J51 – Sydney : The Rocks et Opera House

1 07 2011

Funk House, Sydney, vendredi 1 juillet 2011, 23h00 (GMT+10)

Est-ce la fatigue, toujours est-il que les rues de Sydney me semblent moins agitées pendant la nuit. Comme d’habitude en ville, je serai réveillé bien avant l’aube, le temps d’empaqueter le peu d’affaires que j’avais sorti hier soir, et je rejoins mon nouveau logement, Funk House, dans le quartier de King Cross. 15 minutes de train, 5 minutes à pieds, et il est à peine sept heures et demie. L’accueil y est bien plus chaleureux que hier soir au Sydney Central YHA. Le temps de remplir les différents documents (passeport, adresse…), et me voilà en possession de la clef de ma chambre quadruple, que je ne partage avec personne. Un vrai bonheur. Le backpack offre même le petit déjeuner, qui se résume à deux confitures, du beurre et des toasts, et thé, café, lait ou chocolat comme boisson. Rien d’exceptionnel, il ne me reste plus qu’à acheter un pot de miel, et quelques fruits pour avoir un repas équilibré, sans avoir à me soucier du pain.

Une fois restauré, je décide de rejoindre The Rocks, là où l’Union Jack a flotté la première fois sur l’Australie. Une colonie allait être fondée sur ces rochers et porter le nom de Sydney, en l’honneur de – vous l’aurez devené – Lord Sydney. Pour y aller, une petite demi-heure de marche. Au contraire de la Nouvelle-Zélande, où la matière première est le bois, ici, les maisons sont bâties en briques ou en pierres. Les décorations, si chères au style victorien, ne sont plus sculptées dans des planches rapportées, mais en métal coulé ou en fer forgé. Les anciens bâtiments côtoient des plus récents, alors que les hautes tours modernes du centre détachent leur squelette de verre et d’acier au-dessus du centre. Petites rues, escaliers, quai le long de Woolloomooloo Bay me mènent jusqu’à l’entrée du jardin botanique qu’il me faut traverser. Soudain, au loin, en-dessus de la frondaison, apparaissent les toits, avec leur forme si caractéristique, de Sydney Opera House. Le temps de traverser le parc, je découvre de nouveaux oiseaux, surtout par leurs cris, qui ressemblent bien plus à des croassements, quelquefois en chaire et en os, avant qu’ils ne disparaissent à mon approche.

Funk House, Sydney, samedi 2 juillet 2011, 19h20 (GMT+10)

A ma sortie du parc, je débarque sur Macquaries Street, une rue marquant la frontière est du centre. Fini des maisons à quelques étages, ici vieux bâtiments administratifs aux décorations magnifiques partagent l’espace avec des immeubles contemporains.  Le long de Bridge Street, je m’arrêterai à Macquaries Place, afin d’y admirer ancre et canon du Sirius, le navire porte-drapeau de First Fleet – le nom de la première flotte qui amena les colons en Australie – et qui sombra lors d’une reconnaissance à Norfolk Island. L’obélisque dressée en bordure de la place marque le « kilomètre zéro » de l’Australie. A sa base, les distances avec quelques points importants – Bathurst, Windsor, Parramatta, Botany Bay, … – sont indiquées en Miles, l’unité de référence utilisée à l’époque. Quelques petits détours m’amènent à passer devant St Phillip Church, grimper jusqu’au sommet d’Observatory Hill, où l’observatoire et ses jardins sont fermés, et redescendre jusqu’à The Rocks. Chemin faisant, j’y découvre l’origine de Sydney et ses petites bâtisses originelles, tout comme ses monstruosités contemporaines, et aperçois les arcs d’un chef d’œuvre d’ingénierie, celles du Sydney Harbour Bridge.

Arrivé à l’heure où l’office du tourisme, située au cœur de The Rocks, ouvre ses portes, je récupère quelques prospectus informatifs sur des mussés susceptibles de m’intéresser (Australian National Maritime Museum, Australian Museum) et surtout découvre une série de dépliants, sobrement intitulés  « Historical Walking Tours ». Ces petites merveilles couvrent les principaux quartiers avec une balade d’une à deux heures, au gré des bâtiments historiques et autres places jugées dignes d’intérêts. Je profite aussi de m’enquérir au sujet des autres randonnées dans les parcs nationaux égayant les environs de Sydney pour une petite semaine consacrée à la découverte de l’Australie au naturel. Avant de m’égayer dans le paysage urbain, il est plus que temps de m’intéresser à l’histoire de cette cité.

Dans la ruelle en contrebas réside, dans une ancienne bâtisse partiellement reconstruite, The Rocks Discovery Museum. Ce petit musée retrace l’origine de Sydney au travers de quatre salles. La première, dédiée à l’époque Warrane, raconte la vie du peuple Cadigal. Constitués en bande de 25 à 60 individus, rassemblés en Clans, les aborigènes possédaient une grande compréhension de l’équilibre naturel local. Chaque membre tend à posséder un savoir propre sur une petite région, et à ce titre devient temporairement une sorte de conseiller lorsque la bande s’en va vivre dans ce territoire particulier. Divers artefacts d’os, pierre ou bois permettent d’appréhender leur vie quotidienne, religion et art. La salle suivante retrace l’établissement de la colonie. La motivation de fonder une colonie anglaise en Australie était poussée par deux événements. Le premier est lié à la politique extérieur et visait à empêcher l’expansion française dans le Pacifique. Le deuxième résulte de l’indépendance des colonies d’outre-Atlantique : les conscrits anglais ne pouvant plus être déportés aux Amériques, ces derniers remplissent les prisons anglaises, conduisant une surpopulation toujours croissante. Ainsi, en 1788, la première flotte, First Fleet, débarque à Sydney Cove. Sur le millier d’individus, la moitié est constituée de conscrits, encadrés par une garnison d’environ deux cents hommes, veillant aussi à la sécurité des colons volontaires. Malgré des premiers contacts amicaux, les relations entre locaux et colons dégénèrent rapidement, ces derniers détruisant l’équilibre naturel local et conduisant les aborigènes à la famine. Quelques années seulement après le début de la colonisation, les tribus avaient diminué de moitié, les hommes morts de faim ou emportés par des maladies importées.

Dès la fin du XIXe siècle, la colonie se développe fortement : construction d’un chantier naval, fermes développant de multiples cultures, … En 1809, un premier bureau des Douanes est construit, afin de gérer les revenus liés au commerce avec la mère patrie. En 1820, Sydney devient auto-suffisante, et ne dépend plus d’une liaison avec l’ancien continent. A la fin du XIX, siècle les faubourgs de Sydney se sont agrandis jusqu’à l’actuel Circular Quay, où un nouveau Bâtiment des Douanes est construit aux abords des nombreux entrepôts. Dès lors, la cité ne cessera de croître, nouveaux quartiers, extensions des limites urbaines, … A partir du début du XXe siècle, il devient nécessaire d’améliorer la liaison entre les rives Nord et Sud, reliées uniquement par un ferry. La construction d’un pont permettra d’améliorer la circulation, et surtout d’améliorer le problème d’insalubrité du réseau d’étroites ruelles de The Rocks, où la peste est apparue. Après avoir abandonné l’idée dans les années cinquante, en 1970, le gouvernement prévoit un nouveau plan d’aménagement du quartier, où la majorité des anciens bâtiments n’ont plus leur place: seul Cadman’s Cottage est jugé digne d’intérêt. Outragés de ne pas avoir été consultés, les habitants se révoltent afin de sauver l’atmosphère du quartier. Le mouvement culmine en 1973, avec 78 arrestations lors d’une manifestation à Playfair Street. Les contestataires auront gain de cause en 1974 lorsque le conseil décidera de réhabiliter le secteur  en préservant les bâtiments historiques. Il en résulte aujourd’hui un magnifique quartier plein de charme.

A la sortie du musée, je ne manque pas de féliciter son conservateur. La présentation est du niveau de celle du Te Papa à Wellington, si ce n’est pas encore supérieure. Présentation sobre mais efficace des artefacts, textes percutants et intéressants, interactivité mêlant le toucher, l’écoute et la vue…  Nous discuterons un petit moment, et juste avant de partir, il me donnera la brochure consacrée à The Rocks des « Historical Walking Tour ». Seul le musée en possède encore quelques exemplaires qu’il distribue à des visiteurs passionnés par l’histoire locale. Alors que ce matin, j’hésitais à participer à une visite guidée gratuite devant me mener durant deux heures à la découverte de The Rocks, j’ai à présent la documentation nécessaire pour découvrir l’histoire des rues, ruelles et autres bâtiments par moi-même. Un véritable bonheur.

