J65 – Bur Dubaï

15 07 2011

XVA Art Hotel, Dubaï, vendredi 15 juillet 2011, 13h30 (GMT+4)

Lorsque j’avais réservé mon vol, je n’avais pas vu que le vol EK419 partant de Christchurch pour Dubaï, en plus de son escale à Sydney s’arrêtait aussi à Bangkok. Je regrette presque de ne pas avoir ajouté une escale supplémentaire sur mon trajet du retour. La vie y étant tellement bon marché, je pense que j’aurais facilement pu me permettre d’y séjourner deux semaines. Mais il est trop tard pour les regrets et il faut aller de l’avant.

Alors que nous approchons de l’Afrique, l’aube nous rattrape enfin. Entre la mer et le ciel, l’horizon se pare de couleurs orangées, virant sur le rose, sur lequel l’aile grise du Boeing se détache. Alors que nous survolons les Emirats Arabes Unis, les principaux axes routiers brillent de tous leur lampadaires, traçant des sillons de feu dans les plaines désertiques. Arrivé au-dessus de la côte Nord, la cité de Dubaï se distingue à peine dans le nuage de poussière et si le Golf Arabique détache ses sombres contours, Dubaï Creek, le fleuve baignant la ville éponyme, brille aux premières lueurs de l’aube. 5h50, après un petit soubresaut lors du premier contact des roues, l’avion atterrit sans problème. Alors qu’il roule jusqu’au Terminal 3, j’admire le soleil levant, un magnifique disque orangé, si particulier aux régions désertiques. Dès l’instant où je quitte le fuselage surclimatisé de l’avion, la chaleur m’assaillit. Il doit faire environ 25°C dans le bâtiment, alors que dehors la température est déjà de 34°C.

Passage de la douane sans aucun soucis, et après avoir récupéré mon bagage, je me pose une demi-heure le temps de sélectionner un hôtel. Soit je choisis la solution la meilleure marché, l’Auberge de Jeunesse de Dubaï, située loin du centre, à 1 heure de transports publics, soit je séjourne dans un véritable hôtel mieux situé, mais au minimum 3 à 4 fois plus cher. Entre 13h00 et 16h00, il est presque impossible de se balader à Dubaï et dans les régions environnantes : température montant jusqu’à 45°C, taux d’humidité important. Avec la première option, ce que je gagne financièrement parlant, je risque de le perdre bien plus en confort. Sans compter que si je choisis l’option taxi pour gagner plus rapidement la cité le matin, et éventuellement revenir à midi, le coût risque d’être tout aussi important. Comparant les tarifs des hôtels situés à Bur Dubaï ou à Debra, les deux anciens quartiers, je découvre qu’en réservant par internet, le prix des chambres du XVA Art Hotel est divisé par deux. Situé dans une ancienne maison de marchand de perle, vieille de plus d’un siècle, dans le quartier historique de Bastakia, la description me plaît beaucoup.

Réservation effectuée, je suis obligé de prendre un taxi pour rejoindre la ville. Comme nous sommes vendredi, jour saint pour les musulmans, le métro n’assure les liaisons qu’à partir de 14h00. Chemin faisant, je discute avec le chauffeur de Dubaï, des anciens quartiers, de New-Dubaï et ses constructions modernes, du vendredi à l’activité plus qu’inerte. Alors que nous approchons de notre destination, il téléphone à l’hôtel pour savoir à quelle porte du quartier il doit me déposer. La majorité des rues étant trop étroites pour autoriser le passage de véhicule, cela me semble bien pittoresque. Durant le vol, je m’étais instruit sur Dubaï, sur son histoire, son boom démographique et économique, … La première impression correspond à mes attentes d’une ville bizarre, ayant trop rapidement grandit. Le changement d’univers depuis la Nouvelle-Zélande et l’Australie est plus que radical. Tout est sec, aride, poussière, sable, … même les palmiers sont recouverts d’un fine pellicule beige.

