J45 – Coromandel

25 06 2011

Katikati, samedi 25 juin 2011, 18h50

Trajet : Katikati – Broken Hills

D = 6828.4 km

La nuit fut loin d’être paisible: entre des courses de voitures, effectuées de manière nocturne et officieuses sur la SH2, entre minuit et 2 heure, un véhicule venu jouer de sa pédale d’accélérateur juste à côté de mon campervan peu après 3 heure de matin, comme si ma présence le dérangeait. Et enfin, le doux canon de cocoricos entamés par les coqs à partir de 5h30 du matin. Après un petit déjeuner matinal, je visite Katikati, reconnue pour ses fresques. Au gré des murs, j’apprends l’histoire de la ville, des personnages principaux et diverses anecdotes hors du commun. Ainsi, avant l’arrivée du train, le véhicule à huit places desservant Waihi, embarqua jusqu’à 21 personnes, celle allongée sur le capot devant dicter la route au conducteur. Bien entendu, lors de chaque montée, les passagers étaient priés de descendre afin que la voiture arrive au sommet de la côte. J’y découvrirai aussi un chemin, dans la plus pure tradition zen, serpentant entre cours d’eau, arbres, maisons…. Des cailloux gravés d’haïku, ces poèmes d’origine japonaise se résumant à trois vers, ponctuent la progression du flâneur vers la tranquillité de l’âme.

De retour sur la SH2, en raison de l’heure matinale pour ce samedi matin, je roule presque seul sur la route. Aucun autre conducteur, pressé de rentrer après sa longue journée de travail, ne me fait des appels de phares. Si le paysage n’est pas des plus folichons, je me concentre suffisamment sur la direction du campervan, pour ne pas y prêter attention. Le vent souffle avec vigueur, des rafales violentes balaient la plaine, les nuages sont soufflés au loin et le soleil brille à nouveau. Il est à peine 9h00 quand j’arrive à Waihi. Un passage à l’office du tourisme me permet de m’enquérir de la météo, ainsi que d’apprendre par mes interlocutrices, toutes du troisième âge, que le bureau fonctionne sur le volontariat. Fondée en 1878, suite à la découverte d’un filon d’or, suite à des améliorations technologiques, Waihi devint en 1890 la troisième plus grande colonie à l’intérieur des terres avec une population dépassant les 7000 âmes. En 1952, lorsque l’exploitation du filon Martha Mine cessa, 174.16 tonnes d’or et 11.932 millions kilogrammes d’argent ont été extraits de la mine grâce à 175 kilomètres de tunnels, s’enfonçant jusqu’à 600 mètres sous la surface. En 1912, la population décrut brutalement avec l’arrivée de machines industrielles pour l’exploitation, et se stabilisa malgré la fermeture de la mine. En 1987, l’exploitation reprit à nouveau avec des technologies modernes. Au lieu de creuser des tunnels, la mine est excavée à ciel ouvert, conduisant à la création d’un trou profond de 250 mètres, soit 100 mètres sous le niveau de la mer, long d’environ 1 kilomètre et large de 500 mètres.

Le spectacle est impressionnant : les parois sont constituées de gradins à 45°. Ocre, beige ou recouvert de coulures blanchâtres, le paysage est de temps en temps ponctué de touches vertes, lorsque la végétation a pris possession des replats. Mais dans cet univers industriel, l’humain a le dernier mot : explosifs, pelleteuses, camions Caterpillar sont les maîtres de ces endroits. Pour le moment tout du moins. La mine se tarit peu à peu, et aujourd’hui, les limites de la rentabilité sont atteintes avec seulement 6 grammes d’or extraits pour 1 tonne de matériaux bruts. L’avenir est toutefois déjà planifié: la mine sera transformée en un lac artificiel, propice à la baignade, la pêche ou la flânerie sur ses berges. Toutefois, il faudra compter entre dix et vingt ans afin de remplir la gigantesque baignoire. Afin d’en prendre complètement mesure, je parcours le chemin suivant la crête de la mine. Le début est marqué par la présence du bâtiment de pompage n°5 de l’ancienne mine,  pouvant extraire jusqu’à 9 millions de litres par jour. Afin de préserver ce bâtiment, classé comme historique, lors de la reprise de l’exploitation, il était nécessaire de le déplacer. Monté sur des patins en téflon, glissant sur des rails d’acier, le bâtiment a été repositionné à 300 mètres de sa position initiale.  Si la première moitié du chemin est fantastique avec une vue exceptionnelle sur la mine, la présence d’un Caterpillar 777, des panneaux didactiques intéressants, une fois traversée la plantation de jeunes kauris, où des manukas en fleurs s’épanouissent, la balade, tracée à travers des pâturages, devient moins intéressante.

