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19 08 2012

[update : les nouveaux épisodes sont en caractère gras, les anciens épisodes comportent un astérisque en début de ligne]

J’ai eu un peu de temps pour vous narrer le début de mon périple breton.

Ainsi qu’une petite semaine passée sur le haut de Chesières, entre farniente et balade

Ainsi qu’une balade à *Romainmôtier. et une excursion à Zürich pour participer à la Limmatschwimme.

Je vous demande encore un peu de patience pour les titres, dont les récits ne sont pour l’heure qu’à l’état d’ébauche dans ma tête.





Limmatschwimme

18 08 2012

Dimanche 19 août 2012, 9h00, Aarau

Lors de ma dernière visite à Chesières, au cours d’une discussion Vanessa a laissé tomber qu’elle allait participer à la Limmatschwimme à Zürich. Il s’agit de descendre le cours de la Limmat depuis sa source à la sortie du Lac de Zürich, jusqu’aux bains fluviaux d’Oberer Letten, situé 2 kilomètres en aval. Si une option sportive existe, qui consiste à accomplir le parcours dans le minimum de temps, la majorité des participants se laisse emporter simplement par le courant.

Samedi en début d’après-midi, après avoir rejoint Vanessa et Max à la gare de Zürich, tout en gagnant les rives du Lac, nous regardons tous ces baigneurs glisser au fil de l’eau, accrochés à leur flotteur officiel, cette année en forme de papillon jaune aux ailes vertes. Pour plus de confort certains ont emporté leur matelas gonflable ou un petit radeau pneumatique où sont disposées quelques bières. Ne devant pas nous élancer avant 15h20, nous nous délectons d’une petite salade avant d’aller piquer une tête dans le lac au Chinagarten.

Limmatschwimme

Enfin, il est l’heure d’aller récupérer notre petit papillon et de se jeter dans la Limmat. Avec la chaleur de ces derniers jours, la température est plus qu’agréable et atteins officiellement la valeur de 23.5°C. Une fois à l’eau, le courant nous entraîne tranquillement pour une véritable découverte touristique de la ville. Les vieux bâtiments construits sur les rives de la Limmat possède déjà un certain charme, observé du quai d’en face. Observé depuis le ras de l’eau, cette perspective nouvelle et inhabituelle leur confère un cachet extraordinaire. La façade de la Grossmünster, flanquée de ses deux clochers aux toits arrondis, semble s’élever directement au-dessus du quai, le mur de soutènement cachant les autres bâtiments.

Au fil de l’eau

Répartis au fil de l’eau, des sauveteurs bénévoles observent attentivement la surface. Les mieux organisés, sans doute ceux ne venant pas pour la première fois, ont équipé leur nacelle, ancrée au milieu de la rivière, d’un parasol. La police fluviale, quant à elle, surveille les nageurs et sort de l’eau tous les resquilleurs, reconnaissable à l’absence de papillon. Avec près de 4200 nageurs officiellement inscrits, si plusieurs dizaines de personnes s’élançait dans la Limmat pour les accompagner, la tâche des sauveteurs seraient accrues et la sécurité ne serait plus forcément garantie.

Au fil de l’eau, les ponts rythment l’avancée. Arrivée à la hauteur de Zürich, la magnifique façade du Musée National d’Histoire Suisse se dresse derrière une rangée d’arbre. Après la Platzspiz, nous rejoignons un couple, dont la demoiselle porte un flotteur des plus insolites : reposant de ses deux pieds sur les épaules de la nageuse, une poupée gonflable se dresse fièrement au-dessus des flots. Au niveau de la jonction avec la Sihl, l’autre rivière zurichoise, un barrage entraîne une réduction de la largeur de la Limmat, et une accélération notable dans le flux hydraulique. Emporté plus rapidement, nous arrivons bientôt en vue des bains. Comme dans mon souvenir, lorsque Lis m’avait emmené voir ces bains lors d’une visite à Zürich, la rive droite est bondée par des baigneurs. En aval, quelques jeunes sautent avec entrain d’un pont en arche, s’élevant à une petite dizaine de mètres au-dessus des flots. Peu avant 17h00, nous arrivons malheureusement à la fin du parcours.

Les bains fluvieuax d’Oberer Letten

Retour à la gare de Zürich, où nous prenons le train jusqu’à Baden, une charmante petite bourgade sise sur les bords de la Limmat. L’ambiance y est festive pour une dizaine de jour kermesses estivales. Entre les échoppes vendeurs de spécialités étrangères, une quinzaine de bars à la décoration déjantée occupent les rues de la veille ville. Il ne faut pas imaginer de simple cantine, mais de véritable construction en dur s’élevant sur deux étages, avec terrasse sommitale, avant-toit, … Un vrai régal pour les yeux. J’ai particulièrement bien aimé celui du Léviathan, dont la façade est recouverte d’objets en bois aléatoirement disséminé : bâtons et skis, botte-à-cul,  mécanisme de morbier, portes, … ainsi que celui de Hell’s Vespa où la décoration un peu plus trash et steam-punk fait appels à des éléments de mécanique, de vieilles vespa, ainsi qu’une ancienne 2CV, en version break dont le coffre sert de frigo pour les boissons. Toutefois, nous nous y arrêterons pas, ou plutôt uniquement le temps d’acheter une canette de bière, que nous siroterons tout en marchant.

Mur du Léviathan et clocher de l’église à Baden

A Wettingen, petit arrêt au centre commercial avant de gagner Aarau en voiture. Après un dernier apéro, la nuit est depuis longtemps tombée quand nous nous mettons au fourneau. Point de grande gastronomie ce soir, patates grillées, côtelettes de porc et salade de tomates. Simple mais délicieux.

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Sous le miroir d’Argentine

10 08 2012

Trajet :           Barboleuse – Solalex – Barboleuse

Samedi 18 août 2012, 12h30, train Renens VD – Zürich HB

Après une magnifique soirée, nous allons nous coucher bien avant notre heure habituelle. Il est tout juste passé minuit quand je monte sur le toit pour m’installer. La lune n’est pas encore levée et je regarder la voûte céleste. Devant les astres immobiles, la brève traînée d’une étoile filante illumine de temps à autre le firmament, alors que deux chauves-souris volètent autour du toit.

Le matin venu, la table du petit déjeuner est prête quand mes deux collègues émergent enfin de leur chambre. Une petite vingtaine de minutes plus tard, nous nous régalons d’œufs brouillés et de bacon, arrosé de thé chaï. Décidé pour une petite balade, notre choix se porte sur la boucle Barboleuse-Solalex et sa vue sur le miroir d’Argentine, une magnifique dalle corallienne, dressée presque à la verticale dans le massif éponyme. Depuis des années, chaque soir passé à ce chalet, je l’observe lorsqu’elle se pare de milles couleurs au coucher du soleil.

