J53 – Navigation en baie de Sydney

3 07 2011

Note : ah là là, j’accumule du retard dans mes notes. Voilà encore un jour que j’ai pas eu le temps de raconter. Promis, dès que J52 sera écrit, il sera posté.

Funk House, Sydney, dimanche 3 juillet 2011, 17h50 (GMT+10)

L’ambiance urbaine me convient à merveille. Encore un matin, où, réveillé peu avant l’aube, je peux partir à la découverte de la cité aux premières lueurs matinales. Alors que j’avale mon petit déjeuner, quatre backpackers rentrent à l’hôtel, après une longue nuit dans les clubs de Sydney, rejoignant trois autres, déjà affalés dans le canapé, en train de dessoûler. Depuis le XIXe siècle, l’homme n’a que peu changé: à l’époque il s’agissait des marins, aujourd’hui de jeunes routards au bénéfice d’un work and holiday visa. Il faut dire que leur vie présente quelques similitudes: partis à la découverte du monde, sans véritable emploi, sans véritable maison, ils vivent au gré des caprices, tantôt travaillant, tantôt se déplaçant de ville en ville. Une fois dans la rue, j’entends encore de la musique électronique qui jaillit par la porte de l’Empire, une boîte de nuit ne fermant que vers 8h00 du matin. Des fêtards attardés pénètrent dans le premier Macdo venu pour ingurgiter un burger.

Mis à part l’enseigne Coca-Cola, je ne vous ai que peu parlé du quartier dans lequel je vis. Il se réveille en fin de journée, prenant complètement vie à la nuit tombée. Kings Cross, plus connu simplement sous « The Cross », dont les histoires de scandales et de corruptions ont longtemps terni ou embelli les rues. Considéré comme hôte du vice dans les années 1920, The Cross fut décrit comme possédant l’air de la Géniale Ville de Berlin dans les années 1940. Si les temps ont passé, l’ambiance est restée sulfureuse, « oscillant entre le bien et le mal » (Lonely Planet) : d’un côté de grands appartements et maisons de maîtres peuplent les rues, de l’autre hôtel de backpacker, zones de divertissement, quartier rouge de Sydney, attractions touristiques, boîtes de nuit ou showroom se mêlent. Dichotomique mais cosmopolite. Résidence des bohèmes et des artistes, mais tenue correcte exigée pour rentrer dans les bars. Une soupe culturelle où se retrouvent tous les extrêmes, patinant le quartier d’un charme particulier.

Darlinghurst Road est sans doute la rue la plus emblématique: night-clubs, bars, échoppes à alcools, magasins de proximité, officines de tatoueurs, fleuristes faisant office de cybercafé, … Sans doute la proximité de Woolloomooloo Wharf et de Garden Island, deux anciennes zones militaires d’où émergèrent les marins tant durant la Deuxième Guerre Mondiale que pendant celle du Vietnam, n’est pas sans rapport avec le développement sulfureux du quartier, dont l’apogée fut atteinte en 1978, lorsque la protestation pour les droits gays et lesbiens du Mardi Gras se termina en émeute avec 53 arrestations, quelques années seulement après que les habitants rejoignirent les mouvements contestataires de The Rocks pour la sauvegarde historique de leur quartier.

De jour, King Cross et Darlinghurst Road se drapent d’une autre tenue, plus correcte, comme si la nuit qui venait de passer n’existait pas. Alors que les employés de la voirie viennent tout juste de nettoyer la rue, un marché aux puces s’élève sur Fitzroy Gardens. Sur cette même place, se dresse la fontaine El Alamein, commémorant la célèbre bataille à laquelle prirent part les troupes australiennes durant la deuxième guerre mondiale. Construite en 1961, son apparence en fleurs de dents-de-lion n’est pas sans me rappeler une fontaine qui orne l’Avenue de la Gare à Sion. Hier, l’architecture Art Deco de nombreux immeubles du centre de Sydney m’avait surpris, aujourd’hui je ne serai guère étonné de retrouver ce style dans les bâtiments résidentiels de The Cross. Immeubles et anciens cinémas arborent des formes géométriques pures: arcs-de-cercle, droites, sphères, rectangles, développent des volumes simples, mais contribuent à un dynamisme vertical.

