Nouvelles

6 12 2012

Bonjour à tous,

Il y a deux ans en arrière, j’avais commencé ce blog lorsque je suis parti en Nouvelle-Zélande dans le but de tenir mes amis au courant de mes aventures dans l’hémisphère sud. J’espère avoir réussi à vous faire rêver de ces contrées magnifiques.

De retour en Suisse, j’ai continué temps bien que mal à alimenter ce blog de petites histoires dans le but de vous faire découvrir quelques petits coins et autres randonnées sympathiques.

Depuis quelques temps, ceux que j’ai croisé au détours d’une bière ou d’un ballon de blanc connaissent la bonne nouvelle. Pour eux, et pour les autres interessés par mes pérégrinaitons, je vous donne rendez-vous sur un nouveau blog, aroundasphere.megavolts.ch

Marc





Nouvelles

30 07 2012

Bon d’accord, je n’ai guère réussi à tenir ma promesse faite en début d’année qui était d’alimenter ce blog plus régulièrement de petits récits de voyages. D’ailleurs, il faudrait que je me mette à les raconter, entre mon périples grisons, mon escapade bretonne, quelques navigations et balades par-ci, par-là, il y aurait bien de quoi pondre presque une vingtaine d’articles.

D’ailleurs j’ai déjà recommencé à prendre la plume, je vous laisse découvrir une randonnée le long de la Venoge qui m’amena jusqu’à Saint-Prex ou mon ultime balade au Conquet le matin de mon retour en Suisse. Pour le reste, je vous serais gré d’attendre encore quelques jours, le temps de coucher mes souvenirs.

Bon été à tous et n’oubliez pas de vous enduire de crème solaire pour ne pas ressembler à un homard!





News

5 01 2012

Aujourd’hui la tempête Andrea a fondu sur nous.

Petite peau de phoque en fin de matinée dans la forêt du Taillay, selon un nouveau chemin. La montée parmi les mélèzes et les arolles enneigé était tout simplement magnifique, la sortie à la lisière de la forêt un peu moins avec un vent à décorner les boeufs.

Bref, voici quelques nouvelles de ces derniers jours et bien plus anciennes :





News

31 12 2011

Riddes, le 31 décembre 2011

Cela faisait longtemps que je n’avais plus rien écris sur ce blog. L’envie ne me manquait pas, mais bien trop de chose à faire occupait mon esprit. A l’avenir j’essaierai de le mettre à jour plus régulièrement. Je vous laisse découvrir les pérégrinations de ces derniers mois :

Et si aujourd’hui je vous postes quelques nouvelles, c’est qu’à mon lever, ce matin la neige tombait mouillée au chalet. Dehors, le manteau neigeux était plus qu’humide : il a sans doute plus pendant la nuit. Après le déjeuner, je suis parti pour une petite randonnée en peau de phoque avec papa. Par le même itinéraire que hier, mais bien moins enchanteur, il a plu au moins jusqu’au Taillay. Il a fallut chôler dans cinquante centimètres de neige humide, lourde. Bref, une sortie pour s’aérer.

Au fond du Taillay, nous avons troqué notre moyen de locomotion. Adieu les peaux de phoques, bienvenue les remontées mécaniques modernes. Toute la montée, le vent et les grésilles nous cinglaient le visage, rien de plus désagréable. Au sommet, la neige était moins lourde, mais toujours pas poudreuse. Bref, nous avons rejoint au chalet. Puis comme j’avais quelques affaires à régler en plaine, nous sommes descendus à Riddes.





Vénérables Mélèzes

16 10 2011

Ecublens, le 20 octobre 2011

Cela faisait longtemps que je voulais monter jusqu’à Prarion pour admirer les vénérables mélèzes, figurant parmi les plus vieux de Suisse.Une petite promenade au lendemain d’une journée de chasse est toujours bienvenue pour se détendre les muscle. Et rien ne vaut l’automne pour rendre visite à ces arbres, lorsque leurs aiguilles séchées virent du vert à l’orange, avant de choir sur le sol. Surtout par des jours radieux comme le Valais en profites depuis le milieu de la semaine : les derniers rayons de soleil de l’été viennent tiédir la froide atmosphère matinale, la douce chaleur méridienne inspire de tranquille balade. L’été indien est de retour après la glaciale fin de semaine dernière.

Peu avant dix heures, Paul, accompagné de sa copine Bénédicte, me rejoigne à Riddes avant de monter jusqu’aux Crétaux. Chemin faisant, je puise dans mes souvenirs diverses histoires, toutes liées à cette époque quand je travailler comme aide-géomètre et arpentait les hauteurs de Riddes, entre Isérables, Aude, Prarion, les Praz, … Que de bons moments passés à me balader à la recherche des croix, gravées à même la pierre, marquant les limites des clairières entre les terrains privés et la bourgeoise communale. Des plans datant, pour les plus vieux, de la fin du XIXème siècle, des mesures parfois imprécises, beaucoup d’imprévus et des instants marquants. Je ne vous serinerais pas plus longtemps avec mes mémoires et place à l’histoire du jour.

