News

31 12 2011

Riddes, le 31 décembre 2011

Cela faisait longtemps que je n’avais plus rien écris sur ce blog. L’envie ne me manquait pas, mais bien trop de chose à faire occupait mon esprit. A l’avenir j’essaierai de le mettre à jour plus régulièrement. Je vous laisse découvrir les pérégrinations de ces derniers mois :

Et si aujourd’hui je vous postes quelques nouvelles, c’est qu’à mon lever, ce matin la neige tombait mouillée au chalet. Dehors, le manteau neigeux était plus qu’humide : il a sans doute plus pendant la nuit. Après le déjeuner, je suis parti pour une petite randonnée en peau de phoque avec papa. Par le même itinéraire que hier, mais bien moins enchanteur, il a plu au moins jusqu’au Taillay. Il a fallut chôler dans cinquante centimètres de neige humide, lourde. Bref, une sortie pour s’aérer.

Au fond du Taillay, nous avons troqué notre moyen de locomotion. Adieu les peaux de phoques, bienvenue les remontées mécaniques modernes. Toute la montée, le vent et les grésilles nous cinglaient le visage, rien de plus désagréable. Au sommet, la neige était moins lourde, mais toujours pas poudreuse. Bref, nous avons rejoint au chalet. Puis comme j’avais quelques affaires à régler en plaine, nous sommes descendus à Riddes.

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Mont Fort avec Valérie

31 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 15h00

Demain Valérie s’envole pour la Turquie avec son petit ami. N’ayant pas encore télémarker avec ma sœur cet hiver, nous profiterons de ce dernier jour pour y remédier. Rendez-vous peu avant dix heures aux Ruinettes, nous filons tout de suite au Mont Fort. Jamais je ne me lasserais du paysage alpin. Comme hier, nous admirons les becquets, tentons de les appeler par leur nom. A deux, l’exercice est plus facile que hier et il nous en manque presque aucun. Peu avant de nous élancé, nous rencontrons et discutons avec Roger, un veille ami montagnard de notre père, qui avec sa fille, accompagnée par des amis, descendrons sur la face Sud-Est du Mont Fort et remonterons en peau de phoque jusqu’à un petit col pour profiter d’une belle descente de poudreuse.

Pour notre part, je choisis presque le même itinéraire que hier pour rejoindre Tortin. D’abord la belle pente sur le glacier du Mont Fort en dessous du téléférique, puis je rejoins les Louettes Econdoués – signifiant les pentes cachées en patois –. Toutefois, au lieu de prendre à droite après le Col des Gentianes, je bifurque sur la gauche. Je serais toutefois un peu déçu, alors que d’habitude la neige est ici toujours un peu plus poudreuse qu’ailleurs, elle a déjà été tassée par le passage de skieurs trop nombreux. Nous nous attardons guère au fond de la vallée et remonter directement jusqu’au Mont Gelé. Définitivement cette descente est une des plus belles du domaine des 4 Vallées.

Valérie étant un peu anxieuse à la veille de son départ, elle est capable d’imaginer tous les cas de figure, y compris celui où, blessée elle ne pourrait pas partir. Lors de notre arrivée, après une dernière descente sur Tortin, le soleil a atteint la terrasse de la Baraka Frite. Nous ne résisterons pas à nous arrêter un petit moment pour déguster une assiette de frite avec une petite mousse. Les températures douces invitent à farniente encore un moment, mais nous nous ne laisserons pas avoir et repartons skier. Quelques descentes sur pistes pour saluer les employés des remontées, que nous connaissons bien, puis nous nous quittons. Valérie rejoins Martigny en descendant par Verbier. Je repars sur La Tsoumaz, en passant par le Vallon d’Arby. Il s’agit d’un magnifique petit val qui se termine avec les Lacs des Vaux, en contrebas des Attelas. Encaissé entre le Plan du Fou et la Pointe des Etablons, ses pentes vertigineuses descendent immaculées jusqu’à la Farraz, une petite rivière qui s’écoule tranquillement, gelée par les froidures hivernales. Deux itinéraires à ski y prennent naissance, l’un descendant sur Verbier en passant de l’autre côté du Col des Mines, l’autre rejoignant La Tsoumaz par le lieu-dit de Chassoure.