La ballade devait durer une à deux heures; finalement plus de trois me seront nécessaires pour accomplir le parcours. A ma sortie du musée, de délicieuses odeurs familières gagnent mes narines. Ce fumet provient d’un petit marché où diverses échoppes à l’abri de blanches tentes proposent une sélection de mets d’origine européenne : Italie, Allemagne, France, Espagne… de nombreux pays sont représentés. Cela me rappelle le marché de la Cigale à Auckland. Arrivé aux abords des quais, vent et distance dissipent les effluves. A la place, j’y apprécierai Cadman’s Cottage, l’un des plus vieux bâtiment de Sydney. Construit en molasse en 1816, à marée haute, la mer baignait la plage située à quelques mètres de la porte. Aujourd’hui, le bord du quai, où accostent les grands paquebots, se trouve à plusieurs dizaines de mètres. Le long de Circular Quay, nombre d’entrepôts, maisons de marchands, bâtisses de molasse érigées sans fioriture, mais dont la rigoureuse géométrie charme l’œil. Arrivé à Campbell Cove, je ne peux qu’admirer de l’autre côté de la baie, Sydney Opera House, élevant ses blanches et larges élytres. J’aurais pu être complètement ébahi, mais la couverture nuageuse brise l’enchantement: les ailes ne se découpent pas aussi parfaitement que sur un fond céruléen. De ce côté-ci, le bâtiment, connu sous le nom de Campbell’s Storehouse, occupe le quai. Arrivé en 1798, l’écossais Robert Campbell se démarqua rapidement comme un acteur important du commerce local en construisant une jetée privée en 1860. A la fin de 1861, 12 entrepôts bâtis en limon se dressent sur les quais, remplis de thé, sucre, alcool, habits, … Si en 1890, un deuxième étage en brique est adjoint pour répondre à la croissance du commerce, aujourd’hui, seule la présence de la poulie utilisée pour hisser les marchandises marque encore l’ancienne utilisation.

Arrivé au bout de Sydney Harbour Bridge, je découvre dans toute sa splendeur Sydney Harbour Bridge : une grise arche, à la fine dentelle d’acier, s’arcboutant entre quatre tours pour enjamber la rade d’une seule travée. L’ouvrage est prodigieux par sa grandeur, impressionnant son ampleur. Autant l’opéra représente la grâce esthétique des arts, autant le pont baigne dans une atmosphère fonctionnelle, laborieuse. Grimpant jusqu’à Tarra/Dawes Point, autrefois emplacement d’une batterie de canon, aujourd’hui situé sous le large tablier, j’admire la finesse du travail, l’innombrable nombre de rivets. Pendant ce temps, les bruits sourds des véhicules résonnent dans la charpente métallique. Inauguré en 1932, huit ans après le début des travaux, il détient encore aujourd’hui le record de la plus longue travée pour ce type de pont. Pour l’anecdote, « repeindre le pont » est devenu une métaphore pour une tâche sans fin, avec pas moins de 30’000 litres de peinture nécessaires pour lui adjoindre une couche protectrice.

Au gré de ma balade qui me ramènera jusqu’à Observatory Hill, je découvre le plus vieux sanitaire de la ville, arborant ses parois aux divers motifs floraux, coulées en fer. Si au début du XXe siècle, ce type de sanitaire était répandu dans Sydney, aujourd’hui, unique survivant, oublié par les habitants, méconnu par les touristes, à l’abri du pont, il n’atteint que quelques inconnus qui remontent dans le temps pour le découvrir. Déambulant dans les rues bordées tantôt de veilles bâtisses de limon, tantôt de petites demeures victoriennes, tantôt d’hôtels ayant eu pignon sur rue, surplombant les anciens wharfs réaménagés en restaurants, théâtres et autres appartements, je découvre Hero of Waterloo. Erigé en 1843, sur un étroit triangle à l’intersection entre deux rues, la porte d’entrée occupe la largeur de la façade frontale. Mur exposant la surface brut du limon, plafond aux sombres poutres apparentes, parquet patiné par les nombreux passages, l’intérieur s’évase; un feu crépite dans la cheminée sur le mur du fond. Il s’en dégage une atmosphère de bistrot centenaire, empli de nombreuses histoires. Il paraîtrait d’ailleurs que les marins, une fois ivres, emportés par les vapeurs d’alcool, soient emportés par des trappes secrètes. Une fois dessoulés, ils n’avaient plus d’autre choix que de se sevrer à bord, les terres étant déjà hors de vue du navire.

Au sommet d’Observatory Hill, je ne pourrai résister à rentrer dans l’observatoire dont l’entrée est libre. L’exposition est des plus attrayantes avec la présentation de nombreux anciens instruments d’observation astronomique ou météorologique : télescopes, lentilles, sphères armillaires présentant le mouvement des planètes, anciennes photographies datant du XIXe siècle… Au sommet d’un escalier en colimaçon, je découvrirai l’intérieur d’un dôme d’observation, presque transporté dans l’univers de Jules Verne. Sous le dôme de cuivre trône un télescope au reflet bronzé; il ne restait plus qu’à tourner le volant pour pointer le prodigieux instrument vers les astres pour en retirer la quintessence et la compiler dans les lourds traités d’astronomie.

Je profiterai de la fin d’après-midi pour rejoindre Bennelong Point où se dresse l’Icône australienne, dont la silhouette est aussi représentative que celle du Cervin pour la Suisse. Aucun mot ne saurait décrire cet édifice à l’architecture audacieuse. Une visite guidée me permettra de visiter le bâtiment et de prendre connaissance de sa riche histoire. Suite au concours international de la ville de Sydney pour un projet d’opéra comportant deux grandes salles de spectacles à Bennelong Point, l’architecte danois Jorn Udzon remporta le projet. L’audace architecturale des toits, l’idée de disposer les deux salles l’une à côté de l’autre plutôt qu’en enfilade, pour optimiser l’espace, émurent  le jury par rapport aux projets plus traditionnels. La construction devait s’étaler sur 3 ans et coûter la modeste somme de 7 millions. Dès le début, l’audace architecturale posa des problèmes, des centaines de solutions furent calculées, monopolisant les ressources d’un ordinateur, ou plutôt un centre de calcul des années soixante. Alors que les fondations sont terminées et que la construction de la base est bien avancée, alors que Udzon et les ingénieurs sont persuadés que le problème est insoluble, l’architecte le résoudra finalement durant une nuit. La solution est simple, efficace et élégante – les grecs ne l’auraient pas reniées –. La forme des toits est réductible à de simples portions sphériques, et il devient possible de produire des briques élémentaires identiques, puis à les assembler telles des Légo©. Les vitres, présentant plus de trois cents formes différentes, durent être spécialement commandées en France. 14 ans de construction plus tard, au cours desquels l’architecte a démissionné sous les contraintes publiques et politiques, un coût de construction qui atteint les 102 millions de dollars, paré de 1’056’000 de catelles céramiques – 27’320 tonnes – provenant de Suède, le plus haut dôme culmine à 67 mètres au-dessus des flots. L’inauguration a lieu en 1973 par la reine Elizabeth II. Lors de cette visite, j’ai découvert de nombreuses similitudes entre Sydney Opera House et un certain bâtiment récemment construit sur le site de l’EPFL. Toutefois, la ressemblance s’arrête là. Dans un des cas, l’architecte a trouvé la solution au problème: le bâtiment est un véritable chef d’œuvre tant esthétique que pratique. Sans compter une qualité acoustique hors du commun, même pour un opéra.

Plus pratiquement, si les formes géométriques, telles que les nervures en béton laissées apparentes et les courbures, m’ont particulièrement séduites, les aménagements intérieurs sont vieillots, reflétant au goût des années cinquante. Il faut dire que si Udzon a créé l’enveloppe extérieure, suite à sa démission en 1966, un comité de designers australien s’est chargé de l’aménagement intérieur. Seule la couleur mauve de la moquette des foyers est le choix, osé, de l’architecte. Cette teinte est en effet censée porter malheur dans les théâtres, car quiconque osait porter un habit de cette couleur, réservée à la royauté, se voyait trancher la tête. J’ai aussi adoré mon passage aux toilettes, découvrant des lavabos à la forme surprenante : continuum lisse, présentant de légère dépression, je ne m’attendais pas à ce que l’écoulement de l’eau soit si efficace. De retour à l’air libre, je traînerai encore un peu sur l’esplanade et autour du bâtiment, afin d’admirer les élytres se parer d’un mordoré avant que le soleil ne disparaisse derrière l’horizon. Symbole de Sydney, Icône Australienne, je sais déjà qu’il me sera nécessaire d’y revenir demain à l’aube pour l’apprécier, avant que la foule n’envahisse les lieux.

De retour à Funk House, je rejoins la terrasse pour participer au barbecue commun, où en échange d’une modeste somme, bière, hamburgers, saucisses et chips sont à disposition. Ce backpack abrite une grande famille, dont les plus anciens membres vivent ici depuis près de deux ans. J’y rencontre un anglais, Robert, dit Bob, qui porte le Valais dans son cœur, après avoir passé 3 ans à Nendaz, à skier, admirer les combats de reines, aduler le FC Sion, … un véritable phénomène. Sympathique soirée, qui se terminera dans le bar/boîte de nuit situé en face. Loin des standards néozélandais où le port de tongs et d’un short ne pose aucun problème, une tenue « correcte » est exigée. Pour la deuxième fois depuis mon départ de Suisse, je serai obliger d’enfiler un pantalon pour m’y rendre. Par contre, je ne suis pas convaincu que des souliers de marche représentent un choix plus « correct » que des tongs, comme l’estime le vigile à l’entrée.

