J-5 : Wanganui – Te Horo Beach

16 05 2011

Te Horo Beach, 16 mai 2011, 18h20

D=835.2 km

Houlà! la journée s’annonce plutôt mal. Depuis un peu avant 5h00 le bruit de la pluie n’arrête pas de se faire entendre et le son est celui de grosses gouttes plutôt que celui d’une petite bruine. 6h30: je finis par me lever. Dehors l’obscurité commence tout juste à se retirer. A l’abri de la porte arrière, je prépare un double thé, mes tartines et retourne déguster le tout à l’intérieur. Toutefois, il paraîtrait qu’une bonne douche ne me ferait pas de mal. Prenant mon courage à demain, il fait quand même un peu frisquet sous la pluie, sans compter que l’eau de lavage n’est pas chaude non plus. Un peu rude les conditions mais c’est tellement bon que de se sentir propre.

7h00. Il pleut toujours. Il paraît que le point de vue depuis Atene Lookout sur Whanganui River est magnifique, mais je ne me mouillerai pas pour une marche de deux heures quand la limite nuageuse est encore descendue. Je poursuis mon chemin sur Whanganui River Road. Jusqu’à présent il s’agit de la route la plus étroite qu’il m’ait été donné de voir en Nouvelle-Zélande: il serait parfois même impossible de croiser juste un motocycliste. Son tracé suit toujours la rivière, méandre après méandre, parcourant la forme en V de la vallée, toujours refermée sur elle-même. La route commence à grimper, et, arrivée au sommet d’Aramoana Hill, d’où la vue est magnifique sur un coude du fleuve, quitte la vallée.

Méandre de Whanganui

Whanganui River, un méandre

Je retrouve le fleuve alors que je m’approche des faubourgs de Whanganui, la ville cette fois-ci. Vous qui me suivez depuis (peut être) le début, je pense que vous avez déjà remarqué que nombre de villes possède tout simplement le nom du fleuve à proximité duquel elles ont été construites. Je dois dire que Whanganui, ou plutôt Wanganui, comme elle est orthographiée sur le panneau indicateur à l’entrée de la cité, m’a laissé une impression bizarre. Rues tirées au cordeau, un certain nombre de vieux bâtiments du début du siècle, souvent décrépis, quelques entrepôts, véhicules parqués dans toutes les rues – encore plus que d’habitude –… un peu comme si après sa naissance dans les années 1840, elle avait grandi beaucoup trop rapidement. Historiquement, elle fut une plaque tournante de l’exportation du bois, acheminé par flottaison, puis un centre touristique, dont les seuls vestiges sont la Waimarie, le dernier vapeur a avoir circulé sur la rivière, jusqu’à son naufrage. Son épave fût renflouée dans les années 1995 et, après 6 ou 7 ans de travail bénévole, il navigue à nouveau, embarquant des touristes pour les amener jusqu’à Pipiriki. L’association qui le rénova tient un musée et s’est attelée à la réhabilitation d’un autre navire.

Waimarie

Aujourd’hui, Waimangu est connue pour ses souffleurs de verre, comme ceux de Chronicle Glass Studio que j’ai observés un petit moment. Leur galerie comporte des pièces splendides que j’aurai bien aimé ramener chez moi, malheureusement Crésus ne fait pas partie de mes ancêtres. Certaines personnes m’avaient dit que la ville était un peu triste. Une promenade d’une petite heure m’a permis de leur donner en partie raison. Les vieilles bâtisses construites en dur, ou encore cette rangée de maisons en bois, ou bien cette fontaine originale au milieu du rond-point donne un certain cachet à cette cité. S’il y a le fond, il manque vraiment le contenu, tant elle paraît vide.

Dernier détour avant de partir: je récupère les clefs de St Paul’s Memorial Church à l’office du tourisme, puis trotte jusqu’à Putiki, de l’autre côté du fleuve, où cette église est érigée. L’extérieur ne paie pas de mine, et ressemble à nombre d’autres monuments religieux. Par contre, une fois la porte passée, vous voilà propulsés en pleine culture maorie. Je vous avez parlé à Rotorua d’une église, St Faith’s Anglican Church. L’intérieur est similaire. Coloré dans les teintes rouge, blanche et noire, il arbore des tukutuku, panneaux muraux finement ciselés. Les pupitres, les extrémités des bancs, même le bénitier étalent des sculptures. Officiellement, il est interdit de prendre des photographies, mais je trouvais dommage de ne pas vous en faire profiter.

Putiki Church : vue d’ensemble

Voilà, je quitte Wanganui moins de 2 heures après y être arrivé, direction Palmerston North, distant d’un peu plus de 70 kilomètres. Imaginez les plaines au sud de Paris, rasez les champs de blés blondis par le soleil, plantez des pâturages verdoyants, ajoutez des barrières,  saupoudrez de milliers de blancs moutons, parsemez le tout de quelques fermes et bosquets, vous obtiendrez le paysage de cette région.

Palmerston North: pas grande chose à dire de cette cité, comme surgie de nulle part. Effectivement, elle n’est pas aussi ancienne que Wanganui, Auckland, Wellington ou encore d’autres lieux touristiques comme Pipiriki ou Waitomo. D’architecture pseudo-moderne, construite autour d’un immense square comportant mare aux canards, sculptures maories, tour à l’horloge, … mais rien n’y fait. Hub centrale de cette région agricole et diurne, elle a tenté de parsemer ses rues de sculptures et autres objets artistiques, mais elle manque toujours de personnalité. Seuls quelques bâtiments possèdent un certain cachet, comme la grandiose bibliothèque centrale, ayant gardé la façade de la Direct Imported Compagny.

Bibliothèque de Palmerston North

Pourquoi y être venu? pourriez-vous me poser comme question… et bien il faut dire qu’elle possède le New-Zealand Rugby Museum. Derrière ce grand nom se cache un petit musée. A l’origine, un palmerstonien, suivant la tournée des All Blacks de 1967, admira la chambre des trophées à Cardiff Arms Park et déplora le manque d’un équivalent en Nouvelle-Zélande. Encouragé par le New-Zealand Rugby Federation, il commença, avec l’aide d’un autre féru, à récupérer et accumuler d’anciens trophées, souvenirs et autres objets liés au rugby néo-zélandais depuis la tournée triomphale de l’équipe nationale en 1905. Aujourd’hui, le musée occupe une maison bien trop petite pour les nombreux objets, et, si l’envie de bien faire se ressent, l’argent manque. Il faut dire que depuis sa création, il est toujours tenu, maintenu et soutenu par une équipe de volontaires, comme nombre de musées locaux en Nouvelle-Zélande. Pour la Coupe du Monde de Rugby, il devrait déménager à Te Manawa, et se refaire une beauté. Espérons que ce sera le cas.

Le musée du Rugby à Palmerston North

Pour les petites histoires, le nom des All Blacks provient d’une erreur de compréhension d’un journaliste britannique en 1905. Alors que l’équipe néo-zélandaise avait écrasé les britanniques 50-à pas grand chose, le journal avait marqué le score en faveurs des anglais, titrant que les néo-zélandais étaient complètement dans le cirage, all black dans la langue de Shakespeare. Depuis, le surnom leur est resté. Sinon, le musée a été construit à Palmerston car il se trouvait que les tarifs immobiliers proches du centre n’étaient pas aussi élevés que dans d’autres villes, et que cette cité est aussi le lieu où habita pendant 50 ans CJ Monro, l’homme qui a introduit le rugby en Nouvelle-Zélande.

Te Manawa: il s’agit du complexe culturel de la ville qui regroupe aujourd’hui un musée d’art et un autre d’histoire. Je profiterai du premier qui expose des artistes néo-zélandais. J’ai particulièrement bien aimé les travaux, que ce soit peintures ou sculptures, de Paul & Fran Dibble. Bien que possédant près de 50’000 objets maoris, je préfère découvrir la culture maorie au Te Papa, le célèbre et moderne musée de Wellington.

Peu à peu je m’approche de Wellington, par la côte ouest de l’île du Sud. Cela fait un moment que je n’ai plus parlé de météo. Depuis que j’ai quitté Wanganui, il ne pleut plus; par contre un puissant vent d’ouest souffle depuis la Mer de Tasmanie. Il vaut mieux accrocher le volant à deux mains tant les rafales secouent brutalement le véhicule. Passant par Foxton, je suis intrigué par la silhouette qui ne m’est pas inconnue d’un moulin à vent. Que fait pareil monument ici? aurait-il été ramené depuis la Hollande ? Sa visite m’éclaira tant sur son histoire que sur celle des environs. Accueilli par un charmant couple de bénévole – encore –, ils me racontent son histoire, et me convient, moyennant un billet-donation pour soutenir leur association « De Molen Flour Mill » à grimper aux étages supérieurs. Ce moulin à vent, dont le dispositif mécanique provient de Hollande, n’est pas une aberration dans le paysage, puisque le premier de ce type fut construit à Wellington en 1843. Sa construction est plutôt d’un intérêt historique que pratique, bien qu’il soit couramment utilisé pour moudre de la farine. Aujourd’hui, le vent soufflait toutefois trop fort et les meules étaient immobilisées.

Le moulin de Foxton

A l’étage, je rencontre un autre volontaire avec qui je commence par discuter de la pluie et du beau temps, avant de parler de mon pays d’origine, de mon voyage, … et enfin des environs. Notamment le fait que Foxton fut une véritable ville, grouillante d’activité lorsqu’à l’époque, juste devant le moulin, se trouvait encore un immense port destiné au commerce du flax, ce chanvre néo-zélandais. Mais aujourd’hui, du port, il ne reste qu’un petit méandre, où le marnage se fait à peine sentir. Une barque ne pourrait même plus y naviguer et une zone de nidification pour espèce locale, et où les sternes arctiques viennent nicher lors de chaque migration, est apparue. Un projet est en cours pour réhabiliter le méandre et pouvoir y promener les touristes à la rencontre des volatiles. Au risque de détruire le biotope et la quiétude du lieu, je doute que ce soit la meilleure solution. Il me raconte aussi que les touristes ne s’arrêtent d’habitude pas à Foxton, ne connaissant pas cette ville, malgré les petits musées qu’elle recèle, dont un décerné au Flax et un autre aux Tramways. Tout en déplorant le manque de volonté des bénévoles qui les tiennent, fermant souvent bien avant l’heure par manque de visites. J’apprends aussi qu’à l’origine, les plans de Palmerston North, étaient destinés à Foxton. Toutefois, l’histoire ne s’est pas déroulée ainsi, et plongea Foxton dans l’oubli.

D’ailleurs, même moi je n’y serai pas passé si je n’avais pas eu besoin de rejoindre la SH1 afin d’aller jusqu’à Waitarere, dont la forêt a servi de lieu de tournage pour Osgiliath Wood et Trallshaw Forest dans Lord of the Rings. Toutefois, sur ces terres privées, mais où les braves gens peuvent se balader, je découvre une forêt de pin exploitée par l’homme plutôt que ce qui aurait pu être un décor de cinéma. Peut-être que plus au nord, quelque part sur ces plus de 2000 hectares, se trouve un lieu où les espèces végétales n’ont pas encore été supplantées par l’arbre européen. Pour me réconforter, petite virée jusqu’à la plage : le rivage est blanc d’écume, les vagues se brisent et se brisent encore, et ne cessent de déferler sous le puissant vent d’Ouest. Juste grandiose.

