Du port de La-Tour au Bouverêt

31 07 2012

Ecublens, le 31 août 2012

Trajet : La-Tour-de-Peilz – Bouverêt

Lever ce matin presque en même temps que le soleil, je m’empresse d’aller chez Freddy, une des meilleures boulangeries – à mon avis – de la côte vaudoise. Quelle ne sera pas ma déception de la découvrir fermée jusqu’au 5 août pour les vacances estivales. En attendant que les supermarchés ouvrent, je retourne au voilier pour bricoler un ou deux petits trucs.

Ayant récupéré hier un nouveau feu de mat pour remplacer celui qui ne fonctionnait plus, je déplace le bateau de quelques mètres pour amener le mat à la verticale de la grue à mater. J’envoie au sommet du mat un bidon contenant l’ampoule, une brosse de nettoyage, un spray au téflon, une patte, un ou deux tournevis de tailles diverses si j’en ai besoin. Quelques minutes plus tard, perché au sommet de la grue, j’essaie d’attraper le mat. Mais celui-ci se dérobe une dizaine de fois avant de réussir à l’attacher. Nettoyage de la tête de mat, détoilage (d’araignée) la girouette, sprayage des réas des multiples poulies, et enfin changement d’ampoule. La première phase de test débouche sur un échec : aucune lueur n’apparaît au sommet du mat. Plutôt que de remonter, je démonte les connecteurs au niveau du pont et découvrir une pellicule de vert-de-gris sur les connecteurs cuivrés. Après les avoir brossé, tout fonctionne de nouveau et le feu de tête luit enfin.

Alors que je retourne dans le bourg, je me souviens qu’il existe une deuxième boulangerie, presque aussi bonne que la première. Adieu les croissants secs de la coop ou de la Migros, à moi les brioches et les croissants au chocolat, toutes deux confectionnées avec amour et beurre. Petit déjeuner excellent à la terrasse du club nautique local, avec vue sur le port. A la veille du premier août, quelques voiliers arborent oriflamme et grand pavois. Une bien belle image.

Le port de La-Tour-de-Peilz

J’appareille peu après 8h30. Le soleil matinal a suffisamment réchauffé les côtes pour qu’une légère brise thermique ride par endroit la surface du lac. Glissement lentement, je grappillerais les encablures, yards après yards, je m’approche doucement du Bouverêt. Tout au long de la traversée, je profite de bichonner Voyage – c’est le nom du voilier – : gratouiller le pont pour le débarrasser de ces horribles traces grisâtres et des fientes de canard, nettoyer le liston pour supprimer les araignées, épousseter haubans et manœuvres pour le débarrasser des toiles. Arrivé dans la baie du Bouverêt, je m’amarre à une bouée pour me jeter à l’eau, et bien entendu profiter de lustrer sa coque. Peu après midi, c’est pimpant, la coque au vent, que je rentre dans le port du Bouverêt.

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A la découverte du Haut-Lac : les Grangettes

30 07 2012

Saint-Maurice – Renens VD, le 31 juillet 2012

Trajet : Villeneuve – Bouverêt – Vevey – La Tour-de-Peilz

Ayant promis à deux amies blekiennes, Charline et Natacha, de les embarquer sur le voilier de mes parents au port de Vevey ce soir à 18h00, pour rallier la cité vaudoise, il me faut tout d’abord rejoindre le Bouverêt, port d’attache du bateau. Au lieu de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation qui m’amènerait de Lausanne au Bouverêt en passant par Saint-Gingolphe, je décide de traverser le chablais à pied, en longeant la réserve des Grangettes.

Arrivé à Villeneuve, il me suffit de traverser l’Eau Froide pour me trouver à la lisères de la deuxième plus grande zone de marais de Suisse, qui s’étends de Villeneuve jusqu’au bord du Rhône sur les berges du Léman. Depuis le sol, les Grangettes se résument à un mur de végétation : roselière surmonté d’une canopée verdoyante. Une tour d’observation, me permet de prendre de la hauteur et surtout de prendre conscience de l’écosystème : étangs entourés de roselière, clairière marécageuse, agglomérats de feuillus, … et dans ce complexe, la vie fourmille : multiples races de canards (grèbes, foulque, colvert, …), mouettes, goélands et cormorans, poissons divers (tanche et …) et encore deux paires de tortues, prenant un bain de soleil sur des branches mortes.

Les Grangettes (depuis la tour d’observation)

Quittant la route bitumée, dévolue aux cyclistes, je bifurque sur une petite sente qui s’enfonce dans les Grangettes. Entourés de part et d’autre de bouleaux et de hêtres, le sous-bois est moussu, fougères et prêle d’hiverd’hiver occupent les bordures humides alors que roseaux et nénuphars envahissent les plans d’eau. De temps à autre, j’aperçois un chêne ou un saule qui a poussé sur une éminence plus sèche. Craquements de bois, glissements visqueux, bruissement des roseaux, froissements de l’humus, autant de symboles d’activité d’une faune adaptée à la moiteur du lieu, bruyante mais presque invisible. Parfois j’aperçois un ou deux canards, ou un lézard qui se glisse dans les racines d’un arbre couché par les vents. Seuls les insectes virevoltent en essaim, se rappelant de temps à autre que mes mollets et avant-bras sont des places privilégiées, bien que parfois un peu dangereuses, pour déguster une pinte de sang.

