Du port de La-Tour au Bouverêt

31 07 2012

Ecublens, le 31 août 2012

Trajet : La-Tour-de-Peilz – Bouverêt

Lever ce matin presque en même temps que le soleil, je m’empresse d’aller chez Freddy, une des meilleures boulangeries – à mon avis – de la côte vaudoise. Quelle ne sera pas ma déception de la découvrir fermée jusqu’au 5 août pour les vacances estivales. En attendant que les supermarchés ouvrent, je retourne au voilier pour bricoler un ou deux petits trucs.

Ayant récupéré hier un nouveau feu de mat pour remplacer celui qui ne fonctionnait plus, je déplace le bateau de quelques mètres pour amener le mat à la verticale de la grue à mater. J’envoie au sommet du mat un bidon contenant l’ampoule, une brosse de nettoyage, un spray au téflon, une patte, un ou deux tournevis de tailles diverses si j’en ai besoin. Quelques minutes plus tard, perché au sommet de la grue, j’essaie d’attraper le mat. Mais celui-ci se dérobe une dizaine de fois avant de réussir à l’attacher. Nettoyage de la tête de mat, détoilage (d’araignée) la girouette, sprayage des réas des multiples poulies, et enfin changement d’ampoule. La première phase de test débouche sur un échec : aucune lueur n’apparaît au sommet du mat. Plutôt que de remonter, je démonte les connecteurs au niveau du pont et découvrir une pellicule de vert-de-gris sur les connecteurs cuivrés. Après les avoir brossé, tout fonctionne de nouveau et le feu de tête luit enfin.

Alors que je retourne dans le bourg, je me souviens qu’il existe une deuxième boulangerie, presque aussi bonne que la première. Adieu les croissants secs de la coop ou de la Migros, à moi les brioches et les croissants au chocolat, toutes deux confectionnées avec amour et beurre. Petit déjeuner excellent à la terrasse du club nautique local, avec vue sur le port. A la veille du premier août, quelques voiliers arborent oriflamme et grand pavois. Une bien belle image.

Le port de La-Tour-de-Peilz

J’appareille peu après 8h30. Le soleil matinal a suffisamment réchauffé les côtes pour qu’une légère brise thermique ride par endroit la surface du lac. Glissement lentement, je grappillerais les encablures, yards après yards, je m’approche doucement du Bouverêt. Tout au long de la traversée, je profite de bichonner Voyage – c’est le nom du voilier – : gratouiller le pont pour le débarrasser de ces horribles traces grisâtres et des fientes de canard, nettoyer le liston pour supprimer les araignées, épousseter haubans et manœuvres pour le débarrasser des toiles. Arrivé dans la baie du Bouverêt, je m’amarre à une bouée pour me jeter à l’eau, et bien entendu profiter de lustrer sa coque. Peu après midi, c’est pimpant, la coque au vent, que je rentre dans le port du Bouverêt.

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A la découverte du Haut-Lac : les Grangettes

30 07 2012

Saint-Maurice – Renens VD, le 31 juillet 2012

Trajet : Villeneuve – Bouverêt – Vevey – La Tour-de-Peilz

Ayant promis à deux amies blekiennes, Charline et Natacha, de les embarquer sur le voilier de mes parents au port de Vevey ce soir à 18h00, pour rallier la cité vaudoise, il me faut tout d’abord rejoindre le Bouverêt, port d’attache du bateau. Au lieu de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation qui m’amènerait de Lausanne au Bouverêt en passant par Saint-Gingolphe, je décide de traverser le chablais à pied, en longeant la réserve des Grangettes.

Arrivé à Villeneuve, il me suffit de traverser l’Eau Froide pour me trouver à la lisères de la deuxième plus grande zone de marais de Suisse, qui s’étends de Villeneuve jusqu’au bord du Rhône sur les berges du Léman. Depuis le sol, les Grangettes se résument à un mur de végétation : roselière surmonté d’une canopée verdoyante. Une tour d’observation, me permet de prendre de la hauteur et surtout de prendre conscience de l’écosystème : étangs entourés de roselière, clairière marécageuse, agglomérats de feuillus, … et dans ce complexe, la vie fourmille : multiples races de canards (grèbes, foulque, colvert, …), mouettes, goélands et cormorans, poissons divers (tanche et …) et encore deux paires de tortues, prenant un bain de soleil sur des branches mortes.

Les Grangettes (depuis la tour d’observation)

Quittant la route bitumée, dévolue aux cyclistes, je bifurque sur une petite sente qui s’enfonce dans les Grangettes. Entourés de part et d’autre de bouleaux et de hêtres, le sous-bois est moussu, fougères et prêle d’hiverd’hiver occupent les bordures humides alors que roseaux et nénuphars envahissent les plans d’eau. De temps à autre, j’aperçois un chêne ou un saule qui a poussé sur une éminence plus sèche. Craquements de bois, glissements visqueux, bruissement des roseaux, froissements de l’humus, autant de symboles d’activité d’une faune adaptée à la moiteur du lieu, bruyante mais presque invisible. Parfois j’aperçois un ou deux canards, ou un lézard qui se glisse dans les racines d’un arbre couché par les vents. Seuls les insectes virevoltent en essaim, se rappelant de temps à autre que mes mollets et avant-bras sont des places privilégiées, bien que parfois un peu dangereuses, pour déguster une pinte de sang.

Piste créée par un blaireau dans les prêles d’hvier

De l’utre côté d’un petit canalon, dans une propriété privée je discerne à travers les arbres les murs rouges d’une maison. J’envie déjà ce particulier, qui vit dans un endroit presque paradisiaque. J’enlèverais le presque quand les suceurs de sang auront disparu. Peu à peu, alors que les contours de la bâtisse se dévoilent, je découvre un jardin où le désordre organisé semble régner en maître. Le jardin instinctif, décoré par Gérard Bonnet, un véritable artiste, regorge de dizaine d’essences différentes, séparée par des allées et des œuvres en bois flottés ou des sculptures en métal rouillés. Un vrai régal pour les yeux. A l’entrée du jardin, au bord de ce qui pourrait être un petit port, à l’ombre d’un parasol, sur une table métallique, entourées de quatre chaises, de celles que l’on trouvait autrefois sur les terrasses citadines, est posés une carafe d’eau, des citrons et des verres insiste le promeneur à s’arrêter pour profiter de l’instant présent.

Un semblant de port

Un peu plus loin, d’autres maisons perdues dans la cambrouse forme le hameau des Grangettes. Le chemin pédestre me fait traverser un camping, endroit que j’ai en horreur. Des centaines de touristes s’entassent dans des tentes, des dizaines d’habitués se massent dans leur caravane, s’étalent dans leur petit jardinet coincé entre deux mobilehomes. Heureusement, je suis déjà de l’autre côté dans un petit chemin qui se perd dans la nature. Le long d’une petite grève, un chêne déraciné s’est abattu dans l’eau. Reposant sur deux de ses branches, le reste de sa frondaison est d’un vert éblouissant, tranchant avec le bleu du Léman.

Chêne ayant chu

Des bateaux sont amarrés de part et d’autre du Grand Canal. Sur chaque rive, une route dessert les quelques bungalows. L’endroit est bien plus charmant que le hameau précédent. La largeur du canal est une véritable fenêtre sur le Léman. La côte vaudoise est visible au loin, sous le Mont Pellerin, il est facile de reconnaître Vevey, à la Tour Saint-Martin de son église perchée sur les hauteurs. Un kilomètre en amont, un pont me permet de continuer en direction du Bouverêt. En m’avançant plus au milieu des terres, les forêts marécageuses laissent la place à des prairies humides limitées par des bocages touffus. Sur ma gauche, une vieille grange construite sur la rive d’un grand étang, n’est plus guère entretenu. D’ici quelques années, si les trous dans la toiture ne sont pas bouchés, la charpente va partir en morceau et ce ne sera plus qu’une ruine. En bordure du lac, il est possible d’admirer des gerris – insectes glissant sur l’eau, aussi connu sous le nom d’hydroptère – à l’envergure impressionnante. Et pour ceux dont la faune aquatique laisse froid, il est aussi possible d’observer de splendides demoiselles, toutes de bleu vêtues.

Lac à la Praille

Au port du Vieux-Rhône, je revois avec plaisir Pénélope. Ce voilier appartenant à un vieux couple de vaudois est armé comme pour affronter l’océan pour un tour du monde. Fidèle à l’adage « trop fort n’a jamais cassé », au-dessus de sa coque métallique, peinte de rouge, il arbore une solide mature divisée pour en faire un ketch. Ses superstructures blanches sont régulièrement percées d’hublot rectangulaires. Il rappelle par de nombreux points le mythique « Joshua » de Bernard Moitessier. La dernière surprise de cette petite balade est de découvrir un écriteau au lieu-dit du fort indiquant que cette propriété, située juste à côté du Rhône, appartient à la commune de la Tour-de-Peilz. Une dernière passerelle me permet d’enjamber le Rhône et une vingtaine de minute plus tard, je suis arrivé au port du Bouverêt.