Une fois débarqué au Crétaux, nous nous enfonçons dans la forêt, où plutôt gravissons une route forestière. Arrivé à la lisière de la forêt, marquant la frontière les Praz, une des plus grandes clairières au-dessus d’Isérables, un virage nous repousse à l’ombre des mélèzes. Longeant la route, nous arrivons enfin au bisse de Saxon. La rencontre a lieu au Praz de Deuz. Littéralement le pré dans la forêt, cette prairie occupe un plateau où seuls quelques mélèzes épars ont poussés au milieu de l’herbe. La vue sur les Alpes Bernoises, pointant leur cime enneigée au-dessus des conifères est tout simplement enchanteresse. Bien que le plat chemin bordant le bisse asséché soit attrayant, nous continuons notre ascension en direction de Tracouet. A couvert de la forêt, le sentier recouvert d’aiguille de mélèze déroule son ruban brun sur un parterre recouvert d’arbustes à myrtilles, si aisément reconnaissable à leurs feuilles arrondies. Après avoir passé le Plan de Zerjona, nous gravissons une piste de ski. L’endroit est bien moins enchanteur avec une diversité végétale amoindrie, des poteaux métalliques destinés à soutenir des filets protecteurs, une absence de volupté sur la pente rectiligne. Arrivé au lieu-dit de la Croix de Saint-Pierre, j’observe trois croix plantées sur la crête, dont le lichen s’est approprié les faces ombragées. Le bois de la plus vieille est noirci par les ans et les intempéries, ses branches horizontales partent en morceaux. Bien que je ne sois pas croyants pour deux sous, j’admire fortement tous ces symboles religieux disséminés à travers les alpes, souvent présents sur les têtes des arêtes ou au plus haut des cimes.

Enfin, une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons à Tracouet. Si Paul et moi n’avons pas eu de peine à avaler les huit cents mètres de dénivelée, Bénédicte tire un peu la langue. La gare d’arrivée des remontées mécaniques nous domine ; si sa livrée blanche permet de se fondre dans le paysage en pleine hiver, elle est bien moins esthétique en été lorsqu’elle tranche avec les couleurs végétales du reste de l’année. Nous grimpons une dernière crête pour découvrir un plateau alpin, au centre duquel s’étends un lac aux eaux noirs. A peine ridé par une légère brise, il reflète la grise Dent de Nendaz, les mélèzes orangés et les arolles verdoyants. L’endroit aurait pu être encore plus merveilleux s’il n’y avait point eu ces pylônes de télésièges ou encore ces portacabines, vestiges de l’activité hivernale. Un peu plus loin, nous découvrons une grosse pierre, réchauffée par le soleil, parfaite pour le piquenique : pain, fromages, saucisses, petites sardines à l’huile, le tout arrosé d’un bon coup de rouge. Le bonheur est complet. Profitant de la tiédeur automnale nous paressons encore quelques peu avant de se remettre en route.

En redescendant en direction de Prarion, nous arrivons enfin au but de notre balade. Après avoir traversé une forêt où les mélèzes côtoient les arolles, nous apercevons nos premiers vénérables à proximité de la cabane de Balavaud. Si les jeunes conifères sont bien plus nombreux, quelques ancêtres âgés de 300 à 800 ans se dressent fièrement. Des troncs colossaux marqués par les siècles, des écorces rugueuses forgées par les vents, la pluie et le soleil, des branches torturées, des pointes bifides, frappées par la foudre, leurs donnent ces silhouettes massives, échevelées, mais tout aussi majestueuse. Surveillant depuis des siècles ces praires alpestres, ces êtres de légendes semblent presque vivants, toujours vaillant, prêt à braver encore de nombreuses tempêtes hivernales. La descente sera longue, ne pouvant que profiter de ce lieu magique, nous voguerons d’un arbre à l’autre. Le cœur rempli de bonheur de découvrir des silhouettes toutes plus étonnantes les unes que les autres, ou encore parfois attristé lorsque l’un de ces géants couchés par le vent ou la foudre repose à plat, exposé aux éléments, se décomposant lentement. Instant magique où le temps s’est envolé, j’aurais pu rester des heures à bagnauder entre ces êtres, mais il faut bien penser à continuer notre chemin.

Arrivé à Prarion, je passerais chez Jean-Louis, un ami de mon père que j’ai connu lorsque je travaillais comme aide-géomètre. Surpris de me voir ici, il nous invitera à boire l’apéro. Je me souvenais qu’il gardait l’article d’un journal narrant une terrible histoire qui s’était déroulé sur l’alpage : en 1996, la foudre avait frappé une conduite d’eau, foudroyant seize vaches  paissant à proximité de son tracé. Bref, nous avons évoqué le bon vieux temps, discutaillé de la pluie et du beau temps, admiré ses vaches d’Hérens, avant de repartir en direction du bisse de Saxon. Nous longerons ce dernier jusqu’au sommet des Praz, avant de redescendre le long d’un sentier traversant l’immense clairière. En fin d’après-midi, nous aurons rejoins les Crétaux, puis descendrons jusqu’à Riddes.

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N.B. Si le récit de la balade vous a plu, je ne peux que vous recommander de monter une fois jusqu’à Balavaud, soit par le même itinéraire (12km, 3h00 pour bon marcheur) ou en partant depuis Isérables ou Riddes pour les plus sportifs d’entre vous. Une alternative au départ de Nendaz est proposée par cet excellent site internet.





News (updated)

28 09 2011

Et bien voilà, cela fait longtemps que j’ai laissé ce blog à l’abandon. Je vais essayer d’y remédier un peu. Je vous laisse donc découvrir quelques petites péripéties :





Après mon retour

22 07 2011

Riddes, Suisse, dimanche 24 juillet 2011, 10h10 (GMT+2)

Voilà déjà deux jours que je suis de retour dans ma contrée natale. Le plaisir est réel d’observer à nouveau ce paysage connu. Depuis mon voyage, il semble pourtant vibrer d’une touche nouvelle, plus vivante, plus détaillée. Sans doute ma perception est-elle faussée par mon bonheur d’être de retour. Je vous passerai les détails de mes retrouvailles avec ma famille, si ce n’est qu’elles ont été bien arrosées. Fendant, Ermitage, Heida, … définitivement, les vins valaisans sont bien excellents. Sans compter l’attrait gastronomique des bons petits plats préparés par ma maman. Le nec plus ultra fut sans doute hier soir avec un petit plateau de fromages, comptant plus de 19 espèces du pays et de France. Un véritable régal après ces mois de disettes laitières.

Assiette garnie de fromages (miam)

Par contre, ce froid été helvétique et les écarts brusques de température de ces derniers jours ont quelque peu eu raison de ma santé. Même en plein hiver, cela faisait longtemps que je n’avais pas autant toussé que depuis hier. Entre deux apéros, le régime se réduit à suçoter des bonbons et s’hydrater de thé de thym, sucré avec des cuillères de miel. En même temps, comme la météo est quelque peu mitigée, je profite de rédiger les souvenirs de ces derniers jours dans le monde arabe. Si, sur place, la vie fut parfois dure avec la chaleur accablante, je pense que ce fut une excellente escale.

Un temps pour mettre à jour le blog (Riddes, Valais, Suisse)

Il me reste donc à rédiger :

J52 – Sydney Central & Australian Maritime Museum

J63 – Australian Museum

J67 – Sharjah

J68 – Côte est des Emirats Arabes Unis

J69 – Hatta et retour à Dubaï

J70 – New Dubaï

Et vous pouvez d’ores et déjà vous régaler de :

J71 – Retour en Suisse





J46 – Plages des Coromandel

26 06 2011

Fantail Bay, dimanche 26 juin 2011, 20h40
Trajet : Broken Hills – Fantail Bay
D = 7070.3 km

Cela faisait bien quelques semaines que je ne m’étais plus levé longtemps avant le soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, je suis fin prêt à partir. En attendant que la luminosité devienne suffisante pour apprécier le paysage, je rejoins une petite goulotte que j’avais découverte hier au pied d’une cascade. L’eau y est fraîche, mais cette baignoire naturelle me convient parfaitement pour faire plus qu’un brin de toilette.

Premier arrêt de la journée quelques centaines de mètres en contrebas dans la vallée : une petite balade digestive jusqu’aux reliques des batteries de Broken Hills. Deux blocs recouverts de mousse, dont le béton commence à se désagréger : pas des plus intéressants. De retour sur la route goudronnée, je rejoins la côte à Tairu. Les derniers méandres de l’eau, s’écoulant dans la vaste baie intérieure, étincèlent sous le soleil levant. Au loin Paku Hill domine de sa noire silhouette vase et navires échoués. Un petit détour m’amène presque jusqu’au sommet de la colline. Le temps de grimper quatre à quatre des escaliers et j’atteins la pointe de cet ancien volcan.  La vue est tout simplement magnifique. Du sud au nord, la côte déchiquetée des Coromandel s’étend : plages, falaises, haut-fond, et mer turquoise. Au large, îles, îlots, et roches se dressent au-dessus des flots. A l’horizon, le ciel rosi par le petit matin est maculé de fins nuages blancs. A l’ouest, les montagnes des Coromandel : Pinnacles et Table Mountain se perdent dans le brouillard. Définitivement, je manque de chance pour observer les sommets en Nouvelle-Zélande.

Il est temps de poursuivre mon chemin avant que la marée montante ne me permette plus de profiter des merveilles de la nature. Du sommet des collines, entre forêt dense et terre rouge, une route secondaire coupe à travers les pâturages, avant de se terminer à Hot Water Beach. Jamais une plage n’a aussi bien porté son nom. Durant les deux heures de la marée basse, les sources d’eau chaude résurgentes de dessous la plage sont apparentes. Il ne reste plus qu’à creuser son propre jacuzzi dans le sable. Le choix de la position est une question de finesse : loin du front de la marée, la piscine durera plus longtemps, mais aucune vague ne viendra tempérer l’eau. Or, l’eau est chaude, très chaude. A mesure que je m’approche des sources, je sens le sable sous mes pieds devenir de plus en plus chaud. Une place étant disponible dans le trou communautaire, je m’installe confortablement. Un vrai bonheur à côté duquel le bain froid de ce matin est rétrogradé avec le qualificatif de glacial. Une demi-heure après, lors de ma sortie, j’ai sûrement la même impression qu’un homard sur le point de se faire déguster : cuit à point. Peu après, les vagues commencent à avoir raison de la digue, et le jacuzzi se fait peu à peu avaler par l’océan.

Le temps de gagner Cathedral Cove, encore un autre lieu magique de la Nouvelle-Zélande, dont le nom provient de la présence d’une arche naturelle, creusée par la mer dans la falaise de molasse. Sur le parking, un panneau du DoC préconise d’éviter de pénétrer sous la voûte, car cette dernière se désagrège peu à peu. Au début du sentier, une plateforme permet d’observer la côte en direction de la merveille. Des eaux turquoises baignent des falaises beiges, surmontées d’une couronne végétale, où le vert clair des fougères contraste avec le vert foncé des arbres. Le chemin serpente entre orée de forêts et pâturages, manukas, tanukas et autres taillis peuplant les landes s’avançant sur les promontoires. Quelques volées d’escaliers et mes pieds foulent le sable fin. La première impression est paradisiaque, avec ces contrastes colorés : une mer limpide, une longue voûte élégante en arc brisé, des sculptures délicates, œuvres du vent et de la mer, cette cascade ruisselant depuis le sommet de la falaise… Mais cette impression disparaît peu à peu car l’endroit est trop peuplé. Je n’ose imaginer la populace présente en plein été.

Ce sera la première fois que je transgresserai une prescription de sécurité du DoC, mais l’attrait d’emporter un souvenir plus isolé de cette endroit m’amène à passer outre les cordes jaunes, comme de nombreux touristes avant moi à voir les empreintes présentes. Un pas pressé pour traverser et me voilà de l’autre côté de la merveille. Si l’endroit n’est pas non plus complètement désert, l’arche n’apparaît plus à contre jour. Plus loin, un pilier isolé, aux pieds rongés par les vagues, se dresse à quelques mètres de la plage, vestige d’une ancienne voûte. Je regrette la présence de ces cordes de sécurité et les panneaux de mise en garde: il est bien difficile de trouver un cadrage intéressant, tout en évitant que ces éléments apparaissent sur la photographie. De retour de l’autre côté, j’attendrai patiemment qu’asiatiques et indiens, sans doute débarqués de quelques cars à vocation touristique, évacuent les lieux pour profiter de l’arc-en-ciel qui se déploie au pied de la chute d’eau. Une petite portion où les cinq couleurs apparaissent de manière éclatante, selon un angle de vision bien restreint. Magie que nombre de touristes n’ont pas su apercevoir. Sur le chemin du retour, je descendrai jusqu’aux deux autres baies. La première, Stingray Bay, est celle observée depuis le parking, une demi-lune ; la deuxième Gemstone Bay porte bien son nom, car au lieu du sable fin, des boulders, rochers aux formes arrondies de toutes tailles, forment une grève avenante, mais délaissée des touristes malgré une eau aussi translucide que dans les autres criques.

Avant de rejoindre la SH25, un détour me mène à Purangi Estate. Je me posais bien des questions sur la présence de cette cave dans une région au climat humide (3 à 4000 mm/an), tout sauf propice à la vigne. Peut-être que les raisins sont vendangés dans une vigne plus au sud et vinifiés ici? Une pratique courante en Nouvelle-Zélande où la récolte peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’être pressée. Purangi Estate produit du vin local: les fruits sont tous issus de vignobles poussant sur la péninsule. Je vous passerai les détails cette fois : sauvignon blanc, chardonnay ou encore pinot noir ne développent par les saveurs de leurs cousins méridionaux: un final très acide pour les blancs et une amertume prononcée pour le rouge ne m’emballent pas. Les producteurs, conscients de leurs problèmes, se sont recentrés sur d’autres produits : liqueur de prunes, feijoas – excellente – ou de miel de manuka – une merveille -, arak ou pastis, cidre de pommes ou de feijoas, vins de kiwi, … Le choix est large. Après avoir testé leur produit populaire, je dois reconnaître que la qualité est bien meilleure que celle de leur vin. Pour la petite histoire, alors que je savais que le kiwi est originaire de Chine, je supposais que le feijoa, malgré son nom, était un pur produit néozélandais. Mais cette plante fut à l’origine ramenée du Brésil et de l’Uruguay en Europe pour ses fleurs rouges très ornementales, avant d’être amenée sur Aotearoa par les colons. La fleur rouge du feijoa, si belle, se confond avec celle des pohutukawas, si bien que son aspect décoratif a disparu. C’est à ce moment que les colons ont remarqué la présence des excellents fruits. Aujourd’hui, il est encore possible de trouver des feijoas sur le Vieux-Continent, en Espagne, Italie ou le Sud de la France, où l’arbre n’est toujours qu’apprécié pour sa floraison.

Sur les conseils de Dani, l’un des producteurs, je me rends jusqu’à Shakespeare Cliff, du sommet duquel la vue porte sur tout Mercury Bay. Une fois de plus, le nom fut donné par le Capitaine Cook, lorsque ce dernier ancra l’Endeavour dans cette baie afin d’y observer le transit de Mercure du 5 au 15 septembre 1769. La vue est réellement magnifique et permet de prendre conscience de l’immensité de cette baie, partagée en deux par ce promontoire élevé. 40 kilomètres seront nécessaires pour gagner Whitianga, situé de l’autre côté, où je remplirai une dernière fois le réservoir d’Hibiscus. Après avoir coupé à travers les terres, escaladant les collines, je quitte la SH25 à Kuaotunu et m’engage sur une route gravillonnée en direction de l’est. Les montées sont encore plus impressionnantes: je n’atteindrai péniblement que les 25 [km/h] par endroits. Mais le jeu en vaut largement la chandelle: je découvre à Otama une longue plage de sable blanc, si fin que j’ai l’impression de marcher dans de la silice colloïdal. Sous mes pas, le crissement aigu des grains se fait entendre à chaque enjambée, lorsque mes souliers marquent la plage de leurs empreintes. Je roulerai jusqu’à Opito Bay, où le Lonely Planet décrit la plage comme l’un des secrets jalousement gardé des Coromandel. Pour ma part, je considère que la précédente est bien plus magique.

De retour sur la SH25, je flâne le long de la côte pour profiter de quelques avancées rocheuses, parfois occupées par des locaux pêchant ou profitant de tricoter au soleil. De retour dans les terres, je suis le rivage de Whangapoua Harbour, une immense rade découverte à marée basse, jusqu’au village éponyme où la route se termine en cul-de-sac. Mais, de là, il est possible de gagner New Chums Bay, une plage presque toujours déserte. L’accès semble relativement aisé, excepté le premier obstacle, une rivière à traverser. La marée étant haute, la profondeur du cours d’eau est d’autant plus élevée. Un local me confirme qu’il s’agit bien de l’unique chemin. Il me met en garde contre le crépuscule qui sera là d’ici une bonne heure et que le retour peut s’avérer quelque peu scabreux de nuit sur les boulders de la grève. La frontale accrochée à mon sac le rassurera, et, juste avant de partir me lance un « profitez bien de cette plage, elle est classée dans les sept plus belles du monde ». Chemin faisant, je rencontre trois gars – un montréalais et deux bulgares – cascadeurs durant le tournage de Spartacus, une série télévisée. Cascadeurs de profession, mais de véritables poules mouillées à entendre leurs cris lorsqu’il s’agit de traverser une fraîche rivière. Chemin faisant, je les laisserai bien derrière, et arriverai à New Chums avec les derniers rayons du soleil. Une véritable splendeur, sans doute la plus belle plage que j’aie vue : forêt exubérante, le sable fin et blanc du sommet des dunes devenant plus grossier et se teintant de pourpre au niveau de l’eau, falaise ornée de cailloux, présentant des strates multicolores – noir, blanc, orange, ocre et même rouge –, parois basaltique, blocs épars sur la plage, dont la coloration si cramoisie de l’un le fait paraître artificiel. Je n’aurai qu’un seul regret: celui d’être arrivé après le couchant. De jour, les couleurs ravivées par le soleil doivent être grandioses. Au retour, j’escaladerai la tête, située à l’est de la baie. La vue sur la plage en contrebas vaut l’effort fourni pour y arriver. Je n’y resterai pas longtemps, juste encore quelques minutes en raison du panorama, se terminant avec les crêtes des montagnes se découpant dans le ciel orangé.

De retour à Hibiscus, alors que l’obscurité voile le paysage, deux choix s’offrent à moi. Le premier est de trouver un coin peu éloigné pour y camper et revenir à New Chums demain matin pour profiter de cette merveille, au risque d’une amende salée pour camping sauvage de la part de la vigilante police des Coromandel, ou simplement suivre mon plan initial et rouler jusqu’à Fantail Bay, situé presque au bout des Coromandel. Malgré les huitante kilomètres restant à parcourir, la deuxième solution l’emportera. A l’instant où je franchis le col me menant sur la côte ouest, je crois être retourné d’une demi-heure dans le passé, tant la luminosité est redevenue plus importante. Toutefois, le répit ne sera que de courte durée: un voile sombre s’étendra sur Coromandel Harbour et son chapelet d’îles bien rapidement. A Coromandel Town, il ne me reste plus que 25 kilomètres de routes goudronnées à parcourir, avant d’entamer les 23 derniers sur le graviers. La route se tortille au gré des caprices costaux, grimpe, descend, vire à gauche, se courbe à droite, une vraie montagne russe.

Arrivé enfin aux environs de dix-neuf heure, je me parque au bord de l’eau, de manière à ce que le bruit des vagues me berce durant la nuit. Pour souper, avocat en apéro, steak de bœuf, carottes vichy et kumaras grillés aux petits oignons, le tout accompagné d’un ou deux verres de Pinot Noir de l’Otago Central. Et pour dessert, j’ai réussi à trouver un véritable pain aux noix, à la croûte croustillante. Beurré, accompagné du cheddar goûteux et d’un bleu succulent, un vrai régal.

Après souper, la question de ces deux prochains jours se pose. Je décide de passer une dernière nuit en cabane, demain, dans les Coromandel Range. Une randonnée de quatre heures pour y aller, après avoir découvert le Far North de cette péninsule en matinée. En prévision, je retourne derrière mon fourneau à un seul feu préparer mon repas pour demain soir. La facilité du réchauffé permet d’avoir un bon petit plat mitonné, après une dure journée de marche, sans avoir à cuisiner.

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J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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A la découverte du Far North : Waipoua Forest – Auckland

26 04 2011

Frienz, Auckland, 28 avril 2011, 6h45

Alors que je me réveille, dehors la pluie continue à tomber. Quelques œufs brouillés pour le petit déjeuner, par contre le pain n’est pas toasté et me voilà de nouveau dans la forêt de Waipoua, pour la découvrir au petit matin. Dès que j’ai pénétré le couvert, la fine bruine a cessé, mais de grosses gouttes tombent de manière irrégulière. La sente est détrempée par les averses de la nuit, transformée par endroits en véritable mare ou champs de boue.

Si, au crépuscule, la forêt résonne de sons nouveaux pour un petit Suisse, ces derniers n’existent plus au matin, et le silence est de rigueur. Les kauris élancent leur tronc jusqu’à la canopée, les fougères d’argent élèvent leurs longues feuilles à plus de 2 mètres au-dessus du chemin, quantités d’autres arbres et arbustes se développent dans les espaces restants. Le vert prédomine partout, clair, brillant, foncé, électrique, … de toutes ses teintes, il dessine un véritable tableau pointilliste. Au ciel, les nuages blancs étincelants illuminent les frondaisons, noyant dans un halo de brume les cimes. De retour à Cathedrale Cove, je peux profiter de toute sa splendeur, les jeunes kauris, aux troncs élancés, poussent proches du chemin, alors que dans le lointain les fûts massifs des anciens semblent former une barrière pour les protéger. Au milieu trône Yakas; petit moment d’émotion au moment de l’étreindre : mes bras n’en feront jamais le tour, mais serrer un beau gros bébé de plus d’un millier d’années est fantastique.

Yakas, 7e plus grand kauri

Revenant sur mes pas, j’emprunte le deuxième sentier, celui qui me mène à Te Matua Ngahere, Le Père de la forêt. Moins élevé que son grand frère Tane Mahuta (29.9 mètres), il est par contre bien plus baraqué avec son périmètre atteignant 16.4 mètres. Sa présence est cependant toute aussi impressionnante. Poussant à l’intérieur d’une clairière de vieux Kauris, ces derniers apparaissent toutefois chétifs à ses côtés. Un petit moment de recueillement s’impose lorsque pareille majesté est aperçue. Le troisième sentier, quant à lui, mène à Four Sisters, quatre kauris poussant côte à côte. Si l’élégance de l’ensemble est admirable, ils sont moins impressionnants que les trois précédents.

Te Matua Ngahere, le plus large kauri du monde

Retour au campervan pour la suite de la journée. Un petit regard sur la carte pour planifier mon itinéraire qui doit me conduire sans faute à Auckland, où je dois rendre le véhicule à 4 heures. Depuis Dargaville, éloignée de 60 kilomètres, il faut, d’après le planificateur routier, compter 3h00 pour atteindre la ville. Comme il n’est qu’à peine 8h30, j’ai du temps devant moi pour visiter le musée du kauri à Matakohe, et faire encore une ou deux petites haltes. A quelques kilomètres de la fin de la forêt, un panneau brun indique « Waipoua Forest Lookout »: je m’empresse de tourner sur le chemin non-carrossé, où l’eau ruisselle en deux larges sillons ocres, de part et d’autre de la route grise. J’arrive bientôt au sommet de la butte, où s’élève un kauri au tronc si fin, que sa naissance date de la dernière décennie. Toutefois une plaquette de cuivre vous apprend qu’il est déjà âgé de plus de 30 ans. Un poste d’observation érigé non loin de là permet de prendre de la hauteur et voir la forêt s’étendre à perte de vue sur des terres montagneuses. Enfin, quand je dis à perte de vue, cela doit être quand il fait beau, car les nuages restreignent quelques peu mon horizon. Si le panorama sur la forêt est beau, il est moins impressionnant que ce à quoi je m’y attendais, tout semble si égal, aucun arbre n’élance ses branches à travers la canopée, aucune clairière ne forme un trou dans la surface végétale. La forêt est bien plus belle de dedans qu’admirée depuis l’extérieur.

Waipoua Forest depuis le point de vue

Je reprends la route, direction Dargaville, la capitale du Kumara : la région produit plus de 80% de celles consommées en Nouvelle-Zélande. Toutefois, à mon grand regret, je ne verrai aucun champ. Par contre, la région est encore plus monotone que celle que j’ai traversée précédemment. Dans l’idée, elle m’a fait la même impression que lorsque l’on traverse les grandes étendues céréalières au sud de Paris : greniers à grains pour La France, réserves de patates douces pour la Nouvelle-Zélande. Avant de partir, Tom, Quentin et Erwan m’avaient prévenu que depuis quelques kilomètres avant cette ville, et jusqu’à rejoindre la côte Ouest, il y avait bien peu de choses à voir.

Alors, quand j’ai vu un signal marquant Maungaraho Rock, tout en apercevant une énorme éminence rocheuse surgir du paysage, telle la nageoire dorsale de quelque créature marine, je n’ai pu m’empêcher de m’approcher. Un petit détour en rase mais ondulante campagne, sur une route serpentant à flanc de collines, m’amène à son pied. Un panneau quelques peu défraîchi annonce « Maungaraho Rock Scenic Reserve », toutefois il ne porte pas les couleurs officiels du DOC, et met en garde que le sommet ne peut être atteint que par des randonneurs de bon niveau. Ayant été quelque peu déçu par les marches facilitées par la préparation parfaite des chemins en Nouvelle-Zélande, je ne peux louper pareille occasion de retrouver une véritable sente sur laquelle seuls des touristes égarés doivent y marcher. Je ne serai pas déçu: à peine tracé dans les hautes herbes, aussi étroit que la largeur d’une chaussure, aussi capricieux que le relief : montant, descendant, contournant quelques obstacles, ce sentier est pittoresque. Je mettrai même presque 5 minutes à trouver l’embranchement pour gagner le sommet. C’est alors que j’ai compris la mise en garde: pareil que la montée à la Pierre Avoi, avec quelques passages scabreux. Les rochers à escalader sont patinés par le temps, leur coefficient de glisse intrinsèque déjà particulièrement élevé est plus que doublé par les averses ayant mouillé la pierre. Une corde accrochée à quelques pitons rouillés, solidement enfoncés dans le roc est d’un grand secours et mène à une échelle, non métallique, mais faites de barreaux en bois, liés par des filins métallique à gaine plastique, attachés au sommet de la dalle. Assemblage quelque peu brinquebalant, mais qui permet d’arriver jusqu’à mi-hauteur. Le chemin parcourt en équilibre la crête entre divers petits arbustes. Mes habits en ressortent complètement trempés, ayant absorbés la fine pellicule d’eau présente sur chacune des feuilles de ces arbrisseaux. J’arrive enfin au sommet, où trône fièrement un panneau de triangulation. Comme ce dernier est déjà orné par deux signatures, j’y rajoute la mienne ainsi qu’un logo bien connu dans les environs de l’EPFL. De fait,  la vue est magnifique sur les pâturages de la région, où quelques bosquets et cailloux épars ajoutent un peu de dynamisme au paysage.

Une échelle brinquebalante

De retour sur la terre ferme, je me remets en route, direction Matakohe. Au premier carrefour, je poursuis mon chemin sur la route goudronnée. Mal m’en a pris car il mène dans la mauvaise direction. S’ensuivent quelques tours et détours dans la cambrousse néozélandaise, les fermiers ouvrent de grands yeux ronds en voyant passer un campervan de location sur leurs routes gravillonnées. Le paysage correspond bien à une région agricole, qui finalement se ressemble dans les pays industrialisés, et je fixerai cet instant sur pellicule.

La cambrousse dans l'arrière pays entre Dargaville et Matakohe

J’arrive finalement au musée du Kauri, après avoir parcouru une quinzaine de kilomètres supplémentaires. Si maintenant vous connaissez le kauri en tant qu’arbre, sa résine, ramassée par les gumdiggers jusqu’au début du siècle passé, le travail des kauris de marais, exhumés après plus de 40’000 ans passés sous terre, il est temps de s’intéresser à la dernière facette de cette industrie. L’abattage des kauris pour la charpenterie et la menuiserie. En raison de leur forme particulière, avec des branches ne poussant qu’à la frondaison, des troncs larges, il est possible de débiter dans leur fût un nombre impressionnant de planches au bois exempt de défaut. Toutefois, le travail pour abattre un de ces arbres est proportionnel à son diamètre et si les techniques de bases sont celles des forestiers européens, les outils sont quelques peu disproportionnés avec des scies de 3 mètres de long, peu à peu remplacées par des tronçonneuses rallongées. Les attelages comportaient jusqu’à 12 bœufs pour tracter des tiers de tronc en dehors de la forêt. Une tout autre dimension. Le musée est focalisé sur le travail lié au kauri et présente nombre d’attelages, d’outils, entre autre une collection exceptionnelle de tronçonneuses, un vénérable tracteur Caterpillar aussi puissant que 120 bœufs et nombre de planches issues de kauris soit abattus, soit exhumés des marais, conservés en tant que témoignage. La pièce maîtresse est sans nul doute, la planche centrale découpée dans un arbre, allant de sa frondaison jusqu’à ses racines. Une scierie y est d’ailleurs complètement reconstituée, avec d’anciennes scies récupérées. Il ne faut pas imaginer la scie à main, mais plutôt le modèle industriel, soit capable de découper un tronc en deux, soit celle faites pour débiter des six planches en une seule passe à partir d’une poutre massive. L’exportation de ce bois vers l’Australie ou l’Amérique fut une des mamelles de la Nouvelle-Zélande lors de sa fondation. La construction navale y est abordée, le bois de kauri étant particulièrement aimé : stable, durable, imputrescible, facile à travailler en raison de sa souplesse et de sa robustesse, et apprécié pour la longueur des planches.  Toutefois, il narre aussi l’histoire de cette région qui fut prospère quand les kauris étaient nombreux au travers de nombreux objets de la vie quotidienne. La visite se termine par la découverte d’une impressionnante collection de gums dans une chambre forte au sous-sol. Un musée splendide que je vous recommande chaudement de visiter si un jour vous venez en Nouvelle-Zélande. Si ma visite n’a duré que deux heures pour des questions logistiques, je pourrai facilement y passer deux à trois supplémentaires sans m’y ennuyer.

Une impressionnante collection de tronçonneuses

Quittant le musée, je descends d’une seule traite jusqu’à Auckland, un ou deux petits arrêts en court de route pour ravitailler le moteur et en essence et le réchaud en GPL. Je profite d’emprunter le seul tronçon à péage de Nouvelle-Zélande, une portion de route entre Silverdale et North Shore. Je ne serai pas déçu : il faut s’imaginer une véritable autoroute comme il en existe des kilomètres en Suisse : deux voies plus celle de l’arrêt d’urgence dans les deux directions, bernes centrales, tunnel à deux tubes, revêtement agréable à rouler, … un véritable ovni dans le paysage routier. J’arrive à Auckland vers 15h15, le temps de remplir le réservoir, nettoyer un peu l’intérieur du bus et je le rends avec à peine 10 min d’avance sur l’horaire.

Magnifique road trip, 1352.4 kilomètres, un peu plus de 1000 photos, dont une bonne partie termineront à la poubelle, de belles découvertes et une superbe introduction à la Nouvelle-Zélande, je me réjouis de partir à la découverte de l’île du Sud. Aller! Une bonne douche, un bon plat de pâtes et une bonne nuit. Enfin, pas si bonne que ça, j’avais oublié le tumulte dont une ville comme Auckland est capable. Sans compter l’alarme à incendie qui s’est déclenché vers 23h30, conduisant à l’évacuation complète du backpack! Toutefois fausse alerte, les pompiers, arrivés quelques minutes après, n’ont rien découvert de spécial.  J’ai adjoint un petit questionnaire sur les objets que j’ai embarqué avec moi, lors de son déclenchement.

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