Au lieu de suivre à la lettre l’itinéraire, ce qui m’amènerait à descendre après la première crête, je continue à flanc de coteau. D’autres skieurs m’ont précédé et le chemin est déjà bien marqué. Quelques montées en escalier, des poussées de bâtons, et j’atteins enfin une combe où seuls quelques traces existent. Je ne pousserais pas plus loin : en avant se trouve quelques couloires à avalanches, dont les trouées dans la forêt sont encore bien visibles. D’ailleurs, les températures sont suffisamment douces, pour que des plaques glissent jusqu’au sol, laissant apparaître la prairie. Zigzaguant entre les sapins, je glisse sur la neige encore vierge. Sitôt rejoint l’itinéraire à ski, la descente se transforme en champs de bosses, où la neige est déjà durcie par le passage des skieurs. Plutôt moyen, je garderais en souvenirs la pente, là-haut, où la neige était encore légère.

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Peau de phoque dans la tourmente

30 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 12h50

A lire en écoutant :

  • J.S. Bach, « Das Wohltemperierte Klavier, II. Buch, », Préludes et Fugues N°14 à 24 (BWV 883 à 893)
  • Giants of Jazz play Brassens

Il est presque 8h30 dans la quiétude du chalet lorsque je me réveille. Par la fenêtre, dont le volet est resté ouvert hier soir, je vois les flocons de neige, emportés par les bourrasques, tourbillonner sur l’avant-toit ; par moment, je ne distingue plus rien, le nuage de fines particules forme un véritable brouillard immaculé. Maintenant que je suis bien réveillé je peux entendre le sourd souffle des rafales de vent descendre dans la combe où se trouve notre chalet, étouffé par la neige entassée sur le toit.

A peine ai-je la fenêtre est-elle ouverte pour ouvrir les volets, qu’une véritable tornade propulse des flocons de neige dans le chalet. Une fois refermée, ils viennent se coller à la vitre et forment à contrejour de magnifiques arabesques. A chaque autre fenêtre, le phénomène  se répète, introduisant un duvet blanc qui fondra rapidement. Une fois les feux allumés, ces derniers ne vrombissent pas comme d’habitude, le vent s’engouffrant dans le tuyau de cheminée rabat les flammes. Par moment, une odeur âcre émane du potager, la fumée repoussée ne peut plus que s’échapper par la porte et les grilles du tirage.

Nullement pressé, les remontées mécaniques ne devant pas fonctionner par cette mistoufle. Bien au chaud, alors que dehors le vent ne cesse de tourbillonner, les brindilles cassées de virevolter, les aiguilles de mélèze de pirouetter, je prépare le petit déjeuner. Luxueux repas accompagné de miels, de confitures, de cacao, de café ou encore de thé, … D’ailleurs le temps de l’avaler suffira à ce que la neige recouvre à nouveau les balcons fraichement déblayés ce matin. Cette année aucun écureuil n’est encore venu se restaurer à notre mangeoire. Aucunes traces du petit mammifère, bien que chaque matin les noisettes disparaissent. Mésanges huppées et jaunes ont déjà fait leur apparition aujourd’hui, se régalant des graines et des morceaux de pains. Les petits volatiles ont disparus soudainement, laissant place à un magnifique casse-noix. Quelque peu affamé par cet hiver rigoureux, il vient se régaler des noisettes, avant de disparaître à nouveau dans les bois.

Peu après  10h00, je me prépare pour partir en peau de phoque. Comme il y a deux semaines, pendant la tempête Joachim, je grimperais dans la forêt jusqu’à la lisière au niveau du Taillay. Je pars dans la tourmente, par moment la vue ne porte pas à plus d’une dizaine de mètre. Je croise le traxcavator déblayant la neige, lorsque je monte un petit raidillon bordé de chalet. Il racle la neige presque jusqu’au sol, laissant derrière lui deux traînées grises, où percent les gravillons. Bientôt, je rejoins la forêt dans laquelle je m’enfonce, grimpant le long du sentier pédestre. La neige est emportée des branches en de multiples flocons, noyant le paysage dans une brume blanche. Sous les coups des bourrasques, j’ai l’impression d’entendre un torrent bruire ou encore une locomotive à vapeur passer dans les sous-bois.

