Salanfe et Emaney

27 08 2011

J’aperçois l’alpage d’Emaney en contrebas. Pour le rejoindre, je suis le chemin qui va tourner au fond de la vallée, au pied de l’immense cirque rocheux. Les nuages couronnent toujours les montagnes, nimbant le val dans une atmosphère sombre et ténébreuse. Parfois quelques rayons lumineux percent le brouillard venant éclairer tel ou tel endroit du paysage qui resplendit alors pendant quelques minutes avant que l’ombre ne reprend ses droits. Si j’ai été enchanté par le Vallon de Van à la sortie des Gorges du Dailley, je préfère de loin le paysage de l’alpage d’Emaney à celui des rivages de Salanfe. Arrivé aux chalets d’alpages, je les découvre malheureusement fermé, ce ne sera pas aujourd’hui que je ramènerai quelques morceaux de fromages de ma ballade.

Jusqu’aux Marécottes, le chemin n’est pas des plus intéressants. Peut-être la fatigue se fait-elle sentir. Après une longue descente le long de la route pentue menant jusqu’à l’alpage, je m’enfonce dans les forêts de conifères, où un chemin abrupte m’amène rapidement aux Marécottes. De là, je descendrais en stop jusqu’à Martigny.

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News (22 août 2011)

22 08 2011

Trop occupé depuis mon retour en Suisse, j’ai décidé de scinder mes journées en deux parties. L’une pour rattraper le retard dans mes récits et vous narrer de nouvelles aventures, l’autre pour les paperasses et les demandes d’emplois pour le chômage. La deuxième partie ne vous intéressant guère, voici les dernières nouvelles périmées de mon petit voyage :





La promenade à Farinet

21 08 2011

Ecrit à Renens, le mardi 23 août 2011, 11h090

Hier, lors de ma visite au musée d’Isérables, j’avais lu que Farinet, le célèbre faux-monnayeur appartenant, avait été hébergé à plusieurs reprises par des bejduis, les habitants d’Isérables. En redescendant à Riddes, la passerelle à Farinet, enjambant les gorges de la Salentse entre Saillon et Leytron, brillait au soleil. Il ne me fallait pas plus pour titiller mon esprit. Bref, en ce dimanche matin, quittant Riddes, je rejoins Saillon à pied en longeant la rive droite du Rhône. Au loin, la tour Bayard et les restes de l’ancien château médiéval dressent leur ruine au dessus du village. Arrivé au pied du vieux bourg, là où la statue de Farinet est dressée, je continue le long du Sentier des Vitraux, reliant la plaine de Saillon à son vignoble pittoresque en passante par le vieux bourg. 21 vitraux retraçant la vie de Farinet sont érigés à intervalle régulier, traçant le chemin jusqu’à la Vigne à Farinet, la plus petite du monde, selon le Guinness World Records Book.

Un petit chemin s’élève à travers les quelques parchets de vignes sis aux pieds des murailles et du mur de pierres sèches soutenant la route menant à la porte sud, une austère entrée à mâchicoulis. Le vieux bourg est plus salubre qu’à l’époque médiévale, les façades des maisons sont ravalées, les rues sont pavées, la terrasse d’un caveau trône sur la place du village à la place du billot, l’odeur des massifs floraux remplacent celles de la fange et du bourbier, … J’apprécie grandement le calme des ruelles saillonnintses, où il fait bon de déambuler dans la tiède atmosphère de cette fin de matinée, dans l’ombre projetée par les masures. Attiré par un écriteau, je gravis deux volées d’escaliers menant au parvis de l’église. Autour de cette dernière, un jardin médiéval occupe l’ancien emplacement du cimetière. Les pierres tombales sont repoussées contre le muret d’enceinte, derrière les lopins de terres, délimités par des planches de bois. Chacun fut ensemencées avec des plantes réunies autour d’un même thème : céréale, simple, plantes teinturières ou ornementales. La plupart sont desséchées par la chaleur de ces derniers jours, seules les espèces véritablement endémiques au Valais ne semblent pas trop souffrir du trop-plein de chaleur estivale.

