Peau de phoque dans la tourmente

30 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 12h50

A lire en écoutant :

  • J.S. Bach, « Das Wohltemperierte Klavier, II. Buch, », Préludes et Fugues N°14 à 24 (BWV 883 à 893)
  • Giants of Jazz play Brassens

Il est presque 8h30 dans la quiétude du chalet lorsque je me réveille. Par la fenêtre, dont le volet est resté ouvert hier soir, je vois les flocons de neige, emportés par les bourrasques, tourbillonner sur l’avant-toit ; par moment, je ne distingue plus rien, le nuage de fines particules forme un véritable brouillard immaculé. Maintenant que je suis bien réveillé je peux entendre le sourd souffle des rafales de vent descendre dans la combe où se trouve notre chalet, étouffé par la neige entassée sur le toit.

A peine ai-je la fenêtre est-elle ouverte pour ouvrir les volets, qu’une véritable tornade propulse des flocons de neige dans le chalet. Une fois refermée, ils viennent se coller à la vitre et forment à contrejour de magnifiques arabesques. A chaque autre fenêtre, le phénomène  se répète, introduisant un duvet blanc qui fondra rapidement. Une fois les feux allumés, ces derniers ne vrombissent pas comme d’habitude, le vent s’engouffrant dans le tuyau de cheminée rabat les flammes. Par moment, une odeur âcre émane du potager, la fumée repoussée ne peut plus que s’échapper par la porte et les grilles du tirage.

Nullement pressé, les remontées mécaniques ne devant pas fonctionner par cette mistoufle. Bien au chaud, alors que dehors le vent ne cesse de tourbillonner, les brindilles cassées de virevolter, les aiguilles de mélèze de pirouetter, je prépare le petit déjeuner. Luxueux repas accompagné de miels, de confitures, de cacao, de café ou encore de thé, … D’ailleurs le temps de l’avaler suffira à ce que la neige recouvre à nouveau les balcons fraichement déblayés ce matin. Cette année aucun écureuil n’est encore venu se restaurer à notre mangeoire. Aucunes traces du petit mammifère, bien que chaque matin les noisettes disparaissent. Mésanges huppées et jaunes ont déjà fait leur apparition aujourd’hui, se régalant des graines et des morceaux de pains. Les petits volatiles ont disparus soudainement, laissant place à un magnifique casse-noix. Quelque peu affamé par cet hiver rigoureux, il vient se régaler des noisettes, avant de disparaître à nouveau dans les bois.

Peu après  10h00, je me prépare pour partir en peau de phoque. Comme il y a deux semaines, pendant la tempête Joachim, je grimperais dans la forêt jusqu’à la lisière au niveau du Taillay. Je pars dans la tourmente, par moment la vue ne porte pas à plus d’une dizaine de mètre. Je croise le traxcavator déblayant la neige, lorsque je monte un petit raidillon bordé de chalet. Il racle la neige presque jusqu’au sol, laissant derrière lui deux traînées grises, où percent les gravillons. Bientôt, je rejoins la forêt dans laquelle je m’enfonce, grimpant le long du sentier pédestre. La neige est emportée des branches en de multiples flocons, noyant le paysage dans une brume blanche. Sous les coups des bourrasques, j’ai l’impression d’entendre un torrent bruire ou encore une locomotive à vapeur passer dans les sous-bois.

Arrivé à la station inférieure du télésiège du Taillay je m’arrête. Je rejoins les employés dans le cabanon de surveillance. Depuis ce matin, Luc et Eddy patiente bien au chaud. D’ici quelques dizaines de minutes, le chef devrait téléphoner s’ils les libèrent. 11h30, Maurice Besse, responsable des patrouilleurs a reçu le dernier bulletin météo  qui ne prévoit aucune amélioration, demain devrait même être pire. Peu après, la décision est prise, les installations resteront fermées toutes la journée. Luc et Eddy rangent les cordes, les filets et les poteaux métalliques afin que le ratrac puisse déblayer correctement la neige, puis rejoignent la station. Pour ma part, arrivé à la lisière supérieure de la forêt, je ne continuerais pas la balade. A l’abri des arbres, la peau de phoque est agréable. Plus haut, il me faudrait affronter le blizzard de face, le vent me cinglerais le visage, je ne verrais guerre. Sans compter une descente sans aucune visibilité. Il est temps de rentrer, je glisse sur la piste, damée en début de nuit, elle est recouverte d’une vingtaine de centimètre de neige poudreuse, légère, un véritable rêve de tous télémarkeurs. Sans effort, j’enchaîne des petits virages, me régalant de chaque courbe. Je suis déjà de retour au chalet. Un peu moins d’une heure de montée pour à peine dix minutes de descente, mais le jeu en valait largement la chandelle.

Une bonne douche chaude pour me revigorer, un petit apéro pour se restaurer et je passe le reste de l’après-midi au chalet, à regarder dehors la neige tomber, les branches des sapins s’agiter, … Entre lecture et écriture, le temps s’écoule lentement.