De temps à autres, des immeubles contemporains cassent l’unicité du quartier, alors que d’autres façades moderne se fondent dans le paysage après la reprise des mêmes concepts tout en les dépouillant de toute ornementation. De-ci, de-là, d’anciens bâtiments arborent des styles complètement différents. Ainsi, Elizabeth Bay House, ancienne résidence du Secrétaire Colonial Alexander MacLeay, domine de sa façade classique la baie éponyme, alors qu’au 42 Billyard Avenue, la résidence « Boomerang » fut érigée dans le plus pur des styles « Hacienda Espagnol » en 1926, pour le producteur musical Frank Albert qui lui donna le nom de son label. A l’époque très en vogue à Hollywood, ce style eut tôt fait d’essaimer à travers l’Australie puis en Nouvelle-Zélande, où il se retrouve dans certaines maisons de Napier et Hastings. Après avoir été squatté de 1952 à 1978, la demeure changea plusieurs fois de main, et est devenue l’une des plus chères de Sydney. Il faut dire que bien peu de bâtisses possèdent un si grand jardin, dont l’un des côtés est baigné par l’océan.

Quittant Elizabeth Bay, j’erre quelque peu dans les rues et ruelles se terminant en cul-de-sac avant de trouver un chemin me menant jusqu’à Rushcutter Bay. Peu avant neuf heure je pénètre dans l’enceinte du Cruising Yacht Club of Australia, celui-là même qui organise la célèbre Sydney-Hobart. J’ai à peine eu le temps d’inscrire au feutre bleu mon nom sur le tableau blanc, que Rod, après quelques questions sommaires, me propose de naviguer sur son voilier d’une dizaine de mètre. Pourquoi pas. C’est ainsi que j’embarque sur Shere Khan, un Flying Tiger 10. Peu à peu les autres équipiers nous rejoignent: Andreas, une allemande, numéro 1, Pete à la grand-voile, Mike à l’embraque, Dani au génois, un invité au hâle-bas de grand-voile, et moi au piano/pieds de mât. Après une rapide instruction, notamment sur l’utilité d’avoir un équiper consacré uniquement au hâle-bas de grand-voile, sur ce voilier sportif, à l’équilibre très dynamique, et sur le hissage et affalage du spi asymétrique, une légère brise nous cueille pour un petit échauffement.

Je profite de cette petite navigation pour admirer au loin la skyline de Sydney, Opera House et Harbour Bridge se découper au premier plan devant les buildings, la multitude de voiliers – environ 150 – participant à la régate. Un pétrolier à vide, poussé par des remorqueurs, nous présentera sa coque rouillée, alors qu’il rejoint le large pour rejoindre sans doute les pays du golf.  Alors que les airs devraient forcir, ils tombent peu à peu et nous rejoindrons au moteur la ligne de départ. Ce n’est que peu avant le start que le vent s’établit à une quinzaine de nœuds, rafales à vingt et plus. La navigation devient tout de suite plus sportive et je découvre la vivacité de ce voilier plutôt étroit. Afin de maintenir l’équilibre, il est nécessaire d’être en perpétuel mouvement, déplaçant son poids. Je serai très surpris par la procédure de départ: au lieu qu’il soit donné en même temps pour une classe, chaque voilier, en fonction de son handicap, part avec un certain retard sur le plus lent. Le handicap n’est pas propre à chaque bateau, mais évolue en fonction des résultats à la précédente régate. Et pour compliquer le tout, le classement final est une savante formule mélangeant le temps officiel de départ, le temps mis pour parcourir le tracé et le tout est comparé avec le résultat des autres. Bref, une cacophonie impressionnante où chaque voilier se bat pour passer la ligne à pleine vitesse au bon moment. Il n’y aura toutefois pas assez de place, et nous devrons passer au vent du bateau start et revenir dans le sillage afin de prendre un départ correct.

