Première montée au chalet

17 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 17h10

Hier dans le courant de l’après-midi, mes parents me téléphonent pour savoir si je rentre en Valais cette fin de semaine. Comme Joachim nous a amené beaucoup de neige ces derniers jours, je me décide pour les accompagner au chalet. Avant de raccrocher, papa me dit qu’il va acheter des chaînes pour la voiture. Il doit être tombé beaucoup de neige pour que papa se soucie d’en avoir à bord. Il est plutôt du genre à les laisser à la maison. D’après mes souvenirs d’enfance, le nombre de fois où nous avons dû chaîner la voiture se compte sur les doigts d’une main, par conséquent papa doit être presque sûr de devoir les utiliser demain pour être si pressé d’en acquérir.

Samedi matin, il fait toujours mauvais temps lorsque je vais prendre le train. Un ciel couleur gris plombé s’étends au-dessus du Léman. Les flots sombres sont agités, de blancs moutons parsèment la crête des vagues. Les teintes du paysage sont restreintes, tous semblent noyés dans une palette bleue pétrole. Au loin, la neige apparaît, recouvre les vignobles du chablais vaudois. Sur les flancs du Grammont, la cheminée de l’usine de Chavalon se découpe sur le fond nuageux. Un véritable paysage de fin du monde.

Je quitte les abords du Lac. A mesure que le train s’enfonce dans le Valais, des nuages toujours plus épais de particules neigeuses sont projetées de part et d’autre de la locomotive. A Martigny, en attendant le régional, quelques flocons épars tombent. A Riddes, ils se sont faits plus nombreux et je découvre un village recouvert par une vingtaine de centimètres. Bien plus que j’en ai vu depuis des années en Valais. Sitôt arrivé à la maison, nous repartons pour les mayens. Papa au volant conduit prudemment. Quelques virages après avoir quitté la plaine, la route se pare de blanc. Un tapis neigeux, de plus en plus épais, la recouvre. Des flocons continuent de tomber. Nous continuons de monter lentement. Par endroit, une voiture de touriste est stationnée au bord de la route, le conducteur chaînant les routes. Ailleurs, nous observons les traces sinueuses d’une voiture ayant perdu l’adhérence. Partout des branches de sapins et de mélèzes jonchent la chaussée. Derrière une voiture, nous nous engageons dans le dernier virage. Là où la pente est la plus raide, la voiture ralentit, patine. Il est temps de chaîner. De toute façon, nous n’aurions pas échappé, l’automobile devant nous est arrêtée à son tour.

Une fois les chaînes installées, la conduite est presque un jeu d’enfant. Les roues s’accrochent à la neige, et nous gravissons sans problème la dernière côte. Peu avant l’arrivée en station, sur notre gauge, s’élève des montagnes de neige. Déblayée des routes du village, elle est déversée sur ce parking en attendant sa fonte. Le dernier tronçon de route pour arriver jusqu’au chalet est à peine dégager : une quinzaine de centimètre de neige tassée recouvre encore la chaussée. Lentement, derrière des voitures de touristes nous nous engageons. Le plus dur est fait. Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au chalet.

Une fois débarqués, la hauteur de neige de part et d’autre de la route est encore plus impressionnante. Le manteau neigeux doit bien mesurer un mètre d’épais. Pour rejoindre le chalet, nous nous engageons sur le chemin commun, dégagé avec une fraiseuse. De petits murets d’une soixantaine de centimètres s’élèvent de part et d’autre. L’aventure débute à nouveau lorsque nous quittons le sentier. Si l’été nous devons traverser une haute prairie herbeuse, aujourd’hui je trace le chemin dans un plus-qu’épais manteau neigeux. A peine engagé sur le tracé habituel que je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse. Secoué par le vent, la neige accrochée sur les branches du sorbier profitent de dégringoler sur ma tête au moment où je passe dessous. Peu après, le niveau atteint le sommet des hanches. A chaque pas, je dois ressortir complètement ma jambe de la neige, la jeter en avant, pour m’enfoncer à nouveau. Lentement je progresse jusqu’au chalet. Dans mon souvenir, je ne me souviens plus avoir vu pareil quantité de neige tomber en une fois. Maman, elle se souvient ne l’avoir vu qu’une seule autre fois, un matin de février – mois reconnu pour ses importantes chutes de neige. J’arrive enfin au chalet, l’escalier et le balcon sont ensevelis sous la neige. Je cherche à tâtons les marches jusqu’au palier.