Note du jeudi 30 juin 2011, à 11h20 : la suite est consignée dans mon précieux carnet actuellement en route pour la Suisse. Comme mon vol va durer trois heures, j’aurai sans doute le temps de vous raconter la fin de cette journée cette après-midi (jeudi 30 juin 2011)

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités




J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





Wai-O-Tapu et Kerosine Creek

10 04 2011

L’histoire commence le vendredi 9, par le voyage jusqu’à Rotorua

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 19h00 (GMT+12)

Lors de mon retour au Funky Green vers 22h00, je passe par la salle commune et m’attable avec l’équipe de backpackers présents. Les deux sujets en cours :

  • Est-ce qu’il s’agit réellement de vin dans la bouteille acheter à 6$ au Countdown estampillée, « vin doux et sucré » d’Afrique du Sud et titrant seulement 7.4% ?
  • Les italiens ont inventé l’expresso, et les anglo-saxons ont procédés aux autres améliorations : capuccino, Boccaccino, … très à la mode dans cette partie du monde ?

Alors que tout ce joyeux monde gagne le grand salon, situé de l’autre côté de la route, je regagne la chambre. Le programme de demain est chargé : d’après l’office du tourisme, je ne pourrai faire qu’une seule activité, et des backpackers me souhaitent bonne chance car j’ai un bout de route à parcourir en autostop, et surtout une deadline : mon bus repart de Rotorua à 16h55.

Même heure de lever que hier, je gagne Fenton Street où j’assiste à la reconstitution d’un accident par la police. Afin de connaître la vitesse réelle de l’arrivée de la voiture impliquée, le véhicule de police ne cesse de prendre de plus en plus d’élan afin de retrouver la même distance de freinage. Je descends le long de Fenton Street, mon pouce tendu vers le haut. Mon but: être à Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, à 8h30, soit à l’ouverture du site. Au bout de 3 kilomètres, je m’arrête juste avant le début de la voie rapide. Vers 8h00, un kiwi monté dans une grosse jeep cherokee s’arrête et m’embarque. Venant de Tauranga et allant à Taupo, il est très content de pouvoir tailler le bout de gras. A l’instar de tous les autres néo-zélandais qui m’ont fait un brin de conduite, il fera le détour pour me poser juste devant l’entrée de Wai-O-Tapu. 8h27, je dois encore patienter 3 minutes avant l’ouverture. Rapide et efficace ce matin. Alors que j’achète mon ticket, la caissière, reconnaissant mon sac de couleur funky green, se confond en excuse de ne pas avoir pu me prendre en stop ce matin à Rotorua, car elle amenait quatre autres employés du centre. Définitivement accueillant.

Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, est l’un des sites géothermiques les plus fameux au monde. Sur une petite surface il présente un nombre impressionnant de mares de tailles et de couleurs les plus diverses. Je ne vais pas vous décrire intégralement ce que j’ai vu, vous êtes assez grands pour le découvrir vous-même sur les photos et imaginer le reste.  J’aurai deux seuls regrets pour cette visite, tous deux liés à la météo. Les nuages, cachant le soleil, seront mon premier : les couleurs ne sont pas aussi intenses que s’il avait fait grand beau, et l’absence de vent ne dissipe pas les vapeurs. Le deuxième est le manque de pluie de ces derniers jours : l’évaporation ayant diminué la taille de nombreuses mares. Une bonne heure et demie sur un chemin serpentant entre cratères, mares de boues et sources chaudes me mène d’un bout à l’autre du parc.

