J50 – AKL – SYD

30 06 2011

International Airport, Auckland, jeudi 30 juin 2011, 16h41 (GMT+12)

Trajet : Auckland – Sydney

Autre backpacker, autre aménagement, autre ambiance. Au Fat Camel, en plus d’un étage commun à tous les voyageurs comportant un salon géant, chaque étage comportant des chambres fonctionne comme une sous-unité propre avec un séjour (cuisine et petit salon) et sanitaires propres. Le point le plus important est sans doute les lits, avec des matelas de bonne qualité, suffisamment durs pour dormir confortablement, sans compter l’absence de grincement. Je viendrai presque à regretter de ne pas avoir déménagé, mais le passé est le passé, cela ne sert à rien de revenir là-dessus.

Après avoir passé une bonne partie du début de soirée à discuter avec un étasunien de Boston, un canadien de Vancouver et une israélite de Tel-Aviv, nous décidons finalement de rejoindre Globar, le bar d’un autre backpacker d’Auckland, où le prix des boissons défie toute concurrence dans la cité. Je n’avais encore jamais vu des pintes de bières à 5$ en Nouvelle-Zélande. La soirée sera sympathique, centrée sur des discussions de backpackers, comparant nos pays respectifs, narrant nos expériences dans le pays kiwi, nos envies de revenir, ou encore le plaisir d’y rester pour ceux qui séjourneront encore quelques mois. Autour de la table de billard, nous serons tour à tour challenger avant de gagner la partie, puis defender pour la garder. Notre équipe internationale jouant contre les locaux : maoris, descendants de colons anglophones ou encore asiatiques, reflétant le visage multiculturel d’Auckland. L’un des maoris est tout simplement impressionnant: jouant sans fioriture, il aligne les balles les unes après les autres, vidant le plateau en moins de temps qu’il n’en faut pour le décrire. Je m’y essaierai à mon tour, la première fois depuis au moins cinq longues années, je me surprendrai moi-même, ainsi que les autres en n’étant pas si mauvais que ça. Cette dernière soirée s’est déroulée presque trop rapidement: à 2h00 déjà passée nous rentrons au Fat Camel.

Loin du silence des contrées sauvages de Nouvelle-Zélande, les nuits d’Auckland sont bruyantes:  travaux nocturnes sur les chaussées, fêtards attardés, éboueurs vidant les poubelles avant que le soleil ne se lève, camions de livraisons circulant dès l’aube. Je ne dormirai pas mal, mais la nuit sera courte. Il n’est que 6h40 quand je suis complètement réveillé. Est-ce le tumulte urbain ou l’excitation de partir pour l’Australie? Je ne sais point. Je profiterai de l’heure matinale pour dévorer un solide petit déjeuner, finissant le pot de confiture, raclant soigneusement les dernières traces de miel sur le récipient, avalant un demi-litre de lait. Le temps de finir de rédiger mes notes, préparer un colis à destination de la Confédération Helvétique contenant cartes, livres et autres souvenirs, empaquetant toutes mes affaires dans mon sac à dos et il est déjà le milieu de la matinée.

Sur le chemin du City Campus, je m’arrête dans une libraire le temps d’acheter un guide sur Sydney et ses environs, avant de passer au Frienz, revoir d’anciennes connaissances, spécialement Nico et Marina, un couple de chiliens. Si Nico est absent, l’accueil de Marina est plus que chaleureux. Tout comme au CACM, j’ai droit à « welcome Grizzly bear » au vu de ma barbe de quelques jours. A sa question de « How are you today » (comment vas-tu), je lui répondrai par l’invariable « fine, as usual » (en pleine forme, comme d’habitude).  Une tradition qui s’était imposée entre nous lorsque je descendais préparer mon petit déjeuner aux environs de 6h30 il y a quelques mois en arrière. Nous nous raconterons nos aventures de ces dernières semaines, mon tour de Nouvelle-Zélande, leur escapade à Raglan, Waitomo, et Taupo. Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que je quitterai cette grande famille de backpackers qui séjournent longuement au même emplacement.

Sur le campus universitaire, je croise Max et profiterai de ses droits d’accès pour me connecter sur internet, vous raconter mes dernières aventures mais aussi lire quelques mails et chercher quelques informations sur ma prochaine destination, comme par exemple, la location d’une voiture avec le matériel de base pour quelques jours dans l’arrière pays australien. Un gentil courriel de ma môman me fait penser à vous donner des nouvelles suite aux mésaventures de hier. Aucun symptôme inquiétant, aucune douleur, je suis toujours en pleine forme. En début d’après-midi, je croise Tom Allen pour lui transmettre les données analysées des essais; nous discuterons de mon petit voyage et de ce qui m’attend à l’avenir. Avant de me quitter pour une petite navigation dans le golfe d’Hauraki, il me recommande un petit restaurant chinois situé à quelques centaines de mètres du campus si j’avais une petite faim. Pourquoi ne pas profiter des délices de ce mixage culturel. Impossible de découvrir ce restaurant auquel le seul accès est une porte vitrée, sans enseigne, au fond d’un escalier. Si j’aperçois des tables à l’intérieur, aucun comptoir ou cuisine n’est visible. Une jeune asiatique me confirmera qu’il s’agit bien du restaurant et me guidera dans les profondeurs du local, repeint dans un blanc clinique. Le mobilier est résolument épuré: un mur cache le comptoir qui pourrait troubler la zénitude de la salle à manger. Je dégusterai des nouilles apprêtées par un vieux chinois, dont le nom n’est pas prononçable pour un européen.

Peu avant deux heure, je repasse par le Fat Camel récupérer mes bagages, embarque dans le « blue bus » à destination de l’aéroport, passe le check-in aux environs de 15h30, profites de déambuler dans l’aéroport, visiter les dutyfree, alourdir mon sac d’un ou deux souvenirs, puis me dirige vers ma porte d’embarquement. Alors que les bâtiments rosissent sous le soleil couchant, il est l’heure d’embarquer.

Sydney Central YHA, Sydney, jeudi 30 juin 2011, 22h39 (GMT+9)

L’avion a décollé à l’heure prévue:  le nuage de cendre qui revenait à nouveau vers la Nouvelle-Zélande pour le 4ème ou 5ème survol du pays n’a pas perturbé le trafique aérien. Parti de nuit, dos à la cité, je ne pourrai admirer une dernière fois la Skytower. Après 3 heures de vol, il est possible d’apercevoir les premières lueurs de Sydney. Alors que nous survolons la ville, les longues artères se distinguent par les teintes orangées de leurs nombreux lampadaires au sodium, alors que les rues citadines sont éclairées de manière plus parcimonieuse. Aucun problème au passage de la frontière:  mes souliers sont considérés comme plus que propres. Encore heureux après le nettoyage à l’eau savonneuse  de mardi matin au retour de ma balade et des deux jours nécessaires pour les faire sécher. Je profite de mon trajet jusqu’à mon logement pour admirer l’architecture de la cité. Il y a un petit quelque chose qui me dit qu’elle me plaira bien. Ce soir, je dormirai au Sydney Central YHA, une auberge de jeunesse située à une vingtaine de minutes du célèbre Opera House. Affichant complet pour ce weekend, je migrerai à Funk House, un backpacker un peu plus éloigné du centre, mais aussi de plus petite taille. Si je m’y plais bien le premier soir, j’y installerai peut être mon quartier de base.