Une fois en course, les airs seront suffisant pour ne plus avoir le temps de prendre de photographies. La navigation est sportive, prenante, exaltante, pourrai-je même dire. Entre deux virements, manœuvres, empannages je profiterai d’admirer le paysage. Plus fermée, moins sauvage que celle d’Auckland, la rade de Sydney me charmera plus que celle d’Auckland. Peut-être aussi est-ce la température, plus qu’avenante, la navigation bien plus active ou encore l’ambiance qui émane de ce voilier vivace et de son équipage sympathique. A Auckland, je me souviens avoir été impressionné lorsqu’un AC45 nous avait doublé en pleine régate, mais cette sensation est sans commune mesure par rapport à ce que j’ai ressenti aujourd’hui. Imaginez un de ces anciens VOR (Volvo Ocean Race 60) vous doubler, ses 13.5 tonnes lancées à pleine vitesse vous rattraper, l’ombre de ses voiles vous recouvrir, et son sillage vous secouer comme un bouchon. Un véritable monstre. Et dire qu’aujourd’hui, il mesure 10 pieds de plus.

Retour sur la terre ferme, le temps de boire quelques bières, partager deux ou trois assiettes de beegies, de faire plus ample connaissance avant de nous séparer, chacun partant de son côté. La journée touche presque à sa fin. Sur le chemin du retour jusqu’à Funk House, je terminerai la visite de The Cross. Je vous avais parlé d’une gigantesque enseigne de Coca-Cola, au bout de William Street. Cette dernière surplombe un gigantesque carrefour ou se croisent Darlinghurst Road, Victoria et William Streets, sans compter Kings Cross Road, Craigend Street. A l’origine, l’intersection se nommait Queens Cross en l’honneur des noces de diamant de la reine Victoria en 1897, avant d’être changée en Kings Cross en 1905. Elargi en 1916, une nouvelle arrivée au carrefour fût adjointe en 1970 lors de la construction d’un tunnel rejoignant Bayswater Road de l’autre côté du quartier. Si, depuis des décennies, les bâtiments surplombant le croisement arborent des publicités, l’enseigne Coca-Cola est devenue une marque dans le paysage urbain de Sydney. Quittant cet univers bruyant, je remonte Victoria Street, bordée par de petites maisons victoriennes n’excédant pas plus de trois étages. Dans le prolongement des mouvements de The Rocks des années 1970, les habitants de The  Cross, menés par Juanita Nielsen, contestèrent les nouveaux plans d’aménagement. Issue d’une famille aisée, elle mit sa fortune à disposition pour la création d’un journal qui s’avéra crucial dans cette lutte. Cela explique sans doute pourquoi elle est portée disparue depuis le 4 juillet 1975, aujourd’hui présumée assassinée.

Descendant les escaliers menant à Woolloomooloo Wharf, je rejoins le quai où se dresse le Harry’s Café de Wheel. Cela faisait deux jours que je passais devant, de bon matin, alors qu’il était fermé. Hier soir, des personnes attendaient patiemment alignées avant de commander. Je vous avais parlé des photos et coupures de journaux décorant ses murs, j’ai découvert que la plus vieille représente le café tel qu’il était en 1942: une simple roulotte arborant simplement Harry’s Café de Wheel sur sa devanture. Célébrités locales, australiennes ou encore colonels militaires se repaissent depuis des décennies des mets simples de cette échoppe. Il me rappelle étrangement une friterie à Bruxelles où les parois externes sont aussi décorées de photos dédicacées par des acteurs, sportifs émérites ou encore personnalités politiques. J’hésite entre le Hot-Dog de Wheel, richement garni, ou la traditionnelle Tiger Pie. Ayant navigué sur un Flying Tiger, je resterai dans la jungle et sélectionnerai la pie. La meilleure que j’aie goûtée. Imaginez une pie, d’excellents morceaux de bœufs baignant dans une sauce crémeuse, enrobés dans une croûte, sur laquelle est déposée délicatement une couche de purée puis un cône de petits poids, et arrosée de sauce à rôtir. Cela n’a pas l’air des plus excellents, et pourtant c’est un vrai régal, qui me calera parfaitement mon petit creux.

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