La Haute Cime

23 09 2011

Ecublens, le lundi 26 septembre 2009, 9h20

Depuis le début de la semaine, le soleil ne cesse de briller. A part une petite navigation, quelques petites balades à vélo, un peu de natation, je n’en profites pas complètement. Certains me disent qu’en étant au chômage, je pourrais aller me balader tous les jours. Et pourtant, je préfères garder un rythme régulier, en séparant bien le travail de la semaine des loisirs du week-end. Jeudi, je suis même retourner sur les bancs d’écoles au Laboratoire des Machines Hydrauliques à l’EPFL afin de m’initier aux turbomachines hydraulique. Si je n’avais pas réussi à l’intégrer dans mon planning hebdomadaire lors de mes études, il n’est jamais trop tard pour en profiter.

Dehors le soleil continue de briller. Les pronostiques météorologiques annonçant encore un temps radieux pour demain, je me décide pour une petite randonnée. Depuis mon retour de Nouvelle Zélande, j’avais l’envie de redécouvrir les montagnes helvétiques. Toutefois l’automne arrivant à grand pas, les premières chutes de neige ayant saupoudré les sommets et les cols élevés, le choix des itinéraires de montagne se restreint peu à peu. Demain, je gravirai la Haute-Cîme, la pointe culminante des Dents du Midi, le magnifique massif dominant le Val d’Illiez. Il s’agit d’un véritable tas de cailloux, des piles d’assiettes instables. L’ascension se faisant sur le versant sud, j’espère que la neige aura suffisamment fondu pour me permettre d’atteindre le sommet.

5h30, le réveil sonne. Il fait encore noir. Le froid de la nuit automnal a pénétré dans mon studo à travers les fenêtres ouvertes. La chaleur de mes draps me retient encore prisonnier pendant quelques minutes. Mettre l’eau à cuire pour le café, préparer les tartines pour le p’tit déj’, me débarbouiller, préparer mon sac et il est déjà passé six heures et quart. J’enfiles mes souliers et me dirige nuitamment vers la gars de Renens pour embarquer dans le train en direction du Valais. A mesure que je m’éloigne de Lausanne, l’aube arrive, éclairci le ciel, dévoile les reliefs. Derrières les silhouettes bleutées des Alpes, le ciel rossit. Peu avant Montreux, les points acérées des Dents du Midi se drappent d’orange, d’abord la Cime de l’est, puis la Forteresse, la Cathédarle, la Dent Jaune, les Doigts et enfin la Haute-Cime.

Aube sur les Dents du Midi

Arrivé à Aigle,je change de train pour monter dans l’AOMC, qui me mènera jusqu’à Champéry. Jusqu’à Monthey je profites encore de la vue sur les Alpes, que ce soit les vaudoises, avec les Dents de Morcles et les Muverans et les Diablerets, ou sur les Valaisannes avec le Grammont, dominant le Léman, ou encore le Catogne fermant la Vallée du Rhône au dessus de Martigny.

Quittant la plaine, le train s’enfonce dans le Val d’Illiez. Les Dents du Midi dressent leurs silhouettes caractéristiques. La neige, zébrant horizontalement les faces nord, ne fondra plus de tout l’hiver. Un peu avant 8h30 je débarques à Champéry. Quelques rayons solaires réchauffent les prairies où brillent les gouttes de rosées, de la vapeur s’élève des toits. Pour ma part, je poursuis ma route à pied, en direction du Grand Paradis. Il n’en porte que le nom, à mesure que je m’approche du fond du vallon, je me noie dans l’ombre. Quittant le macadam, un petit sentier m’entraîne dans un forêt de conifère. Après avoir grimper jusqu’à l’alpage de Bonavau, je poursuis mon chemin à travers les prés, à flanc de coteau, jusqu’à atteindre les contreforts rocheux, une succession verticale de petites falaises. Plus question de gamberger, le chemin pédestre devient un itinéraire de montagne et s’élance à l’assaut du roc. De temps à autre, quelques chaînes solidement fixées aux rochers permettent aux randonneurs possédant un sens d’équilibre quelques peu défectueux de s’aider. Après une petite demi-heure de progression à flanc de parois, j’arrive au Pas d’Encel. Derrière la vue est imprenable sur Champéry, les Crosets,, les falaises à pics de Pararousse. Devant, la blanche silhouette du Ruan s’élève dans l’écrin en V du col : son glacier brille au soleil, alors que les herbes sèches des praires alpines brillent comme une brosse, illuminée à contre jour. J’arrive enfin dans Susanfe, délimité à l’Est par le col éponyme et complètement ceinturé par des montagnes. Un peu plus loin, je traverse la Saufla en contrebas d’un petit barrage. Une dizaine de choccards et quelques corbeaux tournoient au dessus d’un petit ru. Ce n’est qu’arrivé à la même hauteur que j’aperçois la carcasse d’un mouton. Œuvre du loup, méfait d’un vautour chauve ou d’un gypaète barbu, je pense plutôt que l’ovidé, souffrant d’un mal de montagne, a simplement dérupité la pente.

Aurait-il dérupité

Je poursuis ma route en direction de la cabane de Susanfe. En dehors de l’aspect lunaire et hivernal des montagnes, le fond voluptueux de la vallée est enchanteur, cailloux et rochers gris parsèment la prairie alpine. L’endroit aurait pu parfaitement convenir à la scène de l’attaque des wargs dans Lord of the Ring. Au détour d’un rocher, la cabane se dresse sur un monticule. Construction de pierre, surmonté d’un toit en ardoise, entouré d’un petit muret de rochers, son aspect solide inspire la confiance. un petit arrêt me permet de ravitailler mes réserves d’eau, ainsi que d’obtenir des informations sur le chemin menant à la Haute-Cîme. Bruno, le gardien, m’apprends qu’entre samedi et mardi matin, près de 30 centimètres de neige sont tombés à la cabane. Hier, un groupe de personnes sont montés jusqu’au sommet, alors qu’un deuxième a rebroussé chemin au col des paresseux, l’aspect de l’itinéraire ne leur inspirant pas confiance.