Piste créée par un blaireau dans les prêles d’hvier

De l’utre côté d’un petit canalon, dans une propriété privée je discerne à travers les arbres les murs rouges d’une maison. J’envie déjà ce particulier, qui vit dans un endroit presque paradisiaque. J’enlèverais le presque quand les suceurs de sang auront disparu. Peu à peu, alors que les contours de la bâtisse se dévoilent, je découvre un jardin où le désordre organisé semble régner en maître. Le jardin instinctif, décoré par Gérard Bonnet, un véritable artiste, regorge de dizaine d’essences différentes, séparée par des allées et des œuvres en bois flottés ou des sculptures en métal rouillés. Un vrai régal pour les yeux. A l’entrée du jardin, au bord de ce qui pourrait être un petit port, à l’ombre d’un parasol, sur une table métallique, entourées de quatre chaises, de celles que l’on trouvait autrefois sur les terrasses citadines, est posés une carafe d’eau, des citrons et des verres insiste le promeneur à s’arrêter pour profiter de l’instant présent.

Un semblant de port

Un peu plus loin, d’autres maisons perdues dans la cambrouse forme le hameau des Grangettes. Le chemin pédestre me fait traverser un camping, endroit que j’ai en horreur. Des centaines de touristes s’entassent dans des tentes, des dizaines d’habitués se massent dans leur caravane, s’étalent dans leur petit jardinet coincé entre deux mobilehomes. Heureusement, je suis déjà de l’autre côté dans un petit chemin qui se perd dans la nature. Le long d’une petite grève, un chêne déraciné s’est abattu dans l’eau. Reposant sur deux de ses branches, le reste de sa frondaison est d’un vert éblouissant, tranchant avec le bleu du Léman.

Chêne ayant chu

Des bateaux sont amarrés de part et d’autre du Grand Canal. Sur chaque rive, une route dessert les quelques bungalows. L’endroit est bien plus charmant que le hameau précédent. La largeur du canal est une véritable fenêtre sur le Léman. La côte vaudoise est visible au loin, sous le Mont Pellerin, il est facile de reconnaître Vevey, à la Tour Saint-Martin de son église perchée sur les hauteurs. Un kilomètre en amont, un pont me permet de continuer en direction du Bouverêt. En m’avançant plus au milieu des terres, les forêts marécageuses laissent la place à des prairies humides limitées par des bocages touffus. Sur ma gauche, une vieille grange construite sur la rive d’un grand étang, n’est plus guère entretenu. D’ici quelques années, si les trous dans la toiture ne sont pas bouchés, la charpente va partir en morceau et ce ne sera plus qu’une ruine. En bordure du lac, il est possible d’admirer des gerris – insectes glissant sur l’eau, aussi connu sous le nom d’hydroptère – à l’envergure impressionnante. Et pour ceux dont la faune aquatique laisse froid, il est aussi possible d’observer de splendides demoiselles, toutes de bleu vêtues.

Lac à la Praille

Au port du Vieux-Rhône, je revois avec plaisir Pénélope. Ce voilier appartenant à un vieux couple de vaudois est armé comme pour affronter l’océan pour un tour du monde. Fidèle à l’adage « trop fort n’a jamais cassé », au-dessus de sa coque métallique, peinte de rouge, il arbore une solide mature divisée pour en faire un ketch. Ses superstructures blanches sont régulièrement percées d’hublot rectangulaires. Il rappelle par de nombreux points le mythique « Joshua » de Bernard Moitessier. La dernière surprise de cette petite balade est de découvrir un écriteau au lieu-dit du fort indiquant que cette propriété, située juste à côté du Rhône, appartient à la commune de la Tour-de-Peilz. Une dernière passerelle me permet d’enjamber le Rhône et une vingtaine de minute plus tard, je suis arrivé au port du Bouverêt.

Le Rhône depuis la passerelle des Grangettes

Le temps d’avitailler le bateau en fromage et saucisson pour la sortie de ce soir et je largue les amarres, direction Vevey. Il est malheureusement trop tôt pour que les thermiques se lèvent et je traverse au moteur. Le bruit d’une petite tondeuse à gazon m’accompagnera jusqu’à la Pointe à la Becque. De là, un très léger biset m’a permis de hisser les voiles. Un demi-mille en un peu plus d’une demi-heure, l’allure n’est pas des plus fulgurantes. Je ne patienterais qu’une petite dizaine de minute avec que les demoiselles n’embarquent. Si à la sortie du port, une petite brise nous tire sur quelques centaines de mètres, elle s’essoufflera rapidement. Avec le passage régulier de nuages cette après-midi, les écarts de température entre l’eau et la terre sont faibles et les thermiques ne seront guère enclin à se lever. Que cela ne tienne, les vieux gréements du lac sont réunis à Vevey pour une rencontre de tradition. Regarder voguez la Vaudois et la Savoie sous voile, admirer les lignes élégantes de la galère ou apercevoir l’Aurore, la petite nau valaisanne est un vrai spectacle. Surtout quand le soleil vient à se coucher et embrase d’orange le paysage.