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J43 – Taupo

23 06 2011

Cybershed, Taupo, jeudi 23 juin 2011, 18h00

Trajet : Napier – Taupo

D = 6464.5 km

Lors de son lever, le soleil profite d’embraser le ciel. Si l’augure s’avère juste, il risque de pleuvoir avant la mi-journée. Je retourne déambuler dans les rues de Napier pendant une bonne heure, remarquant tel ou tel détail qui était passé inaperçu, le caractère frank-lloydien d’un des immeubles, reconstruit en briques et non en béton comme tous les autres. Je m’intéresse bien plus au bâtiment occupé aujourd’hui par l’ASB dont les motifs Art Déco sont purement d’inspiration maorie. Ainsi le bandeau au-dessus des fenêtres est une variation du symbole représentant les vagues, alors qu’au sommet des façades des moulures sont la copie exacte d’un motif couramment utilisé dans la sculpture traditionnelle.  A peine neuf heure, et j’ai déjà arpenté deux fois les rues intéressantes, trois si l’on compte ma première visite de hier. Je décide de me mettre en route pour Taupo, au lieu de patienter encore une heure trente avant une des visites guidées de la ville.

Avant de partir, un détour dans les faubourgs du port de Napier m’amène au National Tobacco Compagny Building, considéré comme la pièce maîtresse Art-Déco de la région. Construit en 1933, si le style principal est résolument Art-Déco, dans ses formes géométriques, il se combine avec des détails typés Art Nouveau, notamment des motifs floraux. L’entrée de la bâtisse attire à elle seule tous les regards. Quelques marches, décorées de mosaïques, rejoignent un perron sur lequel donne une immense porte en arche. Les lignes verticales des battants sont élégamment adoucies par des roses sculptées et de la vigne dont les sarments savamment ciselés brisent la rigidité de la géométrie. Ouvert au public, je découvre le vestibule, une salle à la décoration ostentatoire, où les matériaux nobles – marbre, bois – se fondent avec le décor – plafond mouluré, vitres embellies de détails colorés, encadrement sculpté –. Le tout éclairé par une verrière en forme de dôme, décorée de roses. Un véritable régal pour les yeux.

De retour sur la Thermal Explorer Highway, la route touristique reliant Auckland à Napier passe par les régions à forte activité géothermique de Nouvelle-Zélande.  Après avoir longé une dernière fois le rivage d’Hawke Bay, je laisse l’Océan Pacifique dans mon sillage, direction Taupo. La SH2 déroule son large ruban à flanc de collines, épousant la topologie du terrain. Courbe, contrecourbe… les rayons de courbures sont importants: voitures et camions abordent les courbes sans même freiner, les passant tout en douceur. Enfin, tant que la côte n’était pas trop importante, car le plateau est loin d’être plat. Deux chaînes collinéennes à traverser; et comme le pays ne connaît que rarement la neige à cette altitude, le génie kiwi n’a rien trouvé de mieux que d’escalader les monticules, plutôt que dessiner une route grimpant gentiment en lacet. Résultat: Hibiscus atteindra rarement les 40 km/h dans les montées, malgré ses dizaines de chevaux déchaînés sous le capot. A l’inverse, une fois le col passé, le frein passe presque à travers le plancher pour ne pas dépasser les vitesses réglementaires.

Je ne vous ai pas encore parlé du paysage, sans doute parce qu’il n’en vaut pas tellement la peine. Très vite, une petite bruine s’est mise à tomber et se transformera par intermittence en inverse. Le paysage est noyé dans les nuages et la brume. Alors que je devrais distinguer au loin, au sommet des côtes, la silhouette caractéristique des volcans Ruapehu, Tongariro et Ngauruhoe, seul un mur blanc se dresse à l’horizon. La route passe à travers l’une des plus grandes forêts exploitées, où les pins dressent leur cime à intervalles réguliers, à moins que les collines ne présentent de sombres flancs dévastés par une coupe rase. De retour en plaine, les pâturages étendent leur royaume entre deux bosquets de podocarpes. J’aborde enfin une portion plus sauvage, mêlant praires marécageuses de montagne et landes couvertes d’arbustes. A l’approche de Taupo, la forêt naturelle reprend ses droits, régénérée après des années d’exploitation coloniale.

Peu d’arrêts intéressants rythmeront le trajet, même si des panneaux portant la mention « Heritage Trail » (chemin du patrimoine ») pointent régulièrement sur des routes secondaires. Après avoir visité « wilderness hut », une simple cabane de bois, sans rien de particulier, située aujourd’hui à côté d’une route, je décide de ne plus me dérouter à moins que l’inscription ne m’interpelle particulièrement. Le premier arrêt devait être pour prendre un bain dans les sources chaudes de Tarawera, afin d’éliminer le sel qui me colle à la peau depuis ma baignade matinale à Hawke Bay. Toutefois, le DoC prie les gens de ne pas s’en approcher, car le terrain est devenu instable. Quinze kilomètres plus loin, un panneau indicateur signale l’existence de chutes d’eau avec un point de vue. Bien qu’assis dans la voiture je puisse profiter pleinement du panorama, je profiterai de me dégourdir les jambes. Toutefois, aucune ballade ne semble partir depuis le parking. Peu avant, à la suite du passage d’un pont, au niveau duquel des écriteaux indiquaient sa vérification prochaine, du 27 juin au 12 août, je me suis glissé sous son tablier. Enjambant le large canyon de Mohaka River, le pont est constitué d’un entrelacs métallique. En s’aventurant sur la passerelle pour piéton, située sous la chaussée, il est possible de ressentir les vibrations du pont au passage d’une simple voiture. Plus impressionnant encore, le passage d’un camion-remorque de plus de 40 tonnes déclenche une symphonie de grincement.

J’arrive enfin à Opepe, situé 20 kilomètres avant Taupo. Bien que l’emplacement fasse partie de « l’Heritage Trail », je décide de m’y arrêter. Mark Pickering y recommande de s’y balader. Le chemin pénètre dans le bush qui recouvre tout le paysage. Fougères et arbres-fougères poussent à profusion, seuls quelques rimus et autres matais, épargnés par la scie des bûcherons, élèvent encore leur tronc dans la forêt. De-ci, de-là, je découvre quelques vestiges du passé, comme cette fosse creusée où descendait l’un des bûcherons, tenant la poignée inférieur de la scie, l’autre étant maintenue par son collègue à califourchon sur le tronc de grand diamètre. Finalement, la découverte la plus importante sera les anciennes barrières, au bois rongés par l’humidité. Lors des guerres néo-zélandaises, afin de protéger la ligne télégraphique, ainsi que les colons sur la route reliant Taupo à Napier, Te Kooti, le leader maori du Waikato, opposé militairement aux blancs, fit construire une tranchée et ériger une simple barrière . Avant sa construction et celle d’une caserne abritant une force armée, Te Kooti tua lors d’une escarmouche neuf des quatorze hommes de la cavalerie coloniale. Je découvrirai les tombes de ces braves soldats, tombés le 7 juin 1869.

J’arrive à Taupo en tout début d’après-midi. Un rapide passage à l’office du tourisme fera de cette journée la plus triste que j’aie vécue en Nouvelle-Zélande. Alors que j’espérais que l’éclaircie annoncée pour demain aller se développer, j’apprends que les dernières nouvelles prévoient plutôt un temps humide pour ces prochains jours. La limite neigeuse devrait même descendre jusqu’à 1000 mètres avec des vents à plus de 60 kilomètres/heure. J’avais espéré cette éclaircie afin d’accomplir le Tongariro Alpine Crossing. Aujourd’hui, je crois bien qu’il me sera impossible de randonner le long de ce magnifique chemin. Mais voyons le côté positif, cela fait une excellente excuse pour revenir en Nouvelle-Zélande à moyen terme.

Dehors, tantôt il bruine, tantôt il pleut. Je décide de me réfugier au musée de Taupo. J’y découvrirai l’œuvre de deux artistes. Si les tableaux de l’un ne me touchent que peu, les travaux de l’autre sont plus intéressants. Jupes et capes maories traditionnelles sont tissées selon les méthodes ancestrales. Formes innovatrices et motifs contemporains en font des objets particulièrement esthétiques. L’autre partie du musée est consacrée à l’histoire de Taupo, allant de l’arrivée des colons qui considèrent la ville comme un point stratégique lors de la lutte contre Te Kooti, jusqu’à son statut touristique actuel, en passant par l’industrie forestière. J’ai particulièrement bien aimé la caravane des années soixante, illustrant la construction des premiers bachs le long des rives : pêche à la mouche, où la capture d’imposante truite n’est pas rare, début des sports nautiques sur Lake Taupo, destination privilégiée des vacances estivales, tout respire le bonheur de vivre.