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J49 – Auckland et crash

29 06 2011

Northern Steamship Co., Auckland, mercredi 29 juin 2011, 17h50

Trajet : Orere Point – Auckland

D = 7399.2 km

Encore une nuit aux averses intermittentes, entre deux passages de nuages, je profite d’admirer la Croix du Sud, dont l’éclat est malheureusement terni par les lueurs nocturnes d’Auckland dans le lointain.  A mon lever, l’horizon est barré de nuages;  je ne profiterai donc point d’un dernier magnifique lever de soleil sur le golfe d’Hauraki. Alors qu’une fine bruine résonne sur le campervan, le bacon dore dans la poêle et les œufs se brouillent sous mes coups de fourchette. Un vrai régal, ce dernier repas pris en compagnie d’Hibiscus! Après une dernière photographie souvenir, le long de la plage, je rejoins Auckland par le chemin des écoliers, en suivant la côte. Entre plages et pâturages, je profite de ces derniers instants de conduite en Nouvelle-Zélande. Un vrai régal. Au loin, des silhouettes connues réapparaissent : rangitoto, sky tower, …

Alors que je suis encore à plus de trente kilomètres de la cité, le paysage s’urbanise, les frontières entre les villages s’amenuisent, les banlieues se développent. Cela aurait pu être si simple, et pourtant. Mes parents m’avaient souhaité beaucoup d’aventures. Je crois qu’aujourd’hui j’en ai eu plus que ma part. Alors que j’atteignais péniblement le sommet d’une côte, une voiture me double sur les derniers mètres de la voie de dépassement, avant de se rebattre à peu de distance devant moi, en une demi queue de poisson. Je vous laisse imaginer la scène en vous donnant les derniers éléments : la côte se termine avec un virage se terminant sur un rond-point. N’ayant pas la priorité, la conductrice de la voiture pile sur les freins, sans penser qu’elle venait de se rabattre à une distance inférieure à celle de sécurité juste devant moi… Pas de blessé, juste de la casse matérielle. Hibiscus, cette bonne vieille camionnette en tôle d’acier, possède un pare-choc un peu enfoncé, alors que sa carrosserie frontale est légèrement défoncée. L’autre voiture, une Renault Scénic, véhicule en plastique, ne peut pas en dire autant… La police, survenue peu après, entendra nos griefs respectifs et finira par trancher que les assurances devront se partager la casse, ma faute n’étant que partielle… Piètre consolation, à moins de 3 kilomètres de l’arrivée, après 7 semaines et plus de 7000 kilomètres, cela me fait vraiment mal au ventre, et aussi au porte-monnaie.

Je rejoins le CACM, dominé par Mount Wellington. Je profiterai des commodités du labos pour refaire une beauté à mon fidèle compagnon, quelque peu cabossé. Le nettoyage intérieur est plus que nécessaire après ces sept semaines d’exploration. Jamais je n’aurai imaginé aspirer autant de graviers, sables et autres poussières. Je profite de l’arrêt pour mettre de l’ordre dans mes affaires, empaqueter mon sac, ranger mes provisions, afin que tout soit prêt lorsque je rendrai le véhicule. 12h00, un dernier adieu à mes anciens collègues et je roule jusqu’au dépôt. Chez Escape, je remplis les divers papiers nécessaires pour l’assurance. Lisa, l’employée, me demande si je vais bien et si je ne ressens pas de contrecoups. Je la rassurerai, et lui propose même une ou deux améliorations pour l’aménagement des bus, et lui signale un joint défectueux sur Hibiscus. Sachant que ma prochaine destination est l’Australie, elle me recommandera d’être prudent, car les Aussies sont encore plus mauvais conducteurs que les kiwis. De retour à Auckland, je choisis le Fat Camel comme backpack. Le temps que ma lessive tourne, je retourne me balader dans les rues : Queens Street, Viaduc Harbour, Sky Tower, … un vrai bonheur, je m’y sens presque comme de retour à la maison. Au passage devant la banque BNZ, je profite de clore mon compte. Demain je volerai pour l’Australie. Avant de retourner au Backpack me cuisiner un bon plat de pâtes, j’irai me régaler d’une dernière Black Mac au Northern Steamship Co. à Quay Street. A l’endroit même où j’avais dégusté ma première bière dans un bar à Auckland. La boucle est bouclée.

Sinon, à propos de ce voyage, je peux vous fournir quelques chiffres, et comme je sais que certains scientifiques lisent ce blogue, parmi les photographies, vous trouverez un petit graphique résumant l’évolution des principaux facteurs :

  • 7399.2 kilomètres parcourus avec Hibiscus
  • 835.16 litres d’essence sans plomb consommés
  • 1000 kilomètres approximativement parcourus à pied
  • 42 jours de beau temps
  • 11.29 litres de moyenne aux cent kilomètres light
  • 9 brasseries dont la production fût dégustée
  • 7 jours de pluies
  • 4 bouteilles de vins
  • 4 fish’n’chips
  • 4 nuits en cabanes
  • 2 traversées en ferry aller-retour
  • 3 îles
  • 3 bouteilles de GPL pour la cuisinière
  • 3 îles visitées
  • 2 kiwi-burgers
  • 2 jours de bruine
  • 2 kiwis observés
  • 1 accident
  • 1 obligation de revenir (Tongariro Alpine Crossing)

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J48 – Sur le chemin du retour

28 06 2011

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 21h45

Trajet : Crosbies Hut – Thames – Te Puru – Orere Point

D = 7301.2 km

Depuis hier soir, rafales et averses ne cessent de se battre afin d’obtenir la palme d’or du bruitage. Alors que la pluie fait des claquettes sur le toit, le vent considère le conduit de cheminée comme une flûte. Bercé par cette mélopée au rythme anarchique, je terminerai rapidement dans les bras de Morphée. A mon réveil, un rapide coup d’œil à travers la fenêtre m’apprend que la cabane est perdue dans les brumes. Les taillis, pourtant éloignés de seulement quelques mètres, ne sont que des ombres fantomatiques nimbées dans un blanc vaporeux. Alors que les six autres marcheurs dorment encore à point fermé, je prépare tranquillement la pâte de mes pancakes. Au deuxième, par l’odeur alléchée, Tom émerge en murmurant « Sounds good », autrement dit, « tout bon ». Quand toute l’équipe finira d’émerger une bonne heure plus tard, je serai fin prêt à partir. Le temps d’amener quelques bois de réserve jusqu’à la cabane et je me mettrai en route. Encore une fois, alors que je devrai admirer un magnifique panorama, le brouillard et nuages sont de la partie, je n’observerai point de lever de soleil, ni Table Mountain au loin ce matin.

Redescendant le raidillon péniblement gravi hier en fin d’après-midi, j’apprendrai à routscher sur le limon herbeux. L’exercice est plus périlleux que sur un névé, et surtout s’avère beaucoup plus salissant. Des éclaboussures de boue montent jusqu’au sommet des mollets. De retour à l’intersection, sans hésiter, je prends la direction de Thames. Si le sentier est plus large que celui d’hier, il est aussi boueux que Crosbies Clearing était marécageux. Limon, feuilles mortes et brindilles forment un humus moelleux, complètement détrempé par la pluie. Il est impossible de savoir si le pied va s’y enfoncer, ou si au contraire la surface est suffisamment solide pour soutenir votre poids. C’est ainsi que j’ai pris clairement conscience de l’origine du terme imbécile. Remontant au Moyen-Âge, l’imbécile est littéralement celui qui se déplace sans bâton. Il ne faut pas considérer la personne d’un certain âge ayant besoin d’une troisième jambe pour se mouvoir, mais plutôt du promeneur ou du pèlerin, faisant appel au bâton pour sonder son chemin et éviter d’être aspiré dans la fange et le bourbier.

Si, au début, le brouillard présent nimbant la frondaison des arbres donne un air de Brocéliande à cette forêt vierge, la pluie qui se met à tomber neutralise tous les charmes. Je n’ai que le temps d’enfiler ma veste, passer l’emballage étanche autour de mon sac que Toutatis se déchaîne, une averse drue se déverse sur les Coromandel Range. L’humus était déjà fortement imbibé, le voilà maintenant détrempé. Après avoir quitté la hutte, enfoncer mes souliers dans un peu d’humus m’embêtait déjà; maintenant peu m’importe si la boue monte que jusqu’au milieu des souliers, et d’ici quelques dizaines de minutes, je traverserai sans sourciller des zones marécageuses où l’eau arrive jusqu’au début des mollets. Seulement par deux fois des jurons s’échapperont de ma bouche lorsque j’enfoncerai semelles, chaussures, chevilles et mollets jusqu’au-dessous du genou dans une espèce de boue beige virant sur le brun composée d’humus décomposé et d’eau chargée en sédiments limoneux. La sensation gluante n’était pas des plus agréables, sans compter l’effort à fournir pour retirer sa jambe dans un grand bruit de succion. Mais la pluie abondante rincera rapidement shorts, mollets et chaussures : aucune trace extérieure ne restera de la mésaventure.

