J56 – Booderee National Park

6 07 2011

Bullio Tunnel, Nittai National Park, New South Wales, mercredi 6 juillet 2011, 2010 (GMT+10)

D = 395. Km

Je ne sais pas ce qui est le plus inconfortable : la dureté du matelas ou la faible longueur de la couchette. Si vous ajoutez à ces conditions de base un vent tempétueux qui a soufflé pendant toute la nuit, remuant la voiture, sifflant entre les interstices, ainsi que la fraîcheur matinale qui me tira hors des bras de Morphée, la nuit ne fut pas des plus agréables. L’essentiel est toutefois que je sois suffisamment reposé pour poursuivre mon périple. Pendant que le thé infuse, je profite d’organiser ma nouvelle cellule de vie, centrée sur le coffre du véhicule. Affaires personnelles et sac à dos sont déposés à côté de la couchette, alors que ustensiles de cuisine, sacs de victuailles et matériel de camping reposent sur les sièges arrières.

Alors que je comptais profiter de la vue depuis Mt Keira, je trouve la porte d’accès close. Cette dernière n’ouvrant que d’ici une demi-heure, je quitte Illarawa Escarpment, direction Booderee National Park, une centaine de kilomètres plus au sud. Entre la banlieue de Wollongong, le ressort de Shellharbour, les premières dizaines de kilomètres ne sont pas des plus fascinants. J’avais prévu de petites escales dans quelques villes le long de la côte. Celle de Kamia sera pittoresque: le phare construit au bout d’une pointe surplombe des rochers dans lesquels se trouve un blowhole, un trou par lequel jaillit un geyser d’eau salée. Si les vagues ne sont pas assez fortes pour qu’il fuse jusqu’à plusieurs dizaines de mètres, j’apprendrai que la première annotation de son existence datant du 6 décembre 1797 a été réalisée par l’explorateur hollandais George Bass. Alors que la description de Shoalhaven Head promettait le paradis, avec une longue langue de sable dans le prolongement de Seven Mile Beach, fermant l’estuaire, je ne trouverai point cet endroit admirable. Peut-être aurais-je du y faire une plus grande ballade? Une fois la grise ville de Nowra traversée, je ne suis plus qu’à une vingtaine de kilomètre de Jervis Bay, une baie sept fois plus grande que Sydney Harbour, dont les rives comportent deux parcs nationaux. A la différence des immenses Parcs Nationaux néo-zélandais, en Australie ils peuvent être de taille très diverse. Si la majorité d’entre eux recouvrent de petites surfaces (Royal NP, Booderee NP), quelques uns sont bien plus étendus, comme le Blue Mountain NP.

Une fois la redevance payée, je sélectionne une ballade avec l’aide d’un des rangers. Il s’agit de Murrays Walking Trial. Sur l’immense parking, une seule voiture à part la mienne: je ne serai point dérangé pendant ma randonnée. Le petit sentier sablonneux escaladant un talus recouvert par le bush était de bon présage. Toutefois, il ne s’agissait que du chemin d’accès jusqu’à la marche. Une route forestière s’étend sous une forêt d’eucalyptus, dont le sous-bois est peuplé de new holland wattles et de banksias. Arrivé sur le plateau balayé par le vent du large, le taillis reprend possession du terrain. Les verts sombres et les bruns du bush s’arrêtent au sommet des falaises dominant d’une centaine de mètres une mer bleue, agitée de blancs moutons. Soudain, au lieu de contempler des déferlantes horizontales, un jet d’embruns surgit de la mer. Saisissant mes jumelles, j’ai juste le temps de retrouver l’emplacement approximatif, avant d’observer deux fois le même phénomène. Cette fois, le doute n’est plus permis: il s’agit du souffle des baleines, migrant actuellement vers le Nord pour mettre bas. Le ranger m’avait affirmé qu’avec un peu de chance je verrai un ou deux souffles. Je n’y croyais pas vraiment, et pourtant. Je scruterai encore l’horizon, dans l’espoir de voir l’un des mammifères sonder, mais aucune nageoire caudale n’apparaîtra au-dessus de l’eau.

Jusqu’à mon arrivée à Governors Head, je n’avais pas trouvé ce lieu hors du commun. Tout allait changer dans les minutes à venir. A l’est, l’océan Pacifique étend son eau couleur cobalt à l’infini, parsemée d’éclats blancs. Au Nord, les falaises verticales de Perpendicular Point, surmontées d’un phare, plongent dans la mer. A l’est, la forêt de Booderee National Park n’est séparée de la baie que par des étroites plages ou des avancées rocheuses. Au milieu du détroit, une île émerge telle une boîte inclinée : Contre les assauts du large, de hautes murailles rocheuses, reliées par un plateau en pente douce descendent jusqu’aux grèves à l’intérieur de la baie. De même, la lande est progressivement remplacée par des forêts d’Eucalyptus. Pour rejoindre la voiture, je descends à travers le sous-bois jusqu’à Murrays Beach. Comme hier, fin sable blanc, eau d’un turquoise limpide, … Seule l’absence de cocotiers me rappelle que je ne suis pas aux Caraïbes.

Comme il est à peine midi, je décide de poursuivre mon exploration. Booderee,  signifiant en aborigène « baie de la plénitude » est ainsi nommée en raison de la faune et de la flore abondante. Je n’avais jusqu’à présent vu ou entendu aucun des deux. Sur le chemin jusqu’à Hole in the Wall Beach, abrité des rafales continues qui balaient les falaises, la forêt reprend vie : caquètements, claquements, croassements, cliquetis, …  le chant des oiseaux, loin de ressembler au gazouillis de nos contrées, est rude. Arrivé à la plage du « trou dans le roc », tout aussi magnifique que la précédente, il ne reste plus qu’un doigt et le promontoire rocheux ne sera plus rattaché à la terre : l’arche s’est écroulée ces dernières années. Un peu plus loin, une balade didactique m’amènera à la découverte de la flore locale. Effectuant une boucle autour du marais, je passerai successivement du bush aux forêts de grands eucalyptus, en passant par les sous-bois fournis, et même par dessus un cours d’eau donnant naissance à un marais où de grandes fougères ont pris possession d’une partie des terres. Des panneaux didactiques m’apprendront quelques faits intéressants sur la végétation locale, notamment les différentes manières de se protéger des feux de brousse ou d’y survivre. Entre l’écorce des eucalyptus agissant comme des isolants, la chaleur de l’incendie joue comme un signal poussant les semences à éclore, ou simplement une croissance rapide à partir d’une ancienne souche brûlée comme pour l’arbre-herbe. La joie de découvrir un nouvel écosystème.

Avant de quitter le parc, une dernière ballade m’amène à nouveau jusqu’à la rive. Sur le chemin, j’observerai longuement un kangourou en train de brouter. Au bout de quelques minutes, je décide de m’approcher. Après avoir contemplé l’intrus, évalué les risques, le marsupial se repaît à nouveau de l’herbe rase. Lorsqu’il décidera de partir, je suivrai sa progression bondissante avec intérêt. Juste avant de quitter la plage, j’observe le flux de la marée rentrant dans le lagon, immisçant ses eaux d’un bleu limpide à celle nimbée d’une aura brune arrivant de la forêt. Au lieu d’un mélange à la couleur peu ragoûtante, des teintes vertes apparaissent à l’ombre de la végétation. Loin des nombreux plateaux marnals de la côte ouest de Nouvelle-Zélande, ici, la molasse est peu à peu rongée par l’océan : encorbellement, veine et goulotte ornent le roc. Les teintes beiges et ocres de la molasse sont par endroits recouvertes d’une couche blanchâtre, une croûte de sel, déposée par l’évaporation de l’eau de mer. A Bristol Point, là où la plage remplace à nouveau le roc, je ne résisterai pas à la tentation, et me glisserai dans les eaux claires. Un vrai bonheur.

Pour rejoindre les Blue Mountains à l’intérieur des terres, il me faut abandonner ce coin angélique. L’itinéraire repasse par la grise Nowra, avant de gravir abruptement en de courts lacets une montagne recouverte de forêt. Il ne me serait jamais venu à l’idée de rouler à la vitesse maximale, limitée pourtant à 60 km/h. Entre deux troncs, je peux par moment apercevoir la côte en contrebas. Le panorama semble magnifique. A mon grand désespoir, le rideau végétal se densifie aux alentours de chaque place d’évitement. Arrivé au col, une ouverture aurait pu me permettre de prendre quelques photographies s’il n’y avait pas eu une maison dont le jardin est entouré d’une haute haie. De l’autre côté, si la sinuosité du tracé a diminué, la déclivité, en contrepartie, a augmenté. Pendant la descente, alors qu’une légère odeur de frein envahit l’habitacle, j’observe le paysage : routes, bâtiments, zones industrielles ou artisanales ont disparu, remplacés par des terres agricoles. Loin de posséder la flamboyance verte des pâturages néo-zélandais, les prairies s’ornent d’un vert jaunâtre. Le fil de fer n°8 électrifié est remplacé par des clôtures de bois ou en fils barbelés. Quelques bosquets et arbres épars peuplent les terres; les vaches paissent tranquillement au milieu, les moutons sont beiges de poussière et les cerfs des élevages sont remplacés par des kangourous.

Je me réjouissais de passer au-dessus de Kangaroo River. Le pont inauguré en 1898 est tout aussi historique que celui de Cliffden River en Nouvelle-Zélande. Tous les deux sont de type Hamden, dont le tablier est suspendu par deux câbles, chacun reposant sur une paire de tours positionnées de part et d’autre du cours d’eau. La ressemblance s’arrête là. Si celui de Cliffden présente une esthétique presque épurée avec des piliers en forme de pyramide tronquée, l’architecte du Kangaroo River Bridge devait être féru d’histoire médiévale : tours, créneaux et arches font du pont une construction singulière à l’allure d’un château fort. Pour un peu, je m’attendrai à ce que le tablier se lève à la manière d’un pont-levis.