Arrivé à la station inférieure du télésiège du Taillay je m’arrête. Je rejoins les employés dans le cabanon de surveillance. Depuis ce matin, Luc et Eddy patiente bien au chaud. D’ici quelques dizaines de minutes, le chef devrait téléphoner s’ils les libèrent. 11h30, Maurice Besse, responsable des patrouilleurs a reçu le dernier bulletin météo  qui ne prévoit aucune amélioration, demain devrait même être pire. Peu après, la décision est prise, les installations resteront fermées toutes la journée. Luc et Eddy rangent les cordes, les filets et les poteaux métalliques afin que le ratrac puisse déblayer correctement la neige, puis rejoignent la station. Pour ma part, arrivé à la lisière supérieure de la forêt, je ne continuerais pas la balade. A l’abri des arbres, la peau de phoque est agréable. Plus haut, il me faudrait affronter le blizzard de face, le vent me cinglerais le visage, je ne verrais guerre. Sans compter une descente sans aucune visibilité. Il est temps de rentrer, je glisse sur la piste, damée en début de nuit, elle est recouverte d’une vingtaine de centimètre de neige poudreuse, légère, un véritable rêve de tous télémarkeurs. Sans effort, j’enchaîne des petits virages, me régalant de chaque courbe. Je suis déjà de retour au chalet. Un peu moins d’une heure de montée pour à peine dix minutes de descente, mais le jeu en valait largement la chandelle.

Une bonne douche chaude pour me revigorer, un petit apéro pour se restaurer et je passe le reste de l’après-midi au chalet, à regarder dehors la neige tomber, les branches des sapins s’agiter, … Entre lecture et écriture, le temps s’écoule lentement.

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Le télémark, il n’y a rien de tel

26 12 2011

La Tsoumaz, 26 décembre 2011, 22h00

Après  un coucher la veille presque à l’heure des poules, le lever est matinal. Après avoir dérupité l’échelle du galetas, le ciel est juste rossi au-dessus du Fou lorsque j’ouvre les volets de cuisine. Je ravive le feu du potager où se consume les restes d’une briquette, rallume le feu dans l’âtre principal. Le crépitement des résineux brulant se fait bientôt entendre, il est temps de préparer les boissons du petit déjeuner, café, lait chaud et thé. Je profite de mettre mijoter dans une casserole d’eau un demi citron et une orange en tranche, ainsi qu’un demi-bâton de cannelle. Plus tard je rajouterai le sucre et le miel, y ferrai infuser du thé corsé avant de remplir mon thermos de cet agréable breuvage. Accompagné du tintement de la vaisselle, assiettes et tasses viennent rejoindre confitures et miels déjà déposé sur la table. Le ciel a perdu ses couleurs pastelles lorsque mes parents sortent de leur chambre. Avant qu’ils soient aptes à déjeuner, j’ai les temps d’accomplir les corvées de bois, autrement dit d’aller jusqu’au bucher par deux fois pour ramener les grosses buches pour alimenter le foyer principal, le petit bois pour allumer le feu, ainsi que le bois pour le potage. Bien que la cuisinière soit en partie électrique, au chalet nous préférons de loin encore utiliser le potager à bois pour effectuer toute la cuisine.

Peu après 9h00, je quitte le chalet. Comme d’habitude je pars avec mon sac à dos où sont fourrés pêle-mêle gants, lunettes, crème solaire, couches supplémentaires. Ne partant pas pour enchaîner les descentes, j’y ajoute aussi mon gros appareil photographique. Il faut dire que les blanches silhouettes des montagnes se détachent parfaitement sur ce fond d’un bleu céruléen. S’il ne fait pas aussi froid qu’en plein mois de février, l’atmosphère est très cristalline, avec me semble-t-il peu d’humidité. Un temps idéal pour aller admirer le panorama depuis le sommet du Mont Fort.