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Le Jour d’après…

6 01 2012

La Tsoumaz, 6 janvier 2012, 17h00

Lever peu avant 9h00 après une nuit qui m’a semblée relativement calme. Dans tous les cas, je n’ai pas entendu le vent souffler dans les grands sapins verts. Par la fenêtre au volet ouvert, je regarde la neige tomber en fin flocon : l’épaisseur sur l’avant-toit a presque doublé depuis avant-hier. Peu avant neuf heures, les feux ronflent dans leur cheminée respective, le petit déjeuner est presque ce prêt. Le temps que les scones finissent de cuire, je m’applique à déblayer la galerie du chalet. : apporté par le vent, neige et brindilles se sont engouffrées dans les angles ; sous les rafales les flocons se sont tassés, s’enfonçant dans les  encoignures.

Avant de partir en balade, je file jusqu’au bout du bisse pour voire les dégâts dont j’ai entraperçu l’importance hier soir. A la sortie du botzas – bosquet –, des troncs sont amoncelés, les branches pêlemêles, les racines à l’air, le chemin est complètement bloqué par les sapins. Je contourne l’obstacle en grimpant sur le talus. D’ici en haut le spectacle est encore plus désolant, ce n’est pas une dizaine d’arbre qui sont à batz – couché par terre –, mais une vingtaine étendus ou à moitié abattus. A la vue d’André, le propriétaire du chalet sur lequel s’est écrasé un sapin, je lui demande si le toit n’a pas trop souffert. Il semblerait que non, la neige ayant amorti le choc. Lorsque Braunhilde, sa femme apparaît sur le pas de porte et me propose à son tour de venir prendre un café, je ne pourrais me soustraire à l’invitation. Nous deviserons de la tempête Andréa, la comparant à nouveau à celle de Viviane. J’apprends d’ailleurs que le vent à souffler à 270 km/h, qu’un peu moins de 2000 foyers sont privés d’électricité dans les alpes vaudoises et que de nombreux voies ferrées ou routières sont encore fermée à la circulation.

Le retour au chalet est de courte durée, le temps de me changer. Papa a déjà préparé les skis pour partir en peau de phoque, il ne lui reste plus qu’à enfiler les souliers. Skis et sac sur le dos, nous montons jusqu’à la voiture, accompagné de Laurent et Justine bien décidé, cette fois-ci, à regagner la plaine. Le sillon du chemin a complétement disparu pendant la nuit, recouvert par la neige soufflée par le vent. Je choles les cinquante centimètres. Lorsqu’à deux reprises, je mets le pied hors de l’ancien chemin, la sanction ne se fait pas attendre : la jambe est happée jusqu’à l’aine. Nous rencontrons un voisin qui nous apprends que la route nous reliant jusqu’à la plaine sera ouverte dans une bonne demi-heure, au environ de midi et que des chalets, situés dans les hauts des mayens sont privés d’électricité.

Alors que Laurent et sa demoiselle déblaie leur voiture, avec papa, j’attaque la montée jusqu’au porte. Avançant tranquillement l’un derrière l’autre dans la neige fraîche, nous observons à nouveau quelques arbres affalés dans la neige. La route vient d’être dégagée, des troncs gisent en deux de part et d’autre de la chaussée, des branches jonchent les andains de neige. Une fois passé par-dessus le tunnel, nous sommes contraints à revoir notre itinéraire : un arbre est couché à travers l’arrivée de la piste de luge. Si d’autres ont subi le même sort, la progression ne sera pas des plus agréables. Par conséquent, comme les remontées mécaniques ne fonctionnent pas nous décidons de suivre la piste de ski Damée pendant la nuit, une fine couche de poudreuse s’est aussitôt déposée. Les conditions sont idéales pour une montée tranquille. Les efforts sont bien moindres que si nous étions passés en pleine forêt, au point que nous cheminons l’un à côté de l’autre. Pour éviter les nombreux autres randonneurs qui longent la piste principale, nous bifurquons par la tropicale pour rejoindre le Taillay. Le paysage ne change guère : arbres cassés à mi-hauteur, troncs éclatés, brindilles recouvrant le sol, ….

Arrivé à la station inférieure du télésiège, en pleine flémingite aigu, nous continuons notre bonhomme de chemin sur la piste. Au-delà de la lisière de la forêt, là où poussent les grands solitaires, trois vénérables reposent brisés dans la neige. La couverture nuageuse se dissipe, le voile de brume s’amincit, le soleil apparaît tel un disque de fer chauffant à blanc. Tout est nuance de blanc et de gris, seuls les arbres colorent leur paysage de tâches brunes ou vertes foncées. Seuls, toujours seuls, nous ne croisons aucune âme sur toute la randonnée. Arrivé à la hauteur de la Croix-de-Cœur, nous glissons le long de la crête, la neige complètement soufflée est devenue carton. Elle forme une croûte, où la surface est similaire à des écailles ou à des courtes vaguelettes figées par des températures trop froide. A l’abri de la gare d’arrivée du télésiège du Taillay, nous enlevons nos peaux-de-phoque, avalons un bon thé chaud et se préparons pour ce qui deviendra une descente d’anthologie.