Le Rhône depuis la passerelle des Grangettes

Le temps d’avitailler le bateau en fromage et saucisson pour la sortie de ce soir et je largue les amarres, direction Vevey. Il est malheureusement trop tôt pour que les thermiques se lèvent et je traverse au moteur. Le bruit d’une petite tondeuse à gazon m’accompagnera jusqu’à la Pointe à la Becque. De là, un très léger biset m’a permis de hisser les voiles. Un demi-mille en un peu plus d’une demi-heure, l’allure n’est pas des plus fulgurantes. Je ne patienterais qu’une petite dizaine de minute avec que les demoiselles n’embarquent. Si à la sortie du port, une petite brise nous tire sur quelques centaines de mètres, elle s’essoufflera rapidement. Avec le passage régulier de nuages cette après-midi, les écarts de température entre l’eau et la terre sont faibles et les thermiques ne seront guère enclin à se lever. Que cela ne tienne, les vieux gréements du lac sont réunis à Vevey pour une rencontre de tradition. Regarder voguez la Vaudois et la Savoie sous voile, admirer les lignes élégantes de la galère ou apercevoir l’Aurore, la petite nau valaisanne est un vrai spectacle. Surtout quand le soleil vient à se coucher et embrase d’orange le paysage.

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Navigation crépusculaire

10 09 2011

Ecublens, lundi le 19 septembre 2011

Cela faisait longtemps que je n’avais plus repris la plume pour conter mes péripéties. Depuis le lundi, un fort vent d’Ouest balayait le Léman. Paul et moi étant tour à tour occupé en début de semaine, ce n’est que le mercredi soir que nous pouvions profiter de cette belle brise. A notre grand désespoir, les airs se calment durant la matinée. Toutefois, la décision est prise de tenter notre chance. 17h00, je rejoins Paul au laboratoire. Avant d’aller récupérer Bénédicte, sa demoiselle, ainsi que ses affaires de navigation, nous passons par chez moi pour que je prenne la clef du voilier, que j’y avais oublié. Le temps de faire trois courses pour le pique-nique, que Mathieu nous rejoigne et nous quittons Lausanne peu avant 18h00.

Si entretemps le vent s’est renforci, depuis l’autoroute, nous observons ce dernier s’essouffler au large de La Pichette. Devant ce triste constat, seules les vagues levées dans le Grand-Lac doivent agiter la baie du Bouverêt, à l’abri des pointes de Meilleries et Saint-Gingolphe. Au port, une petite brise souffle de la terre, j’ose espérer qu’elle se renforcera à mesure que le Soleil se couche sur l’horizon. Voyage est rapidement débâché, les vivres et passagers embarqués, le génois endray. Une fois le moteur démarré nous appareillons. Alors que nous glissons entre deux estacades, Paul finit de préparé les bouts. Sitôt l’entrée franchie, nous hissons les voiles.

Au grand largue, nous traversons la baie du Bouverêt. Arrivé à l’embouchure du Rhône, les airs sont suffisants pour envoyer le spinnaker et notre bulle grise se gonfle rapidement. Paul prends la barre pour expérimenter pour la première fois de sa vie, la conduite d’un voilier naviguant vent arrière, et affrontons les vagues de face. Si en règle générale, les vagues avancent dans la même direction que le vent, parfois sur le Léman, les brises thermiques levées au couchant et au lever du soleil inverse le phénomène. La douceur n’est pas l’apanage de ce cas particulier : si le voilier s’élance facilement dans les vagues, il s’arrête tout aussi brusquement dans la suivante. Par à coup et relance, à mesure que nous approchons de Saint-Gingolphe, Mathieu perd ses belles couleurs. Sujet à un léger mal de mer, il reconnaît qu’il préfère lorsque ses deux pieds touchent fermement la terre.

Aux abords du village franco-suisse, les airs deviennent changeants : les thermiques descendants du Grammont s’opposent à ceux provenant du Valais, sans compter des risées intrusives de vent d’Ouest. La navigation sous spi devient un peu plus hasardeuse : il faut dire que cette voile n’est guère faite pour remonter au pré comme nous le pratiquons par moment. Après l’avoir affalée et remplacée par le génois, nous virons lof pour lof, cap sur notre port d’attache. Chemin faisant, il est l’heure du pique-nique : bouteille de blanc, saucisses, fromages, pain, pâté font leur apparition sur leur pont. Un véritable délice.

Alors que la nuit est tombée, nous arrivons en vue du port. Seul le feu rouge scintillant sur notre gauche marque l’entrée de la passe, le phare vert doit être en panne. Accompagné du seul ronronnement de notre moteur, nous regagnons notre place. Ce fut une sympathique petite navigation crépusculaire.

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Des bords du Lac, aux érables là-haut

20 08 2011

Ecrit à Renens, le mardi 23 août 2011, 7h10

7h30, le jour est déjà là. Alors que je me réveille doucement, j’entends mon coéquipier s’éveiller à son tour, s’étirer les bras tout en poussant quelques courts râles. Lorsque le soleil émerge derrière la crête et baigne de ses rayons le pont, le lac est plat, aucun pet de vent à l’horizon. Je reviendrais bredouille de l’épicerie au coin de la rue, cette dernière n’ouvrant qu’au environ de huit heures et quart. Entretemps, quelques rides sont apparues au large du torrent de la Baye de Clarens et s’étendent en direction de Montreux. La décision d’appareiller prise, nous quittons le port enchanteur du Basset avec l’île de Salagnon, sur laquelle se dresse une maison de style classique au milieu des saules. A peine la risée atteinte, les voiles sont hissées.

Les airs sont légers, très légers. Nous peinerons à atteindre un petit nœud. Finalement, la risée continue, nous laissant loin dans son sillage. Encalminé comme hier soir, nous poursuivons la route, entraîné par les pétarades de notre moteur deux temps. Chemin faisant, une fois le génois rangé, je frotte la plage avant, jusqu’à ce que les cailles des oiseaux ne soient plus qu’un souvenir. J’ai presque le regret d’avoir rangé les voiles, lorsque je vois un Toucan, tiré par son spi gonflé, glisser sur l’eau. Toutefois, vu l’état de notre coque, je doute que ces petits airs soient suffisamment puissants pour nous emporter. De retour au Bouveret, nous nous laissons dériver au large du Rhône, alors que immergé dans l’eau, nous nettoyons les œuvres vives : les algues se mélangeant aux particules de l’antifooling autoabrasif se détachent sous nos coups d’éponge. Emporté par un léger courant, l’eau grise et les résidus végétaux sont emportés, nous laissant baigné dans une eau presque propre. Le nettoyage de la quille se révèlera long et fastidieux, j’ai presque l’impression que les algues y adhèrent bien plus que sur le safran ou la coque. A l’heure de l’apéro, après s’être rincé une dernière fois, nous regagnons le port.

De retour à Riddes, je décide, malgré la chaleur de monter jusqu’à Isérables, où se tient la fête de l’érable. La balade est plaisante, les odeurs qui se dégagent de l’herbe séchant au soleil sont fortes, agréables. Les senteurs me font déjà penser à l’automne. Au lieu de rejoindre le village par la route directe, arrivé à Teur, j’empreinte la voie des Erables. De cet arbre qui donna le nom au village, et dont la feuille est devenu son emblème, il ne reste plus que des souvenirs. Entre ormes et noisetiers, entre prés et jardins, les anciens accès aux terrasses céréalières sont devenus un sentier touristique. Tout au long, des panneaux didactiques narrent dans un style plus ou moins poétique l’histoire épique de ce petit village accroché sur les pentes abruptes dérupitant dans la Farraz, qui ne fut relié au réseau routier qu’en 1967. Des incendies à répétition à la quête des énergies renouvelables, de raccards en mazots, de terrasses céréalières, soutenus par des murs de pierres sèches aux vergers d’abricotier, du sentier muletier à l’avènement du téléférique en 1942, … Isérables recèle de petites anecdotes.

Arrivé au village, je suis déçu par la fête : alignement de bars et de cantines, étales d’artisans locaux, où le mot art a perdu toute signification, un seul stand vraiment dédié aux produits des érables, où seuls des produits de grands commerces sont disponibles. Je profites toutefois de découvrir le musée local, où un petit nombre d’artefacts locaux sont mis en valeurs : scie, faucille, berceaux, hottes, brante, … ainsi que des témoignages audio racontés par des habitants, vieux ou jeunes. Ce doit être l’un des derniers endroits en Suisse, où vous pourrez rencontrez un jeune de 25 ans raconter que dans sa jeunesse il portait le fumier dans une hotte depuis le village jusqu’au champs. En fin d’après-midi, il me faudra moitié moins de temps pour redescendre jusqu’à Riddes compte tenu de la déclivité du chemin muletier.

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Nav’ de nuit

19 08 2011

Ecrit à Renens, le lundi 22 août 2011, 20h00

Vendredi soir, j’arrive enfin à convaincre papa, avec l’aide de maman pour descendre au bateau dans l’espoir de profiter des thermiques du soir. Il faut dire qu’à midi, l’idée repose sur quelques hypothèses. D’une part, il faudrait que papa soit d’accord d’abandonner maman pour une nuit, alors qu’elle est encore quelque peu handicapée par son pied ; d’autre part, le régime de vents thermiques, qui d’habitude s’établit après le coucher du soleil, pourrait ne pas se mettre en place : les températures élevées, supérieurs à trente degrés, pourraient agir comme une chape de plomb et empêcher tout mouvement. Moins de trois quarts d’heure après qu’il ait prononcé du bout des lèvres un petit oui, nous sommes fin prêt à partir : spinnaker chargé, piquenique préparé.

