J-2 : Whaiharakeke-Taumarunui

13 05 2011

Piriaka Lookout, Taumarunui, 13 mai 2011, 19h45 (GMT+12)

D=414.8 km

Les lueurs de l’aube me tirent de mon sommeil. Le temps de ranger mon lit, avaler un petit déjeuner et me voilà reparti, direction Waitomo. La route grimpe par monts et vaux. Laissant Kawhia Harbour dans mon sillage, je m’enfonce à l’intérieur des terres du Waikato, le nom de cette région. Premier arrêt à Mangapohue Arch: un chemin, composé en grande partie d’une galerie suspendue à flanc de rocher, mène à une arche perdue dans la jungle. Culminant à 17 mètres de haut, elle est le vestige d’une ancienne grotte écroulée, et arbore en ses flancs une petite arche et de magnifiques stalactites. Après avoir passé la petite arche, le sentier se poursuit dans une prairie boueuse et mène jusqu’à un rocher recouvert d’huîtres fossilisées de taille plus que conséquente. Je retournerai jusqu’au campervan sous un début d’averse qui se transformera en pluie battante.

Waitomo, dont le nom, forgé à partir des termes maoris Wai, l’eau, et trou, tomo, convient particulièrement bien à cette région karstique, possédant plus de 400 grottes, dont une descendant à plus de 1000 mètres. Ma découverte commence par Ruakuri Cavern: un sentier aménagé par le DOC grimpe à flanc de coteau, enjambe une arche naturelle, redescend dans une dépression; il possède une vue exceptionnelle sur la rivière Waitomo qui serpente en contrebas, tantôt calme, tantôt tumultueuse, au détour d’un lacet, ou encore traverse des tunnels creusés par la rivière. Mais le point d’orgue est sans doute la plateforme, construite dans Ruakuri Cave, qui offre une vue d’enfer sur la rivière s’engouffrant dans les profondeurs de la montagne.

Ruakuri Cavern : les flots de la rivière Waitomo à l'entrée de la grotte

Waitomo, aussi le nom du petit village, est surtout connu pour ses grottes, possédant soit des sécrétions extraordinaires, soit des colonies de glowworms. Les attractions touristiques sont diverses, entre le nombre de caves, et la façon de les explorer. Je ne choisirai pas l’option qui me permettra le plus de profiter des merveilles de la nature, en explorant à pieds secs les grottes. Mon cœur a penché vers le rafting souterrain: Waitomo Adventure affichant complet, et le prochain tour étant dans plus de 4h00, je me laisserai entraîner par la Legendary Blackwater Rafting Compangy, qui aurait popularisé, si ce n’est pas inventé le rafting spéléologique. Je choisis la découverte Labyrinth Tour, qui va m’amener, ainsi qu’un jeune couple hollandais, Ingrid et Alex, cascader et me laisser flotter sur une bouée, de type chambre à air de camion au gré des courants.

Première étape, après avoir revêtu la combinaison néoprène pour se protéger du froid, les bottes en caoutchoucs antidérapantes, ainsi qu’un casque et frontale étanche, une petite photo souvenir des joyeux aventuriers. Deuxième étape, Lucy, notre guide, amène notre petit groupe en bus jusqu’à Ruakuri Cave. Le nom de la grotte, signifiant littéralement Deux (Rua) chiens (Kuri), fait référence à une histoire maorie. Alors que le chef de la tribu Kawhia, Tane Tinorau menait ses guerriers au combat, ils passèrent devant une grotte d’où surgit une meute de chiens, qui furent tous tués. La caverne devient alors Tapu, lieu de cérémonie spirituelle. Après le choix de la taille de la bouée et les premiers essais, qui nous permettent de déguster la température de l’eau, 10°C, nous gagnons Ruakuri Cave, dont nous empruntons l’entrée secondaire, elle-aussi arrivée d’eau d’un bras de la rivière Waitomo. La principale entrée est destinée aux touristes secs.

 »]Dans la première salle: explication sommaire du parcours, des choses à faire et surtout à ne pas faire, puis nous partons. Première (pseudo-)chute d’eau, la théorie est simple, sauter en arrière, la bouée passée autour de l’arrière train, comme nous l’avions entraîné à l’air libre. Toutefois, aucuns de mes deux collègues ne semble motivé à partir en premier, tant mieux. L’impression est étrange, de sauter dans le noir, regardant le faisceau de la lampe torche balayer le plafond. Nous nous laissons flotter. Gonflé par les pluies de ces derniers jours, le courant est suffisamment fort pour nous entraîner sans que nous ayons à nous agiter. Un petit bout de chemin à pied nous mène devant l’entrée d’un boyau, où la directive est de tourner 2 fois à gauche, 1 à droite et une dernière fois à gauche, Lucy, nous récupérant à la sortie. A nouveau, je pars en premier. Plutôt surprenant que de s’aventurer dans une grotte, mais j’aime plutôt bien m’aventurer, regarder les merveilles souterraines, les divers embranchements qui pourraient nous amener à nous perdre, ou encore la vue à travers une ouverture sur une salle en contrebas. Mes 40 mètres de tunnel sont bien trop courts, j’en aurai bien avalé dix de plus. La partie pédestre est terminée, une deuxième et dernière chute d’eau à passer de la même manière, mais cette fois de taille un peu moins modeste (1.5m). A la sortie de la goulotte, une corde à laquelle il ne faut pas manque de s’accrocher pour ne pas être entraîné plus loin sans le guide. Premier de cordée, je me lance: que du bonheur! Malheureusement nous n’avons droit qu’à un seul essai.