Une fois à Savolyeres, dans le soleil matinal, je dévale la piste du Sud parfaitement damée. Aucun pingueli – touriste perdu ne sachant pas skier – ne me barre la route. Les champs libres, l’instant est magique. Je trace des courbes sur toute la largeur de la piste. Bien trop courte, je suis déjà au fond. Profitant de ma vitesse, je m’élance sur la route Carrefour qui me permet d’atteindre la partie inférieur des pistes à Verbier. Un télésiège m’amène jusqu’aux Ruinettes, puis un deuxième sur les hauteurs de la Chaux. De là, je gagne la station inférieur du SuperJumbo, le nom du grand téléphérique qui m’amènera au col des Gentianes. A la frontière de Nendaz et Verbier, il se trouve au fond du glacier du Mt Fort. Depuis mon enfance, le glacier a bien fondu et où s’étendait encore une vaste plaine, la dépression se fait, année après année, plus importante. Un dernier téléphérique, le jumbo m’emporte presque jusqu’au sommet du Mt Fort à 3330 mètres.

Depuis la plate-forme d’arrivée, la vue est grandiose, elle s’étend du Bietschorn jusqu’aux Dents du Midi en passant par le Cervin. Je ne résiste toutefois pas à l’envie de grimper jusqu’à la croix qui me domine encore d’une trentaine de mètre. De là-haut, la vue s’étend 360° degrés. Fait exceptionnel, les alpes bernoises, parées de leur tenue hivernale se détachent sur les sombres crêtes du Jura, là-bas à plus de 200 kilomètres. Pour les apercevoir et surtout distinguer autant de détail, aucun stratus ne doit recouvrir le plateau. Comme deux semaines en arrière, je ne me souvenais plus avoir vu autant de neige tombé en si peu de temps, je ne me souviens pas avoir admiré un panorama si étendu.  Majestueux panorama enneigé. Tous ces  « 4000 » qui dressent  leur fière silhouette au-dessus des Alpes. Si mon père les a presque tous gravis dans sa jeunesse, pour ma part je tâche au moins de me souvenir de leur nom. Weisshorn, Dent Blanche, Cervin, Dent d’Hérens, Pigne d’Arolla, Massif des Combins, Les Grandes Jorasses, le Mont Blanc, la Verte, les Dents du Midi, … la liste n’est de loin pas exhaustive et je vous invite à venir les découvrir ici même. Et pourquoi pas skier un jour ensemble ?

Trêve de touriste, il est temps de retourner skier. Je descendrai directement sous la gare d’arrivée. La pente est plus raide, mais la neige bien meilleure. J’ai grand plaisir de chausser à nouveau mes télémarks dans cette neige trafollée – neige poudreuse où des skieurs sont déjà descendu –. Un vrai régal. Un petit schuss dans le plat du glacier, au fond de la descente m’amène aux Louettes Econdouè, un itinéraire à ski qui rejoint Tortin. Nombre de touristes sont déjà passés, de nombreuses bosses se sont formées. Quelques peu tarabiscotées, elles restent toutefois douces à skier.  Je peine un peu dans la première moitié. Le temps de retrouver les anciens gestes, les vieux enchaînements et je suis loin. A nouveau, je fais la queue avant de remonter. Malgré tout, je trouve qu’il y a encore peu de monde – moins que les autres années –, alors que Noël est déjà passé depuis deux jours.

La Tsoumaz, 29 décembre 2011, 13h00

L’enneigement exceptionnel de cette année a permis à Verbier 4 Vallées d’ouvrir le Mont Gelé. Bien moins élevé que son grand frère le Mont Fort, dépourvu de glacier, il s’agit toutefois de ma descente préférée sur le secteur, sans doute la plus technique compte tenu de la pente et des obstacles rocailleux qui s’y dressent. Le téléphérique vert, à l’unique cabine, s’envole des Attelas pour rejoindre d’une seule traite le sommet de la montagne. Durant ces quelques minutes, j’adore admirer le raide versant ouest. Succédant aux barres rocheuses, entrecoupées par de minces linceuls blancs, les contreforts se terminent en une pente immaculée allant en s’adoucissant. Comme depuis quelques années, je reste pantois devant le nombre de sans-peurs qui l’ont descendue, malgré les importantes précipitations de ces derniers jours. La vie étant trop belle, je descends un peu à gauche de l’itinéraire officiel sur la face Est. Entre deux cailloux, je trouve encore quelques longueurs de poudreuses encore vierges où je laisse un éphémère sillon. Un vrai régal. Atteignant le fond du vallon, je rejoins les Louettes Econdouè puis Tortin.