Laissant la verdure derrière mois, je gravis la crête de la colline recouverte de steppe valaisanne. Cet écosystème, qui s’étend dans la Vallée du Rhône, à partir de Martigny, regorge, malgré son aridité, de milliers d’espèces tant végétales qu’animales, en faisant l’un des biotopes les plus riches de Suisse. Derrière la croix, en contrebas d’une petite falaise, les prairies desséchées laissent à nouveau la place à des vignes. Tout au bout de la colline, en direction de Martigny, la tour Bayard dresse sa fière silhouette. L’histoire veut qu’au printemps 1301, Guigonne de Saillon, âgée de 19 ans et réputée la plus belle fille de la vallée, soit tombée amoureuse du comte Anselme de Saxon. Alors que les deux tourtereaux sont sur le point de se marier, Anselme se rend à Sion pour tuer son ennemi juré, l’évêque de Sion. Mis au courant du complot par un vil traître, les hommes de l’évêché capture le comte et le décapite sur la place publique. Pour mettre fin à son sombre désespoir, Guigonne s’élance du sommet de la Tour par une nuit d’encre. A l’aube, son corps sera retrouvé, sanguinolent, sur les rochers. Depuis, la légende raconte que les sanglots de la belle s’entendent chaque soir parmi les roseaux bordant le Rhône et que son fantôme hante encore le donjon, certains soirs de nouvelle lune.

Quittant le bourg de Saillon, je gravis la route serpentant à travers le vignoble. Emporté dans mon élan, et surtout profitant du panorama sur la plaine du Rhône, sur le patchwork de vignes en contrebas, j’en oublierais la bifurcation devant me mener à la Vigne à Farinet. Arrivé au virage des combes, où je découvre une veille bâtisse solitaire, agrégation de divers corps de logis et autres granges. Dans mon souvenir, la vigne est plantée au sommet d’une petite éminence, grimpant sur une des deux petites collines se trouvant en aval de la route, je me rends compte de ma méprise. Entre les branches des chênes entourant une petite clairière, j’aperçois en contrebas la croix de la Colline Ardente. Pour la rejoindre, je prendrais les courtes, dévalant le coteau entre deux parcelles de vignobles, empruntant les escaliers, construit dans les vieux murs.

Me voici enfin, l’endroit est fidèle à mon souvenirs et ne semble guère avoir changer. L’allée orientée nord-sud n’est pas encore ombragée, les sarments n’ont pas encore poussé suffisamment pour coloniser les arcs de fer. A l’entrée du sanctuaire, une plaque commémorative est dressée à côté d’une ancienne échelle en filin métallique : « C’était au printemps 1880, un homme a osé aller jusqu’au bout de lui-même, merci Farinet ». Divers écriteaux invitent le promeneur à oublier ses soucis quotidiens, s’il est encore libre à éteindre son téléphone, et de se laisser emporter par le moment présent. L’allée est décorée de part et d’autre par diverses plaquettes comportant des inscriptions qui à la gloire de Farinet, qui à celle de Dieu ou encore gravée de propos plus mécréants. Maxime commune, sagesse populaire, ou vers satirique, en voici un petit florilège :

  • La tolérance ce n’est pas l’acceptation de l’imbécillité des autres (Jean Guitton à 100 ans)
  • L’égalité sera atteinte lorsqu’on nommera des femmes incompétentes à des postes importants (Rita Salamin, Sierre)
  • Deux choses sont infinies : l’univers et la connerie humaine. Pour l’univers, je ne suis pas sûr (Albert Einstein)
  • Les religions ont encore un bien bel avenir. Personne n’est revenu pour dire qu’elles se sont trompées (Philippe Bouvard, Ami de Farinet, été 1999)
  • J’ai passé un bel été 1990 à Saillon (Le Mildiou)
  • Si Dieu n’existait pas ce serait dommage, je n’aurais pas le plaisir de l’engueuler (Un mécréant de passage)
  • Si tu vois la vie en rose, elle finit par le devenir (Agatha Ruiz de la Prada)

Me voici à nouveau à grimper à travers les vignes, j’atteins une petite sente qui me conduira, à couvert d’une sèche forêt, jusqu’à la passerelle à Farinet. Enjambant les gorges de la Salentse, cet étroit pont suspendu, surplombe de 136 mètres le lieu où fut tué le héros valaisan par la maréchaussée. Robin des bois local pour les uns, véritables criminels pour les autres, il est bien difficile de démêler le mythe de la réalité pour cet illustre personnage. Originaire de Savoie, contrebandier et habile faux-monnayeur, le mythe le fit ami de la liberté, résistant à l’autorité. Emprisonnés à maintes reprises, toujours il s’échappa, trouvant asile dans la population à qui il distribuait ses fausses pièces de 20 centimes. Enterré à Saillon, au pied du clocher, son esprit rebelle hante encore la région : « Farinet, tu ne mourras pas une deuxième fois ».

