J71 – Sweet Switzerland

21 07 2011

Riddes, Suisse, dimanche le 24 juillet 2011, 10h45 (GMT+2)

21 juillet 2011, le dernier jour de mon périple : ce soir je débarquerai à Zurich, après quelques heures de vol. En attendant, j’abandonne le bacon de veau et les œufs brouillés pour un déjeuner plus léger, avec une triple portion de fruits, quelques mini-pâtisseries supplémentaires (pains aux raisins secs, feuilletés aux abricots, …) bien plus adaptées à ces latitudes. Sept heures trente: je m’aventure une dernière fois dans les rues du vieux Dubaï. Une fois Khor Dubaï traversé en Abra, je m’enfonce dans les ruelles de Deira jusqu’au marché aux poissons. Je ne résiste pas à aller me balader parmi les étals où des centaines de poissons, reposant sur des lits de glace, les yeux brillants de fraîcheur, vous observent. Comme l’autre jour, nombreuses sont les personnes qui tentent de me vendre leur produit ou encore demandent à être photographiées. Le plaisir sera partagé lorsque je revois d’anciennes connaissances. Si je devais à l’avenir un jour repasser par Dubaï, je suis tenu par une promesse de revenir en ces lieux afin de les rencontrer à nouveau. Quittant l’univers marin, je me dirige vers la section des dattes. Après en avoir dégusté un certain nombre, je me décide à en ramener quelques-unes. Je sélectionnerai trois espèces différentes, à un même stade de mûrissement : loin des produits semi-secs que l’on trouve en Europe, leur chair est moelleuse, sucrée, tendre. Les déguster revient presque à manger une cuillère de miel. D’ici 3 à 4 jours, celles que je n’aurai pas mangées se seront complètement liquéfiées, et il n’en restera qu’un sirop.

Les minutes s’écoulent bien trop vite; j’accélère le pas pour rejoindre le Souk aux épices, passant à travers le quartier des confections et des merceries, franchissant le marché aux matelas, celui des jouets, … Les devantures des échoppes du Souk de l’Or étant closes, mes yeux ne se régaleront pas une dernière fois des bracelets ciselés. Les effluves d’épices me parviennent enfin, et au détour d’une sikka je débouche dans la rue principale. Au cours des précédents passages, trois boutiques sortaient du lot: leurs commerçants ne tentaient pas de m’attirer à tout prix à l’intérieur, et répondaient patiemment à mes questions sur les différentes épices, sans vouloir absolument m’en fourguer quelques grammes. Je me déciderai finalement pour celle tenue par un vieil homme vêtu d’une dishdasha beige. Je demanderai  quelques grammes de safran et de la vanille de Madagascar, je sélectionnerai du curry, de la cardamone, du poivre rouge et du piment. Avant de négocier, le commerçant me glisse qu’il est rare de voir un européen avec une telle barbe et me propose un premier prix bien moins élevé que celui de ses concurrents. Quelques minutes plus tard, son dernier prix est de 170 dirhams. D’un air convaincant, je lui explique qu’il ne me reste plus que 155 dirhams. Il finira par céder la marchandise à ce prix, plutôt que de perdre la transaction. Ayant oublié d’acheter des fleurs d’hibiscus pour faire du karkadé, une tisane excellente, je m’arrêterai dans une autre échoppe afin d’y acheter un demi-kilogramme.

Avant de traverser à nouveau Khor Dubaï, je profite de longer une dernière fois les quais bordés des dhows. Comme d’habitude, l’activité y est débordante, des collies trimballent des paquets, de vieux camions grues chargent les véhicules sur les ponts, pneus et pots d’échappement s’empilent dans les soutes, … Pour un peu je serai prêt à embarquer sur l’un des boutres pour découvrir de nouveaux horizons. Au vieux Souk de Bur Dubaï, j’y achèterai encore un bout de tissu. Passant par la boutique d’Assiz, qui m’interpelle depuis le début de la semaine, j’achèterai un lainage en pashmina. Malgré une âpre négociation, qui permettra de baisser son prix de plus de deux tiers, je paierai le triple que dans l’émirat voisin.