Comme je me trouve à l’intérieur d’un village, et de surcroît sur une route qui continue sur la plage, je ne peux pas rester ici pour cette nuit. Sur la carte, une petite route mène jusqu’à la côte, quelques kilomètres au sud d’Otaki et les ramifications sont moins nombreuses. Comme il n’est que 16h30, je pourrai y être pour le coucher de soleil, car oui, depuis un peu plus d’une heure, je baigne dans les rayons solaires. Un véritable bonheur. Pour descendre jusqu’à Te Horo Beach, je rejoins la SH1, que j’avais abandonnée à la sortie d’Auckland. Sur cette route à fort trafic, impossible de traînasser: à moins de 90km/h, les klaxons se font entendre. Il y a bien la solution de se mettre sur la bande d’urgence, pour laisser passer les gens pressés, mais alors, que de difficultés pour rentrer à nouveau dans la circulation. Question paysage, je roule au milieu d’une large plaine bordée à ma droite par la Mer Tasman, et à ma gauche par les monts de Tararua Range.

Finalement, j’arrive à Te Horo Beach un peu déçu, car l’endroit est quand même plus qu’habité avec une rangée de maisons en front de mer. Mais il se trouve qu’une place, à proximité de la plage où se trouve deux bâtiments combinant vestiaire et toilette, autorise jusqu’à 3 campervans à s’y installer pour la nuit. Je serai seul. Face à la mer qui déferle, se brise, s’écrase sur cette plage où le sable est recouvert de galets. Du vent ou de la mer, je ne sais quel bruit est plus important. Une chose est sûre: j’y reste. L’endroit est magnifique et le coucher de soleil grandiose.

Te Horo Beach

En apéro: avocats dégustés sur un tronc de bois flotté, à admirer les dernières lueurs. Il ne manque que le petit coup de blanc. Tomates en salade, cheddar, œufs, et timtam accompagné de thé Chaï, un véritable régal. Et demain, encore quelques kilomètres à parcourir, une petite balade et je serai à Wellington, à deux pas de South Island. Traversée prévue pour après-demain, tôt le matin. D’après le bénévole du moulin à vent, j’ai intérêt à avoir un estomac bien accroché, car la traversée du détroit de Cook, par pareil vent, qui ne va pas faiblir d’après la météo, est quelques peu mouvementée.

A la lueur de la pleine lune, l’ambiance est encore plus magique. Le blanc de l’écume tranche avec le noir de la plage. Embruns et mousses viennent maculer le pare-brise de mon campervan. Après une petite balade, au cours de laquelle je vois les vagues déferler jusqu’au sommet de la plage, une idée traverse mon esprit ; si par hasard, la marée monte encore pendant 2 ou 3 heures, l’eau salée ne risquerait-elle pas de venir baigner mes pneus, et surtout propulser les quelques troncs épars au sommet de la plage contre ma carrosserie ? Petit moment de doute, avant que je contrôle les horaires de marée. Elle devrait encore gagner 0.6 mètre, donc il n’y a pas de souci à se faire. Je vérifierai quand même de temps à autre par la fenêtre, si je ne dois pas trouver refuge ailleurs.

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Zoo d’Auckland

7 05 2011

Frienz, Auckland, 7 mai 2011, 20h15

Et voilà, les dés sont jetés. J’ai décidé hier de partir à l’aventure jeudi matin. Aujourd’hui j’ai été réserver mon campervan chez Escape Rentals, en profitant de la super promotion disponible jusqu’au 13 de ce mois : 299NZD pour les 14 premiers jours et 20 dollars par jour supplémentaire. Une excellente affaire, un peu plus de 1000 box pour 49 jours de location.

En attendant le grand jour, il me reste deux gros dossiers à traiter consistant tous deux à rédiger un texte en anglais; le premier est le rapport  sur les essais effectués. Introduction et protocole expérimental sont déjà écrits. Par ailleurs, après avoir discuté avec Tom vendredi après-midi, j’ai décidé quels résultats j’allais présenter, et surtout quels graphiques insérer dans le rapport parmi les dizaines générés avec les données acquises.

Ce matin, levé vers 8h00 après une petite grasse matinée, quelques oeufs brouillés, une ou deux tartines toastées recouvertes de beurre et miel, un jus d’orange fraîchement pressé, et me voilà prêt à rédiger. Vers 13h00, alors que je n’arrive plus à aligner des phrases à moitié cohérentes, je décide de faire un petit break.

Avec François-Xavier, nous partons au Zoo d’Auckland, en emmenant avec nous, Ana, une jeune allemande qui vient de débarquer au backpack. Cela faisait longtemps que je n’avais plus pénétré dans l’enceinte d’un zoo. Je dois reconnaître que j’ai eu du plaisir, et que la grandeur des cages m’a étonnée. Enfin des cages, des biotopes reconstitués devrais-je plutôt dire. Car des barreaux, je n’en ai vu presque aucun. Seuls les animaux carnivores sont séparés du public par de grandes vitres; presque partout les animaux sont simplement séparés des visiteurs avec des barrières en bois, parfois doublées d’une clôture électrifiée.

Bien entendu, entre les traditionnels tigres, lions, girafes, hippopotames et autres animaux attirant les chalands, la faune de Nouvelle Zélande est bien représentée. J’y verrai mon premier kiwi en tant que volatile. Long bec, pattes épaisses, restes d’ailes et surtout un corps ovoïde et trapu sont ses principales caractéristiques, à se demander comment un tel oiseau est devenu un emblème national. Je dois dire par contre qu’il colle à la mentalité kiwie, bien éloignée d’une certaine arrogance étasunienne dont l’aigle en est le symbole. Et je découvrirai nombre de volatiles endémiques, ainsi que quelques reptiles dont le Tuatara. Ou encore les célèbres pingouins bleus, habitant North Islands ou phoques et lions de mer.

Deux autres attractions du zoo me marqueront. La réserve Aussie, un des nombreux surnoms australiens, avec les wallabies, les émeus, les kookaburas et encore un grand nombre d’oiseaux aux couleurs éclatantes. L’autre sera le coin décernés aux singes et lémuriens. Un concert plus que bruyant sera même donné par deux mâles d’une espèce aux poils noirs, agiles à grimper et dont le jabot gonflable leur permet de crier pendant de longues minutes.

Enfin, pour la première fois de ma vie, j’ai vu un porc-épic, véritable punk en avance sur son temps. La question de la manière dont il s’y prendra le jour où il devra reculer m’est d’ailleurs venue à l’esprit et reste jusqu’à présent irrésolue. Je fus aussi très ému pour ma première rencontre avec un panda rouge, plus connu sous le nom de firefox, dont le terme, pour la petite histoire, a été retenu pour baptiser un certain navigateur web et je dois reconnaître que le logo est très ressemblant.

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Retour en fin d’après-midi au Frienz, où je reprends mon travail enchanteur de rédacteur en chef pour un certain rapport. Mais, courage, il ne reste plus que quelques jours avant de grandes vacances.

Sinon, petite piqûre de rappel: vendredi 13 mai 2011 a lieu le festival Balélec, et vous devez y aller boire un verre à ma santé.

Et ne manquez surtout pas les 6 précédents épisodes de cette incroyable websérie





A la découverte du Far North : Cape Reinga – Waipoua Forest

25 04 2011

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 18h23

Aujourd’hui, levé de bonne heure, j’avance mon campervan de 500 mètres jusqu’au parc du Cape Reinga, où trois demoiselles débarquent de leur voiture. Etudiantes en échange dans la ville de Dunedin au fond de la côte est de South Island, elles profitent des vacances pascales pour faire un saut dans le Nord, réputé plus chaud à cette saison. Toutefois, le temps n’est pas au soleil, et un vent d’Ouest à décorner un bœuf souffle sur le bout septentrional de la Nouvelle-Zélande, apportant avec lui nombre de nuages gris, quelques gouttes de pluie et des traînées brumeuses s’accrochant aux aspérités montagneuses. L’ambiance est bien différente de bon matin, lorsqu’il est possible d’embrasser du regard le paysage environnant. Comme une seconde découverte, où un autre sens, la vue, devient prépondérant : le ressac entendu hier soir ne semble plus qu’un murmure, alors que le vent n’a pas faibli, par contre, la luminescence des embruns se magnifie en fines dentelles et la texture de l’eau se détaille, les vagues prennent du relief,  les couleurs réapparaissent, une véritable renaissance.

Mon campervan au petit matin

Comme hier soir, le phare surgit très rapidement derrière la crête. Erigé presque au bout de la péninsule, il surplombe de 162 mètres la mer en contrebas. Chemin faisant, la croisée des mers apparaît, là où la mer de Tasmanie vient heurter violemment l’Océan Pacifique. Les vagues, poussées par leur vent respectif, viennent déferler les unes sur les autres, dessinant un croissant blanc d’embruns au large de la côte. De temps à autre le choc projette l’écume à plusieurs mètres au-dessus de l’océan. Je ne me lasserai pas de regarder. Le spectacle est aussi intéressant en contrebas, où les vagues viennent mourir en gros rouleaux sur la plage, à moins qu’elles ne s’écrasent contre les rochers formant l’extrémité du Cape Reinga (Te Rerenga-Wairua). Sur ce dernier un pohutukawa résiste aux ardeurs du temps depuis plus de 800 ans. Selon les légendes maories, les âmes des défunts rejoignent le monde spirituel en descendant le long de ses racines, après avoir remonté toute la péninsule Aupouri. Pour ma part, je vais remonter jusqu’à mon véhicule, sans oublier toutefois de gravir la colline autour de laquelle s’enroule le chemin. Au sommet, malgré les rafales qui tentent de me faire vaciller, j’y prendrai mon petit déjeuner, humant l’air marin, et admirant les plages plus à l’est rejoignant le cap Maya van Diemen. Les nuages prennent toutefois un malin plaisir à perdre de l’altitude, et à embrumer le paysage au loin, restreignant mon horizon à quelques centaines de mètres.

Cape Reinga et la croisée des mers en arrière plan

Avant d’embarquer dans mon van, je récupère sur le parking une luge en plastique, et bien que l’un de ses côtés soit fendu, il s’agit d’un instrument parfait pour la glisse. A Te Pika, je tourne à gauche, et traverse un vaste pâturage verdoyant coincé entre les landes de l’extrémité Nord de la péninsule, et les gigantesques dunes de sables marquant le commencement de Ninety Miles Beach sur la côte ouest. Sitôt débarqué, je retire mes lourds souliers de marche, et m’élance à l’assaut des pentes sablonneuses. Il est encore plus difficile d’y progresser que dans une bonne poudreuse fraîchement tombée, mais j’atteins le sommet assez rapidement. Et bien voilà, il est  temps de se lancer à la découverte du sandboarding, soit descendre une dune en glissant sur n’importe quel instrument : luge, surf, ou encore simple planche de bois. Fun, rigolo, mais l’activité se révèle rapidement abrasive, sans compter le désagrément du sable projeté dans le visage par le vent et la vitesse, avis partagé par deux autres touristes qui s’essaient aussi à cette activité.

