Voyager et Auckland Museum

25 03 2011

26 mars 2011, Frienz, Auckland, 21h42

Ce matin, j’avais prévu de visiter les quelques maisons de Parnell, avant d’aller à l’Auckland Museum découvrir la culture maorie. M’étant levé de bonne heure, le petit déjeuner étant avalé, il n’est que 8h45 quand je suis prêts à partir. Sitôt descendu les escaliers, je découvre un véritable petit crachin breton qui bruine sur la ville, le froid en moins –  il doit bien faire 20°C. Si c’est plutôt agréable au premier abord, il est difficile de se balader pour prendre des photos, l’objectif étant tout de suite recouvert de fines gouttes de pluie. Je pars dans la direction opposée, vers Viaduct Harbour pour visiter Voyager, New-Zealand Maritime Museum, qui ouvre à 9h00. En chemin je profite de lever les yeux vers la Sky Tower, dont le sommet se perd dans la nébulosité, avant que ma vue ne soit cachée par les avant-toits des immeubles recouvrant la majeure partie des trottoirs, et permettant aux gens de circuler sans se mouiller.

Sky Tower, la tête dans la nuage

Sky Tower, la tête dans la nuage

Le musée de la marine nous plonge tout de suite dans l’histoire maorie au moyen d’un petit film d’animation d’une quinzaine de minutes qui nous montre le peuplement d’Aotearoa, la Nouvelle-Zélande, par les maoris, embarqués sur leurs catamarans propulsés par des voiles en pince de crabe. S’ensuit une exposition temporaire sur les baleines, celles menacées et celles en voie de disparition, ainsi que le revirement d’un pays qui passa de près de 200 baleines tuées en 1960, à la dernière harponnée en 1964 et devint l’un des plus fervents défenseurs des cétacés. Les salles suivantes amènent le visiteur à un voyage dans le temps, autant visuel que sonore, dans l’univers maritime.

Dès l’instant où la porte est franchie, nous nous transportons en pleine Océanie, sur quelques îles perdues, pas encore colonisées par les européens, à l’intérieur d’un faré où sont exposés des objets en bois finement sculpté. Face à la porte, à la place de l’étendue de sable fin et de mer turquoise sont exposés une vingtaine de voiliers océaniens originaires des différents archipels, ainsi qu’une dizaine de petites maquettes. Le clou de la collection : une réplique d’un prao maori destiné à couvrir de longues distances.

Univers océanien

Univers océanien

Le premier saut temporel fait un bond de quelques centaines d’années en avant avec l’arrivée des premiers immigrants européens en Nouvelle-Zélande, dont certains ont fait plus de cinq mois de voyage avant d’arriver à destination dans des conditions précaires. Une de leur première occupation sur les deux îles fut la chasse à la baleine, d’abord à la voile et à la lance, puis finalement avec des navires mus à la vapeur et aux harpons explosifs pour ne pas manquer le coup. Quelques dizaines d’années seulement nous séparent de l’étape suivante qui est un peu l’industrialisation des échanges commerciaux entre les différents ports, la généralisation des bateaux mécaniques, le début des grandes lignes commerciales, avec un transport facilité des passagers

Blue Water, Black Magic : a tribute to Sir Peter Black

Blue Water, Black Magic : a tribute to Sir Peter Black

Il est alors temps de faire un grand bon en avant, celui en direction de la voile classique, et bien entendu des régates. Cette partie, intégrant de nouveaux locaux, est sobrement appelée Blue Water, Black Magic : A tribute to Sir Peter Blake, assertion, qui peut-être ne parle pas à tout le monde. Peter Blake est une figure monumentale de la voile ; il était le patron de la deuxième équipe à ravir le trophée, tant convoité, de l’America’s Cup sur le voilier Team New Zealand, immatriculé NZL32, et tout simplement surnommé Black Magic en raison de son exploit, et surtout celui de la première à conserver le trophée lors de sa remise en jeux en l’an 2000, sans compter aucun de ses autres exploits, comme quintuple participant à la Whitebread – actuellement Volvo Ocean Race – qu’il remporta lors de sa dernière participation sur Steinlager, recordman dans le Trophée Jules Verne. A 53 ans, retraité de sa vie de régatier, il prend les commandes de SeaMaster – anciennement Antartica de Jean-Louis Etienne, et devenu depuis Tara – pour se consacrer à l’étude de l’environnement marin.