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Le télémark, il n’y a rien de tel

26 12 2011

La Tsoumaz, 26 décembre 2011, 22h00

Après  un coucher la veille presque à l’heure des poules, le lever est matinal. Après avoir dérupité l’échelle du galetas, le ciel est juste rossi au-dessus du Fou lorsque j’ouvre les volets de cuisine. Je ravive le feu du potager où se consume les restes d’une briquette, rallume le feu dans l’âtre principal. Le crépitement des résineux brulant se fait bientôt entendre, il est temps de préparer les boissons du petit déjeuner, café, lait chaud et thé. Je profite de mettre mijoter dans une casserole d’eau un demi citron et une orange en tranche, ainsi qu’un demi-bâton de cannelle. Plus tard je rajouterai le sucre et le miel, y ferrai infuser du thé corsé avant de remplir mon thermos de cet agréable breuvage. Accompagné du tintement de la vaisselle, assiettes et tasses viennent rejoindre confitures et miels déjà déposé sur la table. Le ciel a perdu ses couleurs pastelles lorsque mes parents sortent de leur chambre. Avant qu’ils soient aptes à déjeuner, j’ai les temps d’accomplir les corvées de bois, autrement dit d’aller jusqu’au bucher par deux fois pour ramener les grosses buches pour alimenter le foyer principal, le petit bois pour allumer le feu, ainsi que le bois pour le potage. Bien que la cuisinière soit en partie électrique, au chalet nous préférons de loin encore utiliser le potager à bois pour effectuer toute la cuisine.

Peu après 9h00, je quitte le chalet. Comme d’habitude je pars avec mon sac à dos où sont fourrés pêle-mêle gants, lunettes, crème solaire, couches supplémentaires. Ne partant pas pour enchaîner les descentes, j’y ajoute aussi mon gros appareil photographique. Il faut dire que les blanches silhouettes des montagnes se détachent parfaitement sur ce fond d’un bleu céruléen. S’il ne fait pas aussi froid qu’en plein mois de février, l’atmosphère est très cristalline, avec me semble-t-il peu d’humidité. Un temps idéal pour aller admirer le panorama depuis le sommet du Mont Fort.

Une fois à Savolyeres, dans le soleil matinal, je dévale la piste du Sud parfaitement damée. Aucun pingueli – touriste perdu ne sachant pas skier – ne me barre la route. Les champs libres, l’instant est magique. Je trace des courbes sur toute la largeur de la piste. Bien trop courte, je suis déjà au fond. Profitant de ma vitesse, je m’élance sur la route Carrefour qui me permet d’atteindre la partie inférieur des pistes à Verbier. Un télésiège m’amène jusqu’aux Ruinettes, puis un deuxième sur les hauteurs de la Chaux. De là, je gagne la station inférieur du SuperJumbo, le nom du grand téléphérique qui m’amènera au col des Gentianes. A la frontière de Nendaz et Verbier, il se trouve au fond du glacier du Mt Fort. Depuis mon enfance, le glacier a bien fondu et où s’étendait encore une vaste plaine, la dépression se fait, année après année, plus importante. Un dernier téléphérique, le jumbo m’emporte presque jusqu’au sommet du Mt Fort à 3330 mètres.

Depuis la plate-forme d’arrivée, la vue est grandiose, elle s’étend du Bietschorn jusqu’aux Dents du Midi en passant par le Cervin. Je ne résiste toutefois pas à l’envie de grimper jusqu’à la croix qui me domine encore d’une trentaine de mètre. De là-haut, la vue s’étend 360° degrés. Fait exceptionnel, les alpes bernoises, parées de leur tenue hivernale se détachent sur les sombres crêtes du Jura, là-bas à plus de 200 kilomètres. Pour les apercevoir et surtout distinguer autant de détail, aucun stratus ne doit recouvrir le plateau. Comme deux semaines en arrière, je ne me souvenais plus avoir vu autant de neige tombé en si peu de temps, je ne me souviens pas avoir admiré un panorama si étendu.  Majestueux panorama enneigé. Tous ces  « 4000 » qui dressent  leur fière silhouette au-dessus des Alpes. Si mon père les a presque tous gravis dans sa jeunesse, pour ma part je tâche au moins de me souvenir de leur nom. Weisshorn, Dent Blanche, Cervin, Dent d’Hérens, Pigne d’Arolla, Massif des Combins, Les Grandes Jorasses, le Mont Blanc, la Verte, les Dents du Midi, … la liste n’est de loin pas exhaustive et je vous invite à venir les découvrir ici même. Et pourquoi pas skier un jour ensemble ?

Trêve de touriste, il est temps de retourner skier. Je descendrai directement sous la gare d’arrivée. La pente est plus raide, mais la neige bien meilleure. J’ai grand plaisir de chausser à nouveau mes télémarks dans cette neige trafollée – neige poudreuse où des skieurs sont déjà descendu –. Un vrai régal. Un petit schuss dans le plat du glacier, au fond de la descente m’amène aux Louettes Econdouè, un itinéraire à ski qui rejoint Tortin. Nombre de touristes sont déjà passés, de nombreuses bosses se sont formées. Quelques peu tarabiscotées, elles restent toutefois douces à skier.  Je peine un peu dans la première moitié. Le temps de retrouver les anciens gestes, les vieux enchaînements et je suis loin. A nouveau, je fais la queue avant de remonter. Malgré tout, je trouve qu’il y a encore peu de monde – moins que les autres années –, alors que Noël est déjà passé depuis deux jours.

La Tsoumaz, 29 décembre 2011, 13h00

L’enneigement exceptionnel de cette année a permis à Verbier 4 Vallées d’ouvrir le Mont Gelé. Bien moins élevé que son grand frère le Mont Fort, dépourvu de glacier, il s’agit toutefois de ma descente préférée sur le secteur, sans doute la plus technique compte tenu de la pente et des obstacles rocailleux qui s’y dressent. Le téléphérique vert, à l’unique cabine, s’envole des Attelas pour rejoindre d’une seule traite le sommet de la montagne. Durant ces quelques minutes, j’adore admirer le raide versant ouest. Succédant aux barres rocheuses, entrecoupées par de minces linceuls blancs, les contreforts se terminent en une pente immaculée allant en s’adoucissant. Comme depuis quelques années, je reste pantois devant le nombre de sans-peurs qui l’ont descendue, malgré les importantes précipitations de ces derniers jours. La vie étant trop belle, je descends un peu à gauche de l’itinéraire officiel sur la face Est. Entre deux cailloux, je trouve encore quelques longueurs de poudreuses encore vierges où je laisse un éphémère sillon. Un vrai régal. Atteignant le fond du vallon, je rejoins les Louettes Econdouè puis Tortin.

En début d’après-midi, alors que j’arrive à nouveau aux Attelas, j’observe trois personnes s’agité au pied du Mont-Gelé, sur une avalanche. Remontant la trace grisâtre de la coulée, au-dessus d’une barre rocheuse, une franche cassure est visible dans le manteau neigeux. Au milieu, la large trace d’un surfeur. Alors que deux patrouilleurs de Verbier 4 Vallées apparaissent sur la crête et se dirige vers le début de la coulée, le bourdonnement d’un hélicoptère résonne dans la vallée. Il vient déposer d’autres secouristes accompagnés de trois chiens au pied de la coulée. J’apprends rapidement par un ami employé aux remontées mécaniques  que trois chanceux touristes, pris dans le flux neigeux, ont pu s’extraire par leur propre moyen, mais qu’ils ne savent pas si le surfeur était descendu bien avant la coulée, ou si ce dernier en la déclenchant pris aux pièges. Une bonne heure et demie plus tard, les recherches sont abandonnées : l’observation visuel, les sondages et le flaire des chiens n’a décelé aucun autre enseveli.

Pour bien terminer la journée, je remonte au Mont Fort pour emprunter par le même chemin que ce matin. Si le début de la descente est tout aussi beau, l’ombre des montagnes recouvre le fond du vallon menant à Tortin. Je termine dans la pénombre froide et bleutée d’une fin d’après-midi hivernale. Je ne résiste pas non plus à une dernière descente depuis le Col de Chassoure jusqu’à Tortin. Je retourne au chalet en passant par Verbier. Après m’être gorgé de soleil lors de la montée jusqu’à Savolyeres, je glisse à nouveau sur le versant nord. Au chalet, l’apéro est presque prêt. Un peu de viande séchée, un petit verre de blanc contribue à réchauffer mes sens.

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Noël

25 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 16h00

Comme depuis des années, la famille se réunie à Riddes le 24 au soir pour fêter Noël. Je suis donc rentré hier en Valais. Bien que je sache que la neige a envahi le canton, blanchissant tout sur son passage, de l’arrête sommitale des montagnes aux vergers des plaines, je reste agréablement surprise devant ce manteau qui scintille au sol. Depuis bien longtemps, je n’avais plus passé un réveillon blanc en plaine.

Le temps d’une soirée, mes grands-parents, ma sœur, Valérie, et son copain, Ozgür, mes parents et moi, nous nous sommes réunis autour de l’apéro, puis de la traditionnelle fondue chinoise et du désert. Chants de Noël et ambiance festive ont réchauffés les cœurs. Ce n’est que peu avant la messe de minuit que nous nous sommes séparés, mes grands-parents accompagnés de maman sont allés à l’église, alors que ma sœur, Ozgür, papa et moi avons joué aux marmitons.

Le lendemain, aucun réveil n’a retentit. Le ciel était déjà bleu claire lorsque je me suis réveillé. Les montagnes avaient perdu leur teinte rose depuis bien longtemps. Aucune trace de nuage, l’atmosphère est pure comme après un gros orage. Après avoir préparé nos affaires, mes parents et moi sommes montés au chalet à La Tsoumaz pour les deux prochaines semaines.

Le temps de décharger la voiture, de dégager les balcons envahis par la neige, d’allumer les feux pour chauffer le chalet, d’effectuer un premier rangement des nombreuses affaires, puis je me suis équipé pour aller skier. Aujourd’hui j’abandonne mes télémarks pour me saisir de ma veille planche Silberpfeil, un surf alpin que j’avais acheté il y a quelques années. Arrivé à Savolyeres, il n’y a pas trop de monde sur les pistes, comme c’est souvent le cas l’après-midi du 25 décembre. Splendide journée pour tracer de longues courbes, sans être gêné par un quelconque pingueli égaré – touristes ne sachant pas skier –. La neige est presque un peu molle, je grave un profond sillage dans la piste. Ephémère, demain il aura déjà disparu. Entre descente rapide, lente montée, je salue et discutes avec les employés des remontées mécaniques, mes anciens collègues lorsque je travaillais pendant mes études chez Verbier 4 Vallée comme remplaçant.

Ce n’est que lorsque l’ombre a bien envahi les versants nord que je redescends au chalet. Le froid a glissé sur les pentes, gelant l’activité diurne. Plus rien ne bouge, les oiseaux se sont tus, la lune se lève et la nuit tombe.

