Chasse basse 2011

15 10 2011

Ecublens, le 18 octobre 17h00

Vendredi soir, je rentre en Valais et rejoins Gaby à Premploz. La chasse haute est maintenant terminée depuis deux semaines, chamois et cerfs ne sont plus qu’un souvenir. Elle a laissé la place à la chasse basse. Au lieu de crapahuter sur les prairies alpines, durant trois semaines, les mardis et samedis voient les chasseurs arpenter les forêts en traquant les brocards, termes qualifiant le mâle chez le chevreuil. Contrairement à la chasse haute qui se pratique à l’affût, pour pouvoir espérer tirer un chevreuil, il est nécessaire d’organiser des attaques. D’un côté, deux chasseurs ou porteurs accompagnés d’un ou plusieurs chiens s’avancent dans la forêt en espérant lever le gibier. De l’autre côté, à l’orée du bois, les autres chasseurs sont postés. Si cette méthode pourrait être considérée comme barbare, le gibier conserve toutes ses chances. D’ailleurs, durant les trois premiers jours, aucun animal ne fut tiré.

 

Levé peu après six heures, le temps d’avaler un petit déjeuner roboratif et nous chargeons nos sacs sur le pont arrière du véhicule, déposons fusil et cartouches sur les sièges arrières. Peu avant sept heures nous arrivons dans les hauts des mayens de Conthey où nous retrouvons les autres chasseurs : Yannick, Coucou, Freddy, … Lorsque le jour est suffisamment levé, accompagné de Lambert et d’Axe, un des deux chiens, je descends la combe sous l’alpage de flore, alors que Yannick remonte avec Ilham depuis la lisière inférieure. A peine libéré de sa laisse, Axe flairant une piste part comme une flèche dans les sous-bois. Le tintement de sa clochette se perd parmi les buissons. J’avance sur les flancs pentus de la combe, frappant d’un bâton de bois mort les souches environnantes. Autour de moi aucun bruit, le silence règne alors que les rayons du soleil percent la canopée et illumine de petites clairières.

Soudain, un coup de feu retenti, loin en aval dans la forêt, avant que le calme n’envahisse à nouveau la forêt. Le tintement cristallin d’une clochette se fait entendre à nouveau, s’amplifie à mesure que je perçois des aboiements secs. Les craquements sonores des branches sèches m’avertissent que le chien ne revient pas seul. En contrebas, derrière les vernes et les branches des mélèzes, des formes brunes se précipitent. Gravissant la montagne sur ma gauche, je distingue trois chevreuils, mâles ou femelles je ne saurais le dire, poursuivie par la silhouette noire, furtive d’un chien courant ventre à terre.

Peu avant d’arriver à la lisière, je rejoins Lambert. Tout comme moi, il ne sait pas dans quelle direction Axe a disparu. Nous attendrons une vingtaine de minutes avant de rejoindre la lisière de la forêt. Assis au soleil, Yannick nous attends déjà, observant la forêt silencieuse. Alors que nous rejoignons Coucou, posté une centaine de mètres plus haut, une chevrette descend tranquillement dans la combe. Alerté, sans doute par son odorat, elle s’arrêtera à mi-chemin. Seule, elle resplendit dans la lumière matinale. Cet instant magique ne durera pas plus de quelques minutes : elle s’enfuit en zigzaguant, rejoignant le couvert des arbres.