Partis de Barboleuse, nous descendons au fond du vallon pour remonter à flanc de l’ubac. Longeant la rivière, nous découvrons tour à tour des clairières où broutent de paisibles vaches, l’ombre rafraîchissante des conifères, un petit ru remuant ou encore des champs composés de magnifiques et hautes fleurs jaunes sur lesquelles abeilles et papillons viennent butiner. A mi-chemin, au lieu-dit de la Benjamine, les anciens ont élevés une cabane. Pour la protéger des dangers de la montagne et des touristes, au-dessus de la porte, un panneau s’orne de l’inscription suivante :

 « Gentils lutins des bois, génies de nos monts,
Protégez cet abri, que domine Argentine
Et vous forestiers, touristes, bûcherons,
Aimez et respectez la jeune Benjamine 
»

La Benjamine

En milieu d’après-midi, alors que nous sortons de la forêt, les verts pâturages de l’alpage de Solalex s’étendent dans la plaine au fond du vallon. Aucun bruit de véhicules dans ce village d’alpage, seuls les babillements incessants des touristes troublent le calme. Enchâssé entre les versants vertigineux, dominé par le miroir d’Argentine, loin du bruit des voitures, il possède presque l’éclat d’une perle dans un écrin. Finalement, nous revenons jusqu’à Barboleuse en suivant l’autre versant. La vue sur le massif d’Argentine est plus saisissante. Il faut dire que les montagnes n’apparaissent pas écrasées par une perspective en enfilade.

Le Miroir d’Argentine

De retour au chalet, cinq autres hôtes nous rejoignent bientôt aux Tailles. Nous profitions des derniers rayons du soleil pour prendre un verre sur la terrasse avant de regagner la galerie pour continue l’apéro. A l’arrivée du dernier membre du groupe, il est temps de préparer le feu pour les grillades. Bien après le repas, accompagnés de quelques mojitos, nous grimpons sur le toit pour profiter de quelques étoiles filantes. Les discussions et remarques allant bon train, ce n’est que tard dans la nuit que je finirais par m’endormir. Au petit matin, j’admire une dernière fois un magnifique lever de soleil, avant de rôtir à nouveau sous les rayons ardents.

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P.S. Il semblerait que nous n’ayons pas perduré la tradition de Solalex, qui est d’y manger une meringue à la crème.





Les pyramides de Gypses

9 08 2012

Trajet :           Les Tailles – La Truche – Bretayes – Col de la Croix – Lac des Chavonnes – Bretayes – La Truche – Les Tailles

Samedi 18 août 2012, 11h00, train Renens VD – Zürich HB

Ce matin, le soleil se lève sur un ciel exempt de nuage. Peu à peu les sombres silhouettes des Montagnes Valaisannes se parent de couleurs vives. Mais Morphée m’emporte avant même que le Muveran en soit complètement drapé. Deux heures plus tard, sous un soleil éclatant je me réveille en sueur dans mon sac de couchage. Rien de mieux qu’une douche d’eau froide pour me redonner vie, avant d’avaler un copieux petit déjeuner.

Lever de soleil sur les Dents de Morcle

Pour rejoindre les Pyramides de Gypse, Vanessa et moi gravissons la raide montée jusqu’à la Truche, avant de longer la route jusqu’à Bretayes. Bien que le soleil soit déjà haut, j’apprécie les températures plus clémentes que lorsque j’ai suivi le même chemin hier en début d’après-midi. Quittant la route goudronnée, nous empruntons une route de terre battue aux ornières saillantes. Dominé par le Roc à l’Ours, nous avançons à flanc de coteau tantôt sur l’alpage, tantôt à couvert de la forêt. Si la vue sur la plaine du Rhône, recouverte d’une brume bleutée, n’est pas des plus jolies, le Val d’Illiez, dominé au Nord par les Dents du Midi est un magnifique écrin pour le massif du Mont-Blanc, dont les cimes enneigées se dressent dans le lointain : Mont-Blanc, Mont-Maudit, Les Drus, l’Aiguille Vert et Celle d’Argentière, les Courtes et les Droites, le Glacier du Trient, autant de noms liés aux excellents souvenirs hivernales de la Vallée Blanche.

Devant nous se dresse le pittoresque hameau d’Ensex. Une dizaine de vieilles bâtisses aux fondations de pierre arbore encore des toits de bardeaux. L’odeur du fromage fraîchement pressuré charme mes narines, alors que passons devant une alignée de boilles d’aluminium, séchant au soleil. En tout début d’après-midi, nous arrivons au but de notre randonnée. Les Pyramides de Gypse doivent être cachée dans le bosquet qui nous sépare encore du Col de la Croix. Le chemin s’enfonce dans les conifères, où les formations blanches restent invisibles. Avisant une petite sente, je quitte le sentier pédestre, sur lequel continue Vanessa. Grimpant en zigzag à travers les arbres, j’arrive sur un petit faîte. De l’autre côté d’une doline, se dresse un monticule dont la couleur blafarde tranche avec la verdure environnante. S’avançant entre les emposieus, tantôt grimpant abruptement jusqu’à une crête, tantôt dérupitant à mi-hauteur, je continue le long de la sente. Bien que je ne sois pas éloigné de plus d’une centaine de mètres de l’itinéraire pédestre, je suis comme perdu au milieu de nulle part. Jouant à l’équilibriste entre les trous, les uns remplis de ronces, les autres occupés par de l’eau stagnante, j’apprécie ce spectacle d’érosion de ces pyramides qui se dressent autour de moi.

Les Pyramides de Gypse

De retour sur le chemin officiel, je retrouve Vanessa, qui n’a encore aperçu aucune ombre des formations géologiques. Au Col de la Croix, un panneau portant la mention « Pyramides de Gypse » envoie sur un petit sentier retournant dans les bois, qui débouche sur un point de vue au bout de quelques dizaines de mètres. Le sentier semblant continuer plus loin, nous empruntons le tracé en terre battue s’enfonçant dans les hautes herbes. A mesure de notre progression, la pente se fait plus raide, la piste plus étroite, le sol plus glissons au point de devenir impropre à la circulation de touristes. Ne reculant presque devant rien, Vanessa me suit sans broncher. Finalement, de l’autre côté des Pyramides nous déboucherons sur un terrain humide où foisonnent des épilobes, dont les semences pelucheuses s’envolent autour de nous.

Après avoir grimpé à travers les pâturages, nous franchissons les barbelés pour rejoindre le sentier situé de l’autre côté de la crête. La vue sur les Pyramides de Gypse, dominée par le massif des Diablerets, est bien plus charmante que lors de notre arrivée. Alors qu’il était impossible de les voir lors de notre arrivée, d’ici les formations géologiques portent bien leur nom. Montant tranquillement jusqu’au col d’Encrène, le chemin ne devient abrupt que pour franchir la dernière cinquantaine de mètre. De l’autre côté, il dérupite dans le versant, suivant presque la ligne de plus grande pente. Au fond du vallon, nous rejoignons une route gravillonnée qui nous ramène sur les hauteurs du Lac des Chavonnes en passant par l’alpage de la Perche.

Le Lac des Chavonnes

Un petit tour du lac à la nage pour se rafraîchir, un morceau ou deux de saucissons et de fromage pour se restaurer, nous reprenons en suite la route en direction du chalet. Col de Bretayes, Les Bouquetins, La Truche et nous voici déjà aux Tailles. En attendant l’arrivée de Max, il est l’heure de prendre l’apéro.

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Balade jusqu’à Villars

9 08 2012

Chesières, le 8 Aout 2012, 15h45

Trajet : Les Tailles – Les Bouquetins – Villars – Les Tailles

Le beau temps étant de retour sans risque d’orage pendant la nuit, je profit de dormir à la belle étoile sur le toit terrasse de la galerie. L’éclat de la lune à demi-pleine est telle qu’elle fait pâlir les étoiles. Baignant dans une lumière blafarde, je sommeille à moitié, regardant la lune avancé lentement au-dessus des alpes valaisannes. Sans m’en rendre compte, Morphée m’emporte dans ses bras.