Après une petite balade humide le long du lac – le plus grand de Nouvelle-Zélande – jusqu’au port, je rejoins les chutes d’eau d’Huka Falls. Entre trois quarts d’heure à pied sous la pluie depuis Taupo, ou 5 minutes en voiture,  je choisirai pour une fois la seconde solution. Hydrologiquement, 26 rivières alimentent le lac, Waikato River est l’unique porte de sortie. Au niveau des chutes, ce sont 40 mètres cubes d’eau par seconde qui s’engouffrent dans une gorge large de 15 mètres, profonde de 10, passant en quelques mètres de la surface à peine ridée d’un large canal, en une violente rivière tonitruante. La puissance de l’écoulement est fantastique à observer, canalisé entre deux parois, il jaillit dans une immense goulotte. Ce n’est qu’après une centaine de mètres que l’écume disparaît peu à peu : le fleuve perd sa teint blanchâtre au profit de sa couleur vert sombre naturelle.

Un dernier petit détour, avant de venir rédiger ce billet m’amène de l’autre côté de Waikato River, où s’écoule une source chaude. Un véritable bonheur que de s’y glisser à l’intérieur, alors qu’une petite averse vous rafraîchit constamment la tête.

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J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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J40 – Wellington et Te Papa

20 06 2011

Easy Key Laundry, Wellington, lundi 20 juin 2011, 19h00

Finalement, durant toute la traversée j’ai veillé, hypnotisé par le phare au feu blanc scintillant marquant l’entrée du Port de Wellington. Rien de plus magnifique qu’une approche dans la nuit, alors que les lumières de la ville inonde la rade, que l’éclat régulier des lampadaires marque les quais en front de mer. Lorsque j’avais emprunté le ferry pour rejoindre South Islands, j’avais remarqué un campervan tranquillement arrêté au bout d’un petit cap, où se trouve l’un des feux de navigations. Longeant la côte, je finis par laisser les lumières de la ville derrière moi, alors que je roule le long du promontoire de Miramar et finis par arriver à son extrémité, où un clignotement régulier marque le temps. C’est ici que je me reposerai pour le reste de la nuit.

A mon lever vers 8h00, après avoir dormi un peu moins que 6 heures, le temps semble s’être amélioré. Le soleil est loin de briller dans un ciel dégagé, mais il ne pleut déjà plus à verse. Alors que je prépare eggs & bacons, une légère bruine viendra maculer mes vitrines de fines traces allongées. Avant de me rendre à l’office du tourisme pour récupérer quelques informations, un petit détour par la piscine me permet de préparer mon retour à la civilisation. Mis à part mon arrêt à Nelson (50’000 habitants), la dernière ville que j’avais rencontrée était Dunedin (110’000 habitants), quelques semaines en arrière. Le menu « découverte » de la journée sera principalement centré sur Te Papa, ce magnifique musée retraçant l’histoire de la Nouvelle-Zélande, de sa formation géologique aux revendications maories actuelles.

A l’ouverture des portes, je pénètre pour la deuxième fois dans le bâtiment. Au lieu de reprendre ma visite où j’en étais resté la dernière fois, je monte jusqu’au dernier étage et descendrai dans le temps en même temps que les escaliers. Au 6ème, l’exposition temporaire est une rétrospective de l’œuvre artistique en terre-cuite (jarres, plats, …) néo-zélandaises. Quelques belles pièces sont présentes, mais la poterie me laisse définitivement de marbre. A l’étage inférieur, depuis son déménagement dans le nouvel immeuble, Te Papa s’est enrichi d’une collection artistique diverse allant de tableaux et gravures européens datant de la découverte d’Aotearoa par Cook au XVe siècle, jusqu’aux photographies et autres œuvres contemporaines d’artistes néo-zélandais, en passant par l’art tribal maori. Cette dernière partie sera de loin la plus intéressante avec des pendentifs en pounamu, des meres en néphrite ou encore nombre d’objets en bois sculptés. Pour rappel, jusqu’à l’arrivée des européens, les maoris ne connaissaient pas les métaux, et art et artisanat étaient centré sur le pounamu, le bois et l’ivoire (de baleine).

Dès mon arrivée au 4ème étage, il devient plus difficile de vous raconter la richesse du musée. Te Papa, un nom qui lui sied à merveille. En maori, son vrai nom Te Papa Tongarewa, peut être traduit par la boîte à trésor. Je l’utiliserai plutôt au pluriel, la boîte aux trésors, tant le nombre de sujets abordés est important : de la géologie à l’histoire naturelle, de l’art à l’artisanat, d’un monde vierge à l’introduction d’animaux considérés aujourd’hui comme pestiférés… Et les trésors ne sont rien d’autres que les objets présentés et les informations partagées. Les descriptifs ne sont ni trop longs – cela serait rébarbatif à lire, – ni trop courts – sinon bonjour l’avarice -, les pièces sont mises en valeurs comme il m’a rarement été donné de les voir. Pour ceux qui ont eu la chance de visiter le musée Hervé à Louvain-la-Neuve, la muséologie est du même niveau. Et à l’instar de ce dernier, le bâtiment fut dessiné pour ses besoins. Une véritable merveille. Je vous passerai les détails, il faut en faire véritablement l’expérience. S’il m’avait fallu une bonne heure pour arriver à bout des deux précédents étages, n’occupant pas toute la surface du bâtiment, il me faudra un peu plus de deux heures trente pour explorer l’intégrité du quatrième. Parmi mes meilleurs souvenirs :

  • L’exposition consacrée au Pounamu, présentant de nombreuses meres, dont trois possédant une histoire particulièrement importante, une vitrine remplies de Hei-Kete, pendentifs représentant l’ancêtre des humains, finement ciselés, parfois possédant des incrustations de nacre ou de corail ou encore quelques haches au tranchant affuté. Deux vidéos de facture remarquable montraient un maori ciselant un bijou, ou utilisant l’un des outils en pounamu pour sculpter du bois – particulièrement efficace.
  • Les vitrines présentant hameçons, crochets et autres leurres utilisés par les maoris. La majorité est composite, avec une pointe en os, rattachée à un corps en bois. A l’arrivée des européens, les pointes métalliques ont peu à peu remplacé l’ivoire, plus fragile, mais les maoris ont conservé leur ligature à base de fibres de flax et de noix-de-coco, rejetant le chanvre européen ou le coton, qui se désagrégeaient trop rapidement.
  • Golden Day, plus un film théâtral qu’une véritable exposition. Assis sur de vieux fauteuils ou d’antiques  fauteuils, le spectateur est placé face à une devanture remplie de jouets et d’équipements sportifs pour enfants. Alors que le film en arrière-fond retrace le XXème siècle néo-zélandais, les objets s’animent, entrent en mouvement… Tous les sujets sont abordés, des plus heureux comme les années soixante, le début insouciant du surf, l’arrivée de la pilule, aux plus durs tels que les deux guerres, la crise économique, en passant par la politique anti-nucléaire suite à l’attentat du Rainbow Warrior. Le tout abordé avec humour, comme le refus de laisser un navire de l’armée américaine à propulsion nucléaire, croiser dans les eaux nationales, ou violence, comme durant la deuxième guerre mondiale. Je crois bien qu’il s’agisse DU film  à ne pas rater si vous passez par Wellington.
iStay, Wellington, 20h00

En début d’après-midi, une petite coupure m’amène à prendre l’air à Wellington. Sur le quai, une petite bruine, un véritable crachin breton, m’accueille. Déambulant dans les rues, je rejoins le quartier du parlement où quelques bâtiments valent le détour. Le Beehive (ruche), devenu un véritable emblème architectural de la cité, avant la construction du Te Papa n’a pas besoin d’une description, tant sa silhouette est en adéquation avec son nom. Style aimé ou détesté, personnellement j’ai des doutes sur l’esthétisme sur l’ensemble qu’il constitue avec l’ancien bâtiment, austère avec sa façade grise. De l’autre côté de la rue, l’ancien bâtiment gouvernemental élève sa silhouette crème. Au vue des ornementations, des pierres taillées aux angles apparents, aucun doute sur son matériau, de la véritable pierre. Dans la réalité, il s’agit d’une des plus grandes constructions en bois. J’ai été tester pour vous. Rassurez-vous, pas de manière destructive, simplement en toquant contre le mur : il s’agit bien de bois.

Poussant plus loin mon exploration, je profite de visiter Old St Paul’s. Construite en 1866 sur l’ancien emplacement d’un Pa maori, son architecte le Révérend Frederick Thatcher, adapte le style néo-gothique, utilisé en Angleterre à la même époque pour les bâtiments officiels, aux matériaux et conditions locaux. Il en résulte, sous un extérieur fraîchement repeint, un magnifique intérieur gothique, avec arches brisées et toutes les fioritures, une véritable merveille. Si, au début, les vitraux n’étaient que des verres peints, au fur et à mesure des années, de véritables œuvres d’arts les ont remplacés. Jugée trop petite, le clergé décide de la démolir pour ériger une cathédrale de plus grande dimension. Il s’ensuivra une des batailles les plus acharnées pour la sauvegarde d’un bâtiment. Sauvée, classée monument historique puis restaurée, elle fut à nouveau ouverte au public en 1970. Il est bon de savoir que cette petite cathédrale fut sauvée, quand on observe la nouvelle. Pour la petite histoire, alors que des artisans, peut-être francs-maçons, sculptaient dans les chapiteaux de nos églises des visages grimaçants, un charpentier a ciselé une face dans l’extrémité d’une poutre surplombant le transept.

