Maienfeld

3 12 2011

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 14h25

Les Grisons, un canton perdu de l’autre côté de la Suisse, mêlant pour moi exotisme, montagne et paysage sauvage. Depuis quelques années déjà, il exerce une certaine influence. Pourtant, je n’y ai encore jamais mis les pieds : longueur des trajets, absence de temps, … les excuses ne manquent pas, mais pourtant elles me semblent toutes les unes plus que les autres de mauvaise foi. Bref, dès que j’ai su que mon cours de répétition se déroulerait de l’autre côté de la Suisse, à moins de deux heures des Grisons, j’avais décidé d’y aller faire un tour. Il y a deux ans, depuis Pfäffikon (SZ), j’étais parti à la découverte de Saint-Gall, des Chutes du Rhin et de Schaffhouse. Bien que je n’aime pas les habits militaires, leur port nous donne la gratuité des transports civils sur le réseau des chemins de fers fédéraux. En emportant quelques habits civils pour se changer juste avant de débarquer du train, ce mode de locomotion n’est pas des plus désagréables.

Depuis le milieu de la semaine dernière, les pronostics météorologiques ne sont pas des plus optimistes pour la fin de semaine. Depuis hier, si les Grisons ne profiteront pas d’un soleil éclatant, il ne pleuvra point. Cela me suffit amplement et ce matin, après l’appel qui nous rends notre liberté jusqu’au dimanche soir à 23h00, accompagnés de mes camarades, je me rends jusqu’à la gare d’Arbon. Alors que la majorité des soldats prennent la première correspondance pour Saint-Gall ou Romanshorn, avec Eischenmoser j’attends le train pour Buchs (SG). Il me demandera, intriqué, pourquoi je ne rentre pas directement en Valais : un peu moins de deux jours de permissions, cinq heures de train par trajet et la fin de semaine est vite passé. Je préfère découvrir une nouvelle partie de la Suisse le temps d’un weekend plutôt que perdre mon temps en transport.

Me voilà enfin aux portes des Grisons, là où pousse le célèbres vignoble rhétique. La vallée est large, les coteaux, jaunis par l’automne, s’étendent de part et d’autre du Rhin, dont la pente grimpe doucement à l’assaut des montagnes. Prés, vergers et vignes s’arrête là où des falaises naissent et des forêts poussent drus sur les versants abruptes. Je m’arrête à Maienfeld, l’un des premiers villages, bien avant d’avoir atteint Chur, le chef-lieu. Cette première halte n’a rien d’anodine, il faut dire que ce village se dispute avec celui de … dans le canton de Saint-Gall un titre envié. En effet, l’un et l’autre assure qu’Heidi y a vécu. Maienfeld a comme preuve que l’écrivaine Johanna Spyri y a vécue le temps d’écrire le célèbre roman. Durant l’été, des cohortes de japonais et de chinois se pressent dans les rues du bourg et sur le chemin menant à la maison d’Heidi. Mais en cette fin d’automne, je suis le seul touriste à débarquer à la gare.

Un plan m’indique deux itinéraires, l’un conduisant jusqu’à la maison d’Heidi dans les hauteurs de Maienfeld, l’autre continuant jusqu’à l’Alpage où Peter gardait les chèvres. Cette randonnée est l’occasion de découvrir cette petite bourgade, dominée par le Château Brandis, dont le donjon, construit au XVe, s’est vu adjoindre durant le siècle suivant une aile, qui lui apporte un petit air de manoir. Le bourg regorge aussi de vieux bâtiments, possédant ce style si caractéristique à la région, avec les encadrements de fenêtre, les sgraffites – sorte de peinture murale –, … Après avoir quitté le village, le chemin commence par serpenter parmi les parchets de vignes. Toutes les vignes sont entourées d’un petit muret dans lequel est percé une ou deux ouvertures, fermées par une basse porte de fer. Parfois je découvrirais même des tourelles aux angles des propriétés. Délabrées, elles ont depuis longtemps perdu leur caractère défensif ou ostentatoire. Peu à peu, la route est catégorisée en tracé de deuxième ordre : le macadam granuleux part en morceau, les bosses sont innombrables. A mesure que j’avance, la pente se fait plus raide, mais rien qui ne saurait m’impressionner. Mais, je comprends toutefois mieux la mise en garde sur le panneau indicateur à la sortie de la gare.

Un dernier panneau m’indique que je m’approche du village de Heidi. Le hameau est constitué de quelques maisons. L’une d’entre elle est l’ancienne maison de commune des Walser. La façade est ornée de l’inscription « Rathaus der Freien Walser » – Maison de Commune de la famille Libre des Walser –, et sur l’un des côtés sont peints les divers blasons des familles alliées. Petit aparté historique, les Walsers sont des familles de Haut-Valaisan ayant quitté leur patrie d’origine pour colonisé les terres situées de l’autre côté des montagnes, dans le pays grison et tessinois. Ils sont très vite devenus l’une des familles dominante, avant d’étendre leur influence sur les cantons voisins de Saint-Gall, Thurgovie, … Pour faire plaisir aux touristes, le musée à la gloire d’Heidi et de Johanna Spyri est doté d’une poste possédant son propre tampon. Je ne pourrais malheureusement point envoyer de carte ainsi timbrée, l’office est fermée jusqu’au début de la prochaine saison touristique. Quant au clou du village, il s’agit bien entendu de la Maison d’Heidi. Située à l’unique croisée des chemins, elle est bordée par le sentier qui mène à l’alpage. Mêlant esthétiquement le bois et la pierre, son architecture est sans nul doute le fruit de considération essentielle plutôt que plastique. Il est toutefois difficile de ne pas lui trouver un certain charme, avec son banc au pied de la façade principale, que l’on imagine sans peine baignée de soleil par temps claire, les divers outils suspendus sur les murs extérieurs de la grange, la roue à aiguisée montée sur son socle et posée au milieu du jardin, ses deux fontaines taillées dans des troncs d’arbre. Un véritable cliché helvétique.

Continuant mon chemin, je finis par arriver dans un pré où poussent quelques arbres fruitiers. Un local m’adresse la parole dans un suisse-allemand où je sens les accents sonores de la langue rhéto-romane ressortir nettement. Intrigué par le badge sur ma veste militaire, nous discuterons de mon incorporation militaire, il prendra plaisir à me narrer quelques aventures qui lui est arrivé durant des cous de répétitions. Peu avant de quitter, il me recommande de couper à travers le pré jusqu’au village. Il s’agit d’une ancienne route, et il est encore possible de devenir la présence des pierres qui officiaient comme pavage, il y a bien longtemps.

Je reprends le train à destination de Chur (Coire). Dernier halte du train, tout le monde est obligé de descendre. Je profite de cet arrêt pour passer à l’office du tourisme pour récupérer quelques prospectus. Alors que j’observe les dépliants des chemins de fer rhétiques, une gente demoiselle m’interpelle. Comme je suis encore vêtu de mes habits militaires, elle veut juste me mettre en garde contre une spécificité des chemins de fer régionaux. Les militaires ne peuvent utiliser les lignes que s’ils sont stationnés dans les grisons et doivent rentrer par le plus court chemin. Bref, il est impossible de faire du touristique pendant sa permission. Ainsi, s’achève ma première et brève excursion dans le pays grison.

Promis, je reviendrais !

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