Le Jour d’après…

6 01 2012

La Tsoumaz, 6 janvier 2012, 17h00

Lever peu avant 9h00 après une nuit qui m’a semblée relativement calme. Dans tous les cas, je n’ai pas entendu le vent souffler dans les grands sapins verts. Par la fenêtre au volet ouvert, je regarde la neige tomber en fin flocon : l’épaisseur sur l’avant-toit a presque doublé depuis avant-hier. Peu avant neuf heures, les feux ronflent dans leur cheminée respective, le petit déjeuner est presque ce prêt. Le temps que les scones finissent de cuire, je m’applique à déblayer la galerie du chalet. : apporté par le vent, neige et brindilles se sont engouffrées dans les angles ; sous les rafales les flocons se sont tassés, s’enfonçant dans les  encoignures.

Avant de partir en balade, je file jusqu’au bout du bisse pour voire les dégâts dont j’ai entraperçu l’importance hier soir. A la sortie du botzas – bosquet –, des troncs sont amoncelés, les branches pêlemêles, les racines à l’air, le chemin est complètement bloqué par les sapins. Je contourne l’obstacle en grimpant sur le talus. D’ici en haut le spectacle est encore plus désolant, ce n’est pas une dizaine d’arbre qui sont à batz – couché par terre –, mais une vingtaine étendus ou à moitié abattus. A la vue d’André, le propriétaire du chalet sur lequel s’est écrasé un sapin, je lui demande si le toit n’a pas trop souffert. Il semblerait que non, la neige ayant amorti le choc. Lorsque Braunhilde, sa femme apparaît sur le pas de porte et me propose à son tour de venir prendre un café, je ne pourrais me soustraire à l’invitation. Nous deviserons de la tempête Andréa, la comparant à nouveau à celle de Viviane. J’apprends d’ailleurs que le vent à souffler à 270 km/h, qu’un peu moins de 2000 foyers sont privés d’électricité dans les alpes vaudoises et que de nombreux voies ferrées ou routières sont encore fermée à la circulation.

Le retour au chalet est de courte durée, le temps de me changer. Papa a déjà préparé les skis pour partir en peau de phoque, il ne lui reste plus qu’à enfiler les souliers. Skis et sac sur le dos, nous montons jusqu’à la voiture, accompagné de Laurent et Justine bien décidé, cette fois-ci, à regagner la plaine. Le sillon du chemin a complétement disparu pendant la nuit, recouvert par la neige soufflée par le vent. Je choles les cinquante centimètres. Lorsqu’à deux reprises, je mets le pied hors de l’ancien chemin, la sanction ne se fait pas attendre : la jambe est happée jusqu’à l’aine. Nous rencontrons un voisin qui nous apprends que la route nous reliant jusqu’à la plaine sera ouverte dans une bonne demi-heure, au environ de midi et que des chalets, situés dans les hauts des mayens sont privés d’électricité.

Alors que Laurent et sa demoiselle déblaie leur voiture, avec papa, j’attaque la montée jusqu’au porte. Avançant tranquillement l’un derrière l’autre dans la neige fraîche, nous observons à nouveau quelques arbres affalés dans la neige. La route vient d’être dégagée, des troncs gisent en deux de part et d’autre de la chaussée, des branches jonchent les andains de neige. Une fois passé par-dessus le tunnel, nous sommes contraints à revoir notre itinéraire : un arbre est couché à travers l’arrivée de la piste de luge. Si d’autres ont subi le même sort, la progression ne sera pas des plus agréables. Par conséquent, comme les remontées mécaniques ne fonctionnent pas nous décidons de suivre la piste de ski Damée pendant la nuit, une fine couche de poudreuse s’est aussitôt déposée. Les conditions sont idéales pour une montée tranquille. Les efforts sont bien moindres que si nous étions passés en pleine forêt, au point que nous cheminons l’un à côté de l’autre. Pour éviter les nombreux autres randonneurs qui longent la piste principale, nous bifurquons par la tropicale pour rejoindre le Taillay. Le paysage ne change guère : arbres cassés à mi-hauteur, troncs éclatés, brindilles recouvrant le sol, ….