Glissant doucement à la surface de la neige cartonnée, j’entends la surface se craqueler à chaque changement de virage. Peu à peu papa prends confiance et vitesse. Nous traçons l’un derrière l’autre de jolies petites courbes. Arrivés à l’orée des bois, à mesure que nous glissons dans la forêt la poudreuse devient plus épaisse. Nous nous faufilons entre les arbres, esquivant les branches basses des mélèzes, tournant autour des sapins. Cela faisait longtemps que je n’avais plus skié ainsi dans la forêt du Taillay, sans devoir me soucier d’une souche ou du manque de neige. Nous restons concentrés pour éviter de terminer dans un taillis de vernes, changeant parfois de direction au dernier moment. Les seules pauses que nous nous accordons sont au passage de route. Le temps d’attendre que l’autre nous ait rejoints et nous dévalons déjà le talus suivant. Nous arrivons déjà au Bisse de Saxon, une dizaine de sapin se sont couchés en travers du chemin à la Croix du Taillay, en dessus des bâtiments de l’alpage. Pour ne pas écourter trop vite cette mémorable descente, nous continuons à travers les prés, passons à côté d’un traxcavator en train de dégager une route. Nous nous arrêterons finalement au petit bisse. Il nous reste plus qu’à le suivre pour rejoindre notre chalet.

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Andréa

5 01 2012

Titre : Andrea

Tag : La Tsoumaz, Tempête, Andrea, Taillay

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 16h00

Si Andréa a fait la une des nouvelles radiophoniques ces derniers jours, au chalet l’évolution météorologique est suivie au jour le jour en suivant la couverture nuageuse et en observant le baromètre du chalet. Depuis quelques jours, la pression atmosphérique décroît lentement, ce qui en règle générale est toujours synonyme d’un mauvais temps qui dure et de la neige en abondance. Ce matin, l’aiguille indique 1018mbar, bien en deçà des 1033 habituels lorsqu’il fait beau. Dehors, il neige, quelques bourrasques soufflent, entraînent les flocons dans de grands tourbillons.

Après le déjeuner, nous décidons de partir pour une petite randonnée. Pour monter au Taillay, au lieu d’emprunter le chemin pédestre, nous suivrons un itinéraire que mes parents n’ont plus emprunté depuis quelques années. Il s’agit du tracé d’une vieille route qui montait en zigzag dans la forêt, jusqu’à rejoindre le Col de la Croix-de-Cœur. Quand je dis une ancienne route, il faut s’imaginer un chemin qui est tombé depuis des années en désuétudes au point de ne plus figurer sur les cartes modernes. Qu’à cela ne tienne, un vieux feuillet existe encore au chalet où le passage est indiqué en traits-tillés.

Je ne vous dirais rien de plus, ni le point de départ exact de la route, ni son lieu d’arrivée. Sachez toutefois que c’est une des plus belles balades de cet hiver. Au milieu de la forêt, les arbres ont bien poussé en quelques années, d’autres sont tombés. Il faut se faufiler entre les taillis, se dérouter pour éviter les troncs et les souches. Mais l’endroit est magique, nous sommes seuls au milieu des bois protégés du vent, seuls quelques flocons qui se sont glissés entre les branches nous rappellent que dehors il fait mauvais temps. Enfin pour le moment. Une fois à découvert, plus haut que l’orée supérieure, nous affrontons un véritable blizzard. Après avoir cholés la poudreuse lors de la montée, nous avançons sur de la neige carton. Porté à la surface, l’effort pourrait être moindre, nous devons redoubler d’ardeur pour avancer contre le vent. Il neige à l’horizontal.

De retour au chalet, complètement frigorifié, tchia – trempé –  par les flocons qui s’insinuaient dans tous les interstices, je serais content de prendre une bonne douche chaude. L’apéro qui suivra sera aussi des plus copieux avec viande sèche, jambon, lard, saucisse, fromage, tomme, rebibe et bien entendu un petit coup de blanc pour que le gosier ne s’assèche pas.

Tout l’après-midi, les précipitations se font plus importantes, le vent rugit de plus en plus dans les arbres. Situé au fond d’une combe, le chalet est habituellement bien protégé des rafales, mais aujourd’hui les sapins plient sous les bourrasques. En fin d’après-midi, je descends jusqu’au village. Pendant que je poste quelques nouvelles sur mon blog, par la fenêtre j’observe les panneaux s’envoler, les gens s’accrochaient au lampadaire pour ne pas glisser. En début de soirée, lorsque je remonte au chalet par le chemin du bisse, j’hume une forte odeur de résineux. Un grand sapin gît, affalé dans la neige, la pointe délicatement posée sur le toit du chalet des Imboden. Plus loin deux autres ont aussi été abattus par le vent.

Au chalet, l’apéro règne de nouveau en maître. Laurent, un collègue de travail à mon papa, est venu lui rendre visite avec Justine, sa copine. Après avoir brièvement raconté l’état du bisse, tous me disent avoir entendu les craquements, et mes parents rajoutent que la force du vent au chalet leur rappelle Viviane. Viviane est le nom de la tempête hivernale qui s’est abattue le jour de carnaval en février 1990. Durant 3 jours, il n’y avait plus d’électricité dans la station, et les routes jusqu’à la plaine étaient coupées. Un de mes plus beaux souvenirs de gosse.

