J62 – De Bondi à Coogee

12 07 2011

Funk House, Kings Cross, Sydney, mardi 12 juillet 2011, 1710 (GMT+10)

La nuit passée fut sans doute une des plus agréables de toute ma vie. Après six nuits durant lesquelles la position dite du chien de fusil n’était pas une option, dormir complètement étendu, les jambes allongées, le dos droit, la tête alignée dans la même direction est un véritable bonheur. Ce matin en me levant aucune courbature ou muscle douloureux suite à une position scabreuse pendant le sommeil! Mais ce n’était pas la fin, le déjeuner, assis confortablement sur un banc rembourré, à l’abri du vent et du froid, avec une boisson chaude et du véritable pain rendu encore plus croustillant par un rapide passage au toaster.  Définitivement, bien peu de choses suffisent à vous rendre la vie douce, après ces derniers jours.

Avant de partir je m’enquiers de la météo : temps exceptionnel pour aujourd’hui, avec une température atteignant 20°C, la plus chaude depuis la semaine passée, alors que des nuages pourraient recouvrir Sydney le lendemain. Personnellement, j’aurais plutôt apprécié le contraire. J’avais prévu de relier à pied Bondi à Coogee demain dans la journée pour profiter de l’offre spéciale steak’n’beer à 5$ au Coogee Hotel. Je préfère toutefois une ballade ensoleillée au bord de la mer, dans un endroit qui m’est encore inconnu, plutôt qu’un steak, aussi bon et peu cher soit-il. Le temps de remonter deux étages, récupérer maillot de bain et jumelles, et me voilà à la gare de Kings Cross, montant dans le train pour Bondi Junction. De là, le bus me mène jusqu’à Bondi Beach.

9h30. Le soleil brille, les surfeurs paressent à la surface de l’eau, les dauphins s’amusent dans les vagues, touristes et locaux déambulent sur le quai et le sable de cette longue plage en croissant de lune. L’ambiance est plus estivale qu’hivernale. Deux détails nous rappellent toutefois la saison : la présence d’une patinoire au bord de l’eau, ainsi qu’une plage presque déserte. Au lieu des 35’000 personnes déferlant quotidiennement l’été, j’estime à un petit millier les gens profitant de Bondi ce matin.

Avant de prendre le chemin du Sud en direction de Coogee, et en raison du caractère particulièrement oisif de cette journée, un détour par le Golf Club de Bondi est nécessaire. Remontant vers le Nord, arrivé à l’extrémité de la plage, je resterai un moment subjugué par les lames du Pacifique venant se briser sur le plateau marnal marquant le commencement des falaises. Sur ce dernier, Mermaid Rock montre la puissance de l’océan un jour de colère. Pesant près de 235 tonnes, durant la violente tempête du 15 juillet 1912, les flots après avoir arraché ce bloc au plateau, le déposèrent plusieurs mètres plus loin, mais aussi plus haut. Depuis lors, il brave fièrement les éléments. L’histoire ne raconte pas, en contrepartie, s’il continue à reculer.

Funk House, Kings Cross, Sydney, mercredi 13 juillet 2011, 640 (GMT+10)

Ne sachant trop si j’ai le droit ou non de m’avancer sur ce terrain de golf  – même si des panneaux indiquent que les visiteurs sont les bienvenus –  je n’ose m’aventurer sur le green, séparé par aucune barrière ni haie de l’espace public. Devant mon hésitation, un sexagénaire m’invitera cordialement à franchir le pas, me conseillera de longer le bord de la falaise:  je pourrai voir peut-être des baleines Humback – si j’ai de la chance – et surtout, je ne risquerai pas d’attraper une balle de golf. Des mammifères marins, aucune trace, par contre les gravures aborigènes sont bien à l’endroit indiqué. Une ceinture florale sépare le rocher du green et protège de l’abrasion l’œuvre des touristes inconscients qui aimeraient s’y promener. Ici les gravures conjuguent les avantages de The Basin – avec une grande surface – avec les petits plus de celle d’America Bay ou de Resolute Track – loin des touristes –. Sur la large pierre, les thèmes de la vie quotidienne sont représentés : baleines, poissons, boomerangs…

Les dix minutes culturelles étant écoulées, je peux enfin prendre la route pour Coogee, situé un peu plus de cinq kilomètres vers le sud. Il me faudra pourtant plus de deux heures pour les parcourir. L’itinéraire est tracé le long de la côte, tantôt suivant les plages recroquevillées au fond des baies, tantôt au sommet des falaises. Le paysage oscille entre un panorama urbain, où de nombreuses bâtisses de la belle époque côtoient des constructions plus modernes, et la nature à l’état sauvage poussant aux extrémités des promontoires ou se déchaînant à leurs pieds. Subjugué par les vagues, je me perdrai souvent dans leur contemplation lascive. Jamais le jeu du soleil sur les embruns, le contre-jour des crêtes aqueuses, les volutes d’écumes, ou l’arythmie des rouleaux ne me lasseront. De temps à autres, un surfeur s’élance sur une vague alors que cette dernière déferle. A ce petit jeu, les dauphins seront bien meilleurs; de temps à autre, surgissant du large, ils viendront s’ébattre dans les rouleaux, leur dos brillant au soleil, leurs sombres silhouettes se distinguant sous la surface. Si le temps est exceptionnel pour la saison, les vagues le sont tout autant. J’apprendrai qu’elles déferlent et roulent de 100 à 200 mètres plus au large que d’habitude.