Cent mètres plus loin, de l’autre côté du précipice, il ne me reste plus qu’à descendre dans le vignoble pour rejoindre la plaine. Des Places, un petit sentier descendant à travers de vertes prairies en bordure des vignes me mène jusqu’à Montagnon, puis l’ancien chemin, aujourd’hui goudronné, me conduit à Produit. Chemin faisant, une halte est nécessaire pour admirer les dizaines de vieux outils suspendus au mur d’un mazot. A travers les vignes, entre sentes et chemins agricoles, je serpente à travers les vignes jusqu’à la veille église de Leytron. De là, le retour jusqu’à Riddes est bien moins pittoresque, le long d’une route cantonale.

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Des bords du Lac, aux érables là-haut

20 08 2011

Ecrit à Renens, le mardi 23 août 2011, 7h10

7h30, le jour est déjà là. Alors que je me réveille doucement, j’entends mon coéquipier s’éveiller à son tour, s’étirer les bras tout en poussant quelques courts râles. Lorsque le soleil émerge derrière la crête et baigne de ses rayons le pont, le lac est plat, aucun pet de vent à l’horizon. Je reviendrais bredouille de l’épicerie au coin de la rue, cette dernière n’ouvrant qu’au environ de huit heures et quart. Entretemps, quelques rides sont apparues au large du torrent de la Baye de Clarens et s’étendent en direction de Montreux. La décision d’appareiller prise, nous quittons le port enchanteur du Basset avec l’île de Salagnon, sur laquelle se dresse une maison de style classique au milieu des saules. A peine la risée atteinte, les voiles sont hissées.

Les airs sont légers, très légers. Nous peinerons à atteindre un petit nœud. Finalement, la risée continue, nous laissant loin dans son sillage. Encalminé comme hier soir, nous poursuivons la route, entraîné par les pétarades de notre moteur deux temps. Chemin faisant, une fois le génois rangé, je frotte la plage avant, jusqu’à ce que les cailles des oiseaux ne soient plus qu’un souvenir. J’ai presque le regret d’avoir rangé les voiles, lorsque je vois un Toucan, tiré par son spi gonflé, glisser sur l’eau. Toutefois, vu l’état de notre coque, je doute que ces petits airs soient suffisamment puissants pour nous emporter. De retour au Bouveret, nous nous laissons dériver au large du Rhône, alors que immergé dans l’eau, nous nettoyons les œuvres vives : les algues se mélangeant aux particules de l’antifooling autoabrasif se détachent sous nos coups d’éponge. Emporté par un léger courant, l’eau grise et les résidus végétaux sont emportés, nous laissant baigné dans une eau presque propre. Le nettoyage de la quille se révèlera long et fastidieux, j’ai presque l’impression que les algues y adhèrent bien plus que sur le safran ou la coque. A l’heure de l’apéro, après s’être rincé une dernière fois, nous regagnons le port.

De retour à Riddes, je décide, malgré la chaleur de monter jusqu’à Isérables, où se tient la fête de l’érable. La balade est plaisante, les odeurs qui se dégagent de l’herbe séchant au soleil sont fortes, agréables. Les senteurs me font déjà penser à l’automne. Au lieu de rejoindre le village par la route directe, arrivé à Teur, j’empreinte la voie des Erables. De cet arbre qui donna le nom au village, et dont la feuille est devenu son emblème, il ne reste plus que des souvenirs. Entre ormes et noisetiers, entre prés et jardins, les anciens accès aux terrasses céréalières sont devenus un sentier touristique. Tout au long, des panneaux didactiques narrent dans un style plus ou moins poétique l’histoire épique de ce petit village accroché sur les pentes abruptes dérupitant dans la Farraz, qui ne fut relié au réseau routier qu’en 1967. Des incendies à répétition à la quête des énergies renouvelables, de raccards en mazots, de terrasses céréalières, soutenus par des murs de pierres sèches aux vergers d’abricotier, du sentier muletier à l’avènement du téléférique en 1942, … Isérables recèle de petites anecdotes.