Après une bonne fondue, papa et moi raccompagnons nos hôtes jusqu’à la voiture. Le chemin a presque disparu, seule une petite dépression indique encore son tracé. Pour la nième fois de ces deux semaines, je trace un nouveau sillon. Avant de revenir au chalet, un petit détour obligé, nous amène jusqu’au bout du bisse. Les trois arbres qui s’étaient abattus avant la tombée du jour ont été rejoint par, à vue de nez dans l’obscurité, une petite dizaine d’autres. Personne ne passera plus par cette itinéraire jusqu’à la fin de l’hiver, à moins de grimper dans le talus et créer un nouveau passage dans un bon mètre de neige.

A peine étions-nous de retour, que la sonnerie du téléphone retenti. Laurent demande s’il peut venir dormir au chalet, à la sortie du premier tunnel à la descente, les pompiers l’arrêtent : une dizaine d’arbres se sont couchés en travers de la route. Le temps d’une nuit, le chalet a donc accueilli deux réfugiés, deux tourtereaux perdus dans la grande tempête hivernale.

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4 Vallées

3 01 2012

La Tsoumaz, le 4 janvier 2012, 18h30

Depuis quelques jours, la pression atmosphérique ne cesse de diminuer, dixit le baromètre. Dehors, le ciel est couvert, il ne cesse de neiger ou de pleuvoir par intermittence, le vent souffle parfois par bourrasque. Hier, lorsque les prévisions météorologiques ont annoncés un temps des plus ensoleillés pour aujourd’hui, avec quelques passages nuageux, je me suis dit qu’ils devaient faire fausse route. Durant la soirée, si le ciel était toujours nuageux, le halo de la lune était clairement visible à travers les nuages. Départ, demain je ferais le tour des 4 Vallées. D’un point de vue touristique, il s’agit d’un domaine skiable qui englobe 4 Vallées du Valais : Val de Bagnes, Val de Nendaz, Val d’Hérens et le Vallon d’Arby, sans compter la vue sur la Vallée du Rhône. D’un point de vue pratique, il amène le skieur à toucher les pistes de 5 stations hivernales : La Tsoumaz, Verbier, Nendaz, Veysonnaz et Thyon. Pour ma part, je ne considère l’exercice comme réussi seulement si les points extrêmes du domaine sont atteints : Les Masses (Thyon), Tracouet (Nendaz), Mont-Fort (Verbier), Savoleyres (La Tsoumaz), Piste de l’Ours (Veysonnaz). Au dire de mon père, malgré le renouvellement des installations de ces dernières, la journée risque d’être trop courte.

Faire le tour au printemps est facilement réalisable lorsque les horaires d’ouvertures sont à l’heure d’été. Il est en tout autre en début d’hiver, lorsque l’ouverture des remontées mécaniques est limitée de 9h15 à 16h15. Lever à 7h00, mon premier réflex est de regarder le ciel : les étoiles scintillent, aucun nuage à l’horizon. J’emballe thermos, pains d’épice, une paire de gant de rechange, une fourrure supplémentaire dans mon sac et rejoins le départ des télécabines à La Tsoumaz (1500m) alors que des nuances bleutées noient encore le paysage. Ayant travaillé chez Verbier 4 Vallées, quand cette entreprise se nommait encore Téléverbier, je connais encore les employés et profites de monter avec eux avec la première benne du matin qui les amènent sur leur lieu de travail. A Savolyeres (2354m),  j’admire le lever de Soleil sur la Vallée du Rhône : les crêtes des Alpes bernoises réfléchissent les lueurs roses de l’aube.

Il fait froid ce matin, au point que la neige en est devenue presque collante. Lentement je prends de la vitesse, dévale la piste du Sud. Parfaitement damée, une fine couche de neige poudreuse est tombée durant la nuit. Légère, elle s’envole à peine est-elle touchée par la spatule de mes skis. Une vraie délicatesse matinale. Je rejoins Verbier par la Route Carrefour. Arrivé à Médran (1532m), je patienterai une vingtaine de minutes avant que les remontées mécaniques ouvrent. Peu avant 9 heures, j’ai rejoint les Ruinettes et cinq minutes plus tard je suis déjà aux Attelas. Devant, la station supérieur du Lac des Vaux, je discute avec Pascal, un employé, tout en regardant les patrouilleurs descendre le Mont Gelé et déminer les pentes à risque. Je profite de m’enquérir sur l’état des itinéraires : si Mont Fort et Mont Gelé seront ouvert dans la matinée, le Vallon d’Arby risque d’être fermé toute la journée. La première m’indique que je ne pourrais faire le Mont Fort que sur le chemin du retour. La seconde est de mauvais augure. Sans cet itinéraire, l’unique possibilité de rejoindre La Tsoumaz est de passer Verbier. D’une part, ce détour rallonge mon itinéraire d’une bonne heure. D’autre part il me fixe une limite horaire à 16h15 au départ des télécabines de Savolyeres. En comptant la demi-heure pour traverser la station bagnarde, je devrais quitter Tortin au plus tard à 15h15, ce qui m’empêcherait de monter et descendre le Mont Fort.