Moi, peu avant de tester l'abrasion du sable lors d'une chute mémorable. J'en ai encore les dents qui crissent

Avant de s’asseoir, gros nettoyage afin d’enlever un maximum de grains de sable, mais ce dernier, humidifié par la bruine de la nuit passée, reste collé à la peau. Rien n’y fait, seule une bonne douche permettrait de les enlever. De retour sur la route principale, je la quitterai rapidement, direction Surville Cliffs, le point le plus au Nord de la Nouvelle-Zélande, que je m’étais promis de visiter. La lecture d’une carte topographique du pays m’avait appris qu’une route, terminant en cul de sac, se prolongeait en sentier jusqu’aux falaises : une belle balade d’une heure et demie en perspective. Quelle ne fut pas ma déception, lorsqu’arrivant à la bifurcation, je tombe sur une grosse barrière cadenassée au milieu de la route, avec un panneau indiquant propriété privée, accès interdit. Je serai donc privé de ce point extrême. Pour me réconforter, je poursuis mon chemin jusqu’à Spirit Bay, située au bout de la route secondaire. Le jeu en valait la chandelle, la plage Te Horo est encore vierge de toutes traces, j’y laisserai les premières empreintes en allant profiter d’un petit bain matinal, décrassage obligatoire après le sandboarding. Je préfère être salé que sablé pour le reste de la journée.

Une déferlante à Spirit Bay

Je redescends la péninsule presque d’une traite, quelques arrêts pour prendre des photos, et peu avant d’arriver à Paparore, je m’arrête au Gumdigger Park. J’ai évoqué précédemment que les maoris troquaient des gums de kauris contre des mousquets européens, sans en avoir donner aucune explication. Il faut dire que jusqu’à aujourd’hui, je ne connaissais ni la signification de gums, ni l’allure végétale d’un kauri. Tout d’abord, le kauri, qui pousse en Nouvelle Zélande, est endémique à la région du Far North. De son nom latin agathis australis, il appartient à la famille des conifères. La gomme de Kauri est la résine secrétée par l’arbre suite à un endommagement, afin d’étanchéifier la cicatrice. Lorsque l’arbre grandit, l’écorce tombe, et avec elles les morceaux de gomme. Si les maoris ramassaient les gums tombés des arbres, les européens commencèrent à aller la chercher dans les frondaisons, ou encore à creuser le sol pour la déterrer. Il y a quelques milliers d’années, une forêt de kauri occupant le début de la péninsule fût complètement abattue suite à un cataclysme et les troncs furent conservés dans les marais. Les colons commencèrent alors à creuser le sol à la recherche des gums enterrées, d’où leur nom de gumdiggers. Les maoris utilisaient principalement la gomme pour la cuisson et l’éclairage en raison de ses propriétés combustibles, à moins d’être utilisée comme pâte à mastiquer ou comme pigment pour les tatouages. Les européens trouvèrent rapidement le moyen de la transformer en verni de haute qualité, ou encore à des fins plus commerciales comme adjuvant dans des peintures, revêtement en linoléum. Bien que le travail soit dur et sale, il attirait un grand nombre de travailleurs. La raison de l’adjonction d’un gumdigger croate à la sculpture Pou de Whangarei est facilement expliquée quand l’on sait que près de 8000 dalmates débarquèrent en Nouvelle-Zélande pour y creuser des trous et chercher les gums. Ce que la nature mit plusieurs milliers d’année à produire fut complètement épuisé en moins d’un siècle. Alors qu’à la fin du XIXe siècle, il était courant d’utiliser un gum comme cale-porte, la moindre chips (gum de petite taille) vaut aujourd’hui quelques dollars.

Différentes gums de kauri

Quelques kilomètres plus loin, je visite la salle d’exposition de l’entreprise Ancient Kauri Kingdom, qui transforme les fûts de kauris, conservés depuis plus de 50’000 dans les marais, en objet usuel : table, services à salades, plats, fauteuil, … Alors qu’à l’époque des gumdiggers le tronc était considéré comme un déchet, car aucune gums ne s’y trouvait le long, aujourd’hui ces futs valent de l’or. En effet, la plupart des kauris enterrés étant âgés de plusieurs centaines d’années lorsqu’ils furent abattus, leur circonférence est gigantesque. Peut être, comme moi, lorsque vous étiez enfant, vous avez rêvé d’un escalier sculpté à l’intérieur d’un tronc gigantesque, et bien l’unique exemplaire au monde y est exposé. Pièce maîtresse de l’exposition, elle est bien sûr non disponible à la vente.

L'escalier sculpté dans le fut d'un ancien grand kauri des marais

Je reprends ma route vers le Sud. Comme m’avaient prévenu quelques amis, la côte ouest est beaucoup moins riche en paysage que la côte est. Effectivement, le paysage est plus monotone, les prairies sont entrecoupées de forêts, pour la plupart colonisées par des pins européens. Pour découvrir les essences locales, il faut prendre le temps de marcher dans les parcs forestiers du Northland, temps qui me fait malheureusement défaut. Mes arrêts étant moins nombreux, je sais que j’ai atteint les rives d’Hokianga Harbour lorsque la mangrove remplace rapidement toutes les autres espèces végétales. Un petit arrêt à Kohukohu me permet de découvrir un village possédant une grande densité de maisons victoriennes construites en bois de kauri. Cet halte me coûtera les 5 petites minutes de retard accumulées sur l’heure de départ du ferry, devant me mener de l’autre côté de la rade. Devant patienter une petite heure, je profite de me préparer un bon plat de pâtes que je déguste avec vue sur Hokianga Harbour, la rive étant complètement dégagée de cette mangrove impénétrable.

Hokianga Harbour

Une fois de l’autre côté, à Rawene, je me dégourdis encore un peu les jambes en faisant quelques pas dans ce village, conservant un grand nombre de vieux bâtiments et comptant pas moins de six églises. Lors de la préparation de ces courtes vacances, j’avais planifié de faire un saut à Wairere Boulders Park, un énorme pâturage où d’énormes blocs basaltiques furent sculptés par l’acidité des anciennes forêts de kauris. Toutefois, je n’aurai point le temps de faire le détour, et repars dans la direction opposée, vers Oponini et Omapere. Ces deux villages font faces à North Head, la tête de la côte nord, une gigantesque dune de sable fermant l’embouchure de Hokianga Harbour, où une barre de rouleaux est visible. Le point de vue d’Arai-Te-Uru, situé sur les falaises de la rive sud, permet de profiter pleinement des déferlantes de la longue houle de la mer Tasmane sur les hauts-fonds situé à l’entrée de la rade. Le théâtre est magique, et ni vidéo, ni photo ne permettraient de capter l’intensité des mouvements et la puissance des vagues.

Déferlantes à l'entrée d'Hokianga Harbour

Quelques kilomètres plus loin, la route pénètre dans Waipoua Forest, la forêt où nombre de kauris vieux de plusieurs centaines d’années poussent encore, épargnés par les hordes de colons et de maoris à la recherche de son précieux bois. La végétation est dense, deux murs impénétrables semblent érigés de part et d’autre de la route, les places d’évitement sont petites et rares. J’arrive rapidement au sentier menant à Tane Mahuta, le kauri nommé d’après le Dieu maoris de la forêt. Si les chiffres sont impressionnants : 51 mètres de haut, 13.8 mètres de circonférence, 255.5 mètres cubes de masse ligneuses font de lui le plus grand kauri vivant. Le voir fait pleinement ressentir ce que le terme grandeur possède au plus profond de lui même. Je crois qu’il n’y a rien à ajouter d’autre, et juste le contempler, de longues minutes.

Tane Mahuta dans toute sa grandeur

Le crépuscule est tombé pendant mon admiration de Tane Mahuata, je reprends mon chemin, et parcours environ 2 kilomètres vers le sud avant de tomber sur le parking du DOC (Departement of Conservation), d’où partent trois sentiers vers trois autres grands kauris. Bien que la nuit soit prête à tomber, je m’aventure, une frontale dans mon sac à dos sur le chemin menant à Yakas, le septième plus grand de son espèce. Peu à peu, l’obscurité gagne la forêt, et la faune se réveille. Lorsque j’arrive à Cathedral Cove, un lieu où de nombreux jeunes kauris poussent parmi quelques grands anciens, dont Yakas, elle est complètement tombée. Ayant marché doucement, sans lampe, je serai récompensé d’attendre encore un moment, à l’affût des bruits nocturnes : j’entendrai deux cris particuliers, et si j’avais déjà une bonne idée des animaux ayant pu les émettre, un petit contrôle effectué mercredi matin m’a persuadé que j’avais vu juste. L’un était proche du hululement, celui de la chouette morepork, et l’autre celui du très célèbre kiwi, dont le nom est très proche de son cri « ki-oui ». Sans doute le meilleure souvenir de ces cinq jours.De retour de ma balade en même temps qu’une visite guidée nocturne avec un responsable du DOC, ce dernier attendra que je quitte le parc afin d’être sûr que je ne profite pas de l’opportunité d’y dormir, avant de partir à son tour. Toutefois, cela ne marche pas avec mon esprit retors qui m’a poussé à y revenir 10 minutes plus tard, pour profiter d’une excellente nuit en pleine forêt de Waipoua, une des dernières demeures des grands Kauris. Je n’aurai toutefois pas la chance d’entendre une deuxième fois la faune nocturne: le vent s’est mis à souffler, et bientôt une averse s’est mise à tambouriner sur le toit de mon gîte.

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A la découverte du Far North : Russel – Cape Reinga

24 04 2011

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h30

A l’instar des deux autres matins, le ciel est nuageux, quoique un peu plus gris. Seconde mission du matin, après celle de l’ineffable petit déjeuner, descendre vers le Sud jusqu’à Kawakawa, pour admirer des toilettes publiques. Kawakawa n’a rien d’exceptionnel, il s’agit d’une ville kiwi comme les autres, à l’exception  du numéro 60 de Gillies Street, position des susmentionnés sanitaires. Les plans, ainsi que la décoration de ces derniers est le fruit de l’artiste et éco-architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, ayant passé sa vie et trépassé dans une maison isolée sans électricité de cette ville. Les photos sont plus parlantes que les mots pour son œuvre, mosaïque de verres et de céramiques bariolées.

Vue extérieure des toilettes Hunderwasser à Kawakawa

De retour à Paihia, bien qu’il s’agisse d’un must de faire un tour dans la Bay of Islands pour découvrir ses merveilles, la météo incertaine me pousse à ne pas choisir cette option. L’arrivée massive d’une foule débarquant de plusieurs bus, pour embarquer qui sur les ferry, qui sur les jetboats me confortera dans ma décision. Je reviendrai un jour, pour y naviguer, que dis-je! pour y voguer sur un voilier à mon bon plaisir, mais en dehors de la saison touristique, bien entendu. L’alternative a tout pour me séduire avec son attrait historique. Si j’ai attendu plus de 20 ans en Suisse avant de me rendre sur le Rütli, la prairie où fut conclu le pacte originel entre Uri, Schwyz et Unterwald, fondateur de la Suisse, il ne m’aura pas fallu 2 mois pour fouler le sol sur lequel fut signé le traité faisant d’Aotearoa, une nation à part entière sous l’égide du Commonwealth. Je quitte avec joie Paihia et ses  hordes de touristes, pour Waitangi, situé de l’autre côté de la rivière Haumi. Le seul point intéressant de la ville est sans doute l’église St Paul’s Church, construite en 1925 en pierres basaltiques issues des carrières de Kawakawa, sur l’emplacement de la première église d’Aotearoa.