Un peu après avoir dépassé la mi-chemin, le sentier se détériore. La faute ne revient pas à la nature qui se serait déchaîné mais est imputable au forestier du DoC, qui, afin de venir débroussailler le chemin –  à la vue des traces ces derniers doivent utiliser un quad – creuse de gigantesques ornières, créant un andain de terre au milieu du chemin. Avec la pluie de cette nuit et de tout à l’heure, les deux ornières sont de véritables torrents, alors que la berne centrale, fraîchement constituée, s’écroule sous mes pas. Souliers enfoncés jusqu’à mi-hauteur, appuis délicats, sol glissant, la progression se fait plus lente. A moins de marcher à rythme plus que réduit, des gerbes d’éclaboussures aspergent les environs. Alors que mon pantalon avait réussi à garder une couleur noire, voilà que l’extrémité inférieure de chaque canon se teinte de beige. Peu à peu, la pluie cesse, mais il n’est pas encore question d’enlever les couches imperméables, fougères et arbustes, couverts d’eau, sont autant de piège à retardement.

Alors que je viens de franchir un tronçon spécialement humide, j’atteins l’orée. En contrebas, la forêt descend en pente douce dans le vallon; de part et d’autre, des flancs recouverts de végétation s’élèvent et se perdent dans les brumes; au loin, j’ai juste le temps d’apercevoir Firth of Thames avant qu’un nuage ne bouche à nouveau ma vue. Toutefois, le soleil commence à poindre, à ma verticale, la couverture s’est déchirée et laisse apercevoir le ciel bleu. D’ici quelques heures, le soleil brillera à nouveau pour quelques dizaines de minutes avant la prochaine ondée. Le chemin plonge à nouveau sous la canopée, la pente se fait légèrement plus raide, comme s’il était pressé d’arriver à Thames. Une bonne heure de marche plus tard et j’atteindrai les faubourgs. Je profite d’être à côté d’une rivière pour rincer mes souliers, nettoyer mes mollets et laver succinctement le bas de mes shorts, afin de faire meilleure figure pour l’étape suivante. Sur le bord de la SH25, je prends la pose officielle de l’autostoppeur désillusionné par le mauvais temps, le pouce levé, la veste entrouverte, le sac reposant négligemment sur l’une des jambes. Une, deux, trois voitures… La quatrième, au bout de dix minutes, s’arrête. Un couple de septuagénaire me ramène jusqu’à Te Puru. Chemin faisant nous discuterons de ma balade, des shegs – cormorans – se reposant sur les pierres à marée basse et de la météo pour la journée.

Déposé au bord de la route principale, 10 autres minutes me seront nécessaires pour rejoindre Hibiscus. Il pleut de nouveau, mais je ne sais point d’où proviennent ces gouttes: au-dessus de ma tête, le ciel est aussi bleu qu’en plein Sahara. Après avoir déposé mes affaires dans la cabine avant, je roule jusqu’aux plus proches toilettes publiques afin de faire un brin de nettoyage : chaussures, shorts, chaussettes, mollets, pieds, tout y passe. Rhabillé avec des vêtements, je reprends le chemin jusqu’à Thames, nommé par James Cook, car l’endroit lui rappelait le fleuve londonien.  En ce qui concerne la météo matinale, je ne peux qu’être d’accord. Alors que je parcours la vingtaine de kilomètres me séparant de la bourgade, le soleil se met à briller comme en plein été. Je m’arrêterai en chemin, m’installerai sur la grève en contrebas et profiterai d’une petite dizaine de minutes de parfaite procrastination à regarder les shegs tranquillement posés sur leur rocher, sans aucun souci.

Arrivé à Thames, je découvrirai que le Thames School of Mines Museum n’est malheureusement ouvert que du jeudi au dimanche. Il s’agit du dernier exemple existant encore sur les cinquante que comptait la péninsule à la fin du XIXe siècle. A défaut, je me rabattrai sur le musée historique local. J’y retrouverai l’histoire de l’exploitation aurifère, forestière, ainsi que des gumdiggers locaux. Mais j’apprendrai aussi que le nom de la péninsule provient du HMS Coromandel qui mouilla dans la baie, ainsi que de nombreux services en porcelaine de Chine qui étaient décorés avec des battements ou des scènes de la vie quotidienne de Thames. Un ou deux encarts me rafraîchiront la mémoire, comme le fait que Hotonui, la marae exposée à Auckland Museum, est celle gravée par la tribu ayant occupé Thames en 1878 et que la Nouvelle-Zélande fut le premier pays à accorder le droit de vote, en ce qui concerne les élections, aux femmes le 19 septembre 1893, le Nelson et l’Otago autorisant depuis 1867 les femmes propriétaires à exercer leur vote lors d’élections communales. Ou encore quelques nouveautés, comme ce poumon de fer, permettant de pallier une insuffisance respiratoire pour les nouveau-nés et les jeunes enfants. L’appareil ressemble à une véritable armoire frigorifique percée de deux hublots. Pour rien au monde, je n’aurai aimé être enfermé à l’intérieur de cet appareil.

En fin d’après-midi, je quitte les Coromandel et rejoins les rives situées de l’autre côté du Firth of Thames. Peu après Miranda, je m’arrête à proximité des marais afin de me prêter à l’observation ornithologique dans ce haut lieu pour volatiles migrants et locaux. Arrivé à la cache, un homme s’y trouve déjà, vêtu d’une tenue de camouflage. Kiwi, ayant vécu en Afrique, de retour dans son pays d’origine, ingénieur mécanicien de métier, féru d’oiseaux, il travaille bénévolement comme ornithologue pour le centre de faune aviaire de Miranda. Après avoir fait plus ample connaissance, il me demandera les raisons de mon arrêt et quels oiseaux j’ai déjà observé. A la première question, la réponse est double, d’une part la découverte, d’autre part, je ne me voyais pas passer en ligne droite de ce haut lieu d’observation avec un oncle ornithologue. A la deuxième, je me surprendrai moi-même avec le nombre d’oiseaux que j’ai vus ou entendus: pingouins, keas, albatros, tuis, fantails, morepork, robin, Oyestercatcher, sans compter les nombreuses mouettes, goélands et autres cormorans. Ce soir, je ferai la connaissance des Spoonbills, des oiseaux entièrement blancs, excepté la tête et le bec. A l’aide de ce dernier en forme de cuillère, il prospecte la vase en de lents mouvements semi-circulaires. J’apprendrai aussi à reconnaître les Wrybill au bec étrangement recourbé vers la droite.

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J47 – Coromandel : des pâturages septentrionaux aux anciennes prairies montagnardes

27 06 2011

Crosbies Hut, Coromandel Range, 27 juin 2011, 17h00

Trajet : Fantail Bay – Te Puru – Crosbies Hut

D = 7212.1 km

L’aube pointe; je paresse encore un peu, regardant les noires découpes des branches sur le ciel rosissant, bien au chaud caché sous la couette. Pour un peu, je pourrais m’imaginer l’odeur de l’air marin en écoutant le léger ressac. Miel, beurre, confiture, définitivement ce pain aux noix est un véritable délice. J’avais déjà découvert des pains pas si mauvais, à croûte ferme, mais celui-ci mérite tous les honneurs en Nouvelle-Zélande.

Quelques kilomètres me séparent encore de Cape Colville, au nord du Far North des Coromandel. Après avoir longé la côte, la route escalade le promontoire. Au passage j’admire quelques pohutukawa se cramponnant à flanc de montagne. Je découvre aussi des pâturages, où paissent tranquillement des modzons, dont la pente ne peut être qu’enviée par les drus valaisans. Arrivé au sommet, les lueurs du soleil levant teintent d’orange les prés, alors qu’en contrebas le vallon est encore plongé dans l’ombre; le sable de la plage, drapé dans un voile gris, ne resplendit pas au soleil.

Un premier val, puis un deuxième. A chaque fois, je redescends au niveau de la mer, traversant sans hésiter à gué les petites rivières. Un dernier vallon et j’arrive à Fletcher Bay. A ma gauche, Cape Colville n’est pas un promontoire bien menaçant, je préfère de loin la pointe rocheuse plus à l’ouest. Un petit sentier tracé m’invitera à une petite ballade. Longeant la crête, au sommet d’abruptes pentes herbeuses, se terminant par quelques rochers avant d’atteindre la mer, je domine l’océan. Aucun bruit, si ce n’est le bruissement du vent dans l’herbe haute. Les rayons solaires, absorbés par mon pull noir, irradient d’une douce chaleur. Les prés verdoyant occupent un paysage vallonné. Bosquets ou arbres isolés dressent leurs squelettes, torturés par le vent, dans ces prairies accueillantes. Seules les clôtures marquent de leur droiture le paysage aux formes arrondies. Il s’agit d’un de ces moments intemporels, un peu comme à Akaroa, au Red Tarns (Aoraki/Mt Cook), à Luxmore Point… où je n’ai que l’envie de me coucher, sentir les brins d’herbe chatouiller ma nuque,  et attendre le temps qui passe. J’adore cette sensation d’éternité, que rien de mal ne peut se produire, par ces journées d’été indien, aux températures si douces, malgré la saison.