Mon chemin passe par le Lac des Vaux, puis remonte au Col de Chassoure (2740m). La descente de l’autre côté sur Tortin est vertigineuse. Une seule trace : celle du Patrouilleur qui m’a précédé. D’ailleurs, ses explosifs ont déclenché deux coulées sur le versant Nord. La neige poudreuse a recouvert toute les bosses, je laisse une fine trace sinueuse derrière moi, éphémère sur la neige immaculée. Au fond de La Pire, je glisse sur la moraine latéral dite du Grand Toit et arrive à Siviez (Super Nendaz, 1730m). Le nouveau télésiège de Novelli m’amène jusqu’à Combasteline (2238m), puis une assiette jusqu’au Greppon Blanc (2700m). Si enfant je me souviens avoir déjà fait les 4 Vallées, je ne me rappelais plus des pistes, plutôt pentues sur cette partie du domaine. De là, une route, en contrebas de l’arrête, sur le versant est, m’amène au pied du Mont Rouge (2490m). Les couleurs sont fantastiques, le vert turquoise de la roche – due à la serpentine présente dans le schiste – s’allie au blanc de la neige pour une ambiance des plus nordiques. La vue est belles, les montagnes aux alentours semblent quelques peu biscornues. Voir les Muverans et le Chavalard sous un angle inhabituel est surprenant.

La descente jusqu’à Veysonnaz (1400 m) est rapide, j’y arrive peu avant 10h00. La remontée jusqu’à Thyon 2000 (2100 m) le sera tout autant avec de nouvelle télécabine. Vastes ensembles d’immeubles de style contemporain aux années septante, si elle jouit d’une altitude élevée, le tout n’est pas des plus esthétiques.  De Thyon, je descends sur les Mayens-de-l’Ours (1470m) par la mythique Piste de l’Ours. Crée en 1969 pour la candidature de Sion aux Jeux Olympiques de 1976, elle fut qualifiée alors de « plus belle piste du monde ». Elle dut attendre toutefois 1971 pour accueillir ses premières descentes internationales, lorsqu’elle accueilli deux descentes de la Coupe d’Europe. Ce n’est qu’en janvier 1993, qu’elle fut le théâtre pour la première fois d’une descente de la Coupe du Monde. Dès lors, elle devint une étape annuelle de la Coupe du Monde de Ski Alpin FIS. Une bien belle descente que j’avale d’une seule traite. Je dois reconnaître que mes cuisses sont (un peu) enflammées à la fin. J’y regrette la présence d’un trop grand nombre de pinguelis : impossible de la dévaler en de grandes courbes à haute vitesse. D’ailleurs, je doute que les carres de mes skis aient encore assez d’accroche sur cette descente recouverte de neige artificielle. Le temps d’une montée, je retourne dans le passé, les télécabines sont restées inchangées depuis la création de la piste. Exiguës, des tags sur les parois d’aluminium et les vitres, autrefois transparentes, rappellent leur âge.

De retour à Thyon, je descends dans le Val d’Hérens, jusqu’au Masses (1515m). Comme dans toutes les stations valaisannes, la fièvre constructrice a fait des siennes, de nombreux chalets neufs, souvent aussi grands que laids, ont poussés ces dernières années parmi les vieux mazots. Entre les derniers botzas – petites forêts –, les prés en sont complètement recouverts. Deux  télésièges successifs me remontent jusqu’à Etherolla (2450m). Je rencontre un télémarkeur sur la deuxième remontée. Ce local me convie à l’accompagner pour descendre le versant au couchant. Compte tenu de la pente, je ne me serais pas élancé seul et sans connaissance du coin, malgré des traces déjà présentes. 50 centimètres de neige poudreuse, une pente de rêve, la descente est longue et fluide, avant de se terminer en virages courts entre les sapenets. Un régal.

Pour cette deuxième montée, je profite d’admirer le paysage. La Dent Blanche domine le Val d’Hérens, la pointe du Bietschhorn se dresse au loin, reconnaissable à sa célèbre face blanche triangulaire. Et là-bas, tout au fond, où prends naissance le Val des Dix, se dresse la massive silhouette du barrage de la Grande Dixence, la neige recouvrant de claire bande ses sombres flancs de bétons. Il  faut imaginer que le mur de cet ouvrage s’élève de plus de 280 mètres depuis le fond de la vallée, un record du monde pour un barrage poids. Je resterais une bonne dizaine de minutes à admirer ce paysage, en regrettant l’absence de papa pour qu’il me nomme le nom des becquets. Mais je le lui demanderais ce soir, à mon retour au chalet. Peu avant midi, je plonge à nouveau dans la vallée de Nendaz. Quelques tire-fesses, un peu de poudre, beaucoup de longues traversées plates, une dernière descente pentue et verglacée et une heure et demie plus tard, me voici de nouveau à Siviez.

Il n’est que 13h15, j’estime à deux bonnes heures le temps nécessaire pour aller jusqu’à Tracouet et en revenir. J’ai donc bien assez de temps pour faire ce petit détour et revenir jusqu’à La Tsoumaz en passant par Verbier. Alors que le soleil m’avait accompagné toute la matinée, l’apparition de nuage a rendu la visibilité jour-blanc : bosses, andains de neige  et creux se confondent, aucune ombre ne rend les reliefs visibles. Un vieux télésiège et une assiette m’amène jusqu’au Plan du Fou (2430m). De là, je descends via l’itinéraire hors-piste jusqu’à Prarion (1768m) à travers les mélèzes de Balavaux. Parés d’un linceul blanc, leur port est encore plus altier qu’en automne lorsqu’ils revêtent leur habit orange. Décidément ici, les remontées mécaniques ne sont pas des plus modernes, un antique télésiège à quatre places, me remontent jusqu’au Lac Noir de Tracouet. Quelques rayons de soleil percent à nouveau la couche nuageuse et je profite du paysage. Lors de ma dernière balade dans les environs, j’avais découvert ces vénérables êtres, tortueux et difformes depuis le sol. De mon siège je les domine, je les regarde dans leur cime.