Le temps de descendre jusqu’au Bouveret, d’entendre mon p’tit père émettre quelques regrets et nous arrivons peu avant le coucher du soleil. Voyage, un Surprise construit par Archambault en 1998, nous attends toujours à la même place. Depuis le jour où papa l’a nettoyé au mois de juin, mes parents ne sont jamais descendus : les araignées ont profité de le coloniser complètement, étendant leurs toiles entre les haubans et les espars. Une fois débâché, il est nécessaire de passer un petit coup de brosse pour enlever les petits poils de plastique tombés de la bâche, cuite par le soleil. Génois endraillé, grand-voile prête à être envoyée, nous quittons le port, alors que le lac est d’huile.

Nous gagnons au moteur l’embouchure du Rhône, où nous nous amarrons sur l’une des bouées marquant les points d’ancrage du barrage du Rhône. Cet ouvrage composé de tonnes est destiné à retenir les branches et les troncs flottés par le fleuve en cas d’orage dans les vallées alpines ou de crue générale, qui, en liberté, pourraient entraver la navigation. Avant que le soleil ne se couche, nous profitons de faire une petite beauté à Voyage. Le pont est nettoyé à grande eau, le plastique est frotté, le revêtement en pointe de diamant gratouillé, jusqu’à ce que les résidus crasseux soient évacués par les vide-vite du cockpit. A force d’astiquer, nous voilà en sueur, le plongeon dans le Léman ne servira pas qu’à nous rafraîchir. Une fois à l’eau je profites de nettoyer les flancs de la coque, qui recouvre un peu, mais pas complètement leur blancheur initiale. Je jetterais aussi un coup d’œil sur les œuvres vives, la partie immergée de Voyage. Mal m’en a pris, je ressors ma tête de l’eau complètement épouvanté : il ne s’agit plus d’une coque lisse, mais d’un jardin laissé en jachère. Les algues ont complètement colonisé la peinture antifooling, formant une carapace de près d’un demi-centimètre d’épaisseur. Une vraie catastrophe, si les thermiques sont faibles, notre vitesse sera nulle.

Le coucher de soleil sera magnifique. Loin du ciel immaculé d’un événement cinématographique, un gros nuage s’élève à l’horizon, au dessus des crêtes du Jura. Lorsque le soleil disparaît derrière, les bords du gris cumulus brillent de milles feux, des cônes d’ombre sont projetés à tout va, découpé dans la masse opaque du nuage. Roses, pourpres, violacées, les couleurs se sont emparées d’une palette rouge. Tout en profitant du spectacle, nous dégustons fromages et saucisses, arrosées d’une petite bière. Alors que le disque incandescent du soleil réapparaît sous les nuages, avant de disparaître derrière le Jura, une petite brise se met à souffler.

Alors que papa fini de ranger le repas, je découvre avec effroi que les feux de routes et de positions ne fonctionnent pas. Connaissant mon père, et sa prudence maladive, je me vois déjà remettre le moteur en route et rentrer au Bouveret. A ma grande surprise, il me propose de profiter des thermiques. Le temps de monter la grand-voile, larguer les amarres, hisser le génois et nous filons déjà trois nœuds en direction de Villeneuve.

Alors que l’obscurité s’installe, la côte helvétique s’illumine de tous ses feux : il est possible d’imaginer les découpes de la rive grâce à l’éclairage publique. Le rivage français n’est éclairé que par intermittence, entre les tâches lumineuses des villages, la forêt reste sombre, seul le passage d’une voiture de temps à autre rappelle qu’il existe d’une route. Le Valais, quand a lui, est complètement envahi par les ténèbres : du Bouveret à Villeneuve, l’orée de la forêt des grangettes est dessiné d’un noir d’ancre sur l’horizon. Quelques points blancs indiquent des bateaux ancrés, deux feux scintillants, l’un vert, l’autre rouge, marquent l’entrée du canal menant au port du Vieux-Rhône. Au dessus de la frondaison, une brume grise est légèrement teintée par la couleur orange des lampes au sodium de la lointaine Monthey.

Peu à peu, le vent descendant de la Vallée du Rhône forci, nous atteignons bientôt quatre nœuds de moyenne. Alors que la musique émanant d’un concert à Villeneuve s’est tue, je donne la barre à papa pour qu’il profite de cet instant magique. Nous glissons tranquillement à la surface de l’eau, sans un bruit, si ce n’est celui d’un doux clapotis. Papa m’étonnera encore une fois, me proposant si les airs se maintiennent de continuer à naviguer jusqu’à l’aube. Sous le vent de l’île de Peilz, sagement caler à la gîte, nous profitons d’une adonnante pour gagner un nœud supplémentaire. Il est temps toutefois d’abattre pour descendre le long de la côte vaudoise.

Les airs, qui jusqu’à présent se sont montrés généreux, faiblissent un peu. Pour maintenir une bonne vitesse, je décide d’envoyer nuitamment le spi. Dans un premier temps, suite à une saute de vent, il se gonflera à contre. Le temps de corriger le cap, et notre bulle, gonflée, nous tire en avant. Cinquante, cent, cent-cinquante mètres. Ce sera tout, les thermiques nous quittent alors que nous n’avons pas encore atteint Chillon.

Minuit, nous arrêterons la navigation. Une fois le génois ferlé sur le pont, nous gagnons le port du Basset au moteur. Alors qu’un ciel exempt de tout nuage recouvre le Léman, dans l’arrière pays vaudois, des éclairs de chaleurs illumine de temps à autre l’horizon. Une heure plus tard, tranquillement amarrés le cul à une bouée, l’étrave au quai, nous dégusterons un dernier whisky avant de se glisser dans nos sacs-de-couchage respectif.

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J53 – Navigation en baie de Sydney

3 07 2011

Note : ah là là, j’accumule du retard dans mes notes. Voilà encore un jour que j’ai pas eu le temps de raconter. Promis, dès que J52 sera écrit, il sera posté.

Funk House, Sydney, dimanche 3 juillet 2011, 17h50 (GMT+10)

L’ambiance urbaine me convient à merveille. Encore un matin, où, réveillé peu avant l’aube, je peux partir à la découverte de la cité aux premières lueurs matinales. Alors que j’avale mon petit déjeuner, quatre backpackers rentrent à l’hôtel, après une longue nuit dans les clubs de Sydney, rejoignant trois autres, déjà affalés dans le canapé, en train de dessoûler. Depuis le XIXe siècle, l’homme n’a que peu changé: à l’époque il s’agissait des marins, aujourd’hui de jeunes routards au bénéfice d’un work and holiday visa. Il faut dire que leur vie présente quelques similitudes: partis à la découverte du monde, sans véritable emploi, sans véritable maison, ils vivent au gré des caprices, tantôt travaillant, tantôt se déplaçant de ville en ville. Une fois dans la rue, j’entends encore de la musique électronique qui jaillit par la porte de l’Empire, une boîte de nuit ne fermant que vers 8h00 du matin. Des fêtards attardés pénètrent dans le premier Macdo venu pour ingurgiter un burger.

Mis à part l’enseigne Coca-Cola, je ne vous ai que peu parlé du quartier dans lequel je vis. Il se réveille en fin de journée, prenant complètement vie à la nuit tombée. Kings Cross, plus connu simplement sous « The Cross », dont les histoires de scandales et de corruptions ont longtemps terni ou embelli les rues. Considéré comme hôte du vice dans les années 1920, The Cross fut décrit comme possédant l’air de la Géniale Ville de Berlin dans les années 1940. Si les temps ont passé, l’ambiance est restée sulfureuse, « oscillant entre le bien et le mal » (Lonely Planet) : d’un côté de grands appartements et maisons de maîtres peuplent les rues, de l’autre hôtel de backpacker, zones de divertissement, quartier rouge de Sydney, attractions touristiques, boîtes de nuit ou showroom se mêlent. Dichotomique mais cosmopolite. Résidence des bohèmes et des artistes, mais tenue correcte exigée pour rentrer dans les bars. Une soupe culturelle où se retrouvent tous les extrêmes, patinant le quartier d’un charme particulier.

Darlinghurst Road est sans doute la rue la plus emblématique: night-clubs, bars, échoppes à alcools, magasins de proximité, officines de tatoueurs, fleuristes faisant office de cybercafé, … Sans doute la proximité de Woolloomooloo Wharf et de Garden Island, deux anciennes zones militaires d’où émergèrent les marins tant durant la Deuxième Guerre Mondiale que pendant celle du Vietnam, n’est pas sans rapport avec le développement sulfureux du quartier, dont l’apogée fut atteinte en 1978, lorsque la protestation pour les droits gays et lesbiens du Mardi Gras se termina en émeute avec 53 arrestations, quelques années seulement après que les habitants rejoignirent les mouvements contestataires de The Rocks pour la sauvegarde historique de leur quartier.

De jour, King Cross et Darlinghurst Road se drapent d’une autre tenue, plus correcte, comme si la nuit qui venait de passer n’existait pas. Alors que les employés de la voirie viennent tout juste de nettoyer la rue, un marché aux puces s’élève sur Fitzroy Gardens. Sur cette même place, se dresse la fontaine El Alamein, commémorant la célèbre bataille à laquelle prirent part les troupes australiennes durant la deuxième guerre mondiale. Construite en 1961, son apparence en fleurs de dents-de-lion n’est pas sans me rappeler une fontaine qui orne l’Avenue de la Gare à Sion. Hier, l’architecture Art Deco de nombreux immeubles du centre de Sydney m’avait surpris, aujourd’hui je ne serai guère étonné de retrouver ce style dans les bâtiments résidentiels de The Cross. Immeubles et anciens cinémas arborent des formes géométriques pures: arcs-de-cercle, droites, sphères, rectangles, développent des volumes simples, mais contribuent à un dynamisme vertical.