Au petit matin, les Dents de Morcles sont les premières à baigner dans une lumière orangée, vienne ensuite les deux Muveran et enfin toutes la chaînes se pare de sa robe matinale. A nouveau endormi, lorsque le soleil darde ses rayons sur le toit, la chaleur inonde peu à peu mon sac de couchage, me tirant de ma torpeur. Je profiterais encore de l’agréable chaleur un moment, avant de rentrer dans la galerie pour trouver une fraîcheur bienvenue.

En début d’après-midi je pars faire quelques commissions à Villars. Au lieu de couper court par les prés, je remonte presque jusqu’au Col de Bretaye par les Tailles, suivant la route inverse de hier. Au lieu-dit des Bouquetins, je bifurque en direction de la Maison Militaire, un ancien refuge de l’Armée Suisse, servant aujourd’hui comme hôtel-restaurant. De ses anciennes fonctions, il garde l’allure sévère et les volets décorés de chevrons rouge sur fond blanc. Je gagne Villars en suivant l’itinéraire du Tour des Alpes Vaudoises (Chemin Pédestre 46). Longeant la crête, le sentier est constitué de copeaux de bois, contenus entre deux poutres, à la manière des pistes finlandaises. J’ai l’impression de cheminer sur un sentier réaménagé pour touristes ne sachant pas marcher. Perdu dans une forêt de sapins, la vue n’est pas des plus intéressantes. Quelques ouvertures permettent d’admirer Villars avec la plaine du Rhône en contrebas, un paysage pas des plus gratifiant. Par contre, entre deux arbustes il est possible par moment d’admirer la crête à la Truche, et les clairières des Tailles.

Le Chalet aux Tailles

Arrivant au Col de la Sou, je rejoins la route serpentant dans les champs, à l’orée des bois. Si je perds la fraîcheur de la forêt, je gagne en panorama, le massif d’Argentine, reconnaissable à la dalle du Miroir, celui des Diablerets émergeant sur la gauche ou encore les sommets valaisans. La perspective sur le massif du Mont-Blanc et des Dents du midi est étonnante. Bien que je connaisse le nom d’un certain nombre de sommets, la forme sous laquelle il apparaisse me surprend. Arrivé au Scex, marqué comme un point de vue, alors que je pensais bénéficier d’un magnifique panorama, je déchante. Les arbres ont poussé, masquant la vue sur une partie du paysage et le panorama sur les Alpes Françaises est bien plus esthétique depuis le Col de Bretaye, situé à une altitude supérieure.

Arrivé à Villars, le timing est plus que parfait. Le magasin est ouvert depuis une dizaine de minutes quand j’arrive devant ses portes. Le temps de faire mes achats et je suis déjà sur le chemin du retour. Comme de nombreuses stations de sport d’hiver, Villars ne me laisse pas un souvenir enchanteur. Les anciens chalets manquent d’esthétisme, les nouveaux sont bien trop gros, de véritables palais. Les gigantesques complexes hôteliers ont les volets clos. Ce qui est marqué comme un chemin pédestre pour rejoindre les Ecovet en passant par les Chavasses, n’est rien d’autre qu’un itinéraire suivant une route de bitume, puis un sentier de gravier en zigzag, évitant les constructions récentes. Le tracé aurait pu être modifié pour passer en bordure d’un champ, deux cent mètres en amont, avant de plonger dans la forêt. Rien ne sert de râler, me voici déjà en vue du chalet.

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Chemin de l’eau (an 2012)

8 08 2012

Chesières, le 7 août 2012

Trajet : Les Tailles – Chemin de l’Eau – Lac des Chavonnes – Les Tailles

Réveillé à 7h30, il me faudra patienter deux petites heures avant que Vanessa sorte de sa tanière et daigne monter à l’étage pour prendre le petit déjeuner. Une heure après, nous partons pour une petite randonnée le long du Chemin de l’Eau avec un retour par le lac des Chavonnes. Je ne vais pas à nouveau vous décrire la balade dans son intégrité, les paysages n’ont presque pas changé depuis l’année dernière. L’itinéraire est toujours aussi plaisant entre les épilobes poussant dans les pierriers aux pieds des falaises à pic, plongeant sur l’ubac du Chamossaire et toutes les autres espèces alpines en pleine floraison : chardon, tréfle, menthe à feuille ronde, … De plus, en traversant l’une des nombreuses zones humides, nous sommes passés à travers une véritable « grenouillère », où j’ai compté une vingtaine de jeunes et petites grenouilles.

Si la forêt autour du chalet de Vanessa a beaucoup souffert de la tempête de janvier, au premier abord, les arbres ont tenu bon le long du sentier. Seules quelques branches déjà sèches ont dû se rompre sous les assauts du vent et jonchent en plus grand nombre l’humus. Ce n’est qu’en arrivant dans la forêt du Dard, que nous observons les dégâts : de nombreux troncs se sont rompus, éclatant à ras du sol, avant de basculer dans les dévaloirs.

Arrivés au lieu-dit des Cougnons, je suis cette fois  le véritable itinéraire pédestre, au lieu d’emprunter la route sans-issue puis de crapahuter dans les champs et la forêt à la recherche d’une sente qui a disparue. Nous retrouvons les prairies marécageuses en aval de la Fontaine. La dernière fois, pour grimper jusqu’au Lac des Chavonnes, j’étais passé par la gauche pour traverser les prairies éponymes et me souvenais d’un chemin, de type muletier, qui cotait sec. Vanessa n’étant pas la plus grande randonneuse, j’ai emprunté – en espérant que le sentier serait un peu moins raide – le deuxième itinéraire remontant par la Loutze. A peine avons-nous abordé la montée que je dois me rendre à l’évidence qu’il est tout aussi ardu. Montant à travers un champ d’épilobe au sol légèrement boueux, le sentier nous fait par moment grimper sur des pierres. Pauses après pauses, pour que la demoiselle conserve son souffle, nous gagnons peu à peu en altitude. Sa motivation sera dopée quand elle verra un vieux monsieur qui gagne lentement du terrain sur notre équipée et finalement, nous le laisserons – quand même – derrière nous.

Arrivé au Lac des Chavonnes, une planche posée en équilibre sur deux rochers jouera le rôle de banc pendant que nous avalons une morce. Alors que Vanessa restaure toujours ses forces, je me glisse dans l’eau turquoise foncée du lac. Un vrai régal. La température est excellente ni trop fraîche, ni trop chaude. Une fois dehors, il nous reste plus qu’à passer le Col de Bretaye puis à redescendre jusqu’aux Tailles en suivant la route d’alpage.