Une fois la crête atteinte après une montée rapide, la route est plane, oscillant de gauche à droite Ne m’étant pas documenté sur la topologie du pays, je ne m’attendais pas à une région aussi montagneuse, surtout qu’aucun haut sommet ne pointe à l’horizon. Il faudra pourtant m’y faire. La majorité des monts australiens étant les points hauts des tables, de grandes surfaces relativement planes, aux contours patatoïdes dont l’altitude moyenne est bien plus élevée que celle des plaines environnantes ; un peu comme si la surface terrestre avait été repoussée comme le cuivre d’un haut-relief. Arrivé dans le Moront National Park, je m’arrête pour admirer les Fitzroy Falls, se jetant du haut de 80 mètres, plongeant au fond de la vallée. Vallée! le terme de canyon est plus approprié. Il s’agit du premier digne de ce nom que j’observe. Loin de l’image aride du Grand Canyon du Colorado, malgré des falaises ocres, l’empire végétal a colonisé les lieux : eucalyptus et bankias couronnent les parois, alors que les plantes subtropicales ont colonisé le fond. De l’étroit « U » à proximité des chutes, la vallée s’ouvre pour se terminer en un large V, véritable écrin pour ce panorama d’un nouveau type : toutes les montagnes semblent nivelées, comme si une scie géante les aurait tronquées à mi-hauteur. Dans le lointain, seule la forme conique caractéristique d’un ancien volcan se distingue de ses confrères.

Avant de m’installer pour la nuit, je parcours encore quelques kilomètres. En passant par Berrima, je m’arrête rapidement pour observer quelques anciens bâtiments de style géorgien, érigés en pierre. Le village peut se targuer de posséder une auberge dont la licence de dépôt de boisson alcoolisée est utilisée sans interruption depuis son obtention en 1834. Alors que le crépuscule est bien avancé, je quitte la route bitumée, et franchis les quelques kilomètres me séparant de Bullio’s Tunnel. Si je vous avais parlé du vent violent qui s’est déchaîné ces derniers jours, j’ai omis de vous décrire l’état des routes en dehors des axes principaux. Les chaussées sont recouvertes de branches mortes de diverses tailles, cassée par les rafales; feuilles et morceaux d’écorces, emportés par le vent, jonchent les bas-côtés. Je comptais trouver une place d’évitement en chemin, mais je ne juge aucune suffisamment grande pour constituer un abris sûr, les branches des arbres formant une voûte. Au passage du tunnel, j’admire l’ouvrage creusé dans la molasse, à la surface aussi lisse qu’une peau de bébé. Peu après, j’arrive au parking d’un point de vue sur Nittai National Park, suffisamment grand pour que, parqué au milieu, seule la frondaison d’un arbre me touche s’il venait à tomber.

Au menu du soir, pâtes thon-tomates-oignons et surtout un bon thé pour me réchauffer. Hier soir, il ne faisait pas bien chaud, une petite centaine de mètres au-dessus de la mer. Ce soir, la température est bien plus fraîche. Si en Nouvelle-Zélande j’avais quelques fois regretté mon thermos, resté en Suisse, actuellement je donnerai cher pour l’avoir. Dehors, le vent continue de souffler, vous glaçant jusqu’aux os. J’apprécie de ne pas dormir dans une tente et pouvoir me réfugier dans la solide carapace de ma voiture.

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J55 – Royal National Park

5 07 2011

Mount Keira, Wolongong, New South Wales, mardi 5 juillet 2011, 21h00 (GMT+10)

D = 125.7

Réveillé au milieu de la nuit par un couple de nouveaux arrivants dans ma chambre, aussi discrets que des asiatiques au téléphone. En moins d’une demi-heure les deux auront au moins ouvert huit fois la porte de la chambre, malgré ma demande de faire moins de bruit. A mon réveil, ayant bien préparé mes affaires hier soir, j’aurais pu facilement les ranger dans mon sac les yeux fermés, toutefois légèrement rancunier, je ne serai pas des plus discrets. Durant le petit déjeuner, je prépare légèrement l’itinéraire de ma journée, qui me conduira sur la côte sud de Sydney. Comme il me reste une petite heure avant d’attraper le métro qui me mènera jusqu’au quartier de Mascot, où je récupérerai ma voiture, je profite de passer au supermarché pour l’avitaillement de la semaine : végétaux (oignons, pommes, carottes, …), thon et tomate en boîtes, du pain, de la confiture, … alourdissent de quelques kilogrammes mon sac.

Je rencontre un léger problème au moment de régler la caution. Définitivement, la période temporelle aux alentours des 9h10 est quelque peu maudite : accident en Nouvelle-Zélande, confiscation d’un couteau, et aujourd’hui, ma carte de crédit qui ne veut plus me cautionner. Entre le premier et le dernier événement, il pourrait bien y avoir un lien. Ne pouvant payer le montant en argent liquide, au lieu de réveiller mes parents, je demanderai d’abord à Raphael, fraîchement débarqué à Sydney pour son postdoc, s’il peut me cautionner. Je ne peux que lui être reconnaissant d’avoir été si diligent. Je lui devrai quelques bières au souper que nous avions prévu hier pour mardi prochain. Avec une bonne heure de retard, j’empile mes affaires dans le coffre d’une Ford Falcon, rempli le jerrycan d’eau et me voilà prêt à partir pour une semaine d’aventure.

Une bonne demi-heure plus tard, je quitte les quartiers rattachés à Sydney sur la HWY 1. Sitôt franchi Georges River, le milieu urbain devient moins dense et laisse place à la végétation. Quelques kilomètres plus loin, je quitte la route principale et m’engage sur Farnell Avenue, la porte d’entrée du Royal National Park, disparaissant au milieu de la forêt australienne. Quand je parlais d’une porte, c’est au sens propre du terme. Au milieu de la route, une petite cahute est dressée, où  il est nécessaire de s’ arrêter pour indiquer la raison de sa présence. Si l’usage de la route est gratuit, il est nécessaire d’acheter un permis de stationnement afin d’y garer sa voiture le temps d’une ballade, la redevance pouvant s’élever jusqu’à une dizaine de dollars. Arriver à Audley, je franchis ma première Flood Road, une route bétonnée sous laquelle passe la rivière en temps normal. En cas de crue, le niveau de l’eau peut s’élever jusqu’à 2 à 3 mètres au-dessus du bitume. Compte tenu de la largeur du fond de la vallée, je trouve cela plutôt impressionnant. Alors que je comptais y trouver le centre d’information, j’apprends que ce dernier a été déplacé temporairement, le temps de réaménager les locaux officiels durant l’hiver, de quelques kilomètres vers le nord, juste après le péage. Il me semblait déjà avoir remarqué que les australiens, tout comme les néo-zélandais, ne possédaient pas un sens développé de la signalisation: soit elle est complètement insignifiante, soit elle est trop abondante.

Si chaque état d’Australie possède un organisme chargé des parcs nationaux, celui de New South Wales, n’est en tout cas pas aussi bien organisé que le Departement of Conservation de Nouvelle-Zélande. A Sydney, il m’avait été impossible d’obtenir des informations sur le Royal National Park et les randonnées proposées. Je suis donc obligé de revenir jusqu’à l’entrée afin de récupérer des informations importantes. J’avais lu sur une brochure qu’il fallait compter 5 heures pour effectuer les 11 kilomètres d’une petite balade menant jusqu’à la côte: est-ce la réalité d’un chemin laissé à l’état naturel, sans entretien ou est-ce que le temps est compté comme en Nouvelle-Zélande? J’apprendrai qu’il s’agit d’une simple coquille et qu’il faut compter 3 heures, 2 si l’on est bon marcheur. Cette nouvelle est excellente, j’aurai le temps de faire un petit détour jusqu’à Wattamolla. Pour la petite histoire, le Royal National Park est le plus vieux parc au monde à avoir été estampillé Parc National en 1879, avant de revêtir son nom actuel après la visite de sa majesté Queen Elizabeth en Australie en 1954. Occupant les terrains traditionnels du peuple Dharawal, aujourd’hui les Sydneysiders s’échappent de leur milieu urbain pour venir y profiter des merveilles de la nature.

Dès mon arrivée dans le parc national, la végétation est une grande découverte. A Sydney, j’avais encore croisé des palmiers, des fougères à profusion; ici, la flore a changé radicalement. Rien à voir avec les forêts luxuriantes, avec les verts étincelants de Nouvelle-Zélande: l’univers est résolument sec. Au lieu d’une muraille végétale de part et d’autre de la route, coupant toute vue, un bush de taille réduite, composé d’un enchevêtrement d’arbustes, parsemé d’une forêt clairsemée. Toutefois la topographie est celle d’un plateau: aucune éminence rocheuse, aucun monticule ne se dresse à l’horizon. Aucune jungle ne bornant la vue, le regard porte au-dessus du taillis: il n’y a rien à voir; le sentiment est étrange, mêlant une impression d’espace hors du commun avec celle du néant.

Wattamolla, mon premier véritable contact avec la nature australienne est une véritable réussite. Perdu au bord de la mer. Imaginez un lagon aux eaux lapilazuli: d’un côté se dresse une falaise de molasse de laquelle se jette en cascade une petite rivière; de l’autre une rivière tranquille vient baigner une plage de sable blanc. Et au fond se trouve une petite crique avec de l’eau douce se déversant à travers un petit canal dans l’eau turquoise de la mer de Tasmanie. Au large, un puissant vent balayant l’océan lève une mer moutonnée. Je ne pourrai résister à l’appel du lagon, et profiterai de m’y plonger. La température de l’eau y est bien plus agréable que lors de mes baignades une dizaine de degrés plus au sud.

Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à nouveau. Cette fois-ci, pas question d’une petite ballade, mais d’une randonnée d’une dizaine de kilomètres à travers le bush australien jusqu’aux falaises ceignant le plateau occupé par une partie du parc. Ne connaissant encore rien à ce nouvel univers, je prépare mon sac soigneusement: Bouteilles d’eau, mélanges de fruits secs et de noix, jumelles, appareil photo et batterie de réserve, chapeau, crème solaire, … Au fond du parking, une petite sente tantôt sablonneuse, tantôt rocheuse s’enfonce dans la forêt. Le bois est clairsemé, je reconnais quelques les grands eucalyptus, mais la flore m’est complètement inconnue. Aucun épais tapis d’humus à la sombre couleur brune: sable et rochers sont recouverts de feuilles et branches mortes, comme momifiées par l’absence d’humidité. Malgré quelques passages rendus boueux par la présence de minces filets d’eau, je ne me départirai pas de cette impression de sécheresse. Il faut dire que la végétation arbore plus de troncs que de feuilles. Au lieu de fougères qui m’ont chatouillé les jambes pendant sept semaines, je subis une attaque de la part delongues feuilles rigides, aiguilles et épines des arbustes.