De temps à autres, des immeubles contemporains cassent l’unicité du quartier, alors que d’autres façades moderne se fondent dans le paysage après la reprise des mêmes concepts tout en les dépouillant de toute ornementation. De-ci, de-là, d’anciens bâtiments arborent des styles complètement différents. Ainsi, Elizabeth Bay House, ancienne résidence du Secrétaire Colonial Alexander MacLeay, domine de sa façade classique la baie éponyme, alors qu’au 42 Billyard Avenue, la résidence « Boomerang » fut érigée dans le plus pur des styles « Hacienda Espagnol » en 1926, pour le producteur musical Frank Albert qui lui donna le nom de son label. A l’époque très en vogue à Hollywood, ce style eut tôt fait d’essaimer à travers l’Australie puis en Nouvelle-Zélande, où il se retrouve dans certaines maisons de Napier et Hastings. Après avoir été squatté de 1952 à 1978, la demeure changea plusieurs fois de main, et est devenue l’une des plus chères de Sydney. Il faut dire que bien peu de bâtisses possèdent un si grand jardin, dont l’un des côtés est baigné par l’océan.

Quittant Elizabeth Bay, j’erre quelque peu dans les rues et ruelles se terminant en cul-de-sac avant de trouver un chemin me menant jusqu’à Rushcutter Bay. Peu avant neuf heure je pénètre dans l’enceinte du Cruising Yacht Club of Australia, celui-là même qui organise la célèbre Sydney-Hobart. J’ai à peine eu le temps d’inscrire au feutre bleu mon nom sur le tableau blanc, que Rod, après quelques questions sommaires, me propose de naviguer sur son voilier d’une dizaine de mètre. Pourquoi pas. C’est ainsi que j’embarque sur Shere Khan, un Flying Tiger 10. Peu à peu les autres équipiers nous rejoignent: Andreas, une allemande, numéro 1, Pete à la grand-voile, Mike à l’embraque, Dani au génois, un invité au hâle-bas de grand-voile, et moi au piano/pieds de mât. Après une rapide instruction, notamment sur l’utilité d’avoir un équiper consacré uniquement au hâle-bas de grand-voile, sur ce voilier sportif, à l’équilibre très dynamique, et sur le hissage et affalage du spi asymétrique, une légère brise nous cueille pour un petit échauffement.

Je profite de cette petite navigation pour admirer au loin la skyline de Sydney, Opera House et Harbour Bridge se découper au premier plan devant les buildings, la multitude de voiliers – environ 150 – participant à la régate. Un pétrolier à vide, poussé par des remorqueurs, nous présentera sa coque rouillée, alors qu’il rejoint le large pour rejoindre sans doute les pays du golf.  Alors que les airs devraient forcir, ils tombent peu à peu et nous rejoindrons au moteur la ligne de départ. Ce n’est que peu avant le start que le vent s’établit à une quinzaine de nœuds, rafales à vingt et plus. La navigation devient tout de suite plus sportive et je découvre la vivacité de ce voilier plutôt étroit. Afin de maintenir l’équilibre, il est nécessaire d’être en perpétuel mouvement, déplaçant son poids. Je serai très surpris par la procédure de départ: au lieu qu’il soit donné en même temps pour une classe, chaque voilier, en fonction de son handicap, part avec un certain retard sur le plus lent. Le handicap n’est pas propre à chaque bateau, mais évolue en fonction des résultats à la précédente régate. Et pour compliquer le tout, le classement final est une savante formule mélangeant le temps officiel de départ, le temps mis pour parcourir le tracé et le tout est comparé avec le résultat des autres. Bref, une cacophonie impressionnante où chaque voilier se bat pour passer la ligne à pleine vitesse au bon moment. Il n’y aura toutefois pas assez de place, et nous devrons passer au vent du bateau start et revenir dans le sillage afin de prendre un départ correct.

Une fois en course, les airs seront suffisant pour ne plus avoir le temps de prendre de photographies. La navigation est sportive, prenante, exaltante, pourrai-je même dire. Entre deux virements, manœuvres, empannages je profiterai d’admirer le paysage. Plus fermée, moins sauvage que celle d’Auckland, la rade de Sydney me charmera plus que celle d’Auckland. Peut-être aussi est-ce la température, plus qu’avenante, la navigation bien plus active ou encore l’ambiance qui émane de ce voilier vivace et de son équipage sympathique. A Auckland, je me souviens avoir été impressionné lorsqu’un AC45 nous avait doublé en pleine régate, mais cette sensation est sans commune mesure par rapport à ce que j’ai ressenti aujourd’hui. Imaginez un de ces anciens VOR (Volvo Ocean Race 60) vous doubler, ses 13.5 tonnes lancées à pleine vitesse vous rattraper, l’ombre de ses voiles vous recouvrir, et son sillage vous secouer comme un bouchon. Un véritable monstre. Et dire qu’aujourd’hui, il mesure 10 pieds de plus.

Retour sur la terre ferme, le temps de boire quelques bières, partager deux ou trois assiettes de beegies, de faire plus ample connaissance avant de nous séparer, chacun partant de son côté. La journée touche presque à sa fin. Sur le chemin du retour jusqu’à Funk House, je terminerai la visite de The Cross. Je vous avais parlé d’une gigantesque enseigne de Coca-Cola, au bout de William Street. Cette dernière surplombe un gigantesque carrefour ou se croisent Darlinghurst Road, Victoria et William Streets, sans compter Kings Cross Road, Craigend Street. A l’origine, l’intersection se nommait Queens Cross en l’honneur des noces de diamant de la reine Victoria en 1897, avant d’être changée en Kings Cross en 1905. Elargi en 1916, une nouvelle arrivée au carrefour fût adjointe en 1970 lors de la construction d’un tunnel rejoignant Bayswater Road de l’autre côté du quartier. Si, depuis des décennies, les bâtiments surplombant le croisement arborent des publicités, l’enseigne Coca-Cola est devenue une marque dans le paysage urbain de Sydney. Quittant cet univers bruyant, je remonte Victoria Street, bordée par de petites maisons victoriennes n’excédant pas plus de trois étages. Dans le prolongement des mouvements de The Rocks des années 1970, les habitants de The  Cross, menés par Juanita Nielsen, contestèrent les nouveaux plans d’aménagement. Issue d’une famille aisée, elle mit sa fortune à disposition pour la création d’un journal qui s’avéra crucial dans cette lutte. Cela explique sans doute pourquoi elle est portée disparue depuis le 4 juillet 1975, aujourd’hui présumée assassinée.

Descendant les escaliers menant à Woolloomooloo Wharf, je rejoins le quai où se dresse le Harry’s Café de Wheel. Cela faisait deux jours que je passais devant, de bon matin, alors qu’il était fermé. Hier soir, des personnes attendaient patiemment alignées avant de commander. Je vous avais parlé des photos et coupures de journaux décorant ses murs, j’ai découvert que la plus vieille représente le café tel qu’il était en 1942: une simple roulotte arborant simplement Harry’s Café de Wheel sur sa devanture. Célébrités locales, australiennes ou encore colonels militaires se repaissent depuis des décennies des mets simples de cette échoppe. Il me rappelle étrangement une friterie à Bruxelles où les parois externes sont aussi décorées de photos dédicacées par des acteurs, sportifs émérites ou encore personnalités politiques. J’hésite entre le Hot-Dog de Wheel, richement garni, ou la traditionnelle Tiger Pie. Ayant navigué sur un Flying Tiger, je resterai dans la jungle et sélectionnerai la pie. La meilleure que j’aie goûtée. Imaginez une pie, d’excellents morceaux de bœufs baignant dans une sauce crémeuse, enrobés dans une croûte, sur laquelle est déposée délicatement une couche de purée puis un cône de petits poids, et arrosée de sauce à rôtir. Cela n’a pas l’air des plus excellents, et pourtant c’est un vrai régal, qui me calera parfaitement mon petit creux.

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J24 – Milford Sound

4 06 2011

O Tapara, Lake Gunn, Fjordland, 4 juin 2011, 18h10

Trajet : Te Anau – Milford Sound – Lake Gunn

D=3725.5 km

Ce matin, un sacré tintamarre me réveille: celui de la pluie qui carillonne sur Hibiscus. Cela me rappelle quelques semaines en arrière à Whanganui. Il est vrai que depuis 2 jours que je suis au Fjordland, je n’avais pas encore vu la moindre goutte de pluie, bien que les précipitations soient officiellement plus qu’abondantes. D’ailleurs, hier, presque aucune chute d’eau ne cascadait sur les montagnes du Doubtful Sound. A l’heure du petit déjeuner la pluie s’est calmée et le début d’une éclaircie me fait espérer que le ciel se découvre dans l’après-midi, comme lors de mon arrivée à Te Anau. Décrassage oblige, plutôt qu’une douche froide, opération qui devient de plus en plus désagréable, je pique une tête dans l’eau du lac tout proche. Je ne saurai dire laquelle des deux méthodes est celle où j’en ressors le moins frigorifié.