Cabane de Susanfe et la Haute Cime

A partir de la cabane, l’herbe devient rase, avant de disparaître complètement. Le col de Susanfe se dresse devant moi. Enchâssé entre la Haute-Cîme et l’Église, aucun promontoire rocheux, il est intégralement constitué de caillasse, un véritable pierrier. Les couleurs sont splendides, sur fond céruléens, de longs névés blancs s’étendent sur le noir des cailloux. Arrivé au col, je m’arrête une petite demi-heure pour casser la croûte : pain et saucisse, une pomme en dessert.

Me voilà reparti ; encore 700 mètres de dénivellations et j’arriverais au sommet. Me précédant d’une vingtaine de minutes un autre randonneur a commencé l’ascension. Aucune indication ne marque l’itinéraire, la route est donnée par un étroit sentier disparaissant par endroit sous les névés, ou encore à peine marquer dans le pierrier. De temps à autre, les pierres sont rendus glissantes par des ruisseaux, alimenter par l’eau de fonte. Après une grande boucle permettant d’accéder au dessus d’une barre rocheuse, je remonter le long de l’arrête sud. Au lieu de suivre les courts zigzags, je trace droit en haut à travers un long névé. Gagnant rapidement de l’altitude, je laisse sur ma gauche quelques pitons rocheux et arrive enfin au Col des Paresseux. Ainsi nommé, car les gens fatigués devaient sans doute s’arrêter ici au lieu de grimper jusqu’au sommet. je peux enfin admirer les Dents du Midi, depuis la Cime de l’Est surplombant Plan-Névé, jusqu’aux Doigts, tout proche. En contrebas, la couleur laiteuse du lac de Salanfe occupe le fond de la vallée, de l’autre côté le Col d’Emaney et le Luisin.

Massifs du Mont Blanc depuis la Haute Cime

Encore 200 mètres avant d’atteindre le sommet. Le chemin ne présentait pas de difficulté majeure jusqu’au col. Tracé à travers un pierrier, par moment le pied glissait par moment sur les graviers. A présent, il traverse un amoncellement de cailloux. Lorsque j’avais parlé de piles d’assiette, j’avais toutefois omis de précisés que leur état était loin d’être à l’équilibre. Seul le frottement induit par mon poids empêche les dalles de glisser les unes sur les autres. Alors que plus bas, les névés étaient encore constitués d’une épaisse couche neigeuse, sur le sommet, orienté un peu plus sud, la fonte est plus avancée. Les fins manteaux se cassent sous mes pas, glissant sur les pierres. Bref, à chaque pas, je ne sais si mon pieds est posé fermement sur le sol, ou s’il va se mettre à glisser lorsque j’avancerais mon autre jambe. Seul, j’aurais fait demi-tour par simple précaution. Toutefois, je suis l’autre randonneur qui a poursuivis son chemin. Si par malheur je devais me blesser suite à une chute, je ne devrais pas me débrouiller seul. Si la dernière diagonale menant est encore plus traître, le sommet de la Haute-Cîme est constituée de solide dalle.

Rien à dire, la vue est magnifique, elle s’étend du Léman au Mont-Blanc, embrase les alpes Bernoises, les Valaisannes. Au loin le Cervin, les Combins. Plus près, les Dents de Morcle, la Tour Salière, … Je resterais un long moment à contempler ce paysage. Il est toutefois temps de redescendre. Jusqu’au col, j’avance plutôt lentement, assurant précautionneusement chacun de mes pas. Je descends en rutschant le long névé et enfin rejoins à nouveau l’étroit sentier qui me ramène jusqu’au Col de Susanfe. Une petite heure plus tard, j’ai rejoins les rivages du lac de Salanfe.

La dernière fois que j’y suis venu, à la fin du mois d’août, j’avais essayé de découvrir – sans résultat –  les restes des maisons, noyées lors de la construction du barrage. A partir de la route, d’étranges amoncellements carrés de pierres bordent le rivage. Aucun doute n’est permis, il s’agit bien des murs écroulés des anciens chalets d’alpage. Je visite presque religieusement les ruines, découvrant d’anciennes poutres, des vestiges d’outils rouillés qui jonchent les intérieurs, ou encore d’anciennes dalles ayant servis de tuiles. Je ne pourrais que déplorer les vils mécréants qui se sont servis d’un ancien banc en bois pour en faire la matière combustible d’un barbecue.

Ruines d'alpage à Salanfe

Alors que l’ombre de la Tour Salière s’avance sur Salanfe, je quitte l’ancien village, longe le barrage avant de descendre dans le vallon de Van. En chemin, je rencontre un groupe de chasseur, buvant l’apéro et se partageant un cuisseau de chamois séché. S’ils rentrent bredouillent de la journée, depuis lundi, jour d’ouverture de la chasse, le gibier tiré fut abondant. Au loin, le brame des cerfs ne cesse de se faire entendre. A mesure que je descends dans la vallée, les cris se font plus insistants, provenant des deux versants. Encore une fois, la chance me sourira et je n’attendrais guère avant de me faire prendre en stop jusqu’à Salvan, puis jusqu’à Martigny.

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