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19 08 2012

[update : les nouveaux épisodes sont en caractère gras, les anciens épisodes comportent un astérisque en début de ligne]

J’ai eu un peu de temps pour vous narrer le début de mon périple breton.

Ainsi qu’une petite semaine passée sur le haut de Chesières, entre farniente et balade

Ainsi qu’une balade à *Romainmôtier. et une excursion à Zürich pour participer à la Limmatschwimme.

Je vous demande encore un peu de patience pour les titres, dont les récits ne sont pour l’heure qu’à l’état d’ébauche dans ma tête.





Retour en Suisse

21 07 2012

Ecublens, le 29 juillet 2012

Conquet – Brest – Rennes – Lyon – Genève – Ecublens

Il est juste passé 6h00 quand je me réveille. L’aube est déjà là, mais le soleil n’a pas encore surgit derrière l’horizon. Bien décidé à profiter de cette dernière demi-journée, je m’habille rapidement dans un silence religieux pour ne pas troubler la quiétude de la maison, saisi mon appareil photo, monte délicatement à l’étage pour ne pas faire grincer les marches et ouvrir la porte. Bip. Bip. Un signal retentit. J’ai oublié l’alarme. En quelque sorte, de toute manière je ne sais pas où elle se débranche. Je referme la porte, restant immobile à l’intérieur, attendant à voir surgir Francis de la chambre. Ce dernier ne tarde guère et débranche le dispositif pour me libérer.

Je descends jusqu’au bord de la ria. La marée est encore haute et la mer a envahi les prés salés, un voilier flotte sur les flots. Aucune brise thermique ne vient troubler le parfait miroir de l’aber. L’eau limpide reflète la lisière de la forêt, les amarres des voiliers, et même la brume qui s’évapore délicatement sur l’autre rive. Douce volupté du matin naissant, je profite de cet instant majestueux qui me rappelle le lever de soleil sur Matheson Lake en Nouvelle-Zélande. Un moment tout aussi magique où l’eau semble s’être changé en mercure tant sa surface est immobile. Au-dessus des crêtes, les premiers rayons s’égayent dans un ciel bleu aux nuances mauves. A l’apparition du disque solaire, les reliefs bleutés se parent d’anthracite, alors que le ciel, baigné dans une clarté orangée, se refléter sur la ria à la surface moirée par une brise légère.

Quiétude matinale

Quittant mon état contemplatif, je longe la berge jusqu’à l’ancienne usine d’iode que je contourne. De l’autre côté, tant les murs de la rampe de mise à l’eau, que ceux de la maison se parent d’ocre. Un subtil jeu d’ombres et de lumières se déroulent devant moi. Ombres chinoises d’arbres, raies lumineuses, tout évolue minute après minute. Peu à peu, le soleil s’élève, projetant ses rayons de plus en plus loin sur le bourg encore endormi. Les ombres nocturnes reculent, les façades dorées donnent un petit air du sud à ce village breton. Le long de la grève, je découvre une petite crevette blafarde à la limite des flots, stade primaire de son développement de crustacé.

Vue sur la ria depuis le pont aux rembardes bleues

Traversant la ria sur le pont aux rambardes bleues, à mi-chemin je me plonge dans l’ombre. Le soleil ne s’est pas encore levé sur l’autre rive. Poursuivant mon chemin, je passe devant l’imposante entrée de la ferme fortifiée de Cosquies, avant d’admirer la façade arrière de la longère où séjournait il y a fort longtemps les troupes du roi. Devant moi s’étends la presque-île de Kermorvan, réserve naturelle. Comme pendant ces derniers jours, je suis le GR34, surplombant de quelques mètres le port du Conquet. Face à moi se dresse tout le village, en premier plan, la maison du seigneur avec ses formes si caractéristiques et le petit escalier menant jusqu’au bord de l’eau, où sont ancrés trois vieilles barques.

Le Conquet qui prends un petit air du sud

Enfin, au détour d’une pointe, la silhouette carrée du phare de Kermorvan se détache au-dessus des rochers. Sur la même avancée rocheuse un fort d’inspiration Vauban fut construit à l’époque des rois de France pour protéger le Conquet des invasions anglaises et hollandaises. Plus tard, les allemands y creusèrent un blockhaus. D’ailleurs tout l’éperon arbore de nombreuses casemates de béton, comme autant d’épine que sur un porc-épique. Si j’avais eu plus de temps, je n’aurais pas hésité à passer outre l’interdiction pour m’approcher du phare. Il faut dire qu’avec les trois façades côté mer enduites de blanc, et la dernière, laissée à l’état naturel, qui exhibe ses pierres, il est très photogénique.

La presque-ìle de Kermorvan avec le phare éponyme

Poursuivant ma route je m’enivre de cette odeur iodée que m’apporte à chaque souffle le vent marin. Lorsque j’arrive face à l’Îlette où est érigé un fort, la marée est descendante depuis plus de deux heures. Là, dans cet étroit passage entre la côte et l’île, une ligne de démarcation s’est créée. D’un côté le flot de la marée descendante rejoint l’Atlantique. Les lignes de courant sont marqués telles des filets rectilignes. Puis soudain, la bataille se déchaîne, là où se rencontre le fort courant et la houle marine. Un fort ressac se crée, formant un triangle allongé, là où existent les hautfonds. Immuable, invariable chaque six heures, depuis des millénaires et pour des centaines d’années, cette bataille se déroule. Bien que l’envie ne me manque pas de visiter le fort, je ne prends pas le risque de traverser. Si la profondeur me semble faible, le courant est fort. Ce serait dommage de m’arrêter ici après avoir bu une trop grosse tasse. Ma balade est presque terminée, me voici à la plage des Blancs Sablons. Comme dans un rêve, en ce matin ensoleillé, je suis seul. Aucun touriste ni locaux n’est encore venu foulé la plage ce matin.

Plage des Blancs Sablons

9h15, de retour à la maison, les enfants viennent tout juste d’émerger. Le déjeuner se transformera en véritable brunch où les andouilles côtoient la confiture de mur, le fromage s’accompagne de pains, beurre salé et sucre se fondent en un caramel sur les crêpes réchauffées. Un vrai régal.

Le temps passe trop vite, ces cinq jours ont glissé entre mes doigts comme du sable. Il est bientôt l’heure de partir, mais j’ai encore le temps de partager un dernier apéro avec la famille au complet. Quarante minute après avoir savouré un dernier pastis face à la ria, je suis assis dans le TGV, direction Rennes, Lyon puis Genève et enfin Ecublens. Sur le chemin du retour je profiterais de me reposer de ces longues journées. Il me faudra bien une ou deux bonnes nuits de sommeil pour récupérer complètement.

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Huelgoat

12 07 2012

Trajet : Guiclan – Saint-Michel-de-Bretagne – Brennilis – Huelgoat – Loperhet

Chesières, le 8 août 2012, 900

Culinairement parlant, la France possède un grand avantage sur la Suisse, en tout cas pour les régions côtières. Le beurre salé est presque le Saint-Gall du petit déjeuner. Tartiné sur des tranches de pains grillés, il se marie à merveille avec confiture et miel. Un délice, qui me manque bien souvent dans mon pays natal. Trêve de digression gastronomique, Léna et moi partons en direction de Huelgoat, au cœur de l’Argoat, le pays des bois, celui de la Bretagne enchantée où vivent encore les Korrigans. La météo est d’ailleurs idéale pour s’imprégner des mythes et de la magie qui recouvre encore aujourd’hui les landes bretonnes. Le  crachin n’a pas cessé depuis mon lever, des volutes de nuage glisse au-dessus du paysage, des bourrasques soufflent parfois, ajoutant une touche de mystère au paysage assombri.

A la sortie de Guiclan, Léna m’amène sur les chemins de traverses, où à chaque carrefour s’élèvent des calvaires, dont la plupart porte de petites bosses sur leur tronc. Dressé lors de la Grande Peste pour éloigner le fléau, ces dernières symbolisent les bubons de la maladie qui se développaient près des glandes. Elle m’amène vers un but précis. Nous nous arrêtons auprès d’un calvaire dont une des sculptures pose de nombreuses questions. Si les têtes de mort sont souvent représentées sur ces monuments, il est rare qu’elles soient accompagnées de tibias entrecroisés. Pourtant il arbore ce motif particulier sur sa face nord-ouest. Léna me raconte qu’après avoir effectué quelques recherches, elle a dû se rendre à l’évidence que personne ne connaît vraiment l’histoire de calvaire – pendant longtemps resté inconnu au registre –. De même, aucun historien n’a encore donné une explication rationnelle pour ce type d’ornementation, tant les calvaires arborant ce motif sont peu nombreux et disséminé dans la Bretagne. La légende voudrait que ces calvaires aient été érigés sur des chemins empruntés par des corsaires. D’ailleurs, si vous y venez au soleil couchant, tête de mort et tibia rougeoient dans les dernières lueurs du jour, corroborant cette dernière thèse.

Tête de mort et tibias entrecroisés

Nous pénétrons peu à peu dans l’intérieur des terres, la consonance des noms de villages m’est familières, Saint-Thégonnec, Plouméour-Ménez, Comana, … autant de réminiscence de mon enfance. Les reliefs s’élèves, la végétation se fait plus courte, les brumes s’accrochent sur le roc des Monts d’Arée. La route s’avance à flanc de coteau, en contrebas j’aperçois le réservoir de Saint-Michel, sur la rive opposée la tour circulaire en béton de l’ancienne centrale nucléaire des Monts d’Arée et sur sa droite les marais de Yeun-Elez, pays mystérieux, royaume des feux follets. Arrivé à la hauteur d’un panneau pointant la direction du Roc Trévézel, nous nous arrêtons. Après que Léna m’ait affirmé qu’elle lirait en m’attendant, c’est sans scrupule que je l’abandonne à la voiture pour gravir le plus haut sommet de Bretagne. Les herbes sont recouvertes de gouttes de pluie, la bruine a rendu le seul boueux, par endroit l’eau ruisselle sur le chemin comme dans un petit ru. Montant à travers la lande, je passe entre deux gros rochers, telles des sentinelles veillant sur le Roc et débouche sur un court replat. De l’autre côté telle l’échine d’un dragon endormi, le Roc Trévézel se dresse allongé d’est en ouest. Je m’empresse de gravir au sommet. La Bretagne s’étend à mes pieds, tout autour de moi. Très rapidement le paysage étalant toute la palette des verts autour de moi se nappe de gris bleuté avant de se confondre au loin avec les nuages.

Roc Trévézel

A mesure que nous nous approchons du Mont-Saint-Michel-de-Bretagne, l’apparence vaporeuse aperçue de la chapelle sise à son sommet prends consistance. Petite, râblée, surmontée d’un minuscule clocher, elle est ancrée au sommet du mont, défiant depuis des siècles les terribles vents d’Ouest. Mis à part une petite aire abritée où s’épanouissent de beaux épis sauvages, le sommet du Saint-Michel est recouvert d’une herbe rase, desséchée par les vents. En contrebas du point culminant, je découvre la chapelle, sa sombre silhouette trapue se découpe sur le blanc céruléen. Mousses et lichens s’accroche sur ses murs de pierres, dans lequel s’ouvre deux portes bordeaux. L’une petite, à moitié ouverte, s’ouvre sur son flanc droit, accessible par une volée d’escalier. L’autre, large, fermée à double tours, occupe la façade sous le clocher. Deux vitraux donnant sur le chœur complètent les seules ouvertures sur le monde extérieur de cet espace clos. L’intérieur est sombre, dépouillé de tout mobilier. Une stèle ornée de motif celtique fait face à la porte. Contre le mur du chevet, une table de granit posée sur deux pierres en guise de tréteaux fait office d’autel. A droite, un bénitier est taillé dans une pierre enchâssée dans le mur. Alors que dehors le vent sifflait dans les oreilles et que la pluie cinglait les pierres, un calme mystérieux règne à l’intérieur. Ce lieu est un véritable sanctuaire, à l’abri des éléments extérieurs. Sur les rebords des fenêtres et sur l’autel reposent des pierres. Chacune portant un remerciement ou un vœu à l’intention de Saint-Michel, à l’instar de trois filles qui ont écrit « Merci Saint-Michel de nous avoir abrité par une nuit froide et venteuse ». Appréciant la quiétude des lieux, et la douceur qui en émane, cette endroit est effectivement parfait pour s’abriter si un jour je devais voyager à pied à travers la Bretagne.

Le Mont Saint Michel de Bretagne

Dernier détour avant Huelgoat, nous passons encore par Brennilis. Première halte dans le hameau de Nestavel, situé au bord du Réservoir Saint-Michel. Un barrage constitué de multiples voutes posées les unes à côtés des autres retiennent les eaux noires du lac, qui ont servi à refroidir le cœur nucléaire de l’ancienne centrale, aujourd’hui en démolition. L’ambiance est sombre, les marais du Yeun-Elez et les esprits du Youdig ne sont pas loin. Il serait facile d’imaginer que sous la surface se cache quelques organismes mutant, des monstres aux multiples tentacules prêt à surgir pour vous emporter au plus profond du lac. Caché à l’intérieur des terres, sous un grand hêtre, connu sous le nom de Ti ar Bondiged – littéralement la maison des fées – le tumulus de Brennilis se dresse depuis plus de 5000 ans. L’imposante sépulture (17×3.5m) est composée d’un tertre piriforme ceint d’une ceinture de pierre verticale, dont il manque la partie arrière. Au centre de la chambre, une pierre dressée pourrait être l’équivalent des stèles contenues dans les dolmens à couloirs, plus ancien, ou simplement le reste d’une cloison. A l’instar des menhirs, bien que la signification des tumulus, témoins de croyances et de rituels d’une époque révolue, reste incomprise, leur présence est plus que suffisant pour amener notre esprit à écouter les légendes qui flottent dans les airs.

La Pierre Tremblante

C’est ainsi que nous sommes finalement arrivé à destination au beau milieu de l’après-midi. Fidèle à son nom breton, signifiant littéralement le Bois (koat) d’en Haut (huel), le village d’Huelgoat, sis sur les rives d’un lac se perd dans une forêt de hêtres. Rempli de magie, la frondaison d’un vert électrique, contraste avec l’humus, couleur feuilles mortes. Entre les troncs moussus qui s’élancent vers le ciel, des dalles de granit affleurent la surface, recouvertes de lichen.  En bas d’un escalier taillé dans un énorme rocher, nous arrivons face à la Roche Tremblante. Imaginez un imposant bloc de granit de section carrée de 3 mètres de côtés, long de 7 mètres et pesant pas moins de 140 tonnes. Posée sur un simple pivot, son équilibre est tel qu’une petite poussée dans un endroit spécifique permet de faire osciller la Roche Tremblante. Pour enjouez les touristes, un jeune homme propose ses services en échange de quelques pièces. Après m’être enquis de la position du point d’appuis, je m’adosse à la pierre et en remuant légèrement mon derrière, elle se met à bouger. Peu de force est nécessaire pour la mettre en mouvement, par contre la sensation est grandiose de ressentir le retour du roc à chaque oscillation.

Un petit détour nous amène à remonter un ruisseau jusqu’au pied d’une colline. A son sommet, à peine visible entre dans les feuilles trônent le Champignon. Au début, je n’aperçois qu’une succession de boule de granits, ce n’est qu’en gravissant l’éminence que je m’aperçois que la plus grosse des boules, pesant près de 200 tonnes, reposes en équilibre sur un rocher plus petit.

Le Champignon

En redescendant le val en direction du Fao, connue aussi sous le nom de rivière d’Argent, nous entendons quelques notes issues d’un fifre. Comme de nombreux noms bretons, le court d’eau endosse un patronyme emblématique des espèces végétales locales, Fao signifiant hêtres. Arrivé à la source de la mélodie, en face de nous se dresse un véritable chaos : des blocs de granits de toutes tailles gisent pêle-mêle. Les unes recouverts de mousses, les autres encore nues reluisent d’humidité. Les arbres se sont enracinés sur les dômes, des arbustes poussent entre les interstices. Partout le doux murmure de la rivière s’entend, gargouillant entre les roches. Je me faufile dans un étroit passage entre deux rochers pour aller jusqu’au Ménage de la Vierge. Dans une goulotte où aujourd’hui l’eau s’écoule tranquillement, avec un peu d’imagination il est possible de distinguer une marmite, une baratte et une cruche. Remontant à la surface, nous remontons la rivière jusqu’à son embouchure. Plus qu’une simple balade, je suis subjugué par la beauté des lieux. Tout est statique et pourtant si vivant, comme si une énergie cherchait à sortir de terre. Je commence mieux à comprendre pourquoi un conteur breton Patrick Ewen était presque estomaqué que je n’y ai pas encore été.

Le Chaos du ménage de la vierge

Un panneau indiquant « Grotte du diable » me mène au bord d’un roc, d’où une échelle en fer rouillé descend abruptement. Arrivé en bas, il ne me reste plus qu’à m’enfoncer dans la semi-obscurité d’une grotte. Dans l’assourdissant vacarme du grondement de la Rivière d’Argent, seul une mince rambarde m’empêche de glisser sur le roc humide et de me retrouver dans ces eaux vives. Faiblement éclairé par une ouverture dans la voûte, au-dessus du flot le visage d’un homme se dessine dans l’obscurité, qui paraît-il est la face du diable. La légende veut que quiconque descends dans cette caverne se présente aux portes de l’enfer. Sur le chemin, dans nonante-neuf auberges des fées diaboliques vous proposent du vin. En guise de rachat de ses péchés, seul le voyageur complètement sobre évitera la damnation. Un autre mythe, plus réaliste cette fois-ci, raconte qu’un partisan de la révolution, poursuivi par des chouans s’y était réfugié. Pour combattre le froid, il alluma un grand feu de branchage. Ses ennemis ne tardèrent pas à descendre dans la grotte. Coiffé d’un chapeau enfiché de deux plumes rouges et armés d’une grande fourche, l’ombre projetée par le feu terrifia les visiteurs qui s’enfuirent en criant « Au diable, Au malin ! ».

Le Visage du diable dans la grotte

De retour à la surface, arrivé au terme de la balade, nous contemplons le Chaos du Moulin. Encombrant lit de la rivière, un amoncellement de rochers de tailles bien plus impressionnantes que celui du Ménage de la Vierge font bouillonner les eaux. Surmontés par de magnifiques arbres élançant leurs branches tortueuses, l’endroit est un peu inquiétant. Le géant Hok Bras, aussi connu simplement sous le nom de Gawr (géant) à Saint-Herbot, traversait le Bois d’en Haut. Les habitants d’Huelgoat, très pauvre n’ayant pu lui offrir guère plus qu’une bouille d’avoine, il continua sa route, toujours affamé. Arrivé au-delà des Monts d’Arrée, une tribu réussi néanmoins à lui offrir un copieux repas à même de le rassasier. Parti digérer au bord de la mer, il envoya les gros rochers ronds qu’il trouve en direction d’Huelgoat. Plus récemment, il semblerait qu’une querelle opposait les gens de Plouvé et de Berrien, deux villages situés à égale distance de part et d’autre d’Huelgoat. Mené par leur maître, les habitants décidèrent d’écraser le village d’en face. Toutefois, par manque de force, les projectiles tombèrent à mi-chemin. Aujourd’hui encore, il faut se fier au légende, car les géologues modernes peinent à expliquer la présence d’un tel amas de pierre. Certain propose la solution des blocs erratiques emmenés par des glaciers, d’autre affirme que l’érosion, s’attaquant en premier aux parties plus friable de cette roche hétérogène, aurait fini par isoler des boules aux grains plus fins qui se sont effondrés les unes sur les autres. Si le chaos d’Huelgoat reste célèbre, des formations similaires existent à Toul Goulic près de Lanrivainn, au Coronq à Saint-Herbot ou encore près de Saint-Brieuc où se situe le chaos du Gouët.

J’abandonnerai Léna à nouveau, la laissant dans un charmant petit bistrot surplombant le Chaos du Moulin, alors que je poursuis la visite des lieux, qui me mènera cette fois-ci sur les traces du Roi Arthur. Tout en descendant le long de la Rivière d’Argent, j’apprécie ses charmes : sous une voûte verdoyante, l’eau s’écoule doucement entre les rochers arrondis, teintée d’ocre par les tanins de l’humus. Dans un méandre, à partir d’une rive, un bloc de granit courbé s’élance au-dessus des flots, reposant aux extrémités sur deux rochers. Posé dans l’alignement, une série de pierre permet d’atteindre l’autre rive. Le Pont Rouge, ainsi nommé, est d’une rare beauté, évoluant toute en courbe.

Quittant la forêt domaniale d’Huelgoat, je m’engage sur un large chemin de terre battue qui me mène jusqu’à la Grotte d’Artus, une simple caverne créer par un amoncellement de blocs granitiques aux formes variés. D’après la légende, la pierre plate visible dans le fond est le lit du roi celte, autour duquel font cercle ses compagnons. Toujours endormi, il ne se réveillera que quand le Royaume de Bretagne sera en danger. Un autre mythe affirme que le roi Artus y cacha le trésor qu’il découvrit avec Merlin dans le Val Sans Retour et le laissa sous la garde de Korrigans. Non loin de là, des têtes de sanglier seraient visible sur les rochers bordant la mare aux sangliers. Pour ma part, les rochers sont restés impassibles et je n’ai rien observé. Le coin mérite toutefois un petit détour pour son aspect pittoresque.

La marre aux sangliers

A côté de la Grotte d’Artus, je grimpe dans les bois, suivant un petit sentier encombré par les fourrés jusqu’à un replat, où je rejoins une route forestière. Sans me rendre réellement compte je passe ce qui fut la première enceinte du Camp d’Artus. A l’époque, la muraille était constituée par une double rangée de poutre, dont l’intervalle était comblé de pierraille. Depuis la terre s’est accumulée de part et d’autre, la végétation a colonisé les lieux. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un remblai qui se fond parfaitement dans le paysage. De part et d’autre, la différence de végétation est l’un des seuls indices qui permet de déterminer sa position. Lors des fouilles de 1938, la forêt qui recouvrait l’éperon fut coupée à l’intérieur du camp. Aujourd’hui, n’ayant pas encore retrouvé sa grandeur passée, taillis serrés entrecoupées de clairières forme l’essentiel de la végétation intramuros. Naguère le Camp d’Artus était hanté, et comme dans tous les lieux portant la même réputation, il valait mieux ne pas s’y aventurer la nuit. Des démons apparaissaient sous la forme de feux follets, interdisant l’accès aux imprudents et jouissant ainsi des nombreux trésors qui y étaient enfouis.

Attribué au roi et aux chevaliers de la Table Ronde, les fortifications de ce campement datent de l’époque gauloise comme en atteste le type de construction utilisé pour les murs, décrit par Jules César dans la Guerre des Gaules comme le murus gallicus (mur gaulois). La présence d’une triple ligne de défense, une caractéristique de l’âge du fer, permet de faire remonter l’origine de l’oppidum à une époque plus ancienne. Long de 3 kilomètres, le premier mur courre autour d’un éperon rocheux allongé. A l’extrémité nord, une deuxième, délimitant un réduit d’une centaine de mètre de large pour le triple de longueur, est constituée de remblais s’élevant par endroit à plus de 10 mètres. La dernière ligne est constituée par un bastion occupant une position dominante près de l’entrée.

Au milieu du camp, deux énormes blocs granitiques m’intriguent. Ils semblent s’imbriquer l’un dans l’autre. M’avançant dans l’étroit passage, je me rends compte qu’une des moitiés est elle-même divisée en deux parties. En grimpant sur l’un des blocs, j’ai l’impression de me trouver face à une pomme coupées en trois. Une moitié et deux quarts, chaque portion basculant légèrement en arrière, laissant un interstice égal entre elles. Intégrée dans la deuxième enceinte, je suis le faîte de cette dernière jusqu’au bastion, avant de revenir jusqu’à Huelgoat par le sentier des Amoureux.

Les rochers du Camp D’Artcus

Si Léna, en bonne bretonne, connaît le passé légendaire de la forêt d’Huelgoat, ses connaissances sur l’histoire contemporaine locale sont plus restreintes. Le surnommé de Rivière d’Argent ne fut pas donné au Fao pour la limpidité de ses eaux, mais plutôt pour le métal précieux qu’il était possible d’en retirer. Déjà exploitée par les Celtes et les Romains, la mine connu son âge d’or au XVIIIe siècle, après que le gisement de plomb argentifère fut redécouvert par un ingénieur allemand. Elle devint rapidement la première mine du royaume, employant jusqu’à 2000 personnes, répartis sur deux sites. Durant l’entre deux-guerres, les mines furent désaffectées. Depuis une vingtaine d’année, une association locale essaie de réhabiliter les mines et les installations pour conserver ce patrimoine historique.

Arrivé sur les lieux, au fond du vallon, j’ai l’impression de me trouver au milieu d’une piste sauvage de motocross. Pourtant un panneau rongé par l’humidité indique la direction de la Grande Roue Hydraulique, tandis qu’un autre arbore le symbole de l’information. Sur une planie de gravier, à côté d’un couvert en bois, quatre panneaux d’information, rongé par les intempéries, sont imprimés d’intéressante informations, et surtout d’une esquisse de la situation locale. Peu avant les terrils, l’entrée de l’Ancienne Galerie, connue sous le nom de Galerie des Charioteurs, est à moitié inondée. Elle servait à l’époque non seulement à extraire le minerai dans de petits chariots, mais permettait aussi l’écoulement des eaux de surfaces. Je remonte à flanc de coteau jusqu’au canal inférieur, amenant l’eau nécessaire à l’entraînement de la Grande Roue Hydraulique. Sur un replat au milieu d’une clairière, le lierre grimpe sur les vestiges d’un bâtiment. Planchers et toits ont depuis longtemps disparu, les parois décrépies laissent supposer la présence de six pièces, chacune munie de sa propre cheminée. Ce confort s’explique par la vocation de la maison, qui abritait les ingénieurs. A ses côtés une réplique à l’échelle réduite de la roue et un panneau décrivant l’ingénierie de la pompe, l’évolution et le choix des matériaux, les problèmes rencontrés.

L’ancienne maison des Ingénieurs

En redescendant au fond du vallon, je longe les vestiges d’une construction s’étalant comme un escalier géant le long du coteau. S’étalant en palier, l’Ancienne Laverie permettait de nettoyer le minerai pour éliminer la terre et le débarrasser de sa gangue. Le minerai descendait à l’étage suivant, s’écoulant à travers de gros déversoirs, dont les ouvertures sont encore visibles dans les murs. Au bout du cycle, le minerai était alors amené au Moulin de Sheider, aussi connu sous le nom de brocard, pour être broyé. la visite fut courte mais instructive, j’aurais pu y passer encore une bonne heure pour découvrir au sommet de la colline le puit Humboldt et celui de Poullaba, longer le canal supérieur et même savoir à quoi ressemble l’Aqueduc.

L’après-midi étant déjà derrière nous, il est temps pour nous de rejoindre Loperhet, où habitent les parents de Léna et chez qui je vais dormir ces prochains jours. Avant de quitter les lieux, je m’immerge une dernière fois dans le monde des légendes. Pour une dernière promenade, je remonte le long de l’enchanteresse Rivière d’Argent. Détrempé par les pluies de la journée, la terre battue du chemin s’est transformé en un sentier boueux. Dans la pénombre de fin de journée, sous le couvert de la canopée, les feuilles ont perdu leurs verdoyants éclats, d’ocre l’humus a revêtu une teinte brunâtre. Au bord du Fao, une table de pierre est composée d’un plateau rond, posée sur un fût circulaire. Les arbres plus éparses forment un cercle autour de la marre aux fées. L’eau miroite dans la lumière s’infiltrant dans cette lucarne naturelle. Les couleurs se parent de nuances plus vives, le vert pomme des brins d’herbe contraste avec la couleur alezane de la rivière. Je veux bien croire que dans ce lieu enchanteur, où murmure le gargouillis de l’eau, qu’à la nuit tombée, des fées aux longs cheveux d’or se peignent inlassablement sous la clarté de la lune.

Plus loin en amont, la Rivière d’Argent surgit d’un amoncellement de blocs granitiques. Reflétant le sol couvert de feuilles mortes et colorées par les tanins, ses eaux se parent de reflet rouge. Grimpant sur les rochers, le sentier débarque sur une plate-forme donnant sur un gouffre. Au fond, les eaux tumultueuses du Fao gargouillent entre les parois verticales. D’après la légende, Dahut, la princesse d’Ys, fille du Roi Gradlon menait alors une vie de débauche dans son château de kastell Ar Guibet, édifié sur le promontoire dominant le Gouffre. Chaque soir, elle choisissait un nouvel amant parmi les plus beaux jeunes gens du pays ou ses serviteurs. Le matin venu, elle jetterait alors le corps de son amant dans le gouffre. En visite à Ys, la ville de son père, Dahut ne réfrénait pas ses passions. Sous prétexte d’une sortie discrète, elle donnait à son amant d’une nuit un masque. Sitôt arboré, ce dernier serrait le malheureux à la gorge au point de l’étrangler. L’Homme Noir emportait alors son cadavre jusqu’à Huelgoat et le jetait dans le gouffre pour se débarrasser du corps. Pour la punir de ses cruels excès, la ville d’Ys fut détruite par les flots. Dahut, transformée en sirène par Saint-Guénolé, fut contrainte de venir chanter au Gouffre pour couvrir les plaintes de ses anciens amants. Aujourd’hui il est encore possible d’entendre les airs de la sirène. En tendant l’oreille, j’ai d’ailleurs cru discerné une douce mélopée surgir des eaux.

C’est ainsi que s’achève ma journée sur les traces d’Arthur, des Korrigans et des êtres légendaires. Sitôt arrivé à Loperhet, les retrouvailles avec Michelle et Yves, leur deux autres fils Pilou et Arnaud sont scellées avec un apéro et bon souper.

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De retour en Bretagne

11 07 2012

Chesières, le mardi 7 août 2012

Trajet : Renens VD – Genève – Paris – Morlaix – Guiclan

Pour moi la Bretagne, et surtout le Finistère Nord, est comme mon pays d’adoption. Le mélange de sa nature fruste et sauvage, de ses côtes déchiquetées balayées par des vents iodés, submergées par des marées salées, de son architecture dur et pieuse, du tempérament breton m’ont subjugué dès ma première visite qui remonte en 1994. Alors âgé de neuf ans, mes parents nous y avait amené pour un mois complet de découverte et qui sont sans nul doute les plus belles vacances de mon enfance. En l’an 2000, nous y sommes retournés pour assister aux fêtes maritimes de Brest, et découvrir de nouveaux recoins.  Quatre ans plus tard, rebelote à l’édition suivante. Pour rien au monde, je n’aurais non plus manqué l’édition de 2008, couplée à quelques balades dans les terres et sur les côtes. Deux ans après, je suis retourné pour une semaine de navigation dans la manche entre Paimpol, Saint-Malo et Guernesey, suivi de quelques jours encore plus à l’Ouest pour saluer mes amis. Bref, depuis deux ans, il me manquait ma petite dose de légende bretonne et comme les murailles de Brest abritaient à nouveau les fêtes maritimes, j’ai décidé d’y retourner, là-bas au bout du monde dans le Finistère Nord.

Profitant autant de l’amalgame magique d’un soleil estival et  de pluies intermittentes lié intiment à l’absence de mes parents, le potager est devenu une véritable jungle, où les mauvaises herbes sont plus nombreuses que les plants comestibles, le gazon s’est transformé en un véritable pré où les dents-de-lions poussent drus. La fin précoce du périple grison m’aura permis de gagner de à m’occuper du jardin : tondre la pelouse, désherber le potager, ramasser petits fruits et légumes. Bref, deux jours plus tard il ne me reste plus qu’à faire mes valises et me préparer pour un départ matinal, prévu peu avant 5h30 mercredi matin.

Alors que j’avais prévu de rédiger mes pérégrinations bretonnes pendant le trajet, l’intrigue passionnante des Piliers des Cathédrales de Ken Follet me scotche littéralement aux lignes. Quand enfin j’arriverais à émerger de la prose – à la fin du dernier chapitre –, je me rendrais compte de l’absence de prise électrique dans les TGV. La batterie de mon ordinateur, déjà presque déchargée, ne tiendra qu’une trentaine de minutes, juste de quoi rédiger un feuillet. Qu’à cela ne tienne entre le Lonely Planet et Bretagne Insolite et Secrète, j’ai assez de lecture pour le reste du trajet.

15h34, arrivée à destination dans la gare de Morlaix. Léna m’attends sur le quai de gare, son ventre arrondi comme un globe terrestre. Chaleureuse retrouvaille sous un soleil perce pour la première fois de la journée les nuages. La Bretagne tout entière semble revivre et, abandonnant son morne manteau gris, elle se met à briller de mille feux. Quelques minutes plus tard nous arrivons au port. La ville n’a pas changé, dominée par le viaduc aux multiples arches qui enjambe le Jarlot, les veilles maisons tapissent le fond du vallon, s’accroche sur les versants. Mur de grès, encadrement de granits, toitures d’ardoises, la pierre est l’élément dominant de la construction bretonne. Ma première visite à Morlaix avait été marquée par l’adage de cette cité, maintes fois attaquée par les anglais, « S’il te morde, mords-les », ainsi que par la beauté des lieux. L’excellent souvenir que je gardais de cette cité me poussait à y revenir comme en pèlerinage.

Maison de la Duchesse Anne

Au gré des rues, j’ai retrouvé ces maisons à encorbellement, dont chaque étage supérieur est construit en surplomb du précédent, refermant peu à peu l’espace au-dessus des ruelles et les plongeant dans l’obscurité. J’ai redécouvert ces statues ornant autant les façades en bois, que les angles des maisons en pierre. J’ai revu ces maisons bretonnes du XVIIIe à la façade verticale, austère, symétrique où fenêtres et portes sont ceintes de granits. Enfin, j’ai retrouvé la Maison de la Duchesse Anne, l’un des joyaux architecturaux de Morlaix. Construite en 1539, elle servit d’hôtel particulier à une famille aisée, comme en témoigne sa situation, ainsi que la richesse de l’ornementation de la structure en pan de sa façade en bois, posée sur un premier étage en granit. A l’intérieur, le hall, de la largeur de la maison, s’ouvre sur une vaste pièce dégagée jusqu’au toit, connue sous le nom de lanterne. Ce nom provient de la suspension qui descendait depuis la charpente pour éclairer cette pièce. Une paroi de bois sombre sépare la cuisine, installée dans le prolongement, qui elle-même se termine sur une cour où se trouve un puits. Dans un des coins, les trois étages sont desservis par un escalier hélicoïdal dont le montant central, constituée d’une seule poutre, est finement ouvragé. A chaque palier, il se divise en deux desservants, côté rue les salles situées au-dessus des halles et de l’autre un pondalé menant aux pièces agencées au-dessus de la cuisine. Ce terme est la reprise bretonne du mot pont-d’alée qui désignait en français ce type de pont galerie permettant de traverser l’espace vide de la lanterne. J’arrêterais ici ma description de cette fantastique maison, de plus amples informations peuvent être glanées sur la toile. Une dernière anecdote est liée au problème d’évacuation des eaux de pluie de l’arrière-cour en raison de l’absence d’égout. Pour éviter que l’eau ne s’infiltre dans le sol et finisse par resurgir dans la cave, un caniveau longe le mur intérieur pour laisser ruisseler l’eau jusqu’à la rue.

Tout en déambulant dans les rues, nous passons devant l’église Saint-Mélaine. Je n’aurais malheureusement pas le plaisir de voir ses merveilleuses décorations de style gothique flamboyant, car l’édifice est déjà fermé. Léna tient à m’amener à l’endroit où le Jarlot disparaît, avalé par une voute, pour resurgir plusieurs centaine de mètres plus loin dans le port de Morlaix. Quelques mètres avant, sur l’autre rive, veille maison abandonnée sur l’autre rive possède un petit jardin, que la végétation a complètement envahi. A sa vue, je me demande en quelle petit coin de paradis il serait possible de la transformer.

Au lieu de suivre la route direct jusqu’à Guiclan, nous roulons le long de la rade jusqu’à Carantec. La marée basse a complètement dénudé les rives vaseuses, les balises rouges et vertes reposent à même le limon. A la pointe de Pen-al-Lann, une petite balade nous mène jusqu’au bord du rivage. La vue sur la Baie de Morlaix est magnifique. A gauche de l’Île Noir, le célèbre Château du Taureau, dessiné par Vauban, pour protéger Morlaix des anglais, dresse sa massive silhouette ovale. Un peu plus à l’Ouest, une île sur laquelle se dresse un phare. Il est depuis cette année possible de louer le temps d’un week-end la maison du gardien pour une modique somme. Toutefois, il est nécessaire de prendre son mal en patience, les réservations sont complètes presque jusqu’à la fin de l’année 2014. Encore plus à gauche, je reconnais l’île Calot, accessible avec une route submersible, la ville de Saint-Pol-de-Léon, caractéristique avec ses deux clochers.

Château du Taureau et phare de l’Île Louët

Arrivé à Guiclan, Dan, le mari de Léna, nous rejoint peu après. Il est l’heure de l’apéro pour fêter nos retrouvailles. Comme il est de mauvais ton d’être unijambiste, après un premier petit jaune, son petit frère arrive dare-dare. Après une longue soirée entre discussion, grillade, fromage et digestifs, il est temps d’aller dormir.

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J71 – Sweet Switzerland

21 07 2011

Riddes, Suisse, dimanche le 24 juillet 2011, 10h45 (GMT+2)

21 juillet 2011, le dernier jour de mon périple : ce soir je débarquerai à Zurich, après quelques heures de vol. En attendant, j’abandonne le bacon de veau et les œufs brouillés pour un déjeuner plus léger, avec une triple portion de fruits, quelques mini-pâtisseries supplémentaires (pains aux raisins secs, feuilletés aux abricots, …) bien plus adaptées à ces latitudes. Sept heures trente: je m’aventure une dernière fois dans les rues du vieux Dubaï. Une fois Khor Dubaï traversé en Abra, je m’enfonce dans les ruelles de Deira jusqu’au marché aux poissons. Je ne résiste pas à aller me balader parmi les étals où des centaines de poissons, reposant sur des lits de glace, les yeux brillants de fraîcheur, vous observent. Comme l’autre jour, nombreuses sont les personnes qui tentent de me vendre leur produit ou encore demandent à être photographiées. Le plaisir sera partagé lorsque je revois d’anciennes connaissances. Si je devais à l’avenir un jour repasser par Dubaï, je suis tenu par une promesse de revenir en ces lieux afin de les rencontrer à nouveau. Quittant l’univers marin, je me dirige vers la section des dattes. Après en avoir dégusté un certain nombre, je me décide à en ramener quelques-unes. Je sélectionnerai trois espèces différentes, à un même stade de mûrissement : loin des produits semi-secs que l’on trouve en Europe, leur chair est moelleuse, sucrée, tendre. Les déguster revient presque à manger une cuillère de miel. D’ici 3 à 4 jours, celles que je n’aurai pas mangées se seront complètement liquéfiées, et il n’en restera qu’un sirop.

Les minutes s’écoulent bien trop vite; j’accélère le pas pour rejoindre le Souk aux épices, passant à travers le quartier des confections et des merceries, franchissant le marché aux matelas, celui des jouets, … Les devantures des échoppes du Souk de l’Or étant closes, mes yeux ne se régaleront pas une dernière fois des bracelets ciselés. Les effluves d’épices me parviennent enfin, et au détour d’une sikka je débouche dans la rue principale. Au cours des précédents passages, trois boutiques sortaient du lot: leurs commerçants ne tentaient pas de m’attirer à tout prix à l’intérieur, et répondaient patiemment à mes questions sur les différentes épices, sans vouloir absolument m’en fourguer quelques grammes. Je me déciderai finalement pour celle tenue par un vieil homme vêtu d’une dishdasha beige. Je demanderai  quelques grammes de safran et de la vanille de Madagascar, je sélectionnerai du curry, de la cardamone, du poivre rouge et du piment. Avant de négocier, le commerçant me glisse qu’il est rare de voir un européen avec une telle barbe et me propose un premier prix bien moins élevé que celui de ses concurrents. Quelques minutes plus tard, son dernier prix est de 170 dirhams. D’un air convaincant, je lui explique qu’il ne me reste plus que 155 dirhams. Il finira par céder la marchandise à ce prix, plutôt que de perdre la transaction. Ayant oublié d’acheter des fleurs d’hibiscus pour faire du karkadé, une tisane excellente, je m’arrêterai dans une autre échoppe afin d’y acheter un demi-kilogramme.

Avant de traverser à nouveau Khor Dubaï, je profite de longer une dernière fois les quais bordés des dhows. Comme d’habitude, l’activité y est débordante, des collies trimballent des paquets, de vieux camions grues chargent les véhicules sur les ponts, pneus et pots d’échappement s’empilent dans les soutes, … Pour un peu je serai prêt à embarquer sur l’un des boutres pour découvrir de nouveaux horizons. Au vieux Souk de Bur Dubaï, j’y achèterai encore un bout de tissu. Passant par la boutique d’Assiz, qui m’interpelle depuis le début de la semaine, j’achèterai un lainage en pashmina. Malgré une âpre négociation, qui permettra de baisser son prix de plus de deux tiers, je paierai le triple que dans l’émirat voisin.

De retour à l’hôtel, il ne me reste plus qu’à empaqueter une dernière fois mes affaires. Afin de gagner de la place, mes vieux souliers troués et des habits plus qu’usagés resteront sur place. Malgré ce délestage, il est difficile que tous mes effets rentrent dans le sac. Le problème majeur provient de mon tapis. Impossible de le ranger plié, je finirai par le rouler autour du sac à dos, et d’emballer le tout dans l’étui de protection. Le paquet final est plutôt lourd à soulever ; j’espère qu’il pèse toutefois moins que 30 kilogrammes, je me verrai mal devoir le refaire à l’aéroport.

Midi. Il est l’heure de rejoindre la navette de l’hôtel. Je m’attendais à un minibus, mais le standard de cet hôtel, malgré les faibles prix estivaux des chambres, veut qu’il s’agisse d’une voiture avec chauffeur privé. Après ces semaines à me coltiner mon sac à dos, cela fait bizarre de ne porter que mon petit sac de cabine et de voir le personnel soulever – presque avec peine – mon autre sac. A l’aéroport, il en sera de même, je ne pourrai aller chercher le trolley, ouvrir le coffre ou encore charger mes affaires, le chauffeur s’occupera de tout, et me fournira les dernières explications pour me rendre au check-in.

Mon sac pèse 29.8 kilogrammes sur la balance, 200 grammes de moins que la limite maximale imposée par la compagnie aérienne. Au passage de la douane, l’employé me demande comment j’ai trouvé Dubaï, et sera surpris d’apprendre que je suis parti me balader dans l’arrière pays en plein été. Il me reste un peu moins de 3 heures avant le départ de mon vol. Je me balade dans le gigantesque terminal, erre entre les étagères des Duty Free et craque pour du chocolat en lait de chameau et un ou deux derniers souvenirs. Après avoir marché de long en large dans le bâtiment, je trouve enfin une boîte aux lettres, située à l’autre extrémité de ma porte d’embarquement.

15h30. Je suis confortablement assis dans mon siège. Encore une fois, personne n’occupe la place à côté. Un dernier regard sur la skyline de Dubaï, The World ou Palm Jumeirah qu’il est à peine possible de distinguer au loin, et me voilà parti. Dans un peu plus de 6 heures je me poserai à Zurich. Survolant le golfe arabique, passant au-dessus des pleines d’Ankara, à mesure que l’avion s’approche de la Suisse, la couverture nuageuse se renforce.  Après n’avoir observé que du blanc au-dessus de l’Europe de l’Est et l’Autriche, une trouée me permet de distinguer Stein-am-Rhein. Quel bonheur que d’admirer ce paysage morcelé : si peu de distance entre les villages, des parcelles si petites, des bosquets et des haies éparpillées sur le sol, un paysage oscillant entre le vert des forêts et des pâturages et le beige des champs récoltés. La Suisse est définitivement un bien joli pays, bien plus accueillant que les contrées désertiques des Emirats Arabes Unis. Une fois débarqué, la fraîcheur helvétique m’accueille. Le thermomètre n’indique pas plus d’une quinzaine de degré, un choc thermique que mon corps n’appréciera pas beaucoup.

De l’autre côté de la frontière, Vanessa m’attend. Elle sera pliée en deux de rire lorsqu’elle me verra déballer mon paquet, afin que je puisse mettre mon sac sur le dos, le tapis, roulé, accroché sur ce dernier. Avant de rejoindre son domicile, je propose une petite halte à Zurich, à la Rheinfelder Bierhalle, à Niederdorfstrasse 76. Dans ce restaurant ouvert en 1870, découvert lors d’un cours de répétition de l’armée suisse dans les environs, on y déguste le Jumbo-Jumbo Schnitzel, un gigantesque cordon-bleu, dépassant de part et d’autre de la grande assiette. Mangé avec une choppe de bière brune, il est aussi bon que dans mon souvenirs. Arrivés à Aarau, une topette de Fendant sera ouverte, et le temps de la boire, tandis que je lui raconte mes dernières aventures, elle me met au courant des dernières nouvelles.

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J70 – New Dubaï

20 07 2011

Renens, mardi le 16 août 2011, 17h20

Après avoir tenté sans succès d’augmenter la température de consigne, je me résigne à vivre dans une pièce réfrigérée à 30°C. Contrairement à l’excellent petit déjeuner de style arabique servi dans l’autre hôtel, ici le premier repas de la journée est dans la tradition anglaise : œufs brouillés, bacon de veau – à défaut de porc – accompagnés de toasts, confitures, fruits, … Bien plus conséquent, mais aussi comme je le remarquerai plus tard, moins adapté à une journée découverte sous le soleil des émirats. L’Orient Guets House possède de plus un autre avantage de taille, celui de servir le repas dès 7h00 : je gagne ainsi une heure de fraîcheur matinale pour partir en ballade.

Première étape, prendre le métro à Khalid bin al-Waleed Le trajet sera bien moins pénible que quelques jours en arrière, et je pourrai profiter du décor de cette station. Si la majorité du tracé est à l’air libre, circulant sur un viaduc à plusieurs mètres du sol, le métro plonge sous terre pour franchir Khor Dubaï. La station est décorée à l’image de l’estuaire voisin : tout le décor baigne dans une ambiance bleue, du sol au plafond en passant par le carrelage des murs. Au-dessus des escalators, les filaments des lampes, dont la forme rappelle celle des méduses, pulsent doucement d’une lueur blanche, tandis que je rejoins le quai, décoré de photographies bicolores. Une fois propulsé hors de terre, le métro surplombe Sheikh Zahid Road, la principale route de Dubaï, une autoroute à 12 voies. De part et d’autre s’élèvent deux rangées d’immenses gratte-ciels. Ces immeubles dont tout le monde a entendu parler – Emirates Tower, Burj Khalifa, …. –  et identifié à Dubaï, à cette cité moderne, sans penser qu’il puisse y exister encore de vieux quartiers. Le panorama est plus qu’étrange: ces constructions surgissent au milieu de rien, ou plutôt sont cernées au sud par les dunes du désert et les mangroves de Ras-Al-Khor, alors que les quartiers résidentiels s’étendent sur la bande de terre les séparant de la mer. Résolument plates, les maisons ne comptent que 2 à 3 étages, entre lesquelles la frondaison des palmiers ressort. Je n’avais pas imaginé New Dubaï ainsi, je pensais que les gratte-ciels auraient été bien plus nombreux, dressant partout leur silhouette. Seule aux abords de Jumeirah Beach Residences, la haute stature de ces buildings forme des quartiers d’habitations au plus près de l’eau salée.

Bien décidé à découvrir tant le quartier d’affaires où se dresse Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, dont l’antenne culmine à 828 mètres, que les quartiers résidentiels, je descends à Business Bay et rejoins Jumeirah Road à pied. New Dubaï, une cité où tout est pensé pour le transport routier : des embellissements floraux ornent les échangeurs autoroutiers, et des bandes de pelouse bordent les axes macadamisés, alors qu’aucune allée arborisée n’ombre les trottoirs, souvent à peine terminés. Le chemin n’est pas des plus bucoliques, mais me permet de découvrir ces quartiers dont les directeurs d’aménagement à court d’idée les ont simplement nommés Jumeirah 1, Jumeirah 2 et Jumeirah 3. Leur imagination fera de même défaut avec le nom des rues, dont l’appellation se résume à un numéro. Si la dénomination est paraît-il logique, je n’arrive pas à trouver la moindre séquence raisonnable dans cette numérotation. La 22 suit la 25, alors que de l’autre côté, je viens de passer la 15b suivant la 19.

Chemin faisant, je découvre avec bonheur la présence de fontaines à eau : sorte de tireuses à bière dispensant un liquide bien frais. Le doux fluide ambré y est toutefois remplacé par un liquide bien plus simple, mais au combien plus agréable. De temps à autre, je me retourne, admirant la haute forme hélicoïdale de Burj Khalifa écrasant les environs de son élévation. J’arrive enfin au site archéologique de Jumeirah, où se trouvent les ruines d’une antique agglomération. Alors qu’il est normalement possible de visiter le terrain vague, aujourd’hui ceint par une clôture métallique, un cadenas et une chaîne restreignent solidement l’accès. Dépité, je continue mon chemin jusqu’au Maljis Ghorfat Um-al-Sheef. Il était rare que les  maisons soient érigées loin du centre commerçant de Bur Dubaï, pourtant un marchand a fait édifier une bâtisse devant lui servir de villégiature estivale au milieu de sa palmeraie. Loin des grandes constructions, dont les plans s’articulent autour d’une cour centrale, la maison est des plus simples : le rez-de-chaussée comportant une petite salle accolée à une zone ombrée ouverte sur trois côtés  et parsemée de piliers supporte un étage séparé en une longue galerie, abritée du côté sud et le séjour, un long maljis. Je profiterai de la fraîcheur de la pièce et surtout des cousins pour m’asseoir à la place traditionnellement réservée au chef de famille. Un petit moment de repos, plus que bienvenu avant d’aller affronter à nouveau la chaleur extérieure. Avant de quitter cet endroit, je profite de déambuler un peu dans le jardin, dont l’aménagement correspond à celui d’une palmeraie traditionnelle avec son puits et les divers petits canaux, destinés à hydrater les palmiers, tout en diminuant les pertes aquifères.

J’ai presque oublié de vous décrire le quartier résidentiel. Les maisons plus ou moins modernes arborent les styles les plus fantaisistes : italien, pseudo-romain, espagnol, ou encore reprise du modèle local ou libre interprétation des bâtiments arabes. Ceintes d’un muret dont la hauteur les protège des poussières et du vent, et les barbelés et tessons de verre des personnes mal-attentionnées, une meute de SUV ou de voiture luxueuse trône devant le lourd portail de ferraille. La peinture claire des revêtements tranche avec l’exubérante verdure poussant à l’intérieur des propriétés ou encore plantée sur le terrain compris entre le trottoir et le mur. Plus les voitures semblent chères, plus la végétation extérieure est luxuriante, comme s’il était le comble de la richesse que de montrer sa probité à gaspiller de l’eau. Pelouse verte côtoyant le sable du désert est l’apanage de New Dubaï.

Renens, mercredi le 17 août 2011, 15h20

Pour rejoindre Madinat Jumeirah, je décide de prendre le bus le long de Jumeirah Road. Bien que l’arrêt de bus se trouve juste de l’autre côté de la route, je dois revenir en arrière sur près d’un demi-kilomètre pour gagner le plus proche passage piéton. J’aurais volontiers traversé les quatre voies de circulation, si l’ilot centrale n’était pas doté d’une barrière haute de plus d’un mètre destinée à empêcher les piétons de traverser comme bon leur semble. Enfin arrivé à l’endroit officiel pour traverser la route, je patiente encore cinq minutes. Le feu de circulation ne virant toujours pas au vert, je me décide à franchir la route en toute illégalité, avant de parcourir à nouveau les cinq cents mètres jusqu’à l’arrêt de bus. Visiter une partie de New Dubaï à pied tient de la gageure, d’ailleurs tout est prévu pour rendre l’attente supportable : les bancs de l’abribus sont enfermés dans une enceinte climatisée. Tout comme dans le bus après, la température est presque insupportable, tant elle est froide.

Peu avant d’arriver à destination, je descends à l’arrêt de Wild Wadi Waterpark, un gigantesque parc de loisirs aquatiques. Tout proche se dresse Burj Al-Arab, l’hôtel le plus luxueux de Dubaï, reconnaissable à son élégante silhouette en forme de voile. Devenu rapidement l’une des icônes de la ville et des Emirates, un pont incurvé permet d’accéder à l’île artificielle sur lequel il est construit. Sur la terre ferme, un contrôle d’accès garde l’entrée : un véritable poste douanier avec sa guérite centrale, ses solides barrières métalliques qui ne s’abaissent que pour laisser entrer un véhicule à la fois. A moins d’y séjourner pour une nuit, le garde ne vous laissera entrer que si vous avez réservé une table, au minimum le jour d’avant. Et n’oubliez surtout pas de vous habillez de façon formelle, l’homme doit obligatoirement porter un costard et arborer une cravate. Autant vous dire, que je ne verrai pas le somptueux intérieur de l’hôtel, dont 1600 mètres carrés sont recouverts de feuilles d’or. Avant de repartir, je voulais photographier l’entrée sécurisée avec Burj Al-Arab en arrière-plan, mais un responsable s’est précipité pour me l’interdire. Bien que tout un chacun puisse le voir, le standing de l’hôtel ne supporterait pas que pareille image circule sur la toile.

Quelques centaines de mètre plus loin, j’entre dans Madinat Jumeirah, une resort touristique. Véritable ville dans la ville, le style architectural du gigantesque complexe hôtelier s’inspire des anciens maljis du vieux Dubaï. Tous les détails sont respectés, des tours à vents jusqu’aux décorations; seuls la taille et les aménagements extérieurs diffèrent. Les bâtiments, comptant une petite dizaine d’étages, sont entourés de petits jardinets où foisonnent bananiers, bougainvillées, palmiers, … Au lieu des rues, un réseau de canaux à la vénitienne relie les différents endroits, parcourus par des abras, bien trop ripolinés pour faire vrai. Le cœur du complexe est occupé par le souk… quoique j’aie de la peine à qualifier cet endroit ainsi. Si le décor fait penser à un véritable souk, comme celui du marché aux épices, avec ses toitures de bois ombrageant les ruelles, les allées recouvertes par un toit sont climatisées pour maintenir une température d’une vingtaine de degré, sans doute nécessaire à la survie des touristes. De même, au lieu de trouver des échoppes colorées, des marchands qui vous interpellent, la plupart des magasins sont bien rangés, d’une propreté presque clinique, les vitres sans une trace de doigts. Si l’endroit m’a fait piètre impression, deux petits magasins regorgeant de souvenirs divers et variés, neufs ou anciens, relèvent le niveau, lorsque les marchands me voyant regarder des khanjars, la traditionnelle dague incurvée, me proposeront des prix bien meilleurs marchés que ceux indiqués sur les lames. Je ressortirai les poches vides, l’endroit est bien trop artificiel pour que j’aie du plaisir à y acheter un article.

Renens, mardi le 22 août 2011, 10h00

Une fois dehors, je suis les indications fournies par le gardien pour rejoindre l’arrêt de bus. Toutefois, ne voyant aucune trace de la station climatisée ou d’un quelconque panneau indicatif, je poursuis mon chemin à pied. Je ne suis plus étonné d’observer de larges plates-bandes engazonnées et décorées de massifs floraux de part et d’autre de la route, mais je me questionne toujours autant sur leur utilité. Une rangée d’arbre apporte de l’ombre, mais située bien trop éloignée de l’étroit trottoir pour rendre la marche plus agréable au piéton. A mesure que je m’approche de Sheikh Zayed Road, les aménagements piétons se font de plus en plus maigre, jusqu’à la disparition complète du trottoir. Arrivé à l’intersection, je marche sur ce qui s’apparente à une sorte de terrain vague où briques de construction côtoient quelques touffes d’herbes asséchée sur un sol mal plat, alors que les bas-côtés de l’échangeur resplendissent de fleurs colorées. Au milieu de nulle part surgit la silhouette d’une entrée de métro, l’accès au deuxième monde de Dubaï. Un sol en pierres polies baigne dans une atmosphère climatisée, des escalators et autres tapis roulants empêchent de faire le moindre effort. Tout s’oppose au monde de dehors, poussiéreux, chaud, humide, salissant, …

De l’autre côté de la passerelle, j’arrive à Mall of the Emirates. Plus grande que les galeries d’Ibn Battuta, trois ou quatre étages d’immenses atriums recouverts par de magnifiques verrières, des sols de marbre : le gigantisme et l’élitisme triomphent à tous les étages. Il s’agit du deuxième centre par sa grandeur et sa popularité derrière Dubaï Mall. Si je me suis arrêté ici, c’est surtout pour aller observer Ski Dubaï, une piste de ski dans une enceinte à atmosphère contrôlée. La façade donnant sur les galeries des magasins est entièrement vitrée afin que badauds, touristes et locaux puisent admirer l’adresse des skieurs. Il est même possible de siroter un chocolat chaud au St Moritz Café. Vraies fausses cheminées, murs de pierres sèches, l’atmosphère alpine qui s’en dégage est le véritable cliché d’un chalet traditionnel.

Finalement je me laisserai tenter. Pour toutes les personnes qui me soutiendraient que mon acte n’est pas très écologique, je répondrai simplement que, de mon point de vue, ce ne sont pas deux petite heures à zéro degré qui influenceront grandement mon empreinte carbone, déjà bien mise à mal par un tour du monde en avion, sans compter les kilomètres parcourus en Nouvelle-Zélande et en Australie. Arrivé en salle d’équipement, je suis servi par un sympathique marocain. Pour la taille des skis, il me propose des carvings de 155 centimètres. Devant mon air ébahi, il ajoute qu’il possède des plus grands de 165. Ce n’est qu’à ma demande qu’il m’apportera les plus longs de leur stock, et à mon tour je resterai surpris en le voyant revenir avec une paire de 175. Jamais je n’ai skié avec d’aussi courts skis, mais je ferai avec. L’expérience ne peut que s’avérer rigolote. Par contre, il me procurera une paire de souliers sortant du carton. Un véritable plaisir à enfiler, par rapport aux premières chausses que j’avais enfilées.

Alors que je m’apprête à entrer dans la halle d’hiver, des personnes complètement frigorifiées sortent en courant. Une fois à l’intérieur, si la température est fraîche, il ne fait pas froid. Je supporterai aisément de skier sans gants, ni cache-oreille. Ski Dubaï est une véritable station de ski en miniature, un télésiège à quatre places remontent skieurs et passagers jusqu’au sommet de la piste, une station intermédiaire permet de s’arrêter à mi-chemin pour ne pas avoir à dévaler une pente trop raide, ou à accéder directement à un petit chalet de bois. Ce dernier renferme l’Avalanche, un petit bistrot où il est possible de se régaler à travers les fenêtres à carreaux des gens chutant lourdement et sans élégance. Me voilà au sommet, je suis surpris en bien par la qualité de la neige. Il ne faut pas se représenter une superbe poudreuse, mais il ne s’agit pas non plus d’une neige artificielle dure, gelée, comme nous avons l’habitude en Europe. Il faut dire qu’avec une température qui n’excède jamais 1[°C], la neige ne peut pas se liquéfier. Par contre, il ne s’agit pas de grand ski: 80 mètres de dénivelée maximum, 400 mètres de long, cinq grosses courbes ou une quinzaine de petits virages et me voilà déjà au fond, moins de 30 secondes après mon départ. Heureusement qu’il existe un petit téléski POMA, qui permet de diviser par cinq le temps de montée.  L’expérience est intéressante. Il s’agit réellement d’un must-do si vous passez par Dubaï et que vous aimez skier. Peut-être serez-vous le seul sur la piste à savoir glisser et serez acclamé pendant votre descente et accueilli par une salve d’applaudissements à votre arrivée, comme il m’est arrivé couramment. Au bout d’une heure trente et une vingtaine de descente, la piste n’a plus de secret pour moi. Je quitte sans regret l’enceinte, ainsi que Mall of the Emirates. Il est temps de prendre le métro pour aller à Dubaï Mall.

Durant tout le trajet, je ne cesse de regarder la silhouette de Burj Khalifa, qui malgré sa hauteur plus que conséquente, joue à cache-cache derrière les immeubles. Si la station de métro est reliée par bus jusqu’à Dubaï Mall, je préfère m’y rendre à pieds, afin de prendre pleinement conscience de cette tour. Peut-être ai-je oublié de vous décrire la prouesse d’ingénierie de Burj Khalifa. Il faut dire que d’après sa majesté le Sheikh Mohammed bin Rashid al Maktoum le mot impossible n’existe pas dans le vocabulaire d’un leader, et qu’importe le challenge, la détermination peut en venir à bout. Marchant dans les traces de son père, il décida d’ériger la plus haute tour au monde. Il ne fallut que 6 ans pour que 13’000 travailleurs érigent les 828 mètres de Burj Khalifa. A mesure que je m’approche du centre commercial, je me sens rapetisser. Il faut dire qu’à moins de 100 mètres de ses fondations, l’effet est saisissant. Toutefois, l’élégance de ce pseudo-cylindre contrebalance l’effet de sa hauteur:  je ne me suis jamais senti dominé par cette construction majestueuse. Envouté serait un terme plus judicieux. Je me serais bien abandonné dans une contemplation lascive de l’édifice, accoudé contre un palmier la tête dans les nuages. Mais la chaleur me pousse à rejoindre la fraîche atmosphère de Dubaï Mall.

Je me suis senti encore plus petit à l’intérieur des galeries, tant Dubaï Mall est un gigantesque mammouth commercial. Je mettrai un bon quart d’heure pour rejoindre et surtout trouver les guichets de Burj Khalifa, où j’achèterai un billet pour monter jusqu’au 124ème étages, culminant à plus de 400 mètres au dessus du sol. Toutefois, il me faut patienter encore trois heures avant d’accéder aux ascenseurs. Qu’à cela ne tienne, je me décide pour une séance de shopping, ou plutôt de découvrir les entrailles du plus grand centre commercial. Imaginez plus de 1200 commerces répartis sur 800’000 mètres carrés, une patinoire accueillant 2000 personnes, un gigantesque aquarium dont l’un des bassins contient 10 millions de litres d’eau, quatre étages, de vastes atrium, une double fontaine intérieure où l’eau s’écoule sur plus de 20 mètres de haut, … Presque indescriptible. Pour vous donner un semblant de mesure, imaginez 450 magasins de haute couture – Dior, Chanel, Yves Saint-Laurent, … – occupant 80’000 mètres carrés dans un espace luxueux où marbre et véritable dorure envahissent murs, sols et plafonds. Les technophiles seront ravis par le dernier étage où les magasins des grandes marquent se suivent côte à côte : Sony, Samsung, Bose, Denon, Harmon-Kardon, … présentant chacune l’ensemble de leur catalogue. Au centre d’un atrium, une manifestation promeut la culture traditionnelle : dégustation de figues, présence de camélidés, d’un dresseur de faucon ou encore représentation de danseurs de tambour, cette danse tribale où les hommes se réunissaient pour danser, jouer du tambour et de la flûte, les nuits de pleine lune parfois jusqu’au lever du soleil. Des sons étranges mais séduisants, des rythmes lancinants, mais entêtants, un caractère hypnotique qui m’envoûte complètement le temps d’une danse. Bref, ces trois heures ont presque été trop courtes.

Il est temps de rejoindre l’antichambre où je patienterai jusqu’à ce que la visite débute. L’attente n’est pas rébarbative dans cette salle où quelques informations parcimonieuses mais fascinantes sont dispensées. Au centre, sur un socle triangulaire trône un modèle réduit de la tour. Ses étages s’illuminent à tour de rôle, alors que des écrans, disposés sur le pourtour du support, expliquent leur fonction : commerces, habitations, hôtels, maintenance, … Après un passage obligatoire au travers d’un portique de sécurité, un tapis roulant m’emporte à travers une galerie d’introduction. Au mur, l’histoire abrégée de Dubaï est racontée à l’aide d’images animées d’une grande beauté : des pêcheurs de perles aux constructions modernes, à chaque étape, l’un des éléments du décors se transforme en texte, déroulant sa calligraphie arabe en voluptueuses courbes. Plus loin, le mur s’est mué en un tableau blanc, puis noir, sur lequel le génie de la tour est conté : de son inspiration végétale, de sa structure enroulée, similaire au tore d’un coquillage, aux essais effectués en soufflerie, … Enfin l’ascenseur m’amène à plus de 10m/s jusqu’à mi-hauteur.

Dehors, il fait nuit. Sur la terrasse, en altitude, la température de l’air est supportable. La vue sur Dubaï est magnifique. Les artères éclairées, les gratte-ciel illuminés, la sombre obscurité du désert ou de la mer au loin, les scintillements multicolores des décorations, … Les voitures ne sont plus que des pixels rouges ou blancs se mouvant sur des lignes de communication. La hauteur des autres buildings qui de la terre paraissait immense, est toute relative: d’ici je les domine. Lorsque je regarde en l’air, la vue est aspirée par la pointe illuminée de Burj Khalifa, pointant vers le ciel. Dubaï m’avait parut grande ; de nuit, elle me paraît inhumaine, pareille à une cité qui ne dormirait jamais, qui ne voudrait que grandir, s’étendre à perte de vue. Quelle doit être l’impression, en découvrant son étendue de jour, lorsque la vue porte jusqu’à The World et Palm Islands, ces grandes îles artificiellement construites au large de la côte! Par deux fois je ferai le tour du bâtiment, admirant l’horizon à 360°C, cette nuit sans étoile, où la lueur de la lune est si pâle. De retour au niveau 0, le long du couloir de sortie, il est possible d’écouter les témoignages des nombreuses personnes associées au projet – ingénieur, architecte, maître d’œuvre, ouvriers, … – et de découvrir l’histoire de la construction. Je ressors de Dubaï Mall par l’esplanade le séparant de Burj Khalifa, où se trouve aussi Dubaï Fountain. Cette gigantesque fontaine prend vie chaque 20 minutes à la nuit tombée : des jets d’eau ondulent au gré de la musique tels des danseuses de Belly, se parant de multiples couleurs, jaillissant jusqu’à 150 mètres. Le spectacle est grandiose, sans doute l’image que Sheik Mohammed ibn Rashid Al Maktoum veut que l’on emporte de sa ville. Sur le chemin me menant au métro, je me retourne plusieurs fois pour contempler la silhouette blanche et effilée de Burj Khalifa.

De retour à Deira, pour mon dernier repas ethnique à Dubaï, je resterai dans le thème de New Dubaï en mangeant philippin. Il s’agit des derniers travailleurs arrivés à Dubaï, après les autres ressortissants des divers pays arabes. Par milliers ils furent ouvriers sur les dernières grandes réalisations des Emirates, que ce soit Burj Khalifa, JBR, … A l’apéro je dégusterai un sago’t gulaman, un rafraîchissement typiquement philippin à base de tapioca, dans lequel flotte des jelly beans, de la gelée sous forme de bille. Si le goût est bon, l’aspect gélatineux des billes met mes sens en émoi. Par contre, le repas est excellent : crevettes grillées à l’ail en entrée, suivies d’un abobo, une sorte de ragoût de porc fortement épicé, cuit dans du vinaigre, de l’ail et du soyo. En rentrant par le quai aux dhows, peu avant de prendre un abra pour traverser Bur Dubaï, je suis attiré par la musique émanant de derrière un petit bistrot. Je découvre un groupe de jeunes asiatiques répétant une chorégraphie. Je me joindrai aux locaux, admirant le spectacle, et apprendrai que cette séance a lieu de manière hebdomadaire au même endroit. J’attraperai le dernier abra pour traverser le fleuve et rejoindrai tardivement mon gîte. Une bonne douche – chaude comme à son habitude – et je rejoindrai avec joie mon plumard.

New Dubaï, je crois que je l’ai visité. S’il m’a fallu plus de deux jours pour découvrir les vieux quartiers, je ne pense pas qu’il faille plus d’une journée pour appréhender les nouveaux quartiers. Enfin, il ne s’agit que de mon point de vue. La majorité des européens qui y viennent, ne s’y rendent que pour le shopping, dormant dans l’une de ces gigantesques resorts. Peut-être, prendront-il plaisir à découvrir chaque jour une galerie différente.

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J66 – Deira – fishmarket

17 07 2011

XVA Hotel, Dubaï, dimanche 17 juillet 2011, 6h27 (GMT+4)

En fin d’après-midi, alors que j’ai plus ou moins planifié l’itinéraire pour ces prochains jours et surtout réservé mon moyen de locomotion, je retourne en abras de l’autre côté de Khor Dubaï. Je ne résiste pas à faire un petit détour par le marché aux épices pour humer encore une fois ces senteurs, avant de me rendre dans des ruelles plus vénales. Abrité par un large toit portant l’inscription « Dubaï, cité de l’or » en anglais et en arabe, le Souk de l’or, un vaste entrelacs d’allées où les vitrines miroitent et scintillent d’or et d’argent. Des tonnes et des tonnes d’or ciselés sous forme de bagues, bracelets, boucles d’oreille, parures, … D’après le guide, pas moins de 25 tonnes de cet inestimable matériau sont présentes en tout temps chez les joaillers. Les devantures ne brillent pas par leur simplicité, croulant sous les anneaux et les bustes, surmontés par de gigantesques enseignes lumineuses. Un monde complètement à part. Je visiterai quelques boutiques : un portier vous ouvre la porte, les marchands arborent costard-cravate, … tout semble des plus artificiels. Je préférai de loin Al Romaizan, une échoppe tenue par des arabes vêtus de leur costume traditionnel. L’atmosphère est bien moins guindées : ici, aucun prix n’est affiché et toute estimation est sujette à discussion. L’une des créations, une parure pectorale à motifs floraux, me séduit par la qualité de son travail, spécialement la représentation des badianes. Toutefois, elle est bien hors-de-portée de ma bourse, même si son prix reste « raisonnable » comparativement à ce qu’un joailler européen en demanderait.

Sur le chemin me menant au marché au poisson, je longe la ruelle où sont présentes les parfumeries, d’où sortent des effluves entêtantes. Chacune propose les Grands Parfums de la mode, ainsi qu’une petite sélection de senteurs plus prisées par les arabes, sans oublier les différents types de musc. En dehors d’une importante activité matinale, le marché au poisson retrouve toute sa vigueur en début de soirée. Partageant les lieux avec les fruits et légumes, quelques employés me taquinent en me disant que jamais je n’oserai mettre les pieds dans la partie poiscaille, tant l’odeur est impressionnante. Malgré les lits de glace, par une journée où la température ne descend pas en dessous de 40°, le fumet est plus que développé. Cela ne m’arrêtera pas et  je découvrirai sans doute le marché le plus actif depuis mon arrivée. Les vendeurs crient, gesticulent dans l’espoir d’attirer l’attention des acheteurs et finissent d’écouler leur stock. Me faisant interpeller à plusieurs reprises, je les surprendrai, quand, sans hésitation, je saisis le poisson, la seiche ou encore le requin qu’ils me tendent, dans l’espoir que je sois séduit par le produit. En retrait des principaux stands, une zone est attribuée uniquement aux poissons séchés : morues, sardines, alevins, … l’odeur, un peu âcre, est encore plus forte que dans le reste du marché.

Dès l’instant où je prendrai une ou deux photographies, quelques employés me demandent d’être immortalisés à côté de leur stand, puis m’entraînent auprès de leurs amis pour que je saisisse l’instant présent. De bonne humeur, ils ne cesseront de se taquiner, qui déposant un poisson sur l’épaule de l’autre, qui glissant une seiche dans le cou, … Il s’agira sans doute d’un des meilleurs souvenirs de Dubaï, tant l’ambiance est complètement délirante, ouverte… Les discussions iront bon train sur ce petit suisse qui se balade sans être dégoûté par les poissons défraîchis et les odeurs. Avant de quitter l’endroit, je déambule entre les étales colorés du marché aux légumes. Discutant avec les détaillants, certains me feront goûter leur produits locaux : concombres, tomates,… si je prends en photographie leur stand. En plein au milieu de la zone trône un long étalage rempli de dattes : tailles, couleurs, états de séchage, origines, varient. Je serai forcé par les vendeurs à en déguster quelques unes. Je découvre être particulièrement friand de la datte mûre à point, qui vient d’être cueillie. Au lieu d’être sèche, le noyau est entouré d’une chair sucrée, moelleuse, ressemblant presque à un miel coulant. Avant de quitter le marché, je siroterai le lait d’une noix de coco fraîche, avant de me régaler de sa chair. Deux vrais régals.

Quittant cet endroit fantastique, je me perdrai dans les rues de Deira Covered Souk. Un dédale de ruelles à ciel ouvert, où les échoppes de marchands de tissus, rubans, fils, boutons… se suivent, intercalées avec des tailleurs et des officines de confection. Si j’avais écouté les nombreux indiens, je serais reparti avec une garde-robe complète. Arrivant l’heure du souper, je me dirige vers Afghan Kebab House. Il ne faut pas imaginer un kebab comme nous avons l’habitude en Europe. Il s’agit plus d’un véritable restaurant où des brochettes de viandes – mouton, poulet et bœuf – sont simplement servies avec des galettes, du riz, et quelques légumes. Si l’un des employés m’amène une fourchette et un couteau, je me fondrai dans la clientèle, surprenant les habitués, en me délectant de cette nourriture à pleine main. Je l’avoue, pour notre culture, manger avec les mains fait un peu homme de Cro-Magnon, mais les aliments possèdent un tout autre goût.

Pour ces prochains jours, je saute presque dans l’inconnu. Après une petite visite au musée de Dubaï, je récupère une voiture et je pars dans les Emirats. Mon premier arrêt sera pour Sharjah, avant de rejoindre la côte Est à Dibba et de la descendre jusqu’à la frontière avec Oman et de revenir, peut-être par Al-Ain. Je me réjouis de voir des levers et couchers de soleil, de passer des nuits à la belle étoile; par contre je ne sais pas encore ce que je vais manger. Il m’a été impossible de trouver le bon modèle de bouteille de gaz pour mon brûleur. J’ai encore l’espoir d’en trouver une dans un magasin de camping le long de Jumeira Beach Road. Avant de partir à l’aventure, il me faut encore m’avitailler en eau, légumes et pain. Mon seul souci majeur est le début d’après-midi, entre 12h00 et 16h00: je ne sais pas encore comment je vais le gérer. Peut-être me réfugierais-je dans un café traditionnel, à moins que je ne reste planqué dans la voiture climatisée. Je découvrirai cela dans quelques heures.

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