Si hier, la visite du grand et magnifique Doubtful m’avait enjouée, je monte aujourd’hui dans le nord pour observer son frère, Milford Sound. Plus jeune, son caractère est aussi plus rude, les montagnes plongent plus abruptement dans la mer. Pour y aller, deux voies sont possibles. Si le temps ne vous fait pas défaut vous pouvez emprunter le Milford Track. Cette charmante randonnée vous mène en 4-5 jours par monts et par vaux à travers des forêts de hêtres, jusqu’à Sandfly Point, au bord du fjord. Pour ma part, je choisirai d’emprunter Milford Highway, une route déroulant son ruban d’asphalte dans Fjordland, à travers trois vallées, un col, un tunnel jusqu’aux embarcadères des compagnies de navigation qui vous feront alors découvrir le fjord. Selon le Lonely Planet, il s’agirait aussi de la manière la plus simple d’appréhender la vastitude et la beauté de la région. Dans tous les cas, je n’ai que rarement vu une route aussi scénique que ce tronçon d’une centaine de kilomètres.

A partir de Te Anau, je suis l’ancienne moraine latérale d’un glacier, marquant la séparation entre les rives sauvages du lac à l’est et les étendues pastorales à l’ouest. Peu avant d’arriver à Te Anau Downs, premier arrêt pour se balader autour de Lake Mistletoe, un ancien lac glaciaire. Rien d’extraordinaire, mais cela fait toujours du bien de se dégourdir les pattes. Quelques kilomètres après avoir passé le hameau, une forêt se dresse sur le chemin, dans laquelle plonge la route, dont l’orée marque le début de Fjordland National Park. Changement brutal de paysage: les pâturages sont soudain transformés en une dense futaie où hêtres et mousses prédominent.

La route est tracée dans Eglington Valley. La rivière éponyme serpente au fond du val, dont la plaine est tapissée d’une steppe jaunie, alors que les forêts recouvrent coteaux et flancs de vallée. Plus haut, le royaume des prairies sèches est vite remplacé par les grises rocailles, puis les premières traces de neige. Impossible d’apercevoir les sommets qui se perdent dans la neige. Le camping du DOC, près du ruisseau MacKay Creek est un charmant emplacement pour observer les quatre teintes verticalement dominantes aujourd’hui : jaune, vert, gris et blanc.

Avant d’attaquer la première montée jusqu’à The Divide, le col de la Milford Highway, un dernier arrêt à l’extrémité sud de Lake Gunn. Aussi connu sous le nom d’O Tapara, il s’agissait d’un ancien campement utilisé par les maoris lorsqu’ils allaient chercher à Anita Bay la pounamu (greenstone ou jade néozélandais). Une petite balade du DOC permet de parfaire sa connaissance sur les hêtres. Au nombre de trois espèces, rouge, argentée et de montagne, les beechs sont en fait des faux-beechs. Id est, ils n’appartiennent pas à la même famille que les beechs de l’hémisphère nord, mais sont rattachés à celle dont les individus poussent en Australie ou en Afrique du Sud. L’éclaircie qui m’avait accompagné jusqu’ici s’est dissipée, et il a recommencé à pleuvoir. D’un certain côté, je ne vais pas me plaindre: plus la pluie est abondante, plus les eaux de ruissellement alimenteront les chutes d’eau.

Une fois passé The Divide, lieu d’arrivée des célèbres randonnées Greenstone, Capler ou Routeburn Track, le  paysage change complètement, la vallée se resserre, la route se fait plus étroite, les forêts sont remplacées par des prairies alpines, les flancs plus abrupts, de véritables falaises, sur lesquelles dévalent d’innombrables et interminables cascades. Magnifique. A Pops View, je m’engage sur une petite route gravillonnée conduisant dans Hollyford Valley. En effet, un peu plus loin à Gunns Camp, là où logèrent les ouvriers ayant creusé le tunnel dans lequel passe Milford Highway, se trouve un petit musée qui regroupe souvenirs et réminiscences des anciens mineurs. Excentrique, fabuleux, et complètement fou, je crois ne pas avoir d’autres termes pour en qualifier le contenu : outils de travail, anciens moteurs d’avion et pâles d’hélicoptères, mécanismes appartenant à d’anciennes automobiles, pierres issues du percement du tunnel… de nombreux objets qui commémorent le travail de ces pionniers. Pour la petite histoire, les 15 kilomètres de route existant dans cette vallée sont les prémices d’une route devant relier Southland à Westland, à savoir Queenstown à Te Anau par Hollyford Valley. Au bout de la chaussée, un petit chemin mène jusqu’à un fantastique point d’observation sur les Humboldt Falls, ainsi qu’au début de la randonnée Hollyford Track, suivant la vallée jusqu’à la mer de Tasmanie.

De retour sur Milford Highway, afin de ne pas manquer mon embarquement, je dois malheureusement diminuer le nombre d’arrêts. Comme l’objectif de l’appareil photographique est embué à cause du changement de température entre l’intérieur de la voiture et l’extérieur, cela ne me pose pas de problème. Je roulerai toujours à mon rythme, en profitant simplement du paysage, toujours plus dantesque, tout comme les conditions météorologiques. La route côte de plus en plus, je serai même obligé de mettre la transmission automatique sur le deuxième mode, pour ne pas me traîner lamentablement. Soudain, au détour d’un virage, je vois une immense paroi grise, taillée par les glaciers, sur laquelle ruissellent de nombreux torrents blancs, aux abondants embranchements laiteux. La route s’engouffre dans un trou en demi-cercle à l’intérieur de la montagne.

Voici donc le célèbre Homer Tunnel, situé à 101 km de Te Anau. De chaque côté, divers panneaux rendent attentif à l’étroitesse du tunnel, la présence de baies d’évitement, ainsi qu’à la pente non négligeable. Le tunnel présente des parois brutes de décoffrage, grises d’origine, assombries par les gaz d’échappement. D’ailleurs, la présence des bandes blanches n’est discernable que pas transparence sous l’anthracite des particules fines. Régulièrement, une petite loupiote clignotante marque la présence d’un téléphone en cas d’urgence. Et tout au long de la descente, je regarderai ruisseler l’eau sur la chaussée du tunnel: il ne s’agissait pas d’un petit ruisseau, mais plutôt d’un embryon de torrent. De l’autre côté, la sortie ouest surgit dans le fjord, dont la vallée se termine en arc-de-cercle, digne de celui de Dérborence ; si le rayon est plus petit, le nombre de cascades y est bien plus important. Face à moi, là où je devrais apercevoir les eaux du Milford Sound, une épaisse couche nuageuse ainsi que d’abondantes précipitations couvrent la vue.

Après une rapide descente sur une route aux virages en épingle à cheveux, suivie de quelques kilomètres en pente douce à travers une forêt – je vous laisse deviner les espèces dominantes –, j’arrive au niveau de la mer et aperçois enfin Milford Sound. Pile à l’heure pour l’embarquement, j’enfile mon pantalon imperméable,  et ajoute à mes vêtements chauds empaquetés dans mon sac une serviette pour régulièrement sécher l’objectif de l’appareil photographique. A peine appareillé, les conditions de navigation s’avèrent presque dantesques; le vent ne cesse de s’engouffrer dans le fjord, accéléré par le resserrement des parois, il soulève des gerbes d’écume, moutonnant les crêtes des vagues, propulsant les gouttes d’eau. Les conditions ne seront pas de tout repos pour fixer quelques instantanés. Toutefois, elles me feront découvrir un autre aspect de Fjordland, que j’apprécie presque plus que le caractère tranquille de hier.

Si hier Doubtful apparaissait immense, imposant, avec ses formes arrondies, aujourd’hui Milford Sound présente un dramatique paysage avec des falaises abruptes qui émergent des profondeurs; tout s’élance du bas vers le haut, ou du ciel vers la mer. Cette impression est d’autant plus renforcée par l’écoulement vertical des innombrables cascades. Grandiose. Le plafond nuageux bas, je ne verrai pas le fantastique Mitre Peak élever sa silhouette à 1682 mètre, ce qui en fait l’une des montagnes les plus hautes surgissant de la mer. Le vent déchaîné emporte au loin les commentaires de l’animateur, et je ne saurai pas quelle merveille j’observe : est-ce Copper ou plutôt St-Anne Point, Fairy ou Bridal Veil Falls, … mais qu’importe! par cette magnifique météo exécrable, tout apparaît complètement surréaliste, avec des teintes irréelles : l’eau du fjord virera du brun au noir, en passant par un turquoise caraïbe, la végétation s’ornera de toute la gamme des verts, du plus sombre au plus électrique, les rochers seront tantôt anthracites, tantôt nimbés de gris; seules les chutes d’eau resteront drapées de leur blanc immaculé.

Pour répondre à la question que l’on ne manquera pas de me poser, Doubtful ou Milford, comme de nombreux kiwis, je pourrai répondre les deux. Du premier j’ai adoré la solitude, le recul par rapport au monde, l’aventure et la distance pour y parvenir, l’intimisme de la promenade, du second j’ai préféré la météo, les parois à pics, la brutalité du paysage, la vie émanant des nombreuses cascades. Dans l’idéal, ma préférence serait pour un Doubtful dans les mêmes conditions que le Milford. Dantesque mais individualisé.

Finalement, aujourd’hui, je comprends d’où proviennent les 7 à 8 mètres de précipitations annuelles que recueillent Fjordland. A  l’exception de ce matin, il ne cessera de pleuvoir des cordes, que dis-je des hallebardes. J’ai rarement vu pleuvoir ainsi, même à Whanganui lors de la cure, le déluge était moindre. Il doit être magnifique de visiter le Milford Sound par beau temps, l’impression de verticalité doit être encore plus impressionnante, et si aujourd’hui le paysage ne manquait pas de charme, en apercevant les cimes enneigées il n’en serait que plus féérique. Le principal désavantage du Milford est sa composante touristique de masse. J’avais choisis Cruize Milford, une compagnie opérant sur des « petits bateaux »,  remplis au tiers. Plus de 50 personnes ont embarqués. Tout manquait de personnalité, les commentaires comme enregistrés, les membres d’équipage quasi inexistants, aucune discussion, aucune interaction sociale, bien loin du caractère intimiste des croisières du Doubtful.

