De retour en Bretagne

11 07 2012

Chesières, le mardi 7 août 2012

Trajet : Renens VD – Genève – Paris – Morlaix – Guiclan

Pour moi la Bretagne, et surtout le Finistère Nord, est comme mon pays d’adoption. Le mélange de sa nature fruste et sauvage, de ses côtes déchiquetées balayées par des vents iodés, submergées par des marées salées, de son architecture dur et pieuse, du tempérament breton m’ont subjugué dès ma première visite qui remonte en 1994. Alors âgé de neuf ans, mes parents nous y avait amené pour un mois complet de découverte et qui sont sans nul doute les plus belles vacances de mon enfance. En l’an 2000, nous y sommes retournés pour assister aux fêtes maritimes de Brest, et découvrir de nouveaux recoins.  Quatre ans plus tard, rebelote à l’édition suivante. Pour rien au monde, je n’aurais non plus manqué l’édition de 2008, couplée à quelques balades dans les terres et sur les côtes. Deux ans après, je suis retourné pour une semaine de navigation dans la manche entre Paimpol, Saint-Malo et Guernesey, suivi de quelques jours encore plus à l’Ouest pour saluer mes amis. Bref, depuis deux ans, il me manquait ma petite dose de légende bretonne et comme les murailles de Brest abritaient à nouveau les fêtes maritimes, j’ai décidé d’y retourner, là-bas au bout du monde dans le Finistère Nord.

Profitant autant de l’amalgame magique d’un soleil estival et  de pluies intermittentes lié intiment à l’absence de mes parents, le potager est devenu une véritable jungle, où les mauvaises herbes sont plus nombreuses que les plants comestibles, le gazon s’est transformé en un véritable pré où les dents-de-lions poussent drus. La fin précoce du périple grison m’aura permis de gagner de à m’occuper du jardin : tondre la pelouse, désherber le potager, ramasser petits fruits et légumes. Bref, deux jours plus tard il ne me reste plus qu’à faire mes valises et me préparer pour un départ matinal, prévu peu avant 5h30 mercredi matin.

Alors que j’avais prévu de rédiger mes pérégrinations bretonnes pendant le trajet, l’intrigue passionnante des Piliers des Cathédrales de Ken Follet me scotche littéralement aux lignes. Quand enfin j’arriverais à émerger de la prose – à la fin du dernier chapitre –, je me rendrais compte de l’absence de prise électrique dans les TGV. La batterie de mon ordinateur, déjà presque déchargée, ne tiendra qu’une trentaine de minutes, juste de quoi rédiger un feuillet. Qu’à cela ne tienne entre le Lonely Planet et Bretagne Insolite et Secrète, j’ai assez de lecture pour le reste du trajet.

15h34, arrivée à destination dans la gare de Morlaix. Léna m’attends sur le quai de gare, son ventre arrondi comme un globe terrestre. Chaleureuse retrouvaille sous un soleil perce pour la première fois de la journée les nuages. La Bretagne tout entière semble revivre et, abandonnant son morne manteau gris, elle se met à briller de mille feux. Quelques minutes plus tard nous arrivons au port. La ville n’a pas changé, dominée par le viaduc aux multiples arches qui enjambe le Jarlot, les veilles maisons tapissent le fond du vallon, s’accroche sur les versants. Mur de grès, encadrement de granits, toitures d’ardoises, la pierre est l’élément dominant de la construction bretonne. Ma première visite à Morlaix avait été marquée par l’adage de cette cité, maintes fois attaquée par les anglais, « S’il te morde, mords-les », ainsi que par la beauté des lieux. L’excellent souvenir que je gardais de cette cité me poussait à y revenir comme en pèlerinage.