En début d’après-midi, alors que j’arrive à nouveau aux Attelas, j’observe trois personnes s’agité au pied du Mont-Gelé, sur une avalanche. Remontant la trace grisâtre de la coulée, au-dessus d’une barre rocheuse, une franche cassure est visible dans le manteau neigeux. Au milieu, la large trace d’un surfeur. Alors que deux patrouilleurs de Verbier 4 Vallées apparaissent sur la crête et se dirige vers le début de la coulée, le bourdonnement d’un hélicoptère résonne dans la vallée. Il vient déposer d’autres secouristes accompagnés de trois chiens au pied de la coulée. J’apprends rapidement par un ami employé aux remontées mécaniques  que trois chanceux touristes, pris dans le flux neigeux, ont pu s’extraire par leur propre moyen, mais qu’ils ne savent pas si le surfeur était descendu bien avant la coulée, ou si ce dernier en la déclenchant pris aux pièges. Une bonne heure et demie plus tard, les recherches sont abandonnées : l’observation visuel, les sondages et le flaire des chiens n’a décelé aucun autre enseveli.

Pour bien terminer la journée, je remonte au Mont Fort pour emprunter par le même chemin que ce matin. Si le début de la descente est tout aussi beau, l’ombre des montagnes recouvre le fond du vallon menant à Tortin. Je termine dans la pénombre froide et bleutée d’une fin d’après-midi hivernale. Je ne résiste pas non plus à une dernière descente depuis le Col de Chassoure jusqu’à Tortin. Je retourne au chalet en passant par Verbier. Après m’être gorgé de soleil lors de la montée jusqu’à Savolyeres, je glisse à nouveau sur le versant nord. Au chalet, l’apéro est presque prêt. Un peu de viande séchée, un petit verre de blanc contribue à réchauffer mes sens.

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Noël

25 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 16h00

Comme depuis des années, la famille se réunie à Riddes le 24 au soir pour fêter Noël. Je suis donc rentré hier en Valais. Bien que je sache que la neige a envahi le canton, blanchissant tout sur son passage, de l’arrête sommitale des montagnes aux vergers des plaines, je reste agréablement surprise devant ce manteau qui scintille au sol. Depuis bien longtemps, je n’avais plus passé un réveillon blanc en plaine.

Le temps d’une soirée, mes grands-parents, ma sœur, Valérie, et son copain, Ozgür, mes parents et moi, nous nous sommes réunis autour de l’apéro, puis de la traditionnelle fondue chinoise et du désert. Chants de Noël et ambiance festive ont réchauffés les cœurs. Ce n’est que peu avant la messe de minuit que nous nous sommes séparés, mes grands-parents accompagnés de maman sont allés à l’église, alors que ma sœur, Ozgür, papa et moi avons joué aux marmitons.

Le lendemain, aucun réveil n’a retentit. Le ciel était déjà bleu claire lorsque je me suis réveillé. Les montagnes avaient perdu leur teinte rose depuis bien longtemps. Aucune trace de nuage, l’atmosphère est pure comme après un gros orage. Après avoir préparé nos affaires, mes parents et moi sommes montés au chalet à La Tsoumaz pour les deux prochaines semaines.

Le temps de décharger la voiture, de dégager les balcons envahis par la neige, d’allumer les feux pour chauffer le chalet, d’effectuer un premier rangement des nombreuses affaires, puis je me suis équipé pour aller skier. Aujourd’hui j’abandonne mes télémarks pour me saisir de ma veille planche Silberpfeil, un surf alpin que j’avais acheté il y a quelques années. Arrivé à Savolyeres, il n’y a pas trop de monde sur les pistes, comme c’est souvent le cas l’après-midi du 25 décembre. Splendide journée pour tracer de longues courbes, sans être gêné par un quelconque pingueli égaré – touristes ne sachant pas skier –. La neige est presque un peu molle, je grave un profond sillage dans la piste. Ephémère, demain il aura déjà disparu. Entre descente rapide, lente montée, je salue et discutes avec les employés des remontées mécaniques, mes anciens collègues lorsque je travaillais pendant mes études chez Verbier 4 Vallée comme remplaçant.

Ce n’est que lorsque l’ombre a bien envahi les versants nord que je redescends au chalet. Le froid a glissé sur les pentes, gelant l’activité diurne. Plus rien ne bouge, les oiseaux se sont tus, la lune se lève et la nuit tombe.

