Le télémark, il n’y a rien de tel

26 12 2011

La Tsoumaz, 26 décembre 2011, 22h00

Après  un coucher la veille presque à l’heure des poules, le lever est matinal. Après avoir dérupité l’échelle du galetas, le ciel est juste rossi au-dessus du Fou lorsque j’ouvre les volets de cuisine. Je ravive le feu du potager où se consume les restes d’une briquette, rallume le feu dans l’âtre principal. Le crépitement des résineux brulant se fait bientôt entendre, il est temps de préparer les boissons du petit déjeuner, café, lait chaud et thé. Je profite de mettre mijoter dans une casserole d’eau un demi citron et une orange en tranche, ainsi qu’un demi-bâton de cannelle. Plus tard je rajouterai le sucre et le miel, y ferrai infuser du thé corsé avant de remplir mon thermos de cet agréable breuvage. Accompagné du tintement de la vaisselle, assiettes et tasses viennent rejoindre confitures et miels déjà déposé sur la table. Le ciel a perdu ses couleurs pastelles lorsque mes parents sortent de leur chambre. Avant qu’ils soient aptes à déjeuner, j’ai les temps d’accomplir les corvées de bois, autrement dit d’aller jusqu’au bucher par deux fois pour ramener les grosses buches pour alimenter le foyer principal, le petit bois pour allumer le feu, ainsi que le bois pour le potage. Bien que la cuisinière soit en partie électrique, au chalet nous préférons de loin encore utiliser le potager à bois pour effectuer toute la cuisine.

Peu après 9h00, je quitte le chalet. Comme d’habitude je pars avec mon sac à dos où sont fourrés pêle-mêle gants, lunettes, crème solaire, couches supplémentaires. Ne partant pas pour enchaîner les descentes, j’y ajoute aussi mon gros appareil photographique. Il faut dire que les blanches silhouettes des montagnes se détachent parfaitement sur ce fond d’un bleu céruléen. S’il ne fait pas aussi froid qu’en plein mois de février, l’atmosphère est très cristalline, avec me semble-t-il peu d’humidité. Un temps idéal pour aller admirer le panorama depuis le sommet du Mont Fort.

Une fois à Savolyeres, dans le soleil matinal, je dévale la piste du Sud parfaitement damée. Aucun pingueli – touriste perdu ne sachant pas skier – ne me barre la route. Les champs libres, l’instant est magique. Je trace des courbes sur toute la largeur de la piste. Bien trop courte, je suis déjà au fond. Profitant de ma vitesse, je m’élance sur la route Carrefour qui me permet d’atteindre la partie inférieur des pistes à Verbier. Un télésiège m’amène jusqu’aux Ruinettes, puis un deuxième sur les hauteurs de la Chaux. De là, je gagne la station inférieur du SuperJumbo, le nom du grand téléphérique qui m’amènera au col des Gentianes. A la frontière de Nendaz et Verbier, il se trouve au fond du glacier du Mt Fort. Depuis mon enfance, le glacier a bien fondu et où s’étendait encore une vaste plaine, la dépression se fait, année après année, plus importante. Un dernier téléphérique, le jumbo m’emporte presque jusqu’au sommet du Mt Fort à 3330 mètres.

Depuis la plate-forme d’arrivée, la vue est grandiose, elle s’étend du Bietschorn jusqu’aux Dents du Midi en passant par le Cervin. Je ne résiste toutefois pas à l’envie de grimper jusqu’à la croix qui me domine encore d’une trentaine de mètre. De là-haut, la vue s’étend 360° degrés. Fait exceptionnel, les alpes bernoises, parées de leur tenue hivernale se détachent sur les sombres crêtes du Jura, là-bas à plus de 200 kilomètres. Pour les apercevoir et surtout distinguer autant de détail, aucun stratus ne doit recouvrir le plateau. Comme deux semaines en arrière, je ne me souvenais plus avoir vu autant de neige tombé en si peu de temps, je ne me souviens pas avoir admiré un panorama si étendu.  Majestueux panorama enneigé. Tous ces  « 4000 » qui dressent  leur fière silhouette au-dessus des Alpes. Si mon père les a presque tous gravis dans sa jeunesse, pour ma part je tâche au moins de me souvenir de leur nom. Weisshorn, Dent Blanche, Cervin, Dent d’Hérens, Pigne d’Arolla, Massif des Combins, Les Grandes Jorasses, le Mont Blanc, la Verte, les Dents du Midi, … la liste n’est de loin pas exhaustive et je vous invite à venir les découvrir ici même. Et pourquoi pas skier un jour ensemble ?