Arrivé à la station inférieure du télésiège, en pleine flémingite aigu, nous continuons notre bonhomme de chemin sur la piste. Au-delà de la lisière de la forêt, là où poussent les grands solitaires, trois vénérables reposent brisés dans la neige. La couverture nuageuse se dissipe, le voile de brume s’amincit, le soleil apparaît tel un disque de fer chauffant à blanc. Tout est nuance de blanc et de gris, seuls les arbres colorent leur paysage de tâches brunes ou vertes foncées. Seuls, toujours seuls, nous ne croisons aucune âme sur toute la randonnée. Arrivé à la hauteur de la Croix-de-Cœur, nous glissons le long de la crête, la neige complètement soufflée est devenue carton. Elle forme une croûte, où la surface est similaire à des écailles ou à des courtes vaguelettes figées par des températures trop froide. A l’abri de la gare d’arrivée du télésiège du Taillay, nous enlevons nos peaux-de-phoque, avalons un bon thé chaud et se préparons pour ce qui deviendra une descente d’anthologie.

Glissant doucement à la surface de la neige cartonnée, j’entends la surface se craqueler à chaque changement de virage. Peu à peu papa prends confiance et vitesse. Nous traçons l’un derrière l’autre de jolies petites courbes. Arrivés à l’orée des bois, à mesure que nous glissons dans la forêt la poudreuse devient plus épaisse. Nous nous faufilons entre les arbres, esquivant les branches basses des mélèzes, tournant autour des sapins. Cela faisait longtemps que je n’avais plus skié ainsi dans la forêt du Taillay, sans devoir me soucier d’une souche ou du manque de neige. Nous restons concentrés pour éviter de terminer dans un taillis de vernes, changeant parfois de direction au dernier moment. Les seules pauses que nous nous accordons sont au passage de route. Le temps d’attendre que l’autre nous ait rejoints et nous dévalons déjà le talus suivant. Nous arrivons déjà au Bisse de Saxon, une dizaine de sapin se sont couchés en travers du chemin à la Croix du Taillay, en dessus des bâtiments de l’alpage. Pour ne pas écourter trop vite cette mémorable descente, nous continuons à travers les prés, passons à côté d’un traxcavator en train de dégager une route. Nous nous arrêterons finalement au petit bisse. Il nous reste plus qu’à le suivre pour rejoindre notre chalet.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités




Andréa

5 01 2012

Titre : Andrea

Tag : La Tsoumaz, Tempête, Andrea, Taillay

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 16h00

Si Andréa a fait la une des nouvelles radiophoniques ces derniers jours, au chalet l’évolution météorologique est suivie au jour le jour en suivant la couverture nuageuse et en observant le baromètre du chalet. Depuis quelques jours, la pression atmosphérique décroît lentement, ce qui en règle générale est toujours synonyme d’un mauvais temps qui dure et de la neige en abondance. Ce matin, l’aiguille indique 1018mbar, bien en deçà des 1033 habituels lorsqu’il fait beau. Dehors, il neige, quelques bourrasques soufflent, entraînent les flocons dans de grands tourbillons.

Après le déjeuner, nous décidons de partir pour une petite randonnée. Pour monter au Taillay, au lieu d’emprunter le chemin pédestre, nous suivrons un itinéraire que mes parents n’ont plus emprunté depuis quelques années. Il s’agit du tracé d’une vieille route qui montait en zigzag dans la forêt, jusqu’à rejoindre le Col de la Croix-de-Cœur. Quand je dis une ancienne route, il faut s’imaginer un chemin qui est tombé depuis des années en désuétudes au point de ne plus figurer sur les cartes modernes. Qu’à cela ne tienne, un vieux feuillet existe encore au chalet où le passage est indiqué en traits-tillés.

