J60 – Ku-Ring-Gai-Chase

10 07 2011

Manly, 10 juillet 2011, 20h00 (GMT+10)

Après avoir admiré le lever de soleil teintant d’orange les forêts de Galston Gorge, je rejoins Ku-Ring-Gai-Chase National Park. Je ne m’attendais pas à avoir dormi si près du parc national, et, après à peine une demi-heure de conduite, je serai surpris d’y arriver déjà. En attendant que le Kalgari Center ouvre ses portes, je m’installerai tranquillement, pestant contre la présence d’eucalyptus ombrageant tables et bancs. Avant l’heure, le responsable, un volontaire aux cheveux plus que grisonnants me salue et m’invite à entrer. Alors qu’il nourrit les oiseaux, je repère enfin l’espèce qui pousse de si vilains cris rauques, bien plus rocailleux que nos corbeaux. Il s’agit des sulfur crested cockatoo, des perroquets blancs arborant une crête couleur souffre. Dans le petit parc attenant, j’essaierai d’apprendre la dénomination des espèces végétales locales que j’avais rencontrées ces derniers jours : les différents eucalpytus, bankias, cheese tree ou autre blood trees… J’apprendrai aussi que l’équivalent australien du département de la conservation effectue régulièrement des feux de brousse contrôlés afin d’une part de dynamiser la végétation locale, nécessitant ce genre d’événement, d’autre part de diminuer la matière combustible présente sur le sol, afin de réduire le risque d’incendie accidentel ou naturel, dont les conséquences sont désastreuses. Chemin faisant, j’observe aussi un troupeau de kangourous et des morceaux de pommes de pin tombant du ciel me révèlent la présence d’un Glossy Black Cockatoo déjeunant tardivement ou dînant précocement.

A Bobbin Head, un rapide passage au centre des visiteurs me permet d’acquérir mon droit d’utilisation des infrastructures routières du parc et m’apprend qu’en hiver aucun loueur de kayak n’est présent. Je découvrirai donc les rives de Cockle Creek, une rivière se jetant dans Cowan Creek, que j’avais depuis le Kalgari Centre, de manière traditionnelle. M’aventurant sur la passerelle, je pénètre dans les mangroves poussant dans l’espace vaseux découvert à marée basse. Après être monté dans le coteau sec, couvert d’eucalyptus et d’arbres fougères, le sentier redescend dans un petit vallon où un panneau annonce la découverte imminente de la rainforest, la jungle. Revigorée par la présence d’un ruisseau, la végétation est bien plus verte, plus en feuilles qu’en troncs et branches. Toutefois, il ne faut pas imaginer la forêt dense et luxuriante de la Nouvelle-Zélande.

Quittant l’Ouest du Parc, après un passage en milieu urbain, sur des routes à six voies, me voilà de retour dans le parc national.  Difficile de croire que Sydney étendait ses tentacules il y a encore quelques kilomètres en arrière, tant la végétation semble avoir retrouvé son côté farouche. Je rejoindrai l’extrémité de la péninsule. Depuis West Hand, la vue est magnifique : au nord, de l’autre côté de Broken Bay, les forêts de Bouddi National Park descendent jusqu’au bord de l’eau, entrecoupée seulement par la présence de quelques localités-villégiatures s’étendant le long des croissants sablonneux. A l’est, Palm Beach relie Barrenjoy Head à la banlieue urbaine d’Avalon, protégeant les eaux de Pittwater des lames du large. Les collines ne sont toutefois pas assez élevées pour calmer le vent et les quelques voiliers naviguant sous génois seuls tracent un sillon éphémère, gitant dans la forte brise. Derrière moi, forêt et bras de mer se partagent le parc, le faisant ressembler à l’Abel Tasman National Park : plage ocre, forêt verdoyante, eaux turquoises, rocs aux formes improbables, sculptés par les intempéries.