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Romainmôtier : sentier du patrimoine et abbatiale

3 08 2012

Chésières le 6 août 2012

Romainmôtier. Le nom même du village semble porter le poids de l’histoire. Nourrit par les récits et quelques photographies, souvenirs de mon enfance, j’imagine un joli bourg médiéval érigé autour d’une immense abbaye, encore intact, qu’une société monacale fait encore vivre. Un peu à la manière de Saint-Maurice d’Agaune, mais où le village serait encore préservé de constructions contemporaines. A peine débarqué du bus, l’atmosphère des lieux me ramène vers cette image d’Epinal. De vieilles et élégantes bâtissent bordent un côté de la rue principale. Face à elle, une succession de bâtiments à l’allure austère au milieu desquelles s’élève l’imposante Tour à l’Horloge. A sa base, une porte cochère la traverse de part en part, donnant accès au domaine abbatiale. Dans le soleil matinal, je suis instantanément séduit par la beauté des lieux, surtout qu’aucune ombre de touriste ne vient gâcher le tableau.

« Le temps fuit », tel est l’inscription qu’arbore chacun des quatre cadrans de l’horloge. Comme pour faire écho à cette maxime, les moines ont disparus depuis longtemps, et seuls un certain nombre d’édifices, magnifiquement restaurés, ont survécu aux siècles. Je longe l’église, mélangeant les genres, le chevet gothiques fait esthétiquement suite à la nef romane, caractérisée par de hauts murs exempts d’arc-boutant, percés de fines ouvertures se terminant en plein cintre. A l’arrière, un gigantesque tilleul planté dans l’axe de l’édifice, élève sa cime plus haute que le clocher et ombrage le chœur dont les murs sont renforcés par de massifs contreforts. Je quitte ce havre de paix en longeant le Nozon, une petite rivière au destin étrange : ses eaux alimentent aussi bien le Rhin que le Rhône.

Un pont sur le Nozon

 

Je descends le vallon verdoyant, où des feuillus aux teintes rendues presque électriques par les apparitions intermittente poussent drus sur les versants, alors que les chevaux broutent tranquillement le pâturage dans l’étroite plaine. Avant d’arriver à Croy, quittant les rives de la rivière, je longe un petit canal. Au lieu d’amener de l’eau aux moulins, il alimente simplement les lavoirs du village.  Restaurés, il est possible de s’agenouiller à la place des anciennes lavandières. Les genoux à même le sol pavé, le dos courbé, le thorax reposant sur la découpe (presque) ergonomique d’une extrémité de la planche sur laquelle le linge était frappé et rincé, la position n’est guère confortable. Un panneau informatif récapitule les différentes étapes de la Grande Lessive d’autrefois : deux fois par an, entre trois à quatre jours de durs labeurs.

Un des lavoirs de Croy

Au lieu de suivre directement le Sentier du Patrimoine, menant à la découverte des vestiges historiques dans les environs de Romainmôtier, je descends le long du Nozon jusqu’à la cascade du Dard. Au lieu-dit de La Vaux, glissant tranquillement contre une falaise, le flot tranquille prend son élan sur un petit surplomb et se précipite dans le vide, atterrissant dans une goulotte une dizaine de mètre plus bas. Nul puissant arc de cercle, l’eau se déverse en une simple chute, tombant telle une élégante draperie, avant de glisser à nouveau lentement au creux du val.

La cascade du Dard

Gravissant la rive gauche, je rejoins le chemin du patrimoine avant de m’enfoncer dans une chênaie. Loin des solides troncs décrits par La Fontaine, ici leurs silhouettes est chétives, sculptées tant par un sol pauvre, que par les coupes rases, jadis effectuées à intervalles réguliers d’une trentaine d’année. Entre les troncs torturés, les taillis foisonnent, cachant une faune variée. Les vernes ne cessent de bruire, agitées de tremblements alors qu’aucun souffle de vent n’est perceptible. Souvent une pie ou geai en jaillit, parfois ce n’est qu’un écureuil qui fuit, grimpant de façon hélicoïdale jusqu’à la frondaison, mais à plusieurs reprises c’est un chevreuil qui s’enfuit à mon approche. Après avoir été aussi surpris que lui une première fois, j’avance dorénavant plus délicatement, faisant attention à ne pas faire craquer de bois sec sous mes pas. Entendant le cri du brocard, pareil à celui d’un chien enroué, et observant au loin, à mon vent, les taillis s’agiter, mon avance se fait furtive, dans l’espoir de l’épier. Soudain, dans le vide laissé par les feuilles entre les branches, la couleur brune de son pelage apparaît. Me figeant sur place, j’attends qu’il bouge doucement pour l’observer. Peu à peu je distingue son cou, puis sa tête avec deux courtes cornes dont les pointes sont légèrement recourbées. Je reste à l’observer pendant de longue minute, jusqu’à ce qu’il tourne sa tête dans ma direction. Aurais-je suffisamment fait de bruit pour l’inquiéter ?  Toujours est-il que ses yeux fixent ma direction pendant une dizaine de seconde, puis il disparaît faisant craquer les branches mortes sous ses bonds.

Un chevreuil dans les bois

Au milieu de la chênaie, je découvre la carrière du Chanay. Exploitée en 1826 pour la construction d’un pont à Orbe, une dizaine d’année plus tard, elle est reprise par un maître carrier spécialisé dans la construction de bassin. Pendant trente ans, plus de 200 pièces seront extraites, exportée dans tout le canton de Vaud. Aujourd’hui aucun vestige ne subsiste des crics en bois utilisé pour soulever les lourds blocs, tractés ensuite par un attelage comportant jusqu’à 25 bœufs. Les seuls témoins de cette exploitation sont gravés à même le roc : de nombreux trous oblongs sont visibles côtes à côtes. Bien qu’aujourd’hui recouvert par les lichens et parfois à moitié rempli d’humus, leur forme rectangulaire trahisse une origine artificielle.

La carrière de Chaney

Redescendant dans le val, les chênes laissent places aux érables, qui à leur tour cède devant les hêtres et des frênes, pour qui le climat humide du fond de la cuvette est bien plus propice. De l’autre côté du Nozon, le Sentier du Patrimoine évolue dans une réserve naturelle. Remontant dans un vallon humide, je découvre une tufière. La mousse a envahi l’endroit humide, mais le tapis n’est pas encore suffisamment épais pour masquer les traces de l’exploitation passée. La tufière présente une étrange silhouette en escalier, façonnée par l’extraction de blocs aux formes rectangulaires. Un peu plus loin, seul un trou rond marque l’emplacement d’un four à chaux.

Remontant sur l’adret, le climat devient de plus en plus sec. Les plantes thermophiles font leur apparition et les clairières sont envahies par des prairies sèches. Au lieu-dit de la Carrière Jaune, le sentier suit le sommet de la falaise, pourtant j’aperçois un petit sentier traversant l’hémicycle rocheux. Revenant sur mes pas, je découvre une petite sente s’enfonçant dans les taillis et descendant dans le vallon. A ses côtés un poteau indicateur arbore deux écriteaux jaunes, indiquant les directions du chemin agricole. Aujourd’hui seul les attaches de la flèche pointant en direction du vallon sont visibles, le panneau a disparu, comme si une volonté cherchait à protéger cette endroit.