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P.S. Avec un peu de retard, j’espère que vous avez passé un sympathique Noël et que vous avez été bien gâtionné par votre famille !





Retour du beau temps

18 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 20h30

Comme chaque année, une fois que nous avons pris nos quartiers au chalet, la crise, ou plutôt la maladie du chalet nous frappe. Hier soir, elle a fait son apparition au environ de 22h00, peu après nous étions tous au lit, dormant comme des bienheureux. Couché tôt, je me réveille tôt, peu après 7h15. J’ouvre délicatement le volet, dehors Joachim agite toujours les branches. Je me prélasse encore une bonne demi-heure au lit avant de descendre au séjour depuis le galetas où je dors.

Le temps de raviver les feux, d’ouvrir les volets, de ramener du bois depuis le bucher, mes parents ont le temps d’émerger, puis de se préparer le temps que le déjeuner soit prêt. Le temps s’est à peine amélioré depuis hier, les nuages restreignent toujours la vue, le vent dépose des flocons enlevés sur les cimes des arbres. Qu’à cela ne tienne je pars à nouveau en peau de phoque, avec un peu d’avance sur mes parents.

Suivant le même tracé, la progression est plus facile, s’il a neigé à nouveau cette nuit, le chemin suivi est encore bien visible. Je choles la vingtaine de centimètres de neige fraîche qui a recouvert en partie le sillon de hier. Joachim ayant déraciné de nouveaux arbres, il me faut faire par trois fois un détour. Le sapin couché au milieu du chemin empêche tout passage.  Le temps s’améliorant durant la matinée, je décide de poursuivre mon chemin en direction de la Croix-de-Cœur. Avant d’arriver à la lisière de la forêt, j’oblique sur la gauche pour rester encore à couvert le temps de m’éloigner des pistes de ski. J’ai bien raison, car par moment quelques skieurs ayant profités des ouvertures des remontées mécaniques zigzaguent entre les arbres pour profiter de la poudreuse.

Je dépasse l’orée de la forêt, en contrebas des ruines d’une ancienne bâtisse. Le sommet d’un mur carré de pierres sèches, percé d’une ouverture, dépasse de la neige. Glissant dans une petite combe, les mélèzes et sapins ont laissé place à quelques arolles solitaires poussant sur les crêtes. Devant moi la neige s’étends, presque vierge. Seules quelques traces indiquent que des skieurs sont déjà passés par ici. D’ailleurs en voici trois qui arrivent. Peu élégant, raide comme des passe-lacets, ils ne font presque aucun virage, leurs courbes sont aussi plates que l’horizon sur l’Atlantique. Alors qu’ils passent de l’autre côté de la tête, j’entends un bruissement en amont de moi. Quel ne fut pas ma surprise de reconnaître un tétras-lyre lorsque je le vois passé à une vingtaine de mètres devant moi, battant lourdement des ailes. Il a rapidement disparu en contrebas, avalé derrière un autre mamelon. Moment fugace, mais au combien délicieux que d’apercevoir cet oiseau bien trop rare.

J’arrive enfin en vue de la Croix-de-Cœur. D’ici je distingue déjà les corniches formées par le vent sur le versant nord. Une petite crête s’élève doucement. En la suivant je dois pouvoir atteindre sans encombre le sommet, en évitant les pentes et les surplombs. A mi-chemin j’ouïs mon nom. En contrebas je distingue mes parents qui m’ont peu à peu rattrapé. Il faut dire que le chemin était déjà tout tracé dans l’épaisse couche de neige fraîche. Avec un peu d’avance, je découvre un fantastique panorama. Le ciel est presque dégagé, seules quelques trainées nuageuses flottent encore en altitude. Le soleil brille, le vent a cessé de souffler. La vue s’étend de tous les côtés. Face à moi, le Val de Bagnes, Verbier à mes pieds, le Massif des Combin au loin. Derrière, toute la plaine du Rhône est enneigées aux pieds des Alpes qui séparent le Valais du canton de Berne.