Mais il faut continuer, de nouveau roulant vers le Sud, le long du rivage, suivant le chemin inverse de hier soir. Les paysages sont magnifiques : la route est nichée au bord de la rive, tantôt incrustée dans le coteau presque vertical, tantôt s’étalant dans la plaine d’un large val, déroulant son ruban d’asphalte à l’ombre des pohutukawas Le jeu d’ombre et de lumière, les couleurs ocres de la terre, la mer bleu turquoise, les pointes rocheuses émergeant des flots, cette route de corniche me rappelle la Côte d’Azur, pas loin d’Agay. Que de bons souvenirs lorsque mes parents m’y avaient emmené, quand je n’étais encore qu’un gamin. Whangaahei, Colville, puis retour à Coromandel Town en passant par l’intérieur des terres.

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 20h15

Trois kilomètres plus au sud, j’emprunte la SH309, la mythique 309. Une route de gravier reliant les deux côtes des Coromandel, en coupant à travers les montagnes centrales entre bushs primitifs et pinèdes, 22 kilomètres dont 12 de graviers.

Au début de la route, un panneau résume les dangers : les conducteurs doivent être attentifs sur ces routes gravillonnées aux tracés sinueux, à la largeur restreinte et aux côtes importantes. Je suppose que l’attrait mythique de cette route a mené bon nombre de conducteurs touristiques à l’accident sur son tracé, car j’ai trouvé la conduite sur cette route bien moins pénible que sur bon nombre d’autres gravel road. L’habitude, sans doute, car mon cumul de kilométrage sur de telles routes n’est plus négligeable. Ne m’attendant pas à un paysage différent de ce que j’avais observé des forêts des Coromandel, je ne fus pas déçu. Au début, la route étend la fin de son ruban bitumeux au travers des pinèdes. Dès que le gravier remplace le goudron, la jungle luxuriante fait son apparition : ratas, rimus, arbres-fougères… et les autres végétaux faisant parties de la panoplie habituelle. Dans le lointain surgit à contre jour Castel Rock, un escarpement rocheux à l’allure massive. Quelques kilomètres plus loin, j’admire Waiau Falls, une petite chute d’eau, avant qu’une petite balade m’amène jusqu’aux kauris. Ils dressent leur haute silhouette caractéristique bien au-dessus de la frondaison de la forêt environnante. Multimillénaires, ils font partie des derniers survivants qui ont échappé à l’industrie forestière de la fin du XIXe siècle. La raison très simple est encore une preuve de la vénalité humaine: le classement minier du sous-sol de la région rendait impossible l’exploitation des arbres. La levée de cette ordonnance ne datant que du dernier quart du XXe siècle, l’industrie forestière était enfin devenue plus responsable.

Après-avoir fait demi-tour, je rejoins à nouveau la SH25, direction Thames. Je traîne un peu en chemin, question d’admirer ce paysage magnifique. Soleil, mer turquoise, route ombragée, fenêtre ouverte, de véritables vacances. J’arrive à Te Puru un peu avant treize heure. Après avoir rangé de façon très négligée vivres, sac de couchage, réchaud, habits chauds dans mon sac à dos, me voilà parti en direction de Crosbies Hut. Je prends le temps de lire les instructions de marche sur le panneau indicatif du DoC : quelques traversées de ruisseaux, la montée jusqu’à Crosbies Clearing peut être boueuse par temps de pluie, et la végétation peut être dense par endroits. Aucun aspect bien effrayant. Les trois traversées de rivière ont lieu successivement sur le premier kilomètre. Si les deux premières sont plus que faciles, la dernière s’avère plus délicate. La largeur du lit est moins importante et donc d’autant plus profonde. L’eau fraîche montant plus haut qu’à mi-cuisse, je suis bien content d’avoir retiré mon short par simple précaution.

A partir de cet instant, le chemin ne cessera de monter jusqu’à la clairière de Crosbies (Crosbies Clearing). A travers la véritable forêt dense et profonde des Coromandel, le tracé grimpe ardemment le flanc de la montagne. La côte est raide ; la végétation luxuriante a envahi le chemin ; des troncs abattus recouverts d’une sorte de lierre sont à escalader ; des lianes rampent sur le sol, formant autant de croche-pieds ; le sol limoneux est particulièrement glissant. La randonnée n’est pas de tout repos. Au trois-quarts de la montée, un replat aurait pu permettre un temps de repos, si le sol n’était pas constitué d’une fange. Ce sera la première fois de tout mon voyage que je rangerai mon appareil photographique dans le sac et me saisirai d’un bâton pour sonder la profondeur du bourbier devant mes pas et m’aider à choisir le meilleur emplacement pour mes pas. Loin de me déplaire, ce chemin ressemble à l’idée que je me faisais d’une randonnée dans une forêt primitive : boue, végétation abondante, difficulté de progression… un véritable tout. Arrivé à l’intersection de Crosbies Clearing, je n’aurai qu’un gros quart-heure d’avance sur le temps préconisé par le DoC. Finalement, le DoC prépare très bien les chemins uniquement dans les zones touristiques; partout ailleurs, il ne fait que les entretenir en les débroussaillant de temps à autres. Une nouvelle que je mettrai à mon profit si je reviens en Nouvelle-Zélande.

A partir de Crosbies Clearing, le chemin longe la crête de la chaîne des Coromandel. La végétation a changé du tout au tout : la jungle a complètement disparu, remplacée par un bush de manukas et de fougères, essaimé de petites clairières, le tout poussant sur un sol marécageux. Lorsque je parle d’une crête, il faut penser en terme jurassien, plutôt que valaisan. Aucune dérupe de part et d’autre d’une étroite arête, plutôt un long replat arrondi qui couronne la montagne. La vue sur les environs est toujours portée aux abonnés absents; par contre, le ciel a changé de couleur: du bleu éclatant il y a deux bonnes heures, il s’est drapé d’un gris sombre. Si la montée jusqu’à la clairière fût rude, par endroit, la traversée de portions marécageuses est plus qu’ardue. Dans la plus pure tradition d’Indiana Jones, le sol se dérobe sous votre pied, l’eau stagnante grimpant jusqu’à mi-mollet. Des rondins de bois posés en travers du chemin, dont le but initial est de le rendre plus solide, flottent en réalité entre deux eaux et s’enfoncent sous votre poids. De petits étangs, colonisés par des algues vertes, doivent être franchis en marchant délicatement sur les bords, alors que ces derniers s’affaissent doucement. Des mousses, à l’allure ferme, s’avèrent de véritables pièges spongieux, aspirant votre soulier. Une véritable aventure.

Chemin faisant, je rejoins un groupe de six kiwis, trois couples, dont le but est aussi Crosbies Hut. Je les laisserai progresser à leur rythme et me hâterai jusqu’à la cabane. Les 200 derniers mètres grimpent comme il n’est pas permis entre deux haies de manukas sur un sol détrempé, dont les touffes d’herbes s’arrachent sous vos pieds. Quelques derniers pas, et me voilà arrivé au sommet. Si en Suisse les refuges sont construits à l’abri du vent, en Nouvelle-Zélande, la vue prime. Crosbies Hut est construite au sommet d’une éminence à 628 mètres au-dessus de la mer. Bâtie en 2010, son architecture est résolument moderne avec un toit presque plat, deux parois rouges, et de grandes fenêtres donnant sur le couchant. Arrivé à destination, une fois mes souliers troqués contre mes tongues, je me dirige vers le bûcher pour préparer du petit bois. Alors que l’équipe néo-zélandaise arrive, le feu ronfle déjà dans la cheminée. Au-dessus du poêlon, mes pâtes sont mises à réchauffer; d’ici deux bonnes heures le repas sera prêt.