Sur le chemin du retour, je m’arrête au bout d’une dizaine de kilomètre pour observer the Chasm, un impressionnant bloc de rocher où s’écoulent les eaux, aujourd’hui, furieuses, de Cleddau River. Au cours des millénaires passés, le torrent a érodé la roche, présentant de tendres parties arrondies dans une gaine de roche dure, en une magnifique sculpture. A mon retour près d’Hibiscus m’attend un kéa, une espèce de perroquet inquisiteur, et surtout sans peur qui s’approche facilement des touristes, espérant recevoir quelque nourriture en échange. Il est bien sur impératif de ne pas les nourrir, car leur alimentation n’a rien de commun avec ce que nos voitures ou campervan recèlent.

J’admire une dernière fois le cirque rocailleux et aqueux, avant de m’engouffrer dans le tunnel. A sa sortie, un dernier arrêt pour contempler l’autre extrémité de la vallée, tout aussi magnifique. Je ne résisterai pas à la tentation d’aller me désaltérer directement à une cascade: l’expérience sera très humide, mais très rafraichissante. Une idée, ayant germé dans mon esprit, je la mets rapidement à exécution. Le temps de vider mes réserves d’eau pour les remplir d’un liquide frais s’écoulant copieusement sur les rochers. Ce soir, mes pâtes seront cuites à l’eau de Fjordland. Bon d’accord, je l’admets, je n’ai senti aucune différence gustative.

J’ai presque oublié de vous narrer ma mésaventure survenue sur la route de montagne descendant depuis le tunnel vers Pops View. Au détour d’un virage sans visibilité, j’ai eu la surprise de me retrouver nez à nez, sur la même voie, avec un kiwi conduisant son gros utilitaire sur la voie de droite, autrement dit la même. Réflexe oblige, un bon freinage d’urgence immobilise nos deux véhicules, les pare-chocs distant d’une trentaine de centimètre. Plus de peur que de mal, mais l’intérieur ressemble à un véritable champs de bataille et tout a valdingué : les coussins ont glissé vers l’avant, les habits suspendus pour sécher se sont retrouvés contre le pare-brise, mon sac à glissé du siège, … un petit nettoyage s’est imposé. En face, le kiwi ne cessera de se confondre en excuse pour se malencontreux incident. Les carrosseries sont intacts, il n’y a pas de quoi faire un drame, les humains sains et saufs, il n’y a pas de quoi en faire un plat et je repars doucement, ralentissant encore plus que d’habitude à chaque virage.

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Sinon, pour que certaines personnes ne se fassent pas de souci, mon doigt n’étant pas devenu noir, et la cicatrisation se passant plutôt bien, je suppose que tout risque de gangrène, et donc d’amputation et cautérisation au fer rouge, est définitivement écarté.





J23 – Doubtful Sound

3 06 2011

Fjordland Cinema, Te Anau, 18h00

Trajet : Te Anau – Doubtful Sound – Te Anau        

Distance : environ 3519.1 km

Modifié à The Keys, Queenstown

Déçu par ma première ébauche, je l’ai remaniée pour faire honneur à ce magnifique fjord…

Lever vers 6h15, je suis transis par le froid, l’humidité perçant la triple couche que je porte ce matin à mon réveil. Un véritable chocolat chaud est le bienvenu, regarder fondre les carrés de chocolat noir dans le lait immaculé, alors que mes mains se réchauffent au contact de la casserole. Alors que l’aube pointe, je prépare quelques sandwichs pour l’en-cas de midi. J’ai trouvé hier, au petit supermarché du coin, du pain avec une véritable croûte croustillante. Deux tranches beurrées, enduites de moutarde, garnies de corned-beef ou de fromage feront d’excellents sandwichs. Pour rassurer un certain Mathieu, la moutarde est de la véritable dijonnaise, un pot de Maille découvert dans un autre petit marché.

Un peu avant 8h00, je rejoins l’iSite, où un bus viendra me chercher pour m’amener jusqu’au port de Matapouri, où j’embarquerai à destination de Doubtful Sound. Du parking du DOC, je longe la plage de galets, typique d’un lac de barrage au niveau fluctuant. Les couleurs sont sombres, les nuages recouvrent le paysage à mi-montagne, au-dessus de Lake Te Anau, et sûrement sur tout le Fjordland. Devant l’office du tourisme, je sympathise avec Alex, un germain d’une vingtaine d’année, qui découvre la Nouvelle-Zélande depuis le mois de janvier.

Pour résumer la situation: je suis arrivé  hier dans le Fjordland, sans doute la région la plus sauvage de la Nouvelle-Zélande. Occupant la frange sud-ouest de l’île, elle est presque restée à l’état originel. Seuls les divers animaux tels que rats, fouines, opossums… font des ravages dans la faune locale, comme partout ailleurs en Nouvelle-Zélande. Topographiquement, la région n’est pas très accueillante pour les humains : essentiellement des fjords, difficiles d’accès tant par voie maritime que terrestre. Le climat est tout aussi rude : les vents d’Est, ces fameux Quarantièmes Hurlants soufflent régulièrement à plus de 50 nœuds dans les passes, apportant nombre de nuages qui viennent se bloquer contre les parois élevées des fjords ; 200 jours de pluie précipitent de 7 à 9 mètres d’eau annuellement selon les vallées. Fjordland National Park englobe la majorité de la région, et forme, avec Mount Aspiring, Aoraki/Mt Cook et Westland Tai POutini National Park, le Te Wahipounamu Southewest NZ World Heritage Area, reconnu par l’UNESCO comme un patrimoine mondiale qu’il est nécessaire de protéger.

Si quelques marches parcourent les forêts où poussent principalement les trois espèces beechs, rouge, argentée et de montagne, mêlées à quelques conifères endémiques et à de très nombreuses fougères, avec plus de 80 espèces répertoriées, elles se restreignent pour les plus connues, comme la Milford ou Kepler Track à la partie est de la région, parcourant les monts intérieurs.  Aucun fjord n’est accessible facilement, excepté Milford Sound, au nord, relié au reste du monde soit par un chemin, Milford Track, soit par la route. Il est d’ailleurs devenu le fleuron commercial, avec plus d’un million de touristes y déferlant chaque année. Ou plus au sud, le Doubtful Sound, trois fois plus long, dix fois plus grand, plus majestueux au dire du nombre – bien plus réduit – de personnes qui l’ont visité. Pour y accéder, il faut d’abord traverser Lake Manapouri, puis transiter en bus 22 kilomètres sur une route de gravier, avant d’arriver enfin à Deep Cove, le bras s’avançant le plus profondément dans les terres. Les excursions durent au minimum une journée, et les tours opérateurs n’hésitent pas à monnayer plus cher cette excursion, tout en réduisant la taille des bateaux pour en préserver l’intimité. L’hiver amenant les touristes à éviter cette région humide, froide, inhospitalière, les offres spéciales se multiplient, les prix baissent. Rod et Mark, m’ayant affirmé qu’il fallait visiter les deux, j’ai fini par planifier une double excursion, aujourd’hui au Doubtful, et demain au Milford Sound.

Arrivé à Matapouri, j’embarque avec une quinzaine d’autres passager à bord d’un petit bateau à moteur à destination de West Arm, de l’autre côté du lac. Le temps d’une traversée, une petite heure, le skipper et son copilote nous racontent l’histoire de la région, du lac, de la croisade populaire pour préserver la région – la même que je vous ai contée hier –. Ils me montrent le célèbre Mont Venteux, géographiquement connu sous le nom de The Monument, qui a servi de décor dans Lord of The Ring lorsque le chef de fils des Nazguls poignarde Frodon. West Arm, 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, entouré par des parois abruptes s’élevant à plus de 1400 mètres, et pourtant dans les brumes surgissent pylônes et lignes à haute tension, s’élançant au-dessus du promontoire. Le bateau glisse devant une gigantesque prise d’eau, encastrée dans la roche, des grilles protégeant les bouches géantes engouffrant des litres et des litres d’eau à chaque minute.

Fjordland ne contient pas seulement la nature la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, mais aussi l’ouvrage humain le plus imposant construit en Nouvelle-Zélande, une centrale hydroélectrique construite à 200 mètres sous terre. En 1904, l’idée d’utiliser le potentiel de la chute d’eau de 178 mètres entre le Lake Manapouri et Doubtful Sound est émise pour la première. Toutefois, l’ouvrage semble au-delà du réalisable, en partie pour les technologies de l’époque, mais surtout par rapport au climat et à l’accès difficile. Dans les années 1950, une société australienne, décidée à construire une usine d’aluminium, approche le gouvernement néo-zélandais afin d’utiliser le potentiel existant. Devant les soucis financiers de mener à bien les deux projets – la construction de l’usine à Tiwai et de la centrale à Matapouri -, l’état prend en charge celle de la centrale et décide unilatéralement une élévation du niveau de l’eau de 30 mètres pour le lac, qui avait été classé Parc National en 1952. L’histoire est ce qu’elle est devenue : une forte contestation populaire conduisant d’une part à la sauvegarde de la faune et flore locale si particulière, et d’autre part à la naissance de la conscience environnementale du pays, qui conduira plus tard au bannissement du nucléaire.

