Lavaux, par un beau matin d’octobre

29 10 2011

La Tsoumaz, 1er janvier 2012, 18h30

A lire en écoutant Lunik, Edith Piaf et Sting & the Police

Comme les prévisions météorologiques annoncent une dégradation du temps pour ces prochains jours, j’ai décidé de profiter du dernier grand jour de beau. Au environ de 8h00, je descends du train à la gare de Pully. Au centre du rond-point, un magnifique marronnier aux feuilles vermillon se dresse tel un sémaphore interdisant toute circulation. Déambulant dans les vieilles et étroites rues, je rejoins l’hôtel de ville, contigüe à l’église. Devant cette immense bâtisse, s’étends une terrasse gravillonnée à la vue imprenable. Face à moi, sitôt passé les maisons blanches sizes au pied du vignobles viticoles s’étends le Léman. Majestueux, plat, en ces heures matinales, il se pare de nuance pastel, reflétant les lueurs roses du soleil qui se lève sur les Alpes Bernoises. De l’autre côté, le massif où se dressent le Grammont et les Cornettes de Bises est encore noyé dans les brumes. Les silhouettes bleus pétroles se dressent, dominent le lac de toutes leurs hauteurs. L’ambiance est calme, seul le babillement de quelques oiseaux vient troubler la quiétude des lieux.

Descendant à travers les parchets de vigne, la présence de l’automne est trahie par le brunissement des sarments. Les feuilles ont presque toutes perdus leur chlorophylle et se parent de leurs plus beaux atours mordorés. Je grappille les quelques grains de raisin, accrochés aux dernières grappes. Asséché par leur soleil, le jus s’est enrichi en sucre au fils des jours. Il est aussi gouteux qu’un miel d’acacia. Arrivé au bord de la route principale, un petit chemin pédestre sis aux bordures d’une propriété conduit jusqu’au bord de l’eau. Loin à l’Est, les Dents de Morcles, la Tour d’Aï découpent leur silhouette dans les rayons solaires tels des ombres chinoises à la lumière d’un projecteur. Je  longe le Lac, de grèves en ports privés, de jardin privatif en hangar à bateau. Devant moi,  le mur de briques d’une propriété se termine en un pavillon de jardin, dont les fondations émergent de l’eau. Nulle part où passer, je suis obligé de retourner dans les terres, contourner ce long mur qui ne semble pas finir. J’arrive de l’autre côté, là où le mur s’arrête au niveau d’un petit port. Un canot à moteur et un voilier tranquillement amarré profitent des premiers rayons du matin. Le mur se mue en balustrade. Tout au bout, là où le môle du port prend naissance, une gloriette est construite en porte à faux. Ses formes arrondies se découpent sur la végétation exubérante du parc. Sérénité matinale, que rien ne semble venir déranger.

La Tsoumaz, lundi 2 janvier 2012, 14h30

Arrivant au nouveau port de Lutry, sur le quai s’allongeant en forme de croissant, je trouve le magasin de marine fermé, les cafés clos. Endormi par l’automne, les lieux sont désertés, les dériveurs sont démâtés, les catamarans prêts à être hivernés. A côté de moi, une joggeuse passe, sans un salut. Seuls les aboiements rageurs de son caniche parviennent à mes oreilles. Quittant ce lieux triste je continue jusqu’au vieux port de Lutry. Sitôt passé la grève, le havre tranquille surgit, bien à l’abri d’une jetée en pierres équarries. A l’ombre des platanes, près de la rampe de mise à l’eau, un ancien hangar abrite maintenant les locaux du sauvetage et un bistrot. Repeint de vert, ses devantures affichent en lettre blanche « Glaces – Café – Panini ». Une brune demoiselle s’affaire à chasser les feuilles mortes de la terrasse avant d’installer quelques tables et chaises en bordure de l’eau. Je continue mon chemin dans la calme matinale.

Quittant le vieux Lutry et ses maisons arborant de si étranges cheminées tarabiscotées, je suis le bord de la rive. Grève, enrochement invite à se prélasser. Mais je ne succomberais pas à la tentation. Par endroit, un vieil écriteau affirme encore que l’accès à la propriété privée et la baignade sont interdites, selon un édit du juge de la paix datant du 16 juin 1986. Seule la présence d’une inscription manuelle rappelle que « le sentier public est autorisé ». Il est vrai que la loi garantit une libre circulation sur les rives du Léman, mais bien souvent les nantis font fi de cette règle. Ainsi, un grand mur couronné d’une barrière acérée barre la route. Je rejoins l’intérieur des terres, traversant à nouveau la route cantonale. Me voici de retour dans le vignoble. Le vert de l’herbe contraste avec le jaune des feuilles et le gris des murets de pierres sèches.