Une fois les présentations effectuées, je discuterai un grand moment avec Claire et Tom, l’un des couples. M’ayant appris que le centre du DoC de Kauaeranga Valley est fermé, je modifie mes plans initiaux. Plutôt que de descendre par Booms Flat au fond de la vallée et faire du stop depuis le centre – ce qui risque de fonctionner plutôt difficilement – j’emprunterai un autre chemin qui me mènera directement jusqu’à Thames. De là, il me sera plus facile de trouver une voiture pour remonter jusqu’à Te Puru. Profitant du calme de la cabane, je mets à jour mes quelques notes, et observe mes compagnons. Alors qu’il s’agit d’une bande de potes, je serai très surpris de voir que chaque couple, l’un après l’autre, prépare son repas. D’autant plus quand je verrai que chacun a amené sa propre bouteille de gaz et de réchaud. Je n’arrive pas à comprendre qu’ils ne se soient pas mis d’accord pour un repas communautaire et porter le moins possible ou au contraire, pouvoir emporter un apéro ou autres petits trucs à grignoter. Curieuse coutume. Je n’ai pas l’impression de me fondre dans le décor avec ma bière et mes petites tartines beurrées pour l’entrée.

Avant d’aller au lit, je trouve un fascicule intéressant qui raconte l’histoire de Crosbies Clearing, et surtout éclaire d’un jour nouveau la végétation si particulière. Sans entrer dans les détails, l’écossais Thomas Hunter Crosbies établit une petite ferme dans les environs en 1880. Si quatre autres blocs de 300 acres furent constitués, seul celui des Crosbies fut occupé de façon significative, malgré l’absence de route pour y accéder. Le bloc changea ensuite deux fois de propriétaire durant le premier quart du XXe siècle. A partir de 1976, il fut jugé que, la forêt ayant reconquis les terres, le droit de propriété tombe Aujourd’hui, seuls quelques vestiges restent comme les deux tôles ondulées rouillant dans un coin de forêt. Un autre feuillet m’apprend qu’un registre national tient à jour la localisation des artefacts rémanents de la colonisation : pour chaque objet, l’utilité ainsi que les coordonnées géographiques sont enregistrées.

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J46 – Plages des Coromandel

26 06 2011

Fantail Bay, dimanche 26 juin 2011, 20h40
Trajet : Broken Hills – Fantail Bay
D = 7070.3 km

Cela faisait bien quelques semaines que je ne m’étais plus levé longtemps avant le soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, je suis fin prêt à partir. En attendant que la luminosité devienne suffisante pour apprécier le paysage, je rejoins une petite goulotte que j’avais découverte hier au pied d’une cascade. L’eau y est fraîche, mais cette baignoire naturelle me convient parfaitement pour faire plus qu’un brin de toilette.

Premier arrêt de la journée quelques centaines de mètres en contrebas dans la vallée : une petite balade digestive jusqu’aux reliques des batteries de Broken Hills. Deux blocs recouverts de mousse, dont le béton commence à se désagréger : pas des plus intéressants. De retour sur la route goudronnée, je rejoins la côte à Tairu. Les derniers méandres de l’eau, s’écoulant dans la vaste baie intérieure, étincèlent sous le soleil levant. Au loin Paku Hill domine de sa noire silhouette vase et navires échoués. Un petit détour m’amène presque jusqu’au sommet de la colline. Le temps de grimper quatre à quatre des escaliers et j’atteins la pointe de cet ancien volcan.  La vue est tout simplement magnifique. Du sud au nord, la côte déchiquetée des Coromandel s’étend : plages, falaises, haut-fond, et mer turquoise. Au large, îles, îlots, et roches se dressent au-dessus des flots. A l’horizon, le ciel rosi par le petit matin est maculé de fins nuages blancs. A l’ouest, les montagnes des Coromandel : Pinnacles et Table Mountain se perdent dans le brouillard. Définitivement, je manque de chance pour observer les sommets en Nouvelle-Zélande.

Il est temps de poursuivre mon chemin avant que la marée montante ne me permette plus de profiter des merveilles de la nature. Du sommet des collines, entre forêt dense et terre rouge, une route secondaire coupe à travers les pâturages, avant de se terminer à Hot Water Beach. Jamais une plage n’a aussi bien porté son nom. Durant les deux heures de la marée basse, les sources d’eau chaude résurgentes de dessous la plage sont apparentes. Il ne reste plus qu’à creuser son propre jacuzzi dans le sable. Le choix de la position est une question de finesse : loin du front de la marée, la piscine durera plus longtemps, mais aucune vague ne viendra tempérer l’eau. Or, l’eau est chaude, très chaude. A mesure que je m’approche des sources, je sens le sable sous mes pieds devenir de plus en plus chaud. Une place étant disponible dans le trou communautaire, je m’installe confortablement. Un vrai bonheur à côté duquel le bain froid de ce matin est rétrogradé avec le qualificatif de glacial. Une demi-heure après, lors de ma sortie, j’ai sûrement la même impression qu’un homard sur le point de se faire déguster : cuit à point. Peu après, les vagues commencent à avoir raison de la digue, et le jacuzzi se fait peu à peu avaler par l’océan.

Le temps de gagner Cathedral Cove, encore un autre lieu magique de la Nouvelle-Zélande, dont le nom provient de la présence d’une arche naturelle, creusée par la mer dans la falaise de molasse. Sur le parking, un panneau du DoC préconise d’éviter de pénétrer sous la voûte, car cette dernière se désagrège peu à peu. Au début du sentier, une plateforme permet d’observer la côte en direction de la merveille. Des eaux turquoises baignent des falaises beiges, surmontées d’une couronne végétale, où le vert clair des fougères contraste avec le vert foncé des arbres. Le chemin serpente entre orée de forêts et pâturages, manukas, tanukas et autres taillis peuplant les landes s’avançant sur les promontoires. Quelques volées d’escaliers et mes pieds foulent le sable fin. La première impression est paradisiaque, avec ces contrastes colorés : une mer limpide, une longue voûte élégante en arc brisé, des sculptures délicates, œuvres du vent et de la mer, cette cascade ruisselant depuis le sommet de la falaise… Mais cette impression disparaît peu à peu car l’endroit est trop peuplé. Je n’ose imaginer la populace présente en plein été.

Ce sera la première fois que je transgresserai une prescription de sécurité du DoC, mais l’attrait d’emporter un souvenir plus isolé de cette endroit m’amène à passer outre les cordes jaunes, comme de nombreux touristes avant moi à voir les empreintes présentes. Un pas pressé pour traverser et me voilà de l’autre côté de la merveille. Si l’endroit n’est pas non plus complètement désert, l’arche n’apparaît plus à contre jour. Plus loin, un pilier isolé, aux pieds rongés par les vagues, se dresse à quelques mètres de la plage, vestige d’une ancienne voûte. Je regrette la présence de ces cordes de sécurité et les panneaux de mise en garde: il est bien difficile de trouver un cadrage intéressant, tout en évitant que ces éléments apparaissent sur la photographie. De retour de l’autre côté, j’attendrai patiemment qu’asiatiques et indiens, sans doute débarqués de quelques cars à vocation touristique, évacuent les lieux pour profiter de l’arc-en-ciel qui se déploie au pied de la chute d’eau. Une petite portion où les cinq couleurs apparaissent de manière éclatante, selon un angle de vision bien restreint. Magie que nombre de touristes n’ont pas su apercevoir. Sur le chemin du retour, je descendrai jusqu’aux deux autres baies. La première, Stingray Bay, est celle observée depuis le parking, une demi-lune ; la deuxième Gemstone Bay porte bien son nom, car au lieu du sable fin, des boulders, rochers aux formes arrondies de toutes tailles, forment une grève avenante, mais délaissée des touristes malgré une eau aussi translucide que dans les autres criques.

Avant de rejoindre la SH25, un détour me mène à Purangi Estate. Je me posais bien des questions sur la présence de cette cave dans une région au climat humide (3 à 4000 mm/an), tout sauf propice à la vigne. Peut-être que les raisins sont vendangés dans une vigne plus au sud et vinifiés ici? Une pratique courante en Nouvelle-Zélande où la récolte peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’être pressée. Purangi Estate produit du vin local: les fruits sont tous issus de vignobles poussant sur la péninsule. Je vous passerai les détails cette fois : sauvignon blanc, chardonnay ou encore pinot noir ne développent par les saveurs de leurs cousins méridionaux: un final très acide pour les blancs et une amertume prononcée pour le rouge ne m’emballent pas. Les producteurs, conscients de leurs problèmes, se sont recentrés sur d’autres produits : liqueur de prunes, feijoas – excellente – ou de miel de manuka – une merveille -, arak ou pastis, cidre de pommes ou de feijoas, vins de kiwi, … Le choix est large. Après avoir testé leur produit populaire, je dois reconnaître que la qualité est bien meilleure que celle de leur vin. Pour la petite histoire, alors que je savais que le kiwi est originaire de Chine, je supposais que le feijoa, malgré son nom, était un pur produit néozélandais. Mais cette plante fut à l’origine ramenée du Brésil et de l’Uruguay en Europe pour ses fleurs rouges très ornementales, avant d’être amenée sur Aotearoa par les colons. La fleur rouge du feijoa, si belle, se confond avec celle des pohutukawas, si bien que son aspect décoratif a disparu. C’est à ce moment que les colons ont remarqué la présence des excellents fruits. Aujourd’hui, il est encore possible de trouver des feijoas sur le Vieux-Continent, en Espagne, Italie ou le Sud de la France, où l’arbre n’est toujours qu’apprécié pour sa floraison.

Sur les conseils de Dani, l’un des producteurs, je me rends jusqu’à Shakespeare Cliff, du sommet duquel la vue porte sur tout Mercury Bay. Une fois de plus, le nom fut donné par le Capitaine Cook, lorsque ce dernier ancra l’Endeavour dans cette baie afin d’y observer le transit de Mercure du 5 au 15 septembre 1769. La vue est réellement magnifique et permet de prendre conscience de l’immensité de cette baie, partagée en deux par ce promontoire élevé. 40 kilomètres seront nécessaires pour gagner Whitianga, situé de l’autre côté, où je remplirai une dernière fois le réservoir d’Hibiscus. Après avoir coupé à travers les terres, escaladant les collines, je quitte la SH25 à Kuaotunu et m’engage sur une route gravillonnée en direction de l’est. Les montées sont encore plus impressionnantes: je n’atteindrai péniblement que les 25 [km/h] par endroits. Mais le jeu en vaut largement la chandelle: je découvre à Otama une longue plage de sable blanc, si fin que j’ai l’impression de marcher dans de la silice colloïdal. Sous mes pas, le crissement aigu des grains se fait entendre à chaque enjambée, lorsque mes souliers marquent la plage de leurs empreintes. Je roulerai jusqu’à Opito Bay, où le Lonely Planet décrit la plage comme l’un des secrets jalousement gardé des Coromandel. Pour ma part, je considère que la précédente est bien plus magique.

De retour sur la SH25, je flâne le long de la côte pour profiter de quelques avancées rocheuses, parfois occupées par des locaux pêchant ou profitant de tricoter au soleil. De retour dans les terres, je suis le rivage de Whangapoua Harbour, une immense rade découverte à marée basse, jusqu’au village éponyme où la route se termine en cul-de-sac. Mais, de là, il est possible de gagner New Chums Bay, une plage presque toujours déserte. L’accès semble relativement aisé, excepté le premier obstacle, une rivière à traverser. La marée étant haute, la profondeur du cours d’eau est d’autant plus élevée. Un local me confirme qu’il s’agit bien de l’unique chemin. Il me met en garde contre le crépuscule qui sera là d’ici une bonne heure et que le retour peut s’avérer quelque peu scabreux de nuit sur les boulders de la grève. La frontale accrochée à mon sac le rassurera, et, juste avant de partir me lance un « profitez bien de cette plage, elle est classée dans les sept plus belles du monde ». Chemin faisant, je rencontre trois gars – un montréalais et deux bulgares – cascadeurs durant le tournage de Spartacus, une série télévisée. Cascadeurs de profession, mais de véritables poules mouillées à entendre leurs cris lorsqu’il s’agit de traverser une fraîche rivière. Chemin faisant, je les laisserai bien derrière, et arriverai à New Chums avec les derniers rayons du soleil. Une véritable splendeur, sans doute la plus belle plage que j’aie vue : forêt exubérante, le sable fin et blanc du sommet des dunes devenant plus grossier et se teintant de pourpre au niveau de l’eau, falaise ornée de cailloux, présentant des strates multicolores – noir, blanc, orange, ocre et même rouge –, parois basaltique, blocs épars sur la plage, dont la coloration si cramoisie de l’un le fait paraître artificiel. Je n’aurai qu’un seul regret: celui d’être arrivé après le couchant. De jour, les couleurs ravivées par le soleil doivent être grandioses. Au retour, j’escaladerai la tête, située à l’est de la baie. La vue sur la plage en contrebas vaut l’effort fourni pour y arriver. Je n’y resterai pas longtemps, juste encore quelques minutes en raison du panorama, se terminant avec les crêtes des montagnes se découpant dans le ciel orangé.

De retour à Hibiscus, alors que l’obscurité voile le paysage, deux choix s’offrent à moi. Le premier est de trouver un coin peu éloigné pour y camper et revenir à New Chums demain matin pour profiter de cette merveille, au risque d’une amende salée pour camping sauvage de la part de la vigilante police des Coromandel, ou simplement suivre mon plan initial et rouler jusqu’à Fantail Bay, situé presque au bout des Coromandel. Malgré les huitante kilomètres restant à parcourir, la deuxième solution l’emportera. A l’instant où je franchis le col me menant sur la côte ouest, je crois être retourné d’une demi-heure dans le passé, tant la luminosité est redevenue plus importante. Toutefois, le répit ne sera que de courte durée: un voile sombre s’étendra sur Coromandel Harbour et son chapelet d’îles bien rapidement. A Coromandel Town, il ne me reste plus que 25 kilomètres de routes goudronnées à parcourir, avant d’entamer les 23 derniers sur le graviers. La route se tortille au gré des caprices costaux, grimpe, descend, vire à gauche, se courbe à droite, une vraie montagne russe.

Arrivé enfin aux environs de dix-neuf heure, je me parque au bord de l’eau, de manière à ce que le bruit des vagues me berce durant la nuit. Pour souper, avocat en apéro, steak de bœuf, carottes vichy et kumaras grillés aux petits oignons, le tout accompagné d’un ou deux verres de Pinot Noir de l’Otago Central. Et pour dessert, j’ai réussi à trouver un véritable pain aux noix, à la croûte croustillante. Beurré, accompagné du cheddar goûteux et d’un bleu succulent, un vrai régal.

Après souper, la question de ces deux prochains jours se pose. Je décide de passer une dernière nuit en cabane, demain, dans les Coromandel Range. Une randonnée de quatre heures pour y aller, après avoir découvert le Far North de cette péninsule en matinée. En prévision, je retourne derrière mon fourneau à un seul feu préparer mon repas pour demain soir. La facilité du réchauffé permet d’avoir un bon petit plat mitonné, après une dure journée de marche, sans avoir à cuisiner.

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J45 – Coromandel (suite)

25 06 2011

Ecrit à Crosbies Hut, le 27 juin 2011

Dactylographié à Renens, le 15 août 2011

Laissant l’industrie moderne dans mon sillage, je roule le long de Karangahake Gorge, à travers laquelle circulait l’ancien chemin de fer menant les immigrants jusqu’à Waihi. Les alignements de pins des forêts exploitées ne sont plus qu’un vieux souvenir; une végétation dense pousse sur les flancs de la vallée qui ne cesse de se resserrer. La route est bientôt acculée à la paroi, seul un accotement rocheux permet une double circulation, et aucune voie de garage ne me permettra de prendre quelques photographies. Un dernier contour abrupte et me voilà à Karangahake, l’un des anciens lieux de prospection parmi les plus actifs de Nouvelle Zélande, où trois compagnies exploitaient simultanément les filons aurifères.

Mark Pickering me propose deux balades, la première est de remonter le long de la rivière sur l’autre rive afin d’y observer les reliques de la ruée vers l’or : batterie, ponts, anciens bains de cyanure, …  Je choisirai le deuxième itinéraire, m’amenant à remonter Waitemata Gorge le long d’un tramway afin d’y explorer quelques tunnels et découvrir des vestiges, dont l’état de conservation est moindre.