De retour à l’hôtel, il ne me reste plus qu’à empaqueter une dernière fois mes affaires. Afin de gagner de la place, mes vieux souliers troués et des habits plus qu’usagés resteront sur place. Malgré ce délestage, il est difficile que tous mes effets rentrent dans le sac. Le problème majeur provient de mon tapis. Impossible de le ranger plié, je finirai par le rouler autour du sac à dos, et d’emballer le tout dans l’étui de protection. Le paquet final est plutôt lourd à soulever ; j’espère qu’il pèse toutefois moins que 30 kilogrammes, je me verrai mal devoir le refaire à l’aéroport.

Midi. Il est l’heure de rejoindre la navette de l’hôtel. Je m’attendais à un minibus, mais le standard de cet hôtel, malgré les faibles prix estivaux des chambres, veut qu’il s’agisse d’une voiture avec chauffeur privé. Après ces semaines à me coltiner mon sac à dos, cela fait bizarre de ne porter que mon petit sac de cabine et de voir le personnel soulever – presque avec peine – mon autre sac. A l’aéroport, il en sera de même, je ne pourrai aller chercher le trolley, ouvrir le coffre ou encore charger mes affaires, le chauffeur s’occupera de tout, et me fournira les dernières explications pour me rendre au check-in.

Mon sac pèse 29.8 kilogrammes sur la balance, 200 grammes de moins que la limite maximale imposée par la compagnie aérienne. Au passage de la douane, l’employé me demande comment j’ai trouvé Dubaï, et sera surpris d’apprendre que je suis parti me balader dans l’arrière pays en plein été. Il me reste un peu moins de 3 heures avant le départ de mon vol. Je me balade dans le gigantesque terminal, erre entre les étagères des Duty Free et craque pour du chocolat en lait de chameau et un ou deux derniers souvenirs. Après avoir marché de long en large dans le bâtiment, je trouve enfin une boîte aux lettres, située à l’autre extrémité de ma porte d’embarquement.

15h30. Je suis confortablement assis dans mon siège. Encore une fois, personne n’occupe la place à côté. Un dernier regard sur la skyline de Dubaï, The World ou Palm Jumeirah qu’il est à peine possible de distinguer au loin, et me voilà parti. Dans un peu plus de 6 heures je me poserai à Zurich. Survolant le golfe arabique, passant au-dessus des pleines d’Ankara, à mesure que l’avion s’approche de la Suisse, la couverture nuageuse se renforce.  Après n’avoir observé que du blanc au-dessus de l’Europe de l’Est et l’Autriche, une trouée me permet de distinguer Stein-am-Rhein. Quel bonheur que d’admirer ce paysage morcelé : si peu de distance entre les villages, des parcelles si petites, des bosquets et des haies éparpillées sur le sol, un paysage oscillant entre le vert des forêts et des pâturages et le beige des champs récoltés. La Suisse est définitivement un bien joli pays, bien plus accueillant que les contrées désertiques des Emirats Arabes Unis. Une fois débarqué, la fraîcheur helvétique m’accueille. Le thermomètre n’indique pas plus d’une quinzaine de degré, un choc thermique que mon corps n’appréciera pas beaucoup.

De l’autre côté de la frontière, Vanessa m’attend. Elle sera pliée en deux de rire lorsqu’elle me verra déballer mon paquet, afin que je puisse mettre mon sac sur le dos, le tapis, roulé, accroché sur ce dernier. Avant de rejoindre son domicile, je propose une petite halte à Zurich, à la Rheinfelder Bierhalle, à Niederdorfstrasse 76. Dans ce restaurant ouvert en 1870, découvert lors d’un cours de répétition de l’armée suisse dans les environs, on y déguste le Jumbo-Jumbo Schnitzel, un gigantesque cordon-bleu, dépassant de part et d’autre de la grande assiette. Mangé avec une choppe de bière brune, il est aussi bon que dans mon souvenirs. Arrivés à Aarau, une topette de Fendant sera ouverte, et le temps de la boire, tandis que je lui raconte mes dernières aventures, elle me met au courant des dernières nouvelles.

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