St Paul's Church à Paihia

Si la fondation de la Suisse est basée sur une légende, l’histoire de la Nouvelle-Zélande est très bien documentée. D’ailleurs, il est nécessaire de vous la conter en quelques mots : si la majorité des relations entre maoris et colons sont positives, certaines tensions existent quant aux terres et aux propriétés. De plus, avec l’arrivée toujours plus nombreuse de baleiniers, de navires, de repris de justices, de marchands, de missionnaires catholiques, Bay of Islands devient bondée. Kororareka gagne son surnom d’Hell-Hole of Pacific. James Busby est ainsi mandaté en tant que Résident Britannique par le gouvernement anglais pour y remettre un peu d’ordre. Arrivé en 1833, il n’aura que très peu de ressources pour mener sa mission à bien. Toutefois, ses relations avec les maoris sont excellentes. En 1834, il obtient même de l’amirauté pavillon maritime et régistration pour les navires maoris. En 1835, lorsqu’un français, Baron de Thierry, s’autoproclame Souverain Chef  d’Aotearoa, il arrive à rassembler 35 chefs maoris de l’île du Nord, qui finissent par signer la Déclaration d’Indépendance de la Nouvelle-Zélande. En début 1840, le Capitaine William Hobson débarque à Bay of Islands avec les pleins pouvoirs de la Reine d’Angleterre pour conclure un traité. Busby l’aidera à réviser son brouillon. Le Révérend Henry Williams et son fils finiront la traduction tard dans la nuit à la veille de sa présentation officielle. Le 5 février 1840, maoris et européens sont réunis par centaines à Waitangi. Après une nuit complète de discussion, 43 chefs maoris signent le traité, face à la Résidence (de Busby). Si en septembre de la même année, plus de 500 autres chefs ont paraphé des copies du traité, le 21 mai Hobson a proclamé la souveraineté de la Couronne Britannique sur la Nouvelle-Zélande. Si le débat sur l’interprétation du traité se poursuit encore de nos jours, il est surtout regardé comme un agrément entre deux peuples voulant vivre et travailler de commun.

Le mat planté à l'emplacement de la signature du traité, et la Résidence en arrière plan

Aujourd’hui le sol sur lequel fut signé le traité a quelque peu changé, mais nombre de symboles s’y trouvent. A commencer par le mât, planté à l’endroit précis où le document fut signé. Si, aujourd’hui, à son sommet flotte le drapeau de la Nouvelle-Zélande, il comporte à mi-hauteur encore l’Union-Jack et le pavillon maori. Ou encore la Résidence, un petit cottage où a logé James Busby durant ses années passées à Nouvelle-Zélande : des 4 pièces de 1933, le cottage s’est adjoint 4 chambres supplémentaires en 1940 au sud, et l’extension de la partie domestique a créé l’aile nord. Sans compter la marae, érigée lors de la fête du Centenaire et dont les sculptures rappellent les ancêtres des diverses tribus maories, ainsi que le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua construit pour la même occasion. Et tout cela dans un cadre plus ou moins champêtre où la pelouse à l’anglaise côtoie les espèces indigènes, tant florales qu’animales.

Le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua

S’il est possible d’observer l’ameublement du XIXe siècle d’une pièce où travailla Busby, la Résidence regorge de quantité d’informations sur le travail effectué lors de sa restauration, les différents agencements et extensions qu’elle a possédés ou encore comment Waitangi Treaty Ground a échu au peuple néozélandais suite au don de Lord et Lady Bledisloe de cette propriété achetée en 1932. L’abri, près de la plage où débarquait chaque matin du début de février 1840, abrite le canoë, une série de photos liées à sa construction, à partir du dernier grand Kauri abattu par volonté humaine, dont la souche est aussi présentée.

Le cabinet de Mr Busby

Quittant ces lieux historiques, je monte vers le Nord, effectue un bref arrêt aux décevantes chutes d’Haruru, tant en terme de hauteur, que de cachet. A Kerikeri, près du bassin naval en aval de rivière, demeurent les bâtisses de la mission du Révérend Samuel Marsend. La première, Mission House, datant de 1822, est la plus veille maison de bois. Elle trône au milieu d’un jardin à la … où nombre de plantes différentes sont présentées au public. A côté, Stone Store, le plus veille édifice en pierre du pays. Datant de 1836, il regroupe actuellement une boutique vendant de nombreux biens produits à la manière de l’époque, du clou américain aux différentes serpes et pelles de jardinage. Ma seule déception sera le refus de la mégère de m’incorporer à la visite guidée qui vient tout juste de débuter quand j’arrive, mais l’odeur du travail à l’ancienne, visible sur les objets, mérite la visite. Le tout est surplombé par l’église St James Anglican Church, ma foi assez jolie. Je quitte la ville en passant par Rainbows Falls, dont les chutes, hautes de 27 mètres, s’effectuent sur fond de falaise entaillée d’une profonde grotte horizontale.

Rainbow Falls, bien plus belles que les chutes de Whangarei

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 6h45 (GMT+12)

Sur le chemin me menant à Doubtless Bay, je quitte l’intérieur des terres afin d’admirer Matauri Bay, une plage de surf, longue de 18 kilomètres, et Wainui. Retour sur la Twin Coast Tourist Route qui me conduit jusqu’à Mangonui, signifiant littéralement « Grand Requin ». Le front de mer de ce joli port de pêche est orné de magnifiques bâtiments historiques, malheureusement à moitié cachés par les enseignes publicitaires des magasins et café situés au rez. Premier arrêt à Mangonui Fish Shop, un établissement de restauration spécialisé, comme vous l’aurez deviné, dans le poisson. Situé dans un bâtiment construit sur pilotis au-dessus de l’eau, sa marque de fabrique  sont les Fish’n’chips. Le filet de poisson de votre choix est prélevé directement dans l’étal face à vous, avant de partir de suite dans la friteuse, accompagné des pommes-de-terre. Quelques minutes plus tard, le Fish’n’chips ressort, est emballé par la gentille poissonnière-cuisinière, arborant pour Pâques de cocasses oreilles de lapin. Il ne reste plus qu’à aller sur la terrasse le déguster face aux voiliers et bateaux de pêche tranquillement ancrés dans la baie, à l’abri de l’île située au large. Je dois reconnaître que, pour l’instant, il s’agit des meilleurs que j’ai dégustés.

Succulent Fish'n'chips

Une petite promenade digestive m’amène à la découverte de Mangonui. J’arpente le long quai, avant de grimper dans le village. Au hasard, je découvre la bâtisse à l’abandon de la Bank of Australasia, le célèbre hôtel Old Oak, l’un des plus luxueux de Nouvelle-Zélande en son temps, l’église dont le clocher est une simple construction en bois, où la corde de la cloche pend à l’air libre, me donnant presque l’envie de l’entendre carillonner. En redescendant de l’autre côté, le point de vue sur le port en contrebas, ainsi que sur Doubtless Bay est magnifique. Un dernier détour me mène près de trois cottages, dont malheureusement le plus joli est en train de pourrir. Si aujourd’hui Mangonui survit grâce à la pêche et aux expéditions touristiques menée à Cape Reinga et s’y arrêtant pour s’empiffrer rapidement d’un fish’n’chips, ces esthétiques demeures furent bâties entre 1790 et 1850, lorsque l’industrie baleinière et l’exportation de bois de Kauri faisaient de ce village une cité prospère.

Cottage en attente de restauration

16h00, le temps passe définitivement trop vite et je dois quitter à regret ce pittoresque village, en direction du but ultime de ma journée, Cape Reinga, situé encore à quelques 160 bornes. Je ne peux toutefois m’empêcher de monter jusqu’à Rangikapiti Pa, dont les divers remblais des étages fortifiés du village maori sont clairement visibles. Je n’aurais pas la chance d’admirer un coucher ou lever de soleil, jugé splendide depuis ce lieu. Les rayons solaires, tout comme la côte au loin, sont estompés par le ciel nuageux. La péninsule de Karikari, en face, fermant la baie, la mer, tout l’arrière-plan disparaît dans des teintes grises, sur lesquelles le beige des quelques plages, et les verts des prairies et des péninsules recouvertes de forêts se détachent. La vue sur Doubtless Bay est grandiose. Pour l’anecdote le nom provient d’une entrée dans le livre de bord du Capitaine Cook qui nota qu’il s’agissait sans doute d’une baie lors de sa première entrée. Oui, mais une p***** de grande baie mon capitaine.

Doubtless Bay

Trêve de digression, il est temps de reprendre la route. Le paysage pour rejoindre Awanui, au pied de la péninsule menant à Cape Reinga est monotone, pâturages sur fonds collinéens, avec quelques bosquets épars, quelques fermes plantées de-ci, de-là. A 16h49 j’arrive enfin au fond de la longue langue de terre menant à la pointe Nord de la Nouvelle-Zélande. Un panneau indicateur me signale qu’il ne me reste plus que 104 kilomètres avant d’atteindre mon but. Je doute y arriver avant que le crépuscule ne tombe. Sur la première moitié du trajet, un nombre incalculable de véhicules redescendant vers le Sud me croisent, par contre seules deux voitures, roulant à tombeau ouvert, sans doute des locaux, me dépasseront. Le paysage reste immuable, encore et toujours des pâturages, et surtout des vaches, encore des bovins. Jusqu’à présent le nombre de moutons rencontrés est bien inférieur aux prédictions théoriques.

104 km du Cape Reinga

Si en longeant Houhora Harbour, le panorama se modifie avec cette langue d’eau salée à l’intérieur des terres conduisant à la présence de mangroves à proximité des côtes, ce n’est qu’après avoir passé Te Kao que les premières grandes dunes apparaissent, que les pâturages laissent la place à des forêts et des landes. Toutefois, le peu de place ne permet pas de s’arrêter tranquillement et comme la route est tout sauf rectiligne, je n’ose m’y arrêter en plein milieu. Avisant une petite route menant à une habitation, je m’y engage de quatre roues bien décidées. Impossible de remonter en marche arrière, le campervan reste posé sur trois roues, dont une seule est motrice, en contrebas, quelques bancs de sables limitent la place pour tourner. Bref, me voilà dans une situation quelques peu embêtante, quand soudain un kiwi débarqué de sa grosse jeep me lance un « You’ve got in troubles », auquel je ne peux que répondre « yep ». Après avoir tenté une énième tentative en marche arrière, habitué des automatiques, il prend le volant, et n’hésite pas pour effectuer un demi-tour en contrebas, à mettre les gaz et laisser un peu de gomme sur le gravier. La leçon, ne jamais hésiter à monter haut dans les tours en cas de situation problématique.