Lorsque le télésiège longe le Lac Noir, un spectacle inattendu s’offre à mes yeux. Alors que je pensais découvrir des pistes de ski dans ce qu’il y a de plus simple, un véritable parc à neige s’étends sous mes yeux : tapis roulants, carrousels, toboggans, tubing, … une véritable image d’Epinal, lorsque j’observe les enfants s’amuser sous le regard bienveillant de leur parent. Il faut dire qu’ici à Tracouet (2200 m), avec les températures sont plus que clémentes avec le soleil qui dardent ses rayons sur le plateau. Ayant un peu d’avance sur mon horaire, je ne résiste pas à descendre jusqu’à Nendaz (1400m). J’emprunte la piste qui passe près de la Croix Saint-Pierre. Si en automne j’avais trouvé que le sentier cotait sec dans les environs, je peux confirmer qu’en hiver, sur cette piste un peu gelée, la descente est rapide, très rapide. En moins de temps qu’il n’en faut je suis en bas au départ des télécabines nendardes. De retour à Tracouet, je redescends dans la trafolée jusqu’à Prarion, passage obligé pour le retour. Un téléski me ramène jusqu’au départ du téléférique du Plan-du-Fou. Je m’offre un nouveau voyage dans le temps : la cabine est encore de cette ancienne génération, avec des vitres qui peuvent s’ouvrir à l’avant comme à l’arrière. A l’époque, on ne craignait pas encore que les gens sautent par les fenêtres, jettent leur bâton ou encore bombarde les autres skieurs avec des glaçons.

Du sommet du Plan-du-Fou, je redescends sur Siviez. Point névralgique des 4 Vallées, je dois patienter longuement. La file d’attente en aval du télésiège de Tortin s’étend en une colonne bifide. Long, très long, surtout quand des groupes d’anglais, bien peu éduqués tentent par tous les moyens possibles et inimaginables de frouiller – essayer de remonter la file d’attente sans attendre son tour –. Une fois assis sur le télésiège, je dois me rendre compte qu’il s’agit sûrement de la plus grande antiquité de tout le domaine. Bien que les sièges soient débrayables, la vitesse n’est pas plus rapide que l’on soit en gare, tiré par la crémaillère ou solidement accroché au fils. Il ne faut pas non plus oublier de compter les quatre arrêts suite aux chutes des gens à l’arrivée ou au départ. Chute qui n’est dû en aucun cas à la vitesse de l’installation – plus lente qu’un homme au pas – ou à la hauteur des sièges – réglée à la taille des enfants –. C’est vous dire si un certain nombre de pinguelis hantent les lieux.

De retour à Tortin vers 15h00, je me renseigne si, par le plus grand des hasards, le Vallon d’Arby aurait été ouvert durant la journée. La réponse d’un des employés me réjouis, les patrouilleurs l’ont déminé dans le courant de l’après-midi. Cet itinéraire étant une route directe pour La Tsoumaz, ma nouvelle limite de temps est fixée dorénavant à 16h15, ici même à Tortin. Comble de chance, j’ai juste le temps d’embarquer dans la première benne pour monter jusqu’au Col des Gentianes, puis de prendre l’avant dernière cabine de 15h20 en partance pour le sommet du Mont Fort. A 3330 mètres, je peux enfin me dire que c’est bon, les 4 Vallées sont dans ma poche. Il ne me reste plus qu’à descendre tranquillement le Mont Fort, d’enchaîner les bosses des Louettes Econdoués, de remonter au Col de Chassoure puis de descendre par le Vallon d’Arby pour rejoindre la Tsoumaz. La meilleure partie de cette finale, qui restera gravé dans ma mémoire, est la descente du Mont Fort, sous les télécabines avec les derniers rayons de soleil qui éclairent la face. Un véritable cliché de rêve.

Je n’ai pas besoin de vous dire que de retour à la maison, après l’apéro et un bon repas, les bras de Morphée ont rapidement saisi mon esprit. Pour les matheux, ce fut plus de 80 kilomètres de piste avalée, passé 7000 mètres de dénivellée et enfin un peu plus de 9h00 de ski, compte tenu des fils d’attente.

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Source :

Wikipédia : Piste de l’Ours





1er janvier

1 01 2012

La Tsoumaz, lundi 2 janvier 2011

Bonne année à tous. Avez-vous pris des résolutions, des bonnes ou des mauvaises ? Je serais plutôt persuadé que c’est de celle que de toute façon vous n’arriverez pas à tenir. Pour ma part, lecteur tu seras seul juge. La seule et unique résolution que j’ai pris est d’essayé de tenir à jour plus régulièrement ce blog, pour éviter de vous raconter les pérégrinations de ces quatre derniers mois en quelques semaines.