Lac Ngakoro

La promenade commence par la Demeure du Diable, cratère formé suite à l’effondrement du sous-sol rongé par l’acidité, et le pot d’encre démoniaque, tous deux remplis par un boueux liquide d’un sombre gris bouillonnant. Ce n’est qu’arrivé à proximité de la Palette de l’Artiste, que les sels métalliques parent de diverses teintes dépôts et fluides. Des jaunes issus des composés soufrés, aux eaux aigues-marines teintées par les éléments chloreux et alcalins, en passant par le pourpre de l’oxyde de manganèse, l’ocre de celui du fer, l’orange de l’arsenic et de l’antimoine, toutes les couleurs de l’arc en ciel sont représentées.

La Palette de l'Artiste

Cet endroit est clairement magique, j’avais déjà lu quelques livres sur les formations géothermiques, les dépôts colorés, mais les observer dans leur lieu naturel, avec les odeurs et l’humidité dégagée leur donne une toute autre dimension. La finesse des détails, la diversité des formes, le bruit de l’éclatement des bulles, le gargouillement des sources chaudes, ne cessent de m’étonner. Mes éléments préférés dans le parc sont sans nul doute les manifestations du démon comme son pot d’encre (Devil’s Ink Pot), où graphite et pétrole brute se mélangent à la surface, ou son bain (Devil’s Bath), couleur turquoise, mélange de souffres, de composé ferreux et des eaux excédentaire de Champagne Pool, ainsi que le tranquille lac Ngakoro – grand-père en maori -, teinté en vert sarcelle. La grande attraction est la Palette de l’Artiste dont les vives couleurs habituelles sont ternies par le manque d’eau. Elle dispute sa place avec Champagne Pool, aujourd’hui recouverte par ses vapeurs, qu’aucun léger courant ne vient dissiper. Tirant son nom de la finesse des bulles de dioxyde de carbone qui remonte à sa surface, il s’agit non seulement de la plus grande source de la région, avec un diamètre de 65 et une profondeur de 62 mètres, mais aussi de celle contenant les métaux les plus diverses : or, argent, cuivre, mercure, arsenic, thallium ou encore antimoine.

Devil's Ink Pot : le pot d'encre démoniaque

9h52, il est malheureusement temps de quitter le parc, pour rejoindre Lady Knox, un geyser qui entre en éruption tous les jours à 10h15 précise. Ce dernier fait partie des attractions de Wai-O-Tapu, toutefois il est situé à un 5 petites minutes en voiture de l’entrée. Avisant deux touristes sur le point de partir, je leur demande s’ils peuvent m’emmener avec eux. Ce couple madrilène répondra par la positive. Le geyser trône fièrement au milieu d’un amphithéâtre où sont disposés des gradins pouvant accueillir jusqu’à 200-300 touristes, à vue de nez. Avant de voir l’éruption de Lady Knox, la question de savoir pourquoi le geyser entrait en activité par cycle de 24heures à 10h15 me trottait dans la tête. Et bien, la veille dame supporte très mal les tâches ménagères : l’introduction d’un kilogramme de surfactant biodégradable – un produit chimique similaire au savon – dans sa tuyère provoque chez elle des quintes de toux d’une extraordinaire violence.

Pour la petite histoire, à la fin du 18ème siècle, un camp de prisonniers était établi près de la réserve thermale. Les prévenus avaient pour tâche quotidienne de défricher le bush dans les environs afin d’y planter pins et eucalyptus pour l’industrie forestière. Un jour, les défricheurs sont tombés sur une source d’eau chaude ; l’offre de Dame Nature leur permit d’améliorer les rudes conditions de lavage, habituellement pratiqué à l’eau froide. Il ne fallut pas longtemps avant que le premier groupe n’y soit amené pour faire la lessive. Alors que les détenus décrassaient avec force brosse et savon leurs habits, le bain entra en éruption, projetant eau froide et vêtements, qui retombèrent dans les environs. Suite à cette mésaventure les prisonniers construisirent un monticule à l’aide de rocher autour du geyser, qui aujourd’hui recouvert de silicates et autres dépôts minéraux forment la tuyère du geyser. Quelques décennies plus tard, alors que le tourisme arrivait dans cette zone géothermique quelqu’un eut l’idée de lessiver quotidiennement Lady Knox afin de provoquer une pluie d’eau froide, de flashs et surtout d’exclamations.