Une photo qui m'a valu quelques déboires. Je ne sais point si elle en vaut la peine

Me voilà reparti, après une petite demi-heure d’immobilisation. Je parcours les 50 kilomètres restants jusqu’au cap. L’impression est fantastique : rouler isolé, de nuit, dans l’obscurité la plus totale, sur la route serpentent sur la crête des collines, seuls mes phares percent l’obscurité, et éclairent les catadioptres et lignes de circulation du long ruban de bitume. Aucun arrêt supplémentaire, la nuit rend toute photographie impossible.

Seul mes phares percent l'obscurité de la lande

18h45, j’arrive enfin au parc, encore deux voitures y sont stationnées. Alors que je me prépare, embarquant lampe de poche, habits chauds et veste car le vent souffle à décorner un bœuf, les occupants sont de retour. Je descends alors tranquillement jusqu’au phare, situé presque à la pointe de Cape Reinga. Un chemin aménagé mène jusqu’au phare. Les cinq faisceaux lumineux de la lanterne rotative balaient à tour de rôle la lande et le large. Le bruyant murmure du ressac se fait entendre, couvert de temps à autre par le bruit des longues rafales de vent.

Même s’il est impossible de voir la mer, la luminescence blanche des déferlantes luit sur la noirceur de l’océan. Moment magique que de découvrir un phare de nuit. Je n’en ai pas souvent eu l’habitude, et encore moins de profiter de ses éclats aucunement troublés par les lumières d’une ville proche. Ici l’obscurité est la plus complète.

Phare du Cape Reinga, j'y suis enfin arrivé

Je mettrais fin à ce moment magique, en faisant un peu le zouave à l’autre bout du monde, jouant avec les divers réglages de mon appareil photo; je tenterai de saisir de fugaces moments ou encore profiterai de laisser ma silhouette fantomatique orner le mur. En remontant jusqu’au campervan, je croiserai mes premiers opossums vivants, quatre yeux ronds et brillant me fixant dans l’obscurité, plutôt troublant sur le moment. Je dormirai à 500 mètres du parc, sur une petite place d’évitement : au loin la lumière du phare du Cap Maya van Diemen scintille dans la nuit, et les rumeurs du vents et de la mer berceront mes rêves.

Et pour la petite histoire, afin de ne pas faillir à la tradition pascale, je me suis lancé dans une chasse aux œufs campervan, que j’avais préalablement cachés ce matin. Et bien sûr, je n’ai pas manqué de croquer les oreilles du lapin en premier.

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A la découverte du Far North : Whangarei – Russel

23 04 2011

Opua, Bay of Islands, 23 avril 2011, 20h30

Après une bonne nuit de sommeil, un petit déjeuner simple, mais équilibré un peu de pain sous le miel, quelques fruits, un bon bol de lait et une tasse de thé, me voilà repartis pour de nouvelles aventures. Un premier arrêt à un Park’n’Save me permet d’acheter une petite poêle, des linges à vaisselle, et une nouvelle bouteille d’eau. Le deuxième sera plus touristique, je profiterai de l’absence des hordes de voyageurs encore endormis à cette heure pour contempler les chutes de Whangarei. Effectivement, même si l’eau ne plonge que de 26 mètres,  leur beauté doit être reconnue. Je ne me pose cependant pas en expert, les seules dont je me souvienne, à part la Pisse-Vache en Valais, sont les Chutes du Rhin près de Schaffhouse, un véritable fleuron national suisse.

Whangarei Falls, vue depuis la rive

Certains me diront que je me focalise sur les murets et séparations agricoles, mais toutefois, à la sortie de Whangarei, la route est bordée sur quelques kilomètres de part et d’autre par un muret de pierres sèches, quelque peu humidifiées par la rosée matinale et les ondées nocturnes. Ce dernier semble presque discontinu, épousant les formes courbes du paysage, sans aucune cassure aux limites de deux propriétés. Seule la présence des portails apporte un peu de dynamisme à l’ensemble. Derrière, parfois cachés par des haies, parfois à découvert, parfois dérobés aux regards,  à l’abri de quelques arbres, des demeures, des vignes, ou quelques vergers sont plantés. Chemin faisant, les murs jumeaux disparaissent, mais d’autres réapparaîtront plus tard, clôturant quelques pâturages, à la place des traditionnelles barrières à fils métalliques (le célèbre n°8) et piquets de bois.

Muret de pierres basaltiques, dans la brume du petit matin

Peu à peu, les flancs collinéens deviennent plus abrupts, les virages courts apparaissent, la signalétique indiquant les vitesses conseillées dans les courbes fleurit sur les routes, autant de signes indiquant que je m’approche de la côte. Peu avant d’y arriver, je franchirai enfin la frontière me séparant du district du Far North. Au passage, je subirai mon premier alcootest au sommet d’une colline. Bien que la procédure soit quasi industrielle, en testant les chauffeurs de trois voitures, après trois voitures, le gendarme est bien sympathique et nous taillons un brin de causette afin que l’éthylomètre analyse mon haleine. Je reprends la route Kiripaka, Ngunguru, Tutukaka. Tous ces noms maoris font partie désormais de mon paysage quotidien. Au détour d’un dernier virage, la vue dégagée sur une baie presque fermée est magnifique : une plage en premier plan, deux caps protégeant l’anse, une bande de sable s’avançant dans la baie. Matapouri est un véritable village de vacances: les baies vitrées des maisons s’ouvrant sur la baie,  séjour au premier étage pour profiter de la vue, terrasse surélevée pour jouir du paysage. Il ne me dérangerait point d’y avoir une petite demeure au front d’océan.

Matapouri Bay

Sans savoir que ce petit coin perdu serai si joli, j’avais prévu d’y faire un tour. Il paraît qu’à l’extrémité Nord de la plage, en traversant une prairie, il est possible d’arriver à Mermaid Pool, une sorte de piscine circulaire creusée dans la roche par l’action des vagues, où il fait bon d’y faire trempette, en observant l’océan tout en étant protégé des vagues. Je me mets donc en quête de cet endroit. La marée étant presque haute, je me glisse avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse pour accéder à la crique, d’où par le sentier à travers les herbes grasses. Toutefois au lieu d’accéder « simplement » comme cela est spécifié dans le Lonely Planet, le voilà qu’il se met à grimper. Si la montée est quelque peu raide, la descente de l’autre côté semble hasardeuse, et je redescendrai par le même chemin. De retour à la plage, après une petite baignade, je discute avec un Kiwi. Ce dernier me dit que l’ancien chemin, facile, a disparu suite à un glissement de terrain, et que le nouveau plus difficile, était effectivement celui que je suivais. Il aurait donc fallut persévérer en redescendant de l’autre côté.

Mermaid Pool se cache quelques part en contrebas

Impossible de continuer à longer de près ou de loin l’océan, la route retourne à l’intérieur des terres. A nouveau sur la Twin Coast Tourist Road, alors qu’elle monte directement sur Paihia, je bifurque en direction d’Oakura. Les tronçons rectilignes de la SH1, leur voie rapide, bidirectionnelle limitée à 100 km/h, n’est pas le meilleur chemin pour profiter du paysage. Bien qu’elle possède de part et d’autre une bande d’arrêt d’urgence, servant aussi de place de stationnement, dès l’instant où l’on sort du trafic, il est toujours long, voire très long, de trouver un instant où s’y glisser à nouveau. Si les routes primaires possèdent de part et d’autre deux petits fossés interdisant tout arrêt, elles sont toutefois dotées de-ci, de-là de places d’évitements ; ou encore les nombreux accès aux champs attenants sont autant d’endroits où stationner quelques minutes pour profiter des paysages différents.

Fin de la digression routière, je suis le rivage de près ou de loin, certaines routes en cul-de-sac permettant d’accéder localement à la petite baie desservie. Helena Bay est un petit coin charmant, avec un immense pohutukawa, se découpant à contre-jour. Baie après baie, je m’approche lentement de Russel. Chaque nouvelle pause grappillée est une étape supplémentaire de franchie.

le pohutukawa d'Helena Bay

Mon dernier détour me conduit sur une route de terre battue. Au bout de quelques kilomètres je m’arrête à la hauteur de Whangamumu Reserve. J’embarque mon sac à dos, y fourre bouteille d’eau, appareil photo, clefs, documents de voyages, franchis la clôtures et me voilà sur le chemin me menant à Whangamumu Harbour, (tristement) célèbre pour son passé à l’époque de la chasse à la baleine. En effet, cette crique ne servait pas seulement de base où le gras était récupéré sur les cadavres et fondu, mais a aussi joué le rôle de piège pour ces cétacés. En effet, nombre d’entre eux s’aventuraient dans cette crique, à l’étroite entrée. Un filet relevé entre les deux promontoires les emprisonnait à l’intérieur, et le harponnage pouvait alors commencer. A mi-chemin, peu après être arrivé au sommet de la montée, ma vue embrasse la baie, semblable à une pince de homard, prête à se fermer sur l’imprudent qui y glisserait un doigt. De gros nuages gris plombant le ciel, et n’ayant pas pris ma veste, je fais demi-tour. Dans ce pays, les averses sont brèves mais vigoureuses, elles vous trempent jusqu’à l’os en moins de cinq minutes.

Whangamumu Harbour, avec sa forme caractéristique en pince de homard

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h00

Je m’imaginais Russel plus grand, si j’avais lu attentivement le Lonely, j’aurai su que cette petite bourgade ne compte que 820 habitants. Pourtant, au XIXe siècle, sous le nom Kororareka, elle fut la première colonie européenne en Nouvelle-Zélande. Son premier nom est le même que celui du village fortifié de la tribu Ngahpui, cis au même emplacement, qui agréa le peuplement étranger. Tout comme les maoris, les européens trouvèrent que Bay of Islands (baie des îles) étaient un endroit merveilleux : riche en ressources premières (eau, poisson….). Très vite, de nouveaux arrivants vinrent s’établir et la baie grouilla de navires. Les transactions colons-maoris sont florissantes : les premiers échangent mousquets et poudre contre Kumara, bois de Kauri, … et autres richesses dont la valeur sur le Vieux-Continent est importante. Des repris de justice exilés d’Europe arrivent dans ce nouvel Eden qui bientôt gagnera le surnom de Hell Hole of the Pacific (Trou de l’enfer du Pacifique). Aujourd’hui la ville a perdu sa notoriété, mais gardé le charme des temps passés avec nombre de maisons victoriennes, et aussi le plus vieux bâtiment du pays, une église datant de 1836.