La Carrière Jaune

La Carrière Jaune, aucun endroit n’a jamais porté si bien son nom, sauf peut-être le Rocher à l’Aigle dans le Royal National Park au sud de Sydney. Au milieu du bocage, une paroi d’un jaune lumineux est marquée par des traces de dépeçage. Exploitée du XVe siècle jusqu’au début du XIXe, sa pierre fut utilisée pour orné les encadrements des portes et des fenêtres. Aujourd’hui elle présente un intérêt écologique prépondérant avec un écosystème très particulier caractérisé par un sol calcaire et un milieu des plus secs où non seulement évolue vipères et lézards, mais aussi où de nombreuses plantes menacées ont trouvé refuge, dont quatre orchidée placées sur la liste rouge de l’UNESCO. Bien qu’aucune d’elle ne soit en fleur, le calme des lieux, l’absence de bruit ainsi que la douce chaleur de cette fin de matinée invite à s’allonger dans l’herbe pour prendre un peu de repos. Quittant la carrière j’emprunte l’ancienne route. Le tracé est bien visible dans la combe où la construction d’un remblai, renforcé de part et d’autre par deux petits murets, a permis à la route de s’affranchir des plissements présents. Toutefois il se perd rapidement dans la forêt dès l’instant où son tracé n’exigea pas de travaux de terrassement.

Dans les buis de Ferreyeres, après être passé à côté d’un autre four à chaux, j’arrive près d’un édifice abritant deux fours à fer datant du Vie siècle. Comme son nom l’indique, Ferreyeres fut pendant longtemps un des centres de production de fer en raison des abondants gisements de minerai de la région. Peu après, la chênaie s’éclaircit à mesure que je grimpe jusqu’à déboucher sur une grande clairière où de l’herbe, jaunie par le soleil, pousse entre les larges dalles de pierres affleurantes du lapiez, à l’ombre de quelques tilleuls éparses. Après avoir brusquement tourné sur la droite, le sentier s’enfonce à nouveau dans la chênaie, procurant fraîcheur et ombre au paisible randonneur.

Un lapiez, au senteur méridionale

A mi-chemin de Romainmôtier, aux Gottettes, je découvre le dernier et plus ancien vestige de la journée, une pierre gravée, datée de 4000 av. JC. Ce bloc erratique, perdu au milieu des bois, est décoré de cupules, cercles et sillons, censé représenté une scène de chasse associant un ou deux hommes avec un animal. Témoignage du néolithique, tout au long du Jura, de nombreux blocs erratiques ou des pierres dressées sont décorés ainsi selon les croyances et rituels de l’époque.

La Pierre Gravèe

De retour à Romainmôtier, je découvre le domaine abbatial et ses évolutions successives. L’histoire commence en 910 par la construction d’un simple monastère sur la route du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Son histoire bascule lorsqu’en 928, il est offert à l’abbaye bénédictine de Clugny, dont les abbés seront à sa tête jusqu’en 1109. L’histoire commune se poursuit jusqu’en 1537, année à laquelle elle est dédiée au culte reformé. Aujourd’hui du monastère il ne reste que l’église et la maison du prieur après que les dépendances des moines aient été transformées en grange et que le cloitre fut démoli lors des réformes. Toutefois, elle reste l’un des rares édifices de style uniquement clunisien. Au fil des ans et des incendies, l’église a évolué, mélangeant l’art roman au style gothique pour former un ensemble d’une rare élégance. Le porche finement sculpté ouvre sur un narthex au plafond ouvragé, où se trouvent les fonds baptismaux. Les deuxièmes vantaux franchis, une volée d’escalier permette d’accéder à la nef. Seuls les piliers à l’impressionnant diamètre subsistent de son origine romane, contrastant avec la finesse des nervures du chœur. Reconstruite dans un style semi-gothique au XIIe siècle, la nef arbore sur son toit en plein cintre des nervures en croisée d’ogive décorées de motifs symétriques et colorés. En la dépouillant de chaire ou de stalles sculptées, la réforme protestante l’a embellie à sa manière, drapant cette église dans une brute sobriété.

L’abbatiale de Romainmôtier

Quittant l’église, je rejoins la maison du Prieur, qui servait à loger les hôtes de marque du monastère. Il faudra toutefois prendre votre mal en patience pour connaître l’histoire rocambolesque de ce bâtiment, le temps de retrouver mes notes, laissées à Ecublens. Il ne me reste plus qu’à tirer la porte pour pénétrer dans la salle sise au troisième étage, que la maîtresse des lieux à transformer en bibliothèque. A peine la porte tirée, je suis transporter comme dans un rêve, planant à des milliers de pieds au-dessus de la terre. La pièce complète est ceinte par des étagères sur lesquelles sont alignés des centaines d’ouvrage. Au centre, séparant la pièce en deux se trouvent un escalier menant aux combles. Sur le côté gauche, canapés, bancs et tables basses forment un espace lecture, alors que sur la droite des tables où sont empilés magasines et lettres constituent, je le suppose, l’espace travail. Partout, sur chacun des meubles, trônent des bouquins aux sujets des plus variés : arts, cinémas, cuisines, contes & légendes, … Et bien entendu, un coin est dévolu aux encyclopédies allemandes, anglaises, françaises, … Parmi elles, deux modèles réduits de voiliers donnent à l’ensemble un certain cachet. Plus d’une dizaine comportant tous les volumes s’empilent sur les rayonnages. Personnellement, je ne trouve qu’un seul défaut, l’absence de bande dessinée.

Une bibliothèque de rêve

Dans les combles sont entassés pêle-mêle divers pièce de tissus, un métier à tisser, des tentures, une table de couturière où trônent une machine à coudre, des bobines de fils, et un mètre à ruban. Quittant ce capharnaüm je descends jusque dans les caves, où jadis se trouvaient les écuries. Aujourd’hui l’aménagement est le reflet du troisième étage, sur le sol pavé repose d’anciennes malles, de vieux outils en fer rouillé ou en bois et sur les étagères, divers bibelots – bouteilles vides, ustensiles en étain, … – sont déposés dans un désordre ordonné.

Ne pouvant arriver à l’heure à la gare de Croy pour prendre le train de 12h07, une dernière balade m’amène jusqu’au Belvédère sur les hauteurs de Romainmôtier. La vue sur le village m’impressionne tant par son unité architecturale que par l’absence de constructions contemporaines qui viendrait à gâcher la vue d’ensemble. De là, je discuterais avec un couple âgé, originaire de Premier, le village d’à côté, qui viennent descendent régulièrement jusqu’au Belvédère et à Romainmôtier pour profiter de son atmosphère particulière. Pour ma part, avant de quitter le bourg, un dernier détour m’amène dans les ruelles pour respirer une dernière fois le parfum qui émane de ce lieu. Sur le chemin du retour en traversant Croy, je découvre une magnifique fontaine du village, composée de deux énormes bassins. J’avais lu en début de matinée que dans la convention liant la municipalité aux tailleurs de pierre de la carrière de Chaney, elle s’était réservé deux belles pour y tailler ses bassins.

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A la découverte du Haut-Lac : les Grangettes

30 07 2012

Saint-Maurice – Renens VD, le 31 juillet 2012

Trajet : Villeneuve – Bouverêt – Vevey – La Tour-de-Peilz

Ayant promis à deux amies blekiennes, Charline et Natacha, de les embarquer sur le voilier de mes parents au port de Vevey ce soir à 18h00, pour rallier la cité vaudoise, il me faut tout d’abord rejoindre le Bouverêt, port d’attache du bateau. Au lieu de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation qui m’amènerait de Lausanne au Bouverêt en passant par Saint-Gingolphe, je décide de traverser le chablais à pied, en longeant la réserve des Grangettes.