Il est temps d’allumer le feu du potager pour dégager le conduit de la cheminée. Le bois se consume difficilement, la fumée peine à trouver son chemin vers la sortie. Il faudra atteindre quelques minutes avec que le feu ne ronfle comme à son habitude. Il est alors temps d’allumer le foyer principal, puis de déblayer les abords du chalet. Que de neige, à pousser en bas du balcon, à enlever des escaliers, à dégager pour accéder au bûcher. Une bonne heure sera nécessaire pour venir à bout de la tâche.

Alors que le chalet commence à se tempérer, nous partons pour une petite randonnée en peau de phoque. Après avoir chaussés les skis devant le chalet, nous nous enfonçons dans un paysage de Grand Nord. Les barrières disparaissent sous la neige, d’épaisses couches recouvrent les toits, les branches ploient sous les amas blancs, … Seule la route principale est bien dégagée, lorsque nous gravissons les deux raidillons en direction du bisse, la chaussée est encore recouverte par une vingtaine de centimètre. Arrivé en vue de la Maison de la Forêt, situé en aval du bisse, je grimpe sur le sentier pédestre. Personne ne nous a précédés, en tête, je choles – trace mon chemin – dans un demi-mètre de neige, laissant un profond sillon derrière mois. La progression est lente, un peu pénible, mais le paysage est splendide.

Avec papa nous nous relayons en tête, alors que maman ferme la marche. Par moment, il est possible d’enfoncer les bâtons dans la neige jusqu’à la poignée sans qu’ils ne touchent le sol. Nous rejoignons la route forestière lorsqu’elle s’enfonce dans les bois. Les ratracs ont du passé hier sur la piste, les skis s’enfoncent moins profondément et la progression est facilitée sur ce chemin damé. Par deux fois, un épineux déraciné par la tempête s’est renversé, il faut baisser la tête et courber le dos pour passer l’obstacle. Arrivé à l’intersection avec le chemin pédestre, il est temps de rejoindre le sous-bois. Le passage du talus est ardu, l’importante quantité de neige ne facilite pas l’accroche des peaux de phoques, et la pente, momentanément importante, rend la tâche d’autant plus difficile.

Sous le couvert des arbres, avec les importantes chutes de neige, le manteau est tout aussi important. Il faut à nouveau choler cinquante centimètres. Mais la vue est bien plus jolie que sur la route. Les arbres ont cessés de formé deux hautes murailles, il faut zigzaguer entre les troncs, chaque changement de direction apportant un nouveau point de vue, chaque courbe dévoilant une nouvelle merveille : branches d’épineux alourdies, noisetiers et sorbiers ployé sous le poids de la neige, sapenets dont la cime émerge tout juste de la surface, …  Arrivé à la lisière supérieure de la forêt, les bourrasques de la tempête nous cueille, les flocons poussés par les rafales s’engouffrent dans les moindres ouvertures, la neige nous cingle le visage, … Nous regagnons la piste de ski, enlevons les peaux de phoque, buvons rapidement du thé, versé fumant depuis le thermos puis redescendons jusqu’au chalet. Ne résistant pas à l’attrait de la poudre, je coupe à travers une ancienne trouée. La neige est toutefois un peu plus lourde qu’escomptée et sans l’importante pente, je serais resté immobilisés à la fin de certains virages. Demain, je recomence.

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