Retour en Suisse

21 07 2012

Ecublens, le 29 juillet 2012

Conquet – Brest – Rennes – Lyon – Genève – Ecublens

Il est juste passé 6h00 quand je me réveille. L’aube est déjà là, mais le soleil n’a pas encore surgit derrière l’horizon. Bien décidé à profiter de cette dernière demi-journée, je m’habille rapidement dans un silence religieux pour ne pas troubler la quiétude de la maison, saisi mon appareil photo, monte délicatement à l’étage pour ne pas faire grincer les marches et ouvrir la porte. Bip. Bip. Un signal retentit. J’ai oublié l’alarme. En quelque sorte, de toute manière je ne sais pas où elle se débranche. Je referme la porte, restant immobile à l’intérieur, attendant à voir surgir Francis de la chambre. Ce dernier ne tarde guère et débranche le dispositif pour me libérer.

Je descends jusqu’au bord de la ria. La marée est encore haute et la mer a envahi les prés salés, un voilier flotte sur les flots. Aucune brise thermique ne vient troubler le parfait miroir de l’aber. L’eau limpide reflète la lisière de la forêt, les amarres des voiliers, et même la brume qui s’évapore délicatement sur l’autre rive. Douce volupté du matin naissant, je profite de cet instant majestueux qui me rappelle le lever de soleil sur Matheson Lake en Nouvelle-Zélande. Un moment tout aussi magique où l’eau semble s’être changé en mercure tant sa surface est immobile. Au-dessus des crêtes, les premiers rayons s’égayent dans un ciel bleu aux nuances mauves. A l’apparition du disque solaire, les reliefs bleutés se parent d’anthracite, alors que le ciel, baigné dans une clarté orangée, se refléter sur la ria à la surface moirée par une brise légère.

Quiétude matinale

Quittant mon état contemplatif, je longe la berge jusqu’à l’ancienne usine d’iode que je contourne. De l’autre côté, tant les murs de la rampe de mise à l’eau, que ceux de la maison se parent d’ocre. Un subtil jeu d’ombres et de lumières se déroulent devant moi. Ombres chinoises d’arbres, raies lumineuses, tout évolue minute après minute. Peu à peu, le soleil s’élève, projetant ses rayons de plus en plus loin sur le bourg encore endormi. Les ombres nocturnes reculent, les façades dorées donnent un petit air du sud à ce village breton. Le long de la grève, je découvre une petite crevette blafarde à la limite des flots, stade primaire de son développement de crustacé.

Vue sur la ria depuis le pont aux rembardes bleues

Traversant la ria sur le pont aux rambardes bleues, à mi-chemin je me plonge dans l’ombre. Le soleil ne s’est pas encore levé sur l’autre rive. Poursuivant mon chemin, je passe devant l’imposante entrée de la ferme fortifiée de Cosquies, avant d’admirer la façade arrière de la longère où séjournait il y a fort longtemps les troupes du roi. Devant moi s’étends la presque-île de Kermorvan, réserve naturelle. Comme pendant ces derniers jours, je suis le GR34, surplombant de quelques mètres le port du Conquet. Face à moi se dresse tout le village, en premier plan, la maison du seigneur avec ses formes si caractéristiques et le petit escalier menant jusqu’au bord de l’eau, où sont ancrés trois vieilles barques.

Le Conquet qui prends un petit air du sud

Enfin, au détour d’une pointe, la silhouette carrée du phare de Kermorvan se détache au-dessus des rochers. Sur la même avancée rocheuse un fort d’inspiration Vauban fut construit à l’époque des rois de France pour protéger le Conquet des invasions anglaises et hollandaises. Plus tard, les allemands y creusèrent un blockhaus. D’ailleurs tout l’éperon arbore de nombreuses casemates de béton, comme autant d’épine que sur un porc-épique. Si j’avais eu plus de temps, je n’aurais pas hésité à passer outre l’interdiction pour m’approcher du phare. Il faut dire qu’avec les trois façades côté mer enduites de blanc, et la dernière, laissée à l’état naturel, qui exhibe ses pierres, il est très photogénique.

La presque-ìle de Kermorvan avec le phare éponyme

Poursuivant ma route je m’enivre de cette odeur iodée que m’apporte à chaque souffle le vent marin. Lorsque j’arrive face à l’Îlette où est érigé un fort, la marée est descendante depuis plus de deux heures. Là, dans cet étroit passage entre la côte et l’île, une ligne de démarcation s’est créée. D’un côté le flot de la marée descendante rejoint l’Atlantique. Les lignes de courant sont marqués telles des filets rectilignes. Puis soudain, la bataille se déchaîne, là où se rencontre le fort courant et la houle marine. Un fort ressac se crée, formant un triangle allongé, là où existent les hautfonds. Immuable, invariable chaque six heures, depuis des millénaires et pour des centaines d’années, cette bataille se déroule. Bien que l’envie ne me manque pas de visiter le fort, je ne prends pas le risque de traverser. Si la profondeur me semble faible, le courant est fort. Ce serait dommage de m’arrêter ici après avoir bu une trop grosse tasse. Ma balade est presque terminée, me voici à la plage des Blancs Sablons. Comme dans un rêve, en ce matin ensoleillé, je suis seul. Aucun touriste ni locaux n’est encore venu foulé la plage ce matin.

Plage des Blancs Sablons

9h15, de retour à la maison, les enfants viennent tout juste d’émerger. Le déjeuner se transformera en véritable brunch où les andouilles côtoient la confiture de mur, le fromage s’accompagne de pains, beurre salé et sucre se fondent en un caramel sur les crêpes réchauffées. Un vrai régal.

Le temps passe trop vite, ces cinq jours ont glissé entre mes doigts comme du sable. Il est bientôt l’heure de partir, mais j’ai encore le temps de partager un dernier apéro avec la famille au complet. Quarante minute après avoir savouré un dernier pastis face à la ria, je suis assis dans le TGV, direction Rennes, Lyon puis Genève et enfin Ecublens. Sur le chemin du retour je profiterais de me reposer de ces longues journées. Il me faudra bien une ou deux bonnes nuits de sommeil pour récupérer complètement.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités

Actions

Information

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :