J64 – Une dernière matinée à Sydney

14 07 2011

EK419, Sydney-Bangkok-Dubaï, 13 :47 (GMT+0)

D_t_BKK : 2336 miles

Et voilà, il s’agit de mon dernier jour à Sydney. Levé de bonne heure comme d’habitude, je descendrai prendre mon petit déjeuner. Malheureusement, il ne me reste du véritable beurre que pour deux tartines, je devrai me contenter de simple margarine sur les autres toasts. Après avoir empaqueté mes affaires, contrôlé que je ne laissais rien derrière moi dans la chambre, il est déjà neuf heure. Mon avion décollant un peu après 18h00, compte tenu des trois heures de marge conseillées pour le check-in et les quarante minutes nécessaires à la navette pour rejoindre l’aéroport, il me faut être de retour à l’hôtel vers 14h00. Il me reste donc suffisamment de temps pour déambuler une dernière fois dans les rues de la cité. Je repasserai par tous les lieux que j’ai appréciés.

Quittant Funk House, je longe Victoria Street. Cette rue, où deux rangées d’arbres poussent de part et d’autre de la route, est un de mes coups de cœurs de la cité : l’architecture des maisons forme une véritable cohésion. Datant toutes de la même époque, elles présentent ces façades à doubles terrasses, ornées d’une dentelle en fer forgé. Parfois un élégant troisième, voire même un quatrième étage chapeaute le tout. Devant, parfois, un étroit jardinet permet à quelques plantes grimpantes de s’épanouir, grimpant aux balustrades, escaladant les murs. De temps à autres, la silhouette particulière d’un immeuble Art Déco vient s’intercaler, dominant de sa dizaine d’étages les bâtisses voisines.

Dévalant les escaliers de Butcher Steps, rejoignant  Woolloomooloo Wharf, me voilà de retour aux jardins botaniques. Aujourd’hui, je les traverserai du Sud au Nord pour émerger face à l’Opéra. Chemin faisant, le bruit d’une balayeuse ayant dérangé les chauves-souris, ces dernières, malgré la période diurne, s’envoleront de leur perchoir poussant des cris stridents. J’observerai une nuée de dizaines, de centaines de ces mammifères s’ébattant dans le ciel bleu, avant que, retournant sur leurs arbres-dortoirs, tout redevienne calme.

Alors que j’arrive à Belongong Point, ce dernier est quasiment désert, seule une douzaine de personnes sont présentes sur l’esplanade et les escaliers de Sydney Opera House. Comme la première fois que je l’ai vraiment observé, le ciel est céruléen, les toits de céramique blanche se découpent parfaitement, brillants dans le soleil. Architectures audacieuses, je me sens presque transporté dans un roman de science-fiction lorsque mon regard erre sur ses courbes.

Glissant dans les rues de la cité, j’arrive à Darling Harbour, m’arrêterai le temps de croquer rapidement la silhouette de Pyrmont Bridge. Je l’emprunterai une dernière fois pour gagner la rive d’en face, profitant de jeter un rapide coup d’œil sur l’Australian Maritime Museum. Après avoir longé quelques centaines de mètres Darling Harbour, je ne résiste pas à l’envie de monter dans Sydney Monorail. Comme les trams à Lisbonne, comme l’ancienne ficelle ou l’actuelle M2 à Lausanne, comme le Cable car de Wellington, il est nécessaire d’emprunter ces moyens de locomotions, parfois datant d’une autre époque. Le monorail, comme à Gotham City, circule à quelques mètres au dessus de la rue, savamment accroché à son seul et unique rail central, glissant à quelques mètres au-dessus des routes, passant d’un côté à l’autre de la rue. Comme un long serpent articulé, les cabines comportent huit places assises et quelques-unes debout et sont reliées les unes aux autres par les boogies centraux.

Après avoir effectué un tour presque complet, descendant un arrêt avant celui où j’étais monté, je traverse à nouveau Pyrmont Bridge, remonte Pitt Street Mall, redescends la moitié de Hyde Park, passe devant St Mary’s Cathedral, bifurque au niveau de l’Australian Museum, et poursuit ma route en direction de Kings Cross. Au bout de William Street, le rouge de la publicité Coca-Cola focalise mon attention. Finalement, je suis de retour à Funk House. J’y patienterai encore une petite demi-heure avant de prendre la navette.

A l’aéroport, rien de bien intéressant. Le check-in a été rapide. Le passage de la douane s’est effectué sans aucun problème. Le contrôle de mon sac n’a pas relevé d’objets illicites. Je n’ai pas sonné au passage du portillon. Ah oui, j’ai été sélectionné par le plus grand des hasards pour subir un deuxième contrôle, destiné à vérifier que je ne dissimulais pas d’arme sur moi et que je n’avais été en contact avec aucun explosif ces derniers mois. Je considère que cela est le plus grand des hasards, quand les deux autres personnes subissant ce test portent aussi une barbe de plusieurs semaines. Le test est assez rigolo. Après vous avoir fait lire un document vous expliquant le test, et se concluant par une demande formelle si vous êtes d’accord, ou plutôt si cela vous dérange de subir le test. Vous pouvez bien sûr répondre que cela vous dérange, ils vous amèneront alors dans une salle à l’abri des regards pour effectuer la fouille. L’examen se déroule en deux étapes. Durant la première l’agent passe un morceau de tissu sur diverses parties intérieures et extérieures de vos habits et de votre sac et le fait analyser par un appareil indiquant la présence ou l’absence de substances explosives sur vos habits. La deuxième étape n’est rien de plus qu’une fouille corporelle par palpation. Si dans l’un ou l’autre des cas quelque chose était découvert, vous restez pour de bon en Australie. Ce ne fut pas mon cas.

Je profite de la visite des terminaux pour faire quelques derniers achats, une petite dizaine de minutes avant l’heure de l’embarquement, je rejoins la porte 57. L’avion ayant un peu de retard, il me faut encore patienter une bonne demi-heure avant de rejoindre ma place. Peu après le décollage, nous avons droit à des crackers pour l’apéro que j’accompagnerai avec un verre de Chardonnay. Pour souper, poulet à la coriandre sur son lit de salade, suivi d’un harissa de bœuf et un cake aux dates pour le dessert. Le tout arrosé d’un Côte du Rhône et d’un petit Whisky. Un vrai régal.

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J62 – De Bondi à Coogee

12 07 2011

Funk House, Kings Cross, Sydney, mardi 12 juillet 2011, 1710 (GMT+10)

La nuit passée fut sans doute une des plus agréables de toute ma vie. Après six nuits durant lesquelles la position dite du chien de fusil n’était pas une option, dormir complètement étendu, les jambes allongées, le dos droit, la tête alignée dans la même direction est un véritable bonheur. Ce matin en me levant aucune courbature ou muscle douloureux suite à une position scabreuse pendant le sommeil! Mais ce n’était pas la fin, le déjeuner, assis confortablement sur un banc rembourré, à l’abri du vent et du froid, avec une boisson chaude et du véritable pain rendu encore plus croustillant par un rapide passage au toaster.  Définitivement, bien peu de choses suffisent à vous rendre la vie douce, après ces derniers jours.

Avant de partir je m’enquiers de la météo : temps exceptionnel pour aujourd’hui, avec une température atteignant 20°C, la plus chaude depuis la semaine passée, alors que des nuages pourraient recouvrir Sydney le lendemain. Personnellement, j’aurais plutôt apprécié le contraire. J’avais prévu de relier à pied Bondi à Coogee demain dans la journée pour profiter de l’offre spéciale steak’n’beer à 5$ au Coogee Hotel. Je préfère toutefois une ballade ensoleillée au bord de la mer, dans un endroit qui m’est encore inconnu, plutôt qu’un steak, aussi bon et peu cher soit-il. Le temps de remonter deux étages, récupérer maillot de bain et jumelles, et me voilà à la gare de Kings Cross, montant dans le train pour Bondi Junction. De là, le bus me mène jusqu’à Bondi Beach.

9h30. Le soleil brille, les surfeurs paressent à la surface de l’eau, les dauphins s’amusent dans les vagues, touristes et locaux déambulent sur le quai et le sable de cette longue plage en croissant de lune. L’ambiance est plus estivale qu’hivernale. Deux détails nous rappellent toutefois la saison : la présence d’une patinoire au bord de l’eau, ainsi qu’une plage presque déserte. Au lieu des 35’000 personnes déferlant quotidiennement l’été, j’estime à un petit millier les gens profitant de Bondi ce matin.

Avant de prendre le chemin du Sud en direction de Coogee, et en raison du caractère particulièrement oisif de cette journée, un détour par le Golf Club de Bondi est nécessaire. Remontant vers le Nord, arrivé à l’extrémité de la plage, je resterai un moment subjugué par les lames du Pacifique venant se briser sur le plateau marnal marquant le commencement des falaises. Sur ce dernier, Mermaid Rock montre la puissance de l’océan un jour de colère. Pesant près de 235 tonnes, durant la violente tempête du 15 juillet 1912, les flots après avoir arraché ce bloc au plateau, le déposèrent plusieurs mètres plus loin, mais aussi plus haut. Depuis lors, il brave fièrement les éléments. L’histoire ne raconte pas, en contrepartie, s’il continue à reculer.

Funk House, Kings Cross, Sydney, mercredi 13 juillet 2011, 640 (GMT+10)

Ne sachant trop si j’ai le droit ou non de m’avancer sur ce terrain de golf  – même si des panneaux indiquent que les visiteurs sont les bienvenus –  je n’ose m’aventurer sur le green, séparé par aucune barrière ni haie de l’espace public. Devant mon hésitation, un sexagénaire m’invitera cordialement à franchir le pas, me conseillera de longer le bord de la falaise:  je pourrai voir peut-être des baleines Humback – si j’ai de la chance – et surtout, je ne risquerai pas d’attraper une balle de golf. Des mammifères marins, aucune trace, par contre les gravures aborigènes sont bien à l’endroit indiqué. Une ceinture florale sépare le rocher du green et protège de l’abrasion l’œuvre des touristes inconscients qui aimeraient s’y promener. Ici les gravures conjuguent les avantages de The Basin – avec une grande surface – avec les petits plus de celle d’America Bay ou de Resolute Track – loin des touristes –. Sur la large pierre, les thèmes de la vie quotidienne sont représentés : baleines, poissons, boomerangs…

Les dix minutes culturelles étant écoulées, je peux enfin prendre la route pour Coogee, situé un peu plus de cinq kilomètres vers le sud. Il me faudra pourtant plus de deux heures pour les parcourir. L’itinéraire est tracé le long de la côte, tantôt suivant les plages recroquevillées au fond des baies, tantôt au sommet des falaises. Le paysage oscille entre un panorama urbain, où de nombreuses bâtisses de la belle époque côtoient des constructions plus modernes, et la nature à l’état sauvage poussant aux extrémités des promontoires ou se déchaînant à leurs pieds. Subjugué par les vagues, je me perdrai souvent dans leur contemplation lascive. Jamais le jeu du soleil sur les embruns, le contre-jour des crêtes aqueuses, les volutes d’écumes, ou l’arythmie des rouleaux ne me lasseront. De temps à autres, un surfeur s’élance sur une vague alors que cette dernière déferle. A ce petit jeu, les dauphins seront bien meilleurs; de temps à autre, surgissant du large, ils viendront s’ébattre dans les rouleaux, leur dos brillant au soleil, leurs sombres silhouettes se distinguant sous la surface. Si le temps est exceptionnel pour la saison, les vagues le sont tout autant. J’apprendrai qu’elles déferlent et roulent de 100 à 200 mètres plus au large que d’habitude.

Au gré de la ballade, quelques bornes content les histoires locales. En 1842, à sept kilomètres du centre de Sydney, Bondi n’est encore qu’un bush peuplé d’aborigène. Alors que la plage n’est qu’une destination de repos, Nosey Bob s’y établit dans un petit cottage. Une vingtaine d’année plus tard, en 1911, les bains devenant de plus en plus populaires, 750 cabines pour homme et 250 pour les femmes seront construites. Ces cabanes de bois seront remplacées en 1928 par le pavillon, encore visible de nos jours, pouvant abriter 12’000 personnes. Les plages de Tamarama, Bronte ou Bondi avec leurs courants sous-marins, déferlantes violentes, et vagues du Pacifique sont à l’origine des plus vieux Surf Lifesaving Club (SLSC). A l’origine, les membres de ces clubs travaillèrent bénévolement à secourir les nageurs en difficultés. De nos jours, des professionnels, épaulés encore par des bénévoles, surveillent quotidiennement les plages de Bondi, Tamarama et Bronte pendant l’été. En basse saison, leur présence se restreint uniquement sur la plus importante des trois. Leur plus haut fait d’arme, mais aussi le jour le plus noir, remonte au 6 février 1983, lorsqu’ils secoururent 250 personnes en une journée. Durant l’après-midi, alors que la plage de Bondi était peuplée de 35’000 estivants, trois énormes vagues la balayèrent. Utilisant leurs 7 esquifs, ils récupérèrent 100 personnes désarmées, dont 30 nécessitèrent une réanimation. Le bilan du jour ne se solda que par 5 décès, un véritable évènement. Pour finir sur une anecdote plus positive, afin de ne pas être destitués, les membres de l’Iceberg Club doivent venir nager tout les dimanches dans la piscine de l’association.

Après avoir apprécié de magnifiques paysages, écouté le chant des oiseaux, ouï le grondement des vagues, découvert les anciennes bâtisses des SLSC, joui de la vue imprenable sur l’océan que j’ai partagée pour une courte période avec d’inestimables maisons, j’arrive à Coogee. Bien plus petite que la ville de Bondi, elle est tout aussi déserte, endormie pour son sommeil hivernal. Ma première idée fut de me désaltérer au fameux bar et malgré le fait qu’il devrait déjà être ouvert depuis plus de deux heures, la porte est mystérieusement close. Aucun instructeur n’est présent, aucun ne le saura sur la plage plus au sud de XXXX. Il faut donc que je retourne à Bondi pour profiter de l’un ou l’autre de ces divertissements.