Après avoir traversé Waihau River, un chemin, accroché à flanc de falaise, m’amène dans la gorge, une véritable gorge où les parois verticales enserrent les rapides de la rivière. Les oxydes ferreux colorent la roche entre le rouge et l’ocre, avec des teintes mordorées. Les vertes forêts couronnent les parois, tout semble si sauvage et pourtant, il y a moins d’un siècle des centaines d’hommes s’affairaient à creuser des galeries, construire des ponts, extraire des minerais, les écraser, les baigner dans des bains de cyanure de potassium pour en retirer or et argent. Le percement des tunnels dut être un véritable travail de Titan : excavées à la pic, à la pelle et à la barre à mine, des salles entières ont été évidées, qui pour accueillir une station de tramway, qui pour devenir une station de pompage. Parfois, des ouvertures à flancs de galerie donnent sur la gorge, elles permettaient à l’époque de déverser directement les gravats dans le cours d’eau; seuls les minerais étaient transportés dans des tramways jusqu’aux batteries plusieurs centaines de mètres plus loin.

Après ces deux petits détours qui m’ont permis d’explorer le tunnel aux milles fenêtres et l’ancienne station de pompage, enfouie dans les profondeurs, je reprends le chemin qui suit une ancienne conduite d’amenée d’eau. Tuyau de fonte, enduit par endroit d’une couche protectrice, tantôt enterré sous le sentier, tantôt suspendu, tantôt soutenu; seuls quelques coudes cassent le tracé rectiligne du conduit, afin d’épouser grossièrement la géométrie du terrain, alors que le chemin se tortille, épousant les courbes des vallons. De l’autre côté des rapides, l’entrée béante de Crown Mine ressemble plus à une caverne qu’à une ancienne mine. Seuls la carcasse rouillée d’une chaudière et des rails tordus, gisant dans la rivière, rappellent son glorieux passé. A la place de l’ancien pont, conduisant les deux voies du tramway de l’autre côté, seuls les socles de bétons se dressent encore, rongés par les pluies, envahis par la mousse.

Remontant la rivière, j’arrive devant un promontoire tombant à pic dans Waitawheta River. La construction d’un premier tunnel a permit de détourner les eaux de la rivière afin de réduire la violence du courant, alors qu’un deuxième, long de plus de cent mètres, est traversé par le tuyau, et les hommes. La fin du chemin est proche, il ne me reste plus qu’à me rendre sur l’autre rive, m’enfoncer dans la forêt et rejoindre la route gravillonnée, nommée Level 7 road, car menant au 7ème étage de la mine. Depuis que j’ai abandonné le tramway, à l’entrée de la mine, la qualité du chemin s’est détériorée : racines, cailloux, humus glissant envahissent  l’itinéraire. Dans la forêt, kauris, matais, fougères et palmiers poussent sur un sol détrempé par l’humidité. La montée n’est pas de tout repos, heureusement que quelques racines éparses forment de temps à autre de bons points d’appui.

Ce matin, j’hésitais à poursuivre la balade jusqu’au sommet de Karangahake Peak. Arrivé à l’intersection, un trou dans la frondaison m’indique que le ciel bleu de ce matin a viré au blanc sombre. La météo ayant aussi prévu quelques averses, je décide de retourner jusqu’à Hibiscus, plutôt que de risquer de marcher deux heures sous la pluie. Ayant rejoint Level 7 Road, je retrouve le soleil, alors que des nuages s’accrochent sur les crêtes des montagnes voisines. Mon choix fut sans doute le bon, encore une fois je n’aurais pas pu profiter d’une vue dégagée.

De retour à la voiture, je décide de remonter le long de Karangahake Gorge. La promenade est moins idyllique : la vue s’étend sur la rive nord et ombragée de la rivière, sur laquelle est construite la route principale. Depuis cette dernière, ce matin la vue était bien plus esthétique : une forêt hérissée sur des parois rocheuses. Toutefois, je me devais de voir les ponts historiques du train qui reliait Thames à Waihi, qui ont posé des problèmes d’ingénieries lorsqu’il fallut construire une voie ferrée et une voie routière, puis agrandir cette dernière, lorsqu’il y a très peu de place et de nombreux obstacles.

Je traverse Ohinemuri River, alors que la route passe au-dessus de moi, à flanc du promontoire rocheux, je m’enfonce dans l’ancien tunnel, réaffecté à la circulation piétonne après plus de 80 ans d’exploitation ferroviaire. Long, très long, une voûte en arc brisé, tapissée de briques, un demi-kilomètre à parcourir alors qu’un froid courant d’air s’engouffre dans le tunnel. De l’autre côté, afin de résoudre les problèmes de circulation et de place, il fut construit avec deux étages, les voitures empruntant le rez. De l’autre côté de la rivière, des anciennes batteries de Crown Mine, il ne reste que les fondations de béton, l’unique cylindre rouillé d’un bain de cyanure et quelques roues dentées rappellent qu’il s’agissait de la plus grande des trois exploitations.

Après cette visite historique sur les lieux où furent extrait près de 60% de l’or exporté, je poursuis mon chemin. A Paeroa, l’arrêt est obligatoire pour photographier la bouteille géante de L&P, Lemon&Paeroa. Je ne sais plus si j’ai déjà parlé de cette boisson, « The World Famous in New Zealand », le pendant kiwi du Rivella helvétique. Une boisson gazéifiée au goût particulier, où je n’arrive pas à retrouver l’arôme de citron, et dans lequel je retrouve le goût du Rivella.

Encore une vingtaine de kilomètres vers le Nord, et j’y serai enfin à Coromandel Peninsula. Le temps de traverser des pâturages à l’herb verte électrique, dont les nombreuses ondulations sont clairsemées de bosquets ou parsemées de lignées d’arbres. Feuillus sans feuillages, podocarpes éternellement verts, ou encore feuillus dont quelques feuilles jaunes s’accrochent désespérément aux branches. Le paysage est surprenant entre les silhouettes désossées des arbres, la droiture des clôtures, l’apathie des ruminants. Il me plaît bien et par certain côté, me rappelle le Comté décrit par Tolkien dans Lord of the Rings. Peu avant d’arriver à Thames, je bifurque vers la gauche pour regagner la côte ouest. Coromandel Forest Park se dresse sur mon chemin.

Dès le début, la route perd son caractère rectiligne, les virages toujours plus nombreux resserrent leurs rayons de courbure. Les vitesses recommandées dans les courbes ne cessent de diminuer, alors que la pente croît. Je suis vite perdu entre deux murs végétaux. De temps à autre, ma vue porte au loin, et je découvre la face abrupte de quelques élévations rocheuses, la silhouette pointue recouverte de forêt d’une montagne et toujours cette même végétation dense, où le vert clair des forêt ressort sur le feuillage foncé des autres arbres.

Alors que j’arrive à une espèce de col, la route perd sa dandinite aigüe et plonge de l’autre côté. Sans gaz, la pente m’emporte : 50, 60, 70, 100, 110. Il faut quand même penser à freiner, bien que je sois seul, je ne suis pas sur une autoroute européenne. Prochaine route goudronnée à gauche, je remonte Puketui Valley : les graviers remplacent le macadam. Je me retrouve au milieu d’un troupeau de vache en transhumance, voyageant à sens contraire. Le temps de laisser passer ces lents mammifères, de me faire remercier par le berger pour avoir éteint mon moteur, et une dizaine de minutes plus tard, je suis au pied de Broken Hill.

Milieu de l’après-midi, il me reste amplement le temps pour une petite balade. Parmi les kauris, puriris et autres arbres-fougères, le sentier grimpe rapidement. A mi-chemin, un peu d’escalade sur un court piton rocheux me hisse au-dessus de la canopée, dominant la forêt et le cours d’eau. Dans le lointain le Firth of Thames, la rade baignant Coromandel Peninsula à l’ouest se distingue au-dessus des pâturages. Si le panorama fait cruellement défaut à l’itinéraire, la forêt est charmante : cela faisait longtemps que je n’avais plus croisé de kauris juvéniles, en plaine nature. Le tracé s’avère glissant, comme celui de la gorge. Les strates de limon, imbibées d’eau, ne constituent pas le sol le plus solide. Arrivé derrière la colline, une petite sente monte jusqu’au sommet ; un panneau indique « lookout 5 min ». Point de vue, un bien grand mot, le champ de vision est des plus réduits, et le panorama était bien plus ouvert depuis le sommet du piton. Je verrai toutefois, les Pinnacles, le plus haut sommet des Coromandel, perdus dans les nuages au loin.

