J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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