Une fois déposée à Al-Fahidi Street, alors que les gratte-ciel s’élèvent dans le lointain, que les silhouettes de hauts locatifs se distinguent à proximité, Bastakia Quarter est une véritable machine à remonter dans le temps. Devant moi s’élèvent les hauts murs d’anciennes bâtisses, surmontées des sh, les tours à vent. Les murs sont sombres, percés de quelques petites ouvertures, décorés de moulures en gypse. Les portes, massives, se fondent dans la continuité des façades. Les ruelles sont étroites. Alors qu’au début du XIXe siècle, l’économie est encore basée sur le commerce de perles et de tissus perses, les riches marchands s’établirent à Bur Dubaï, dans des maisons à deux étages. Tout était pensé pour rendre la vie plus agréable: des tours à vent qui canalisaient l’air à l’intérieur des maisons telles des ventilateurs modernes, des ruelles étroites, ombragées, où la brise s’engouffre et contribue à une sensation de fraîcheur. L’extérieur est résolument lisse, ne laissant aucune prise au vent en cas de tempête, portes sculptée, créneaux, panneaux de stucs colorés ou encore petites fenêtres grillagées sont les seuls, mais magnifiques oripeaux extérieurs.  J’arrive enfin au numéro 14. Après avoir passé le hall d’entrée, je pénètre dans la cour intérieure, autour de laquelle ces maisons traditionnelles sont construites. En opposition à l’aspect dénudé de l’extérieur, l’intérieur est digne des contes des milles et une nuits. Tel un cloître, une promenade percée d’élégantes arches ceint les trois côtés de cette cour, ombragée par des dais et des arbres. Si, au rez, les portes des chambres donnent accès à cette zone ombragée, à l’étage, elles s’ouvrent sur les terrasses. Arches, poutres sculptées, les détails ornementaux sont nombreux.

Ne pouvant récupérer ma chambre qu’à 13h00, je dépose toutefois mes affaires à la réception. Pendant que je profite de l’endroit pour planifier ma journée, je rencontre un couple de jeunes ayant profité de la même offre que moi. Le petit déjeuner, en plus d’être copieux, à l’air excellent. Je les laisserai à leur déjeuner afin de commencer mon exploration avec la tiédeur matinale. Je commencerai par déambuler dans Bastakia. La sensation de chaleur est impressionnante, avec ces rues sèches, ces murs s’élevant verticalement de part et d’autre de la venelle, l’absence complète de verdure, le beige clair des façades, le bleu presque blanc du ciel. Alors que je m’apprête à prendre une photographie, je suis surpris par la température de mon appareil. N’ayant connu que des prises en main fraîches voire glaciales ces dernières semaines, je me fais presque du souci pour sa santé. Et décide de ne plus le porter en bandoulière, mais de le ranger sagement dans son sac.

Poursuivant ma route, je passe à travers mon premier Souk. Seul touriste dans ces foules d’expats – expatriés étrangers venus travailler à Dubaï – et de locaux, je me fais interpeller à qui mieux-mieux pour acheter babioles, foulards, saris, … l’ambiance est sympathique, les lieux plutôt jolis. Mais je continuerai mon chemin, et en passant devant le fort d’Al-Fahidi, abritant le Dubaï Museum, j’admire son imposante architecture. Je devrai revenir cette après-midi lorsque le musée sera ouvert. Je passe devant Grande Mosquée, surmontée d’une cinquantaine de Dômes et du plus haut minaret de Dubaï, culminant à 70 mètres. Elle fut construite en 1998, sur les plans originaux de la mosquée qui s’y dressait en 1900. Elle jouait alors aussi le rôle de Kuttab, l’école où les enfants apprenaient à réciter le coran par cœur.

Longeant la rivière de Khor Duba, j’observe la ronde incessante des abras, ces traditionnels bateaux de bois, qui jouent le rôle de taxi pour les piétons entre les deux rives. J’arrive à Shindagha, où je retrouve la même architecture qu’à Bastakia. Si les premières maisons furent érigées dans les années 1860, ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’endroit devint important, lorsque la famille régnante décida de s’y établir. Classées en tant que patrimoine historique, les restaurations des bâtisses se poursuivent depuis 1996. Une grande partie des magnifiques résidences et des mosquées ont déjà retrouvé leur gloire et leur lustre d’antan. Certaines de ces anciennes bâtisses sont reconverties en musées. Dans l’une j’apprendrai l’histoire des pur-sang arabes, depuis leur origine, jusqu’à l’attrait des princes pour les courses, en passant par l’anatomie chevaline. Alors que j’ai fini le tour, le responsable chargé de la sécurité est trop content d’avoir un visiteur. Il ne me laissera pas partir sans que je regarde les diverses vidéos qui se révèleront intéressantes. Je me demande si son envie n’était pas de simplement montrer la technologie présente dans le musée, lecteurs de DVD, beamers et éclairages se commandant à partir d’un petit boitier tactile. Le bâtiment présente l’histoire des chameaux, ainsi que des courses. Le surveillant se révèlera bien moins sympathique et malgré son accord pour prendre des photos me priera d’évacuer les lieux après avoir tiré le portrait d’un chameau. Autres cultures, autres mœurs. Je vais essayer d’être plus prudent à l’avenir.