 »]La partie spectacle peut commencer: en formation d’anguille, les uns accrochés aux autres, nous glissons sur l’eau calme, la tête en arrière, les yeux rivés sur le plafond où scintillent des centaines de glowworms. J’en avais déjà vu à Whangarei, mais ici la population est bien plus nombreuse. Nous pourrions tout aussi bien flotter dans l’espace les yeux rivés sur la voie lactée. Nous glissons en contrebas d’une passerelle où quelques visiteurs de Ruakuri nous regardent passer. Mais la fin du tour approche, la lumière diurne éclaire le bout du tunnel, après 1h00 d’aventure souterraine. Presque la fin de l’aventure, une dernière portion à l’air libre, puis nous sortons de l’eau.

Retour au village où nous profitons d’une excellente douche, même un peu trop chaude à mon goût, d’une petite soupe de tomate et d’un excellent bagel grillé et beurré. Je ne regrette absolument pas l’attraction, et je reviendrais volontiers pour d’une part visiter les trois grottes en touriste plus standard, et surtout d’autre part pour faire The Lost World, un parcours entraînant l’aventurier pendant 5h00 dans l’obscurité, à travers rappels, dont un de 100 mètres, session de grimpes et de rampes, nages et glissades, dans ces rapides noirs.

Je reprends la route direction le Tongariro National Park. Un coup de fil met toutefois fin à mes espoirs. Les nuages ne disparaîtront pas et un véritable volcan va souffler sur ces sommets avec un vent soufflant à 60 [km/h], accompagné de rafales à plus de 100[km/h] jusqu’à la fin du ouikènne. N’étant plus contraint par le temps, mes arrêts se font plus fréquents pour profiter du paysage, magnifique, bien que devenu un peu monotone à la longue. La route serpente toujours tantôt sur le fond plat,  tantôt sur les crêtes arrondies de ces monts et vaux recouverts de pâturages d’un vert mi-acidulé, mi-électrique où s’élèvent bosquets et arbres esseulés.

Mon arrêt à Te Kuiti, capitale néo-zélandaise de la tonte de mouton, pour observer l’imposante sculpture de 7.5 tonnes, représentant Le Tondeur de Mouton, j’apprends quelques hauts faits de cette industrie. Pour assurer la production de 213’000 tonnes de laine, soit 25% de la production mondiale, 48.1 millions de moutons sont répartis sur 8.3 millions d’hectare dans 7945 fermes. Depuis 1969, les tondeurs de moutons se livrent une course effrénée sur une journée de 9h00. Les technologies étant, le record de moutons tondus est passé de 500 en janvier 1969 à 804 en 1980. Depuis 1981, toutefois, ce nombre tombe à 623 en 1981, après l’introduction d’un quota de 900 grammes de laine par agneaux et 3 kilogrammes par moutons, pour prétendre au record Ewe. Ce nombre remontera à 702 en 1994. Lors d’une tentative, le sportif voit son cœur battre 133 fois par minutes, ses poumons aspirer 1.65 litre d’oxygène par minute et consommer près de 5167 kilocalories . L ‘un dans l’autre, ces chiffres sont comparables à enchaîner plusieurs marathons d’affilée.

Le Tondeur de Mouton, de Te Kuiti

Un deuxième arrêt à Taumaranui me permet de découvrir cette cité, surnommée le Cœur du King Country. Ce district est ainsi nommé, car King Tawhio, un roi maori, posa son chapeau sur une carte de la Nouvelle-Zélande et déclara que tout ce qui était recouvert par son couvre-chef était sien. Cette région resta effectivement hors des mains européennes juqu’en 1883. Aujourd’hui, une sculpture représentant un chapeau recouvrant un roc célèbre ce haut fait. Je m’arrêterai pour passer la nuit quelques kilomètres au sud. Après un petit tour de 15 kilomètres parmi les pâturages pour trouver une jolie place, je reviens  à Piriaka Lookout, dont la vue sur la rivière Ongarue en contrebas est magnifique aux dernières lueurs des crépuscules. Son seul défaut: être située à côté de la SH4, une route principale. Au souper, garam masala d’agneau avec kumaras sautés. Excellent. Pomme et chocolat en dessert.

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