Eglise de Russel, au centre d'un cimetière engazonné, comme à leur habitude en Nouvelle-Zélande

Je commence ma visite par le petit musée citadin qui retrace la découverte de la Bay of Islands par le Capitaine Cook, l’arrivée des premiers colons, sa lente descente aux enfers, son histoire liée à celle des baleiniers, puis l’arrivée des touristes avec la plaisance, les plages, … Le point fort du musée est sans doute la réplique au 1/5e de l’Endeavour, le navire de Cook, ou encore la section maorie. Une brève balade me mènera entre les principaux bâtiments chargés d’histoire, comme l’église, quelques cottages en front de mer, ou encore  la maison Pompallier. Cette dernière est une ancienne mission catholique. Durant 28 ans, depuis 1842, 40’000 ouvrages en maoris y furent traduits et imprimés, avant d’être vendue en 1870 à un privé. La visite, en plus de m’apprendre un peu plus sur le dénommé Pompallier, un missionnaire français, est un musée vivant où la fabrication d’un livre selon la méthode utilisée au XIXe siècle est mise en application. Depuis l’impression des pages à partir d’une presse de type Gutenberg, à la reliure manuelle, et enfin le collage de la couverture en cuir tout y est présenté. Bien entendu, le cuir utilisé est tanné sur place : à l’arrière du bâtiment, prennent place quatre cuves, chacune plus tannique que la précédente, dans lesquelles sont passées successivement les peaux en cuir, avant de passer à l’assouplissement nécessitant, lui, cinq étapes.

Maison Pompallier

Avant de quitter la ville, je sirote une petite bière sur la terrasse de l’hôtel Duke of Marlbourgh, quatrième établissement érigé sur le site, les précédents ayant été détruits soit par le feu, soit suite à l’un des sacs de la sulfureuse adolescence de Russel. Actuellement, il possède encore la License n°1, établie pour la première fois en Juillet 1840 pour le bar à grog de monsieur John Johnson, cis au même emplacement. Et cette petite bière, il la fallait bien pour fêter l’anniversaire, avec un jour de retard soit, d’une mémorable soirée d’avril de l’an 2010.

Duke of Marlbourgh

Je reprends le volant, et pour conclure ma découverte de Russel, je monte à Maiki, la colline où fût hissé le deuxième drapeau néozélandais. Pour la petite histoire, par trois fois, dans les mois qui suivirent la signature du traité, le mat fut coupé à coup de haches par des maoris, menés par Hone Heke, le premier signataire du traité. Mais à quatre reprises la colline fut reprise et le drapeau hissé à nouveau. Durant la dernière tentative, les navires anglais ancrés dans la baie n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur la ville, et des boulets de canons y sont déterrés presque lors de chaque excavation.

Je rejoins alors Okiato, lieu d’embarquement pour le ferry qui me mènera à Opua, de l’autre côté de la Bay of Islands. Suite à la signature du traité, Okiato devint la première capitale de la Nouvelle-Zélande. Lorsque ce privilège fut transféré à Auckland en 1841, dont l’emplacement fut choisi en raison de la fonction future, Okiato est abandonnée, et son nom d’alors, Russel, transféré au village nommé Korokareka,

Okiato, un simple rond-point, avec mon campervan, pour marquer l'emplacement de la première capitale de Nouvelle-Zélande

La traversée en ferry me permet de profiter d’une des nombreuses anses de Bay of Islands. Si le paysage est joli, je n’en vois pas la raison d’en faire un plat. Une fois débarqué, je rejoins le Holiday Park Top 10, pour passer la nuit en camping, et surtout charger la batterie afin de profiter de ma réserve de 40 litres d’eau. Je ne vous ferai pas une longue digression, mais à 16$, soit presque le même prix qu’une nuit en backpack, sans avoir la qualité d’accueil, ni les partages, mais par le défaut de subir celui des désagréments des touristes, je doute que j’y remette les pieds de sitôt. Par contre, au menu du soir, le deuxième steak d’agneau et le kumara poêlé accompagnés d’une petite salade de tomates en entrée passent à merveille.

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Ponsonby & MOTAT

17 04 2011

Si jamais, hier j’ai finalement été voir mon premier match de rugby.

Frienz, Auckland, 17 avril 2011, 22h30

Je petit-déjeune avec les français de hier, qui me conseillent quelques coins à visiter sur la côte est de South Island, puis comme la météo est clémente, je récupère mon sac, un appareil photo, et surtout une batterie de réserve, direction Ponsonby, un des quartiers d’Auckland réputé pour ses restaurants-bars et ses boutiques. Pour ma part, je suis plus intéressé par le fait qu’il conserve un certain nombre de vieux bâtiments qui content la vie passée d’Auckland.

Ponsonby est l’un des quartiers le plus anciens d’Auckland, et a donné naissance ou fut le lieu de résidence de nombreux hommes politiques, acteurs, poètes, révolutionnaires, évêques et surtout, d’All Blacks, dont le club de rugby de Ponsonby en a formé plus qu’aucun autre club de Nouvelle-Zélande. Les maoris occupèrent très tôt cette zone, et y érigèrent un certain nombre de Pa. En plus de posséder des cônes volcaniques, fortifiant naturellement leurs Pas, ces terres étaient baignées par Freeman’s Bay, qui était encore une baie poissonneuse. En 1840, les maoris cédèrent 3000 acres aux colons, dont les terrains où sera érigé le quartier. Il fallut attendre trente ans, pour que, suite à l’accroissement rapide de population, que des maisons, industries et magasins soient construits autour de Freeman’s Bay, et s’accrochent aux flans de l’élévation couronnée par Ponsonby Road et le tramway qui y circule. Ponsonby, à l’origine quartier des défavorisés, des maoris rejetés par la bourgeoisie européenne, s’est peu à peu transformé en un quartier huppé, où la proportion des gens titulaires d’un bachelor et d’un master est plus élevée que dans le reste de la ville.

Il y a déjà une ou deux semaines de cela, dans l’étalage à prospectus touristiques découverts un fascicule bien différent des autres, intitulé « Ponsonby, Heritage Walks

». De facture bien plus soignée, il différait des traditionnelles attrape-touristes proposés. Edité par l’organisation Ponsonby Road, il propose de découvrir l’histoire de ce quartier à travers des bâtiments historiques découverts au fur et à mesure selon l’un des quatre itinéraires proposés. Toutefois, il est possible, avec un peu d’ingéniosité, d’appondre les tracés pour en faire une jolie petite marche.

Frienz, Auckland, 18 avril 2011, 06h30

Je ne vais pas vous raconter l’intégrité de la marche, cela s’avérerait franchement ennuyeux pour vous, et surtout pour moi qui viens de la faire. J’espère toutefois que les quelques anecdotes que j’ai découvertes au fil de mon trajet vous donneront l’envie d’y faire un tour. Si en suivant Victoria Street, la rue sise devant mon immeuble, j’arrive tout d’abord à la Sky Tower, en redescendant de l’autre côté, je débouche sur les faubourgs de Ponsonby, à Freeman’s Bay. De cette baie, il ne reste plus grande chose. Réclamée à la fin du XIXe siècle par les maoris, la querelle fut terminée lorsqu’Auckland décida d’y ériger Destructor, une usine destinée à incinérer les déchets, et de combler la baie. Le parc Victoria fut inauguré en 1905, et donna son nom à Victoria Park Market qui occupe le Destructor depuis la fermeture de l’usine en 1972. Ce centre commercial renferme un grand nombre d’échoppes dans un univers industriel composé de bâtiments aux formes carrée et murs de briques, à l’enchevêtrement de toits, de plateformes accessibles par nombre d’escaliers. Le seul souvenir des fours est l’immense cheminée qui se dresse encore à l’est des bâtiments.

Antique cheminée du Destructor, à Victoria Park Market

Quelques petits détours m’amènent à découvrir les vieux cottages des travailleurs construits en 1960 de Renall Street, dont la rue est actuellement classée ou encore les charmants bâtiments de Georgina Street, qui fut en son temps la rue la plus mal famée de la cité, sans eau potable, ni sanitaire. A l’extrémité sud-est de Ponsonby Road, se trouve le quartier de St-Mary’s Bay, dominant Westland Marina, une ancienne enclave catholique où est érigée entre autre la splendide résidence de l’évêque, de style gothique anglais tardif, en maçonnerie de briques rouges, rehaussée d’une galerie centrale, dont le bois est peint en blanc. St Mary’s Convent abrite la congrégation de Sisters of Mercy, un ordre religieux irlandais, qui enseigne dans leur collège à près de 700 pupilles âgées de 7 à 13 ans.

La maison de l'évêque (1894), 30 New Street, de style gothique anglais tardif

Three Lamp, érigé à cette extrémité de Ponsonby Road, tire son nom des trois lampes qui éclairaient en 1870 cette place. A cette époque, une véritable fourmilière : hôtel, théâtre et magasins sont érigés en maçonnerie autour de Three Lamp Plaza. Aujourd’hui, même la célèbre Gluepot Tavern, dont le surnom fut donné par des femmes lorsque leurs maris restaient scotchés au bar, est aujourd’hui transformée en appartement de standing avec échoppes commerciales au rez. Un siècle plus tard, Three Lamp regorge toujours d’activité, mais il s’agit plutôt de descente de police dans les bars pour saisir les hommes ayant trop bu, ou encore des rassemblements des activistes maoris et pacifiques dont le quartier général est situé juste derrière les bâtiments.

Three Lamp Plaza avec Ponsonby Building, un ancien magasin, et le théâtre actuellement reconverti en centre commercial

Le long de Ponsonby Road, les bâtiments furent érigés durant le XIXe siècle. De style identique, avec des façades austères, quelques devantures métalliques aux formes travaillées, aujourd’hui recouvertes par des publicités lumineuses, tous furent érigés en dur. Leur maçonnerie de briques ou de pierres est particulière dans une région où le bois fut et est encore essentiellement utilisé dans la construction. D’ailleurs, ce matériau retrouve sa place prépondérante dans les maisons construites dans les ruelles attenantes. Sur la route principale, seule St John’s Church fut construite ainsi en 1880. Je reconnais cette église, dont j’ai observé le profil depuis quelques élévations d’Auckland, et dont la silhouette, observée depuis le sommet de la Sky Tower, domine l’ensemble de Ponsonby.

St John's Church

Après une petite pause à Chapel, un bar-bistrot orné de trophée de chasse, de bouteilles de vins, ainsi que d’un drapeau originale de l’Accordéon Club Max Francys Paris, je continue mon chemin, et découvre Western Park, où quelques sculptures sont érigées.  Je devrai plutôt dire que des portions de bâtiments sont enterrées dans le gazon. Se basant sur l’architecture de la fin du XIXe siècle, elles représentent le changement d’urbanisme à Auckland qui a vu un grand nombre de ces demeures démolies moins d’un siècle après leur construction.

Western Park : quelques maisons enterrées

J’arrive bientôt à l’extrémité Nord de Ponsonby Road, le temps de découvrir l’impressionnante demeure du marchant Andrew Entrican. Haute de trois étages, escaliers, balcons, toits, angles tronqués, tous se mêlent dans une inextricable beauté, ou encore l’historique lampe à gaz, installée en 1880, devant l’ancien siège de l’Auckland Savings Bank dont les verres sont gravés aux lettres d’ASB, une des dernières existantes de ce type.

