J61 – Manly

11 07 2011

Funk House, Sydney, dimanche 11 juillet 2011, 17h10

Levé avant l’aube, je me déplace jusqu’au front de mer afin d’admirer le lever de soleil tout en avalant mon petit déjeuner. Dans la lumière naissante, je découvre une faune sportive : personnes courant le long de la plage, premiers surfeurs gagnant les flots, ou encore un attroupement de demoiselles faisant des exercices de gymnastique sportive, rythmées par les ordres de leur coach. Quel monde de fou. Pour ma part, je range tranquillement mon véhicule, rassemble mes affaires, remise mon matériel de camping et prépare mon sac à dos.

Manly, situé sur la côte Nord, à proximité de la North Head, la pointe qui marque la frontière nord entre Sydney Harbour et l’Océan Pacifique. Le quartier profite des eaux abritées pour ses marinas où mouillent quelques luxueux navires et des vagues du large pour les nombreux jeunes surfeurs fraîchement débarqués. Je commencerai ma balade dans la réserve de North Head, appartenant à Sydney Harbour National Park. A l’écoute des oiseaux, traversant le bush australien, en arrivant à l’orée du bois, à proximité de Collins Beach, je découvre une borne à moitié avalée par la jungle, commémorant l’emplacement où le gouverneur Phillip Arthur fut blessé par la lance d’un aborigène suite à un malentendu. La plage, se transformant en havre de paix pour des pingouins à la nuit tombée, pourrait paraître paradisiaque, si proche de la cité et pourtant si naturelle, si je n’avais pas déjà découvert des coins bien plus magnifiques ces derniers jours. De retour en milieu urbain, après avoir traversé le parc construit sur l’ancien promontoire où se dressait une usine à gaz jusqu’à la fin de la dernière guerre mondiale, j’arrive à Little Manly Cove. Cette baie pittoresque possède encore une partie du charme de la belle époque. La moitié de la plage est occupée par une vieille structure en bois, maintenant des barreaux métalliques à intervalles réguliers, destinés à empêcher les requins d’entrer dans l’espace du bain. La peinture blanche s’écaille, le fer rouille, sur la falaise le mot « bath » est à moitié effacé. Sur la plage, l’ancienne cabine pour se changer est en partie reconvertie en un petit bistrot. Pour la petite histoire, au début du XXe siècle, la population aurait voulu que les bains pour homme et femme soit construits de part et d’autre de Manly Cove; malgré la distance, la municipalité refusa la proposition et construisit les bains pour hommes dans cette petite crique.

Manly Cove, tout aussi charmante que sa petite sœur, arbore d’un côté un immense wharf pour les ferrys, tandis que l’autre extrémité est occupée par des abris en bois : cabanes de pêcheurs ou locaux du club des 16-pieds australiens. En 1852, Manly n’était qu’un petit village de pêcheurs où se dressaient quelques petites bâtisses, lorsqu’un entrepreneur, Henri Gilbert Smith, eut la vision d’en faire une « resort ». Il n’a fallu que trois petites années pour que la première liaison régulière en ferry soit établie. Dès lors, Manly n’a cessé de croître. Au XIXe siècle, l’expansion se concentra autour de The Corso. Le long de cette avenue, nombre de bâtiments datent de cette époque, et leur affectation n’a que peu évolué : magasins, restaurants et cafés occupent toujours les bords de cette avenue piétonne. Cœur de Manly, pourtant tout est calme, peu d’officines ont déjà ouvert leur porte, les serveurs s’affairent à réinstaller les terrasses, sortir les tables, disposer les tables, hisser les parasols. Arrivé sur South Steyne, se prolongeant après avec Marine Parade, la vie diurne a repris ses droits : surfeurs, badauds ou habitués se croisent et s’entrecroisent. Sous le soleil, le spectacle des longues lames qui roulent est splendide. Alors que la vague se forme, que la crête s’élève, la coloration de l’eau vire du bleu ultramarin au turquoise transparent. Le vent soufflant de la terre, entraîne des panaches d’embruns vers le large, coiffant les déferlantes de gigantesques plumes argentées. De temps à autre, un surfeur plus habile que ses congénères s’élance pour une vertigineuse descente horizontale.

Mes pas m’entraînent un peu plus loin, en direction de Shelly Beach. La promenade longe les plateaux marins surplombés par des bâtisses dont la vue, tout comme le prix, doit valoir son pesant d’or.  Brisant les contours naturels, une piscine avance ses formes trapézoïdales au milieu de la mer. Plus loin, je découvre une charmante plage, éloignée de Manly; elle est en ce moment oubliée de la foule. Seul un pélican profitait de s’y baigner en solitaire, jusqu’à ce que je vienne le déranger. Rien de tel qu’une petite trempette matinale pour bien débuter sa journée. Les quelques longueurs de nage auront l’obligeance de dénouer les muscles endoloris des jambes, envahis par des courbatures à force de dormir en chien de fusil. Quittant le sable pour grimper sur l’escarpement rocheux, arrivé au bout du promontoire, la vue s’étend depuis Cabbage Tree Bay, baignant Shelly Beach, jusqu’à Queenscliffs. Dominée par une rangée de pins, cachant à grande peine quelques horribles immeubles aux façades élevées, la plage de Manly Beach est assaillie par des vagues, à l’allure de fantômes délétères. Dans le lointain, les avancées rocheuses des protubérances côtières se perdent dans la brume et les embruns et peu à peu leurs silhouettes grises s’estompent dans le lointain.