Au gré de la ballade, quelques bornes content les histoires locales. En 1842, à sept kilomètres du centre de Sydney, Bondi n’est encore qu’un bush peuplé d’aborigène. Alors que la plage n’est qu’une destination de repos, Nosey Bob s’y établit dans un petit cottage. Une vingtaine d’année plus tard, en 1911, les bains devenant de plus en plus populaires, 750 cabines pour homme et 250 pour les femmes seront construites. Ces cabanes de bois seront remplacées en 1928 par le pavillon, encore visible de nos jours, pouvant abriter 12’000 personnes. Les plages de Tamarama, Bronte ou Bondi avec leurs courants sous-marins, déferlantes violentes, et vagues du Pacifique sont à l’origine des plus vieux Surf Lifesaving Club (SLSC). A l’origine, les membres de ces clubs travaillèrent bénévolement à secourir les nageurs en difficultés. De nos jours, des professionnels, épaulés encore par des bénévoles, surveillent quotidiennement les plages de Bondi, Tamarama et Bronte pendant l’été. En basse saison, leur présence se restreint uniquement sur la plus importante des trois. Leur plus haut fait d’arme, mais aussi le jour le plus noir, remonte au 6 février 1983, lorsqu’ils secoururent 250 personnes en une journée. Durant l’après-midi, alors que la plage de Bondi était peuplée de 35’000 estivants, trois énormes vagues la balayèrent. Utilisant leurs 7 esquifs, ils récupérèrent 100 personnes désarmées, dont 30 nécessitèrent une réanimation. Le bilan du jour ne se solda que par 5 décès, un véritable évènement. Pour finir sur une anecdote plus positive, afin de ne pas être destitués, les membres de l’Iceberg Club doivent venir nager tout les dimanches dans la piscine de l’association.

Après avoir apprécié de magnifiques paysages, écouté le chant des oiseaux, ouï le grondement des vagues, découvert les anciennes bâtisses des SLSC, joui de la vue imprenable sur l’océan que j’ai partagée pour une courte période avec d’inestimables maisons, j’arrive à Coogee. Bien plus petite que la ville de Bondi, elle est tout aussi déserte, endormie pour son sommeil hivernal. Ma première idée fut de me désaltérer au fameux bar et malgré le fait qu’il devrait déjà être ouvert depuis plus de deux heures, la porte est mystérieusement close. Aucun instructeur n’est présent, aucun ne le saura sur la plage plus au sud de XXXX. Il faut donc que je retourne à Bondi pour profiter de l’un ou l’autre de ces divertissements.

Un peu la flemme… je décide de prendre le bus pour le trajet inverse. Expérience faite, et après avoir découvert qu’il transite par Bondi Junction, cheminer à pied aurait été tout aussi rapide. De retour aux abords de la célèbre plage, l’un des australiens de la seule et unique école de surf me répond qu’aujourd’hui aucune leçon pour débutant n’est dispensée et qu’aucun magasin ne louera une planche à un novice. D’un côté dommage, mais devant la taille des vagues, j’aurais quand même hésité à me lancer et apprendre sur le tas. Je l’aurais peut être fait il y a quelques années en arrière, mais des expériences ont la valeur de vous assagir. Plutôt que de m’installer à la terrasse d’un bistrot, je déciderai de me mouiller et d’aller me distraire à l’instar d’un gamin dans les vagues. Je ne serai d’ailleurs pas le seul adulte à profiter de ce plaisir.

Une fois à l’eau je comprends mieux qu’il ne soit autorisé de se baigner qu’entre les drapeaux délimitant l’endroit surveillé. Lorsque l’eau se retire, il ne sert à rien de nager de toutes ses forces à contre-courant, ce dernier est bien plus fort. Sans compter les déferlantes qui vous roulent, qui vous poussent vers le fond, le sable abrasant délicatement votre peau. Lorsque le soleil décline sur l’horizon et teinte de orange les maisons construites sur le promontoire nord, je décide de retourner sur Sydney. L’heure que je passerai ruinera tous mes efforts pour passer une journée résolument paresseuse.

Une petite heure de détente à Funk House, avant de traverser la ville en direction de Pyrmont. Au Dunkirk Hôtel, l’un des deux bars historiques de Harry’s Street je retrouve Raphael. Je passerai une excellente soirée autour de quelques bières et d’un repas de brasserie (fish’n’chips). Nous discuterons de son acclimatation à Sydney, du prix des loyers encore plus élevés qu’à Genève, de mon voyage, de la nourriture locale. Il me racontera sa mésaventure. Alors qu’il rêvait d’un petit goût de Suisse, il a décidé d’acheter un morceau de véritable Gruyère Suisse AOC au supermarché. Hors de prix, il se révèlera complètement fade. Alors que je pensais que la patinoire possédait un revêtement plastique, il m’apprend qu’il s’agit d’une véritable patinoire, avec de la véritable glace. Définitivement fou ces Australiens, quand l’on sait que les températures sont toujours comprises entre 5 et 20 °C, nuit comprise. Lorsque le bar fermera ses portes, nous quittons les lieux et après un dernier adieu, nous repartons chacun de notre côté.

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