L’ouvrage débute en 1964 : travail de titan. Afin d’y amener hommes, outils puis plus tard éléments mécaniques et électriques pour la centrale, la solution, jugée à l’époque comme la plus avantageuse et la plus raisonnable, consiste a construire une route de Deep Cove à West Arm, en passant par Wilmost Pass, un col situé à 671 mètres au-dessus de la mer, plutôt que d’amener le matériel par voie maritime sur le Lake Matapouri. Au final, cette route tracée à travers les roches les plus durs du pays : granit, gneiss, quartzite, … sera la plus chère de Nouvelle-Zélande, avec un prix de revient de 80$ au mètre carré, pour une route de gravier. Un véritable gouffre financier en sachant qu’elle mesure 22 kilomètres de long, et 4 mètres minimum de large sur tout son tracé.

Malgré les conditions difficiles, la construction avance : forage et dynamitage sont les deux uniques méthodes connues à l’époque pour percer les sept mètres de tube d’amenée d’eau, haut de 200 mètres, creuser une galerie longue de 2 kilomètres pour descendre le matériel au cœur de la montagne, y excaver une salle longue de 110 mètres, large de 18, haute de 39 dans laquelle prennent place les 7 turbines, ainsi qu’une galerie de fuite longue de 10 kilomètres. 8 ans plus tard, l’ouvrage est achevé. La centrale hydroélectrique produit toutefois 575 MW sur les 700MW prévus, car les frictions hydrodynamiques dans la galerie de fuite sont plus importantes que prévues. Il faudra attendre les années 2000, avec la construction d’une deuxième galerie à l’aide d’un tunnelier, pour que la centrale atteigne son plein rendement. Par ailleurs, le design de la nouvelle turbine Francis, testée au Laboratoire des Machines Hydrauliques à l’EPFL, permettra de porter la puissance à 950 MW.

La visite se réduit à descendre dans le tunnel, d’un diamètre de 9 mètres, nécessaire pour descendre les plus gros éléments, et à accéder à la plateforme dominant la salle des machines. Seul le tiers supérieur est visible, mais l’endroit impressionne par sa taille gigantesque, ainsi que par l’alignement des sept excitateurs, magnifiques emboîtements de cylindres bleus. Je suis aussi enjoué par les splendides veines de quartz marbrant l’anthracite pegmatite. Fin de l’aparté historico-scientifique, laissons la place à la nature.

Après avoir rejoins le bus, le chauffeur nous conduit jusqu’à Deep Cove. Sur le chemin jusqu’à Wilmost Pass, première vue sur la nature sauvage bordant le Doubful Sound. A travers les déchirures du brouillard, montagnes abruptes, arbres à la silhouette menaçante étirant leurs branches recouvertes de lichens, mousses et fougères tapissant les sous-bois, … Arrivés au col, le temps d’un arrêt, notre vue embrase Doubtful Sound. Il paraît déjà impressionnant, et pourtant seuls les 13 derniers kilomètres du bras de mer le plus engoncé dans les terres est visible, le reste est jalousement caché par les flancs de la vallée. Reparti, le bus aborde le tracé le plus ardu, avec deux kilomètres affichant 20% de pentes. Le traditionnel panneau indiquant une forte déclivité est placé au début de la descente, humoristiquement tagué par un « buses free wheel », aisément traduisible par  « bus, roue libre ».

A Deep Cove, tous les passagers sont transbordés sur un bateau à moteur, qui appareille immédiatement. L’alarme stridente qui caractérise un moteur en surchauffe chez Volvo-Penta retentit. La chance nous sourit par deux fois, la première par la présence d’un mécanicien au port, la deuxième par la découverte d’une pièce de rechange à bord. Le temps de remplacer la pompe de refroidissement et nous voilà parti à la découverte du fjord. Malgré le fait qu’il soit cartographié sous le nom de Sound, Doubtful est un fjord. Ce terme fait référence à une ancienne vallée glaciaire recouverte par la mer suite à l’élévation du niveau 0, contrairement au sound dont la vallée s’est enfoncé dans la mer sous son propre poids, comme à Akaroa.

Comme à Aoraki/Mt Cook, paysages et impressions sont difficilement traduisibles en terme de vocabulaire, sans très vite tomber à court de mots. Je préfère présenter les éléments caractéristiques du décor, et laisser à votre imagination faire le reste du travail. La topographie se résume à une immense vallée principale, sinueuse, d’où partent de nombreux  vallons, les différents bras envahis par la mer : First Arm, Deep Cove, Bradshaw Sound, … Des crêtes et des pics, les pentes descendent jusqu’à la mer; ces dernières, principalement abruptes, présentent quelques arrondis ou encore de véritables à-pics. Quelques îles parsèment le fjord, reste de collines épargnées par la glace ou moraines centrales de glacier.

La géométrie toujours changeante des vallées est recouverte à partir de la mer d’une dense végétation. La forêt est composée essentiellement des trois espèces de hêtres, rouges, argentés et de montagne, cohabitant avec des conifères endémiques. En automne, aucune couleur éclatante n’habille les fjords; les hêtres possèdent un feuillage persistant. Doubtful Sound et ses compagnons paradent de vert vêtu toute l’année. Les sous-bois sont envahis par divers arbustes, de nombreuses fougères, dont plus de huitante espèces différentes sont répertoriées, qui poussent sur un sol moussu. Peu à peu, les forêts sont remplacées par les prairies alpines, à la couleur jaune, virant sur l’ocre orangé, des red tussocks, avant que ces dernières ne cèdent le pas au seul rocher nu, parfois recouvert d’une couche de neige.

Finalement, l’élément aqueux domine le tout. Rivières impétueuses, majestueuses chutes d’eau ou encore simples filets de liquide ruisselant sur une paroi, l’eau cascade de tout part. Elle vient napper la surface de la mer salée d’une couche d’eau douce, colorée d’un brun transparent par les tanins de l’humus. D’une épaisseur de 3 mètres, elle peut atteindre 15 mètres suite à des précipitations abondantes. A mesure que l’on s’approche du large, les eaux se mélangent, la sombre couleur qu’elle arbore à Deep Cove vire vers le turquoise de la Mer de Tasmanie.

Impossible de mettre plus de mots sur cet endroit enchanteur, où je me sens si petit, si insignifiant. Massif, grandiosesque – si j’ose le terme -, Doubtful Sound, à l’eau teintée d’un bleu profond, est une palette fruste de couleurs, étalages de gris pour les rochers, de verts pour les denses forêts, saupoudrés de blanc sur les sommets. Je vous laisse juger par vous-même. Une dernière remarque: ce que vous pouvez imaginer, ou que vous pouvez admirer sur mes photographies, multipliez le par cent et vous n’arriverez pas au millième de ce que j’ai entraperçu. Je n’ai qu’une seule envie, y retourner en voilier pour profiter du silence.

De retour au port, divers passagers avec qui j’ai discuté me demandent si j’ai eu beaucoup de plaisir, car il semblerait qu’un sourire ait gelé sur mon visage. Il est vrai qu’au bout des trois heures et demie de navigation, il commençait à faire un peu frisquet, mais pas au point de figer ma bouche. C’était juste magnifique. Nous repassons le Wilmost Pass en bus, avant d’embarquer à nouveau sur un bateau pour traverser Lake Matapouri. Une des plus belles journées que j’aie vécu en Nouvelle-Zélande, je ne regrette pas mon investissement.

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Son nom lui fut donné par le Capitaine Cook, qui  observant l’entrée, douta que les airs soient suffisant pour pousser à nouveau l’Endeavour vers le large. Il ne se risqua donc pas et l’appela Doubtful Haven, la rade-doute. Ce n’est qu’après une exploration légèrement plus approfondie par le capitaine espagnol Malaspina – la seule que ce capitaine ait effectuée en Nouvelle-Zélande – que le nom topologique fût changé en Sound; le qualificatif douteux resta. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que des Européens se risquèrent à nouveau à pénétrer à l’intérieur du Fjord.





J7 – Détroit de Cook

18 05 2011

Marfells Beach, sud de Blenheim, 18 mai 2011, 20h00

D=1101.1 km

Voiture parquée, je suis monté au pont passager, que pour mieux redescendre dix minutes plus tard tirer le frein à main, remis à l’ordre, avec 2 autres conducteurs par le capitaine.  Je sors sur le pont humer le vent du large et admirer Wellington Harbour qui disparaît derrière nous. Windy Welli, cette fois-ci elle mérite bien son nom, le vent qui souffle les nuages vers l’est, rafraîchit l’atmosphère et j’enfilerai rapidement mon pantalon coupe-vent.

Alors que le navire n’est pas encore sorti de la rade, les vagues commencent à le faire rouler d’un bord sur l’autre. Roy avait raison: la traversée sera rude. Le détroit de Cook ne faillit pas à sa réputation. Etant plutôt résistant au mal de mer, je suis même plutôt content que cela bouge un peu, histoire de casser la monotonie de ces trois heures. Les autres passagers sont déjà vaincus par le réfrigérant biset, et je reste seul sur le pont avant, à admirer les lames déferler, ou encore éclater en gerbes à la proue du San Marina et recouvrir d’écume tout le pont. Deux membres d’équipage viennent me chercher et me convient à rentrer à l’intérieur car il leur a été ordonné de fermer l’accès au pont en raison des embruns. D’ailleurs, alors que nous battons en retraite le long du bastingage, à peine un des marins ayant fermé la porte qu’une vague vient se briser dessus. Nous sommes au premier rang pour la voir se vaporiser en une magnifique gerbe. A 10 secondes près, nous prenions un bon bain de mer. Une fois à l’intérieur, l’un des matelots me signale au cook d’une simple phrase : « c’est lui qui bravait les éléments ».