Arrivé à Villeneuve, il me suffit de traverser l’Eau Froide pour me trouver à la lisères de la deuxième plus grande zone de marais de Suisse, qui s’étends de Villeneuve jusqu’au bord du Rhône sur les berges du Léman. Depuis le sol, les Grangettes se résument à un mur de végétation : roselière surmonté d’une canopée verdoyante. Une tour d’observation, me permet de prendre de la hauteur et surtout de prendre conscience de l’écosystème : étangs entourés de roselière, clairière marécageuse, agglomérats de feuillus, … et dans ce complexe, la vie fourmille : multiples races de canards (grèbes, foulque, colvert, …), mouettes, goélands et cormorans, poissons divers (tanche et …) et encore deux paires de tortues, prenant un bain de soleil sur des branches mortes.

Les Grangettes (depuis la tour d’observation)

Quittant la route bitumée, dévolue aux cyclistes, je bifurque sur une petite sente qui s’enfonce dans les Grangettes. Entourés de part et d’autre de bouleaux et de hêtres, le sous-bois est moussu, fougères et prêle d’hiverd’hiver occupent les bordures humides alors que roseaux et nénuphars envahissent les plans d’eau. De temps à autre, j’aperçois un chêne ou un saule qui a poussé sur une éminence plus sèche. Craquements de bois, glissements visqueux, bruissement des roseaux, froissements de l’humus, autant de symboles d’activité d’une faune adaptée à la moiteur du lieu, bruyante mais presque invisible. Parfois j’aperçois un ou deux canards, ou un lézard qui se glisse dans les racines d’un arbre couché par les vents. Seuls les insectes virevoltent en essaim, se rappelant de temps à autre que mes mollets et avant-bras sont des places privilégiées, bien que parfois un peu dangereuses, pour déguster une pinte de sang.

Piste créée par un blaireau dans les prêles d’hvier

De l’utre côté d’un petit canalon, dans une propriété privée je discerne à travers les arbres les murs rouges d’une maison. J’envie déjà ce particulier, qui vit dans un endroit presque paradisiaque. J’enlèverais le presque quand les suceurs de sang auront disparu. Peu à peu, alors que les contours de la bâtisse se dévoilent, je découvre un jardin où le désordre organisé semble régner en maître. Le jardin instinctif, décoré par Gérard Bonnet, un véritable artiste, regorge de dizaine d’essences différentes, séparée par des allées et des œuvres en bois flottés ou des sculptures en métal rouillés. Un vrai régal pour les yeux. A l’entrée du jardin, au bord de ce qui pourrait être un petit port, à l’ombre d’un parasol, sur une table métallique, entourées de quatre chaises, de celles que l’on trouvait autrefois sur les terrasses citadines, est posés une carafe d’eau, des citrons et des verres insiste le promeneur à s’arrêter pour profiter de l’instant présent.

Un semblant de port

Un peu plus loin, d’autres maisons perdues dans la cambrouse forme le hameau des Grangettes. Le chemin pédestre me fait traverser un camping, endroit que j’ai en horreur. Des centaines de touristes s’entassent dans des tentes, des dizaines d’habitués se massent dans leur caravane, s’étalent dans leur petit jardinet coincé entre deux mobilehomes. Heureusement, je suis déjà de l’autre côté dans un petit chemin qui se perd dans la nature. Le long d’une petite grève, un chêne déraciné s’est abattu dans l’eau. Reposant sur deux de ses branches, le reste de sa frondaison est d’un vert éblouissant, tranchant avec le bleu du Léman.

Chêne ayant chu

Des bateaux sont amarrés de part et d’autre du Grand Canal. Sur chaque rive, une route dessert les quelques bungalows. L’endroit est bien plus charmant que le hameau précédent. La largeur du canal est une véritable fenêtre sur le Léman. La côte vaudoise est visible au loin, sous le Mont Pellerin, il est facile de reconnaître Vevey, à la Tour Saint-Martin de son église perchée sur les hauteurs. Un kilomètre en amont, un pont me permet de continuer en direction du Bouverêt. En m’avançant plus au milieu des terres, les forêts marécageuses laissent la place à des prairies humides limitées par des bocages touffus. Sur ma gauche, une vieille grange construite sur la rive d’un grand étang, n’est plus guère entretenu. D’ici quelques années, si les trous dans la toiture ne sont pas bouchés, la charpente va partir en morceau et ce ne sera plus qu’une ruine. En bordure du lac, il est possible d’admirer des gerris – insectes glissant sur l’eau, aussi connu sous le nom d’hydroptère – à l’envergure impressionnante. Et pour ceux dont la faune aquatique laisse froid, il est aussi possible d’observer de splendides demoiselles, toutes de bleu vêtues.

Lac à la Praille

Au port du Vieux-Rhône, je revois avec plaisir Pénélope. Ce voilier appartenant à un vieux couple de vaudois est armé comme pour affronter l’océan pour un tour du monde. Fidèle à l’adage « trop fort n’a jamais cassé », au-dessus de sa coque métallique, peinte de rouge, il arbore une solide mature divisée pour en faire un ketch. Ses superstructures blanches sont régulièrement percées d’hublot rectangulaires. Il rappelle par de nombreux points le mythique « Joshua » de Bernard Moitessier. La dernière surprise de cette petite balade est de découvrir un écriteau au lieu-dit du fort indiquant que cette propriété, située juste à côté du Rhône, appartient à la commune de la Tour-de-Peilz. Une dernière passerelle me permet d’enjamber le Rhône et une vingtaine de minute plus tard, je suis arrivé au port du Bouverêt.

Le Rhône depuis la passerelle des Grangettes

Le temps d’avitailler le bateau en fromage et saucisson pour la sortie de ce soir et je largue les amarres, direction Vevey. Il est malheureusement trop tôt pour que les thermiques se lèvent et je traverse au moteur. Le bruit d’une petite tondeuse à gazon m’accompagnera jusqu’à la Pointe à la Becque. De là, un très léger biset m’a permis de hisser les voiles. Un demi-mille en un peu plus d’une demi-heure, l’allure n’est pas des plus fulgurantes. Je ne patienterais qu’une petite dizaine de minute avec que les demoiselles n’embarquent. Si à la sortie du port, une petite brise nous tire sur quelques centaines de mètres, elle s’essoufflera rapidement. Avec le passage régulier de nuages cette après-midi, les écarts de température entre l’eau et la terre sont faibles et les thermiques ne seront guère enclin à se lever. Que cela ne tienne, les vieux gréements du lac sont réunis à Vevey pour une rencontre de tradition. Regarder voguez la Vaudois et la Savoie sous voile, admirer les lignes élégantes de la galère ou apercevoir l’Aurore, la petite nau valaisanne est un vrai spectacle. Surtout quand le soleil vient à se coucher et embrase d’orange le paysage.

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D’Ecublens à Saint-Prex

28 07 2012

Ecublens, le dimanche 29 juillet 2012

Trajet : Ecublens – St-Prex par le Venoge et le long du lac

Itinéraire Suisse :  Chemin du Panorama Alpin (3), Via Jacobi (4), Via Francigena (70)

Tracé GPS : http://www.endomondo.com/workouts/oj4sCHo757U

5h30 le réveil sonne. Dehors le ciel est couvert et une légère averse tambourine sur le regard métallique situé au milieu de la pelouse. Le soleil se lèvera bientôt, mais le ciel restera drapé de gris. Je me retourne dans mon lit et me rendort aussitôt.