Peu après neuf heures, nous regagnons les véhicules. Deux chasseurs nous y attendent déjà avec l’un des chiens. Le deuxième nous arrivera bientôt avec une autre équipe. Tout en manger une morce, nous planifions la deuxième attaque sous le gîte d’Aïroz. Alors que les chasseurs vont se poster sur la route forestière, je monte avec Yannick, Lambert et les deux chiens en direction des Tsanes. Lambert s’enfonce dans la forêt avec Axe, tandis que je continue avec Yannick le long de la route d’Aïroz. A mi-chemin du gîte, nous descendons parmi les conifères, essentiellement des mélèzes, drapés dans leur robe automnale. Alors que nous avançons parmi des framboisiers desséchés, Ilham flairant une piste part à nouveau comme une flèche. A notre grand dam, il court dans la mauvaise direction, s’éloignant de nos chasseurs. Espérons que le chevreuil soit revenu sur ses pas à un moment donné. Un tintement de clochette nous signale qu’Axe, averti par les aboiements de son coéquipier suit la même piste, avant que le calme revienne. Nous descendons entre les arbres quand Yannick m’intime de m’arrêter. Sur le moment, je ne comprendrais guère son ordre, jusqu’à ce que j’entende des craquements. Les bruits se font plus forts, quand soudain, entre deux mélèzes, un brocard jaillit, pour disparaître dans les fourrés après un virage sec. L’action fut rapide, bien qu’elle ne dure pas plus de quelques secondes, cela reste un des plus beau souvenir de chasse de cette année. Yannick crie à Coucou que le gibier fonce droit sur lui. Un coup de feu, suivi d’un deuxième et le “bravo” montant depuis le bas de la forêt nous signale que la bête a eu son compte. Arrivés à la route, nous découvrons un Gaby rieur, fier d’avoir tiré le premier brocard de l’année. Les chiens sont attachés et maintenu à distance du cadavre afin qu’ils ne se saisissent pas d’un cuisseau. lls auront droit aux rognons sitôt que Gaby aura vidé les entrailles.

A midi, nous descendons jusqu’au chalet de Freddy où sa femme Madeleine nous amène le repas, un excellent rôti-purée, suivi d’une tarte aux pommes en désert. De nombreux chasseurs nous ayant abandonné, il ne reste plus que Freddy, George et Coucou pour tenir un fusil, ainsi que Lambert, moi et les deux chiens. En guise de sieste, en début d’après-midi nous opérons une petite attaque aux sommets des mayens. Le sous-bois est sec et les chiens ne flairerons aucunes pistes, après une petite demi-heure nous aurons déjà rejoint les trois chasseurs.

En ce début d’après-midi, la chaleur est telle que je n’ai pas l’impression d’être en automne. L’été indien, cette fabuleuse période, où le soleil brille, lorsque les arbres commencent à brunir, que les vapeurs odoriférantes des herbes séchées par l’été envahissent les prairies, … est de retour après le froid de samedi dernier. Un vrai régal. Nous gagnons alors les environs du Mapa pour tenter une nouvelle battue. Les chiens sont fatigués, Axe n’arrive presque plus à grimper la pente, Ilham est retourné au chalet. Finalement, seul dans les fourrés je finis par ressortir au niveau de la route supérieure, celle qui mène jusqu’à l’alpage de Flore, bien plus haute que les chasseurs. Un téléphone de Coucou me confirme ce que je craignais, il ne me reste plus qu’à dévaler le Mapa pour les rejoindre bien plus bas. La bonne nouvelle est qu’ils ont déjà récupéré les deux chiens. Je descends le long du lit d’un ancien torrent, une longue bande herbeuse emmuré entre deux taillis de vernes impénétrables. Suite à une perte d’équilibre, me voilà rutschant le cul par terre. Cette dizaine de mètres de glissade ne se font pas sans s’accompagner de jurons prononcés à haute voix. Devant une telle cascade de gros mots, un grand brocard jaillit des taillis sur ma gauche, zigzague quelques mètres avant de s’enfoncer dans les fourrés sur ma droite. Juste magique, je déplore quand même l’absence d’un chien qui aurait pu le courser.

Alors que le soleil disparaît derrière les crêtes, que l’ombre envahi la rive droite, nous effectuons une dernière attaque dans les marais près du rucher de Gaby. Axe, trop fatigué, tourne en rond à l’orée du bois, alors qu’Ilham daigne s’aventurer sous le couvert. Au bout de dix minutes, Lambert ramène Axe à la voiture, alors que je m’avance dans les bois. Le chien n’a pas été bien loin, et m’attends. Tout aussi fatigué, il n’avance que si je le suis de quelques mètres. Peu après, suivant un petit passage, il rejoint la route où il m’attend bien sagement. Cette dernière battue s’achève un peu en queue de poisson. Un dernier espoir surgit quand Ilham repart ventre à terre, grimpe le talus, s’élance à travers la prairie. Il reviendra une vingtaine de minutes plus tard, alors que nous avions déjà mis d’un commun accord un terme à la journée.

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