Trêve de touriste, il est temps de retourner skier. Je descendrai directement sous la gare d’arrivée. La pente est plus raide, mais la neige bien meilleure. J’ai grand plaisir de chausser à nouveau mes télémarks dans cette neige trafollée – neige poudreuse où des skieurs sont déjà descendu –. Un vrai régal. Un petit schuss dans le plat du glacier, au fond de la descente m’amène aux Louettes Econdouè, un itinéraire à ski qui rejoint Tortin. Nombre de touristes sont déjà passés, de nombreuses bosses se sont formées. Quelques peu tarabiscotées, elles restent toutefois douces à skier.  Je peine un peu dans la première moitié. Le temps de retrouver les anciens gestes, les vieux enchaînements et je suis loin. A nouveau, je fais la queue avant de remonter. Malgré tout, je trouve qu’il y a encore peu de monde – moins que les autres années –, alors que Noël est déjà passé depuis deux jours.

La Tsoumaz, 29 décembre 2011, 13h00

L’enneigement exceptionnel de cette année a permis à Verbier 4 Vallées d’ouvrir le Mont Gelé. Bien moins élevé que son grand frère le Mont Fort, dépourvu de glacier, il s’agit toutefois de ma descente préférée sur le secteur, sans doute la plus technique compte tenu de la pente et des obstacles rocailleux qui s’y dressent. Le téléphérique vert, à l’unique cabine, s’envole des Attelas pour rejoindre d’une seule traite le sommet de la montagne. Durant ces quelques minutes, j’adore admirer le raide versant ouest. Succédant aux barres rocheuses, entrecoupées par de minces linceuls blancs, les contreforts se terminent en une pente immaculée allant en s’adoucissant. Comme depuis quelques années, je reste pantois devant le nombre de sans-peurs qui l’ont descendue, malgré les importantes précipitations de ces derniers jours. La vie étant trop belle, je descends un peu à gauche de l’itinéraire officiel sur la face Est. Entre deux cailloux, je trouve encore quelques longueurs de poudreuses encore vierges où je laisse un éphémère sillon. Un vrai régal. Atteignant le fond du vallon, je rejoins les Louettes Econdouè puis Tortin.

En début d’après-midi, alors que j’arrive à nouveau aux Attelas, j’observe trois personnes s’agité au pied du Mont-Gelé, sur une avalanche. Remontant la trace grisâtre de la coulée, au-dessus d’une barre rocheuse, une franche cassure est visible dans le manteau neigeux. Au milieu, la large trace d’un surfeur. Alors que deux patrouilleurs de Verbier 4 Vallées apparaissent sur la crête et se dirige vers le début de la coulée, le bourdonnement d’un hélicoptère résonne dans la vallée. Il vient déposer d’autres secouristes accompagnés de trois chiens au pied de la coulée. J’apprends rapidement par un ami employé aux remontées mécaniques  que trois chanceux touristes, pris dans le flux neigeux, ont pu s’extraire par leur propre moyen, mais qu’ils ne savent pas si le surfeur était descendu bien avant la coulée, ou si ce dernier en la déclenchant pris aux pièges. Une bonne heure et demie plus tard, les recherches sont abandonnées : l’observation visuel, les sondages et le flaire des chiens n’a décelé aucun autre enseveli.

Pour bien terminer la journée, je remonte au Mont Fort pour emprunter par le même chemin que ce matin. Si le début de la descente est tout aussi beau, l’ombre des montagnes recouvre le fond du vallon menant à Tortin. Je termine dans la pénombre froide et bleutée d’une fin d’après-midi hivernale. Je ne résiste pas non plus à une dernière descente depuis le Col de Chassoure jusqu’à Tortin. Je retourne au chalet en passant par Verbier. Après m’être gorgé de soleil lors de la montée jusqu’à Savolyeres, je glisse à nouveau sur le versant nord. Au chalet, l’apéro est presque prêt. Un peu de viande séchée, un petit verre de blanc contribue à réchauffer mes sens.

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