Maison de la Duchesse Anne

Au gré des rues, j’ai retrouvé ces maisons à encorbellement, dont chaque étage supérieur est construit en surplomb du précédent, refermant peu à peu l’espace au-dessus des ruelles et les plongeant dans l’obscurité. J’ai redécouvert ces statues ornant autant les façades en bois, que les angles des maisons en pierre. J’ai revu ces maisons bretonnes du XVIIIe à la façade verticale, austère, symétrique où fenêtres et portes sont ceintes de granits. Enfin, j’ai retrouvé la Maison de la Duchesse Anne, l’un des joyaux architecturaux de Morlaix. Construite en 1539, elle servit d’hôtel particulier à une famille aisée, comme en témoigne sa situation, ainsi que la richesse de l’ornementation de la structure en pan de sa façade en bois, posée sur un premier étage en granit. A l’intérieur, le hall, de la largeur de la maison, s’ouvre sur une vaste pièce dégagée jusqu’au toit, connue sous le nom de lanterne. Ce nom provient de la suspension qui descendait depuis la charpente pour éclairer cette pièce. Une paroi de bois sombre sépare la cuisine, installée dans le prolongement, qui elle-même se termine sur une cour où se trouve un puits. Dans un des coins, les trois étages sont desservis par un escalier hélicoïdal dont le montant central, constituée d’une seule poutre, est finement ouvragé. A chaque palier, il se divise en deux desservants, côté rue les salles situées au-dessus des halles et de l’autre un pondalé menant aux pièces agencées au-dessus de la cuisine. Ce terme est la reprise bretonne du mot pont-d’alée qui désignait en français ce type de pont galerie permettant de traverser l’espace vide de la lanterne. J’arrêterais ici ma description de cette fantastique maison, de plus amples informations peuvent être glanées sur la toile. Une dernière anecdote est liée au problème d’évacuation des eaux de pluie de l’arrière-cour en raison de l’absence d’égout. Pour éviter que l’eau ne s’infiltre dans le sol et finisse par resurgir dans la cave, un caniveau longe le mur intérieur pour laisser ruisseler l’eau jusqu’à la rue.

Tout en déambulant dans les rues, nous passons devant l’église Saint-Mélaine. Je n’aurais malheureusement pas le plaisir de voir ses merveilleuses décorations de style gothique flamboyant, car l’édifice est déjà fermé. Léna tient à m’amener à l’endroit où le Jarlot disparaît, avalé par une voute, pour resurgir plusieurs centaine de mètres plus loin dans le port de Morlaix. Quelques mètres avant, sur l’autre rive, veille maison abandonnée sur l’autre rive possède un petit jardin, que la végétation a complètement envahi. A sa vue, je me demande en quelle petit coin de paradis il serait possible de la transformer.

Au lieu de suivre la route direct jusqu’à Guiclan, nous roulons le long de la rade jusqu’à Carantec. La marée basse a complètement dénudé les rives vaseuses, les balises rouges et vertes reposent à même le limon. A la pointe de Pen-al-Lann, une petite balade nous mène jusqu’au bord du rivage. La vue sur la Baie de Morlaix est magnifique. A gauche de l’Île Noir, le célèbre Château du Taureau, dessiné par Vauban, pour protéger Morlaix des anglais, dresse sa massive silhouette ovale. Un peu plus à l’Ouest, une île sur laquelle se dresse un phare. Il est depuis cette année possible de louer le temps d’un week-end la maison du gardien pour une modique somme. Toutefois, il est nécessaire de prendre son mal en patience, les réservations sont complètes presque jusqu’à la fin de l’année 2014. Encore plus à gauche, je reconnais l’île Calot, accessible avec une route submersible, la ville de Saint-Pol-de-Léon, caractéristique avec ses deux clochers.

Château du Taureau et phare de l’Île Louët

Arrivé à Guiclan, Dan, le mari de Léna, nous rejoint peu après. Il est l’heure de l’apéro pour fêter nos retrouvailles. Comme il est de mauvais ton d’être unijambiste, après un premier petit jaune, son petit frère arrive dare-dare. Après une longue soirée entre discussion, grillade, fromage et digestifs, il est temps d’aller dormir.

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