Black Magic

Black Magic

Dans cette salle, l’origine de la plaisance néo-zélandais, ainsi que très tôt l’esprit de compétition qui est née, est relatée aux moyens de demi-coques de voiliers exposées au mur parmi de vieilles photographies et d’anciens plans. Les époques plus récentes sont toujours comptées avec les mêmes moyens mais il est possible d’y observer Mammoth, le 4ème bateau dessiné par Bruce Farr et construit de ses mains avec lequel il remporta l’International des Moths à l’âge de 16 ans, d’autres petits dériveurs plus ou moins célèbres, ainsi que les matériaux utilisés suivant les époques : bois, ferro-ciment, fibre de verre, structure sandwich, … Le clou du spectacle est bien entendu NZL 32 qui trône fièrement au centre de la salle, avec son bulbe ornementé des flammes devenues célèbres.

Bulbe enflammé de NZL32

Bulbe enflammé de NZL32

A titre d’anecdote, comme le budget des kiwis n’était pas très important, ces derniers ne purent usiner dans une masse d’acier une deuxième paire d’aile pour le bulbe, c’est pourquoi ils bricolèrent une paire d’aile avec un cœur en acier, un profil en bois et recouvert de fibre de carbone. Et il s’agit de cette dernière paire qui les a amenés à la victoire à San-Diego. De même, une manille de titane est exposée dans une vitrine, rappelant que même un matériau considéré comme incassable peut casser, et mener à la fin d’une série. Pour rappel il s’agit de la manille qui a cassé lors de la finale opposant Team New Zealand à Alinghi en 2003, et obligeant les kiwis à abandonner une manche suite à l’impossibilité d’envoyer un deuxième spinnaker après que le premier a explosé.

L'anneau brisé : comme quoi, le dimensionnement est aussi important pour le titane

L'anneau brisé : comme quoi, le dimensionnement est aussi important pour le titane

On accède à l’étage supérieur au moyen d’une longue rampe bordée par des dériveurs appartenant au diverses classes néo-zélandaises, plus toutes folles les unes que les autres. L’étage supérieur est dévolu complètement à la vie de Sir Peter Blake et aux voiliers dont il a été skipper. La légende veut que son absence, ainsi que celle de ses célèbres chaussettes rouges, n’aient pas permis aux néo-zélandais de défendre victorieusement une deuxième fois leur coupe. Un seul petit mot à propos de la Suisse, celui de désigner Ernesto Bertarelli de Swiss Business Tycoon.

MK II

Dériveur MK II

Flashback dans les années 1950, retour sur les côtes sablonneuses de la Nouvelle-Zélande, avec le Bach d’un Kiwi, un de ces petits bungalows avec juste le nécessaire pour un ouikènne à la plage entre surf dans les rouleaux et repos à l’ombre des cocotiers, posé à côté d’un magasin de premier nécessité au carrelage noir et blanc digne de cette époque.

Intérieur typique d'un bach : juste le stricte nécessaire

Intérieur typique d'un bach : juste le stricte nécessaire

Cette époque correspond aussi à la naissance des premiers hydrojets, inventés par un néo-zélandais. Il faudra attendre quelques années avant que ce moteur soit au point et donne naissance à l’Hamilton Jet. Pendant ce même temps, les flottes commerciales n’ont pas cessé de se développer avec la création de Transpacific pouvant transporter plus de gens, de bateaux de pêche toujours plus grands, plus spécialisés, sans oublier la douane dont le nombre et la taille des vedettes n’a cessé de s’accroître.

Hamilton Jet

Hamilton Jet

Remonter vers le passé d’un gros siècle nous amène à la création des premiers phares sur l’archipel, avec la création d’un comité dans la première moitié du dix-neuvième siècle destiné à déterminer quelles sont les endroits les plus dangereux de la côte. Depuis lors, les phares se sont mis à pousser, tous de blanc vêtus à l’exception de Cape Campbell, Dog Island – blanc rayé de noir – et de Cape Pallisser – blanc rayé de rouge. La dernière galerie est destinée à l’art maritime, subdivisé en trois parties. La première, permanente, présente une quinzaine de figures de proue ayant ornés des navires néo-zélandais, la deuxième est décernée à l’expédition Tara et sa dérive de 2 ans et demi à travers la banquise du pôle Nord, avec une série de magnifiques photographies noir/blanc, et enfin la dernière destinée à un voilier ayant fait naufrage à l’entrée du Golf d’Hauraki.