Un peu la flemme… je décide de prendre le bus pour le trajet inverse. Expérience faite, et après avoir découvert qu’il transite par Bondi Junction, cheminer à pied aurait été tout aussi rapide. De retour aux abords de la célèbre plage, l’un des australiens de la seule et unique école de surf me répond qu’aujourd’hui aucune leçon pour débutant n’est dispensée et qu’aucun magasin ne louera une planche à un novice. D’un côté dommage, mais devant la taille des vagues, j’aurais quand même hésité à me lancer et apprendre sur le tas. Je l’aurais peut être fait il y a quelques années en arrière, mais des expériences ont la valeur de vous assagir. Plutôt que de m’installer à la terrasse d’un bistrot, je déciderai de me mouiller et d’aller me distraire à l’instar d’un gamin dans les vagues. Je ne serai d’ailleurs pas le seul adulte à profiter de ce plaisir.

Une fois à l’eau je comprends mieux qu’il ne soit autorisé de se baigner qu’entre les drapeaux délimitant l’endroit surveillé. Lorsque l’eau se retire, il ne sert à rien de nager de toutes ses forces à contre-courant, ce dernier est bien plus fort. Sans compter les déferlantes qui vous roulent, qui vous poussent vers le fond, le sable abrasant délicatement votre peau. Lorsque le soleil décline sur l’horizon et teinte de orange les maisons construites sur le promontoire nord, je décide de retourner sur Sydney. L’heure que je passerai ruinera tous mes efforts pour passer une journée résolument paresseuse.

Une petite heure de détente à Funk House, avant de traverser la ville en direction de Pyrmont. Au Dunkirk Hôtel, l’un des deux bars historiques de Harry’s Street je retrouve Raphael. Je passerai une excellente soirée autour de quelques bières et d’un repas de brasserie (fish’n’chips). Nous discuterons de son acclimatation à Sydney, du prix des loyers encore plus élevés qu’à Genève, de mon voyage, de la nourriture locale. Il me racontera sa mésaventure. Alors qu’il rêvait d’un petit goût de Suisse, il a décidé d’acheter un morceau de véritable Gruyère Suisse AOC au supermarché. Hors de prix, il se révèlera complètement fade. Alors que je pensais que la patinoire possédait un revêtement plastique, il m’apprend qu’il s’agit d’une véritable patinoire, avec de la véritable glace. Définitivement fou ces Australiens, quand l’on sait que les températures sont toujours comprises entre 5 et 20 °C, nuit comprise. Lorsque le bar fermera ses portes, nous quittons les lieux et après un dernier adieu, nous repartons chacun de notre côté.

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J61 – Manly

11 07 2011

Funk House, Sydney, dimanche 11 juillet 2011, 17h10

Levé avant l’aube, je me déplace jusqu’au front de mer afin d’admirer le lever de soleil tout en avalant mon petit déjeuner. Dans la lumière naissante, je découvre une faune sportive : personnes courant le long de la plage, premiers surfeurs gagnant les flots, ou encore un attroupement de demoiselles faisant des exercices de gymnastique sportive, rythmées par les ordres de leur coach. Quel monde de fou. Pour ma part, je range tranquillement mon véhicule, rassemble mes affaires, remise mon matériel de camping et prépare mon sac à dos.

Manly, situé sur la côte Nord, à proximité de la North Head, la pointe qui marque la frontière nord entre Sydney Harbour et l’Océan Pacifique. Le quartier profite des eaux abritées pour ses marinas où mouillent quelques luxueux navires et des vagues du large pour les nombreux jeunes surfeurs fraîchement débarqués. Je commencerai ma balade dans la réserve de North Head, appartenant à Sydney Harbour National Park. A l’écoute des oiseaux, traversant le bush australien, en arrivant à l’orée du bois, à proximité de Collins Beach, je découvre une borne à moitié avalée par la jungle, commémorant l’emplacement où le gouverneur Phillip Arthur fut blessé par la lance d’un aborigène suite à un malentendu. La plage, se transformant en havre de paix pour des pingouins à la nuit tombée, pourrait paraître paradisiaque, si proche de la cité et pourtant si naturelle, si je n’avais pas déjà découvert des coins bien plus magnifiques ces derniers jours. De retour en milieu urbain, après avoir traversé le parc construit sur l’ancien promontoire où se dressait une usine à gaz jusqu’à la fin de la dernière guerre mondiale, j’arrive à Little Manly Cove. Cette baie pittoresque possède encore une partie du charme de la belle époque. La moitié de la plage est occupée par une vieille structure en bois, maintenant des barreaux métalliques à intervalles réguliers, destinés à empêcher les requins d’entrer dans l’espace du bain. La peinture blanche s’écaille, le fer rouille, sur la falaise le mot « bath » est à moitié effacé. Sur la plage, l’ancienne cabine pour se changer est en partie reconvertie en un petit bistrot. Pour la petite histoire, au début du XXe siècle, la population aurait voulu que les bains pour homme et femme soit construits de part et d’autre de Manly Cove; malgré la distance, la municipalité refusa la proposition et construisit les bains pour hommes dans cette petite crique.

Manly Cove, tout aussi charmante que sa petite sœur, arbore d’un côté un immense wharf pour les ferrys, tandis que l’autre extrémité est occupée par des abris en bois : cabanes de pêcheurs ou locaux du club des 16-pieds australiens. En 1852, Manly n’était qu’un petit village de pêcheurs où se dressaient quelques petites bâtisses, lorsqu’un entrepreneur, Henri Gilbert Smith, eut la vision d’en faire une « resort ». Il n’a fallu que trois petites années pour que la première liaison régulière en ferry soit établie. Dès lors, Manly n’a cessé de croître. Au XIXe siècle, l’expansion se concentra autour de The Corso. Le long de cette avenue, nombre de bâtiments datent de cette époque, et leur affectation n’a que peu évolué : magasins, restaurants et cafés occupent toujours les bords de cette avenue piétonne. Cœur de Manly, pourtant tout est calme, peu d’officines ont déjà ouvert leur porte, les serveurs s’affairent à réinstaller les terrasses, sortir les tables, disposer les tables, hisser les parasols. Arrivé sur South Steyne, se prolongeant après avec Marine Parade, la vie diurne a repris ses droits : surfeurs, badauds ou habitués se croisent et s’entrecroisent. Sous le soleil, le spectacle des longues lames qui roulent est splendide. Alors que la vague se forme, que la crête s’élève, la coloration de l’eau vire du bleu ultramarin au turquoise transparent. Le vent soufflant de la terre, entraîne des panaches d’embruns vers le large, coiffant les déferlantes de gigantesques plumes argentées. De temps à autre, un surfeur plus habile que ses congénères s’élance pour une vertigineuse descente horizontale.

Mes pas m’entraînent un peu plus loin, en direction de Shelly Beach. La promenade longe les plateaux marins surplombés par des bâtisses dont la vue, tout comme le prix, doit valoir son pesant d’or.  Brisant les contours naturels, une piscine avance ses formes trapézoïdales au milieu de la mer. Plus loin, je découvre une charmante plage, éloignée de Manly; elle est en ce moment oubliée de la foule. Seul un pélican profitait de s’y baigner en solitaire, jusqu’à ce que je vienne le déranger. Rien de tel qu’une petite trempette matinale pour bien débuter sa journée. Les quelques longueurs de nage auront l’obligeance de dénouer les muscles endoloris des jambes, envahis par des courbatures à force de dormir en chien de fusil. Quittant le sable pour grimper sur l’escarpement rocheux, arrivé au bout du promontoire, la vue s’étend depuis Cabbage Tree Bay, baignant Shelly Beach, jusqu’à Queenscliffs. Dominée par une rangée de pins, cachant à grande peine quelques horribles immeubles aux façades élevées, la plage de Manly Beach est assaillie par des vagues, à l’allure de fantômes délétères. Dans le lointain, les avancées rocheuses des protubérances côtières se perdent dans la brume et les embruns et peu à peu leurs silhouettes grises s’estompent dans le lointain.

Sur le chemin du retour, des maisons aux styles architecturaux des plus divers – mission espagnole, grec, géorgien ou résolument moderne – bordent Bower Street. Elles ne partagent sans doute que deux points communs : une situation privilégiée et le prix qui en découle. La petite ruelle de Fairy Bower Road, le long de laquelle se dresse d’anciennes maisons de briques à deux étages, me ramène jusqu’à la route principale. Derrière s’élève une imposante bâtisse: il s’agit de l’ancien séminaire de Saint Patrick, un élégant ensemble néo-gothique. Sa construction débuta en 1819, après de longues discussions entre les politiciens de Manly, la plupart protestants et voyant d’un mauvais œil la présence de catholiques. Aujourd’hui, il abrite l’International College of Tourism and Hotel Management. Sa façade est ornée de nombreux drapeaux, y compris celui de la Confédération Helvétique. Mais comme dans de nombreux pays, les proportions de l’emblème ne sont pas respectées. La forme carrée est abandonnée au profit du rectangle bien plus usuel.

Au lieu de prendre la route directe jusqu’à Mascot, je profite du temps qu’il me reste pour rentrer par le chemin des écoliers, m’arrêtant au gré des plages et des points de vue. J’ai particulièrement apprécié la halte à The Pitt. Un ancien bain anti-requin, édifié selon le même modèle que celui de Little Manly Cove, occupe la plage; au large, une marina, où moteurs et voiliers sont tranquillement mouillés, occupe Fisher et Sandy Bay. L’excellent petit chocolate fudge brownies dégusté rend peut être mon jugement partial. Une fois traversé Middle Harbour, je planifie une route directe jusqu’au garage.

Première étape: traverser Sydney Harbour. Mon choix sera vite fait entre m’enfoncer sous la rade ou emprunter le célèbre pont. La dentelle d’acier de la double arche, renforcée d’un entrelacs de poutrelles, de plaques de renforts, le tout maintenu par des millions de rivets est plus qu’agréable à contempler. J’aurais volontiers effectué un aller-retour supplémentaire, s’il ne fallait pas payer une taxe à chaque traversée. Il s’agit des rares fois où je regrette d’être seul. La présence d’un copilote me permettrait de lui laisser le volant, pendant que je photographie la merveille. De l’autre côté, une petite erreur de direction et me voilà errant dans les rues de l’Ultimo. Au bout d’une dizaine de minutes, je retombe enfin sur une avenue dont le nom ne m’est pas inconnu et qui me mènera directement au carwash indiqué par le loueur. Je ne m’attendais pas à trouver une station service, où le nettoyage est facturé 36AU$ pour la main d’œuvre. Impossible de s’en passer. Après négociation le prix tombe à 30$. J’accepterai plutôt que de perdre du temps et rouler des kilomètres avant de trouver une autre station. L’avantage est que le nettoyage intérieur et extérieur, rapide, est effectué d’une main de maître en moins d’une vingtaine de minutes. Avant de rendre la voiture, un dernier tour chez le pompiste m’effraie à nouveau : le 2.2 litres de ma Ford Falcon, transmission automatique, est un véritable gouffre à carburant. Le moteur consomme un litre et demi supplémentaire par rapport à Hibiscus, sans apporter le même confort de logement.

J’avais sans doute oublié de vous raconter la mauvaise surprise de hier soir. Alors que je revenais des commissions, j’avais trouvé un air changé à ma voiture. Ce n’est que ce matin, lors du déjeuner, que je me suis rendu compte qu’il manquait un enjoliveur sur la roue arrière gauche. Inspection faite, toutes les roues avaient été délestées de leur décoration. Le remplacement me sera facturé la modique somme de 50$. Le prix n’est pas assez élevé pour que j’aille faire une déclaration de vol à la Police et me faire rembourser par l’assurance.

A mon retour à l’hôtel en fin d’après-midi, il ne me reste qu’à peine une heure de soleil. Je décide de rester à Funk House mettre de l’ordre dans mes affaires, dactylographier ces derniers jours, me décrasser la moindre. Un peu fatigué par ces nuits difficiles, il sera pourtant minuit quand je me coucherai. Le temps s’écoule définitivement trop rapidement pendant des vacances.





J60 – Ku-Ring-Gai-Chase

10 07 2011

Manly, 10 juillet 2011, 20h00 (GMT+10)

Après avoir admiré le lever de soleil teintant d’orange les forêts de Galston Gorge, je rejoins Ku-Ring-Gai-Chase National Park. Je ne m’attendais pas à avoir dormi si près du parc national, et, après à peine une demi-heure de conduite, je serai surpris d’y arriver déjà. En attendant que le Kalgari Center ouvre ses portes, je m’installerai tranquillement, pestant contre la présence d’eucalyptus ombrageant tables et bancs. Avant l’heure, le responsable, un volontaire aux cheveux plus que grisonnants me salue et m’invite à entrer. Alors qu’il nourrit les oiseaux, je repère enfin l’espèce qui pousse de si vilains cris rauques, bien plus rocailleux que nos corbeaux. Il s’agit des sulfur crested cockatoo, des perroquets blancs arborant une crête couleur souffre. Dans le petit parc attenant, j’essaierai d’apprendre la dénomination des espèces végétales locales que j’avais rencontrées ces derniers jours : les différents eucalpytus, bankias, cheese tree ou autre blood trees… J’apprendrai aussi que l’équivalent australien du département de la conservation effectue régulièrement des feux de brousse contrôlés afin d’une part de dynamiser la végétation locale, nécessitant ce genre d’événement, d’autre part de diminuer la matière combustible présente sur le sol, afin de réduire le risque d’incendie accidentel ou naturel, dont les conséquences sont désastreuses. Chemin faisant, j’observe aussi un troupeau de kangourous et des morceaux de pommes de pin tombant du ciel me révèlent la présence d’un Glossy Black Cockatoo déjeunant tardivement ou dînant précocement.

A Bobbin Head, un rapide passage au centre des visiteurs me permet d’acquérir mon droit d’utilisation des infrastructures routières du parc et m’apprend qu’en hiver aucun loueur de kayak n’est présent. Je découvrirai donc les rives de Cockle Creek, une rivière se jetant dans Cowan Creek, que j’avais depuis le Kalgari Centre, de manière traditionnelle. M’aventurant sur la passerelle, je pénètre dans les mangroves poussant dans l’espace vaseux découvert à marée basse. Après être monté dans le coteau sec, couvert d’eucalyptus et d’arbres fougères, le sentier redescend dans un petit vallon où un panneau annonce la découverte imminente de la rainforest, la jungle. Revigorée par la présence d’un ruisseau, la végétation est bien plus verte, plus en feuilles qu’en troncs et branches. Toutefois, il ne faut pas imaginer la forêt dense et luxuriante de la Nouvelle-Zélande.