Sur le chemin me ramenant à Te Papa, je passe devant le célèbre funiculaire rouge, le Wellington Cable Car. Je me laissera guider par mon envie, et la rame m’amènera jusque sur les hauteurs de Wellington. Toutefois, à l’inverse des funiculaires lisboètes, la vue sur la ville en contrebas n’est pas aussi charmante. Au lieu de redescendre par le même moyen, je décide d’emprunter les allées descendant à travers le jardin botanique. Passant à côté de l’observatoire Crater, dont la position d’une des astrolabes est le point connu avec la plus grande précision en Nouvelle-Zélande, je rejoins le jardin des cactées, avant de m’engager sur l’allée des Camélias. Remontant jusqu’au sommet de Druid Hill, j’y découvre une magnifique sculpture, Listening et Viewing Device. Son créateur a voulu que le spectateur joue avec. Il est possible de la pousser, provoquant un doux grincement, ou encore de la frapper afin de la faire résonner comme un gong. Le son m’a toutefois déçu, je m’attendais à une sonorité plus importante. Avant de rejoindre la cité, j’arrive à nouveau dans un cimetière, que l’on dirait abandonné à voir l’état des pierres tombales. Il faut dire qu’il s’agit du premier cimetière de la ville, et que les enterrés ne possèdent plus forcément de descendants. D’ailleurs, lors de la construction de l’autoroute, le tracé de cette dernière fut dessiné en passant à travers le cimetière, le ceignant en deux. Si un certain nombre de tombes furent relocalisées, les corps dont les pierres tombales étaient devenue illisibles furent simplement enlevés, et un mémorial érigé.

De retour sur les quais, je rejoins à nouveau le Te Papa. Il me reste les deux étages que j’avais déjà partiellement découverts lors de mon premier passage. L’artistique et le politique ayant été préalablement abordé, l’aspect scientifique forme la colonne vertébrale de cette partie. Ce fut un régal de revoir le fonctionnement d’un volcan, ou encore d’en apprendre plus sur le climat régissant les différentes régions du pays, notamment celui entre la côte ouest et est de South Island, séparée par les Southern Alps. Le petit film « ma place » est une perle rare : j’y découvre divers habitants, immigrés, résidents ou citoyens néo-zélandais dévoilant la place où ils se sentent chez eux en Nouvelle-Zélande, et pourquoi il s’agit de cette endroit particulier. Au travers de mes diverses visites, je dois cumuler environ 8 heures de découvertes dans ce musée, et j’ai l’impression de ne pas l’avoir véritablement visité, d’avoir simplement effleuré la couche supérieure de l’édifice. Si un jour je devais revenir à Wellington, je reviendrai sans nul doute m’y balader.

Le premier moment fort de cette après-midi est l’exposition temporaire à propos de l’identité maorie, que ce soit au niveau culturel, avec son art, sa langue, ou encore aux niveaux historique et politique, avec les terres confisquées lors des guerres nationales, ou des achats peu officiels des terrains par les colons, ou encore la lecture du Traité de Waitangi, et son interprétation en fonction du document rédigé en anglais ou en maori. Le deuxième moment fort est  l’immense carte nationale dessinée sur des catelles lumineuses se reflétant sur les parois noires. J’ai retracé mon chemin parcouru, mettant un pied devant l’autre; cela fait un bout de trajet, ou comme l’appelle Antoine Sigg « une belle tranche de voyage… »

Je ressors alors que la nuit est déjà tombée. Traintrain urbain oblige, je me mets en quête d’une buanderie pour faire ma lessive. Avant de me retrouver dans un cybercafé pour poster quelques nouvelles, avant de rejoindre Hibiscus, manger une morceau et rejoindre mon lit chaud – dans la réalité, il doit être plutôt humide –.

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J39 – Nelson et retour à Wellington

19 06 2011

Ferry, Cook’s Straight, dimanche 19 juin 2011, 18h30

Trajet : Nelson – Picton – Wellington

D = 5799.0 km

Alors que hier soir les contours de la lune se laissaient deviner à travers les nuages, il s’est remis à pleuvoir le reste de la nuit. Ce matin, seule une petite bruine tenace continue à tomber. Comme l’idée de préparer eggs and bacons par ce temps humide et venteux ne me plaît guère, je me contente d’une grosse tasse de lait accompagnée de quelques petites tartines beurrées, confiturées et miellées. Bien qu’il soit déjà neuf heures, je profite de la quiétude de ce dimanche matin pour déambuler dans cette ville désertée par ses habitants. Malgré les nombreuses échoppes fermées, le calme environnant, l’absence de voiture sur les innombrables places de stationnement, son ambiance ne ressemble pas à celle que j’avais trouvée dans ces villes côtières telles Hokitika ou Raglan, mortes une fois les touristes envolés. Elle se rapproche plutôt d’une cité endormie que bientôt les habitants envahiront d’une activité bourdonnante.

Arrivé à Christ Church Cathedral, occupée par la messe dominicale, je redescends la butte en direction de South Street. Je découvre dans cette rue en cul-de-sac deux alignées de cottages construit entre 1863 et 1867. Aucune construction plus récente ne vient gâcher le cachet de cette venelle, la plus veille de Nouvelle-Zélande, conservée dans son état original. Un peu plus bas, j’admire l’échoppe de Jens Hansen, un orfèvre mondialement reconnu, et surtout connu pour être l’artisan de l’Anneau Unique. Pour la petite histoire, afin que ce dernier soit à la bonne taille pour les différents doigts auxquels il fut passé durant le film, plus de 40 ont été forgés. Parmi ses œuvres exposées en vitrine, pendentifs, bracelets d’or ou d’argent finement ciselés, j’apprécie grandement les deux boucles d’oreilles en forme de feuille aux nombreuses nervures.

Lorsque je pénètre dans le musée Nelson Provincial Museum, la ville est toujours déserte. Me serais-je trompé sur son état, serait-elle décédée dans son sommeil? Si je m’attendais à  un aménagement et des objets de plus grande qualité en raison de l’importance de la ville, par rapport à d’autres musées locaux, j’ai découvert une perle rare de muséologie : les pièces sont mises en valeurs élégamment, les textes explicatifs sont concis et intéressants, l’exposition est dynamique. Un vrai plaisir à visiter. L’histoire régionale est racontée au travers de fossiles, racontant l’émergence de l’île, d’anciennes haches polies en pounamu retraçant la colonisation maorie, l’apport des métaux avec l’arrivée des européens. D’autres spécificités locales sont abordées, comme le travail de la terre cuite, avec la richesse argileuse du sous-sol nelsonien : d’abord pour la fabrication de briques, puis à partir du XXe dans la poterie et les arts décoratifs. Ou la faune avec un papillon endémique à Dun Mountain et les célèbres sternes arctiques, migrant de l’Alaska en Nouvelle-Zélande et vice-versa. Ou encore, la sombre histoire de meurtres et de brigandages par un gang de quatre étrangers à la fin du XIXe siècle. A l’étage, l’exposition temporaire retrace l’œuvre photographique de Bush, un kiwi qui immortalisa les glorieux et moins glorieux instants des All Blacks des années 1970 jusqu’à nos jours.

En fin de matinée, la ville est devenue une ruche bourdonnante : les magasins ont ouvert leur porte, les rues sont remplies de voitures vrombissantes, couples et familles se baladent sur les larges trottoirs. L’atmosphère y est détendue. Si le soleil ne brille pas encore, seul un sol humide rappelle qu’il pleuvait encore il y a deux heures. Avant de quitter le centre, un petit détour me ramène près de Christ Church Cathedral. Son histoire m’attire comme un ours par du miel. Si sa construction a débuté en 1925, elle ne fut achevée que 47 ans après la pose de la première pierre. Après de nombreux retards, un débat vit le jour dans les années 1950, afin de savoir si sa construction devait être achevée selon son dessin originel, de type art-déco. Les arguments pour l’ayant emporté, elle fut consacrée en 1972. Aujourd’hui sa silhouette particulière orne la colline dominant Trafalgar Street. Un clocher carré, élancé, percé de nombreuses ouvertures domine un corps trapus, possédant la couleur grise du marbre locale. L’ensemble ne me semble guère harmonieux et seules les arcades néo-gothiques  intérieures et les gargouilles extérieures sont réellement intéressantes.