8h30 je me réveille. Dehors le ciel est toujours gris et les brins d’herbes sont couverts de gouttes d’eau. La météo n’est pas au grand mauvais temps, elle s’emble plutôt d’inspiration Bretonne. La couverture nuageuse est fine, et arbore de magnifique teinte de gris et luit d’un blanc étincelant là où le soleil darde ses rayons. Petit-déjeuner avalé, appareil photo en bandoulière, chaussures aux pieds, je pars en balade, direction Saint-Prex par le bord du lac.

Quittant Ecublens, je rejoins les rives de la Venoge, cette petite rivière qui inspira le poète vaudois Gilles. Une véritable apologie où ce petit court d’eau revêt, dans une envolée lyrique, les traits d’un fleuve. Tranquillement, les eaux s’écoulent en méandres. Sur les deux rives, l’humidité profite à la végétation luxuriante, bouleaux et hêtres se dressent fièrement, fourrés où dominent les noisetiers, buttes où foisonnent épilobes et orties. Un petit chemin de terre battue suit les circonvolutions de la rivière ; de temps à autres, une sente descend jusqu’à de minuscules grèves. Il est alors possible d’admirer les filets d’eau se glisser entre les troncs d’arbres échoués, sous les branches feuillues, ou encore les élégants petits tourbillons créés aux abords des berges. Tout autour de moi la forêt murmure d’activité, lapereaux fuyant le bruit de mes pas, écureuils sautant de branches en branches s’égayant à mon arrivée. A mesure que je m’approche de l’embouchure, le havre de paix est troublé par le bruit des voitures suivant la route cantonale.

La Venoge

De l’autre côté, la Venoge a perdu sa douce sauvagerie, des bateaux sont régulièrement répartis de part et d’autre de son court, rattaché aux estacades par deux amarres. De chaque côté, la présence humaine est marquée par les maisons, terrains de sport ou de camping. Arrivant au bord du lac, je rejoins le sentier pédestre. Jusqu’à Saint-Prex, il ne me reste plus qu’à suivre le sentier emprunté par les deux grands itinéraires de randonnée de la Via Jacobi (3) et du Panorama Alpin (4), reliant Genève à Rorschach.

Jusqu’à Morges le sentier n’a rien d’extraordinaire, je longe le lac, bordé par la longue plage artificielle de Préverenges. Quelques joggeurs et cyclistes me dépassent. Une ou deux familles sont venues profiter des rives malgré le temps maussade. L’absence de soleil ne rebutera pas un vieux couple de nager, comme cela doit être leur habitude. La baie de Morges est remplie de voiliers et canots amarrés à leur bouée respective. Au loin, la massive stature du château, dressant ses quatre tour, veillent au-dessus du port alors que dans le lointain, la haute tour du château de Saint-Prex détache sa silhouette de la rive. En arrivant par l’ouest, le quai de Morge est bordé par de magnifiques propriétés. Mitoyenne les maisons dressent leur élégante façade, percée de grandes fenêtres, au fond de grand jardin arborisé ceint d’un mur. Deux portes s’y découpent, l’une petite laisse le passage aux particuliers. L’autre s’ouvre sur un hangar à bateau. Au pied de la large ouverture, deux rails jaillissent et se jettent dans le Léman. Un élégant système de poulies et de treuilles, aujourd’hui caché, permettent la mise à l’eau d’un canot à moteur. Je me plais à imaginer la scène autrefois, avant que les barcasses en plastique ne remplacent les élégants runabouts construit en teck et acajou.

Le long du quai de Morges

Après avoir quitté Morges, et surtout laissé derrière mois son deuxième port, la nature reprend ses droits. Empruntant le sentier de la truite, je longe la pointe du Boiron où poussent fourrés et feuillus aussi dru que sur les rives de la Venoge. Entre deux arbres je redécouvre la petite grève où j’étais venu échouer mon catamaran bien des années auparavant. Par une semaine de forte bise, j’étais parti à l’aventure pour quelques jours sur le Léman. Ayant quitté le Bouverêt le matin, dans l’impossibilité de remonter au vent, je m’étais réfugié dans le port d’Evian vers midi. Ne voulant pas rester bloquer dans la ville française si le vent ne se calmait pas dans les jours à venir, j’ai profité d’une petite accalmie en fin d’après-midi pour la côte Suisse. Hélas, la bise était trop forte, et sur mon catamaran mal équilibré – il y avait un gros tonneau étanche au centre où je rangeais mes affaires -, il m’était impossible de maintenir le cap sur Morges. C’est ainsi que je suis venu m’échouer pour la nuit à la pointe du Boisrond. Mon aventure commençais par une belle journée de près de 20 milles parcouru. Mais elle ne devait pas s’arrêter en si bon chemin. Le lendemain je devais chavirer devant Rolle. Remis d’aplomb deux jours plus tard, une manille lâcha en face d’Yvoire et le mat s’est abattu. Je rejoignis la côte pour le remater, maintenant tant bien que mal le mat sur le trampoline pendant que je pagaillais. Le retour au Bouverêt fut bien plus calme, avec que des brises légères. Trèves de bons souvenirs, il est temps de poursuivre la route.

A la pointe du Boiron, la grève sur laquelle j’avais échoué mon catamaran

Peu avant d’arriver à Saint-Prex, le chemin s’éloigne de la côte. Bafouant une loi garantissant le libre passage à pied le long de la côte lémanique, il est interdit sur quelques propriétés – sans doute aux bénéfices de forfaits fiscaux – au quidam de traverser leur belle pelouse. En rejoignant le village par l’intérieur des terres, j’arrive devant l’ancienne porte de ce vieux bourg. Dernier vestige des remparts encore visible, la Tour à l’Horloge, percée d’une porte cochère dont les anciens gonds sont encore visible, se dressent fièrement. De part et d’autre, elle est aujourd’hui entourée de solides masures mitoyennes, construites avec les pierres des murailles détruites. L’office du tourisme est sise dans une petite épicerie-fromagerie pittoresque. Une fois à l’intérieur, les odeurs affluent à s’en pourlécher les babines. La sympathique tenancière de l’échoppe s’occupe aussi de renseigner les touristes à la recherche d’information. Fait rare pour le relever, je découvre un petit livret – tenant sur une feuille A4 – qui emmène le badaud pour une balade commentée. La promenade débute avec l’histoire de Saint-Prex à la Tour de l’Horloge, puis m’emmène à travers le bourg, narrant de manière succincte mais intéressantes les points dignes d’importance. Descendant la Grand’Rue, j’admire au passage le Foyer une splendide maison communautaire bâtie en moellons. Sur l’angle à la croisée avec la rue Saint-Porthais, elle arbore une magnifique enseigne en fer forgé symbolisant un coq. Au fond de la rue se dresse le Manoir Forel, une grande bâtisse datant du XIIIe siècle, construite et embellie par une famille de célèbre médecin et psychiatre, juste en aval de la pointe Suchet, d’où la vue, par temps claire, embrase tout le Léman de Genève à Villeneuve, du Moléson à la Dôle. Amer des plus reconnaissables du Léman, au même titre que l’église de Meillerie ou le clocher de Vevey, je découvre enfin la tour du château, peinte de blanc. Une plaque scellée dans la base du donjon narre l’histoire de la fortification de Saint-Prex, les changements d’allégeance entre chanoines Lausannois, Duc savoyard, envahisseurs bernois et finalement indépendance vaudoise. J’achèverais ma visite du village en déambulant dans le reste du village découvrant tour à tour le bain des Dames, le Vieux Collège ou encore la maison Warnery-Dessaux. Mais c’est sur la façade avant d’une vieille grange que je découvrirais le spectacle le plus pittoresque, des dizaines d’hirondelles se sont abritées sous l’avant-toit, perchées sur des câbles téléphoniques.