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P.S. Avec un peu de retard, j’espère que vous avez passé un sympathique Noël et que vous avez été bien gâtionné par votre famille !





Retour du beau temps

18 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 20h30

Comme chaque année, une fois que nous avons pris nos quartiers au chalet, la crise, ou plutôt la maladie du chalet nous frappe. Hier soir, elle a fait son apparition au environ de 22h00, peu après nous étions tous au lit, dormant comme des bienheureux. Couché tôt, je me réveille tôt, peu après 7h15. J’ouvre délicatement le volet, dehors Joachim agite toujours les branches. Je me prélasse encore une bonne demi-heure au lit avant de descendre au séjour depuis le galetas où je dors.

Le temps de raviver les feux, d’ouvrir les volets, de ramener du bois depuis le bucher, mes parents ont le temps d’émerger, puis de se préparer le temps que le déjeuner soit prêt. Le temps s’est à peine amélioré depuis hier, les nuages restreignent toujours la vue, le vent dépose des flocons enlevés sur les cimes des arbres. Qu’à cela ne tienne je pars à nouveau en peau de phoque, avec un peu d’avance sur mes parents.

Suivant le même tracé, la progression est plus facile, s’il a neigé à nouveau cette nuit, le chemin suivi est encore bien visible. Je choles la vingtaine de centimètres de neige fraîche qui a recouvert en partie le sillon de hier. Joachim ayant déraciné de nouveaux arbres, il me faut faire par trois fois un détour. Le sapin couché au milieu du chemin empêche tout passage.  Le temps s’améliorant durant la matinée, je décide de poursuivre mon chemin en direction de la Croix-de-Cœur. Avant d’arriver à la lisière de la forêt, j’oblique sur la gauche pour rester encore à couvert le temps de m’éloigner des pistes de ski. J’ai bien raison, car par moment quelques skieurs ayant profités des ouvertures des remontées mécaniques zigzaguent entre les arbres pour profiter de la poudreuse.

Je dépasse l’orée de la forêt, en contrebas des ruines d’une ancienne bâtisse. Le sommet d’un mur carré de pierres sèches, percé d’une ouverture, dépasse de la neige. Glissant dans une petite combe, les mélèzes et sapins ont laissé place à quelques arolles solitaires poussant sur les crêtes. Devant moi la neige s’étends, presque vierge. Seules quelques traces indiquent que des skieurs sont déjà passés par ici. D’ailleurs en voici trois qui arrivent. Peu élégant, raide comme des passe-lacets, ils ne font presque aucun virage, leurs courbes sont aussi plates que l’horizon sur l’Atlantique. Alors qu’ils passent de l’autre côté de la tête, j’entends un bruissement en amont de moi. Quel ne fut pas ma surprise de reconnaître un tétras-lyre lorsque je le vois passé à une vingtaine de mètres devant moi, battant lourdement des ailes. Il a rapidement disparu en contrebas, avalé derrière un autre mamelon. Moment fugace, mais au combien délicieux que d’apercevoir cet oiseau bien trop rare.

J’arrive enfin en vue de la Croix-de-Cœur. D’ici je distingue déjà les corniches formées par le vent sur le versant nord. Une petite crête s’élève doucement. En la suivant je dois pouvoir atteindre sans encombre le sommet, en évitant les pentes et les surplombs. A mi-chemin j’ouïs mon nom. En contrebas je distingue mes parents qui m’ont peu à peu rattrapé. Il faut dire que le chemin était déjà tout tracé dans l’épaisse couche de neige fraîche. Avec un peu d’avance, je découvre un fantastique panorama. Le ciel est presque dégagé, seules quelques trainées nuageuses flottent encore en altitude. Le soleil brille, le vent a cessé de souffler. La vue s’étend de tous les côtés. Face à moi, le Val de Bagnes, Verbier à mes pieds, le Massif des Combin au loin. Derrière, toute la plaine du Rhône est enneigées aux pieds des Alpes qui séparent le Valais du canton de Berne.

Au lieu de descendre en partie par la piste comme hier, je descends à travers les bois. Zigzaguant entre mélèzes et arolles. Soudain, mon bâton s’enfonce, rompant mon appui, je pars à choupelet, la tête la première dans la neige. Le buste en aval, les jambes en amont, mes bras ne sont pas assez longs pour atteindre mes fixations. A forces d’essais j’arrive enfin à décrocher mes skis à l’aide des bâtons, mais à force de gesticuler, je me suis enfoncé peu à peu dans la neige. Je n’avais pas trouvé meilleur endroit que de tomber au pied d’un arbre déraciné. Enfoncé dans le trou, la neige me monte à mi poitrine. Il faudra que je prenne appuis sur mes skis pour réussi à en sortir. De retour au chalet, un petit apéro est organisé pour se remettre d’aplomb avant de redescendre en plaine.

Cette fin de semaine restera dans les annales tant pour les conditions météorologiques tempétueuse que pour les importantes chutes de neige. Sans compter, deux magnifiques randonnées à travers la forêt du Taillay et jusqu’à la Croix-de-Cœur.

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Première montée au chalet

17 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 17h10

Hier dans le courant de l’après-midi, mes parents me téléphonent pour savoir si je rentre en Valais cette fin de semaine. Comme Joachim nous a amené beaucoup de neige ces derniers jours, je me décide pour les accompagner au chalet. Avant de raccrocher, papa me dit qu’il va acheter des chaînes pour la voiture. Il doit être tombé beaucoup de neige pour que papa se soucie d’en avoir à bord. Il est plutôt du genre à les laisser à la maison. D’après mes souvenirs d’enfance, le nombre de fois où nous avons dû chaîner la voiture se compte sur les doigts d’une main, par conséquent papa doit être presque sûr de devoir les utiliser demain pour être si pressé d’en acquérir.

Samedi matin, il fait toujours mauvais temps lorsque je vais prendre le train. Un ciel couleur gris plombé s’étends au-dessus du Léman. Les flots sombres sont agités, de blancs moutons parsèment la crête des vagues. Les teintes du paysage sont restreintes, tous semblent noyés dans une palette bleue pétrole. Au loin, la neige apparaît, recouvre les vignobles du chablais vaudois. Sur les flancs du Grammont, la cheminée de l’usine de Chavalon se découpe sur le fond nuageux. Un véritable paysage de fin du monde.

Je quitte les abords du Lac. A mesure que le train s’enfonce dans le Valais, des nuages toujours plus épais de particules neigeuses sont projetées de part et d’autre de la locomotive. A Martigny, en attendant le régional, quelques flocons épars tombent. A Riddes, ils se sont faits plus nombreux et je découvre un village recouvert par une vingtaine de centimètres. Bien plus que j’en ai vu depuis des années en Valais. Sitôt arrivé à la maison, nous repartons pour les mayens. Papa au volant conduit prudemment. Quelques virages après avoir quitté la plaine, la route se pare de blanc. Un tapis neigeux, de plus en plus épais, la recouvre. Des flocons continuent de tomber. Nous continuons de monter lentement. Par endroit, une voiture de touriste est stationnée au bord de la route, le conducteur chaînant les routes. Ailleurs, nous observons les traces sinueuses d’une voiture ayant perdu l’adhérence. Partout des branches de sapins et de mélèzes jonchent la chaussée. Derrière une voiture, nous nous engageons dans le dernier virage. Là où la pente est la plus raide, la voiture ralentit, patine. Il est temps de chaîner. De toute façon, nous n’aurions pas échappé, l’automobile devant nous est arrêtée à son tour.

Une fois les chaînes installées, la conduite est presque un jeu d’enfant. Les roues s’accrochent à la neige, et nous gravissons sans problème la dernière côte. Peu avant l’arrivée en station, sur notre gauge, s’élève des montagnes de neige. Déblayée des routes du village, elle est déversée sur ce parking en attendant sa fonte. Le dernier tronçon de route pour arriver jusqu’au chalet est à peine dégager : une quinzaine de centimètre de neige tassée recouvre encore la chaussée. Lentement, derrière des voitures de touristes nous nous engageons. Le plus dur est fait. Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au chalet.

Une fois débarqués, la hauteur de neige de part et d’autre de la route est encore plus impressionnante. Le manteau neigeux doit bien mesurer un mètre d’épais. Pour rejoindre le chalet, nous nous engageons sur le chemin commun, dégagé avec une fraiseuse. De petits murets d’une soixantaine de centimètres s’élèvent de part et d’autre. L’aventure débute à nouveau lorsque nous quittons le sentier. Si l’été nous devons traverser une haute prairie herbeuse, aujourd’hui je trace le chemin dans un plus-qu’épais manteau neigeux. A peine engagé sur le tracé habituel que je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse. Secoué par le vent, la neige accrochée sur les branches du sorbier profitent de dégringoler sur ma tête au moment où je passe dessous. Peu après, le niveau atteint le sommet des hanches. A chaque pas, je dois ressortir complètement ma jambe de la neige, la jeter en avant, pour m’enfoncer à nouveau. Lentement je progresse jusqu’au chalet. Dans mon souvenir, je ne me souviens plus avoir vu pareil quantité de neige tomber en une fois. Maman, elle se souvient ne l’avoir vu qu’une seule autre fois, un matin de février – mois reconnu pour ses importantes chutes de neige. J’arrive enfin au chalet, l’escalier et le balcon sont ensevelis sous la neige. Je cherche à tâtons les marches jusqu’au palier.

Il est temps d’allumer le feu du potager pour dégager le conduit de la cheminée. Le bois se consume difficilement, la fumée peine à trouver son chemin vers la sortie. Il faudra atteindre quelques minutes avec que le feu ne ronfle comme à son habitude. Il est alors temps d’allumer le foyer principal, puis de déblayer les abords du chalet. Que de neige, à pousser en bas du balcon, à enlever des escaliers, à dégager pour accéder au bûcher. Une bonne heure sera nécessaire pour venir à bout de la tâche.

Alors que le chalet commence à se tempérer, nous partons pour une petite randonnée en peau de phoque. Après avoir chaussés les skis devant le chalet, nous nous enfonçons dans un paysage de Grand Nord. Les barrières disparaissent sous la neige, d’épaisses couches recouvrent les toits, les branches ploient sous les amas blancs, … Seule la route principale est bien dégagée, lorsque nous gravissons les deux raidillons en direction du bisse, la chaussée est encore recouverte par une vingtaine de centimètre. Arrivé en vue de la Maison de la Forêt, situé en aval du bisse, je grimpe sur le sentier pédestre. Personne ne nous a précédés, en tête, je choles – trace mon chemin – dans un demi-mètre de neige, laissant un profond sillon derrière mois. La progression est lente, un peu pénible, mais le paysage est splendide.

Avec papa nous nous relayons en tête, alors que maman ferme la marche. Par moment, il est possible d’enfoncer les bâtons dans la neige jusqu’à la poignée sans qu’ils ne touchent le sol. Nous rejoignons la route forestière lorsqu’elle s’enfonce dans les bois. Les ratracs ont du passé hier sur la piste, les skis s’enfoncent moins profondément et la progression est facilitée sur ce chemin damé. Par deux fois, un épineux déraciné par la tempête s’est renversé, il faut baisser la tête et courber le dos pour passer l’obstacle. Arrivé à l’intersection avec le chemin pédestre, il est temps de rejoindre le sous-bois. Le passage du talus est ardu, l’importante quantité de neige ne facilite pas l’accroche des peaux de phoques, et la pente, momentanément importante, rend la tâche d’autant plus difficile.

Sous le couvert des arbres, avec les importantes chutes de neige, le manteau est tout aussi important. Il faut à nouveau choler cinquante centimètres. Mais la vue est bien plus jolie que sur la route. Les arbres ont cessés de formé deux hautes murailles, il faut zigzaguer entre les troncs, chaque changement de direction apportant un nouveau point de vue, chaque courbe dévoilant une nouvelle merveille : branches d’épineux alourdies, noisetiers et sorbiers ployé sous le poids de la neige, sapenets dont la cime émerge tout juste de la surface, …  Arrivé à la lisière supérieure de la forêt, les bourrasques de la tempête nous cueille, les flocons poussés par les rafales s’engouffrent dans les moindres ouvertures, la neige nous cingle le visage, … Nous regagnons la piste de ski, enlevons les peaux de phoque, buvons rapidement du thé, versé fumant depuis le thermos puis redescendons jusqu’au chalet. Ne résistant pas à l’attrait de la poudre, je coupe à travers une ancienne trouée. La neige est toutefois un peu plus lourde qu’escomptée et sans l’importante pente, je serais resté immobilisés à la fin de certains virages. Demain, je recomence.

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Chasse basse 2011

15 10 2011

Ecublens, le 18 octobre 17h00

Vendredi soir, je rentre en Valais et rejoins Gaby à Premploz. La chasse haute est maintenant terminée depuis deux semaines, chamois et cerfs ne sont plus qu’un souvenir. Elle a laissé la place à la chasse basse. Au lieu de crapahuter sur les prairies alpines, durant trois semaines, les mardis et samedis voient les chasseurs arpenter les forêts en traquant les brocards, termes qualifiant le mâle chez le chevreuil. Contrairement à la chasse haute qui se pratique à l’affût, pour pouvoir espérer tirer un chevreuil, il est nécessaire d’organiser des attaques. D’un côté, deux chasseurs ou porteurs accompagnés d’un ou plusieurs chiens s’avancent dans la forêt en espérant lever le gibier. De l’autre côté, à l’orée du bois, les autres chasseurs sont postés. Si cette méthode pourrait être considérée comme barbare, le gibier conserve toutes ses chances. D’ailleurs, durant les trois premiers jours, aucun animal ne fut tiré.

 

Levé peu après six heures, le temps d’avaler un petit déjeuner roboratif et nous chargeons nos sacs sur le pont arrière du véhicule, déposons fusil et cartouches sur les sièges arrières. Peu avant sept heures nous arrivons dans les hauts des mayens de Conthey où nous retrouvons les autres chasseurs : Yannick, Coucou, Freddy, … Lorsque le jour est suffisamment levé, accompagné de Lambert et d’Axe, un des deux chiens, je descends la combe sous l’alpage de flore, alors que Yannick remonte avec Ilham depuis la lisière inférieure. A peine libéré de sa laisse, Axe flairant une piste part comme une flèche dans les sous-bois. Le tintement de sa clochette se perd parmi les buissons. J’avance sur les flancs pentus de la combe, frappant d’un bâton de bois mort les souches environnantes. Autour de moi aucun bruit, le silence règne alors que les rayons du soleil percent la canopée et illumine de petites clairières.

Soudain, un coup de feu retenti, loin en aval dans la forêt, avant que le calme n’envahisse à nouveau la forêt. Le tintement cristallin d’une clochette se fait entendre à nouveau, s’amplifie à mesure que je perçois des aboiements secs. Les craquements sonores des branches sèches m’avertissent que le chien ne revient pas seul. En contrebas, derrière les vernes et les branches des mélèzes, des formes brunes se précipitent. Gravissant la montagne sur ma gauche, je distingue trois chevreuils, mâles ou femelles je ne saurais le dire, poursuivie par la silhouette noire, furtive d’un chien courant ventre à terre.

Peu avant d’arriver à la lisière, je rejoins Lambert. Tout comme moi, il ne sait pas dans quelle direction Axe a disparu. Nous attendrons une vingtaine de minutes avant de rejoindre la lisière de la forêt. Assis au soleil, Yannick nous attends déjà, observant la forêt silencieuse. Alors que nous rejoignons Coucou, posté une centaine de mètres plus haut, une chevrette descend tranquillement dans la combe. Alerté, sans doute par son odorat, elle s’arrêtera à mi-chemin. Seule, elle resplendit dans la lumière matinale. Cet instant magique ne durera pas plus de quelques minutes : elle s’enfuit en zigzaguant, rejoignant le couvert des arbres.

Peu après neuf heures, nous regagnons les véhicules. Deux chasseurs nous y attendent déjà avec l’un des chiens. Le deuxième nous arrivera bientôt avec une autre équipe. Tout en manger une morce, nous planifions la deuxième attaque sous le gîte d’Aïroz. Alors que les chasseurs vont se poster sur la route forestière, je monte avec Yannick, Lambert et les deux chiens en direction des Tsanes. Lambert s’enfonce dans la forêt avec Axe, tandis que je continue avec Yannick le long de la route d’Aïroz. A mi-chemin du gîte, nous descendons parmi les conifères, essentiellement des mélèzes, drapés dans leur robe automnale. Alors que nous avançons parmi des framboisiers desséchés, Ilham flairant une piste part à nouveau comme une flèche. A notre grand dam, il court dans la mauvaise direction, s’éloignant de nos chasseurs. Espérons que le chevreuil soit revenu sur ses pas à un moment donné. Un tintement de clochette nous signale qu’Axe, averti par les aboiements de son coéquipier suit la même piste, avant que le calme revienne. Nous descendons entre les arbres quand Yannick m’intime de m’arrêter. Sur le moment, je ne comprendrais guère son ordre, jusqu’à ce que j’entende des craquements. Les bruits se font plus forts, quand soudain, entre deux mélèzes, un brocard jaillit, pour disparaître dans les fourrés après un virage sec. L’action fut rapide, bien qu’elle ne dure pas plus de quelques secondes, cela reste un des plus beau souvenir de chasse de cette année. Yannick crie à Coucou que le gibier fonce droit sur lui. Un coup de feu, suivi d’un deuxième et le “bravo” montant depuis le bas de la forêt nous signale que la bête a eu son compte. Arrivés à la route, nous découvrons un Gaby rieur, fier d’avoir tiré le premier brocard de l’année. Les chiens sont attachés et maintenu à distance du cadavre afin qu’ils ne se saisissent pas d’un cuisseau. lls auront droit aux rognons sitôt que Gaby aura vidé les entrailles.

A midi, nous descendons jusqu’au chalet de Freddy où sa femme Madeleine nous amène le repas, un excellent rôti-purée, suivi d’une tarte aux pommes en désert. De nombreux chasseurs nous ayant abandonné, il ne reste plus que Freddy, George et Coucou pour tenir un fusil, ainsi que Lambert, moi et les deux chiens. En guise de sieste, en début d’après-midi nous opérons une petite attaque aux sommets des mayens. Le sous-bois est sec et les chiens ne flairerons aucunes pistes, après une petite demi-heure nous aurons déjà rejoint les trois chasseurs.

En ce début d’après-midi, la chaleur est telle que je n’ai pas l’impression d’être en automne. L’été indien, cette fabuleuse période, où le soleil brille, lorsque les arbres commencent à brunir, que les vapeurs odoriférantes des herbes séchées par l’été envahissent les prairies, … est de retour après le froid de samedi dernier. Un vrai régal. Nous gagnons alors les environs du Mapa pour tenter une nouvelle battue. Les chiens sont fatigués, Axe n’arrive presque plus à grimper la pente, Ilham est retourné au chalet. Finalement, seul dans les fourrés je finis par ressortir au niveau de la route supérieure, celle qui mène jusqu’à l’alpage de Flore, bien plus haute que les chasseurs. Un téléphone de Coucou me confirme ce que je craignais, il ne me reste plus qu’à dévaler le Mapa pour les rejoindre bien plus bas. La bonne nouvelle est qu’ils ont déjà récupéré les deux chiens. Je descends le long du lit d’un ancien torrent, une longue bande herbeuse emmuré entre deux taillis de vernes impénétrables. Suite à une perte d’équilibre, me voilà rutschant le cul par terre. Cette dizaine de mètres de glissade ne se font pas sans s’accompagner de jurons prononcés à haute voix. Devant une telle cascade de gros mots, un grand brocard jaillit des taillis sur ma gauche, zigzague quelques mètres avant de s’enfoncer dans les fourrés sur ma droite. Juste magique, je déplore quand même l’absence d’un chien qui aurait pu le courser.

Alors que le soleil disparaît derrière les crêtes, que l’ombre envahi la rive droite, nous effectuons une dernière attaque dans les marais près du rucher de Gaby. Axe, trop fatigué, tourne en rond à l’orée du bois, alors qu’Ilham daigne s’aventurer sous le couvert. Au bout de dix minutes, Lambert ramène Axe à la voiture, alors que je m’avance dans les bois. Le chien n’a pas été bien loin, et m’attends. Tout aussi fatigué, il n’avance que si je le suis de quelques mètres. Peu après, suivant un petit passage, il rejoint la route où il m’attend bien sagement. Cette dernière battue s’achève un peu en queue de poisson. Un dernier espoir surgit quand Ilham repart ventre à terre, grimpe le talus, s’élance à travers la prairie. Il reviendra une vingtaine de minutes plus tard, alors que nous avions déjà mis d’un commun accord un terme à la journée.