Alors que je m’approche de la côte, la forêt cède du terrain au bush. Alors que les sous-bois étaient peu denses, sitôt l’orée passée, le taillis est très fourni: il serait presque impossible de passer à travers cet embrouillamini de branches, brindilles et autres branchilles. Les feuilles, quant à elles, sont toujours aussi ramassées sur elles-mêmes, se protégeant des conditions rigoureuses. Au centre des visiteurs, j’avais appris que sitôt passé le solstice d’été, le printemps est véritablement de retour en Australie. Si cela expliquait la floraison qui m’avait surprise à Sydney, je ne m’attendais pas à découvrir autant de fleurs aujourd’hui. Il est presque encore trop tôt et tous les bourgeons sont loin d’avoir éclos. Entre les fleurs épanouies et les premiers pétales qui pointent à travers les interstices, le paysage est pointillé de teintes bigarrées, chatoyantes, presque toutes les couleurs sont représentées. Le sentier a laissé place à une route forestière, faisant office de coupe-feu en cas d’incendie. Large cicatrice minérale à travers le bush, son tracé sinueux me mène jusqu’au sommet des falaises.

La, j’aperçois de l’autre côté de la rivière, Eagle Point. Point n’est besoin d’autre mot pour décrire cette sculpture naturelle, tant sa ressemblance avec l’oiseau roi est frappante. L’œil perçant, le bec acéré, le profil agressif de l’aigle se détachent en gris/beige sur le fond bleu de l’océan. Avant de m’enfoncer à nouveau dans la lande, je profite d’errer un peu sur plateau de Sandstone. La roche est découpée, ciselée, creusée, polie par le vent, mais aussi par les flots importants transformant ce plateau en un véritable marais par temps de pluie. Le sommet de la falaise est dénudé: aucune poussière ne se fixe bien longtemps avant qu’une rafale ne vienne la déloger.

Si la flore est magique, avec près de 700 espèces différentes, la faune est plus timide qu’en Nouvelle-Zélande: les volatiles s’envolent des dizaines de mètres avant d’arriver à leur hauteur, les chants sont aussi bien moins nombreux. La grande surprise sera ma rencontre avec un marsupial au détour d’un chemin, aussi surpris que moi. Le temps de saisir ma caméra, et il aura déjà disparu dans les fourrés. Sa démarche bondissante est aussi rigolote que celle des pingouins dandinant en sortant de l’eau. Quittant le sentier costal et ses caillebotis métalliques protégeant le sol, je rejoins un sol sec, propice à une sorte d’herbe sèche, haute et cassante, ainsi qu’une sorte de mousse friable, le genre de végétation poussant dans des zones humides. Cela ne m’étonnera pas qu’en cas de pluie, cette prairie se transforme en un véritable marécage, faisant office de réserve aquifère pour la nature environnante. De retour sur Sir Bertrams Stevens Drive, un petit détour m’amène à National Waterfall. Je serai fortement déçu par des chutes d’eau que je trouve minables. Je ne ferai pas l’affront de comparer des chutes australiennes à celles de Nouvelle-Zélande. Même malgré leur faible débit, celles de Wattamolla ou encore de Currangong, se jetant des falaises dans l’océan, sont bien plus esthétiques.

Bien qu’il ne soit pas encore la fin d’après-midi, je ressens le même passage à vide qu’aux alentours de Raglan après avoir quitter Sydney, sans avoir bien préparé les points importants de la journée, avec le sentiment d’avoir parcouru des kilomètres. Je regarde à nouveau les cartes, feuillette les guides… J’ai l’impression de vouloir trop faire en trop peu de jours. En même temps, je ne connais point encore la durée des balade dans les Blue Mountains, s’il faut prendre la journée, ou s’il est possible d’en faire 2 ou 3 courtes le même jour. Après avoir estimé à nouveau les distances, je suis dans une moyenne similaire à celle de mon précédent trajet. D’un côté, j’ai l’envie de descendre jusqu’à Jervis Bay, d’un autre côté il me semble qu’elle se situe loin, presque trop. Je continue ma progression vers le Sud. A la sortie du Royal National Park, je profite du point de vue pour observer la côte qui s’étend en direction de Wolongong. Au large, une dizaine de pétroliers peuplent la mer, je ne me rappelle pas avoir déjà vu autant de cargos en approche d’un port.  Avant de repartir, je me pose les mêmes questions que précédemment, refaisant les calculs, comparant les distances hebdomadaires à parcourir pour me rendre à mes futures destinations.

Je finirai par trancher, et descendrai jusqu’à Jervis Bay, contournerai Blue Mountains National Park par le Sud, remonterai par les grottes de Jenoloan Caves, traverserai Yengo National Park en direction de Hunter Valley et redescendrai vers Sydney. Je verrai bien si j’aurai le temps pour un dernier arrêt à Ku-Ring-Gai-Chase National Park. La route suit la côte et emprunte le célèbre Cliff Bridge. Pour remplacer un tronçon régulièrement coupé à toute circulation en raison des chutes de pierres depuis les falaises surplombant la route, un pont fût construit, suivant les contours des parois rocheuses à quelques mètres de distances. La prestance de l’édifice n’a rien à envier au viaduc de l’autoroute dominant le lac le long de la Riviera Vaudoise. Je pense alors que j’ai oublié d’acheter des pâtes ce matin. Tout en comblant cette lacune au prochain supermarché, j’ai changé d’avis pour le repas du soir. Plutôt que pâtes sauce thon-tomate, ce sera filet de kangourou grillé et pommes-de-terre sautées.

De nuit, à proximité de Wollongong (234’000 habitants), il m’est difficile de trouver un endroit tranquille. La plage est à éviter avec le puissant vent qui ne cesse de balayer la côte. Je prendrai de la hauteur et dormirai dans le Illawarra Escarpment State Conservation Area. De l’autre côté de la crête, aucune lueur de la ville ne viendra troubler mon sommeil. Alors que mes patates grillent, je découvre qu’il est impossible de rabattre les dossiers des sièges arrières, car le mécanisme est scellé. Je décide de monter la tente, et découvre qu’il s’agit d’un modèle de base, pour ne pas dire bon marché, dont la structure rigidifiée par deux arceaux oscille et ploie sous les attaques d’Eole.

Après le repas, je m’installerai à l’intérieur pour en tester l’habitabilité. Entre les mouvements du plafond, les claquements de la membrane extérieure, les coups de vent qui s’insinuent entre les deux couches, le bruit des rafales, je doute que le sommeil y soit réparateur. Je tenterai d’enlever les scellés, regarder s’il m’est possible de dévisser une pièce pour régler le problème des sièges. Rien n’y fait. Finalement, je viderai le coffre, empilant sacs, nourriture, habits, casseroles et couverts sur les sièges. Le coffre s’avère plus grand que prévu : la longueur du lit, plus court que le triangle avant du Surprise, sera compensé par sa grande largeur. Demain, je saurai si ma couchette sera confortable ou non.

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J54 – Central Sydney et Chinatown

4 07 2011

Funk House, lundi 4 juillet 2011, 19h00 (GMT+10)

Hier dans mon contre rendu de la régate, j’ai oublié de vous narrer deux anecdotes, l’une un peu moins marrante que l’autre. La première a eu lieu pendant la régate; après l’avant dernier bord de pré, durant lequel l’avance que possédaient nos deux concurrents directs, Tiger et Krakatoa, avait bien fondu, nous avons décidé de mettre les bouchées double au passage de la bouée. Tout était paré pour hisser le spi dans les plus brefs délais. Toutefois, un léger cafouillage, un retard dans le timing, une rafale soudaine et nous voilà en train de partir au tas, l’énorme bulle à moitié hissée. Passé le moment de surprise, la perte d’équilibre, ainsi que ma paire de lunettes, deux casquettes, une grande poussée d’adrénaline et nous revoilà dans la course. Malgré leur nom explosif et carnassier, les deux autres voiliers seront dans notre sillage au passage de la ligne d’arrivée. La deuxième, Rod, médecin professionnel et plongeur amateur, après avoir raconté une histoire invraisemblable sur des araignées tissant des toiles à plus de 300 mètres de profondeur, me demande quelle espèce lémanique de requin a pu me mordre aussi sauvagement au visage, car il aimerait en apprendre plus.

Funk House, lundi 4 juillet 2011, 20h30 (GMT+10)

Le lever matinal fut dur, non pas à cause d’un manque de sommeil, d’une cité bruyante, mais plutôt en raison des courbatures qui ont envahi mes muscles durant la nuit. Toutefois l’effort sera compensé par un excellent déjeuner. En fin d’après-midi, sur le chemin du retour j’avais acheté du véritable beurre, ainsi qu’un pain à la croûte croustillante pour remplacer les toasts et la pseudo-margarine proposée par le backpack. Finalement, je ne serai prêt à partir que vers huit heure trente, ayant traîné pendant le repas, potassant le Lonely Planet pour ces prochains jours. Et surtout, ce qui ne me serais jamais arrivé il y a deux ans en arrière, regarder le sprint final de l’étape quotidienne du Tour de France. La grande surprise est l’arrivée d’Alberto Contador se classant seulement après la huitantième place, à plus de deux minutes du premier.

Comme d’habitude, afin de gagner le centre de Sydney, le chemin le plus joli passe à travers les jardins botaniques royaux. J’emprunte pour la troisième fois un itinéraire différent des deux premiers jours. Au lieu de traverser au plus court, un détour m’amène par le mur de Macquarie, un ouvrage d’environ 3 mètres de haut, construit en pierres de taille découpées dans la molasse, parfaitement jointoyé. Il fut érigé en 1810 à la demande du gouverneur Macquarie afin de séparer le domaine des condamnés, déportés en Australie, de classes composées de gens respectables. Alors que je me dirige vers la sortie, j’entends le même bruit que ces jours précédents, une succession de cris stridents qui ressemble à ce que pourrait être un caquètement de crécerelles. Levant la tête, j’observe, pendant aux branches dénudées des arbres, ce que je crois être de gros fruits oblongs, à la forme de poire. Il ne me faudra que quelques secondes pour réaliser qu’il s’agit d’une colonie de chauves-souris frugivores qui s’apprêtent à dormir. L’obtention de la meilleure place se règle durant une bataille, au cours de laquelle les deux individus s’expriment bruyamment. Le vainqueur reste tranquillement accroché à la branche, alors que le perdant s’envole en quête d’un nouvel emplacement. Surpris tant par leur activité diurne que par leur agilité, je reste un long moment non seulement à les contempler, mais aussi dans l’espoir de réussir à photographier l’un des individus durant l’un des courts et rapides vols.

Poursuivant ma route, je longe Macquaries Street, considérée pendant le XIXe siècle, comme l’une des rues les plus esthétiques de Sydney. L’édification de la majeure partie des édifices n’aurait pu avoir lieu sans la main d’œuvre gratuite des conscrits, travaillant pieds et mains enchaînés. La façade classique de la bibliothèque Mitchell abrite trois portes. Celle du centre décorée avec les explorateurs européens ayant découverts l’Australie, celle de gauche par les premiers aborigènes civilisés et – honte à moi – je n’ai pas été regarder celle de droite. Derrière, un immense hall d’entrée, dont le sol représente les deux voyages d’Abel Tasman lorsqu’il cartographia l’Australie et découvrit la Nouvelle Zélande, donne accès à une bibliothèque, une véritable bibliothèque comme dans mes rêves. Les parois de ces gigantesques salles sont recouvertes de trois étages d’étagères, recouvertes de lourds volumes aux tranches colorées. Aux quatre coins de la salle, des escaliers en fer forgé permettent d’accéder aux galeries donnant accès aux étagères des niveaux supérieures. Les grandes verrières du plafond et quatre vitraux permettent d’illuminer les longues tables et les divers bureaux occupant le sol. Une véritable merveille.

Manly, 10 juillet 2011, 6h20 (GMT+10)

Un peu plus loin, le parlement occupe une ancienne aile des hôpitaux du rhum. Sa visite ne présenterait que peu d’intérêt, s’il ne renfermait pas les deux globes célestes de Malby. A l’entrée, fouille et contrôle au rayon X révèleront la présence d’un couteau dans mon sac. Avec mon habitude d’en avoir toujours un sur moi, je l’avais complètement oublié. Le temps de le déposer à la consigne et je pénètre dans l’enceinte sécurisée armé de mon appareil photo. Rien d’exceptionnel: des panneaux résument les développements historiques du législatifs de New South Wales; un tableau récapitule les noms des différents présidents des chambres et leur période et les portraits de divers anciens politiques ornent les murs. Dans la salle du Jubilé, les deux globes sont repoussés dans les angles, des chaises empilées et des tables en barrent  quelque peu l’accès. Loin d’être présentés à leur juste valeur, ils sont magnifiques, impressionnant par le foisonnement de détail, majestueux par leur grandeur. Leur diamètre doit bien atteindre un bon mètre.

Lorsque je veux ressortir, les vigiles me demandent de patienter. Lorsque leur chef arrive, ce dernier m’annonce qu’il est dans l’incapacité de rendre mon couteau. En effet, ne possédant qu’une seule lame, il le considère comme une arme blanche et je dois justifier son emploi pour le porter sur moi. Son usage pour trancher pain, fromage et saucisse ne le convainc absolument pas. Je tente une contre-argumentation avec l’exemple d’un couteau suisse, dont la longueur de la lame est plus importante que celle de mon canif. Il tranchera rapidement: l’outil suisse possède de nombreuses autres fonctions et de ce fait n’est plus considéré comme une arme. Je perçois que rien ne sert de continuer avec cet esprit borné.  Toutefois, je ne partirai pas sans un barrot d’honneur, et lui démontrerai facilement que mon appareil photo, avec son excellente prise en main et son poids, en fait une excellente arme contondante. Devant son manque d’humour, je cesserai de discuter, et avant qu’il ne se décide à appeler la police pour boucler cet énergumène, je partirai. Mes dernières tirades m’auront toutefois permis de retrouver le sourire.

Devant les bâtiments, encore utilisés de nos jours, de l’hôpital, je touche le nez de Il Porcellino, une réplique de la sculpture éponyme trônant sur la fontaine Mercato Nuovo à Florence. A l’instar de ce dernier, mon geste devrait me porter chance. Juste à côté, j’admire The Mint, l’ancienne manufacture de monnaie.  Pour la petite histoire, il en existait déjà deux en Australie, mais la couronne anglaise fut obligée d’en construire une troisième : trop d’or brut circulait sur le marché noir et risquait de mettre à mal l’économie locale. Sa façade présente une intéressante et esthétique terrasse à deux étages, supportés par une double colonnade. Juste avant d’arriver à Hyde Park se dresse l’ancien baraquement des condamnés. Une austère façade épurée de style géorgien se dresse sous le soleil, isolée au centre d’une cour dépourvue d’arbres, ceinte d’un mur. Je me sens comme transporté dans le temps, imaginant la souffrance des conscrits trimant sous l’ardent soleil australien. De l’autre côté de la rue, St Jame’s Church, la plus vieille église de la ville, contient des mémoriaux en souvenir des explorateurs malchanceux, des victimes de naufrages et des autres malheureux. Elle fut dessinée, comme le Hyde Park Barrack, par Francis Greenway, un condamné-architecte. Le visage de cet autrichien orne encore le billet de 10$AU. Il s’agit sans nul doute de la seule devise au monde faisant l’apologie d’un étranger, ancien forçat de surcroit.

Kakari Center, Ku-ring-gai-Chase National Park,  10 juillet 2011, 8h10 (GMT+10)

A l’est du Park, St Mary’s Cathedral se dresse fièrement, dorée dans la lumière matinale. Si à l’arrivée de la première flotte, les célébrations de masse furent interdites, de peur que les catholiques irlandais fomentent une rebellion, le décret fut levé en 1820. L’année suivante, le gouverneur Macquarie autorisa la construction d’une chapelle. Finalement, en 1882, une première section de la cathédrale est consacrée. Erigée dans un style néo-gothique, elle ne fut achevée qu’en 1928 avec l’adjonction de son parvis et des escaliers frontaux. L’ensemble mêle élégamment des murs de molasses et des voûtes boisées. A mon avis, l’usage de ce dernier matériau, plus aisément malléable que la pierre, permet au style gothique et à ses sous-genres de  se développer pleinement avec une ornementation plus enchevêtrée, des lignes plus aériennes, plus audacieuses.

Quittant pour un temps la cité urbaine, je me réfugie dans l’allée centrale d’Hyde Park, bordée par de magnifiques arbres formant un véritable tunnel, au travers duquel ne filtre aucun rayon solaire. Un véritable cadre, mettant en évidence, au nord, les jeux d’eau d’Archibald Fountain étincelant sous le soleil, au sud, la façade Art Déco resplendissante du mémorial de l’ANZAC. Paix et volupté émanent de ce parc, mon pas se fera plus long pour prolonger ce moment de tranquillité.

De retour dans l’agitation citadine, je rejoins Chinatown, le quartier où les immigrants chinois se sont regroupés. Chemin faisant, je pénètre dans un comics shop, l’équivalent de nos bédéteries. A la place de bandes dessinées et des effigies des héros francophones, des rangées de pulp fictions et comics, neufs ou d’occasion, des figurines et statuettes de superhéros américains, des T-shirts aux inscriptions geek, des mugs et autres objets aux noms de séries toutes plus nerd les unes que les autres. Un véritable bonheur. Je discuterai avec le vendeur de science-fiction, de sa place dans la littérature, d’auteurs français ou anglais, de séries télévisées, telles Battelstar Galactica ou Firefly. Après avoir échangé quelques bons titres de livres, il me conseille deux autres librairies où le rayon science-fiction n’est pas réduit à une portion congrue. Une rencontre bien plaisante.

Dixon Street, j’arrive enfin à Chinatown. Je n’aurais pu me tromper d’endroit, le portique d’entrée vous rappelle instantanément que vous pénétrez dans le quartier chinois. Inscriptions en mandarins, habitants à prédominance asiatique, lanternes, … tout respire l’Asie. Les échoppes d’herboristes traditionnels se partagent les devantures avec les bouchers, dont les vitrines exposent canards laqués et ailes de poulets; joaillers, restaurateurs et autres confectionneurs remplissent le reste des arcades. Le dépaysement est presque complet: mon dîner sera constitué de simples ailes de canards marinées et confites, ainsi que de« pouffes de l’empereur », une pâtisserie succulente. Une petite machine presque industrielle les produits à la chaîne : une fois la pâte inséré dans les moules, le contre-moule est fermé, le tout est chauffé, une fois le circuit accompli, les pouffes sont éjectés. Il ne reste plus qu’à déguster ces mignardises encore tièdes. Un vrai délice. J’aurai bien photographié l’antique machine, mais la réponse de la vendeuse fut un non catégorique, violemment prononcé, comme si j’allais voler un secret industriel savamment gardé.

Après avoir déambulé dans les rues attenantes, baignant dans l’univers de l’Empire du Soleil Levant, je reviens au centre de Sydney. Les bâtiments prennent de la hauteur, gagnent en style, que ce soit victorien, Art Déco ou résolument contemporain. L’allure des façades est bien moins délabrée qu’à Chinatown. A l’intérieur de St Andrew’s Cathedral, la plus vieille de la ville, je découvre des murs comportant des morceaux de pierres issues de St Paul’s Cathedral à Londres, de l’Abbaye de Westminster ou encore de la Maison des Lords. Si la pierre de fondation fut posée en 1819, elle ne fut consacrée que 50 ans plus tard. Sa construction dura encore quelques années jusqu’à ce que les deux tours, inspirées du Ministère anglais d’York, soient construites. L’aménagement interne est quelque peu surprenant : suite au déplacement de l’entrée principale, la nef a remplacé l’abside et la porte donne directement sur l’ancien chœur. Cette modification permet d’admirer le magnifique dallage en céramique : volutes, cercles et rubans mêlent leurs tracés divers et colorés. A côté de la cathédrale se dresse l’ancien Hôtel de Ville. Un concert s’y tenant, je ne pourrai y découvrir le Grand Orgue, un instrument fort de 8500 tuyaux trônant dan le Halle du Centenaire. Sa façade est impressionnante, presque baroque par sa décoration surmontant le porche principal. De nombreux lions, symboles de la couronne, ornent les murs. L’un présente l’étrangeté de fermer un œil. C’est l’œuvre d’un maître sculpteur, rappelant l’habitude de son corps de métier de clore l’un des yeux pour vérifier la ligne du travail.

Restant dans les bâtiments de style, je découvre le Queen Victoria Builing. Un certain français, du nom de Pierre Cardin, l’aurait qualifié de « meilleures galeries du monde ». Je n’en doute point : quatre étages où fleurissent les marques de luxe. Louis Vuitton, Dolce & Gabanna, Breitling, Tag Heuer, Zenith, Rado pour n’en citer que quelques-unes sont fièrement représentées. En dehors de l’esthétisme des vitrines, le bâtiment est intrinsèquement magnifique : rambardes de fer forgé, coupole de cuivre, moulures de plâtres, dallage en céramique, escaliers monumentaux, vitraux aux initiaux QVB, verrières. Un écrin parfait pour ces grandes marques. Surplombant les galeries, une horloge pesant un peu plus que la tonne, connue sous le nom de Royal Clock, présente à la minute passée après l’heure l’une des six scènes de la famille royale. Si son cadran vous rappelle un certain Big Ben, les deux mécanismes sont issus de la même horlogerie londonienne. Pour la petite histoire, à la volonté d’un maire de Sydney, une statue de la reine Victoria devait être érigée près du bâtiment lors de sa restauration. Devant la rareté de l’objet, la quête devint internationale, et, finalement une sculpture fût ramenée du petit village de Daingean, en République d’Irlande.

Le State Theater mérite aussi le détour. Si je ne découvrirai pas son intérieur munificent, le hall  comportant deux billetteries me permettra d’avoir un rapide aperçu. Il fut une époque où la décoration des entrées était un élément clef pour attirer le badaud. En ce sens, le hall ne déroge pas à la règle : blasons, casques de chevaliers, étendards, la fantaisie règne en maître. La moindre lumière se reflète à de nombreuses reprises tant les miroirs sont nombreux, sans compter le doré recouvrant les murs, le sol ainsi que le plafond. Le tout est trop indigeste et je battrai en retraite dans la rue.

Alors que la fin d’après-midi approche, et que je me rends compte que je n’aurais plus le temps de visiter l’Australian Museum, je décide de monter au sommet de la Sydney Tower. En remontant Pitt Street Mall, je m’arrête aux galeries The Strand Arcade. De dimension plus réduite que le QVB, son charme est bien plus important. Ouvertes en 1891, incendiées en 1973, restaurées à l’identique, son cachet pittoresque me séduit. Style victorien, l’environnement entier respire la fin du XIXe siècle : couleurs, boiseries, verrières sont moins tape-à-l’œil que chez sa grande sœur. La foule qui y déambule paraît moins artificielle; les discussions vont bon train; les vitrines ne sont pas parfaites. L’ensemble est bien plus vivant. Je dégusterai un petit café, dans lequel flotte une boule de glace vanille. Un petit moment de plaisir dans ma trépidante vie. Avant de quitter les lieux, je profite d’admirer les vêtements de jeunes couturiers, exposés au rez. J’apprécie spécialement une robe noire, rehaussée de rouge de Cristina Rodi.

Il y a quelques semaines, j’avais découvert Auckland du haut de la Skytower, je ne pouvais me soustraire à l’appel de la Sydney Tower. L’architecture entre les tours est opposée. Alors que celle d’Auckland arbore un disque au sommet d’une structure fine et élancée de béton, la structure australienne est plus massive : deux cylindres sont supportés par une colonne vertébrale de béton, rigidifiée par une tresse de filins métalliques. Pesant sept tonnes, mis bout à bout, ils pourraient relier l’Australie à la Nouvelle-Zélande. Le cylindre supérieur fait office de stabilisateur, tout autant que de réservoir d’eau, alors que le pont d’observation et les restaurants sont cantonnés dans celui du dessous. 40 secondes me permettent de monter à plus de 200 mètres. La vue s’étend presque à 360°. Au Nord-Est, les nombreux gratte-ciels de la cité cachent le Sydney Harbour Bridge, et l’Opera House ne dévoile que certains de ses toits. Je trouverai la vue moins impressionnante qu’à Auckland. De Manly à Botany Bay, trop d’immeubles de taille importante gâchent cette sensation d’avoir le monde à ses pieds, ridiculement petit. Toutefois, il est ainsi possible de saisir l’étendue de Sydney, dont les banlieues ne semblent jamais se terminer. J’apprécierai aussi  redécouvrir les lieux précédemment visités : Darling Harbour, Chinatown, Woolloomooloo Wharf… même l’enseigne lumineuse de Coca-Cola est visible à Kings Cross.

Redescendant à la nuit tombée, un passage par le Harry’s Café de Wheel me permet de déguster leur fameux Hot Dog, servi avec une purée de poids et des haricots secs. Moins exceptionnel que la pie, il a toutefois le mérite de caler mon estomac affamé.

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J53 – Navigation en baie de Sydney

3 07 2011

Note : ah là là, j’accumule du retard dans mes notes. Voilà encore un jour que j’ai pas eu le temps de raconter. Promis, dès que J52 sera écrit, il sera posté.

Funk House, Sydney, dimanche 3 juillet 2011, 17h50 (GMT+10)

L’ambiance urbaine me convient à merveille. Encore un matin, où, réveillé peu avant l’aube, je peux partir à la découverte de la cité aux premières lueurs matinales. Alors que j’avale mon petit déjeuner, quatre backpackers rentrent à l’hôtel, après une longue nuit dans les clubs de Sydney, rejoignant trois autres, déjà affalés dans le canapé, en train de dessoûler. Depuis le XIXe siècle, l’homme n’a que peu changé: à l’époque il s’agissait des marins, aujourd’hui de jeunes routards au bénéfice d’un work and holiday visa. Il faut dire que leur vie présente quelques similitudes: partis à la découverte du monde, sans véritable emploi, sans véritable maison, ils vivent au gré des caprices, tantôt travaillant, tantôt se déplaçant de ville en ville. Une fois dans la rue, j’entends encore de la musique électronique qui jaillit par la porte de l’Empire, une boîte de nuit ne fermant que vers 8h00 du matin. Des fêtards attardés pénètrent dans le premier Macdo venu pour ingurgiter un burger.

Mis à part l’enseigne Coca-Cola, je ne vous ai que peu parlé du quartier dans lequel je vis. Il se réveille en fin de journée, prenant complètement vie à la nuit tombée. Kings Cross, plus connu simplement sous « The Cross », dont les histoires de scandales et de corruptions ont longtemps terni ou embelli les rues. Considéré comme hôte du vice dans les années 1920, The Cross fut décrit comme possédant l’air de la Géniale Ville de Berlin dans les années 1940. Si les temps ont passé, l’ambiance est restée sulfureuse, « oscillant entre le bien et le mal » (Lonely Planet) : d’un côté de grands appartements et maisons de maîtres peuplent les rues, de l’autre hôtel de backpacker, zones de divertissement, quartier rouge de Sydney, attractions touristiques, boîtes de nuit ou showroom se mêlent. Dichotomique mais cosmopolite. Résidence des bohèmes et des artistes, mais tenue correcte exigée pour rentrer dans les bars. Une soupe culturelle où se retrouvent tous les extrêmes, patinant le quartier d’un charme particulier.

Darlinghurst Road est sans doute la rue la plus emblématique: night-clubs, bars, échoppes à alcools, magasins de proximité, officines de tatoueurs, fleuristes faisant office de cybercafé, … Sans doute la proximité de Woolloomooloo Wharf et de Garden Island, deux anciennes zones militaires d’où émergèrent les marins tant durant la Deuxième Guerre Mondiale que pendant celle du Vietnam, n’est pas sans rapport avec le développement sulfureux du quartier, dont l’apogée fut atteinte en 1978, lorsque la protestation pour les droits gays et lesbiens du Mardi Gras se termina en émeute avec 53 arrestations, quelques années seulement après que les habitants rejoignirent les mouvements contestataires de The Rocks pour la sauvegarde historique de leur quartier.

De jour, King Cross et Darlinghurst Road se drapent d’une autre tenue, plus correcte, comme si la nuit qui venait de passer n’existait pas. Alors que les employés de la voirie viennent tout juste de nettoyer la rue, un marché aux puces s’élève sur Fitzroy Gardens. Sur cette même place, se dresse la fontaine El Alamein, commémorant la célèbre bataille à laquelle prirent part les troupes australiennes durant la deuxième guerre mondiale. Construite en 1961, son apparence en fleurs de dents-de-lion n’est pas sans me rappeler une fontaine qui orne l’Avenue de la Gare à Sion. Hier, l’architecture Art Deco de nombreux immeubles du centre de Sydney m’avait surpris, aujourd’hui je ne serai guère étonné de retrouver ce style dans les bâtiments résidentiels de The Cross. Immeubles et anciens cinémas arborent des formes géométriques pures: arcs-de-cercle, droites, sphères, rectangles, développent des volumes simples, mais contribuent à un dynamisme vertical.

De temps à autres, des immeubles contemporains cassent l’unicité du quartier, alors que d’autres façades moderne se fondent dans le paysage après la reprise des mêmes concepts tout en les dépouillant de toute ornementation. De-ci, de-là, d’anciens bâtiments arborent des styles complètement différents. Ainsi, Elizabeth Bay House, ancienne résidence du Secrétaire Colonial Alexander MacLeay, domine de sa façade classique la baie éponyme, alors qu’au 42 Billyard Avenue, la résidence « Boomerang » fut érigée dans le plus pur des styles « Hacienda Espagnol » en 1926, pour le producteur musical Frank Albert qui lui donna le nom de son label. A l’époque très en vogue à Hollywood, ce style eut tôt fait d’essaimer à travers l’Australie puis en Nouvelle-Zélande, où il se retrouve dans certaines maisons de Napier et Hastings. Après avoir été squatté de 1952 à 1978, la demeure changea plusieurs fois de main, et est devenue l’une des plus chères de Sydney. Il faut dire que bien peu de bâtisses possèdent un si grand jardin, dont l’un des côtés est baigné par l’océan.

Quittant Elizabeth Bay, j’erre quelque peu dans les rues et ruelles se terminant en cul-de-sac avant de trouver un chemin me menant jusqu’à Rushcutter Bay. Peu avant neuf heure je pénètre dans l’enceinte du Cruising Yacht Club of Australia, celui-là même qui organise la célèbre Sydney-Hobart. J’ai à peine eu le temps d’inscrire au feutre bleu mon nom sur le tableau blanc, que Rod, après quelques questions sommaires, me propose de naviguer sur son voilier d’une dizaine de mètre. Pourquoi pas. C’est ainsi que j’embarque sur Shere Khan, un Flying Tiger 10. Peu à peu les autres équipiers nous rejoignent: Andreas, une allemande, numéro 1, Pete à la grand-voile, Mike à l’embraque, Dani au génois, un invité au hâle-bas de grand-voile, et moi au piano/pieds de mât. Après une rapide instruction, notamment sur l’utilité d’avoir un équiper consacré uniquement au hâle-bas de grand-voile, sur ce voilier sportif, à l’équilibre très dynamique, et sur le hissage et affalage du spi asymétrique, une légère brise nous cueille pour un petit échauffement.

Je profite de cette petite navigation pour admirer au loin la skyline de Sydney, Opera House et Harbour Bridge se découper au premier plan devant les buildings, la multitude de voiliers – environ 150 – participant à la régate. Un pétrolier à vide, poussé par des remorqueurs, nous présentera sa coque rouillée, alors qu’il rejoint le large pour rejoindre sans doute les pays du golf.  Alors que les airs devraient forcir, ils tombent peu à peu et nous rejoindrons au moteur la ligne de départ. Ce n’est que peu avant le start que le vent s’établit à une quinzaine de nœuds, rafales à vingt et plus. La navigation devient tout de suite plus sportive et je découvre la vivacité de ce voilier plutôt étroit. Afin de maintenir l’équilibre, il est nécessaire d’être en perpétuel mouvement, déplaçant son poids. Je serai très surpris par la procédure de départ: au lieu qu’il soit donné en même temps pour une classe, chaque voilier, en fonction de son handicap, part avec un certain retard sur le plus lent. Le handicap n’est pas propre à chaque bateau, mais évolue en fonction des résultats à la précédente régate. Et pour compliquer le tout, le classement final est une savante formule mélangeant le temps officiel de départ, le temps mis pour parcourir le tracé et le tout est comparé avec le résultat des autres. Bref, une cacophonie impressionnante où chaque voilier se bat pour passer la ligne à pleine vitesse au bon moment. Il n’y aura toutefois pas assez de place, et nous devrons passer au vent du bateau start et revenir dans le sillage afin de prendre un départ correct.

Une fois en course, les airs seront suffisant pour ne plus avoir le temps de prendre de photographies. La navigation est sportive, prenante, exaltante, pourrai-je même dire. Entre deux virements, manœuvres, empannages je profiterai d’admirer le paysage. Plus fermée, moins sauvage que celle d’Auckland, la rade de Sydney me charmera plus que celle d’Auckland. Peut-être aussi est-ce la température, plus qu’avenante, la navigation bien plus active ou encore l’ambiance qui émane de ce voilier vivace et de son équipage sympathique. A Auckland, je me souviens avoir été impressionné lorsqu’un AC45 nous avait doublé en pleine régate, mais cette sensation est sans commune mesure par rapport à ce que j’ai ressenti aujourd’hui. Imaginez un de ces anciens VOR (Volvo Ocean Race 60) vous doubler, ses 13.5 tonnes lancées à pleine vitesse vous rattraper, l’ombre de ses voiles vous recouvrir, et son sillage vous secouer comme un bouchon. Un véritable monstre. Et dire qu’aujourd’hui, il mesure 10 pieds de plus.

Retour sur la terre ferme, le temps de boire quelques bières, partager deux ou trois assiettes de beegies, de faire plus ample connaissance avant de nous séparer, chacun partant de son côté. La journée touche presque à sa fin. Sur le chemin du retour jusqu’à Funk House, je terminerai la visite de The Cross. Je vous avais parlé d’une gigantesque enseigne de Coca-Cola, au bout de William Street. Cette dernière surplombe un gigantesque carrefour ou se croisent Darlinghurst Road, Victoria et William Streets, sans compter Kings Cross Road, Craigend Street. A l’origine, l’intersection se nommait Queens Cross en l’honneur des noces de diamant de la reine Victoria en 1897, avant d’être changée en Kings Cross en 1905. Elargi en 1916, une nouvelle arrivée au carrefour fût adjointe en 1970 lors de la construction d’un tunnel rejoignant Bayswater Road de l’autre côté du quartier. Si, depuis des décennies, les bâtiments surplombant le croisement arborent des publicités, l’enseigne Coca-Cola est devenue une marque dans le paysage urbain de Sydney. Quittant cet univers bruyant, je remonte Victoria Street, bordée par de petites maisons victoriennes n’excédant pas plus de trois étages. Dans le prolongement des mouvements de The Rocks des années 1970, les habitants de The  Cross, menés par Juanita Nielsen, contestèrent les nouveaux plans d’aménagement. Issue d’une famille aisée, elle mit sa fortune à disposition pour la création d’un journal qui s’avéra crucial dans cette lutte. Cela explique sans doute pourquoi elle est portée disparue depuis le 4 juillet 1975, aujourd’hui présumée assassinée.

Descendant les escaliers menant à Woolloomooloo Wharf, je rejoins le quai où se dresse le Harry’s Café de Wheel. Cela faisait deux jours que je passais devant, de bon matin, alors qu’il était fermé. Hier soir, des personnes attendaient patiemment alignées avant de commander. Je vous avais parlé des photos et coupures de journaux décorant ses murs, j’ai découvert que la plus vieille représente le café tel qu’il était en 1942: une simple roulotte arborant simplement Harry’s Café de Wheel sur sa devanture. Célébrités locales, australiennes ou encore colonels militaires se repaissent depuis des décennies des mets simples de cette échoppe. Il me rappelle étrangement une friterie à Bruxelles où les parois externes sont aussi décorées de photos dédicacées par des acteurs, sportifs émérites ou encore personnalités politiques. J’hésite entre le Hot-Dog de Wheel, richement garni, ou la traditionnelle Tiger Pie. Ayant navigué sur un Flying Tiger, je resterai dans la jungle et sélectionnerai la pie. La meilleure que j’aie goûtée. Imaginez une pie, d’excellents morceaux de bœufs baignant dans une sauce crémeuse, enrobés dans une croûte, sur laquelle est déposée délicatement une couche de purée puis un cône de petits poids, et arrosée de sauce à rôtir. Cela n’a pas l’air des plus excellents, et pourtant c’est un vrai régal, qui me calera parfaitement mon petit creux.

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J51 – Sydney : The Rocks et Opera House

1 07 2011

Funk House, Sydney, vendredi 1 juillet 2011, 23h00 (GMT+10)

Est-ce la fatigue, toujours est-il que les rues de Sydney me semblent moins agitées pendant la nuit. Comme d’habitude en ville, je serai réveillé bien avant l’aube, le temps d’empaqueter le peu d’affaires que j’avais sorti hier soir, et je rejoins mon nouveau logement, Funk House, dans le quartier de King Cross. 15 minutes de train, 5 minutes à pieds, et il est à peine sept heures et demie. L’accueil y est bien plus chaleureux que hier soir au Sydney Central YHA. Le temps de remplir les différents documents (passeport, adresse…), et me voilà en possession de la clef de ma chambre quadruple, que je ne partage avec personne. Un vrai bonheur. Le backpack offre même le petit déjeuner, qui se résume à deux confitures, du beurre et des toasts, et thé, café, lait ou chocolat comme boisson. Rien d’exceptionnel, il ne me reste plus qu’à acheter un pot de miel, et quelques fruits pour avoir un repas équilibré, sans avoir à me soucier du pain.

Une fois restauré, je décide de rejoindre The Rocks, là où l’Union Jack a flotté la première fois sur l’Australie. Une colonie allait être fondée sur ces rochers et porter le nom de Sydney, en l’honneur de – vous l’aurez devené – Lord Sydney. Pour y aller, une petite demi-heure de marche. Au contraire de la Nouvelle-Zélande, où la matière première est le bois, ici, les maisons sont bâties en briques ou en pierres. Les décorations, si chères au style victorien, ne sont plus sculptées dans des planches rapportées, mais en métal coulé ou en fer forgé. Les anciens bâtiments côtoient des plus récents, alors que les hautes tours modernes du centre détachent leur squelette de verre et d’acier au-dessus du centre. Petites rues, escaliers, quai le long de Woolloomooloo Bay me mènent jusqu’à l’entrée du jardin botanique qu’il me faut traverser. Soudain, au loin, en-dessus de la frondaison, apparaissent les toits, avec leur forme si caractéristique, de Sydney Opera House. Le temps de traverser le parc, je découvre de nouveaux oiseaux, surtout par leurs cris, qui ressemblent bien plus à des croassements, quelquefois en chaire et en os, avant qu’ils ne disparaissent à mon approche.

Funk House, Sydney, samedi 2 juillet 2011, 19h20 (GMT+10)

A ma sortie du parc, je débarque sur Macquaries Street, une rue marquant la frontière est du centre. Fini des maisons à quelques étages, ici vieux bâtiments administratifs aux décorations magnifiques partagent l’espace avec des immeubles contemporains.  Le long de Bridge Street, je m’arrêterai à Macquaries Place, afin d’y admirer ancre et canon du Sirius, le navire porte-drapeau de First Fleet – le nom de la première flotte qui amena les colons en Australie – et qui sombra lors d’une reconnaissance à Norfolk Island. L’obélisque dressée en bordure de la place marque le « kilomètre zéro » de l’Australie. A sa base, les distances avec quelques points importants – Bathurst, Windsor, Parramatta, Botany Bay, … – sont indiquées en Miles, l’unité de référence utilisée à l’époque. Quelques petits détours m’amènent à passer devant St Phillip Church, grimper jusqu’au sommet d’Observatory Hill, où l’observatoire et ses jardins sont fermés, et redescendre jusqu’à The Rocks. Chemin faisant, j’y découvre l’origine de Sydney et ses petites bâtisses originelles, tout comme ses monstruosités contemporaines, et aperçois les arcs d’un chef d’œuvre d’ingénierie, celles du Sydney Harbour Bridge.

Arrivé à l’heure où l’office du tourisme, située au cœur de The Rocks, ouvre ses portes, je récupère quelques prospectus informatifs sur des mussés susceptibles de m’intéresser (Australian National Maritime Museum, Australian Museum) et surtout découvre une série de dépliants, sobrement intitulés  « Historical Walking Tours ». Ces petites merveilles couvrent les principaux quartiers avec une balade d’une à deux heures, au gré des bâtiments historiques et autres places jugées dignes d’intérêts. Je profite aussi de m’enquérir au sujet des autres randonnées dans les parcs nationaux égayant les environs de Sydney pour une petite semaine consacrée à la découverte de l’Australie au naturel. Avant de m’égayer dans le paysage urbain, il est plus que temps de m’intéresser à l’histoire de cette cité.