Au lieu de descendre en partie par la piste comme hier, je descends à travers les bois. Zigzaguant entre mélèzes et arolles. Soudain, mon bâton s’enfonce, rompant mon appui, je pars à choupelet, la tête la première dans la neige. Le buste en aval, les jambes en amont, mes bras ne sont pas assez longs pour atteindre mes fixations. A forces d’essais j’arrive enfin à décrocher mes skis à l’aide des bâtons, mais à force de gesticuler, je me suis enfoncé peu à peu dans la neige. Je n’avais pas trouvé meilleur endroit que de tomber au pied d’un arbre déraciné. Enfoncé dans le trou, la neige me monte à mi poitrine. Il faudra que je prenne appuis sur mes skis pour réussi à en sortir. De retour au chalet, un petit apéro est organisé pour se remettre d’aplomb avant de redescendre en plaine.

Cette fin de semaine restera dans les annales tant pour les conditions météorologiques tempétueuse que pour les importantes chutes de neige. Sans compter, deux magnifiques randonnées à travers la forêt du Taillay et jusqu’à la Croix-de-Cœur.

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Première montée au chalet

17 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 17h10

Hier dans le courant de l’après-midi, mes parents me téléphonent pour savoir si je rentre en Valais cette fin de semaine. Comme Joachim nous a amené beaucoup de neige ces derniers jours, je me décide pour les accompagner au chalet. Avant de raccrocher, papa me dit qu’il va acheter des chaînes pour la voiture. Il doit être tombé beaucoup de neige pour que papa se soucie d’en avoir à bord. Il est plutôt du genre à les laisser à la maison. D’après mes souvenirs d’enfance, le nombre de fois où nous avons dû chaîner la voiture se compte sur les doigts d’une main, par conséquent papa doit être presque sûr de devoir les utiliser demain pour être si pressé d’en acquérir.

Samedi matin, il fait toujours mauvais temps lorsque je vais prendre le train. Un ciel couleur gris plombé s’étends au-dessus du Léman. Les flots sombres sont agités, de blancs moutons parsèment la crête des vagues. Les teintes du paysage sont restreintes, tous semblent noyés dans une palette bleue pétrole. Au loin, la neige apparaît, recouvre les vignobles du chablais vaudois. Sur les flancs du Grammont, la cheminée de l’usine de Chavalon se découpe sur le fond nuageux. Un véritable paysage de fin du monde.

Je quitte les abords du Lac. A mesure que le train s’enfonce dans le Valais, des nuages toujours plus épais de particules neigeuses sont projetées de part et d’autre de la locomotive. A Martigny, en attendant le régional, quelques flocons épars tombent. A Riddes, ils se sont faits plus nombreux et je découvre un village recouvert par une vingtaine de centimètres. Bien plus que j’en ai vu depuis des années en Valais. Sitôt arrivé à la maison, nous repartons pour les mayens. Papa au volant conduit prudemment. Quelques virages après avoir quitté la plaine, la route se pare de blanc. Un tapis neigeux, de plus en plus épais, la recouvre. Des flocons continuent de tomber. Nous continuons de monter lentement. Par endroit, une voiture de touriste est stationnée au bord de la route, le conducteur chaînant les routes. Ailleurs, nous observons les traces sinueuses d’une voiture ayant perdu l’adhérence. Partout des branches de sapins et de mélèzes jonchent la chaussée. Derrière une voiture, nous nous engageons dans le dernier virage. Là où la pente est la plus raide, la voiture ralentit, patine. Il est temps de chaîner. De toute façon, nous n’aurions pas échappé, l’automobile devant nous est arrêtée à son tour.

Une fois les chaînes installées, la conduite est presque un jeu d’enfant. Les roues s’accrochent à la neige, et nous gravissons sans problème la dernière côte. Peu avant l’arrivée en station, sur notre gauge, s’élève des montagnes de neige. Déblayée des routes du village, elle est déversée sur ce parking en attendant sa fonte. Le dernier tronçon de route pour arriver jusqu’au chalet est à peine dégager : une quinzaine de centimètre de neige tassée recouvre encore la chaussée. Lentement, derrière des voitures de touristes nous nous engageons. Le plus dur est fait. Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au chalet.