Quittant l’Ouest du Parc, après un passage en milieu urbain, sur des routes à six voies, me voilà de retour dans le parc national.  Difficile de croire que Sydney étendait ses tentacules il y a encore quelques kilomètres en arrière, tant la végétation semble avoir retrouvé son côté farouche. Je rejoindrai l’extrémité de la péninsule. Depuis West Hand, la vue est magnifique : au nord, de l’autre côté de Broken Bay, les forêts de Bouddi National Park descendent jusqu’au bord de l’eau, entrecoupée seulement par la présence de quelques localités-villégiatures s’étendant le long des croissants sablonneux. A l’est, Palm Beach relie Barrenjoy Head à la banlieue urbaine d’Avalon, protégeant les eaux de Pittwater des lames du large. Les collines ne sont toutefois pas assez élevées pour calmer le vent et les quelques voiliers naviguant sous génois seuls tracent un sillon éphémère, gitant dans la forte brise. Derrière moi, forêt et bras de mer se partagent le parc, le faisant ressembler à l’Abel Tasman National Park : plage ocre, forêt verdoyante, eaux turquoises, rocs aux formes improbables, sculptés par les intempéries.

Descendu jusqu’à la plage de West Head, je pique une tête avant de regagner la prochaine grève en suivant la côte. La marée haute a envahi toute la plage. Sautant de roc en roc, escaladant les blocs, me laissant à nouveau glisser jusqu’au bord de l’eau, je poursuis tant bien que mal mon chemin, regrettant (presque) par moment la présence de plateaux marnals. Les minéraux que j’enjambe ont plus de 200 millions d’années. Penser à leur âge, penser à leur jeunesse, lorsqu’il faisaient encore partie de hautes falaises avant de s’écrouler sous les assauts de la mer met en évidence notre date de péremption, plutôt courte. Au détour d’un roc, entre deux taillis, une casemate, datant sans doute de la dernière guerre, émerge. Un dernier passage plus scabreux que les précédents et me voilà arrivé à Resolute Beach. Encore une de ces plages enchanteresses que je quitterai trop rapidement. Gravissant des volées de marches, je me repose à mi-chemin pour observer un escarpement sous lequel une bande de Guringai s’abritaient en cas de mauvais temps.

Le sentier rejoint un coupe feu. Cette route carrossable uniquement pour les véhicules tout-terrains me conduira jusqu’au parking, mais en chemin je découvre mes premières gravures aborigènes. A moitié cachées par l’humus, disparaissant dans les taillis, je devine les sillons ébauchant les anguilles et le poisson, la figure humaine, quant à elle, se découpe sur la dalle ombragée. La culture aborigène a été si violemment balayée par l’arrivée des colons que personne aujourd’hui ne parvient à expliquer ces gravures. L’hypothèse religieuse est toutefois régulièrement excluse, les scènes représentées sont bien trop souvent liées à la vie quotidienne.

Quittant West Head, je m’arrête à The Basin, connu pour une dalle possédant trois groupes de gravures distinctes. Ici, point n’est besoin de jouer à l’archéologue, le rocher est nettoyé, des barrières guident les touristes, les empêchent de folâtrer sur le roc et de piétiner sur le patrimoine culturel. Des panneaux explicatifs présentent les suppositions actuelles pour chacun des trois groupes de tracés, bien distincts les uns des autres, ainsi que la technique de gravure utilisée. Une esquisse du tracé est effectuée, en poinçonnant la pierre à l’aide de cailloux pointus ou de coquillages. La matière excédentaire entre les trous était ensuite enlevée par simple abrasion à l’aide d’une pierre plus dure. Des essais contemporains ont montré, que sans connaissance particulière, il était possible de tracer en une heure de temps un sillon long de 1.25 mètres, avec une section de 20 millimètres de large par 10 de profond.  Il est alors plausible d’imaginer une bande dessiner une vaste fresque en moins d’une journée. Si la faible dureté de la pierre était un avantage pour eux, l’érosion est toutefois rapide et moins de mille ans sont nécessaires pour effacer toutes traces artistiques. Bref, le nombre de témoignages perdus depuis l’arrivée des aborigènes entre 40 à 60’000 ans en arrière est plus qu’important.

Avant de quitter le parc, une dernière courte randonnée à travers le bush me mène sur le haut des falaises d’America Bay. Seul au monde, dominant la longue crique, j’apprécierai grandement cet instant. L’endroit est un des plus merveilleux que j’aie visité. Laissant place à un amphithéâtre rocheux, le bush se mélange avec des plantes subtropicales profitant de l’humidité du ruisseau s’écoulant en petites cascades avant de s’élancer dans le vide. Murmures d’un doux ruissellement, tiédeur émanant des rochers, chaleur irradiée par le soleil de fin d’après-midi, cri du kookabura, je jouis de l’instant présent, me posant pour un moment dans le calme céleste émanant de cette place. J’y serais bien resté jusqu’à la nuit tombée, si une la lampe de poche était dans mon sac.

Finalement, la semaine touchant à sa fin, je rejoindrai Manly, situé sur la rive nord de Sydney Harbour, là où les eaux de la rade se mélangent à celle de la mer de Tasmanie. Au soleil couchant, je mangerai face au Pacifique, bercé par les rouleaux que les surfeurs ont déjà abandonnés. Au menu, filets de wallaby, pommes de terre grillées et salade de carotte. A la nuit tombée, quittant les abords de la plage, je garerai ma voiture de l’autre côté de la péninsule, le long de Manly Cove, où aucune affichette n’interdit le camping. En pleine ville, à proximité d’une plage quotidiennement envahie par les surfeurs, mieux vaut être prudentpour ne pas risquer une amende. Demain matin, je serai de retour pour mon petit déjeuner, avant de visiter la bourgade. Le seul désavantage d’y être venu en véhicule est que je ne profiterai pas de la vue, paraît-il exceptionnelle, sur Sydney Opera House, à partir du Ferry. Comme le dit si bien l’expression, je ne peux pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

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J59 – Blue Mountains National Park – Grand Canyon

9 07 2011

Evans Lookout, Blue Mountains, New South Wales, samedi 9 juillet 2010 (GMT+10)

Je n’avais encore jamais eu aussi froid de ce côté-ci de l’équateur. Le givre recouvre les vitres tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la voiture. La nuit fut longue et désagréable, le vent remuant mon logis sur roues, le froid s’insinuant à travers le sac de couchage. Chaussettes, pull, gants, collants et polaire n’étaient pas de trop pour conserver un peu de chaleur. D’ici quelques jours, je serais sans doute bon pour un rhume et une bonne grosse toux de début d’hiver. N’ayant plus aucune chance de prévenir le mal, autant appliquer les vieilles recettes au plus tôt : thé, sucré de trois cuillères de miel, calmera l’irritation naissante de ma gorge.

Dehors, le vent s’est calmé, le soleil atteint le parking. Il est temps de partir en reconnaissance du Grand Canyon. Comme j’avais pris l’habitude de le faire en Nouvelle-Zélande, je glisse un papier derrière l’un des essuie-glaces indiquant où je me rends. Prudent, je rajoute dans mon sac quelques effets supplémentaires : pantalon, pulls, quelques provisions. S’il m’arrivait quelque chose, je ne devrai au moins pas attendre les secours dans une position des plus inconfortables.

Galston Gorge, Berowra Valley Regional Park, samedi 9 juillet 2010, 19h00 (GMT+10)

D = 890.9 km

Sur le début du sentier, menant au bord de la vallée, je m’aperçois que les rangers ont déjà bien commencé le nettoyage : les traces de tronçonneuses sont fraîches. Un dernier coup d’œil au ciel avant de descendre : toujours aussi bleu, aucune rafale. Il semblerait que je profite de l’accalmie matinale et que je puisse descendre dans le canyon sans prendre trop de risquer. S’il s’avérait que trop d’arbres encombrent le tracé, prudemment je rebrousserai chemin. L’itinéraire descendant en pente douce se transforme peu à peu en escalier : d’abord de simples marches en bois, évitant l’érosion du sol, puis taillées dans la roche ou assemblage soigneux de blocs équarris, comme sur le National Pass. Je reste tout aussi bouche-bée devant ces aménagements, nécessitant sans doute de nombreuses années d’effort, même avec les moyens actuels.

Le paysage, quant à lui, est tout simplement splendide, difficile à retranscrire. Imaginez une gorge, avec deux falaises tarabiscotées comportant promontoires, plateaux, cavernes, encorbellements, anfractuosités creusées au fil du temps par la rivière, s’enfonçant toujours plus profondément dans le plateau.  Les gris des pierres basaltiques se fondent dans l’ocre du limon ou le blanc de la craie. Dès qu’une fine couche d’humus se dépose dans une alvéole, la végétation la colonise. Feuillus, lianes, fougères et mousses prolifèrent au plus profond de la gorge, formant une forêt humide, alors que les sèches prairies, où poussent les eucalyptus, occupent les hauteurs.

Le tracé s’avère complètement dégagé; seuls des morceaux d’écorces et de brindilles jonchent le sentier. Le paysage est par contre presque cataclysmique : arbres déracinés tombés dans le canyon, troncs éclatés lors de leurs chutes, copeaux de bois, branches arrachées… une bombe aurait éclaté dans la vallée, il n’y aurait pas eu plus de dégâts. La vision de cette folie destructrice est impressionnante: le canyon y perd de son ambiance tranquille et imposante. Néanmoins, je me sens tout petit lorsque, m’enfonçant dans une gorge creusée dans la paroi, la falaise s’élève des dizaines de mètres au-dessus de moi, et que l’eau s’écoule des mètres en dessous, cachée dans la sombre obscurité de la gorge. Dès que la lumière pénètre dans le val, la température s’adoucit rapidement. Conjuguée avec la marche, je me réchauffe. Petit à petit, les diverses couches sont remisées dans le sac, et je terminerai la randonnée avec mon traditionnel habillement : short, t-shirt et chapeau.

Lorsqu’à la fin du chemin, un cours d’eau vient se jeter dans la rivière principale, un escalier, contournant le promontoire rocheux à l’intersection, descend dans le vallon secondaire. Le tracé suit maintenant le fond de la gorge, au niveau de l’eau. Pierres et rochers permettent de poursuivre le chemin les pieds aux secs. Avec les nombreuses feuilles et branches qui tapissent le lit, il est nécessaire d’avancer avec un peu plus de précaution, afin de ne pas glisser sur un roc, ou humidifier une chaussure. Arrivé à un coude, le canyon continue jusqu’à Grose Valley. Le tracé suivant le lit est fermé depuis quelques mois en raison des risques de glissement de terrain; j’emprunte donc le raide sentier qui me ramène jusqu’à Evans Lookout. Si je n’avais pas pensé descendre autant pendant la balade, le nombre de marches à escalader me prouve le contraire. Un panneau didactique, racontant la création du tracé en 1907, m’apprend même que le sentier en compte plus de 1200. De retour au point de vue, je me perdrai dans la contemplation admirative de Grose Valley en contrebas, sombres forêts d’Eucalyptus, falaises à dominance ocre et grises brumes bleutées nimbant les contours à l’horizon. Grandiose.

De retour au centre des visiteurs de Blackheath, le vent a forci. Ecorces, brindilles et pommes de banians dansent la ribambelle dans les rafales. J’apprends qu’aucun tracé de randonnée n’a été ouvert depuis hier, mais que l’accès au point de vue de Govetts Leap, ainsi que le sentier y débutant, circulant au sommet de la falaise jusqu’à l’Evans Lookout, sont ouverts. Au passage, je serai informé que la température de la nuit a atteint les -5°C pendant la nuit. Ceci explique cela.

Situé en quelque sorte dans un des coudes de la vallée, et non sur une des longueurs, le panorama de Govetts Leap est plus somptueux que celui d’Evans Lookout. Au Nord, la vallée s’ouvre en direction de sa source, alors qu’à l’Est, les circonvolutions des falaises referment l’horizon, comme si la vallée avait été murée. Ajoutez à cela la vue sur Govetts Falls, dont la cascade oscille avec les rafales et celle du piton de Pulpit Rock aux formes étranges. Je parcours le chemin situé au sommet de la falaise jusqu’à Barrow Lookout. La vue donne sur une immense paroi végétale colonisant la falaise courbe, dans laquelle descend un autre escalier: le deuxième accès à Grose Valley. De temps à autre, l’éclat métallique d’une rambarde brille dans le mur vert, avant de disparaître tout aussi rapidement.

Avant de quitter définitivement cette région photogénique, emportant avec moi le regret de ne pas pouvoir descendre au plus profond du bush, un dernier détour me ramène au Three Sisters. Le temps d’un dernier adieu et je suis en route pour Glenbrook, la porte d’entrée Est des Blue Mountains. Le trajet n’est pas des plus excitant: je roule sur une Highway sans visibilité, esquissant quelques courbes au milieu des eucalyptus. Seuls les panneaux signalant les villages rencontrés m’indiquent que je descends. Des 1000 mètres initiaux, j’en perdrai 800 lorsque je franchirai les limites de Glenbrook. Passant à travers le village, je rejoins la forêt située quelques kilomètres au sud, faisant déjà partie du Blue Mountains National Park, inscrit au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Une petite balade au fond d’une vallée humide, propice au développement des fougères, des blues gums et d’autres espèces locales, m’amène jusqu’à Red Hand Cave. J’y ai rendez-vous pour ma première rencontre artistique avec la culture aborigène.  Grotte est un grand terme: j’utiliserai plutôt celui de cavité pour décrire le long encorbellement rocheux de cette endroit. Red Hand, les mains rouges. Il s’agit d’un de ces nombreux endroits où les individus d’une tribu marquaient l’empreinte ou la silhouette de leur main avec de l’ocre. Ici, elles se comptent par dizaines, même par centaines. La plus veille est estimée à 1600 ans, la plus récente ne datant que de peu avant l’arrivée des européens : plus de trente générations ont orné cette paroi. Peintures abstraites, signification religieuse ou arbre généalogique, aujourd’hui le mystère demeure encore complet. Sur le chemin du retour, un autre itinéraire me mène à la découverte d’une dalle en molasse à moitié immergée dans la rivière, comportant de nombreuses entailles de forme lenticulaire. Les aborigènes utilisaient cette roche comme du papier de verre pour affuter le tranchant de leurs outils en pierre. Cette opération étant longue et fastidieuse, jour après jour, une empreinte se creuse. Cette dernière sera utilisée pour aiguiser à nouveau le même outil, ou encore donner une forme identique à une autre pierre.