Avant de quitter la ville, un dernier détour m’amène à la réserve botanique, étendant son royaume sur Botanical Hill. Au pied de la colline, un terrain de football. Détrempé par la pluie de ces derniers jours, il ne présente guère d’intérêt. Il fut toutefois une époque où le site arborait des goals de rugby. Le 14 mai 1870 se joua le premier match officiel de rugby de Nouvelle-Zélande, opposant le Nelson Rugby Club au Nelson College, qui perdit 2-0. De là, un sentier, passant au pied d’un Kauri planté en 1951, gravit la colline pour arriver, à son sommet, au Centre de la Nouvelle-Zélande. Titre particulièrement envié, mais sur quoi est-il fondé? simple calcul de distance, pondération élégante distance-densité du terrain, à moins que l’élévation du sol ne soit prise en compte ? La réponse est tout autre, le choix fut plus empirique. Bien que Nelson soit construit autour de Pikimai, la colline où est érigée la cathédrale, le sommet de Botanical Hill devint le point de référence géodésique pour le district de Nelson. Or Nelson étant le district central parmi les 12 autres de Nouvelle-Zélande, il découla que ce point devint le Centre de la Nouvelle-Zélande. Durant l’ascension, je trouvais aussi que la coïncidence entre un véritable centre géographique, savamment calculé, et un point placé exactement au sommet d’une colline d’où la vue porte sur Tasman Bay et le district de Nelson était bien trop grande.

Hier, lors de mon arrivée à Nelson, j’avais observé une longue langue de terre, Boulder Bank, provenant du Nord, protégeant la rade Nelson Havent de Tasman Bay. Au musée, j’ai appris qu’une ouverture, dénommée simplement The Cut, avait été pratiquée dans ce banc en 1906 afin de permettre un accès facilité au port par marée haute pour les bâtiments de forts tonnages et permettre le trafic maritime de bateaux plus petits à toute heure. Il est temps maintenant d’aller observer cette formation géologique, unique en Nouvelle-Zélande. Longue de 13.5 kilomètres cette barrières est constituée par les pierres anguleuses issus des falaises granitiques de MacKay’s Bluff. Peu à peu poussés par les courants marins et les vagues de la mer de Tasmanie, les cailloux s’arrondissent, deviennent des boules – boulders –. Leur taille va en s’amoindrissant à mesure que l’on rejoint l’extrémité du banc. Ce processus, toujours actif de nos jours, implique de drainer régulièrement le canal maritime. Comme pour toute chose en Nouvelle-Zélande, au pendant scientifique, il existe la légende maorie. Cette dernière veut que Kereopa, poursuivi par Kupe, après avoir enlevé sa fille avec Pani, invoqua les dieux pour qu’ils élèvent une barrière entre les deux, cette dernière poussa depuis Horoirangi (MacKay’s Bluff), et les sépara, permettant à Kereopa de rejoindre la terre et de s’enfuir.

Après avoir arpenté quelques centaines de mètres le banc, j’effectue un dernier arrêt à Glenduan, où un sentier montant à travers les pâturages permet de prendre de la hauteur pour observer Boulder Bank. Tout au long de cette balade, les abondantes précipitations de ces derniers jours sont visibles : un ruisseau nécessite des habitudes de creek crossing pour le traverser, de l’autre côté le sol, imbibé d’eau, est rendu moelleux, presque boueux; un étrange bruit de succion émane des prairies, à mesure que l’eau est aspirée par l’humus, l’eau ruisselle encore le long du sentier. A la fin de la ballade, mes souliers seront recouverts d’une pellicule beige, alors que des éclaboussures maculent mes mollets. La colline se situe à proximité de MacKay’s Bluff, la vue sur le Boulder Bank s’étend dans la prolongation de la côte est magnifique, tout comme le panorama sur Tasman Bay et la silhouette de l’Abel Tasman National Park se découpe sur l’horizon ouest. Au nord, le soleil éclaire même la mer à travers une éclaircie.

De retour à Hibiscus vers 14h00, il est temps que j’avance un petit peu, si je veux profiter de jeter un dernier regard sur les Marlborough Sounds, avant d’embarquer ce soir à Picton sur un ferry à destination de Wellington. Mon retour ne sera pas aussi enchanteur qu’à mon arrivée la première fois, lorsque j’avais été impressionné par ces grandes forêts plongeant jusqu’au bord de l’eau. Alors qu’il y a un mois, je ne trouvais pas étrange l’alignement des pins, aujourd’hui je trouve dommage que ce soit des forêts artificielles qui recouvrent la région. Quelques kilomètres avant d’arriver à Pelorus, la route, qui serpentait à flanc de montagne descend dans la plaine de Rai Valley. Plus qu’ailleurs les conséquences de la pluie sont visibles, Pelorus River est sortie de son lit, envahissant les champs. Les barrières délimitant les pâturages disparaissent dans des étangs nouvellement créés, vaches et moutons se réfugient sur les prairies surélevées.

Arrivé à Havelock, capitale mondiale de la moule verte (Greenshell mussel), l’arrêt gastronomique est obligatoire. D’ailleurs le Lonely Planet considère qu’un arrêt à The Wakamarinian Cafe est nécessaire pour déguster leur excellente pie – feuilleté – ou se consoler avec l’une des nombreuses pâtisseries, confectionnées par Beth et Laurie, le couple de tenanciers. Par chance, il leur reste une dernière Mussel Pie. Pendant qu’un passage au four la réchauffe, je me décide pour raspberry-white-chocolate shortcake comme dessert. Le feuilleté est succulent, sans aucun doute le meilleur que j’aie mangé en Nouvelle-Zélande, croustillant à l’extérieur, alors que la farce à base de moule est tout simplement excellente et respire la mer. Je ne parlerai même pas du dessert, une véritable délicatesse. Une fois goûté, la célèbre phrase de Beth prend tout son sens : « If you don’t love the raspberry-white-chocolate shortcake, there must be something wrong with you » (Si vous n’aimez pas le gâteau raspberry chocolat blanc, alors il y a quelques choses qui cloche chez vous).

Avant d’emprunter les 30 kilomètres de Queen Charlotte Drive, je me balade un peu dans ce village, dont l’école a éduqué Ernst Rutherford, l’un des pères de la physique nucléaire au même titre qu’Einstein. Derrière l’hôtel, je découvre une assemblée d’une centaine de chasseurs et habitants, admirant le produit de leur chasse : 68 sangliers sauvages, abattus entre samedi et dimanche midi. Un nombre important compte tenu de la météo difficile du weekend. Après discussions avec l’une des chasseurs, j’apprends qu’il s’agit d’une compétition, avec semble-t-il un joli lot pour le vainqueur, celui ayant tiré le plus lourd. Ayant appris que je regagnais Picton par Queen Charlotte Drive, elle me met en garde contre la détérioration rapide de la route durant ces derniers jours. Je comprendrai le sens de ses propos lorsque roulant je découvrirai des portions entières de route – une vingtaine de mètre de long –, dont l’une des voie s’est affaissée d’un mètre, comme croquée par un gigantesque requin, ou au contraire recouverte par la terre et les arbres suites à un glissement de terrain. Un véritable slalom pour automobile.

Si la route est trois fois plus courte que l’itinéraire standard passant par Blenheim, il faut compter le même temps pour effectuer le trajet sur un itinéraire qui se tortille, par monts et par vaux, épousant la forme sinueuse de Queen Charlotte Sounds. La forêt ayant retrouvé son caractère sauvage, la vue est scénique. Au bout d’un promontoire j’apprécierai la dernière ébauche d’un coucher de soleil sur South Island. Au travers d’une éclaircie, les nuages teintés de rose par le crépuscule naissant se reflètent sur les eaux calmes du sound. L’arrêt se prolonge! que de regrets de déjà quitter cette île si merveilleuse, emplie d’innombrables balades à effectuer, de nombreux treks à parcourir, de régions à découvrir plus profondément. Dans mon esprit germe déjà l’unique solution d’y revenir un jour. Je parcours les derniers kilomètres me séparant de Picton alors que l’obscurité s’est saisie des vallées.

L’embarquement sur le MV Straitsman n’ayant lieu qu’à 21h00, j’ai le temps de passer au supermarché pour acheter quelques bières brassées sur South Island à déguster dans la suite de mon périple, me mitonner une bonne platelée de pâtes chaudes, rédiger mes mémoires, apprécier une dernière Tu au Flying Haggis. Avant l’embarquement, un contrôleur de sécurité passe de voiture en voiture afin de contrôler l’état de nos chaussures. En effet, afin d’éviter la propagation de la Dydimo, une algue envahissante et nocive pour les rivières, ayant déjà colonisé un certain nombre de cours d’eau, il est nécessaire de bien laver ses souliers à l’eau savonneuse. Cette habitude faisait partie de mes mœurs : après chaque ballade où mes souliers étaient en contact avec de l’eau, je nettoyais les semelles avec de l’eau additionnée de savon – un contact de 30 secondes avec de l’eau chargée en détergeant permet d’enlever toute trace de dydimo –. A Whakapapa Village, j’avais récupéré l’une des bouteilles à spray gratuitement mise à disposition par le DOC afin de responsabiliser les touristes. L’agent sera d’ailleurs surpris de l’état de mes souliers, et restera bouche-bée devant la présence de la bouteille, reconnaissable à son étiquette jaune. Me félicitant, car il ne voit que trop rarement des backpackers se soucier de ce problème majeur.