Descendu jusqu’à la plage de West Head, je pique une tête avant de regagner la prochaine grève en suivant la côte. La marée haute a envahi toute la plage. Sautant de roc en roc, escaladant les blocs, me laissant à nouveau glisser jusqu’au bord de l’eau, je poursuis tant bien que mal mon chemin, regrettant (presque) par moment la présence de plateaux marnals. Les minéraux que j’enjambe ont plus de 200 millions d’années. Penser à leur âge, penser à leur jeunesse, lorsqu’il faisaient encore partie de hautes falaises avant de s’écrouler sous les assauts de la mer met en évidence notre date de péremption, plutôt courte. Au détour d’un roc, entre deux taillis, une casemate, datant sans doute de la dernière guerre, émerge. Un dernier passage plus scabreux que les précédents et me voilà arrivé à Resolute Beach. Encore une de ces plages enchanteresses que je quitterai trop rapidement. Gravissant des volées de marches, je me repose à mi-chemin pour observer un escarpement sous lequel une bande de Guringai s’abritaient en cas de mauvais temps.

Le sentier rejoint un coupe feu. Cette route carrossable uniquement pour les véhicules tout-terrains me conduira jusqu’au parking, mais en chemin je découvre mes premières gravures aborigènes. A moitié cachées par l’humus, disparaissant dans les taillis, je devine les sillons ébauchant les anguilles et le poisson, la figure humaine, quant à elle, se découpe sur la dalle ombragée. La culture aborigène a été si violemment balayée par l’arrivée des colons que personne aujourd’hui ne parvient à expliquer ces gravures. L’hypothèse religieuse est toutefois régulièrement excluse, les scènes représentées sont bien trop souvent liées à la vie quotidienne.

Quittant West Head, je m’arrête à The Basin, connu pour une dalle possédant trois groupes de gravures distinctes. Ici, point n’est besoin de jouer à l’archéologue, le rocher est nettoyé, des barrières guident les touristes, les empêchent de folâtrer sur le roc et de piétiner sur le patrimoine culturel. Des panneaux explicatifs présentent les suppositions actuelles pour chacun des trois groupes de tracés, bien distincts les uns des autres, ainsi que la technique de gravure utilisée. Une esquisse du tracé est effectuée, en poinçonnant la pierre à l’aide de cailloux pointus ou de coquillages. La matière excédentaire entre les trous était ensuite enlevée par simple abrasion à l’aide d’une pierre plus dure. Des essais contemporains ont montré, que sans connaissance particulière, il était possible de tracer en une heure de temps un sillon long de 1.25 mètres, avec une section de 20 millimètres de large par 10 de profond.  Il est alors plausible d’imaginer une bande dessiner une vaste fresque en moins d’une journée. Si la faible dureté de la pierre était un avantage pour eux, l’érosion est toutefois rapide et moins de mille ans sont nécessaires pour effacer toutes traces artistiques. Bref, le nombre de témoignages perdus depuis l’arrivée des aborigènes entre 40 à 60’000 ans en arrière est plus qu’important.

Avant de quitter le parc, une dernière courte randonnée à travers le bush me mène sur le haut des falaises d’America Bay. Seul au monde, dominant la longue crique, j’apprécierai grandement cet instant. L’endroit est un des plus merveilleux que j’aie visité. Laissant place à un amphithéâtre rocheux, le bush se mélange avec des plantes subtropicales profitant de l’humidité du ruisseau s’écoulant en petites cascades avant de s’élancer dans le vide. Murmures d’un doux ruissellement, tiédeur émanant des rochers, chaleur irradiée par le soleil de fin d’après-midi, cri du kookabura, je jouis de l’instant présent, me posant pour un moment dans le calme céleste émanant de cette place. J’y serais bien resté jusqu’à la nuit tombée, si une la lampe de poche était dans mon sac.

Finalement, la semaine touchant à sa fin, je rejoindrai Manly, situé sur la rive nord de Sydney Harbour, là où les eaux de la rade se mélangent à celle de la mer de Tasmanie. Au soleil couchant, je mangerai face au Pacifique, bercé par les rouleaux que les surfeurs ont déjà abandonnés. Au menu, filets de wallaby, pommes de terre grillées et salade de carotte. A la nuit tombée, quittant les abords de la plage, je garerai ma voiture de l’autre côté de la péninsule, le long de Manly Cove, où aucune affichette n’interdit le camping. En pleine ville, à proximité d’une plage quotidiennement envahie par les surfeurs, mieux vaut être prudentpour ne pas risquer une amende. Demain matin, je serai de retour pour mon petit déjeuner, avant de visiter la bourgade. Le seul désavantage d’y être venu en véhicule est que je ne profiterai pas de la vue, paraît-il exceptionnelle, sur Sydney Opera House, à partir du Ferry. Comme le dit si bien l’expression, je ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

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