La fin de l’après-midi approche. Je quitte les Blue Mountains en direction de Ku-ring-gai-Chase, un Parc National côtoyant les banlieues nord de Sydney. Après avoir ravitaillé la cambuse pour les deux prochains jours, une route aux virages en épingle à cheveux m’amène au sommet de Galston Gorge, où trois places de stationnements sont disponibles à l’entrée d’un parc régional. Le lieu est idéal : la lumière urbaine, encore cachée par les contreforts montagneux, me permet de profiter d’un ciel limpide pour regarder les étoiles. Par ailleurs, la circulation sur cette étroite route ne risque pas d’être abominable durant la nuit, pas au point de m’empêcher de dormir.

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J58 – Blue Mountains National Park – National Pass

8 07 2011

Evans Lookout, Blue Mountains, New South Wales, samedi 9 juillet 2011, 1900 (GMT+10)

D = 728 Km

Encore une bonne nuit de sommeil! Je crois bien m’être habitué à mon nouvel environnement. Malgré l’abri de la vallée, quelques bourrasques de vent se sont fait entendre pendant la nuit. L’aube est déjà là, le camping est toujours silencieux; j’en profite pour me baigner dans la rivière pour un brin de toilette. A plus de 800 mètres, en plein hiver, l’eau n’est pas très chaude et  j’en ressors complètement frigorifié. Le petit déjeuner et surtout le thé chaud seront les bienvenus. Le seul défaut: l’absence de pain croustillant, terminé hier soir avec le fromage: je dois me contenter de pain de mie, même pas toasté.

Premier arrêt de la journée à l’Evans Lookout pour découvrir réellement les Blue Mountains, dont j’ai entendu monts et merveilles. Les effets secondaires de la tempête se font encore sentir. Les services d’urgence viennent de tronçonner le dernier tronc. L’un des hommes me fait signe de poursuivre mon chemin : « branches et troncs jonchent le bord de la route, mais le chemin est libre ». C’est ainsi qu’avançant à travers une forêt à moitié déchiquetée j’arrive à l’entrée du Parc National. Une barrière en barre l’accès; un panneau indique que le parc est fermé. Aucune spécification ne précise l’attitude attendue des piétons. Je me parque dans un immense terrain vague en terre battue, au milieu duquel se dresse le pylône électrique d’une ligne à haute tension. J’entreprendrai les derniers 600 mètres me séparant du point de vue à pied. Comme précédemment, je m’attendais à un chemin jonché de débris, mais seul un arbre déraciné obstrue le passage.

M’y voici enfin! Je reste bouche bée devant la beauté du panorama. Là où s’étendait un plateau sédimentaire, glaciers et intempéries ont creusé une profonde vallée, ceinte de toute part d’une haute falaise. La forêt tapisse entièrement le val, jusqu’à ce que la verticalité minérale l’empêche de poursuivre sa colonisation. Les couleurs sont irréelles : vert étincelant sous le soleil matinal pour les feuillages proches, alors que la canopée en contrebas se drape d’un vert sombre, falaises ocres et grises présentent des stries verticales accentuant l’impression de hauteur. Dans le lointain, forêts et rochers se perdent dans une brume bleutée, se confondant avec la teinte cobalt clair de l’horizon matinal. Les crêtes de Grose Valley sont irrégulières, escarpées, tantôt descendent pour donner naissance à une cascade ou à un val latéral, ou au contraire un promontoire s’avance dans la vallée, accentuant l’aspect sauvage du lieu. Pour avoir une idée du paysage surprenant, considérez un fjord dont vous aurez effectué une empreinte en plâtre un jour de tempête. Retournez cette dernière, l’ancienne surface devenant le plateau des Blue Mountains, les montagnes des vallées. Imaginez ces vallées remplies de sédiments, terrain favorable à la croissance végétale et vous obtiendrez un aperçu de Grose Valley.

Blue Mountains! Je me demandais hier d’où venait ce nom si bizarre. Pourquoi bleu, alors que seuls l’ocre de la molasse, le vert des forêts, le gris du basalte et le blanc des strates crayeuses sont les couleurs des divers éléments. En Europe ou en Nouvelle-Zélande, les montagnes se teintent de bleu parfois lors des levers ou des couchers de soleil. Ici, ces brumes perdurent pendant toute la journée, nimbant la région d’une même couleur bleue. Peut-être est-ce dû à la présence de la forêt, dégageant continuellement de la vapeur d’eau, qui ne peut s’échapper des profondeurs. Les fines gouttelettes ne diffractent alors plus que certaines longueurs d’onde du spectre lumineux, absorbant les autres. Un vrai régal pour les yeux. Au début des chemins menant à Grose Valley ou traversant le Grand Canyon, des banderoles en interdisent l’accès. Au lieu de créer une nouvelle affiche, les responsables ont simplement imprimé leur modèle générique. La mention officielle « fermée en raison de feux de brousses » est biffée, remplacée par un « en raison des dégâts dus à la tempête » écrite de manière manuscrite. J’ose espérer que l’un ou l’autre des itinéraires soit dégagé d’ici demain.

Sur le chemin me menant au Three Sisters à Katoomba, l’itinéraire scénique me mène le long des falaises. L’épais taillis couronnant cette dernière, la vue est réduite. Pour parer à ce petit détail, une plateforme servant de point de vue est construite sur chaque promontoire s’avançant au-dessus de la falaise. Une courte marche, de 50 à 300 mètres, permet d’y découvrir, non à chaque fois un nouveau paysage, mais un angle d’observation différent, faisant ressortir tel ou tel détail, autrefois caché ou tout simplement fondu dans la forêt. Il me faudra plus qu’une heure pour parcourir les deux kilomètres me séparant de ma destination. Même si le paysage n’est pas modifié intrinsèquement entre deux haltes, à chaque fois je reste séduit par ces hautes falaises dominant ce tapis végétal semblant presque moelleux. Seule une légère dépression centrale, telle la nervure d’une feuille, permet de supposer la présence d’une rivière. Frondaison et paroi rocheuse, jouant le rôle d’un amplificateur, propulsent les chants d’oiseaux. Ces derniers restent invisibles, cachés dans le feuillage, leurs cris, mêlés à celui du vent, troublent le silence des lieux.

Arrivé à Echo Point, je m’approche lentement de la balustrade ceignant la plateforme d’observation donnant sur Jamison Valley, Mount Solitary et les célèbres Three Sisters. Je profite de lire les citations des grands de ce monde, inscrites dans divers rochers érigés sur le chemin menant à l’extrémité du promontoire. Je suis particulièrement d’accord avec Charles Darwin, qui lorsqu’il découvrit Grose Valley, relata dans le voyage du Beagle en 1836 : « Un immense golf, recouvert d’une inattendue forêt, ce panorama, nouveau pour moi, est extrêmement magnifique ». Voilà donc les Three Sisters, trois doigts de molasse, sur lesquels quelques arbres se sont implantés, se détachant sur la silhouette rase et bleutée des montagnes à l’arrière-plan. J’imaginais quelques choses de plus grandiose. Peut être est-ce que cachées timidement par l’ombre matinale, elles ne resplendissent pas encore. Je reviendrai quand le soleil les illuminera pleinement.

Au centre d’information, aux dernières nouvelles, datant de hier soir, la majorité des tracés sont fermés. Seul celui passant sous les Three Sisters, la vue cachée par le bush, regorgeant de touristes est actuellement fonctionnel. Je décide quand même de rejoindre Wentworth Falls, d’y admirer les chutes et de voir s’il est possible de descendre sur le sentier du National Pass. A nouveau, encore et encore, je m’arrêterai sur le chemin pour admirer chutes d’eau, cascade, ou l’immuable paysage. La région est définitivement enchanteresse, je reviendrai volontiers pour une randonnée de plusieurs jours tel un bushwalker. A l’heure du dîner, le petit parking de Wentworth Falls est surpeuplé par les touristes profitant de la place de pique-nique attenante. Je trouverai néanmoins une place pour me garer. Sac à dos, chapeau, crème solaire, … une fois la checklist effectuée, je me mets en route. Au lieu de suivre le chemin standard, longeant la route, je rejoins la cascade par le sentier situé juste sur le sommet des crêtes de la falaise. Entre bush et parois de molasses, branches cassées et troncs abattus jonchent le tracé. Bien que les rangers n’y soient pas encore passés pour faire le ménage, la progression est toutefois loin d’être difficile.

Wentworth Falls révèle de magnifique chute d’eau. En amont, se déversant d’une goulotte au pied d’une petite cascade, l’eau s’écoule doucement sur un roc arrondi, s’étalant en une fine pellicule gargouillante, oscillant entre les cailloux. Gagnant de l’élan à mesure que la pente augmente, soudain de minces filets se détachent, de petites gouttelettes se jettent dans le vide. Contrastant avec cette esthétique dentelle, au lieu d’un pont enjambant la rivière, de gros parallélépipèdes rectangles, taillés dans la molasse, reposent dans son lit. Dans les Blue Mountains, ce genre de gué est préféré  une simple passerelle, sans doute pour son utilité. En cas de crues, il ne risque pas d’être emporté, et les accès se coupent d’eux même.

De l’autre côté, une borne mal équarrie, surmontée d’un lézard métallique, indique le début du National Pass. Le chemin fut tracé en 1908, à l’aide d’une souscription populaire avant de tomber en désuétude. Restauré, il est à nouveau ouvert depuis 1908. Un long escalier descend à flanc de falaise. Le soleil cogne dur contre la paroi, les marches sont recouvertes d’une fine poussière, l’air est complètement sec. Tous les détails sont nets, feuilles et branches se détachent parfaitement sur le ciel d’un bleu profond. Définitivement un jour parfait. L’escalier continue de descendre, par étapes entrecoupées par la présence de petites plateformes. Les marches sont polies par les années et il est possible par endroit de distinguer les vestiges rouillés des anciennes balustrades, ou encore d’admirer un ancien chemin creusé dans la montagne, aujourd’hui rendu impraticable par la désagrégation du roc. Arrivé au milieu de la falaise, le tracé se poursuit plus ou moins à l’horizontal, le long d’une strate crayeuse sur l’autre versant du val. En contreplongée, la jaillissante cascade est encore plus photogénique. L’efficacité de l’œil humain est seul à même de saisir le superbe contrejour, contraste de couleurs éclatantes et de l’ombre. Tout au long du chemin, je resterai éblouis par la beauté de ces falaises, par la profondeur de la forêt, par le mélange de chaleur et de fraîcheur qui émane maintenant de la végétation proche, de l’aspect sec du paysage tout en sentant de sempiternelles gouttelettes tomber du haut de la falaise pour s’écraser sur ma tête. Pluie et vent ont façonné ces étonnantes murailles, ciselés ces schémas mystérieux depuis des millénaires. Plus ancien encore, le processus naturel, qui, couche après couche, a vu sédiments et coquillages former les diverses strates de cette roche. Et aujourd’hui, seules plusieurs années sont nécessaires pour y tailler un chemin, et uniquement quelques heures pour en profiter.

Si le travail effectué à l’époque est impressionnant – escaliers descendant dans la molasse, gorges creusées dans les strates crayeuses pour emménager des passages horizontaux – la restauration fut menée d’une main de maître. Je ne compte plus les blocs de molasse parfaitement équarris mis en œuvre. Juxtaposés avec précision, ils forment de solides escaliers résistant aux intempéries, ou espacés régulièrement établissent un gué à travers lequel l’eau ruisselle facilement. De temps à autre une plaque narre quelques faits historiques ou mets en évidence les spécificités de la faune locale. Le chemin est toutefois trop court, j’arrive déjà vers la fin. Gravissant de nouvelles volées d’escaliers, je remonte Valley of Water où cascadent de nombreux filets d’eau. Cette randonnée me laissera un souvenir indélébile et magnifique de l’Australie.

De retour à Echo Point vers la fin d’après-midi, j’apprécie plus à leur juste valeur ces trois piliers. La couleur de la molasse ressort complètement, les petits détails, tels ces stries verticales, ou ces protubérances caillouteuses se distinguent. Leur silhouette apparait maintenant bien singulière dans cette région où les falaises plongent à pic dans la végétation. Vestiges d’un ancien promontoire, ils ne tarderont pas d’ici un certain nombre d’année à aller s’écraser au fond de la vallée. Le continuum rocheux ne sera alors plus troublé par ces trois joyeux drilles.

Un petit sentier permet d’y accéder et d’observer l’imposante stature de la plus grande des sœurs. Trois volées d’escaliers permettent même de venir s’abriter dans une de ses anfractuosités. J’y découvre un panneau m’apprenant qu’il est interdit d’escalader ou de descendre en rappel depuis ces rochers. La préservation de ce site à haute importance, tant visuelle pour les touristes, que culturelle pour les aborigènes prédomine. Il existe une histoire récente liée à ces trois sœurs, toutefois pour les aborigènes, elles font parties d’un mythe comportant sept sœurs, se référant aux étoiles des Pléiades. J’aurais bien aimé en apprendre plus sur ces légendes, toutefois aucun panneau et personne au centre d’information n’est à même de me compter ces récits. Je resterai malheureusement dans l’ignorance.

L’escalier, portant le nom de Giant Stairway, se poursuit, disparaissant dans le bush. Je dévalerai les 900 marches pour rejoindre Dardanelle Walk, puis continuerai à plat le long de Federal Walk. Si la descente fut rigolote, la vue est toutefois moins intéressante que le long du National Pass. Très rapidement, l’itinéraire disparaît dans le bush. La seule compensation est sans doute de pouvoir affirmer être passé sous les trois sœurs, dont le profil sera à un unique moment visible à travers une frondaison clairsemée. A l’extrémité ouest du chemin, un téléférique hisse le touriste fatigué jusqu’au sommet de la falaise. Pour ma part, mes jambes me porteront le long de Furber Step, un autre chemin composé essentiellement d’escaliers.  L’effort est toutefois plus que récompensé avec la vue sur les Three Sisters. Je regretterai toutefois de ne pas y être arrivé une demi-heure plutôt pour profiter pleinement du panorama. Maintenant, l’ombre a déjà commencé à recouvrir leurs pieds. Si seulement j’étais pourvu du don d’ubiquité pour pouvoir profiter des meilleures couleurs à chaque endroit.

Alors que les rayons solaires rasent la cime des arbres, j’arrive de nouveau à Echo Point, après avoir suivi un chemin venteux au sommet des falaises. Je profite du coucher de soleil sur Jamison Valley, Mount Solitary. Le crépuscule est bien avancé quand je retourne sur le terrain vague à proximité d’Evans Lookout. Le vent continue à souffler, il ne fait définitivement pas chaud. J’ai enfilé toutes les couches disponibles pour préparer mon omelette, et pourtant je sens toujours le froid percer à travers ma carapace artificielle. Givre le matin, soleil et chaleur la journée, froid mordant le soir, toutes les caractéristiques d’un été indien.

Alors que je pars dormir, la température a encore chuté. Les batteries perdant de leur efficacité, mon ordinateur refusera de démarrer. Je conterai mes aventures à mon petit cahier, troquerai mon porte-mine métallique contre un ancien crayon en bois. A chaque expiration, de la buée se forme; l’humidité se condense sur les vitres. Je finirai par enfiler chaussettes et gants pour tenir chaud à mes extrémités.

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J57 – Jenolan Cave

7 07 2011

Old Ford Reserve, Blue Mountain, New South Wales, jeudi 7 juillet 2011, 2010 (GMT+10)

D = 623.5 Km

Hier soir, les bras de Morphée m’ont appelé alors que je n’avais pas encore terminé mon récit. Vers 21h00, je dormais du sommeil du bienheureux. La nuit fut longue et s’est avérée très réparatrice lorsque je me suis levé vers 6h30 pour admirer l’aube poindre. Mon premier lever de soleil à l’intérieur des terres. Beaucoup de personnes m’avaient parlé des couleurs que pouvait revêtir cet instant en Australie. Jaune, orange, rouge, … l’horizon s’embrase. La base de massifs nuages gris se teinte de mauve, alors que végétation et montagnes se détachent à contrejour. Déjeuner aux premières lueurs du jour, un de mes grands plaisirs pendant ces vacances. Alors que la fraîcheur (NZ) ou le froid (AU) vous refroidit, profiter de la chaleur des premiers rayons est un vrai délice. Si je veux atteindre le cœur Blackheath ou Katoomba au cœur des Blue Mountains avant la fin d’après-midi, je ne tarderai pas à partir.

Première étape: parcourir les 60 kilomètres de chaussée non bitumée me séparant de la route Goulburn-Oberon. Hier, lors de mon passage au Fitzroy Falls, je m’étais renseigné sur l’état de cette route. La logique aurait voulu que, comme tous les touristes, j’effectue le détour par Goulburn : 150 kilomètres de route bitumée. Le principal défaut de cet itinéraire est qu’il fait partie du réseau des routes importantes avec beaucoup de circulation. Bref, je préférerai de loin prendre plus de temps pour parcourir 80 kilomètres, dont 60 sur du gravier et profiter de la cambrousse. L’avis de la ranger sera catégorique : la route est de bonne facture, sans nids-de-poule importants: il faudra juste que je prête attention aux branches et autres déchets résiduels de la tempête de ces derniers jours. Avant de partir, elle me demande si je suis prêt pour l’aventure sur cette route étroite, sinueuse et déroulant son ruban sur de raides flancs montagneux. Si, au début, la route n’est que sinueuse, déroulant son ruban à flanc de collines, les autres qualificatifs apparaissent les uns après les autres. Si la route n’est pas large par endroits, le nombre de virages possédant un léger élargissement où deux véhicules peuvent se croiser est plus qu’important. La balade s’avère pittoresque entre la rivière occupant le fond du canyon, les eucalyptus, les kangourous bondissant sur la route, la fine bruine plus qu’intermittente, la rencontre avec deux grosses jeeps, dont l’une possède le mythique par-buffle orné des cornes d’un taureau avec le sommet du crane. Après avoir gravi l’autre côté de la vallée jusqu’à Woombeyan Cave, le tracé s’assagit pour mon premier passage dans le Blue Mountain National Park : une longue et large route en terre battue, ornée d’eucalyptus à la place de peupliers ou de platanes.

Peu avant mon retour sur le macadam, j’ai rejoint les pâturages de l’Upper Lachlan Shire. Il me reste encore  à engranger une centaine de kilomètres avant d’arriver enfin à Jenolan Caves. Lors de mes arrêts photographiques, je finis par enfiler une fourrure polaire, en raison de la fraîcheur du fond de l’air. Un petit arrêt à Oberon me permet de m’enquérir sur la météorologie ainsi que d’obtenir quelques informations sur la région. Je ne m’attendais pas à être monté jusqu’à 1200 mètres – d’où le froid hivernal –. Aujourd’hui et demain le temps devrait rester mitigé avec une couverture nuageuse abondante et quelques bruines intermittentes.

Alors que j’imaginais les grottes de Jenolan s’enfoncer à partir de la surface du plateau, la route disparaît dans une vallée. La descente sera rapide, non en raison d’une faible différence d’altitude, mais d’un tracé raide à faire frémir tout ingénieur civil helvétique. Arrivé au fond, je me parque en amont d’une immense bâtisse, dont la facture me rappel ces hôtels touristiques du début du XIXe siècle. J’apprendrai plus tard que le bâtiment date effectivement de cette époque, et a été construit dans ce style pseudo-victorien si cher à cette époque. Les complexes spéléologiques de Jenolan se sont formés il y a approximativement 340 millions d’années, faisant de ces grottes de loin les plus vieilles du monde. Connue depuis des millénaires par les aborigènes, ces derniers descendaient leurs blessés et malades dans le réseau de galerie pour les baigner dans les rivières souterraines, auxquelles ils prêtaient des vertus médicales magiques. Il faudra moins d’un quart de siècle depuis la fondation de Sydney, pour que les grottes soient (re)-découvertes par les européens. Dès 1840, les premiers touristes visitent les grottes et le gouvernement décidera de les protéger dès 1866. Dès lors, une liaison routière reliant Jenolan à Katoomba voit le jour en 1887 avec la route Six-Foot et la construction d’une immense bâtisse servant de relais et d’auberge. Aujourd’hui l’exploration continue encore : si plus de 350 entrées sont répertoriées, le réseau est loin d’être complètement connu dans son intégralité.

Touristiquement parlant, il est possible de visiter 11 grottes différentes. Je me serai bien plu à explorer Orient ou The River Cave, la description me semblait des plus attractives. Toutefois ne voulant/n’ayant pas le temps de patienter 2 à 3 heures à Jenolan, je me rabattrai sur Chifley Cave, l’une des plus veilles grottes à avoir été explorée. Pour y accéder, il faut passer sous la Grande Arche, une grotte semi-ouverte d’une centaine de mètres de long, une cinquantaine de haut, sous laquelle circule aussi la route.

La visite sera plus que sympathique avec un guide dont l’enthousiasme et le charisme est impressionnant. Au travers des cinq arrêts j’apprendrai un peu plus sur l’histoire des grottes, raviverai mes connaissances en spéléologie, de la formation d’une grotte calcaire à celle des voiles, et surtout ne cesserai de m’émerveiller devant ces constructions millénaires. J’avais apprécié la self-spéléologie de Cliffden Cave, l’intimité des visites en petit groupe de Waitomo, ici tout cela sera compensé par la formidable diversité des concrétions de calcite.

De retour à l’air libre, je récupère un audioguide, compris avec la visite guidée, et là je discute cinq minutes avec le guichetier, dont les Grisons sont sa région suisse préférée, puis pars à la découverte Nettle Cave et de Devils Coach House. Il s’agit de la grotte semi-ouverte et de l’arche d’accès qu’exploraiênt les touristes à l’origine, grimpant sur des échelles en bois, ou escaladant des escaliers sommairement taillés dans la roche. Devils Coach House est ma préférée des deux. Non seulement en raison de ses dimensions : 130 mètres de long, 90 de haut, 40 de large, mais aussi pour ses formes et ses nombreuses ouvertures permettant des jeux de lumière tout simplement magiques. Elle fut nommée ainsi après qu’un colon a juré avoir aperçu Satan sur son Carrosse, tiré par des chevaux hennissant, entrer dans la caverne. La description fut mise sur le compte des hallucinations éthyliques, les cris étant sûrement le chant d’un des hiboux y nichant. Le nom est toutefois resté. Pour ma part, après avoir observé l’ouverture nord, large de 20 mètres, haute de 50, hérissée de stalactites, depuis le sommet d’un promontoire, il y a un je-ne-sais-quoi de diabolique dans ce béant orifice minéral au sein de la forêt.

Avant de quitter Jenolan, un petit détour me mène par Blue Lake. J’avais osé espérer observer un des deux platipus ou ornithorynques nichant actuellement dans les environs. Apeurée par l’agitation touristique, la paire n’est malheureusement active qu’en début ou fin de journée. Je reprends la route en direction des Blue Mountains. Le temps de ressortir de la gorge, glisser le long d’un plateau recouvert de pâturages et de pinèdes d’exploitation, et m’y voilà déjà. Dans le lointain, la longue table, arborant une ceinture rouge en-dessous de sa couronne végétale, apparaît. En moins de temps qu’il n’en faut, me voilà embarqué sur la route bidirectionnelles à 4 voies, sans bande d’arrêt d’urgence, ni place d’évitement, il me sera impossible de m’arrêter. De toute manière, je n’aurai jamais osé traverser la route pour accéder à l’autre côté, d’où la vue est bien plus esthétique.

Arrivé à Blackheath, je comprends mieux les bribes que j’avais saisies aux nouvelles radiophoniques affirmant que les Blue Mountains avaient été fortement touchées par les vents violents. Des arbres déracinés jonchent les jardins : il ne s’agit plus de petits eucalyptus, mais de conifères au diamètre important, des troncs, des tas de branches. Des camions grues soulèvent des troncs découpés à la tronçonneuse pour libérer les accès, les services électriques et téléphoniques rétablissent leur service, les pompiers sont venus à la rescousse de la population; les barrières automatiques du train sont remplacées par deux agents ferroviaires de piquets. Ma visite des Blue Mountains s’annonce plus aventureuse que prévue. Un passage à l’office des visiteurs m’informe que la majorité des tracés sont fermés en raison d’un nombre trop important d’arbres bloquant les chemins. Actuellement, seul l’accès à Echo Point est possible. Il me faudra revenir demain pour avoir les dernières nouvelles sur le dégagement des chemins. Personnellement, s’il n’y a aucun danger lié au vent ou aux chutes de pierre et que seuls les troncs obstruent le passage, il se pourrait bien demain que je parte quand même à l’aventure. Ce soir, je rejoins un terrain de camping gratuit, situé à l’abri du vent dans une petite vallée. Il est plus qu’agréable de cuisiner et manger (presque) au chaud.

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J56 – Booderee National Park

6 07 2011

Bullio Tunnel, Nittai National Park, New South Wales, mercredi 6 juillet 2011, 2010 (GMT+10)

D = 395. Km

Je ne sais pas ce qui est le plus inconfortable : la dureté du matelas ou la faible longueur de la couchette. Si vous ajoutez à ces conditions de base un vent tempétueux qui a soufflé pendant toute la nuit, remuant la voiture, sifflant entre les interstices, ainsi que la fraîcheur matinale qui me tira hors des bras de Morphée, la nuit ne fut pas des plus agréables. L’essentiel est toutefois que je sois suffisamment reposé pour poursuivre mon périple. Pendant que le thé infuse, je profite d’organiser ma nouvelle cellule de vie, centrée sur le coffre du véhicule. Affaires personnelles et sac à dos sont déposés à côté de la couchette, alors que ustensiles de cuisine, sacs de victuailles et matériel de camping reposent sur les sièges arrières.

Alors que je comptais profiter de la vue depuis Mt Keira, je trouve la porte d’accès close. Cette dernière n’ouvrant que d’ici une demi-heure, je quitte Illarawa Escarpment, direction Booderee National Park, une centaine de kilomètres plus au sud. Entre la banlieue de Wollongong, le ressort de Shellharbour, les premières dizaines de kilomètres ne sont pas des plus fascinants. J’avais prévu de petites escales dans quelques villes le long de la côte. Celle de Kamia sera pittoresque: le phare construit au bout d’une pointe surplombe des rochers dans lesquels se trouve un blowhole, un trou par lequel jaillit un geyser d’eau salée. Si les vagues ne sont pas assez fortes pour qu’il fuse jusqu’à plusieurs dizaines de mètres, j’apprendrai que la première annotation de son existence datant du 6 décembre 1797 a été réalisée par l’explorateur hollandais George Bass. Alors que la description de Shoalhaven Head promettait le paradis, avec une longue langue de sable dans le prolongement de Seven Mile Beach, fermant l’estuaire, je ne trouverai point cet endroit admirable. Peut-être aurais-je du y faire une plus grande ballade? Une fois la grise ville de Nowra traversée, je ne suis plus qu’à une vingtaine de kilomètre de Jervis Bay, une baie sept fois plus grande que Sydney Harbour, dont les rives comportent deux parcs nationaux. A la différence des immenses Parcs Nationaux néo-zélandais, en Australie ils peuvent être de taille très diverse. Si la majorité d’entre eux recouvrent de petites surfaces (Royal NP, Booderee NP), quelques uns sont bien plus étendus, comme le Blue Mountain NP.

Une fois la redevance payée, je sélectionne une ballade avec l’aide d’un des rangers. Il s’agit de Murrays Walking Trial. Sur l’immense parking, une seule voiture à part la mienne: je ne serai point dérangé pendant ma randonnée. Le petit sentier sablonneux escaladant un talus recouvert par le bush était de bon présage. Toutefois, il ne s’agissait que du chemin d’accès jusqu’à la marche. Une route forestière s’étend sous une forêt d’eucalyptus, dont le sous-bois est peuplé de new holland wattles et de banksias. Arrivé sur le plateau balayé par le vent du large, le taillis reprend possession du terrain. Les verts sombres et les bruns du bush s’arrêtent au sommet des falaises dominant d’une centaine de mètres une mer bleue, agitée de blancs moutons. Soudain, au lieu de contempler des déferlantes horizontales, un jet d’embruns surgit de la mer. Saisissant mes jumelles, j’ai juste le temps de retrouver l’emplacement approximatif, avant d’observer deux fois le même phénomène. Cette fois, le doute n’est plus permis: il s’agit du souffle des baleines, migrant actuellement vers le Nord pour mettre bas. Le ranger m’avait affirmé qu’avec un peu de chance je verrai un ou deux souffles. Je n’y croyais pas vraiment, et pourtant. Je scruterai encore l’horizon, dans l’espoir de voir l’un des mammifères sonder, mais aucune nageoire caudale n’apparaîtra au-dessus de l’eau.

Jusqu’à mon arrivée à Governors Head, je n’avais pas trouvé ce lieu hors du commun. Tout allait changer dans les minutes à venir. A l’est, l’océan Pacifique étend son eau couleur cobalt à l’infini, parsemée d’éclats blancs. Au Nord, les falaises verticales de Perpendicular Point, surmontées d’un phare, plongent dans la mer. A l’est, la forêt de Booderee National Park n’est séparée de la baie que par des étroites plages ou des avancées rocheuses. Au milieu du détroit, une île émerge telle une boîte inclinée : Contre les assauts du large, de hautes murailles rocheuses, reliées par un plateau en pente douce descendent jusqu’aux grèves à l’intérieur de la baie. De même, la lande est progressivement remplacée par des forêts d’Eucalyptus. Pour rejoindre la voiture, je descends à travers le sous-bois jusqu’à Murrays Beach. Comme hier, fin sable blanc, eau d’un turquoise limpide, … Seule l’absence de cocotiers me rappelle que je ne suis pas aux Caraïbes.

Comme il est à peine midi, je décide de poursuivre mon exploration. Booderee,  signifiant en aborigène « baie de la plénitude » est ainsi nommée en raison de la faune et de la flore abondante. Je n’avais jusqu’à présent vu ou entendu aucun des deux. Sur le chemin jusqu’à Hole in the Wall Beach, abrité des rafales continues qui balaient les falaises, la forêt reprend vie : caquètements, claquements, croassements, cliquetis, …  le chant des oiseaux, loin de ressembler au gazouillis de nos contrées, est rude. Arrivé à la plage du « trou dans le roc », tout aussi magnifique que la précédente, il ne reste plus qu’un doigt et le promontoire rocheux ne sera plus rattaché à la terre : l’arche s’est écroulée ces dernières années. Un peu plus loin, une balade didactique m’amènera à la découverte de la flore locale. Effectuant une boucle autour du marais, je passerai successivement du bush aux forêts de grands eucalyptus, en passant par les sous-bois fournis, et même par dessus un cours d’eau donnant naissance à un marais où de grandes fougères ont pris possession d’une partie des terres. Des panneaux didactiques m’apprendront quelques faits intéressants sur la végétation locale, notamment les différentes manières de se protéger des feux de brousse ou d’y survivre. Entre l’écorce des eucalyptus agissant comme des isolants, la chaleur de l’incendie joue comme un signal poussant les semences à éclore, ou simplement une croissance rapide à partir d’une ancienne souche brûlée comme pour l’arbre-herbe. La joie de découvrir un nouvel écosystème.

Avant de quitter le parc, une dernière ballade m’amène à nouveau jusqu’à la rive. Sur le chemin, j’observerai longuement un kangourou en train de brouter. Au bout de quelques minutes, je décide de m’approcher. Après avoir contemplé l’intrus, évalué les risques, le marsupial se repaît à nouveau de l’herbe rase. Lorsqu’il décidera de partir, je suivrai sa progression bondissante avec intérêt. Juste avant de quitter la plage, j’observe le flux de la marée rentrant dans le lagon, immisçant ses eaux d’un bleu limpide à celle nimbée d’une aura brune arrivant de la forêt. Au lieu d’un mélange à la couleur peu ragoûtante, des teintes vertes apparaissent à l’ombre de la végétation. Loin des nombreux plateaux marnals de la côte ouest de Nouvelle-Zélande, ici, la molasse est peu à peu rongée par l’océan : encorbellement, veine et goulotte ornent le roc. Les teintes beiges et ocres de la molasse sont par endroits recouvertes d’une couche blanchâtre, une croûte de sel, déposée par l’évaporation de l’eau de mer. A Bristol Point, là où la plage remplace à nouveau le roc, je ne résisterai pas à la tentation, et me glisserai dans les eaux claires. Un vrai bonheur.

Pour rejoindre les Blue Mountains à l’intérieur des terres, il me faut abandonner ce coin angélique. L’itinéraire repasse par la grise Nowra, avant de gravir abruptement en de courts lacets une montagne recouverte de forêt. Il ne me serait jamais venu à l’idée de rouler à la vitesse maximale, limitée pourtant à 60 km/h. Entre deux troncs, je peux par moment apercevoir la côte en contrebas. Le panorama semble magnifique. A mon grand désespoir, le rideau végétal se densifie aux alentours de chaque place d’évitement. Arrivé au col, une ouverture aurait pu me permettre de prendre quelques photographies s’il n’y avait pas eu une maison dont le jardin est entouré d’une haute haie. De l’autre côté, si la sinuosité du tracé a diminué, la déclivité, en contrepartie, a augmenté. Pendant la descente, alors qu’une légère odeur de frein envahit l’habitacle, j’observe le paysage : routes, bâtiments, zones industrielles ou artisanales ont disparu, remplacés par des terres agricoles. Loin de posséder la flamboyance verte des pâturages néo-zélandais, les prairies s’ornent d’un vert jaunâtre. Le fil de fer n°8 électrifié est remplacé par des clôtures de bois ou en fils barbelés. Quelques bosquets et arbres épars peuplent les terres; les vaches paissent tranquillement au milieu, les moutons sont beiges de poussière et les cerfs des élevages sont remplacés par des kangourous.

Je me réjouissais de passer au-dessus de Kangaroo River. Le pont inauguré en 1898 est tout aussi historique que celui de Cliffden River en Nouvelle-Zélande. Tous les deux sont de type Hamden, dont le tablier est suspendu par deux câbles, chacun reposant sur une paire de tours positionnées de part et d’autre du cours d’eau. La ressemblance s’arrête là. Si celui de Cliffden présente une esthétique presque épurée avec des piliers en forme de pyramide tronquée, l’architecte du Kangaroo River Bridge devait être féru d’histoire médiévale : tours, créneaux et arches font du pont une construction singulière à l’allure d’un château fort. Pour un peu, je m’attendrai à ce que le tablier se lève à la manière d’un pont-levis.

Une fois la crête atteinte après une montée rapide, la route est plane, oscillant de gauche à droite Ne m’étant pas documenté sur la topologie du pays, je ne m’attendais pas à une région aussi montagneuse, surtout qu’aucun haut sommet ne pointe à l’horizon. Il faudra pourtant m’y faire. La majorité des monts australiens étant les points hauts des tables, de grandes surfaces relativement planes, aux contours patatoïdes dont l’altitude moyenne est bien plus élevée que celle des plaines environnantes ; un peu comme si la surface terrestre avait été repoussée comme le cuivre d’un haut-relief. Arrivé dans le Moront National Park, je m’arrête pour admirer les Fitzroy Falls, se jetant du haut de 80 mètres, plongeant au fond de la vallée. Vallée! le terme de canyon est plus approprié. Il s’agit du premier digne de ce nom que j’observe. Loin de l’image aride du Grand Canyon du Colorado, malgré des falaises ocres, l’empire végétal a colonisé les lieux : eucalyptus et bankias couronnent les parois, alors que les plantes subtropicales ont colonisé le fond. De l’étroit « U » à proximité des chutes, la vallée s’ouvre pour se terminer en un large V, véritable écrin pour ce panorama d’un nouveau type : toutes les montagnes semblent nivelées, comme si une scie géante les aurait tronquées à mi-hauteur. Dans le lointain, seule la forme conique caractéristique d’un ancien volcan se distingue de ses confrères.

Avant de m’installer pour la nuit, je parcours encore quelques kilomètres. En passant par Berrima, je m’arrête rapidement pour observer quelques anciens bâtiments de style géorgien, érigés en pierre. Le village peut se targuer de posséder une auberge dont la licence de dépôt de boisson alcoolisée est utilisée sans interruption depuis son obtention en 1834. Alors que le crépuscule est bien avancé, je quitte la route bitumée, et franchis les quelques kilomètres me séparant de Bullio’s Tunnel. Si je vous avais parlé du vent violent qui s’est déchaîné ces derniers jours, j’ai omis de vous décrire l’état des routes en dehors des axes principaux. Les chaussées sont recouvertes de branches mortes de diverses tailles, cassée par les rafales; feuilles et morceaux d’écorces, emportés par le vent, jonchent les bas-côtés. Je comptais trouver une place d’évitement en chemin, mais je ne juge aucune suffisamment grande pour constituer un abris sûr, les branches des arbres formant une voûte. Au passage du tunnel, j’admire l’ouvrage creusé dans la molasse, à la surface aussi lisse qu’une peau de bébé. Peu après, j’arrive au parking d’un point de vue sur Nittai National Park, suffisamment grand pour que, parqué au milieu, seule la frondaison d’un arbre me touche s’il venait à tomber.

Au menu du soir, pâtes thon-tomates-oignons et surtout un bon thé pour me réchauffer. Hier soir, il ne faisait pas bien chaud, une petite centaine de mètres au-dessus de la mer. Ce soir, la température est bien plus fraîche. Si en Nouvelle-Zélande j’avais quelques fois regretté mon thermos, resté en Suisse, actuellement je donnerai cher pour l’avoir. Dehors, le vent continue de souffler, vous glaçant jusqu’aux os. J’apprécie de ne pas dormir dans une tente et pouvoir me réfugier dans la solide carapace de ma voiture.

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J55 – Royal National Park

5 07 2011

Mount Keira, Wolongong, New South Wales, mardi 5 juillet 2011, 21h00 (GMT+10)

D = 125.7

Réveillé au milieu de la nuit par un couple de nouveaux arrivants dans ma chambre, aussi discrets que des asiatiques au téléphone. En moins d’une demi-heure les deux auront au moins ouvert huit fois la porte de la chambre, malgré ma demande de faire moins de bruit. A mon réveil, ayant bien préparé mes affaires hier soir, j’aurais pu facilement les ranger dans mon sac les yeux fermés, toutefois légèrement rancunier, je ne serai pas des plus discrets. Durant le petit déjeuner, je prépare légèrement l’itinéraire de ma journée, qui me conduira sur la côte sud de Sydney. Comme il me reste une petite heure avant d’attraper le métro qui me mènera jusqu’au quartier de Mascot, où je récupérerai ma voiture, je profite de passer au supermarché pour l’avitaillement de la semaine : végétaux (oignons, pommes, carottes, …), thon et tomate en boîtes, du pain, de la confiture, … alourdissent de quelques kilogrammes mon sac.

Je rencontre un léger problème au moment de régler la caution. Définitivement, la période temporelle aux alentours des 9h10 est quelque peu maudite : accident en Nouvelle-Zélande, confiscation d’un couteau, et aujourd’hui, ma carte de crédit qui ne veut plus me cautionner. Entre le premier et le dernier événement, il pourrait bien y avoir un lien. Ne pouvant payer le montant en argent liquide, au lieu de réveiller mes parents, je demanderai d’abord à Raphael, fraîchement débarqué à Sydney pour son postdoc, s’il peut me cautionner. Je ne peux que lui être reconnaissant d’avoir été si diligent. Je lui devrai quelques bières au souper que nous avions prévu hier pour mardi prochain. Avec une bonne heure de retard, j’empile mes affaires dans le coffre d’une Ford Falcon, rempli le jerrycan d’eau et me voilà prêt à partir pour une semaine d’aventure.

Une bonne demi-heure plus tard, je quitte les quartiers rattachés à Sydney sur la HWY 1. Sitôt franchi Georges River, le milieu urbain devient moins dense et laisse place à la végétation. Quelques kilomètres plus loin, je quitte la route principale et m’engage sur Farnell Avenue, la porte d’entrée du Royal National Park, disparaissant au milieu de la forêt australienne. Quand je parlais d’une porte, c’est au sens propre du terme. Au milieu de la route, une petite cahute est dressée, où  il est nécessaire de s’ arrêter pour indiquer la raison de sa présence. Si l’usage de la route est gratuit, il est nécessaire d’acheter un permis de stationnement afin d’y garer sa voiture le temps d’une ballade, la redevance pouvant s’élever jusqu’à une dizaine de dollars. Arriver à Audley, je franchis ma première Flood Road, une route bétonnée sous laquelle passe la rivière en temps normal. En cas de crue, le niveau de l’eau peut s’élever jusqu’à 2 à 3 mètres au-dessus du bitume. Compte tenu de la largeur du fond de la vallée, je trouve cela plutôt impressionnant. Alors que je comptais y trouver le centre d’information, j’apprends que ce dernier a été déplacé temporairement, le temps de réaménager les locaux officiels durant l’hiver, de quelques kilomètres vers le nord, juste après le péage. Il me semblait déjà avoir remarqué que les australiens, tout comme les néo-zélandais, ne possédaient pas un sens développé de la signalisation: soit elle est complètement insignifiante, soit elle est trop abondante.

Si chaque état d’Australie possède un organisme chargé des parcs nationaux, celui de New South Wales, n’est en tout cas pas aussi bien organisé que le Departement of Conservation de Nouvelle-Zélande. A Sydney, il m’avait été impossible d’obtenir des informations sur le Royal National Park et les randonnées proposées. Je suis donc obligé de revenir jusqu’à l’entrée afin de récupérer des informations importantes. J’avais lu sur une brochure qu’il fallait compter 5 heures pour effectuer les 11 kilomètres d’une petite balade menant jusqu’à la côte: est-ce la réalité d’un chemin laissé à l’état naturel, sans entretien ou est-ce que le temps est compté comme en Nouvelle-Zélande? J’apprendrai qu’il s’agit d’une simple coquille et qu’il faut compter 3 heures, 2 si l’on est bon marcheur. Cette nouvelle est excellente, j’aurai le temps de faire un petit détour jusqu’à Wattamolla. Pour la petite histoire, le Royal National Park est le plus vieux parc au monde à avoir été estampillé Parc National en 1879, avant de revêtir son nom actuel après la visite de sa majesté Queen Elizabeth en Australie en 1954. Occupant les terrains traditionnels du peuple Dharawal, aujourd’hui les Sydneysiders s’échappent de leur milieu urbain pour venir y profiter des merveilles de la nature.

Dès mon arrivée dans le parc national, la végétation est une grande découverte. A Sydney, j’avais encore croisé des palmiers, des fougères à profusion; ici, la flore a changé radicalement. Rien à voir avec les forêts luxuriantes, avec les verts étincelants de Nouvelle-Zélande: l’univers est résolument sec. Au lieu d’une muraille végétale de part et d’autre de la route, coupant toute vue, un bush de taille réduite, composé d’un enchevêtrement d’arbustes, parsemé d’une forêt clairsemée. Toutefois la topographie est celle d’un plateau: aucune éminence rocheuse, aucun monticule ne se dresse à l’horizon. Aucune jungle ne bornant la vue, le regard porte au-dessus du taillis: il n’y a rien à voir; le sentiment est étrange, mêlant une impression d’espace hors du commun avec celle du néant.

Wattamolla, mon premier véritable contact avec la nature australienne est une véritable réussite. Perdu au bord de la mer. Imaginez un lagon aux eaux lapilazuli: d’un côté se dresse une falaise de molasse de laquelle se jette en cascade une petite rivière; de l’autre une rivière tranquille vient baigner une plage de sable blanc. Et au fond se trouve une petite crique avec de l’eau douce se déversant à travers un petit canal dans l’eau turquoise de la mer de Tasmanie. Au large, un puissant vent balayant l’océan lève une mer moutonnée. Je ne pourrai résister à l’appel du lagon, et profiterai de m’y plonger. La température de l’eau y est bien plus agréable que lors de mes baignades une dizaine de degrés plus au sud.

Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à nouveau. Cette fois-ci, pas question d’une petite ballade, mais d’une randonnée d’une dizaine de kilomètres à travers le bush australien jusqu’aux falaises ceignant le plateau occupé par une partie du parc. Ne connaissant encore rien à ce nouvel univers, je prépare mon sac soigneusement: Bouteilles d’eau, mélanges de fruits secs et de noix, jumelles, appareil photo et batterie de réserve, chapeau, crème solaire, … Au fond du parking, une petite sente tantôt sablonneuse, tantôt rocheuse s’enfonce dans la forêt. Le bois est clairsemé, je reconnais quelques les grands eucalyptus, mais la flore m’est complètement inconnue. Aucun épais tapis d’humus à la sombre couleur brune: sable et rochers sont recouverts de feuilles et branches mortes, comme momifiées par l’absence d’humidité. Malgré quelques passages rendus boueux par la présence de minces filets d’eau, je ne me départirai pas de cette impression de sécheresse. Il faut dire que la végétation arbore plus de troncs que de feuilles. Au lieu de fougères qui m’ont chatouillé les jambes pendant sept semaines, je subis une attaque de la part delongues feuilles rigides, aiguilles et épines des arbustes.

Alors que je m’approche de la côte, la forêt cède du terrain au bush. Alors que les sous-bois étaient peu denses, sitôt l’orée passée, le taillis est très fourni: il serait presque impossible de passer à travers cet embrouillamini de branches, brindilles et autres branchilles. Les feuilles, quant à elles, sont toujours aussi ramassées sur elles-mêmes, se protégeant des conditions rigoureuses. Au centre des visiteurs, j’avais appris que sitôt passé le solstice d’été, le printemps est véritablement de retour en Australie. Si cela expliquait la floraison qui m’avait surprise à Sydney, je ne m’attendais pas à découvrir autant de fleurs aujourd’hui. Il est presque encore trop tôt et tous les bourgeons sont loin d’avoir éclos. Entre les fleurs épanouies et les premiers pétales qui pointent à travers les interstices, le paysage est pointillé de teintes bigarrées, chatoyantes, presque toutes les couleurs sont représentées. Le sentier a laissé place à une route forestière, faisant office de coupe-feu en cas d’incendie. Large cicatrice minérale à travers le bush, son tracé sinueux me mène jusqu’au sommet des falaises.

La, j’aperçois de l’autre côté de la rivière, Eagle Point. Point n’est besoin d’autre mot pour décrire cette sculpture naturelle, tant sa ressemblance avec l’oiseau roi est frappante. L’œil perçant, le bec acéré, le profil agressif de l’aigle se détachent en gris/beige sur le fond bleu de l’océan. Avant de m’enfoncer à nouveau dans la lande, je profite d’errer un peu sur plateau de Sandstone. La roche est découpée, ciselée, creusée, polie par le vent, mais aussi par les flots importants transformant ce plateau en un véritable marais par temps de pluie. Le sommet de la falaise est dénudé: aucune poussière ne se fixe bien longtemps avant qu’une rafale ne vienne la déloger.

Si la flore est magique, avec près de 700 espèces différentes, la faune est plus timide qu’en Nouvelle-Zélande: les volatiles s’envolent des dizaines de mètres avant d’arriver à leur hauteur, les chants sont aussi bien moins nombreux. La grande surprise sera ma rencontre avec un marsupial au détour d’un chemin, aussi surpris que moi. Le temps de saisir ma caméra, et il aura déjà disparu dans les fourrés. Sa démarche bondissante est aussi rigolote que celle des pingouins dandinant en sortant de l’eau. Quittant le sentier costal et ses caillebotis métalliques protégeant le sol, je rejoins un sol sec, propice à une sorte d’herbe sèche, haute et cassante, ainsi qu’une sorte de mousse friable, le genre de végétation poussant dans des zones humides. Cela ne m’étonnera pas qu’en cas de pluie, cette prairie se transforme en un véritable marécage, faisant office de réserve aquifère pour la nature environnante. De retour sur Sir Bertrams Stevens Drive, un petit détour m’amène à National Waterfall. Je serai fortement déçu par des chutes d’eau que je trouve minables. Je ne ferai pas l’affront de comparer des chutes australiennes à celles de Nouvelle-Zélande. Même malgré leur faible débit, celles de Wattamolla ou encore de Currangong, se jetant des falaises dans l’océan, sont bien plus esthétiques.

Bien qu’il ne soit pas encore la fin d’après-midi, je ressens le même passage à vide qu’aux alentours de Raglan après avoir quitter Sydney, sans avoir bien préparé les points importants de la journée, avec le sentiment d’avoir parcouru des kilomètres. Je regarde à nouveau les cartes, feuillette les guides… J’ai l’impression de vouloir trop faire en trop peu de jours. En même temps, je ne connais point encore la durée des balade dans les Blue Mountains, s’il faut prendre la journée, ou s’il est possible d’en faire 2 ou 3 courtes le même jour. Après avoir estimé à nouveau les distances, je suis dans une moyenne similaire à celle de mon précédent trajet. D’un côté, j’ai l’envie de descendre jusqu’à Jervis Bay, d’un autre côté il me semble qu’elle se situe loin, presque trop. Je continue ma progression vers le Sud. A la sortie du Royal National Park, je profite du point de vue pour observer la côte qui s’étend en direction de Wolongong. Au large, une dizaine de pétroliers peuplent la mer, je ne me rappelle pas avoir déjà vu autant de cargos en approche d’un port.  Avant de repartir, je me pose les mêmes questions que précédemment, refaisant les calculs, comparant les distances hebdomadaires à parcourir pour me rendre à mes futures destinations.

Je finirai par trancher, et descendrai jusqu’à Jervis Bay, contournerai Blue Mountains National Park par le Sud, remonterai par les grottes de Jenoloan Caves, traverserai Yengo National Park en direction de Hunter Valley et redescendrai vers Sydney. Je verrai bien si j’aurai le temps pour un dernier arrêt à Ku-Ring-Gai-Chase National Park. La route suit la côte et emprunte le célèbre Cliff Bridge. Pour remplacer un tronçon régulièrement coupé à toute circulation en raison des chutes de pierres depuis les falaises surplombant la route, un pont fût construit, suivant les contours des parois rocheuses à quelques mètres de distances. La prestance de l’édifice n’a rien à envier au viaduc de l’autoroute dominant le lac le long de la Riviera Vaudoise. Je pense alors que j’ai oublié d’acheter des pâtes ce matin. Tout en comblant cette lacune au prochain supermarché, j’ai changé d’avis pour le repas du soir. Plutôt que pâtes sauce thon-tomate, ce sera filet de kangourou grillé et pommes-de-terre sautées.

De nuit, à proximité de Wollongong (234’000 habitants), il m’est difficile de trouver un endroit tranquille. La plage est à éviter avec le puissant vent qui ne cesse de balayer la côte. Je prendrai de la hauteur et dormirai dans le Illawarra Escarpment State Conservation Area. De l’autre côté de la crête, aucune lueur de la ville ne viendra troubler mon sommeil. Alors que mes patates grillent, je découvre qu’il est impossible de rabattre les dossiers des sièges arrières, car le mécanisme est scellé. Je décide de monter la tente, et découvre qu’il s’agit d’un modèle de base, pour ne pas dire bon marché, dont la structure rigidifiée par deux arceaux oscille et ploie sous les attaques d’Eole.

Après le repas, je m’installerai à l’intérieur pour en tester l’habitabilité. Entre les mouvements du plafond, les claquements de la membrane extérieure, les coups de vent qui s’insinuent entre les deux couches, le bruit des rafales, je doute que le sommeil y soit réparateur. Je tenterai d’enlever les scellés, regarder s’il m’est possible de dévisser une pièce pour régler le problème des sièges. Rien n’y fait. Finalement, je viderai le coffre, empilant sacs, nourriture, habits, casseroles et couverts sur les sièges. Le coffre s’avère plus grand que prévu : la longueur du lit, plus court que le triangle avant du Surprise, sera compensé par sa grande largeur. Demain, je saurai si ma couchette sera confortable ou non.

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J54 – Central Sydney et Chinatown

4 07 2011

Funk House, lundi 4 juillet 2011, 19h00 (GMT+10)

Hier dans mon contre rendu de la régate, j’ai oublié de vous narrer deux anecdotes, l’une un peu moins marrante que l’autre. La première a eu lieu pendant la régate; après l’avant dernier bord de pré, durant lequel l’avance que possédaient nos deux concurrents directs, Tiger et Krakatoa, avait bien fondu, nous avons décidé de mettre les bouchées double au passage de la bouée. Tout était paré pour hisser le spi dans les plus brefs délais. Toutefois, un léger cafouillage, un retard dans le timing, une rafale soudaine et nous voilà en train de partir au tas, l’énorme bulle à moitié hissée. Passé le moment de surprise, la perte d’équilibre, ainsi que ma paire de lunettes, deux casquettes, une grande poussée d’adrénaline et nous revoilà dans la course. Malgré leur nom explosif et carnassier, les deux autres voiliers seront dans notre sillage au passage de la ligne d’arrivée. La deuxième, Rod, médecin professionnel et plongeur amateur, après avoir raconté une histoire invraisemblable sur des araignées tissant des toiles à plus de 300 mètres de profondeur, me demande quelle espèce lémanique de requin a pu me mordre aussi sauvagement au visage, car il aimerait en apprendre plus.

Funk House, lundi 4 juillet 2011, 20h30 (GMT+10)

Le lever matinal fut dur, non pas à cause d’un manque de sommeil, d’une cité bruyante, mais plutôt en raison des courbatures qui ont envahi mes muscles durant la nuit. Toutefois l’effort sera compensé par un excellent déjeuner. En fin d’après-midi, sur le chemin du retour j’avais acheté du véritable beurre, ainsi qu’un pain à la croûte croustillante pour remplacer les toasts et la pseudo-margarine proposée par le backpack. Finalement, je ne serai prêt à partir que vers huit heure trente, ayant traîné pendant le repas, potassant le Lonely Planet pour ces prochains jours. Et surtout, ce qui ne me serais jamais arrivé il y a deux ans en arrière, regarder le sprint final de l’étape quotidienne du Tour de France. La grande surprise est l’arrivée d’Alberto Contador se classant seulement après la huitantième place, à plus de deux minutes du premier.

Comme d’habitude, afin de gagner le centre de Sydney, le chemin le plus joli passe à travers les jardins botaniques royaux. J’emprunte pour la troisième fois un itinéraire différent des deux premiers jours. Au lieu de traverser au plus court, un détour m’amène par le mur de Macquarie, un ouvrage d’environ 3 mètres de haut, construit en pierres de taille découpées dans la molasse, parfaitement jointoyé. Il fut érigé en 1810 à la demande du gouverneur Macquarie afin de séparer le domaine des condamnés, déportés en Australie, de classes composées de gens respectables. Alors que je me dirige vers la sortie, j’entends le même bruit que ces jours précédents, une succession de cris stridents qui ressemble à ce que pourrait être un caquètement de crécerelles. Levant la tête, j’observe, pendant aux branches dénudées des arbres, ce que je crois être de gros fruits oblongs, à la forme de poire. Il ne me faudra que quelques secondes pour réaliser qu’il s’agit d’une colonie de chauves-souris frugivores qui s’apprêtent à dormir. L’obtention de la meilleure place se règle durant une bataille, au cours de laquelle les deux individus s’expriment bruyamment. Le vainqueur reste tranquillement accroché à la branche, alors que le perdant s’envole en quête d’un nouvel emplacement. Surpris tant par leur activité diurne que par leur agilité, je reste un long moment non seulement à les contempler, mais aussi dans l’espoir de réussir à photographier l’un des individus durant l’un des courts et rapides vols.

Poursuivant ma route, je longe Macquaries Street, considérée pendant le XIXe siècle, comme l’une des rues les plus esthétiques de Sydney. L’édification de la majeure partie des édifices n’aurait pu avoir lieu sans la main d’œuvre gratuite des conscrits, travaillant pieds et mains enchaînés. La façade classique de la bibliothèque Mitchell abrite trois portes. Celle du centre décorée avec les explorateurs européens ayant découverts l’Australie, celle de gauche par les premiers aborigènes civilisés et – honte à moi – je n’ai pas été regarder celle de droite. Derrière, un immense hall d’entrée, dont le sol représente les deux voyages d’Abel Tasman lorsqu’il cartographia l’Australie et découvrit la Nouvelle Zélande, donne accès à une bibliothèque, une véritable bibliothèque comme dans mes rêves. Les parois de ces gigantesques salles sont recouvertes de trois étages d’étagères, recouvertes de lourds volumes aux tranches colorées. Aux quatre coins de la salle, des escaliers en fer forgé permettent d’accéder aux galeries donnant accès aux étagères des niveaux supérieures. Les grandes verrières du plafond et quatre vitraux permettent d’illuminer les longues tables et les divers bureaux occupant le sol. Une véritable merveille.

Manly, 10 juillet 2011, 6h20 (GMT+10)

Un peu plus loin, le parlement occupe une ancienne aile des hôpitaux du rhum. Sa visite ne présenterait que peu d’intérêt, s’il ne renfermait pas les deux globes célestes de Malby. A l’entrée, fouille et contrôle au rayon X révèleront la présence d’un couteau dans mon sac. Avec mon habitude d’en avoir toujours un sur moi, je l’avais complètement oublié. Le temps de le déposer à la consigne et je pénètre dans l’enceinte sécurisée armé de mon appareil photo. Rien d’exceptionnel: des panneaux résument les développements historiques du législatifs de New South Wales; un tableau récapitule les noms des différents présidents des chambres et leur période et les portraits de divers anciens politiques ornent les murs. Dans la salle du Jubilé, les deux globes sont repoussés dans les angles, des chaises empilées et des tables en barrent  quelque peu l’accès. Loin d’être présentés à leur juste valeur, ils sont magnifiques, impressionnant par le foisonnement de détail, majestueux par leur grandeur. Leur diamètre doit bien atteindre un bon mètre.

Lorsque je veux ressortir, les vigiles me demandent de patienter. Lorsque leur chef arrive, ce dernier m’annonce qu’il est dans l’incapacité de rendre mon couteau. En effet, ne possédant qu’une seule lame, il le considère comme une arme blanche et je dois justifier son emploi pour le porter sur moi. Son usage pour trancher pain, fromage et saucisse ne le convainc absolument pas. Je tente une contre-argumentation avec l’exemple d’un couteau suisse, dont la longueur de la lame est plus importante que celle de mon canif. Il tranchera rapidement: l’outil suisse possède de nombreuses autres fonctions et de ce fait n’est plus considéré comme une arme. Je perçois que rien ne sert de continuer avec cet esprit borné.  Toutefois, je ne partirai pas sans un barrot d’honneur, et lui démontrerai facilement que mon appareil photo, avec son excellente prise en main et son poids, en fait une excellente arme contondante. Devant son manque d’humour, je cesserai de discuter, et avant qu’il ne se décide à appeler la police pour boucler cet énergumène, je partirai. Mes dernières tirades m’auront toutefois permis de retrouver le sourire.

Devant les bâtiments, encore utilisés de nos jours, de l’hôpital, je touche le nez de Il Porcellino, une réplique de la sculpture éponyme trônant sur la fontaine Mercato Nuovo à Florence. A l’instar de ce dernier, mon geste devrait me porter chance. Juste à côté, j’admire The Mint, l’ancienne manufacture de monnaie.  Pour la petite histoire, il en existait déjà deux en Australie, mais la couronne anglaise fut obligée d’en construire une troisième : trop d’or brut circulait sur le marché noir et risquait de mettre à mal l’économie locale. Sa façade présente une intéressante et esthétique terrasse à deux étages, supportés par une double colonnade. Juste avant d’arriver à Hyde Park se dresse l’ancien baraquement des condamnés. Une austère façade épurée de style géorgien se dresse sous le soleil, isolée au centre d’une cour dépourvue d’arbres, ceinte d’un mur. Je me sens comme transporté dans le temps, imaginant la souffrance des conscrits trimant sous l’ardent soleil australien. De l’autre côté de la rue, St Jame’s Church, la plus vieille église de la ville, contient des mémoriaux en souvenir des explorateurs malchanceux, des victimes de naufrages et des autres malheureux. Elle fut dessinée, comme le Hyde Park Barrack, par Francis Greenway, un condamné-architecte. Le visage de cet autrichien orne encore le billet de 10$AU. Il s’agit sans nul doute de la seule devise au monde faisant l’apologie d’un étranger, ancien forçat de surcroit.

Kakari Center, Ku-ring-gai-Chase National Park,  10 juillet 2011, 8h10 (GMT+10)

A l’est du Park, St Mary’s Cathedral se dresse fièrement, dorée dans la lumière matinale. Si à l’arrivée de la première flotte, les célébrations de masse furent interdites, de peur que les catholiques irlandais fomentent une rebellion, le décret fut levé en 1820. L’année suivante, le gouverneur Macquarie autorisa la construction d’une chapelle. Finalement, en 1882, une première section de la cathédrale est consacrée. Erigée dans un style néo-gothique, elle ne fut achevée qu’en 1928 avec l’adjonction de son parvis et des escaliers frontaux. L’ensemble mêle élégamment des murs de molasses et des voûtes boisées. A mon avis, l’usage de ce dernier matériau, plus aisément malléable que la pierre, permet au style gothique et à ses sous-genres de  se développer pleinement avec une ornementation plus enchevêtrée, des lignes plus aériennes, plus audacieuses.

Quittant pour un temps la cité urbaine, je me réfugie dans l’allée centrale d’Hyde Park, bordée par de magnifiques arbres formant un véritable tunnel, au travers duquel ne filtre aucun rayon solaire. Un véritable cadre, mettant en évidence, au nord, les jeux d’eau d’Archibald Fountain étincelant sous le soleil, au sud, la façade Art Déco resplendissante du mémorial de l’ANZAC. Paix et volupté émanent de ce parc, mon pas se fera plus long pour prolonger ce moment de tranquillité.

De retour dans l’agitation citadine, je rejoins Chinatown, le quartier où les immigrants chinois se sont regroupés. Chemin faisant, je pénètre dans un comics shop, l’équivalent de nos bédéteries. A la place de bandes dessinées et des effigies des héros francophones, des rangées de pulp fictions et comics, neufs ou d’occasion, des figurines et statuettes de superhéros américains, des T-shirts aux inscriptions geek, des mugs et autres objets aux noms de séries toutes plus nerd les unes que les autres. Un véritable bonheur. Je discuterai avec le vendeur de science-fiction, de sa place dans la littérature, d’auteurs français ou anglais, de séries télévisées, telles Battelstar Galactica ou Firefly. Après avoir échangé quelques bons titres de livres, il me conseille deux autres librairies où le rayon science-fiction n’est pas réduit à une portion congrue. Une rencontre bien plaisante.

Dixon Street, j’arrive enfin à Chinatown. Je n’aurais pu me tromper d’endroit, le portique d’entrée vous rappelle instantanément que vous pénétrez dans le quartier chinois. Inscriptions en mandarins, habitants à prédominance asiatique, lanternes, … tout respire l’Asie. Les échoppes d’herboristes traditionnels se partagent les devantures avec les bouchers, dont les vitrines exposent canards laqués et ailes de poulets; joaillers, restaurateurs et autres confectionneurs remplissent le reste des arcades. Le dépaysement est presque complet: mon dîner sera constitué de simples ailes de canards marinées et confites, ainsi que de« pouffes de l’empereur », une pâtisserie succulente. Une petite machine presque industrielle les produits à la chaîne : une fois la pâte inséré dans les moules, le contre-moule est fermé, le tout est chauffé, une fois le circuit accompli, les pouffes sont éjectés. Il ne reste plus qu’à déguster ces mignardises encore tièdes. Un vrai délice. J’aurai bien photographié l’antique machine, mais la réponse de la vendeuse fut un non catégorique, violemment prononcé, comme si j’allais voler un secret industriel savamment gardé.

Après avoir déambulé dans les rues attenantes, baignant dans l’univers de l’Empire du Soleil Levant, je reviens au centre de Sydney. Les bâtiments prennent de la hauteur, gagnent en style, que ce soit victorien, Art Déco ou résolument contemporain. L’allure des façades est bien moins délabrée qu’à Chinatown. A l’intérieur de St Andrew’s Cathedral, la plus vieille de la ville, je découvre des murs comportant des morceaux de pierres issues de St Paul’s Cathedral à Londres, de l’Abbaye de Westminster ou encore de la Maison des Lords. Si la pierre de fondation fut posée en 1819, elle ne fut consacrée que 50 ans plus tard. Sa construction dura encore quelques années jusqu’à ce que les deux tours, inspirées du Ministère anglais d’York, soient construites. L’aménagement interne est quelque peu surprenant : suite au déplacement de l’entrée principale, la nef a remplacé l’abside et la porte donne directement sur l’ancien chœur. Cette modification permet d’admirer le magnifique dallage en céramique : volutes, cercles et rubans mêlent leurs tracés divers et colorés. A côté de la cathédrale se dresse l’ancien Hôtel de Ville. Un concert s’y tenant, je ne pourrai y découvrir le Grand Orgue, un instrument fort de 8500 tuyaux trônant dan le Halle du Centenaire. Sa façade est impressionnante, presque baroque par sa décoration surmontant le porche principal. De nombreux lions, symboles de la couronne, ornent les murs. L’un présente l’étrangeté de fermer un œil. C’est l’œuvre d’un maître sculpteur, rappelant l’habitude de son corps de métier de clore l’un des yeux pour vérifier la ligne du travail.

Restant dans les bâtiments de style, je découvre le Queen Victoria Builing. Un certain français, du nom de Pierre Cardin, l’aurait qualifié de « meilleures galeries du monde ». Je n’en doute point : quatre étages où fleurissent les marques de luxe. Louis Vuitton, Dolce & Gabanna, Breitling, Tag Heuer, Zenith, Rado pour n’en citer que quelques-unes sont fièrement représentées. En dehors de l’esthétisme des vitrines, le bâtiment est intrinsèquement magnifique : rambardes de fer forgé, coupole de cuivre, moulures de plâtres, dallage en céramique, escaliers monumentaux, vitraux aux initiaux QVB, verrières. Un écrin parfait pour ces grandes marques. Surplombant les galeries, une horloge pesant un peu plus que la tonne, connue sous le nom de Royal Clock, présente à la minute passée après l’heure l’une des six scènes de la famille royale. Si son cadran vous rappelle un certain Big Ben, les deux mécanismes sont issus de la même horlogerie londonienne. Pour la petite histoire, à la volonté d’un maire de Sydney, une statue de la reine Victoria devait être érigée près du bâtiment lors de sa restauration. Devant la rareté de l’objet, la quête devint internationale, et, finalement une sculpture fût ramenée du petit village de Daingean, en République d’Irlande.

Le State Theater mérite aussi le détour. Si je ne découvrirai pas son intérieur munificent, le hall  comportant deux billetteries me permettra d’avoir un rapide aperçu. Il fut une époque où la décoration des entrées était un élément clef pour attirer le badaud. En ce sens, le hall ne déroge pas à la règle : blasons, casques de chevaliers, étendards, la fantaisie règne en maître. La moindre lumière se reflète à de nombreuses reprises tant les miroirs sont nombreux, sans compter le doré recouvrant les murs, le sol ainsi que le plafond. Le tout est trop indigeste et je battrai en retraite dans la rue.

Alors que la fin d’après-midi approche, et que je me rends compte que je n’aurais plus le temps de visiter l’Australian Museum, je décide de monter au sommet de la Sydney Tower. En remontant Pitt Street Mall, je m’arrête aux galeries The Strand Arcade. De dimension plus réduite que le QVB, son charme est bien plus important. Ouvertes en 1891, incendiées en 1973, restaurées à l’identique, son cachet pittoresque me séduit. Style victorien, l’environnement entier respire la fin du XIXe siècle : couleurs, boiseries, verrières sont moins tape-à-l’œil que chez sa grande sœur. La foule qui y déambule paraît moins artificielle; les discussions vont bon train; les vitrines ne sont pas parfaites. L’ensemble est bien plus vivant. Je dégusterai un petit café, dans lequel flotte une boule de glace vanille. Un petit moment de plaisir dans ma trépidante vie. Avant de quitter les lieux, je profite d’admirer les vêtements de jeunes couturiers, exposés au rez. J’apprécie spécialement une robe noire, rehaussée de rouge de Cristina Rodi.

Il y a quelques semaines, j’avais découvert Auckland du haut de la Skytower, je ne pouvais me soustraire à l’appel de la Sydney Tower. L’architecture entre les tours est opposée. Alors que celle d’Auckland arbore un disque au sommet d’une structure fine et élancée de béton, la structure australienne est plus massive : deux cylindres sont supportés par une colonne vertébrale de béton, rigidifiée par une tresse de filins métalliques. Pesant sept tonnes, mis bout à bout, ils pourraient relier l’Australie à la Nouvelle-Zélande. Le cylindre supérieur fait office de stabilisateur, tout autant que de réservoir d’eau, alors que le pont d’observation et les restaurants sont cantonnés dans celui du dessous. 40 secondes me permettent de monter à plus de 200 mètres. La vue s’étend presque à 360°. Au Nord-Est, les nombreux gratte-ciels de la cité cachent le Sydney Harbour Bridge, et l’Opera House ne dévoile que certains de ses toits. Je trouverai la vue moins impressionnante qu’à Auckland. De Manly à Botany Bay, trop d’immeubles de taille importante gâchent cette sensation d’avoir le monde à ses pieds, ridiculement petit. Toutefois, il est ainsi possible de saisir l’étendue de Sydney, dont les banlieues ne semblent jamais se terminer. J’apprécierai aussi  redécouvrir les lieux précédemment visités : Darling Harbour, Chinatown, Woolloomooloo Wharf… même l’enseigne lumineuse de Coca-Cola est visible à Kings Cross.

Redescendant à la nuit tombée, un passage par le Harry’s Café de Wheel me permet de déguster leur fameux Hot Dog, servi avec une purée de poids et des haricots secs. Moins exceptionnel que la pie, il a toutefois le mérite de caler mon estomac affamé.

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