures et camions abordent les courbes sans même freiner, les passant tout en douceur. Enfin, tant que la côte n’était pas trop importante, car le plateau est loin d’être plat. Deux chaînes collinéennes à traverser; et comme le pays ne connaît que rarement la neige à cette altitude, le génie kiwi n’a rien trouvé de mieux que d’escalader les monticules, plutôt que dessiner une route grimpant gentiment en lacet. Résultat: Hibiscus atteindra rarement les 40 km/h dans les montées, malgré ses dizaines de chevaux déchaînés sous le capot. A l’inverse, une fois le col passé, le frein passe presque à travers le plancher pour ne pas dépasser les vitesses réglementaires.

Je ne vous ai pas encore parlé du paysage, sans doute parce qu’il n’en vaut pas tellement la peine. Très vite, une petite bruine s’est mise à tomber et se transformera par intermittence en inverse. Le paysage est noyé dans les nuages et la brume. Alors que je devrais distinguer au loin, au sommet des côtes, la silhouette caractéristique des volcans Ruapehu, Tongariro et Ngauruhoe, seul un mur blanc se dresse à l’horizon. La route passe à travers l’une des plus grandes forêts exploitées, où les pins dressent leur cime à intervalles réguliers, à moins que les collines ne présentent de sombres flancs dévastés par une coupe rase. De retour en plaine, les pâturages étendent leur royaume entre deux bosquets de podocarpes. J’aborde enfin une portion plus sauvage, mêlant praires marécageuses de montagne et landes couvertes d’arbustes. A l’approche de Taupo, la forêt naturelle reprend ses droits, régénérée après des années d’exploitation coloniale.

Peu d’arrêts intéressants rythmeront le trajet, même si des panneaux portant la mention « Heritage Trail » (chemin du patrimoine ») pointent régulièrement sur des routes secondaires. Après avoir visité « wilderness hut », une simple cabane de bois, sans rien de particulier, située aujourd’hui à côté d’une route, je décide de ne plus me dérouter à moins que l’inscription ne m’interpelle particulièrement. Le premier arrêt devait être pour prendre un bain dans les sources chaudes de Tarawera, afin d’éliminer le sel qui me colle à la peau depuis ma baignade matinale à Hawke Bay. Toutefois, le DoC prie les gens de ne pas s’en approcher, car le terrain est devenu instable. Quinze kilomètres plus loin, un panneau indicateur signale l’existence de chutes d’eau avec un point de vue. Bien qu’assis dans la voiture je puisse profiter pleinement du panorama, je profiterai de me dégourdir les jambes. Toutefois, aucune ballade ne semble partir depuis le parking. Peu avant, à la suite du passage d’un pont, au niveau duquel des écriteaux indiquaient sa vérification prochaine, du 27 juin au 12 août, je me suis glissé sous son tablier. Enjambant le large canyon de Mohaka River, le pont est constitué d’un entrelacs métallique. En s’aventurant sur la passerelle pour piéton, située sous la chaussée, il est possible de ressentir les vibrations du pont au passage d’une simple voiture. Plus impressionnant encore, le passage d’un camion-remorque de plus de 40 tonnes déclenche une symphonie de grincement.

J’arrive enfin à Opepe, situé 20 kilomètres avant Taupo. Bien que l’emplacement fasse partie de « l’Heritage Trail », je décide de m’y arrêter. Mark Pickering y recommande de s’y balader. Le chemin pénètre dans le bush qui recouvre tout le paysage. Fougères et arbres-fougères poussent à profusion, seuls quelques rimus et autres matais, épargnés par la scie des bûcherons, élèvent encore leur tronc dans la forêt. De-ci, de-là, je découvre quelques vestiges du passé, comme cette fosse creusée où descendait l’un des bûcherons, tenant la poignée inférieur de la scie, l’autre étant maintenue par son collègue à califourchon sur le tronc de grand diamètre. Finalement, la découverte la plus importante sera les anciennes barrières, au bois rongés par l’humidité. Lors des guerres néo-zélandaises, afin de protéger la ligne télégraphique, ainsi que les colons sur la route reliant Taupo à Napier, Te Kooti, le leader maori du Waikato, opposé militairement aux blancs, fit construire une tranchée et ériger une simple barrière . Avant sa construction et celle d’une caserne abritant une force armée, Te Kooti tua lors d’une escarmouche neuf des quatorze hommes de la cavalerie coloniale. Je découvrirai les tombes de ces braves soldats, tombés le 7 juin 1869.

J’arrive à Taupo en tout début d’après-midi. Un rapide passage à l’office du tourisme fera de cette journée la plus triste que j’aie vécue en Nouvelle-Zélande. Alors que j’espérais que l’éclaircie annoncée pour demain aller se développer, j’apprends que les dernières nouvelles prévoient plutôt un temps humide pour ces prochains jours. La limite neigeuse devrait même descendre jusqu’à 1000 mètres avec des vents à plus de 60 kilomètres/heure. J’avais espéré cette éclaircie afin d’accomplir le Tongariro Alpine Crossing. Aujourd’hui, je crois bien qu’il me sera impossible de randonner le long de ce magnifique chemin. Mais voyons le côté positif, cela fait une excellente excuse pour revenir en Nouvelle-Zélande à moyen terme.

Dehors, tantôt il bruine, tantôt il pleut. Je décide de me réfugier au musée de Taupo. J’y découvrirai l’œuvre de deux artistes. Si les tableaux de l’un ne me touchent que peu, les travaux de l’autre sont plus intéressants. Jupes et capes maories traditionnelles sont tissées selon les méthodes ancestrales. Formes innovatrices et motifs contemporains en font des objets particulièrement esthétiques. L’autre partie du musée est consacrée à l’histoire de Taupo, allant de l’arrivée des colons qui considèrent la ville comme un point stratégique lors de la lutte contre Te Kooti, jusqu’à son statut touristique actuel, en passant par l’industrie forestière. J’ai particulièrement bien aimé la caravane des années soixante, illustrant la construction des premiers bachs le long des rives : pêche à la mouche, où la capture d’imposante truite n’est pas rare, début des sports nautiques sur Lake Taupo, destination privilégiée des vacances estivales, tout respire le bonheur de vivre.

Après une petite balade humide le long du lac – le plus grand de Nouvelle-Zélande – jusqu’au port, je rejoins les chutes d’eau d’Huka Falls. Entre trois quarts d’heure à pied sous la pluie depuis Taupo, ou 5 minutes en voiture,  je choisirai pour une fois la seconde solution. Hydrologiquement, 26 rivières alimentent le lac, Waikato River est l’unique porte de sortie. Au niveau des chutes, ce sont 40 mètres cubes d’eau par seconde qui s’engouffrent dans une gorge large de 15 mètres, profonde de 10, passant en quelques mètres de la surface à peine ridée d’un large canal, en une violente rivière tonitruante. La puissance de l’écoulement est fantastique à observer, canalisé entre deux parois, il jaillit dans une immense goulotte. Ce n’est qu’après une centaine de mètres que l’écume disparaît peu à peu : le fleuve perd sa teint blanchâtre au profit de sa couleur vert sombre naturelle.

Un dernier petit détour, avant de venir rédiger ce billet m’amène de l’autre côté de Waikato River, où s’écoule une source chaude. Un véritable bonheur que de s’y glisser à l’intérieur, alors qu’une petite averse vous rafraîchit constamment la tête.

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