Le temps a passé trop vite : voilà déjà 4h30 que j’erre dans les rues du quartier. Il est temps de gagner le MOTAT – Museum of Transport and Technology – installé de part et d’autre de Western Springs Park. Le bus 045 couvrira les quelques kilomètres m’y séparant en moins de 5 minutes. Véritable machine à voyager dans le temps, le MOTAT présente une collection hétéroclite de ce qui a un lien, aussi faible soit-il, avec les transports ou la technologie. Au gré des bâtiments, il est possible de découvrir vieilles automobiles, locomotive à vapeur, appareils photographiques, village victoriens reconstitués avec de véritables demeures déplacées de leur lieu de construction, l’histoire de Jean Batten, premier aviateur à avoir relié l’Angleterre à l’Australie, puis à la Nouvelle-Zélande, autobus des temps passés, et j’en oublie certainement. Les points forts de ce musée, la découverte de la nationalité d’Edmund Hillary, le premier néo-zélandais à avoir atteint de Pôle Sud, plus connu pour avoir vaincu le Mont Everest, les concours de tonte de moutons, ou l’esprit « number 8 » des kiwis, en référence à leur ingéniosité et la possibilité de pouvoir tout réparer avec un fil de fer n°8.

Mueseum Of Transport And Technology

Un tram, le dernier en circulation à Auckland qui en comptait plus de 400 à une certaine époque, m’amène jusqu’à la seconde partie du musée. Vu qu’il est déjà tard, et que le musée ferme dans moins d’une demi-heure, un contrôleur me demande quand même si je veux entrer, où si je préfère garder mon ticket pour un autre jour. Comme je sais que la partie la plus intéressante, présentant des avions des temps passés, est fermée pour cause de rénovation et que seuls les engins militaires sont visibles, je rentre sans hésiter. Je doute qu’en Europe un musée aurait osé ouvrir ses portes avec un tel chantier : un petit chemin à moitié gravillonné, à moitié rendu boueux par la courte mais violente averse de ces dix dernières minutes mène à l’arrière des hangars. Toutefois, cela en valait la peine : les carcasses, en cours de rénovation, de deux hydravions sont présentes : l’un est un Boeing Solent Mark IV, véritable monstre des airs, antiques moyens de transports luxueux et surtout dernier survivant de son espèce, l’autre est un Sunderland utilisé par les forces aériennes néo-zélandaises. J’adore ces avions, qui pareils à des oies semblent trop balourds pour voler. Il faut les imaginer accélérer longtemps sur un plan d’eau, les coques élancées aux étraves aiguës dignes d’un runabout trancher les flots, avant que leurs formes arrondies ne s’arrachent et s’élèvent pour un vol majestueux.

Solent Mark IV

Je reprends le tram dans l’autre sens, effectue une balade d’une petite heure dans Western Springs Park, avec les derniers rayons du soleil. L’automne est là, les arbres commencent à perdre leurs feuilles. Toutefois, ici, elles tombent simplement, brunissent au sol sans avoir flamboyé de milles feux une dernière fois. Retour à l’auberge, alors que la nuit commence à tomber.

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Rotorua & activités géothermiques

9 04 2011

Et bien sûr la petite histoire commence hier

Lime Cafeteria, Rotorua, 10 avril 2011, 16h00 (GMT+12)

Comme d’habitude, levé au alentour de  7h00, revigoré par un rapide petit déjeuner, je pars à la découverte de la ville. Dès que la porte est franchie, l’odeur caractéristique de Rotorua vous cueille. Je gagne l’office du tourisme en faisant un petit détour par le Kuirau Park et la ville. L’impression qu’elle m’avait donnée la veille ne changera pas : un peu triste avec ses longues avenues et routes se coupant à angles droits, ses magasins aux devantures publicitaires lumineuses et proéminentes, ses bâtiments, sans âge, mais tout sauf esthétiques. Kuirau Park, ma deuxième confrontation avec l’univers géothermique de la ville, est un parc entretenu à l’anglaise, parsemé de sources d’eau ou d’étangs boueux portés à ébullition par la chaleur souterraine. L’ambiance  est fantastique : fumerolles, plantes de marins, eaux et beaux à la surface desquelles viennent éclater des bulles, odeur soufrée exaltée à proximité de ces bains, ….

Kuirau Park : l'une des nombreuses sources chaudes

A partir du 14ème siècle, les premiers maoris à bord du canoë Te Arawa vinrent peupler cette région, en nommant le lac Rotorua, signifiant simplement deuxième lac, comme c’était le second qu’il venait de traverser. Dans les siècles, quelques guerres territoriales eurent lieu, toutefois ce n’est que l’éruption violente du Mont Tarawera en 1886 qui remodela complètement le paysage de la région, tuant près de 1000 personnes et détruisant les très touristiques pour l’époque Pink and White Terraces et donnant à cette région un aspect géologique nouveau. Fin de la parenthèse historique.

L’office du tourisme siège dans un des plus jolis bâtiments de la ville, dont l’imbrication des toits et la présence d’unetourelle, le font ressembler à un manoir. Le bois apparent de la structure est rehaussé par la peinture blanche des façades. J’achète mon ticket pour le Whakarewarewa Thermal Village, un village vivant habité par les maoris depuis plus de 200 ans, avec vue sur les geysers. Alors que je veux réserver ma place au Tamaki Maoris Village, une attraction touristique dont la principale qualité est de servir le plat traditionnel appelé hangi, il me sera impossible car leur bureau n’ouvre qu’à 9h00.  J’attrape le bus, direction le village.

Bâtiment accueillant l'office du tourisme (iSite)

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 7h30 (GMT+12)

Le terme de Whakarewarewa (Fa-ka-ré-oua-re-oua) pourrait être traduit par vapeurs et étangs bouillonnants. Le nom du village est aussi celui de la réserve géothermique, sur laquelle il est construit. Près de 500 sources, dont la température varie de froid à bouillant, ainsi que deux geysers principaux sont observables. Billet d’entrée validé, je visite le petit musée qui conte l’histoire du village et la raison de son ouverture aux touristes avec des visites guidées. Alors que l’état néo-zélandais voulait transformer et créer un parc culturel pour préserver cette culture, les maoris du village ont craint que cela ne se transforme en grande attraction touristique, un peu comme Disneyland, avec la présence des sources d’eau chaude. Ils décidèrent de prendre leur destinée en main, en s’opposant à l’état. La réserve fut finalement coupée en deux, à l’est Te Puia, l’attraction touristique voulue par la Nouvelle-Zélande qui regroupe l’Ecole Nationale de sculpture et de tissage, une réserve à kiwi (l’oiseau), deux musées, … Et à l’ouest, Whakarewarewa, ou tout simplement Whaka est devenu un village vivant.

Comme il est encore tôt, à peine 9h00, le public de la guide maorie est composé de deux personnes, une allemande et moi même. A l’instar des autres villages, une arche, ici destinée à se remémorer les maoris morts aux cours des deux guerres mondiales, marque l’entrée. Le pont au pennys, donnant l’accès au village, enjambe une rivière chaude, dont la couleur jaunâtre est générée par le souffre présent dans l’eau. Son nom provient de la tradition qu’avaient et ont encore les touristes de jeter des pièces à l’eau, afin que les enfants maoris plongent pour les récupérer. Le village, dont l’accès est interdit aux touristes de 18h00 à 8h00, est habité par 23 familles, soit environ 70 personnes. Village réellement vivant, la vie quotidienne continue, avec entre autre la présence d’une petite pelleteuse destinée à la réfection d’une route. La guide nous mènera de sources d’eau chaude en maisons historiques. Je passerai les détails pour narrer les plus intéressants.

Marae, maison des ancêtres à Whakarewrewa

L’ensemble du village est construit autour de la Marae, la maison ancestrale, couronnée par le tekoteko, une représentation sculptée de l’ancêtre. La face avant de la demeure est ornée par des panneaux sculptés, peints en rouges, regroupés sous le nom générique de poupous (piu-piu). Les personnages ciselés, koruru, figurent les ancêtres des locaux ou des tribus voisines. Ils sont représentés la langue tirée en signe de provocation envers l’ennemi. Les boiseries sont toujours peintes, souvent en rouge, symbole du sang, en tant que tribus, mais aussi de la guerre. Les deux autres couleurs essentielles restent le blanc, représentant le renouveau et la vie, ou encore le noir, relatif aux profondeurs terrestres.

tekoteko de la Marae

Les maoris ont décidé de s’installer près des sources thermiques malgré certains inconvénients. L’activité géothermique fragilise le sol, qui parfois cède et condamne l’accès à certaines parties du village. Ainsi, la zone entourant l’ancien bain principal s’est vue interdire l’accès suite à la presque disparition de sa source. Ce n’est pas la seule surprise puisque depuis l’année dernière une demeure est évacuée suite à l’éruption d’un geyser dans la chambre à coucher. Par ailleurs, le sous-sol étant trop actif, à l’arrivée de l’anglicanisme, il fut impossible de creuser des tombes ; ainsi les morts sont enterrés dans des sépultures blanches construites au dessus du sol.

Ancien bain de Whakarewarewa : au premier plan, la surface croûtée ne supporte plus le poids d'un enfant

Cependant, les avantages retirés, notamment au temps pré-européen sont bien plus importants. La chaleur dégagée par les sources garantit une température clémente tout au long de l’année, même durant les plus froids mois de l’hiver. Par ailleurs, ces sources permettent plusieurs méthodes de cuisson. La plus simple consiste à introduire les aliments, principalement les légumes, dans un panier en flax tressé, un chanvre néo-zélandais, et de les immerger directement dans Parekohuru, le plus grand chaudron bouillant, paré d’une belle couleur aigue-marine. La cuisson s’effectue en un temps record, sans qu’il soit nécessaire de porter l’eau à ébullition : 5 minutes pour 5 kilogrammes de riz.

Parekohuru

L’autre manière consiste à cuire les aliments au dessus d’un trou d’où s’échappe de la vapeur. Bien vite cette méthode s’est perfectionnée en ajoutant une structure en bois autour de la source, ainsi qu’un couvercle pour en faire un compartiment fermé, et cuire les aliments à l’étouffée. La viande en dessous, les légumes et enfin le poisson par dessus composent le plat maori dénommé hangi. Toutefois, l’apanage de la cuisson à la vapeur pour ce repas n’existe que dans ce village. La méthode est radicalement différente pour les hangis préparés dans la majorité des autres tribus.

Boîte à Hangi : la technologie actuelle permet de protéger les aliments dans un film aluminium. Temps de cuisson du poisson : de 30 secondes à 2 minutes, jamais plus

L’activité géothermique et volcanique de cette région est à la source de nombreuses légendes maories. Site presque unique en Nouvelle-Zélande Whakarewarewa comptait à l’origine plus de 35 geysers différents. En raison de l’activité touristique qui a conduit à la généralisation des spas dans les hôtels toujours plus nombreux, aujourd’hui seuls deux sont réellement actifs. Si j’ai eu la chance de les voir dès mon arrivée, Pohutu n’était toutefois pas au mieux de sa forme.

  • Prince of Wale’s Feather, le plus actif des deux. Il fut autrefois annoncé l’annonciateur car son éruption précède de peu celle de son majestueux grand frère.
  • Pohutu, traduction maorie d’explosion, est le plus grand des deux, jaillissant entre 10 à 30 mètres jusqu’à 20 fois par jours.