Arrivé au village, je suis déçu par la fête : alignement de bars et de cantines, étales d’artisans locaux, où le mot art a perdu toute signification, un seul stand vraiment dédié aux produits des érables, où seuls des produits de grands commerces sont disponibles. Je profites toutefois de découvrir le musée local, où un petit nombre d’artefacts locaux sont mis en valeurs : scie, faucille, berceaux, hottes, brante, … ainsi que des témoignages audio racontés par des habitants, vieux ou jeunes. Ce doit être l’un des derniers endroits en Suisse, où vous pourrez rencontrez un jeune de 25 ans raconter que dans sa jeunesse il portait le fumier dans une hotte depuis le village jusqu’au champs. En fin d’après-midi, il me faudra moitié moins de temps pour redescendre jusqu’à Riddes compte tenu de la déclivité du chemin muletier.

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Nav’ de nuit

19 08 2011

Ecrit à Renens, le lundi 22 août 2011, 20h00

Vendredi soir, j’arrive enfin à convaincre papa, avec l’aide de maman pour descendre au bateau dans l’espoir de profiter des thermiques du soir. Il faut dire qu’à midi, l’idée repose sur quelques hypothèses. D’une part, il faudrait que papa soit d’accord d’abandonner maman pour une nuit, alors qu’elle est encore quelque peu handicapée par son pied ; d’autre part, le régime de vents thermiques, qui d’habitude s’établit après le coucher du soleil, pourrait ne pas se mettre en place : les températures élevées, supérieurs à trente degrés, pourraient agir comme une chape de plomb et empêcher tout mouvement. Moins de trois quarts d’heure après qu’il ait prononcé du bout des lèvres un petit oui, nous sommes fin prêt à partir : spinnaker chargé, piquenique préparé.

Le temps de descendre jusqu’au Bouveret, d’entendre mon p’tit père émettre quelques regrets et nous arrivons peu avant le coucher du soleil. Voyage, un Surprise construit par Archambault en 1998, nous attends toujours à la même place. Depuis le jour où papa l’a nettoyé au mois de juin, mes parents ne sont jamais descendus : les araignées ont profité de le coloniser complètement, étendant leurs toiles entre les haubans et les espars. Une fois débâché, il est nécessaire de passer un petit coup de brosse pour enlever les petits poils de plastique tombés de la bâche, cuite par le soleil. Génois endraillé, grand-voile prête à être envoyée, nous quittons le port, alors que le lac est d’huile.

Nous gagnons au moteur l’embouchure du Rhône, où nous nous amarrons sur l’une des bouées marquant les points d’ancrage du barrage du Rhône. Cet ouvrage composé de tonnes est destiné à retenir les branches et les troncs flottés par le fleuve en cas d’orage dans les vallées alpines ou de crue générale, qui, en liberté, pourraient entraver la navigation. Avant que le soleil ne se couche, nous profitons de faire une petite beauté à Voyage. Le pont est nettoyé à grande eau, le plastique est frotté, le revêtement en pointe de diamant gratouillé, jusqu’à ce que les résidus crasseux soient évacués par les vide-vite du cockpit. A force d’astiquer, nous voilà en sueur, le plongeon dans le Léman ne servira pas qu’à nous rafraîchir. Une fois à l’eau je profites de nettoyer les flancs de la coque, qui recouvre un peu, mais pas complètement leur blancheur initiale. Je jetterais aussi un coup d’œil sur les œuvres vives, la partie immergée de Voyage. Mal m’en a pris, je ressors ma tête de l’eau complètement épouvanté : il ne s’agit plus d’une coque lisse, mais d’un jardin laissé en jachère. Les algues ont complètement colonisé la peinture antifooling, formant une carapace de près d’un demi-centimètre d’épaisseur. Une vraie catastrophe, si les thermiques sont faibles, notre vitesse sera nulle.