Alors que le ferry ne cesse de tanguer, rouler,  les chocs, les secousses secouent tout le navire. Tel passager, comme à moitié ivre, n’arrive plus à marcher et manque de tomber. Tel autre ne supporte plus le petit déjeuner qu’il vient d’avaler et tente de courir jusqu’aux toilettes. Untel verdit à vue d’œil et préfère s’étendre sur une banquette. Pour ma part, soit je profite du spectacle interne ou externe à traverse le hublot, soit je profite de planifier mon trajet une fois arrivé à terre. Une fois arrivé de l’autre côté du détroit, à l’abri des grandes lames parcourant le centre, et s’élevant jusqu’à 4-5 mètres, l’accès à l’extérieur est à nouveau autorisé. Je n’en demandais pas moins pour regagner ma place sur le pont avant.

Grandiose: ce terme en lui-même permet de qualifier l’apparition de South Island : la côte déchiquetée de Marlborough Sound, avec quelques montagnes enneigées en arrière plan. La destination du ferry, Picton, est situés presque au fond de Queen Charlotte Sound. Le ferry y accède par le sud d’Arapawa Island, par Tory Channel. A l’approche de l’entrée du chenal, la mer se lève un peu entre les deux têtes, mais derrière la barre, les eaux calmes d’un sound se font apercevoir.

Effectivement, dès l’instant où nous avons pénétré dans les terres, le vent se calme, la surface est ridée par une petite brise. Et le paysage! de chaque côté, des flancs boisés descendent en pente douce jusqu’à l’eau, les berges sont parsemées de criques. Je ne pense qu’à prendre un voilier pour y naviguer. J’adore ce paysage de fjords adoucis, ce sentiment de quiétude. Bref, je m’y poserai bien pour quelques jours tranquilles. D’ailleurs, nombre de petites maisons construites au bord de l’eau, sans accès autre que maritime sont construites au fond des criques. Parfois, caché derrière un petit îlot surgit un pêcheur, un voilier ou encore une ferme ostréicultrice. Et dire que sur la rive nord de Queen Charlotte Sound, dans cette forêt circule un magnifique sentier, classé dans les 7 grandes marches de la Nouvelle-Zélande. Juste à regarder le paysage, j’ai l’envie d’y aller. J’adore! et dire que je n’ai pas encore touché terre. Qu’est-ce que ce sera dans quelques semaines. Dégoûté ou définitivement conquis.

Une fois débarqué, je monte jusqu’au point de vue donnant sur le port pour voir mon ferry San Marina, dont les affiches touristiques de l’Île de la Beauté, du temps où il opérait dans une compagnie corse, ornent encore ses couloirs. Puis, je prends la route, direction Blenheim. Bien entendu, pas la route directe, mais celle qui passe de l’autre côté de Roberston Range. Les 27 kilomètres sur la SH1 seront plus que doublés sur cet itinéraire, dont la route n’a rien à envier à certains de nos tracés alpins.

Après avoir parcouru la dizaine de kilomètres nécessaire pour s’éloigner de Picton et Waikawa, je me retrouve presque en pleine nature. La route monte, redescend, serpente à flanc de coteau. Tout change entre les douces courbes de North Island et le relief plus montagneux, plus escarpé, du Sud. Le soleil ne cesse de briller, les températures sont plus fraîches, les fougères géantes ont repris des proportions européennes, la végétation présente moins cette fulgurance que dans les jungles nordiques. Même les routes sont moins bien entretenues, avec des arbres tombés au milieu, des nids de poule plus grands, ou des routes bien plus étroites.

Au fond de chaque crique, un petit pâturage, avec une ou deux maisons, quelques bateaux à l’ancre, une dizaine de moutons, une rivière qui s’écoule, une plage de galets ou de sable. De véritables coins de paradis. Après avoir observé des kiwis ramasser les algues amenées par la marée, ainsi qu’une ancienne bassine destinée à fondre la graisse des baleines,  j’arrive à Robin Hood Bay, où un simple camping du DOC est installé. 13h00. Il est bien trop tôt pour s’arrêter, pour monter un camp; toutefois je profiterai de manger une morce, seul au monde. Je quitte ces premières contrées montagneuses par un dernier virage en épingle à cheveux qui me dévoile des vignes aux reflets mordorés. Pincement de cœur: je suis effectivement au Marlborough, première région viticole de Nouvelle-Zélande, connue notamment pour ses sauvignons blancs.

La route menant à Blenheim est cernée à partir de Tuamarina par des vignobles. Ces derniers poussent dans l’immense plaine de Wairau River. Orientées Nord-Sud, les lignes peuvent ainsi se gorger de soleil, du levant jusqu’au couchant, amenant toutes les grappes à une même maturité pour faciliter la récolte mécanique. J’apprendrai plus tard que seuls 10% sont actuellement vendangés à la main, les raisins pour les vins de qualité supérieure et les quelques zones plantées soit dans des terrains plus pentus, soit dont l’orientation n’est pas Nord-Sud.

Une fois à Blenheim, je profite de remplir ma bonbonne de GPL, histoire de ne pas tomber en rade alors que je prépare mon repas du soir. Toutefois, le pompiste refuse de la remplir devant l’aspect rouillé du fond du réservoir. Je me rends donc chez Marlborough Cylinder Testing pour en acheter une nouvelle, aux frais d’Escape après avoir obtenu leur accord. Du moment que j’y suis, je demande à l’inspecteur chez quel propriétaire-encaveur je dois déguster un produit local.

Je me rends donc chez Brandcott Estate, situé à Riversland, dont la cave a des allures d’église romane. Conduisant, je me résigne à déguster trois vins. Le premier sera un sauvignon blanc, un peu trop sucré. Le second sera un sauvignon gris pétillant, dont le gaz est infusé, qui ne m’a franchement pas convaincu. Enfin le troisième est un Pinot Noir, récolté dans le centre de l’Otago en 2008, qui présente une robe claire, avec un caractère très doux rappelant un peu la myrtille et la prune. Bien que je sois descendu dans le sud pour le caractère sauvage de l’Île, je ne peux me résigner à ne pas accomplir un petit tour dans les vignobles. A ma grande déception, tous les parchets de vignes sont clôturés comme d’immenses champs, et il est impossible de s’y balader. De plus, étant tous plantés dans la plaine, il est difficile de trouver une éminence pour embrasser l’ensemble du territoire.

La meilleure solution est d’aller chez le dernier venu, Highfield, dont la cave rappelant l’idée que je me fais des maisons toscanes est surmontée d’une tourelle. Ouverte au public, elle permet de jouir du panorama. D’ailleurs, la dégustatrice, sûre d’elle, n’hésite pas à me dire qu’il s’agit du meilleur point de vue sur le vignoble, quand je repartirai pour finir ma boucle viticole. Et elle avait raison. Avant de partir, je succomberai à la tentation de goûter un de leur vin. Ayant profité de leur amabilité, il n’aurait pas été poli de partir sans déguster. Un seul verre, et ce sera leur sauvignon blanc, haut de gamme, dénommé Lone Gum, du nom de la parcelle où sont vendangées les grappes comportant un arbre de cette espèce proche de l’eucalyptus. Une robe presque transparente, un nez subtile, et un peu sec en bouche. Il s’allierait parfaitement avec un poisson délicatement préparé.

Ah! le sud et son relief accidenté, je n’avais pas pensé que j’allais perdre autant de jours que ça. Il est à peine 17h30, que le soleil est déjà couché. J’avais prévu d’aller dormir proche de Big Lagoon; une route de graviers se terminant en cul de sac y mène. Je serai quelque peu désappointé quand je me rendrai compte, une fois sur place, que l’accès de cette propriété privée est fermé par une grille cadenassée, un peu comme au Cape North. Bref, je reprends la route, et décide d’aller jusqu’au camping du DOC Marfells Beach, 30 kilomètres plus au sud.

A l’écoute de la rumeur de l’océan, je me cuisine de bonnes petites pâtes tomates-thon-oignons, dont le thon, sans ma vigilance, aurait terminé dans le ventre d’un chat féral absolument pas intimidé par ma présence, ni mes bruitages. Toutefois, à peine mouillé par quelques gouttes d’eau projetées à l’aide d’une bouteille, il déguerpira sans demander son reste.

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J-7 : Wellington

17 05 2011

Embarcadère Bluebird, Wellington, 18 mai 2011, 7h09
Alors qu’il faisait beau jusqu’à tard hier soir, ce matin la pluie est de retour. J’ai regagné mon véhicule sous une belle averse. Une fois le linge propre rangé, je me dirige vers l’embarcadère situé à 200 mètres.
Après avoir récupéré mes deux tickets, celui du van et le mien, je m’installe tranquillement dans la file d’attente.
Alors que le jour commence à pointer, seules quelques gouttes continuent à tomber, remplacées par le vent qui se lève. Espérons que cette éclaircie soit la bonne. Un dernier regard sur la météo indique que les prévisions sur les deux côtes n’ont pas changé. Après un petit tour à Picton, je descendrai sur Bluff par Kaikoura, Christchurch, Akaroa, Dunedin, les Caitlins. Si jusqu’à Blenheim la route est jolie, d’après d’autres routards, le paysage est relativement plat dans les 200 kms autours de Christchurch.
En route, il est temps que j’embarque.