Une colonie d’hirondelles

De retour à l’échoppe, je demande à la fromagère l’origine du couronnement des Rois qui a lieu demain dans la Grand’Rue. Elle m’expliquera qu’il s’agit d’une vieille tradition instaurée par la non moins ancienne société de tir. Devant mon intérêt, elle m’indique que des visites guidées du bourg s’effectue pendant l’été, emmenée par un passionné, féru d’histoire qui conte l’histoire au moyen d’anecdote et d’élément architecturaux. Avant de regagner la rue, je n’ai point résisté à la tentation d’acheter un petit fromage frais de brebis ainsi qu’un morceau de tome vigneronne provenant du village.

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Retour en Suisse

21 07 2012

Ecublens, le 29 juillet 2012

Conquet – Brest – Rennes – Lyon – Genève – Ecublens

Il est juste passé 6h00 quand je me réveille. L’aube est déjà là, mais le soleil n’a pas encore surgit derrière l’horizon. Bien décidé à profiter de cette dernière demi-journée, je m’habille rapidement dans un silence religieux pour ne pas troubler la quiétude de la maison, saisi mon appareil photo, monte délicatement à l’étage pour ne pas faire grincer les marches et ouvrir la porte. Bip. Bip. Un signal retentit. J’ai oublié l’alarme. En quelque sorte, de toute manière je ne sais pas où elle se débranche. Je referme la porte, restant immobile à l’intérieur, attendant à voir surgir Francis de la chambre. Ce dernier ne tarde guère et débranche le dispositif pour me libérer.

Je descends jusqu’au bord de la ria. La marée est encore haute et la mer a envahi les prés salés, un voilier flotte sur les flots. Aucune brise thermique ne vient troubler le parfait miroir de l’aber. L’eau limpide reflète la lisière de la forêt, les amarres des voiliers, et même la brume qui s’évapore délicatement sur l’autre rive. Douce volupté du matin naissant, je profite de cet instant majestueux qui me rappelle le lever de soleil sur Matheson Lake en Nouvelle-Zélande. Un moment tout aussi magique où l’eau semble s’être changé en mercure tant sa surface est immobile. Au-dessus des crêtes, les premiers rayons s’égayent dans un ciel bleu aux nuances mauves. A l’apparition du disque solaire, les reliefs bleutés se parent d’anthracite, alors que le ciel, baigné dans une clarté orangée, se refléter sur la ria à la surface moirée par une brise légère.

Quiétude matinale

Quittant mon état contemplatif, je longe la berge jusqu’à l’ancienne usine d’iode que je contourne. De l’autre côté, tant les murs de la rampe de mise à l’eau, que ceux de la maison se parent d’ocre. Un subtil jeu d’ombres et de lumières se déroulent devant moi. Ombres chinoises d’arbres, raies lumineuses, tout évolue minute après minute. Peu à peu, le soleil s’élève, projetant ses rayons de plus en plus loin sur le bourg encore endormi. Les ombres nocturnes reculent, les façades dorées donnent un petit air du sud à ce village breton. Le long de la grève, je découvre une petite crevette blafarde à la limite des flots, stade primaire de son développement de crustacé.

Vue sur la ria depuis le pont aux rembardes bleues

Traversant la ria sur le pont aux rambardes bleues, à mi-chemin je me plonge dans l’ombre. Le soleil ne s’est pas encore levé sur l’autre rive. Poursuivant mon chemin, je passe devant l’imposante entrée de la ferme fortifiée de Cosquies, avant d’admirer la façade arrière de la longère où séjournait il y a fort longtemps les troupes du roi. Devant moi s’étends la presque-île de Kermorvan, réserve naturelle. Comme pendant ces derniers jours, je suis le GR34, surplombant de quelques mètres le port du Conquet. Face à moi se dresse tout le village, en premier plan, la maison du seigneur avec ses formes si caractéristiques et le petit escalier menant jusqu’au bord de l’eau, où sont ancrés trois vieilles barques.

Le Conquet qui prends un petit air du sud

Enfin, au détour d’une pointe, la silhouette carrée du phare de Kermorvan se détache au-dessus des rochers. Sur la même avancée rocheuse un fort d’inspiration Vauban fut construit à l’époque des rois de France pour protéger le Conquet des invasions anglaises et hollandaises. Plus tard, les allemands y creusèrent un blockhaus. D’ailleurs tout l’éperon arbore de nombreuses casemates de béton, comme autant d’épine que sur un porc-épique. Si j’avais eu plus de temps, je n’aurais pas hésité à passer outre l’interdiction pour m’approcher du phare. Il faut dire qu’avec les trois façades côté mer enduites de blanc, et la dernière, laissée à l’état naturel, qui exhibe ses pierres, il est très photogénique.

La presque-ìle de Kermorvan avec le phare éponyme

Poursuivant ma route je m’enivre de cette odeur iodée que m’apporte à chaque souffle le vent marin. Lorsque j’arrive face à l’Îlette où est érigé un fort, la marée est descendante depuis plus de deux heures. Là, dans cet étroit passage entre la côte et l’île, une ligne de démarcation s’est créée. D’un côté le flot de la marée descendante rejoint l’Atlantique. Les lignes de courant sont marqués telles des filets rectilignes. Puis soudain, la bataille se déchaîne, là où se rencontre le fort courant et la houle marine. Un fort ressac se crée, formant un triangle allongé, là où existent les hautfonds. Immuable, invariable chaque six heures, depuis des millénaires et pour des centaines d’années, cette bataille se déroule. Bien que l’envie ne me manque pas de visiter le fort, je ne prends pas le risque de traverser. Si la profondeur me semble faible, le courant est fort. Ce serait dommage de m’arrêter ici après avoir bu une trop grosse tasse. Ma balade est presque terminée, me voici à la plage des Blancs Sablons. Comme dans un rêve, en ce matin ensoleillé, je suis seul. Aucun touriste ni locaux n’est encore venu foulé la plage ce matin.

Plage des Blancs Sablons

9h15, de retour à la maison, les enfants viennent tout juste d’émerger. Le déjeuner se transformera en véritable brunch où les andouilles côtoient la confiture de mur, le fromage s’accompagne de pains, beurre salé et sucre se fondent en un caramel sur les crêpes réchauffées. Un vrai régal.

Le temps passe trop vite, ces cinq jours ont glissé entre mes doigts comme du sable. Il est bientôt l’heure de partir, mais j’ai encore le temps de partager un dernier apéro avec la famille au complet. Quarante minute après avoir savouré un dernier pastis face à la ria, je suis assis dans le TGV, direction Rennes, Lyon puis Genève et enfin Ecublens. Sur le chemin du retour je profiterais de me reposer de ces longues journées. Il me faudra bien une ou deux bonnes nuits de sommeil pour récupérer complètement.

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