Le coucher de soleil sera magnifique. Loin du ciel immaculé d’un événement cinématographique, un gros nuage s’élève à l’horizon, au dessus des crêtes du Jura. Lorsque le soleil disparaît derrière, les bords du gris cumulus brillent de milles feux, des cônes d’ombre sont projetés à tout va, découpé dans la masse opaque du nuage. Roses, pourpres, violacées, les couleurs se sont emparées d’une palette rouge. Tout en profitant du spectacle, nous dégustons fromages et saucisses, arrosées d’une petite bière. Alors que le disque incandescent du soleil réapparaît sous les nuages, avant de disparaître derrière le Jura, une petite brise se met à souffler.

Alors que papa fini de ranger le repas, je découvre avec effroi que les feux de routes et de positions ne fonctionnent pas. Connaissant mon père, et sa prudence maladive, je me vois déjà remettre le moteur en route et rentrer au Bouveret. A ma grande surprise, il me propose de profiter des thermiques. Le temps de monter la grand-voile, larguer les amarres, hisser le génois et nous filons déjà trois nœuds en direction de Villeneuve.

Alors que l’obscurité s’installe, la côte helvétique s’illumine de tous ses feux : il est possible d’imaginer les découpes de la rive grâce à l’éclairage publique. Le rivage français n’est éclairé que par intermittence, entre les tâches lumineuses des villages, la forêt reste sombre, seul le passage d’une voiture de temps à autre rappelle qu’il existe d’une route. Le Valais, quand a lui, est complètement envahi par les ténèbres : du Bouveret à Villeneuve, l’orée de la forêt des grangettes est dessiné d’un noir d’ancre sur l’horizon. Quelques points blancs indiquent des bateaux ancrés, deux feux scintillants, l’un vert, l’autre rouge, marquent l’entrée du canal menant au port du Vieux-Rhône. Au dessus de la frondaison, une brume grise est légèrement teintée par la couleur orange des lampes au sodium de la lointaine Monthey.

Peu à peu, le vent descendant de la Vallée du Rhône forci, nous atteignons bientôt quatre nœuds de moyenne. Alors que la musique émanant d’un concert à Villeneuve s’est tue, je donne la barre à papa pour qu’il profite de cet instant magique. Nous glissons tranquillement à la surface de l’eau, sans un bruit, si ce n’est celui d’un doux clapotis. Papa m’étonnera encore une fois, me proposant si les airs se maintiennent de continuer à naviguer jusqu’à l’aube. Sous le vent de l’île de Peilz, sagement caler à la gîte, nous profitons d’une adonnante pour gagner un nœud supplémentaire. Il est temps toutefois d’abattre pour descendre le long de la côte vaudoise.

Les airs, qui jusqu’à présent se sont montrés généreux, faiblissent un peu. Pour maintenir une bonne vitesse, je décide d’envoyer nuitamment le spi. Dans un premier temps, suite à une saute de vent, il se gonflera à contre. Le temps de corriger le cap, et notre bulle, gonflée, nous tire en avant. Cinquante, cent, cent-cinquante mètres. Ce sera tout, les thermiques nous quittent alors que nous n’avons pas encore atteint Chillon.

Minuit, nous arrêterons la navigation. Une fois le génois ferlé sur le pont, nous gagnons le port du Basset au moteur. Alors qu’un ciel exempt de tout nuage recouvre le Léman, dans l’arrière pays vaudois, des éclairs de chaleurs illumine de temps à autre l’horizon. Une heure plus tard, tranquillement amarrés le cul à une bouée, l’étrave au quai, nous dégusterons un dernier whisky avant de se glisser dans nos sacs-de-couchage respectif.

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Chalet des tailles – le retour

14 08 2011

Ecrit à Renens, lundi 15 août 2011

Dernier jour au chalet de Ness, après le petit déjeuner il est temps de le ranger. Entre plier les couvertures sur le toit, défaire les lits au rez, faire la vaisselle et enlever les cendres de l’âtre dans le séjour, le travail ne manque pas. Sous quelques gouttes de pluies, nous fermons le chalet et regagnons la voiture. Peut-être l’année prochaine serais-je de retour dans ces contrées.





Chalet des Tailles – Lac des Chavonnes

13 08 2011

Ecrit à Renens, lundi 15 août 2011, 11h30

Ayant passé tous la nuit sur le toit, le soleil nous tire des bras de Morphée. Chacun s’étire paresseusement, bien décidé à profiter de la chaleur matinale. Les cris de bénédiction de Sarah ne cesse de retentir, tant elle est contente de profiter de cet instant. Les gargouillis de nos estomacs nous rappellent à l’ordre. Dehors sur la terrasse, entre pancakes au sirop d’érables, gruyère, ou tartine au beurre et à la confiture le petit déjeuner s’éternise.