Lorsque je ressors, les degrés n’ont cessé de grimper et je décide de rejoindre le calme de l’hôtel. En chemin, je m’arrêterai à la maison de Sheik Juma Al-Maktoum qui contient une exposition sur les maisons traditionnelles. Je découvrirai les techniques de construction locale, les matériaux utilisés : troncs et branches de palmes, pierres de corral ou molasse, stuque et plâtre… les diverses ornementations : poutres sculptées, arches, portes, fenêtres, suspends, rigoles… tous ces petits détails donnant au style arabe ce cachet si particulier. Mon instruction durera bien plus qu’une heure et lors de ma sortie à 12h30, la chaleur m’assomme complètement. Je rentre presque directement jusqu’à l’hôtel, passant à travers le souk.  L’atmosphère est étrange: alors que je suis émerveillé par tant de nouveauté, je suis tout autant une attraction touristique pour les locaux. Descendant dans ce que les expats appellent Hinid Lane, je découvre une petite place occupée par une foule d’indiens, rassemblés autour de l’entrée d’un magasin, qui assis sur des bancs, qui discutant ardemment. L’endroit est plus que vivant et ressemble presque à grand lieu de rendez-vous. Des souliers s’amoncellent au pied d’un escalier, tout comme la piles de chaussures présentes à l’entrée d’une autre petite ruelle. Je découvrirai que chacun des passages mène à un lieu de culte, l’un au Shri Nathje Jayate Temple, l’autre au Sikh Gurudaba. Des commerçants tenteront de me vendre paramécies religieuses, bouquets floraux, paniers de fruits, cendres sacrées afin de les amener au temple comme offrande. Un dernier détour m’amène devant le centre islamique à l’impressionnante façade recouverte de carreaux en céramiques, à dominante bleue. De retour à l’hôtel, le thermomètre indique 44°C et 55% d’humidité.

XVA Art Hotel, Dubaï, vendredi 15 juillet 2011, 23h50 (GMT+4)

Je ne ressortirai qu’à 19h00, entre temps la température n’a chuté que de deux petits degrés. Après une bonne douche, j’ai profité de m’instruire sur Dubaï, réfléchissant à la planification de ces prochains jours. En Nouvelle-Zélande, j’avais affirmé que plus jamais je ne me lancerai dans une expédition touristique de grande envergure, peut-être avais-je tord. Toujours est-il que j’hésite à participer à un safari dans le désert avec une nuit dans un campement bédouin, avec tout le bataclan : tour en chameau, shisha, belly dance, feu de camp, coucher de soleil… Demain, au lieu de partir à la découverte de New Dubaï, je resterai dans les vieux quartiers, traversant Khor Dubaï pour me perdre dans les divers souks et marchés de l’autre rive. Alors que je pensais ressortir vers 17h00 pour visiter le Dubaï Museum et admirer le coucher de soleil sur Shindagha, le court instant de repos, allongé sur le lit, s’est transformé en une petite sieste. La chaleur de Dubaï conjuguée à la fatigue de ces dernières semaines, et peut-être un peu au décalage horaire, m’ont plongé dans les bras de Morphée.

XVA Art Hotel, Dubaï, samedi 16 juillet 2011, 23h50 (GMT+4)