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Chasse haute – bredouille

1 10 2011
La Tsane, 1er octobre 2011, 14h00

Ce matin, levé vers 600, lorsque l’aube se pointe nous sommes à Scex-Riond, planqué à l’affût des trois mélèzes. Hier matin, trois chamois sont sortis de la forêt, remontant à travers les prés. Benjo avait alors mal ajusté son tir. Aujourd’hui, fidèle au rendez-vous, ils apparaissent à l’autre bout de la prairie, hors de portée des chasseurs. Nous ne pourrons que constater à contrecœur leur disparition lorsqu’ils descendent dans une combe. Laissant Benjo à son poste, suivant Gaby, je contourne le pré pour rejoindre les hauteurs où le gibier à disparu.

Caché dans un autre affût, où des branches mortes forment un véritable balcon, nous dominons une grande clairière pentue. Rien ne bouge lorsque j’aperçois deux bêtes au pied d’un mélèze, puis un autre caché derrière des branches. Si Gaby identifie un cabri, il n’aura pas le temps de déterminer le sexe et l’âge des deux autres chamois, avant que ces derniers poussés par un obscur instinct se cachent dans les arbres pour ne plus réapparaître. Quand Benjo nous rejoint pour nous remplacer à l’affût, alors que nous prévoyons de descendre jusqu’au replat où les bêtes ont disparu pour les faire sortir, Gaby aperçoit en contrebas du gîte d’Aïroz trois bêtes paissant dans la friche où poussent de jeunes mélèzes parmi les paravalanches. Trop grandes pour des chevreuils ou des chamois, il ne peut s’agit que de biches. Oubliant notre première idée, nous rebroussons chemins pour tenter notre chance. Entre les combes et les petits conifères, les cervidés resteront introuvables. Si la chance nous a souri pour les déceler, les sales bêtes sont retournées sous le couvert des arbres, dès que la baraka nous a quittés.

En milieu de matinée, il fait déjà presque trop chaud pour le gibier. Bien que les animaux doivent se cacher à l’ombre des conifères, étendus dans la prairie et ne ressortiront sans doute pas avant la fin de la journée, nous allons à l’affût à Pont, dominant une cassure dans le terrain à pic, reliant les hauts de Scex-Riond aux forêts situées en contrebas. Après avoir observé avec conviction les sous-bois, les acrobaties aériennes des éperviers et des corneilles capteront toute notre attention. Peu avant 11h00, nous jetterons l’éponge et retournons à la voiture. Claude nous y rejoint, il a de nouveau crapahuté derrière son chamois, sans plus de chance que les jours précédents.

Nous rejoignons Coucou à sa Tsane, avant de dîner en commun à celle de Gaby. En début d’après-midi, alors que chacun retourne à ses occupations, Gaby gagné par la torpeur méridionale plonge dans les bras de Morphée. Pour ma part, je m’assois à l’ombre d’un muret et profites d’écrire quelques lignes.

Riddes, le 2 octobre 2011, 12h53

En fin d’après-midi, après que Gaby se soit réveillé, nous mettons un peu d’ordre dans la Tsane. La chasse haute se terminant aujourd’hui, il est temps de faire le ménage, éliminer les cadavres de bouteilles, ramener en pleine le trop plein de victuailles, tout comme les habits chauds qui n’auront pas servi beaucoup cette année. Coucou nous rejoint ensuite pour le café, avant que nous partions à  nouveau et surtout pour la dernière fois à  l’affût des cerfs. Coucou rejoint son poste au Mappa, alors qu’avec Gaby nous retournons près d’Aïroz où nous avions vu les trois biches ce matin.

Longeant la lisière de l’ancienne friche où de jeunes et fringuant mélèzes restreignent la vue à  quelques dizaines de mètres, nous contournons l’orée en quête d’un poste adéquat, ni trop proche, ni trop loin, suffisamment dégagé. Ne trouvant malheureusement pas notre bonheur, nous rejoignons le poste à  Pont, dans l’espoir d’observer les trois chamois de ce matin. Seul changement depuis ce matin, les volatiles acrobates ont disparus. Aucun gibier ne se montre, seul le cri d’un brocard nous rappelle que la forêt est censée regorger de vie. Alors que le soleil éclaire encore les contreforts des sommets, nous nous remettons en route, direction l’extrémité de Scex-Riond.

Cheminant lentement, nous nous arrêterons à plusieurs reprises pour jumeler la lisière, mais aucune ombre ne trahira la présence d’un chamois. Un petit biset se lève. Descendant de la montagne, il emporte nos odeurs jusque dans les bois. Nous sommes encore une fois obligés de changer de poste. Nous passerons non loin de l’endroit où les chamois ont disparu ce matin, avant d’arriver à la prairie qui marque presque la fin du Scex. L’obscurité s’empare des pointes des plus hauts 4000. Il est temps de faire demi-tour, les détails marquant les différences entr cabri, éterle ou jeune devenant indiscernables.

Peu après huit heures, nous sommes de retour à la voiture, sans avoir vu une seule bête, pas même un chevreuil alors que nous les avons entendus crier. Noua rejoignons Coucou en bas du Mappa, où ce dernier discute avec un autre chasseur. Autour d’une bouteille, il nous raconte divers échos des dianes valaisannes. Il paraitrait même que ces deux semaines n’ont pas souris à certains, puisqu’un groupe de 9 chasseurs n’auraient abattu qu’un seul chamois. D’autres peuvent être bien plus joyeux comme ce premier permis qui a abattu un cerf de quatorze cors.

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