Dans la ruelle en contrebas réside, dans une ancienne bâtisse partiellement reconstruite, The Rocks Discovery Museum. Ce petit musée retrace l’origine de Sydney au travers de quatre salles. La première, dédiée à l’époque Warrane, raconte la vie du peuple Cadigal. Constitués en bande de 25 à 60 individus, rassemblés en Clans, les aborigènes possédaient une grande compréhension de l’équilibre naturel local. Chaque membre tend à posséder un savoir propre sur une petite région, et à ce titre devient temporairement une sorte de conseiller lorsque la bande s’en va vivre dans ce territoire particulier. Divers artefacts d’os, pierre ou bois permettent d’appréhender leur vie quotidienne, religion et art. La salle suivante retrace l’établissement de la colonie. La motivation de fonder une colonie anglaise en Australie était poussée par deux événements. Le premier est lié à la politique extérieur et visait à empêcher l’expansion française dans le Pacifique. Le deuxième résulte de l’indépendance des colonies d’outre-Atlantique : les conscrits anglais ne pouvant plus être déportés aux Amériques, ces derniers remplissent les prisons anglaises, conduisant une surpopulation toujours croissante. Ainsi, en 1788, la première flotte, First Fleet, débarque à Sydney Cove. Sur le millier d’individus, la moitié est constituée de conscrits, encadrés par une garnison d’environ deux cents hommes, veillant aussi à la sécurité des colons volontaires. Malgré des premiers contacts amicaux, les relations entre locaux et colons dégénèrent rapidement, ces derniers détruisant l’équilibre naturel local et conduisant les aborigènes à la famine. Quelques années seulement après le début de la colonisation, les tribus avaient diminué de moitié, les hommes morts de faim ou emportés par des maladies importées.

Dès la fin du XIXe siècle, la colonie se développe fortement : construction d’un chantier naval, fermes développant de multiples cultures, … En 1809, un premier bureau des Douanes est construit, afin de gérer les revenus liés au commerce avec la mère patrie. En 1820, Sydney devient auto-suffisante, et ne dépend plus d’une liaison avec l’ancien continent. A la fin du XIX, siècle les faubourgs de Sydney se sont agrandis jusqu’à l’actuel Circular Quay, où un nouveau Bâtiment des Douanes est construit aux abords des nombreux entrepôts. Dès lors, la cité ne cessera de croître, nouveaux quartiers, extensions des limites urbaines, … A partir du début du XXe siècle, il devient nécessaire d’améliorer la liaison entre les rives Nord et Sud, reliées uniquement par un ferry. La construction d’un pont permettra d’améliorer la circulation, et surtout d’améliorer le problème d’insalubrité du réseau d’étroites ruelles de The Rocks, où la peste est apparue. Après avoir abandonné l’idée dans les années cinquante, en 1970, le gouvernement prévoit un nouveau plan d’aménagement du quartier, où la majorité des anciens bâtiments n’ont plus leur place: seul Cadman’s Cottage est jugé digne d’intérêt. Outragés de ne pas avoir été consultés, les habitants se révoltent afin de sauver l’atmosphère du quartier. Le mouvement culmine en 1973, avec 78 arrestations lors d’une manifestation à Playfair Street. Les contestataires auront gain de cause en 1974 lorsque le conseil décidera de réhabiliter le secteur  en préservant les bâtiments historiques. Il en résulte aujourd’hui un magnifique quartier plein de charme.

A la sortie du musée, je ne manque pas de féliciter son conservateur. La présentation est du niveau de celle du Te Papa à Wellington, si ce n’est pas encore supérieure. Présentation sobre mais efficace des artefacts, textes percutants et intéressants, interactivité mêlant le toucher, l’écoute et la vue…  Nous discuterons un petit moment, et juste avant de partir, il me donnera la brochure consacrée à The Rocks des « Historical Walking Tour ». Seul le musée en possède encore quelques exemplaires qu’il distribue à des visiteurs passionnés par l’histoire locale. Alors que ce matin, j’hésitais à participer à une visite guidée gratuite devant me mener durant deux heures à la découverte de The Rocks, j’ai à présent la documentation nécessaire pour découvrir l’histoire des rues, ruelles et autres bâtiments par moi-même. Un véritable bonheur.

La ballade devait durer une à deux heures; finalement plus de trois me seront nécessaires pour accomplir le parcours. A ma sortie du musée, de délicieuses odeurs familières gagnent mes narines. Ce fumet provient d’un petit marché où diverses échoppes à l’abri de blanches tentes proposent une sélection de mets d’origine européenne : Italie, Allemagne, France, Espagne… de nombreux pays sont représentés. Cela me rappelle le marché de la Cigale à Auckland. Arrivé aux abords des quais, vent et distance dissipent les effluves. A la place, j’y apprécierai Cadman’s Cottage, l’un des plus vieux bâtiment de Sydney. Construit en molasse en 1816, à marée haute, la mer baignait la plage située à quelques mètres de la porte. Aujourd’hui, le bord du quai, où accostent les grands paquebots, se trouve à plusieurs dizaines de mètres. Le long de Circular Quay, nombre d’entrepôts, maisons de marchands, bâtisses de molasse érigées sans fioriture, mais dont la rigoureuse géométrie charme l’œil. Arrivé à Campbell Cove, je ne peux qu’admirer de l’autre côté de la baie, Sydney Opera House, élevant ses blanches et larges élytres. J’aurais pu être complètement ébahi, mais la couverture nuageuse brise l’enchantement: les ailes ne se découpent pas aussi parfaitement que sur un fond céruléen. De ce côté-ci, le bâtiment, connu sous le nom de Campbell’s Storehouse, occupe le quai. Arrivé en 1798, l’écossais Robert Campbell se démarqua rapidement comme un acteur important du commerce local en construisant une jetée privée en 1860. A la fin de 1861, 12 entrepôts bâtis en limon se dressent sur les quais, remplis de thé, sucre, alcool, habits, … Si en 1890, un deuxième étage en brique est adjoint pour répondre à la croissance du commerce, aujourd’hui, seule la présence de la poulie utilisée pour hisser les marchandises marque encore l’ancienne utilisation.

Arrivé au bout de Sydney Harbour Bridge, je découvre dans toute sa splendeur Sydney Harbour Bridge : une grise arche, à la fine dentelle d’acier, s’arcboutant entre quatre tours pour enjamber la rade d’une seule travée. L’ouvrage est prodigieux par sa grandeur, impressionnant son ampleur. Autant l’opéra représente la grâce esthétique des arts, autant le pont baigne dans une atmosphère fonctionnelle, laborieuse. Grimpant jusqu’à Tarra/Dawes Point, autrefois emplacement d’une batterie de canon, aujourd’hui situé sous le large tablier, j’admire la finesse du travail, l’innombrable nombre de rivets. Pendant ce temps, les bruits sourds des véhicules résonnent dans la charpente métallique. Inauguré en 1932, huit ans après le début des travaux, il détient encore aujourd’hui le record de la plus longue travée pour ce type de pont. Pour l’anecdote, « repeindre le pont » est devenu une métaphore pour une tâche sans fin, avec pas moins de 30’000 litres de peinture nécessaires pour lui adjoindre une couche protectrice.

Au gré de ma balade qui me ramènera jusqu’à Observatory Hill, je découvre le plus vieux sanitaire de la ville, arborant ses parois aux divers motifs floraux, coulées en fer. Si au début du XXe siècle, ce type de sanitaire était répandu dans Sydney, aujourd’hui, unique survivant, oublié par les habitants, méconnu par les touristes, à l’abri du pont, il n’atteint que quelques inconnus qui remontent dans le temps pour le découvrir. Déambulant dans les rues bordées tantôt de veilles bâtisses de limon, tantôt de petites demeures victoriennes, tantôt d’hôtels ayant eu pignon sur rue, surplombant les anciens wharfs réaménagés en restaurants, théâtres et autres appartements, je découvre Hero of Waterloo. Erigé en 1843, sur un étroit triangle à l’intersection entre deux rues, la porte d’entrée occupe la largeur de la façade frontale. Mur exposant la surface brut du limon, plafond aux sombres poutres apparentes, parquet patiné par les nombreux passages, l’intérieur s’évase; un feu crépite dans la cheminée sur le mur du fond. Il s’en dégage une atmosphère de bistrot centenaire, empli de nombreuses histoires. Il paraîtrait d’ailleurs que les marins, une fois ivres, emportés par les vapeurs d’alcool, soient emportés par des trappes secrètes. Une fois dessoulés, ils n’avaient plus d’autre choix que de se sevrer à bord, les terres étant déjà hors de vue du navire.

Au sommet d’Observatory Hill, je ne pourrai résister à rentrer dans l’observatoire dont l’entrée est libre. L’exposition est des plus attrayantes avec la présentation de nombreux anciens instruments d’observation astronomique ou météorologique : télescopes, lentilles, sphères armillaires présentant le mouvement des planètes, anciennes photographies datant du XIXe siècle… Au sommet d’un escalier en colimaçon, je découvrirai l’intérieur d’un dôme d’observation, presque transporté dans l’univers de Jules Verne. Sous le dôme de cuivre trône un télescope au reflet bronzé; il ne restait plus qu’à tourner le volant pour pointer le prodigieux instrument vers les astres pour en retirer la quintessence et la compiler dans les lourds traités d’astronomie.

Je profiterai de la fin d’après-midi pour rejoindre Bennelong Point où se dresse l’Icône australienne, dont la silhouette est aussi représentative que celle du Cervin pour la Suisse. Aucun mot ne saurait décrire cet édifice à l’architecture audacieuse. Une visite guidée me permettra de visiter le bâtiment et de prendre connaissance de sa riche histoire. Suite au concours international de la ville de Sydney pour un projet d’opéra comportant deux grandes salles de spectacles à Bennelong Point, l’architecte danois Jorn Udzon remporta le projet. L’audace architecturale des toits, l’idée de disposer les deux salles l’une à côté de l’autre plutôt qu’en enfilade, pour optimiser l’espace, émurent  le jury par rapport aux projets plus traditionnels. La construction devait s’étaler sur 3 ans et coûter la modeste somme de 7 millions. Dès le début, l’audace architecturale posa des problèmes, des centaines de solutions furent calculées, monopolisant les ressources d’un ordinateur, ou plutôt un centre de calcul des années soixante. Alors que les fondations sont terminées et que la construction de la base est bien avancée, alors que Udzon et les ingénieurs sont persuadés que le problème est insoluble, l’architecte le résoudra finalement durant une nuit. La solution est simple, efficace et élégante – les grecs ne l’auraient pas reniées –. La forme des toits est réductible à de simples portions sphériques, et il devient possible de produire des briques élémentaires identiques, puis à les assembler telles des Légo©. Les vitres, présentant plus de trois cents formes différentes, durent être spécialement commandées en France. 14 ans de construction plus tard, au cours desquels l’architecte a démissionné sous les contraintes publiques et politiques, un coût de construction qui atteint les 102 millions de dollars, paré de 1’056’000 de catelles céramiques – 27’320 tonnes – provenant de Suède, le plus haut dôme culmine à 67 mètres au-dessus des flots. L’inauguration a lieu en 1973 par la reine Elizabeth II. Lors de cette visite, j’ai découvert de nombreuses similitudes entre Sydney Opera House et un certain bâtiment récemment construit sur le site de l’EPFL. Toutefois, la ressemblance s’arrête là. Dans un des cas, l’architecte a trouvé la solution au problème: le bâtiment est un véritable chef d’œuvre tant esthétique que pratique. Sans compter une qualité acoustique hors du commun, même pour un opéra.