Comme il est juste midi quand je rejoins le quai destiné aux modèles grandeur nature, j’ai droit de voir et surtout d’entendre le traditionnel – mini – coup de canon que le musée tire chaque midi, avec un modèle réduit. Je traîne encore un moment sur les quais à observer les divers voiliers amarrés aux pontons, ainsi que la demi-coque de Steinlager 2 accolée au mur du Museum.

Steinlager 2 accolé au mur du musée maritime. A gauche de la grue, la nouvelle extension Blue Water, Black Magic

Steinlager 2 accolé au mur du musée maritime. A gauche de la grue, la nouvelle extension Blue Water, Black Magic

Suite du programme : regagner l’Auckland Museum pour m’imprégner de culture maorie. En chemin, je profite de passer par St-Patrick Cathedral, afin de la (re-)prendre en photo, suite à mes aventures de dimanche. Je n’ai pas changé d’avis, elle reste bien petite pour une cathédrale mais possède un cachet quelque peu étrange avec sa blancheur crème éclatante. Son plafond ainsi que ses arcs en bois sculptés restent tout aussi magnifiques.

St Patrick's Cathedral

St Patrick's Cathedral

Remontant par Queen Street, je remarque quelques vieux bâtiments que je n’avais pas remarqués, comme The Guardian, au style américain, avant de m’engouffrer par Vicotria Street, Albert Park et arriver au parc The Domain. J’emprunte alors the Lovers Walk, une petite sente qui s’enfonce dans la forêt tropicale, nichée au creux d’un vallon où s’égaie bruyamment un petit torrent. Comme j’ai encore un peu de temps devant moi pour rejoindre Auckland Museum avant la performance culturelle maorie, je rejoins Parnell pour visiter Kinderhouse, dont je n’avais vu que l’extérieur mardi soir.

Horloge du bâtiment "The Guardiant"

Horloge du bâtiment "The Guardiant"

27 mars 2011, Frienz, Auckland, 21h30

Après avoir tiré la sonnette, une vieille dame m’ouvre la porte. Sitôt pénétré dans le vestibule, elle n’arrêtera pas de me compter l’histoire de la maison et du révérend Kinder avec enthousiasme, voletant de ci, de là pour me montrer photographies, peintures – ma foi, le révérend avait un très bon coup de pinceau -. La visite me permet de découvrir finalement un agencement intérieur pas si éloigné de ce qui se faisait à la même époque en Angleterre. Pour la petite histoire, à l’origine la maison s’est élevée bien en dehors d’Auckland, perdue en rase campagne, faisant face à l’école où enseignait Kinder. Ce dernier, au lieu de demander la construction d’une maison en bois, comme il est courant dans la région, demanda une maison de pierre, ici volcanique, afin de bien montrer qu’en temps que prêtre et maître il était différent de la majorité des gens.

Kinderhouse, avec son jardin privatif

Kinderhouse, avec son jardin privatif

Après un petit tour dans le jardin, il alors temps de prendre congé de la vieille dame. Cette dernière me remet alors deux prospectus pour découvrir les maisons de Parnell, comme elles étaient à l’origine. Je rejoins alors l’Auckland Museum, situé à moins de 10 minutes pour une première rencontre avec la culture maorie. D’une durée d’une trentaine de minutes le spectacle débute par une chanson traditionnelle, puis les différents instruments  nous sont présentés individuellement, avec à chaque fois une danse à la clef. Il se clôt par la présentation de leur plus grande arme, autrement dit le Haka. Et clairement, même si j’avais déjà vu les All Blacks l’effectuer avant un match de rugby, malgré une stature plus faible des maoris, cela reste très impressionnant.

Haka

Représentation du Haka à Auckland Museum

Très bonne introduction à la civilisation maorie par des adolescents qui pratiquent leur culture dès leur plus jeune âge. Je passerai la majorité de mon temps jusqu’à la fermeture du musée dans les salles ayant comme sujet principal les maoris ou encore l’histoire néo-zélandaise dans son intégrité. Juste pour présenter cette civilisation en quelques mots il faut savoir que les maoris vivaient de façon clanique, regroupés autour d’un chef, et habitant tous un même village, le Pa. Ces derniers étaient pour la plupart construit sur des volcans, dont les flans, taillés en escaliers, accueillaient des palissades en bois pour se protéger des autres tribus.