Après une courte descente dans une petite jungle humide, où le chemin est devenu le lit boueux d’un petit ru, j’y suis enfin : un replat, des rails suspendus au-dessus du vide depuis qu’un glissement de terrain a emporté le sol, et surtout l’entrée d’un tunnel. N’imaginez pas une immense excavation pour y faire entrée une locomotive, mais plutôt une galerie de mine d’or, l’illustration parfaite de notre imagination infantile. Pensez Indiana Jones, que diable. L’entrée de cette ancienne galerie de mine d’or est renforcée par des piliers latéraux soutenant un plafond rudimentaire composés de planches mal ajustées. Seul élément anachronique, l’écriteau jaune fluorescent « caution », pour rendre attentif à la faible hauteur sous barrot.

Le temps de lire l’écriteau du DoC indiquant qu’il est préférable de se munir d’une torche, et de s’équiper d’un casque, pour effectuer la traversée des 500 mètres du tunnel. La petitesse de la section, ainsi que la sinuosité du tracé, empêche d’apercevoir la sortie. Je pénètre dans ce sombre boyau, la lueur de ma lampe se perdant dans les ténèbres. Le suintement de l’humidité, le goutte à goutte de l’eau ruisselante sur les parois maintenant nues résonne loin devant moi. 50 mètres, la galerie n’est plus intégralement renforcée, les planches laissent place à la paroi brute. La section rectangulaire du tunnel varie peu, seules les marques des barres à mine et des pioches indiquent une création humaine. Au plafond, des glowworms profitent de l’humidité pour croître et se multiplier. Ma lampe éteinte, de faibles points émanent d’une lueur vert bleuté. L’éclat de quelques flashes ravivera artificiellement ces loupiottes et activera des dizaines d’autres paresseux. Un vrai bonheur que d’observer une dernière fois ces vers. Un plafond de construction récente marque l’emplacement d’une ancienne cheminée : puits d’aération, accès à des niveaux supérieurs, … Je ne saurai point. Quelques tunnels latéraux s’embranchent: s’il est possible d’en explorer un, dont le sol boueux est recouvert d’eau, dans laquelle se reflète les glowworms, deux autres sont fermés aux publics par d’imposantes parois de bois. Deux petites découpes permettent néanmoins d’apercevoir dans l’un, une galerie qui se perd dans les profondeurs de la montagne, et dans l’autre une large faille où disparaît un tuyau rouillé.

J’arrive déjà à la sortie. Cette petite expédition clôt parfaitement cette journée sur les traces historiques de la ruée vers l’or des Coromandel. De retour au parking, un autre campervan Escape est parqué non loin du mien. Je prendrai l’apéro avec ce couple de jeunes allemands, parti depuis une semaine pour un périple de plusieurs mois. Je profiterai de transmettre le parchemin contenant les indications des sources chaudes et le fabuleux « Okarito Insect Repellent ». S’ils s’avèrent intéressés par mon voyage, leurs questions sur les endroits à visiter ne sont pas légion. Personnellement, j’aurais profité bien plus d’une pareille rencontre, comme quand j’étais à Auckland en compagnie d’autre trampeurs.






J45 – Coromandel

25 06 2011

Katikati, samedi 25 juin 2011, 18h50

Trajet : Katikati – Broken Hills

D = 6828.4 km

La nuit fut loin d’être paisible: entre des courses de voitures, effectuées de manière nocturne et officieuses sur la SH2, entre minuit et 2 heure, un véhicule venu jouer de sa pédale d’accélérateur juste à côté de mon campervan peu après 3 heure de matin, comme si ma présence le dérangeait. Et enfin, le doux canon de cocoricos entamés par les coqs à partir de 5h30 du matin. Après un petit déjeuner matinal, je visite Katikati, reconnue pour ses fresques. Au gré des murs, j’apprends l’histoire de la ville, des personnages principaux et diverses anecdotes hors du commun. Ainsi, avant l’arrivée du train, le véhicule à huit places desservant Waihi, embarqua jusqu’à 21 personnes, celle allongée sur le capot devant dicter la route au conducteur. Bien entendu, lors de chaque montée, les passagers étaient priés de descendre afin que la voiture arrive au sommet de la côte. J’y découvrirai aussi un chemin, dans la plus pure tradition zen, serpentant entre cours d’eau, arbres, maisons…. Des cailloux gravés d’haïku, ces poèmes d’origine japonaise se résumant à trois vers, ponctuent la progression du flâneur vers la tranquillité de l’âme.

De retour sur la SH2, en raison de l’heure matinale pour ce samedi matin, je roule presque seul sur la route. Aucun autre conducteur, pressé de rentrer après sa longue journée de travail, ne me fait des appels de phares. Si le paysage n’est pas des plus folichons, je me concentre suffisamment sur la direction du campervan, pour ne pas y prêter attention. Le vent souffle avec vigueur, des rafales violentes balaient la plaine, les nuages sont soufflés au loin et le soleil brille à nouveau. Il est à peine 9h00 quand j’arrive à Waihi. Un passage à l’office du tourisme me permet de m’enquérir de la météo, ainsi que d’apprendre par mes interlocutrices, toutes du troisième âge, que le bureau fonctionne sur le volontariat. Fondée en 1878, suite à la découverte d’un filon d’or, suite à des améliorations technologiques, Waihi devint en 1890 la troisième plus grande colonie à l’intérieur des terres avec une population dépassant les 7000 âmes. En 1952, lorsque l’exploitation du filon Martha Mine cessa, 174.16 tonnes d’or et 11.932 millions kilogrammes d’argent ont été extraits de la mine grâce à 175 kilomètres de tunnels, s’enfonçant jusqu’à 600 mètres sous la surface. En 1912, la population décrut brutalement avec l’arrivée de machines industrielles pour l’exploitation, et se stabilisa malgré la fermeture de la mine. En 1987, l’exploitation reprit à nouveau avec des technologies modernes. Au lieu de creuser des tunnels, la mine est excavée à ciel ouvert, conduisant à la création d’un trou profond de 250 mètres, soit 100 mètres sous le niveau de la mer, long d’environ 1 kilomètre et large de 500 mètres.

Le spectacle est impressionnant : les parois sont constituées de gradins à 45°. Ocre, beige ou recouvert de coulures blanchâtres, le paysage est de temps en temps ponctué de touches vertes, lorsque la végétation a pris possession des replats. Mais dans cet univers industriel, l’humain a le dernier mot : explosifs, pelleteuses, camions Caterpillar sont les maîtres de ces endroits. Pour le moment tout du moins. La mine se tarit peu à peu, et aujourd’hui, les limites de la rentabilité sont atteintes avec seulement 6 grammes d’or extraits pour 1 tonne de matériaux bruts. L’avenir est toutefois déjà planifié: la mine sera transformée en un lac artificiel, propice à la baignade, la pêche ou la flânerie sur ses berges. Toutefois, il faudra compter entre dix et vingt ans afin de remplir la gigantesque baignoire. Afin d’en prendre complètement mesure, je parcours le chemin suivant la crête de la mine. Le début est marqué par la présence du bâtiment de pompage n°5 de l’ancienne mine,  pouvant extraire jusqu’à 9 millions de litres par jour. Afin de préserver ce bâtiment, classé comme historique, lors de la reprise de l’exploitation, il était nécessaire de le déplacer. Monté sur des patins en téflon, glissant sur des rails d’acier, le bâtiment a été repositionné à 300 mètres de sa position initiale.  Si la première moitié du chemin est fantastique avec une vue exceptionnelle sur la mine, la présence d’un Caterpillar 777, des panneaux didactiques intéressants, une fois traversée la plantation de jeunes kauris, où des manukas en fleurs s’épanouissent, la balade, tracée à travers des pâturages, devient moins intéressante.

Note du jeudi 30 juin 2011, à 11h20 : la suite est consignée dans mon précieux carnet actuellement en route pour la Suisse. Comme mon vol va durer trois heures, j’aurai sans doute le temps de vous raconter la fin de cette journée cette après-midi (jeudi 30 juin 2011)

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