La tempête Joachim

16 12 2011

Écublens, le 19 décembre 2011, 8h00

Comme vous le savez sans doute, la tempête Joachim a déferlé sur l’Europe le 15 décembre dernier. En suisse, elle a atteint son paroxysme le vendredi. Les vents violents balayant le Léman ont contraint la Compagnie Générale de Navigation (CGN) a arrêté complètement leur service pendant toutes la journée. Au milieu de l’après-midi, j’ai donc décidé d’aller observer les flots tumultueux. Dehors le vent ne cesse de souffler, la pluie tombe dru, les gouttes sont transformées en projectile par les bourrasques qui s’enchaînent les unes après les autres.

Des chaussures de marche aux pieds, un pantalon étanche, une veste des plus imperméables, je maintiens mon équilibre tant bien que mal, mon vélo sollicité par des coups de boutoirs tempétueux. Alors que j’arrive en vue de la Plage du Pélican à Saint Sulpice, je reste coi : ce petit coin de paradis reconnu pour sa plage de galet, ses eaux claires, sa pelouse accueillante est transformée en enfer. Les branches des arbres claquent au vent. Le lac est déchaîné, au point que les mouvements houleux viennent soulever le fond argileux, teintant les eaux d’une couleur boueuse. Seul loin au large, le lac conserve sa couleur habituelle, ce vert sombre, digne d’un orage estival. Les embruns jaillissent derrière la sculpture du pélican. L’écume volent jusqu’au milieux du parc. Les galets sont projetés sur les rives. La plage a complètement disparu, engloutie par les vagues. Les pontons privés sont happés par les flots. Le vent cingle mon visage.

Plus loin au débarcadère de la CGN le spectacle est le même : la pelouse et le lac semble de niveau. Les vagues s’éclatent contre la jetée de granite, projetant des milliers de gouttelettes qui s’envolent à l’horizontale. Elles déferlent sur les quais, inondant le gazon. M’aventurant jusqu’au bout du débarcadère, je ressens la violence des éléments déchaînés. Le vent tend à me coucher, l’eau courant sur le sol essaie d’emporter mes pieds. Mais la vue est magnifique : à quelques dizaines de mètres de l’eau, la petite église de Saint Sulpice se dresse., Alors que sa silhouette romane reste impassible malgré le temps, un peu en retrait, un drapeau suisse claque dans le vent, déchiré, lacéré par la brise.

Rebroussant chemin,je rejoins les abords de la Banane. Dans le port de Saint Sulpice, les bateaux dansent la gigue, entraînés par le vent. Le sentier longeant le lac jusqu’à la Banane, un des bâtiments de l’Université, dont la forme est si bien décrite par son surnom, est rendu impraticable par les déferlements incessants. Les flots impitoyables rongent la grève, projettent graviers et cailloux sur l’allée, détrempent le pré. Il ne manquerait plus qu’un peu de lave, des fumerolles et des odeurs soufrées pour croire à la fin du monde.

Alors que la fin de l’après-midi s’approche, et le voile de l’obscurité avec elle, je rejoins l’embouchure de la Sorge. A plus d’un mètre au dessus de son niveau normal, s’écoulant sur un rythme torrentiel, l’eau a gagné les deux rives, baignant le pied des bouleaux et des êtres. Les deux langues de terres s’étendant de part et d’autre de son petit delta ont disparu sous les flots. Les mouettes s’ébattent dans les rafales humides, alors que les canards cherchent péniblement un coin tranquille où s’abriter. Les cygnes quand à eux sont tranquillement installés sur la grève, insensibles aux évènements extérieurs. La blancheur de leur duvet contraste avec le gris plombé du ciel, et celui ardoise des galets.

Avec un dernier regard à un arbre isolé sur le promontoire ouest, se battant contre vents et marées, je rentre. Le retour à vélo est long, bataillant contre le vent j’avance péniblement. A mon arrivée, la douche chaude ne sera que des plus agréables.

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