Je ne vous dirais rien de plus, ni le point de départ exact de la route, ni son lieu d’arrivée. Sachez toutefois que c’est une des plus belles balades de cet hiver. Au milieu de la forêt, les arbres ont bien poussé en quelques années, d’autres sont tombés. Il faut se faufiler entre les taillis, se dérouter pour éviter les troncs et les souches. Mais l’endroit est magique, nous sommes seuls au milieu des bois protégés du vent, seuls quelques flocons qui se sont glissés entre les branches nous rappellent que dehors il fait mauvais temps. Enfin pour le moment. Une fois à découvert, plus haut que l’orée supérieure, nous affrontons un véritable blizzard. Après avoir cholés la poudreuse lors de la montée, nous avançons sur de la neige carton. Porté à la surface, l’effort pourrait être moindre, nous devons redoubler d’ardeur pour avancer contre le vent. Il neige à l’horizontal.

De retour au chalet, complètement frigorifié, tchia – trempé –  par les flocons qui s’insinuaient dans tous les interstices, je serais content de prendre une bonne douche chaude. L’apéro qui suivra sera aussi des plus copieux avec viande sèche, jambon, lard, saucisse, fromage, tomme, rebibe et bien entendu un petit coup de blanc pour que le gosier ne s’assèche pas.

Tout l’après-midi, les précipitations se font plus importantes, le vent rugit de plus en plus dans les arbres. Situé au fond d’une combe, le chalet est habituellement bien protégé des rafales, mais aujourd’hui les sapins plient sous les bourrasques. En fin d’après-midi, je descends jusqu’au village. Pendant que je poste quelques nouvelles sur mon blog, par la fenêtre j’observe les panneaux s’envoler, les gens s’accrochaient au lampadaire pour ne pas glisser. En début de soirée, lorsque je remonte au chalet par le chemin du bisse, j’hume une forte odeur de résineux. Un grand sapin gît, affalé dans la neige, la pointe délicatement posée sur le toit du chalet des Imboden. Plus loin deux autres ont aussi été abattus par le vent.

Au chalet, l’apéro règne de nouveau en maître. Laurent, un collègue de travail à mon papa, est venu lui rendre visite avec Justine, sa copine. Après avoir brièvement raconté l’état du bisse, tous me disent avoir entendu les craquements, et mes parents rajoutent que la force du vent au chalet leur rappelle Viviane. Viviane est le nom de la tempête hivernale qui s’est abattue le jour de carnaval en février 1990. Durant 3 jours, il n’y avait plus d’électricité dans la station, et les routes jusqu’à la plaine étaient coupées. Un de mes plus beaux souvenirs de gosse.

Après une bonne fondue, papa et moi raccompagnons nos hôtes jusqu’à la voiture. Le chemin a presque disparu, seule une petite dépression indique encore son tracé. Pour la nième fois de ces deux semaines, je trace un nouveau sillon. Avant de revenir au chalet, un petit détour obligé, nous amène jusqu’au bout du bisse. Les trois arbres qui s’étaient abattus avant la tombée du jour ont été rejoint par, à vue de nez dans l’obscurité, une petite dizaine d’autres. Personne ne passera plus par cette itinéraire jusqu’à la fin de l’hiver, à moins de grimper dans le talus et créer un nouveau passage dans un bon mètre de neige.

A peine étions-nous de retour, que la sonnerie du téléphone retenti. Laurent demande s’il peut venir dormir au chalet, à la sortie du premier tunnel à la descente, les pompiers l’arrêtent : une dizaine d’arbres se sont couchés en travers de la route. Le temps d’une nuit, le chalet a donc accueilli deux réfugiés, deux tourtereaux perdus dans la grande tempête hivernale.

Ce diaporama nécessite JavaScript.