Les geysers Pohutu et Prince of Whale's Feather (en fin d'éruption)

Même si les geysers sont majestueux, je préfère de loin les différents chaudrons gargouillant ou encore les boues bouillonnantes présentant des formes plus diverses, des figures plus esthétiques, … Un petit sentier trace son chemin à l’arrière du village jusqu’au Roto Kanapanapa, le lac vert ancien lieu de culte, à côté des mares de boues, longe Opouri, le lac noir et termine sa route près de Te Roto A Tamaheke, présentant des sources d’eau chaude à une température supérieure au point d’ébullition, et un paysage dantesque suite à la chute du niveau d’eau d’une hauteur d’un mètre  provoqué par les forces de Mère Nature.

Te Roto A Tamaheke

En dernier lieu, le village présente les traditionnelles activités maories comme la sculpture ou encore le tissage du flax ; mais en saison d’hiver les maisons présentant ces techniques n’ouvrent qu’en début d’après-midi. Toutefois, j’assisterais toujours avec le même plaisir à la représentation culturelle, mêlant danses, chants maoris et traditionnel haka. Après un dernier tour pour observer à nouveau quelques chaudrons, je retourne en stop jusqu’à Rotorua.

Je passe rapidement à l’iSite réserver la prestation touristique de ce soir au Tamaki Maoris Village et obtient gratuitement un billet d’entrée pour le Rotorua Museum, faisant partie de ma liste de visite. Toutefois je gagne d’abord les rives du lac Rotorua, formé dans la caldera d’un volcan ayant explosé, il y a plus de 700 mille ans pour visiter Ohinemutu, un ancien village où les cultures maorie et européenne ont fusionné. Les éléments architecturaux et structuraux de l’église anglicane St Faith sont ciselés dans la tradition et peints en rouges, rehaussant le blanc des façades. Face à elle, pendant laïc, la Marae Tama-te-Kapua, construite en 1905, tient son nom du capitaine du canoë Te Arawa. Sacrée pour cette tribu, elle n’est pas ouverte au public, mais il est intéressant d’observer la richesse de la décoration, spécialement de l’encadrement de la porte et de la fenêtre sur la façade principale. Au bord du lac, les restes d’un canoë de guerre sont visibles, vestiges d’un temps passé.

Eglise anglicane St Faith, au bord du lac

En rejoignant le Rotorua Museum par le bord du lac, je passe à côté du Canoë de guerre Te Arawa Waka, utilisé lors de l’America’s Cup en 1995 à San Diego lorsque les kiwis la ramenèrent en Nouvelle Zélande. Je passe ensuite par les jardins gouvernementaux, taillés à l’anglaise et où une partie de croquet se déroule. Il faut dire que ce sport ce fond à merveille dans le décor, avec l’ancien bâtiment des bains, de style Tudor, en arrière plan. Ce dernier, tout comme la bâtisse de l’office du tourisme, est couronné par nombre de tourelles, toits enchevêtrés ; ses façades recouvertes de fenêtres, ainsi que d’un magistral bow-window sur la façade principale. L’intérieur n’est pas en reste avec le magnifique escalier qui s’élève en arrondi pour gagner la galerie de l’étage, ainsi que des sculptures en marbre décorant l’énorme halle d’entrée.

L'ancien bâtiment des bains abritant le Rotorua Museum

Le musée, destiné aux arts et à l’histoire, occupe l’ancien établissement des bains, construit en 1908 avec l’aide de l’état. Par manque de budget, l’aile sud resta à l’époque inachevée. Elle est actuellement en cours de construction afin de rétablir la symétrie voulue à l’origine, suite à une décision prise pour son centenaire. Tout d’abord, un film retrace l’histoire de Rotorua, depuis la formation volcanique de la région, illustrée par une veille légende maorie, l’arrivée de Te Arawa, l’éruption du Mont Tarawera, qui laissa une longue cicatrice dans le paysage et la construction des bains thermaux. Animation, bruitage et sièges remuants vous plongent dans l’enfer vécu par les habitants la nuit du 10 juin 1886.

La suite du musée nous fait découvrir l’univers des cures à Rotorua au début du siècle passé, avec les bains parcourus par des courants électriques, des douches de rayons X, ou plus simplement des cures avec les célèbres sources chaudes de la région, et les bains de boue, ramenée depuis Whakarewarewa. L’envers du décor est aussi accessible en ayant accès au sous-sol de l’établissement, parcouru à l’époque par les nombreuses conduites d’eau, rapidement corrodées par le sulfure d’hydrogène, ou encore aux combles où les conduites d’aération destinée à aspirer les vapeurs toxiques tombaient en panne les unes après les autres. Finalement la corrosion a eu raison de l’établissement. Un rapport accablant écrit en 1947, précipite la fermeture dans les années qui suivent. Il est en partie transformé en restaurant- café théâtre, avant de devenir un entrepôt. Racheté par la ville en 1966, le bâtiment ouvre ses portes en tant que musée dès 1969, et ne cesse depuis d’être réhabilité.

Ancien bain de cure, pouvant accueillir jusqu'à 3 baigneurs et 3000 litres d'eau

Un grand saut dans le temps nous ramène à l’époque pré-européenne, avec une présentation harmonieuse d’objets maoris choisis, comme des poupous, ou encore divers objets rituels. Cette dernière se poursuit par l’arrivée des européens, venus d’abord exploiter ces contrées boisées, avant que les premiers touristes ne débarquent pour s’extasier non seulement devant le bon sauvage, mais surtout devant la beauté des Pink et White Terraces visibles sur les flancs du Mont Tarawera. Cette période qui vit s’enrichir les tribus maories, qui apprirent très rapidement des européens à monnayer l’accès à ce que l’on qualifiait de huitième merveille du monde, prit fin lors de l’éruption du volcan. Il ne fallut pas attendre longtemps avant un renouveau, le centre touristique se déplaça près de Rotorua à Whakarewarewa. Finalement, l’histoire maorie se termine avec l’envoi d’un détachement d’homme issus des environs combattre en Méditerranée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Un olivier, ramené de Crête, est d’ailleurs planté dans le War Memorial Park.

Sortant du musée vers h, j’ai encore devant moi un peu plus de 2h00 avant que le bus ne vienne me chercher devant le Funky Green Voyager pour m’amener à Tamaki Village. Etant à Rotorua, lieu hautement connu pour ses sources d’eau chaude, je ne peux me soustraire à profiter d’une source d’eau chaude. Je me décide donc pour un moment de détente au Polynesian Spa. Que du bonheur que de se détendre dans ces bains chauds. Pour ne rien gâcher la vue s’ouvre sur Sulfur Bay, remplie d’une eau laiteuse, pauvre en oxygène, envahie par une colonie d’oiseaux nichant dans cette réserve, bordée par une dense végétation. Un grand moment de repos. Deux petites heures plus tard, moitié assommé par la chaleur des bains, moitié revigoré par la douche froide, je retourne à mon backpack.

Vue depuis le Polynesian Spa

Le bus devant me mener à Tamaki sera à l’heure. Après quelques petits détours pour récupérer d’autres touristes, nous arrivons au village vers 19h00. En règle générale, je ne raffole pas ces animations trop touristiques, pour ne pas dire commerciale, toutefois, il est quasiment impossible de se retrouver amener à manger un hangi, car le plat demande une bonne journée de cuisson, et ne se prépare pas pour moins d’une vingtaine de convives. Bref, il s’agissait un peu de la meilleure façon pour aller en manger un. Durant le trajet en bus, je fais connaissance de mes futurs compatriotes, car nous allons arriver au village maori comme une tribu. D’ailleurs nous élirons même un chef qui sera chargé des salutations d’usage avec nos hôtes.

Une fois la cérémonie d’accueil, le hongi, passé, nous sommes considérés comme une tribu amie et pouvons pénétrer à l’intérieur du village. Ce dernier est aussi reluisant que la cérémonie d’accueil, les huttes sont pimpantes, aucune mousse ne pousse sur les planches, aucune moisissure ne gâche l’étanchéité du toit. Devant ces dernières, des maoris présentent leur tradition : tissages, sculptures, ou encore tatouages. J’y apprendrais d’ailleurs, que ne possédant pas d’aiguille, les maoris incisaient la peau sur 1 à 2 millimètres de profondeur pour y déposer l’encre. Les tatouages étaient donc très douloureux et il fallait presque l’ensemble d’une vie avant que son corps, ainsi que son visage, n’en soit entièrement recouvert. Je n’aurai pas le temps de discuter sculpture et bois, les guides nous pressent vers la hutte où cuit le hangi.

Maoris relatant la manière dont les tatouags sont pratiqués

Ce hangi est cuit de manière plus conventionnelle que celui de Whakarewarewa. En début de journée, un trou est creusé dans le sol, dont le bord est ici bétonné. Un feu, sur lequel des pierres basaltiques et réfractaires sont déposées, y est allumé. Lorsque le bois est entièrement consumé, cendres et braises sont retirées sur le côté, les pierres, chauffées à blanc, sont laissées au fond du trou. Des cageots contenants la viande, aujourd’hui poulet et agneau, sont déposés dessus, puis viennent les kumaras, patates douces et les légumes, entouré d’un panier en flax et finalement le poisson. Les feuilles sont  remplacées par un grand tissu de jute. Ce dernier est posé dessus, avant que le tout soit recouvert par la terre extraite lors du creusement. Il ne reste plus qu’à patienter le reste de l’après-midi avant de procéder à l’exhumation du repas du soir.

Hangi, le repas à la sortie de son trou, encore dans les cageots

Pendant que poulet, agneau, et autres légumes soient découpés pour le repas, nous sommes amenés rapidement dans une Marae transformée en théâtre. J’ai malheureusement été déçu par la prestation, un peu courte, et si les chants étaient magnifiques, le haka manquait malheureusement de conviction. Toutefois, le temps presse et nous sommes conduits dans une autre grande hutte pour déguster le hangi. S’il ne s’agit pas de grande cuisine, le repas, goûteux, possède un petit goût de fumé qui ne me déplaît pas. Agneau et poulet sont juteux, les kumaras tendres, les carottes à point. Seul la chaire des coquillages est trop sèche à mon goût, et je doute que le poisson, dont la cuisson est parfaite, ait été cuit avec le reste du hangi. D’ailleurs il n’a pas ce petit goût caractéristique. Pour terminer, gâteau au chocolat, ainsi que pavlova, que j’apprends être un dessert typiquement néo-zélandais.

Après une rapide et petite cérémonie d’adieux, effectuée par les guides et les aides au service, nous regagnons nos bus, moins de 3 heures après le début de la soirée. Notre conducteur est heureusement un joyeux luron, plein d’entrain, qui fera entonner à chaque habitant d’un pays différent une chanson de son choix. En tête de liste, je n’ai pu m’empêcher de choisir celle parlant des valaisannes, pour la plus grande joie de deux australiens comprenant le français, qui firent la traduction pour le reste du bus. Au final, comme je m’y attendais,  je déteste ce genre d’ambiance où près de 200 touristes sont parqués à des vues commerciales. Jamais, plus jamais. S’il y avait un autre moyen de découvrir un hangi, et sa sortie de terre, je ne pourrai que vous déconseiller que de participer à cette sorte de reconstitution, trop ripolinée pour être vraie.

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