En contrebas, les rails et les lignes électriques du chemin ferroviaire brillant dans le soleil levant se fondent dans le lac étincelant. Le paysage est comme noyé dans une légère brume, atténuant les vives couleurs de l’automne. Je m’approche peu à peu de Cully où sur la Place du Major Davel est planté un de plus vieux marronniers. Un écriteau suspendu au large tronc indique que le vénérable arbre aurait été planté en 1798. Cully, un village qui ne me remémore que de bon souvenir. Pendant trois, je suis venu m’échoué au port de Mortel avec mon catamaran pour baguenauder dans le vignoble et me régaler des filets de perches au Restaurant de la Poste. Passé la petite grève, située au nord de la jetée, un endroit où il fait bon de s’y baigner, je découvre une petite crique où trois petits vieux mettent un petit canot à l’eau. Je les regarde s’embarque, avant que l’un commence à ramer en direction d’un voilier se balançant, paisiblement amarré à un corps mort.

Quittant les abords du Lac, je m’élève dans les coteaux du Dézaley. Du bord du Lac jusqu’au crête la haut, les vignes s’élèvent en terrasse. Paysage viticole entrecoupé d’une multitude de murs de pierres sèches où se croise quelques étroites routes de ciment reliant les bourgs où logent les vignerons. Aucun mot ne saurait décrire ce paysage magnifique, si propre à cette région. Enregistré au patrimoine mondial de l’UNESCO, il est pour moi l’un des lieux les plus magnifiques et plus agréables de Suisse. Il charme l’œil et soigne la soif. Je m’arrêterais à la Tonnelle à Antoine pour profiter de la tranquillité des lieux :

« Pourquoi passer si vite, promeneur ? Installez-vous plutôt sous la tonnelle et savourez l’instant présent !

Selon la saison et l’humeur du moment, vous pourrez alors, à votre guise,…

Prendre un peu de repos, méditer et philosopher,

Refaire le monde avec vos amis,

Dialoguer avec les ceps et le paysage,

Humer le parfum de la vigne en fleur,

Saliver devant le raisin qui mûrit,

Parler d’amour et même…

Boire un verre ! »

Ainsi s’exprime la Tonnelle à Antoine situé dans le beau vignoble du Lavaux. Empreint de cette sagesse, je continuais mon bonhomme de chemin. Peu après le Clos des Moines, appartenant à la Ville de Lausanne, levant mes yeux, j’aperçois, accrochée à un mur de soutènement, les grandes lettres blanches du Dézaley, annonçant la région viticole à la manière d’Hollywood. Peu après, je pénètre dans la partie la plus raide du coteau. Ici, route et voie ferrées semblent avoir disparu, les murets s’accotent aux rochers à pic, le regard saute du vignoble à l’eau turquoise en contrebas. Rives et grèves ont disparu, absorbées par les drus. Le paysage se radoucit alors que je descends jusqu’à Saint-Saphorin. Du large, l’imposante tour carrée servant de clocher à l’église romane est un des amers le plus connu Léman. Marc Aymon a chanté les louanges de ce pittoresque petit village niché entre les vignes et l’eau. J’y découvre malheureusement un caveau fermé. Ce n’est pas non plus ici que je dégusterai un verre de chasselas.

Ma promenade touche bientôt à sa fin, au loin apparaît les premières maisons de Vevey. Quittant les ruelles ombragées, je grimpe à nouveau. Tant et si bien, que je me retrouve presque au contrefort de soutènement de l’autoroute. L’endroit est moins glamour, et je suis bien content lorsque je redescends laissant derrière moi les grondements étouffés des automobiles. Les maisons se font plus nombreuses, les routes passantes plus larges, des feux de circulation règle maintenant les passages à piétons. J’y suis, de retour en ville. Après une matinée passée à flâner dans le calme du vignoble, le retour à l’active civilisation est rude.

Avant de prendre le train pour revenir à Renens, je gravis les escaliers jusqu’au parvis de l’église Saint-Martin de Vevey. Reconnaissable entre tous, le clocher est flanqué de quatre clochetons aux angles de la tour, avant d’être couronné par un toit pyramidal. Loin à la ronde il est l’icône veveysane. L’été lorsque je quitte le Bouverêt pour me rendre à La-Tour-de-Peilz, je cape sur ce repère, tant sa silhouette est reconnaissable entre toute.

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