Sur le chemin du retour, des maisons aux styles architecturaux des plus divers – mission espagnole, grec, géorgien ou résolument moderne – bordent Bower Street. Elles ne partagent sans doute que deux points communs : une situation privilégiée et le prix qui en découle. La petite ruelle de Fairy Bower Road, le long de laquelle se dresse d’anciennes maisons de briques à deux étages, me ramène jusqu’à la route principale. Derrière s’élève une imposante bâtisse: il s’agit de l’ancien séminaire de Saint Patrick, un élégant ensemble néo-gothique. Sa construction débuta en 1819, après de longues discussions entre les politiciens de Manly, la plupart protestants et voyant d’un mauvais œil la présence de catholiques. Aujourd’hui, il abrite l’International College of Tourism and Hotel Management. Sa façade est ornée de nombreux drapeaux, y compris celui de la Confédération Helvétique. Mais comme dans de nombreux pays, les proportions de l’emblème ne sont pas respectées. La forme carrée est abandonnée au profit du rectangle bien plus usuel.

Au lieu de prendre la route directe jusqu’à Mascot, je profite du temps qu’il me reste pour rentrer par le chemin des écoliers, m’arrêtant au gré des plages et des points de vue. J’ai particulièrement apprécié la halte à The Pitt. Un ancien bain anti-requin, édifié selon le même modèle que celui de Little Manly Cove, occupe la plage; au large, une marina, où moteurs et voiliers sont tranquillement mouillés, occupe Fisher et Sandy Bay. L’excellent petit chocolate fudge brownies dégusté rend peut être mon jugement partial. Une fois traversé Middle Harbour, je planifie une route directe jusqu’au garage.

Première étape: traverser Sydney Harbour. Mon choix sera vite fait entre m’enfoncer sous la rade ou emprunter le célèbre pont. La dentelle d’acier de la double arche, renforcée d’un entrelacs de poutrelles, de plaques de renforts, le tout maintenu par des millions de rivets est plus qu’agréable à contempler. J’aurais volontiers effectué un aller-retour supplémentaire, s’il ne fallait pas payer une taxe à chaque traversée. Il s’agit des rares fois où je regrette d’être seul. La présence d’un copilote me permettrait de lui laisser le volant, pendant que je photographie la merveille. De l’autre côté, une petite erreur de direction et me voilà errant dans les rues de l’Ultimo. Au bout d’une dizaine de minutes, je retombe enfin sur une avenue dont le nom ne m’est pas inconnu et qui me mènera directement au carwash indiqué par le loueur. Je ne m’attendais pas à trouver une station service, où le nettoyage est facturé 36AU$ pour la main d’œuvre. Impossible de s’en passer. Après négociation le prix tombe à 30$. J’accepterai plutôt que de perdre du temps et rouler des kilomètres avant de trouver une autre station. L’avantage est que le nettoyage intérieur et extérieur, rapide, est effectué d’une main de maître en moins d’une vingtaine de minutes. Avant de rendre la voiture, un dernier tour chez le pompiste m’effraie à nouveau : le 2.2 litres de ma Ford Falcon, transmission automatique, est un véritable gouffre à carburant. Le moteur consomme un litre et demi supplémentaire par rapport à Hibiscus, sans apporter le même confort de logement.

J’avais sans doute oublié de vous raconter la mauvaise surprise de hier soir. Alors que je revenais des commissions, j’avais trouvé un air changé à ma voiture. Ce n’est que ce matin, lors du déjeuner, que je me suis rendu compte qu’il manquait un enjoliveur sur la roue arrière gauche. Inspection faite, toutes les roues avaient été délestées de leur décoration. Le remplacement me sera facturé la modique somme de 50$. Le prix n’est pas assez élevé pour que j’aille faire une déclaration de vol à la Police et me faire rembourser par l’assurance.

A mon retour à l’hôtel en fin d’après-midi, il ne me reste qu’à peine une heure de soleil. Je décide de rester à Funk House mettre de l’ordre dans mes affaires, dactylographier ces derniers jours, me décrasser la moindre. Un peu fatigué par ces nuits difficiles, il sera pourtant minuit quand je me coucherai. Le temps s’écoule définitivement trop rapidement pendant des vacances.

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