Plus pratiquement, si les formes géométriques, telles que les nervures en béton laissées apparentes et les courbures, m’ont particulièrement séduites, les aménagements intérieurs sont vieillots, reflétant au goût des années cinquante. Il faut dire que si Udzon a créé l’enveloppe extérieure, suite à sa démission en 1966, un comité de designers australien s’est chargé de l’aménagement intérieur. Seule la couleur mauve de la moquette des foyers est le choix, osé, de l’architecte. Cette teinte est en effet censée porter malheur dans les théâtres, car quiconque osait porter un habit de cette couleur, réservée à la royauté, se voyait trancher la tête. J’ai aussi adoré mon passage aux toilettes, découvrant des lavabos à la forme surprenante : continuum lisse, présentant de légère dépression, je ne m’attendais pas à ce que l’écoulement de l’eau soit si efficace. De retour à l’air libre, je traînerai encore un peu sur l’esplanade et autour du bâtiment, afin d’admirer les élytres se parer d’un mordoré avant que le soleil ne disparaisse derrière l’horizon. Symbole de Sydney, Icône Australienne, je sais déjà qu’il me sera nécessaire d’y revenir demain à l’aube pour l’apprécier, avant que la foule n’envahisse les lieux.

De retour à Funk House, je rejoins la terrasse pour participer au barbecue commun, où en échange d’une modeste somme, bière, hamburgers, saucisses et chips sont à disposition. Ce backpack abrite une grande famille, dont les plus anciens membres vivent ici depuis près de deux ans. J’y rencontre un anglais, Robert, dit Bob, qui porte le Valais dans son cœur, après avoir passé 3 ans à Nendaz, à skier, admirer les combats de reines, aduler le FC Sion, … un véritable phénomène. Sympathique soirée, qui se terminera dans le bar/boîte de nuit situé en face. Loin des standards néozélandais où le port de tongs et d’un short ne pose aucun problème, une tenue « correcte » est exigée. Pour la deuxième fois depuis mon départ de Suisse, je serai obliger d’enfiler un pantalon pour m’y rendre. Par contre, je ne suis pas convaincu que des souliers de marche représentent un choix plus « correct » que des tongs, comme l’estime le vigile à l’entrée.

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J50 – AKL – SYD

30 06 2011

International Airport, Auckland, jeudi 30 juin 2011, 16h41 (GMT+12)

Trajet : Auckland – Sydney

Autre backpacker, autre aménagement, autre ambiance. Au Fat Camel, en plus d’un étage commun à tous les voyageurs comportant un salon géant, chaque étage comportant des chambres fonctionne comme une sous-unité propre avec un séjour (cuisine et petit salon) et sanitaires propres. Le point le plus important est sans doute les lits, avec des matelas de bonne qualité, suffisamment durs pour dormir confortablement, sans compter l’absence de grincement. Je viendrai presque à regretter de ne pas avoir déménagé, mais le passé est le passé, cela ne sert à rien de revenir là-dessus.

Après avoir passé une bonne partie du début de soirée à discuter avec un étasunien de Boston, un canadien de Vancouver et une israélite de Tel-Aviv, nous décidons finalement de rejoindre Globar, le bar d’un autre backpacker d’Auckland, où le prix des boissons défie toute concurrence dans la cité. Je n’avais encore jamais vu des pintes de bières à 5$ en Nouvelle-Zélande. La soirée sera sympathique, centrée sur des discussions de backpackers, comparant nos pays respectifs, narrant nos expériences dans le pays kiwi, nos envies de revenir, ou encore le plaisir d’y rester pour ceux qui séjourneront encore quelques mois. Autour de la table de billard, nous serons tour à tour challenger avant de gagner la partie, puis defender pour la garder. Notre équipe internationale jouant contre les locaux : maoris, descendants de colons anglophones ou encore asiatiques, reflétant le visage multiculturel d’Auckland. L’un des maoris est tout simplement impressionnant: jouant sans fioriture, il aligne les balles les unes après les autres, vidant le plateau en moins de temps qu’il n’en faut pour le décrire. Je m’y essaierai à mon tour, la première fois depuis au moins cinq longues années, je me surprendrai moi-même, ainsi que les autres en n’étant pas si mauvais que ça. Cette dernière soirée s’est déroulée presque trop rapidement: à 2h00 déjà passée nous rentrons au Fat Camel.

Loin du silence des contrées sauvages de Nouvelle-Zélande, les nuits d’Auckland sont bruyantes:  travaux nocturnes sur les chaussées, fêtards attardés, éboueurs vidant les poubelles avant que le soleil ne se lève, camions de livraisons circulant dès l’aube. Je ne dormirai pas mal, mais la nuit sera courte. Il n’est que 6h40 quand je suis complètement réveillé. Est-ce le tumulte urbain ou l’excitation de partir pour l’Australie? Je ne sais point. Je profiterai de l’heure matinale pour dévorer un solide petit déjeuner, finissant le pot de confiture, raclant soigneusement les dernières traces de miel sur le récipient, avalant un demi-litre de lait. Le temps de finir de rédiger mes notes, préparer un colis à destination de la Confédération Helvétique contenant cartes, livres et autres souvenirs, empaquetant toutes mes affaires dans mon sac à dos et il est déjà le milieu de la matinée.

Sur le chemin du City Campus, je m’arrête dans une libraire le temps d’acheter un guide sur Sydney et ses environs, avant de passer au Frienz, revoir d’anciennes connaissances, spécialement Nico et Marina, un couple de chiliens. Si Nico est absent, l’accueil de Marina est plus que chaleureux. Tout comme au CACM, j’ai droit à « welcome Grizzly bear » au vu de ma barbe de quelques jours. A sa question de « How are you today » (comment vas-tu), je lui répondrai par l’invariable « fine, as usual » (en pleine forme, comme d’habitude).  Une tradition qui s’était imposée entre nous lorsque je descendais préparer mon petit déjeuner aux environs de 6h30 il y a quelques mois en arrière. Nous nous raconterons nos aventures de ces dernières semaines, mon tour de Nouvelle-Zélande, leur escapade à Raglan, Waitomo, et Taupo. Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que je quitterai cette grande famille de backpackers qui séjournent longuement au même emplacement.

Sur le campus universitaire, je croise Max et profiterai de ses droits d’accès pour me connecter sur internet, vous raconter mes dernières aventures mais aussi lire quelques mails et chercher quelques informations sur ma prochaine destination, comme par exemple, la location d’une voiture avec le matériel de base pour quelques jours dans l’arrière pays australien. Un gentil courriel de ma môman me fait penser à vous donner des nouvelles suite aux mésaventures de hier. Aucun symptôme inquiétant, aucune douleur, je suis toujours en pleine forme. En début d’après-midi, je croise Tom Allen pour lui transmettre les données analysées des essais; nous discuterons de mon petit voyage et de ce qui m’attend à l’avenir. Avant de me quitter pour une petite navigation dans le golfe d’Hauraki, il me recommande un petit restaurant chinois situé à quelques centaines de mètres du campus si j’avais une petite faim. Pourquoi ne pas profiter des délices de ce mixage culturel. Impossible de découvrir ce restaurant auquel le seul accès est une porte vitrée, sans enseigne, au fond d’un escalier. Si j’aperçois des tables à l’intérieur, aucun comptoir ou cuisine n’est visible. Une jeune asiatique me confirmera qu’il s’agit bien du restaurant et me guidera dans les profondeurs du local, repeint dans un blanc clinique. Le mobilier est résolument épuré: un mur cache le comptoir qui pourrait troubler la zénitude de la salle à manger. Je dégusterai des nouilles apprêtées par un vieux chinois, dont le nom n’est pas prononçable pour un européen.

Peu avant deux heure, je repasse par le Fat Camel récupérer mes bagages, embarque dans le « blue bus » à destination de l’aéroport, passe le check-in aux environs de 15h30, profites de déambuler dans l’aéroport, visiter les dutyfree, alourdir mon sac d’un ou deux souvenirs, puis me dirige vers ma porte d’embarquement. Alors que les bâtiments rosissent sous le soleil couchant, il est l’heure d’embarquer.

Sydney Central YHA, Sydney, jeudi 30 juin 2011, 22h39 (GMT+9)

L’avion a décollé à l’heure prévue:  le nuage de cendre qui revenait à nouveau vers la Nouvelle-Zélande pour le 4ème ou 5ème survol du pays n’a pas perturbé le trafique aérien. Parti de nuit, dos à la cité, je ne pourrai admirer une dernière fois la Skytower. Après 3 heures de vol, il est possible d’apercevoir les premières lueurs de Sydney. Alors que nous survolons la ville, les longues artères se distinguent par les teintes orangées de leurs nombreux lampadaires au sodium, alors que les rues citadines sont éclairées de manière plus parcimonieuse. Aucun problème au passage de la frontière:  mes souliers sont considérés comme plus que propres. Encore heureux après le nettoyage à l’eau savonneuse  de mardi matin au retour de ma balade et des deux jours nécessaires pour les faire sécher. Je profite de mon trajet jusqu’à mon logement pour admirer l’architecture de la cité. Il y a un petit quelque chose qui me dit qu’elle me plaira bien. Ce soir, je dormirai au Sydney Central YHA, une auberge de jeunesse située à une vingtaine de minutes du célèbre Opera House. Affichant complet pour ce weekend, je migrerai à Funk House, un backpacker un peu plus éloigné du centre, mais aussi de plus petite taille. Si je m’y plais bien le premier soir, j’y installerai peut être mon quartier de base.

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