Depuis sa sortie de Queen Charlotte Sound, il y a une petite heure, le bateau ne cesse de rouler dans les vagues du détroit de Cook. Ce mouvement, ajouté au doux ronronnement des moteurs, ne cesse de me bercer, peut être finirai-je par m’endormir avant de débarquer à Wellington d’ici une autre heure.

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J 28 – Wanaka

8 06 2011

Youth Hostel, Wanaka, mercredi 8 juin 2011, 20h30
Trajet : Queenstwon – Wanaka
D = 4336.8 km

Ciel nuageux à mon lever à 6h30. Après m’être restauré de quelques pancakes, j’attends que le jour se soit suffisamment levé pour jeter un dernier coup d’œil sur la rivière Anduìn. Je laisse le vignoble derrière moi, direction Wanaka, situé de l’autre côté des montagnes de Pisa Range. J’emprunte une route, dont le type de tracé m’était encore inconnu en Nouvelle-Zélande, une succession de lacets serrés avec des virages en épingles à cheveux. Toutefois, cela ne dure que les premiers kilomètres; elle longe ensuite le flanc de la montagne, dominant la vallée où coule Kawarau River. A mesure que je m’élève, le brouillard descend à ma rencontre. Arrivé au plus au point, malgré une vue limitée à quelques dizaines de mètre par une brume plus dense que jamais, je m’arrête au pied d’un mémorial. Une plaque incorporée dans le monument résume l’histoire de cette route. Empruntée par la première fois par W.G. Rees et P. von Tunzelman en 1860 à la recherche de nouveaux pâturages, le tracé ne fut goudronné qu’à l’approche de l’an 2000 pour améliorer la liaison entre Wanaka et Queenstown. Aujourd’hui, il s’agit du tronçon bitumé le plus haut de Nouvelle-Zélande.

Sitôt passé le col, je descends de l’autre côté. La route redescend, de façon rapide; la pente doit être d’environ une dizaine de pourcent. A sa vue, je ne suis même pas étonné que cette route soit régulièrement fermée en plein hiver, malgré l’obligation de chaîner en cas de forte chute de neige. Je suis persuadé qu’en roulant, vitesse sortie, j’aurais pu rouler jusqu’à Cadrona, éloignée d’une dizaine de kilomètres, sans aucun problème. J’avais d’ailleurs prévu une petite halte dans ce village pour y déguster un café dans l’un des plus vieux hôtels du pays. Toutefois, ce dernier s’avère fermé du 7 au 9 pour quelques travaux d’adaptation. Dommage, je poursuis ma route tranquillement.

Avec cette mauvaise visibilité qui empêchait toute photographie, une halte en moins, j’arrive à Wanaka au environ de 10h00, avec deux heures d’avances sur mon planning. Si la météo est meilleure ici qu’à Queenstown, de nombreux nuages flottent au-dessus de Lake Wanaka, dissimulant Mount Aspiring à ma vue, dont seule la cime pointe entre deux couches de cumulonimbus. Devant ce temps quelques peu tristounet, je remets ma balade à Lake Diamond pour demain, les prévisions météorologiques prévoyant une journée presque radieuse, dans tout les cas moins embrumée qu’aujourd’hui. Je ne serai toutefois pas en peine pour le reste de la journée: Wanaka possède un musée m’intéressant au plus haut point, le Stuart Landsborough’s Puzzling World. Derrière ce nom se cache une attraction, unique au monde, consacrée aux illusions optiques des plus excentriques. Il est composé de deux parties, la première purement liée à ces phénomènes surprenants, la deuxième est le Great Maze, un labyrinthe géant, qui fut lors de sa construction une première mondiale. Sitôt arrivé devant le musée, ce dernier surprend par son architecture particulière, jouant avec les volumes et les angles.

Je ne vous ferai pas plus languir et rentrerai directement dans le vif du sujet. La partie liée aux illusions d’optiques se divise en quatre salles. Sitôt rentré, la figure d’Einstein vous suit, non seulement du regard mais de toute la tête. Il ne s’agit pas d’une sculpture rotative, mais d’une représentation 3D statique, donnant cette illusion, un peu comme le regard de la Joconde de Léonard de Vinci qui vous suit, mais grandement améliorée. La première regroupe une collection impressionnante d’hologrammes tridimensionnels. Les premières pièces produites pour cette collection datent déjà d’une vingtaine d’années, et présentent des hologrammes statiques. Par contre, à mesure que les images se font plus récentes, elles présentent divers états selon l’angle de vue. Dans mes préférées figurent l’adaptation d’un dessin d’Escher, un célèbre dessinateur d’illusions d’optiques, représentant un pavage qui se transforme en lézard, ainsi qu’une vitrine contenant une sculpture grecque, avant et après le vol, effectué par bris de glace.

La deuxième salle, la plus impressionnante de mon point de vue, regroupe 168 têtes, 24 représentations de 7 figures différentes réparties en 4 rangées de 6 colonnes, qui vous fixent de la tête, comme Einstein à l’entrée. Les personnages représentés sont tous des génies des siècles passés : Einstein, Beethoven, Mandela, Lincoln, Van Gogh, Churchill et Teresa. Je dois dire que, de loin, Beethoven est le plus terrifiant avec ses sourcils marqués, sa bouche peu souriante. Ce tour de force est plus que magistral: j’ai tenté d’éduquer mon cerveau pour lui dire que cela n’était qu’illusion. Rien à faire, j’ai beau longer et longer une nouvelle fois la paroi, ils me dévisagent toujours.

La troisième salle est passionnante, jouant sur les distorsions dimensionnelles et géométriques. Une pièce particulière permet de faire croire que nous sommes des géants dans un angle et des nains dans un autre. Ce type d’illusion d’optique est régulièrement utilisé dans l’industrie du cinéma, notamment utilisé dans Lord of the Ring pour les séquences avec les hobbits. J’espère que les photographies seront bien plus parlantes que les mots.

La dernière salle est tout aussi surprenante: le plancher est penché selon un angle de 15°. Jouant avec nos sens perturbés de l’équilibre, la boule sur une table de billard semble remonter la pente, tout comme l’eau qui s’écoule depuis un robinet dans une rigole, ou un escalator qui descend du plancher jusqu’au 1er étage. La pièce de résistance est un mur orthogonal au plancher, avec à ses pieds un escabeau, dont les paliers sont véritablement horizontaux, tous comme les deux niveaux vissés dans le mur. Je dois dire qu’il me fut très difficile de croire les niveaux.

Dernière étape du musée, le Great Maze. Pour la petite histoire, Stuart et Jen Landsboroug, intrigués par les illusions d’optique et les puzzles, décidèrent de construire un labyrinthe géant. Devant le refus des banques de leur octroyer un prêt, ils vendirent leur maison pour se lancer dans la construction d’une structure sur un étage, le premier labyrinthe moderne au monde. Devant le succès rencontré, ils purent poursuivre l’aventure, notamment en  l’agrandissant, en y ajoutant un deuxième niveau à l’aide d’escaliers et de passerelles. Finalement, l’adjonction de salles dédiées aux illusions d’optiques, les unes après les autres, parachèvent leur œuvre. La deuxième salle avec les 168 figures est la dernière invention, édifiée en collaboration avec Weta Cave, les studios à l’origine de Lord of the Rings, ou plus récemment King-Kong. Le labyrinthe est construit avec sur une base carrée de 1.5 mètre de côté; toutes les parois sont rectilignes et les chemins tournent orthogonalement. S’y déplacer et mémoriser l’itinéraire demande une certaine concentration. Bien entendu, pour pimenter le tout, 2 challenges sont proposés. Le petit qui consiste à entrer, puis à sortir en ayant visité les quatre tours d’angle, jaune, verte, bleue et rouge dans le désordre, prend une demi-heure à une heure pour le terminer, ou le grand qui  consiste à effectuer la visite dans un ordre particulier jaune-vert-bleu-rouge, moyennant une à une heure et demie d’immersion complète. Ayant résolu le premier challenge en une petite demi-heure, mon sens de l’orientation me permit de terminer le second en un gros quart d’heure. Toutefois, retrouver son chemin dans un tel endroit demande un certain niveau de concentration.

A la sortie du musée, en libre accès pour tout public, trône la cafétéria. Mais pas de n’importe quel type. Sur toutes les tables des casse-tête et autres puzzles destinés à être résolus. Je ne pourrai m’empêcher d’être pris au jeu pendant un certain moment. D’ailleurs, je ne ressortirai du musée que 4 heures plus tard. A l’instar d’un  musée des Beaux-Arts qui offre un nombreux choix d’ouvrages picturaux dans sa boutique, celle de Puzzling World est une caverne d’Ali-Baba. Au détour d’un rayon, quand je le verrai, unique, isolé, à côté de ses cousins plus petits, cubes de 3 ou de 4, je ne pourrai m’empêcher de craquer. Et oui, un Rubick’s Cube 5x5x5 siège fièrement dans mon Campervan.