Reconstitution d'un Pa

Reconstitution d'un Pa


Ces villages étaient, en règle générale, regroupés autour d’une case principale aux parois de bois. Cette dernière se reconnaît au fait qu’elle est entièrement sculptée, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le travail du bois est sans doute l’art où les maoris excellaient le plus, comme en témoignent les nombreux outils de la vie quotidienne, dont les courbures épousent les formes naturelles, ou encore les sculptures dont ils sont ornés pour la majorité.

extérieur d'une maison des ancêtres

extérieur d'une maison des ancêtres

Le musée abrite une case principale d’une taille gigantesque : elle doit bien mesurer 10 mètres de large pour une petite trentaine de long. Les pans intérieurs sont complètements boisés, y compris les trois piliers centraux qui soutiennent le toit. L’ornementation picturale est un plus : les couleurs rehaussent les reliefs sculptés.

Intérieur d'une maison des ancêtres

Vu de l'intérieur d'une maison des ancêtres

Le deuxième clou du musée est la présence de Te Toki a Tapiri le dernier grand canoë de guerre maori, construit en 1836. D’une longueur de 25 mètres, il accueillait jusqu’à une centaine de guerriers. A l’instar des autres objets, si la figure de proue sculptée, rehaussée avec des yeux en nacre est magnifique, le travail pour la poupe est encore plus impressionnant avec ses volutes, ses détails

Proupe de Te Toki a Tapiri

Proupe ciselée de Te Toki a Tapiri

Le reste de la salle présente un impressionnant nombre d’objets maoris. Il s’agit du plus grand défaut de ce musée, que l’on retrouve aussi dans toutes les autres salles : il y a trop d’objets dans trop de vitrines, ce qui ne permet pas de remarquer les pièces les plus importantes, ni de les mettre en valeur. Un bien grand dommage pour un musée national. L’heure de la fermeture approchant, je me suis encore attardé à l’étage supérieur à la section d’histoire naturelle pour me familiariser avec la faune locale, et notamment quelques kiwis empaillés, ou encore la reconstitution d’Auckland dans les années 1880 avec les diverses devantures de magasins : barbier, imprimeur, maréchal-ferrant, chimiste, …

Le dernier étage, quant a lui, est plus consacré à l’histoire moderne de la Nouvelle-Zélande qui débute avec la Guerre de Nouvelle-Zélande qui a vu s’opposer les maoris aux colons locaux. Il s’ensuit les rôles qu’ont joué les kiwis dans les deux guerres mondiales, entre autres en Europe, la menace japonaise dans le pacifique. Entre deux salles se trouve le hall de commémoration où sont notés tous les noms des soldats néo-zélandais tombés pendant la deuxième guerre mondiale, avec, accrochés aux murs, les drapeaux des différents départements. Si en Europe, les monuments aux morts sont communs, ce doit être la première fois que je pénètre dans un tel lieu de commémoration, et ça fait quand même un drôle d’effet.

World War II Hall Of Memories

World War II Hall Of Memories

A la sortie du musée, un petit tour par le War Memorial, dont le petit obélisque trône devant le bâtiment. Dans la réalité, le Museum, bâtiment magnifiquement classique, fait lui même partie du mémorial, comme en témoignent les nombreux noms de batailles gravés sur les murs. Je rentre finalement au Frienz en descendant le Lovers Walk dans the Domain. Il s’agit d’un petit sentier traçant son chemin à l’intérieur d’une forêt presque vierge. Plutôt impressionnant de trouver pareille végétation en pleine forêt.

Lovers walk, mon premier contact avec la forêt vierge

Lovers walk, mon premier contact avec la forêt vierge

Petit souper rapide, puis discussion en franco-germano-anglais avec un groupe d’allemands s’apprêtant à retourner dans leur mère patrie, une allemande fraîchement débarquée de Cuba, un français cherchant du travail à Auckland depuis trois semaines et un petit suisse expatrié pour effectuer quelques tests mécaniques.

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