Une fois débarqués, la hauteur de neige de part et d’autre de la route est encore plus impressionnante. Le manteau neigeux doit bien mesurer un mètre d’épais. Pour rejoindre le chalet, nous nous engageons sur le chemin commun, dégagé avec une fraiseuse. De petits murets d’une soixantaine de centimètres s’élèvent de part et d’autre. L’aventure débute à nouveau lorsque nous quittons le sentier. Si l’été nous devons traverser une haute prairie herbeuse, aujourd’hui je trace le chemin dans un plus-qu’épais manteau neigeux. A peine engagé sur le tracé habituel que je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse. Secoué par le vent, la neige accrochée sur les branches du sorbier profitent de dégringoler sur ma tête au moment où je passe dessous. Peu après, le niveau atteint le sommet des hanches. A chaque pas, je dois ressortir complètement ma jambe de la neige, la jeter en avant, pour m’enfoncer à nouveau. Lentement je progresse jusqu’au chalet. Dans mon souvenir, je ne me souviens plus avoir vu pareil quantité de neige tomber en une fois. Maman, elle se souvient ne l’avoir vu qu’une seule autre fois, un matin de février – mois reconnu pour ses importantes chutes de neige. J’arrive enfin au chalet, l’escalier et le balcon sont ensevelis sous la neige. Je cherche à tâtons les marches jusqu’au palier.

Il est temps d’allumer le feu du potager pour dégager le conduit de la cheminée. Le bois se consume difficilement, la fumée peine à trouver son chemin vers la sortie. Il faudra atteindre quelques minutes avec que le feu ne ronfle comme à son habitude. Il est alors temps d’allumer le foyer principal, puis de déblayer les abords du chalet. Que de neige, à pousser en bas du balcon, à enlever des escaliers, à dégager pour accéder au bûcher. Une bonne heure sera nécessaire pour venir à bout de la tâche.

Alors que le chalet commence à se tempérer, nous partons pour une petite randonnée en peau de phoque. Après avoir chaussés les skis devant le chalet, nous nous enfonçons dans un paysage de Grand Nord. Les barrières disparaissent sous la neige, d’épaisses couches recouvrent les toits, les branches ploient sous les amas blancs, … Seule la route principale est bien dégagée, lorsque nous gravissons les deux raidillons en direction du bisse, la chaussée est encore recouverte par une vingtaine de centimètre. Arrivé en vue de la Maison de la Forêt, situé en aval du bisse, je grimpe sur le sentier pédestre. Personne ne nous a précédés, en tête, je choles – trace mon chemin – dans un demi-mètre de neige, laissant un profond sillon derrière mois. La progression est lente, un peu pénible, mais le paysage est splendide.

Avec papa nous nous relayons en tête, alors que maman ferme la marche. Par moment, il est possible d’enfoncer les bâtons dans la neige jusqu’à la poignée sans qu’ils ne touchent le sol. Nous rejoignons la route forestière lorsqu’elle s’enfonce dans les bois. Les ratracs ont du passé hier sur la piste, les skis s’enfoncent moins profondément et la progression est facilitée sur ce chemin damé. Par deux fois, un épineux déraciné par la tempête s’est renversé, il faut baisser la tête et courber le dos pour passer l’obstacle. Arrivé à l’intersection avec le chemin pédestre, il est temps de rejoindre le sous-bois. Le passage du talus est ardu, l’importante quantité de neige ne facilite pas l’accroche des peaux de phoques, et la pente, momentanément importante, rend la tâche d’autant plus difficile.

Sous le couvert des arbres, avec les importantes chutes de neige, le manteau est tout aussi important. Il faut à nouveau choler cinquante centimètres. Mais la vue est bien plus jolie que sur la route. Les arbres ont cessés de formé deux hautes murailles, il faut zigzaguer entre les troncs, chaque changement de direction apportant un nouveau point de vue, chaque courbe dévoilant une nouvelle merveille : branches d’épineux alourdies, noisetiers et sorbiers ployé sous le poids de la neige, sapenets dont la cime émerge tout juste de la surface, …  Arrivé à la lisière supérieure de la forêt, les bourrasques de la tempête nous cueille, les flocons poussés par les rafales s’engouffrent dans les moindres ouvertures, la neige nous cingle le visage, … Nous regagnons la piste de ski, enlevons les peaux de phoque, buvons rapidement du thé, versé fumant depuis le thermos puis redescendons jusqu’au chalet. Ne résistant pas à l’attrait de la poudre, je coupe à travers une ancienne trouée. La neige est toutefois un peu plus lourde qu’escomptée et sans l’importante pente, je serais resté immobilisés à la fin de certains virages. Demain, je recomence.

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