Après cette visite intellectuelle et culturelle, une petite balade en pleine nature me fera du bien. En face du musée, Mount Iron, une colline culminant à 425 mètres, domine Wanaka. Cheminant entre les Kanukas et divers autres arbustes épineux du bush kiwi, je parvins au sommet une trentaine de minutes plus tard. Ma vue embrase les environs de Cadrona Valley depuis où je suis venu, jusqu’à l’isthme entre Lake Wanaka et Hawae que j’emprunterai d’ici un ou deux jours pour rejoindre la côte ouest. Par contre, au loin, les Southern Alp, Mt Aspiring National Cook, sont toujours cachés dans le brouillard et ne daignent pas se montrer.

De retour sur le plancher des vaches, bien qu’il ne soit que la fin d’après-midi, je décide d’aller au cinéma. Au cinéma? pourquoi justement au cinéma, alors que plein d’autres découvertes sont encore possibles car le crépuscule n’est pas encore arrivé? Peut-être qu’il s’agit du seul et unique cinéma qui figure dans les guides touristiques en tant que must-do du pays. Il faut dire que le Cinema Paradiso, nommé d’après le film éponyme – que je recommande vivement de voir – n’est pas comme les autres. Il ne faut pas imaginer un cinéma avec des sinistres caisses, puis une salle où les fauteuils seraient alignés couverts. Non, ce cinéma possède bien plus de charme, de pittoresque, de fantastique. Tout d’abord, l’accès se fait par le bistrot Paradiso, où le billet s’achète à même le bar. Bien entendu, il faut aussi profiter d’y commander une bière locale, typiquement une brewski, une lager possédant un coup houblonné formidable. En attendant que les portes ne s’ouvrent, admirer la décoration du troquet : le papier-peint est remplacé par des affiches de cinémas. Les différents plats et boissons sont délicatement écrits à la craie sur un immense tableau noir. Le mobilier n’est pas récent et date déjà d’une à deux décennies; repeint en de vives couleurs, il rajoute un certain cachet.

A l’heure du début de la séance, la salle de projection ouvre quand même ses portes. A l’intérieur, divans et fauteuils sont entassés, une Morris, repeinte en jaune, fournis trois places supplémentaires dans un angle; au fond de la salle, trois rangées de sièges issus d’un ancien avion prennent place. A gauche de l’entrée, une pile de coussin en libre service pour rendre l’assise et surtout la séance plus confortable. Début de la projection: au lieu des publicités standards, divers courts-métrages vantant les qualités du recyclage sont projetés, avant la bande-annonce d’un des prochains films. La projection est à l’image du cinéma, présentant un léger décalage avec l’écran, le doux ronronnement des bobines du projecteur déroulant le film berce le spectateur et ajoute un cachet inoubliable au son monocanal qui surgit de derrière la toile blanche. Je m’y sentirai comme à la maison dans cette ambiance détendue. Personne n’a peur de rire à gorge déployée suite aux péripéties d’un certain pirate des caraïbes. Au milieu, une coupure ? Les portes s’ouvrent, une entracte, mais cela n’était pas prévu au programme ! Une odeur de cookies envahit la salle, et personne ne résiste à la tentation d’aller en grignoter un pendant la mi-temps ou encore de discuter avec les employés des potins locaux, du temps qu’il fait ou des touristes bienvenus. Je recommande de tester les cookies doubles chocolate, un véritable délice, moelleux à la perfection. Une soirée mémorable que je ne suis pas prêt d’oublier. Et une halte nécessaire si un jour je reviens en Nouvelle Zélande.

Petite ville loin de l’agitation de Queenstown sa grande sœur. J’avais beaucoup aimé l’atmosphère qui se dégageait de Wanaka lors de mon arrivée : tranquillité, un certain laisser-aller, la douceur de la température, la beauté du paysage. J’ai ressenti un peu la même impression que sur les bords de Lake Tekapo ou Alexandrina : juste l’envie d’y rester un moment de plus, de me laisser-aller à la farniente, à profiter du soleil… Avec cette soirée, Wanaka rejoint définitivement mes villes préférées. Passage par l’auberge de jeunesse pour poster quelques billets sur un blog, puis je quitte la ville pour me trouver un coin pour dormir. D’après Jonathan, au début de Motatapu Track, l’endroit est idéal pour camper avec un magnifique lever de soleil.

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J-6 : Te Horo Beach – Wellington

16 05 2011

Downtown backpacker, Wellington, mardi 17 mai 2011, 13h30

D= 922.0 km

Et voilà, je suis à Wellington, porte de départ pour la magnifique, fantastique, splendide South Island. D’accord, j’en fais un peu trop! Revenons en tout début de journée. Quel doux plaisir d’avoir été bercé par le grondement des vagues, les feulements des vents, ainsi que les doux mouvements de mon van, oscillants dans les rafales. 6h30: alors que l’aube pointe à peine, je me réveille en pleine forme. Le temps que l’eau bout pour le thé, je range l’intérieur de mon gîte. Puis petit-déjeuner face à la mer toujours en furie.

Furie aqueuse à l'assaut des plages

Je rencontre à nouveau la même dame que hier soir, une kiwie mariée à un français qui promène son chien au lever et au coucher du soleil, tous les jours. Elle m’affirme qu’elle ne quitterait Te Horo Beach qu’à contre-cœur, ce que je conçois tout à fait. Moteur! de retour sur la SH1, une soixantaine de kilomètre me séparent encore de Wellington. Je ne les parcourrai pas d’une traite, avec un premier petit arrêt à Waikanae. Le livre que Jonathan m’a donné, intitulé 202 Great Walks in New Zealand, est une petite merveille. M’ayant déjà entraîné à Mangapohue Arch et Ruakuri Cave, il m’amène aujourd’hui à flâner le long de la rivière Waikanae. Un retraité près du boat club m’indique le chemin et me propose de me parquer à proximité, comme cela il pourra garder un œil sur la voiture pendant qu’il poursuit la construction d’une rampe amenant jusqu’au perron du bâtiment.

Après avoir traversé le cours d’eau, je descends en direction de son embouchure. La surface est agitée, le courant naturel luttant contre la marée montante, poussée par le vent. Il semblerait bien qu’en période de vives eaux, comme actuellement, le marnage conjugué aux airs tempétueux, la marée submerge partiellement le chemin.  Grimpant sur le talus, il est toutefois possible de descendre jusqu’à l’estuaire, et admirer les brisants. A mesure que l’on s’approche de la plage, l’air devient chargé d’embruns et de sable. Si le premier est agréable, le deuxième l’est beaucoup moins. Je remonte ensuite le long de la berge, quelques kilomètres en amont de la première passerelle.

Estuaire de Waikanae

La rivière a retrouvé son air calme et s’écoule avec quelques petits rapides. La balade est pittoresque avec des chevaux pâturant tranquillement dans les prés, des gués pour cavaliers, l’ombre naturelle de ces feuillus déplumés par l’automne et ces arbustes fleuris. Toutefois, elle ne possède pas le charme plus sauvage de la première partie. De retour au boat club, Roy, le retraité, m’invite à partager un thé et discuter du temps, de la Nouvelle Zélande, de mon voyage, … je devrai même sortir une carte pour lui montrer mon périple de Pâques et par où je suis descendu jusqu’à présent. Bien entendu, lorsque je remonte, si l’envie me prend de m’arrêter à proximité de Waikanae, je n’ai qu’à m’installer près du boat club, lui téléphoner et il me donnera la clef pour les commodités. Peu après il me libère, car j’aurai bien besoin de ces six semaines si je continue à m’arrêter aussi souvent.

Un nouvel arrêt deux villages plus loin pour découvrir Queen Elizabeth II Park, où un chemin gravillonné en forme de huit sillonne dans les dunes. Vue sur la plage, ou plutôt sur ce qui en reste, car la mer Tasmane en a presque pris possession dans son intégrité, ou sur les montagnes à l’intérieur des terres; tout est troublé par la présence d’embruns dans les airs. Un brouillard salin s’élève à proximité de la côte, pâlissant les horizons.

Queen Elizabeth II Park : vue en direction de Wellington

SH1, de nouveau la SH1, aucune autre alternative pour gagner Wellington. Je passerai à pleine vitesse à côté des collines, décors des champs Fellanor. Puis soudain, la route, pour une fois une véritable autoroute digne de nos contrées, se ressert, perd une voie, puis celle d’arrêt d’urgence dans les deux sens. Il faut dire qu’entre le front de mer et la montagne, il y a tout juste la place pour la ligne ferroviaire et une route bidirectionnelle. De temps à autres, lorsqu’une vague plus forte que les précédentes arrive, elle éclate contre l’accotement et les embruns sont propagés sur la route.

Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je suis dans Wellington. Le temps de trouver un parking pour la nuit. Je descends au Downtown Backpack, effectue ma petite lessive. 15h00. Il est temps de partir à la découverte de la ville. Peut être irai-je faire un tour à Te Papa, après m’être trouvé un pantalon étanche? M’arrêter dans un cybercafé ou dans un bar avec un wifi libre pour blogguer un petit peu. Puis au retour, il me faudra passer par le supermarché pour me mitonner quelques petits plats à emporter tout congelés pour la suite des aventures.