T=40[°C], Hrel=60%

Alors que la nuit commence à tomber, je me dirige à nouveau vers Shindagha, longeant Khor Dubaï. Les façades des bâtiments que j’avais découvertes sont joliment illuminées, sans fioritures colorées, rehaussant les détails architecturaux. La maison de HH (His Honnesty) Sheik Saeed Al-Maktoum est ouverte. Cette magnifique bâtisse construite autour d’une traditionnelle cour centrale fut édifiée en 1896, lorsque Sheik Maktoum bin Hasher al-Maktoum décida de s’installer à Bur Dubai. Au cour de sa longue occupation par la famille régnante jusqu’en 1958, la villa s’est vue adjoindre différentes ailes et autres dépendances, notamment celle occupée par les musées du cheval et du chameau. Aujourd’hui, elle contient principalement une exposition photographique sur les temps pré-pétrolifères de l’émirat. Durant la première moitié du XXe siècle, Dubaï est consacré autour des trois sites historiques de Shindagha, Bastakia séparés de Deira par Khor Dubaï. Abras et dhows s’amarrent encore directement à la rive, s’échouant à marrée basse sur les plages. Seules des constructions traditionnelles se dressent, bâtisses de riches marchands en pierre ou demeures de pauvres édifiées en troncs et feuilles de palmes, le seul élément commun étant la présence des fameuses Barajeels. A partir des années 1960, des bâtisses modernes commencent à se dresser sur la rive de Deira, des routes se construisent, … La marche vers le progrès est lancée et ne s’arrêtera plus. Il faut dire que la levée des taxes douanières conjuguée à la découverte du pétrole dopèrent le commerce local. Si les échanges avec les régions arabes étaient déjà plus qu’importants, les exportations de produits de luxe avec les pays occidentaux sont une source de revenu non négligeable. Le commerce devint rapidement international et englobe actuellement tout type de denrées et moyens de transport : avions pour le fret international côtoient encore les traditionnels dhows, réexportant les marchandises chinoises débarquées des cargos à destinations de l’Afrique ou du monde arabe. Tout se vend et s’achète dans un mélange d’usages modernes et de coutumes ancestrales. Les grands centres commerciaux, climatisés, sont tout aussi prisés que les vieux souks où les transactions boursières – hawala, système d’échange d’argent au niveau international – fonctionnent sur la confiance et un simple code de quatre chiffres et une lettre, et où les frais sont extrêmement faibles, voir complètement inexistants

Les trois salles d’une des ailes contiennent divers artefacts, liés à des sujets différents. Je découvre dans la première une collection de monnaies et billets de banque utilisés dans la région avant l’introduction de leurs propres dirhams. Si les monnaies anglaises occupaient une place prépondérante lorsque les ports étaient des haltes importantes pour la Compagnie des Indes Orientales, la roupie indienne était une monnaie encore plus courante. A l’étage, des documents officiels, datant de la fondation des EAU sont présentés, ainsi qu’une collection de cartes marines, dont les plus anciennes remontent au XVe siècle. Je verrai d’ailleurs un original de celle dessinée par xxxx.

Dans la bâtisse d’à côté, je pénètre dans l’univers religieux de l’Islam. Il s’agit de mon véritable premier contact avec le Coran. J’apprécierai grandement de pouvoir lire quelques sourates, ainsi que des explications relatives à ces dernières. Toutefois, la partie de l’exposition comparant Coran et science me dérangera quelque peu, par son style endoctrinement. En effet, à chaque sourate mise en relation avec un fait scientifique, le texte commence par « comme le Prophète l’avait annoncé ». A la fin de l’exposition, le maître des lieux, un philippin nommé Essa, m’invite à partager un café. Finalement, il me fera aussi goûter thé, dates fraîches et séchées. Discutant de l’Islam, il m’expliquera que l’Islam est plus un chemin de vie qu’une véritable religion. Pour lui, la loi islamique ne devrait s’appliquer qu’aux musulmans, toutes les autres cultures ne devant pas être jugées en fonction du coran, la loi officielle du pays s’en chargeant déjà. J’aurai aussi droit à un bref rappel historique relatif au prophète Jésus, à la généalogie du Prophète, ainsi qu’aux principes de bases de l’islam. Je dois dire que depuis mon arrivée à Dubaï, je suis fortement surpris par l’ouverture d’esprit des gens, que ce soit au musée ou dans la rue, il est très facile de discuter avec eux, un certain nombre baragouinant l’anglais.

Sentant un petit creux au niveau de mon estomac, j’ai plus que le choix pour mon souper. Dans la ville cosmopolite de Dubaï, des restaurateurs issus de toutes les cultures sont présents : afghans, philippins, syriens, perses, irakiens, … Je me déciderai pour le Kan Zaman, un restaurant proposant mets arabiques et libanais. Au menu, Saj Manakish, des galettes grillées au feu de bois, que je choisirai fourrées au fromage et à la viande, un Fattoush, une salade verte mêlée avec du concombre, des tomates, des croûtons de pains arabiques grillés, dans une sauce huile d’olive, citron et thym. Un véritable délice pour moins d’une quinzaine de franc  et je repartirai, passez moi l’expression, la peau du ventre bien tendue. Je regrette à nouveau de voyager seul, à deux ou plus, j’aurais pu déguster d’autres spécialités. Commencer par un si bon restaurant n’est jamais la meilleure idée, j’aurais presque l’envie d’y revenir. A mon retour à l’hôtel, il ne fera plus que 40°C. Alors que j’avais réglé la climatisation à 25°C dans ma chambre, je décide de la monter jusqu’à 30°C, pour ne pas mourir gelé.

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