La semaine dernière, au vu des conditions d’enneigement fantastique, je voulais au premier jour de l’an faire le tour des 4 Vallées en télémark. La météo m’a rattrapé et je savais déjà depuis quelques jours que cela serait impossible. Bref, hier soir j’ai réveillonné avec mes parents : foie gras poêlé sur lit de rampons, filet Wellington, parfait flambé au Lagavulin, et enfin un petit verre Glenrothes pour trinquer à la nouvelle année. Lorsqu’à mon lever, mes yeux se portent sur le ciel nuageux. Encore une journée où la visibilité sera médiocre pense-je. Au lieu de me précipiter sur les pistes, j’ai préparé à un petit déjeuner plantureux, où les scones, préparé par maman, se mariaient à merveille avec le cacao maison. Un vrai délice.

Un petit tour en télémark pour souhaiter la bonne année aux employés des remontées m’a appris qu’il avait plu jusqu’au sommet des Savolyeres à plus de 2200 mètres. Au gré des descentes, je file de temps à autres en hors-piste. Les conditions ne sont guère fantastiques, la neige qui fut poudreuse est devenue une lourde et épaisse crème. Rencontrant des amis, je profite de skier avec eux, je me plais d’être en télémark. Me jouant des conditions et des fausses traces, je file dans la neige raffolée presque sans effort apparents. Mes cuisses sont en feu, mais, question d’honneur, je ne laisserais rien transparaître. En début d’après-midi, alors que mes camarades se dirigent vers le restaurant le plus proche, je dévale encore deux ou trois pentes avant de retourner au chalet. Le timing était bon, j’y arrive peu après mes parents et l’apéro ne tarde guère.





Mont Fort avec Valérie

31 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 15h00

Demain Valérie s’envole pour la Turquie avec son petit ami. N’ayant pas encore télémarker avec ma sœur cet hiver, nous profiterons de ce dernier jour pour y remédier. Rendez-vous peu avant dix heures aux Ruinettes, nous filons tout de suite au Mont Fort. Jamais je ne me lasserais du paysage alpin. Comme hier, nous admirons les becquets, tentons de les appeler par leur nom. A deux, l’exercice est plus facile que hier et il nous en manque presque aucun. Peu avant de nous élancé, nous rencontrons et discutons avec Roger, un veille ami montagnard de notre père, qui avec sa fille, accompagnée par des amis, descendrons sur la face Sud-Est du Mont Fort et remonterons en peau de phoque jusqu’à un petit col pour profiter d’une belle descente de poudreuse.

Pour notre part, je choisis presque le même itinéraire que hier pour rejoindre Tortin. D’abord la belle pente sur le glacier du Mont Fort en dessous du téléférique, puis je rejoins les Louettes Econdoués – signifiant les pentes cachées en patois –. Toutefois, au lieu de prendre à droite après le Col des Gentianes, je bifurque sur la gauche. Je serais toutefois un peu déçu, alors que d’habitude la neige est ici toujours un peu plus poudreuse qu’ailleurs, elle a déjà été tassée par le passage de skieurs trop nombreux. Nous nous attardons guère au fond de la vallée et remonter directement jusqu’au Mont Gelé. Définitivement cette descente est une des plus belles du domaine des 4 Vallées.

Valérie étant un peu anxieuse à la veille de son départ, elle est capable d’imaginer tous les cas de figure, y compris celui où, blessée elle ne pourrait pas partir. Lors de notre arrivée, après une dernière descente sur Tortin, le soleil a atteint la terrasse de la Baraka Frite. Nous ne résisterons pas à nous arrêter un petit moment pour déguster une assiette de frite avec une petite mousse. Les températures douces invitent à farniente encore un moment, mais nous nous ne laisserons pas avoir et repartons skier. Quelques descentes sur pistes pour saluer les employés des remontées, que nous connaissons bien, puis nous nous quittons. Valérie rejoins Martigny en descendant par Verbier. Je repars sur La Tsoumaz, en passant par le Vallon d’Arby. Il s’agit d’un magnifique petit val qui se termine avec les Lacs des Vaux, en contrebas des Attelas. Encaissé entre le Plan du Fou et la Pointe des Etablons, ses pentes vertigineuses descendent immaculées jusqu’à la Farraz, une petite rivière qui s’écoule tranquillement, gelée par les froidures hivernales. Deux itinéraires à ski y prennent naissance, l’un descendant sur Verbier en passant de l’autre côté du Col des Mines, l’autre rejoignant La Tsoumaz par le lieu-dit de Chassoure.

Au lieu de suivre à la lettre l’itinéraire, ce qui m’amènerait à descendre après la première crête, je continue à flanc de coteau. D’autres skieurs m’ont précédé et le chemin est déjà bien marqué. Quelques montées en escalier, des poussées de bâtons, et j’atteins enfin une combe où seuls quelques traces existent. Je ne pousserais pas plus loin : en avant se trouve quelques couloires à avalanches, dont les trouées dans la forêt sont encore bien visibles. D’ailleurs, les températures sont suffisamment douces, pour que des plaques glissent jusqu’au sol, laissant apparaître la prairie. Zigzaguant entre les sapins, je glisse sur la neige encore vierge. Sitôt rejoint l’itinéraire à ski, la descente se transforme en champs de bosses, où la neige est déjà durcie par le passage des skieurs. Plutôt moyen, je garderais en souvenirs la pente, là-haut, où la neige était encore légère.

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