Le Chamossaire

Peu avant midi, je décide de partir me dégourdir les pattes. Comme hier, je suis le chemin de l’Eau, toutefois au lieu de remonter directement jusqu’au Roc d’Orsay, je poursuis le chemin à flanc de montagne. Les marques jaunes du sentier pédestre sont remplacées par celle blanche et rouge du chemin de montagne, le tracé se fait mal-plat, plus étroit, la pente à travers laquelle il est tracé devient plus abrupte. Entre pierrier, combe humide, le paysage est plus sauvage que sur la première partie de l’itinéraire. Peu après le Creux des Dardeys la forêt est remplacée par des clairières, puis par des pâturages. Si aux Cougnons je rejoins une route, je la quitterais quelques kilomètres plus loin pour traverser des prairies jusqu’aux fontaines, un autre point de captage de la commune d’Ollon.

Rejet du Torrent du Dard, après le captage

Si jusqu’ici l’itinéraire suivi avançait à flanc de montagne, il est de temps de s’élever en direction du Col de Bretaye pour redescendre sur le Chalet des Tailles. Au lieu de prendre la route la plus directe, je décide de passer par le Lac des Chavonnes. A proximité de ce dernier, à l’endroit où un panneau indique « Gstaad Rally & Yacht Club : parking », je découvre une collection d’ancien véhicule allant de la jaguar type E, au nez allongé, à la Triumph ainsi que deux vieilles Bentley. Du sommet d’une prairie, je découvre les eaux couleurs malachites du lac des Chavonnes, au creux d’une dépression, jouant le rôle d’un écrin. Je ne serais toutefois pas seul au monde pour en profiter, les rives sont peuplées de pêcheur venu profité de l’air alpin par cette belle journée ensoleillée. Si je m’attendais à ce que le Yacht Club de Gstaad n’amène pas de luxueux runabouts vernis sur le lac, j’espérais au moins la présence de petit dériveur. Je serais déçu en découvrant que seuls quelques modèles réduits régatent ensemble.

Les voitures du Rally and Yacht Club Gstaad

Devant l’eau limpide du lac, je ne résisterais pas à piquer une tête : je m’attendais à ce que l’eau soit bien plus froide, et pourtant sa température est juste rafraîchissante.  Devant l’air ébahi, ou plutôt mécontent des pêcheurs, je nagerais quelques longueurs avant de ressortir, à leur grand soulagement. Pourtant, n’ayant pas pratiqué le crawl, aucun remous n’est venu troubler les eaux. Dans ma lancée, j’espérais encore me baigner au Lac de Bretaye. Toutefois, une espèce de nénuphars a colonisé les rives du lac et s’étends sur les premiers mètres, rendant les baignades impossibles. Quel dommage. Je rejoins alors le chalet par l’itinéraire habituel de la route menant à la Truche.

A mon retour au chalet, les filles sur l’avant-toit rôtissent tels des poulets chez un de ces marchands ambulant qui les grillent. Ayant tenté – avec échec – de raisonner Sarah pour qu’elle reste une nuit de plus, nous partageons un dernier en-cas avec elle, accompagné d’un petit verre de Jägermeister. Réminiscence d’une époque passée, je ne vais pas vous compter l’histoire qui vit la naissance d’un yoshi sur le toit du chalet des Tailles il y a quelques années.

Pour cette dernière soirée au chalet des Tailles, le menu sera de simples, mais gargantuesques grillades, avec salade et crudités. Le repas fut presque trop sain avec encore du melon en entrée. Comme tout les soirs, nous grimpons sur l’avant-toit. Le reflet de la lune dans la couverture nuageuse sera toutefois trop important pour que nous puissions observer des étoiles filantes. A la place, le Chesières Open Air Cinema reprends du service, avec The Secret of the Magic Gourde, une expérience mémorable. En tant que film produit par Walt Disney, les leçons de morales se comptent à tour de bras. Sa particularité est toutefois d’être un produit purement chinois – sans doute servant à l’endoctrinement de la population – où les répliques moralisatrices jaillissent sans aucune délicatesse. Bref, un instant mémorable de franches rigolades.

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