Lady Knox Geyser dans toute sa splendeur

Le couple espagnol m’invite à monter dans leur voiture. Nous faisons un petit détour par Mud Pool, une grande mare de boue qui ne cesse de bouillir. Les bulles venant crever la surface projettent le fluide visqueux en d’esthétiques surfaces libres, avant de retomber dans le bain. Comme les amoureux rentrent sur Rotorua pour savourer un hangi, ils me déposent à l’intersection entre la SH5, Thermal Explorer Highway et Old Waiotapu Road. Je marche sur cette petite route gravillonnée pendant une petite demi-heure, le temps d’admirer sur ma gauche la sauvage nature du lac Rotowhero, remplacé petit à petit par une forêt dense, et sur ma droite des arbres plantés aux cordeaux dont le destin scellé les conduira à être transformé en papier dans une usine japonaise. Arrivé au niveau d’un petit parking, où stationnent quelques voitures, j’emprunte le petit sentier me menant à Kerosine Creek. Ce petit ruisseau, coulant à plus de 40° degré, se déverse, après une petite chute d’eau, dans une goulotte. Il forme ainsi un petit spa en pleine nature, et d’accès totalement gratuit – qualificatif rare en Nouvelle-Zélande. L’endroit est enchanteur, ombragé par quelques pins, quelques fumerolles noyées par le soleil pénétrant le feuillage. Quelques pierres empilées me permettent de glisser dans le fluide plus que tempéré et rejoindre quelques locaux. Bien que les remous provoqués par la chute soient agréables, la température y est trop élevée à mon goût, et je m’éloigne quelque peu dans des eaux plus tranquilles. Douce chaleur envahissant mes membres, et relaxant mon corps. Encore mieux que hier après-midi à Rotorua. Comme tous les autres baigneurs retournent à Rotorua, je n’ai que l’embarras du choix pour le lieu où je veux être déposé. Toutefois, l’un des conducteurs ayant appris que je veux aller jusqu’au Blue Lake se propose de m’y emmener car le lac se trouve sur sa route.

Kerosine Creek : la goulotte forme un véritable spa en pleine nature

Chemin roulant, j’apprends que ma conductrice, d’origine russe, a longtemps servi d’entraîneuse dans diverses équipes de sports en Europe, avant de venir travailler en Australie et en Nouvelle-Zélande comme coach sportif afin d’aider les personnes en surpoids à perdre quelques centaines de gramme. Durant le trajet, je me rends compte que Blue Lake ne doit pas être exactement sur sa route, car nous avons laissé plus de 10 kilomètres en arrière la dernière maison des faubourgs de la cité, et aucun lac n’est encore visible. Si je me suis déjà habitué à la gentillesse des néo-zélandais, je finirai aussi par admettre cette nouvelle échelle de distance, où une quinzaine de kilomètres ne représentent qu’une très courte distance.

Arrivé à Blue Lake, elle me dépose près de la plage sud, et me conseille, si le temps me le permet, lors de mon retour à Rotorua de m’arrêter à Redwoods, pour me balader dans cette surprenante forêt. Je m’attendais à arriver dans un petit éden, avec un nom pareil et des critiques si positives. Si le lac et ses rives sont très jolis, je suis toutefois un peu deçu, sa couleur n’est pas aussi bleue que son nom le prétend, les canots moteurs et le ski nautique autorisés troublent la quiétude du lieu de leur vrombissement assourdissant. Mais bon, je n’ai pas fait tout ce trajet pour rien, et m’élance pour un tour du lac. Le sentier s’enfonce dans la forêt, surplombant la rive de quelques mètres. Au détour des courbes, entre les arbres qui élèvent leurs longs troncs, la beauté du lac se révèle par quelques roseaux poussant dans une petite crique, une plage accessible par une petite sente tortueuse. A l’extrémité sud du lac, le chemin se mue en route forestière avant de rejoindre Tarawera Road, après une légère côte. De ce point, la vue sur Green Lake est imprenable, d’une nature plus sauvage, son rivage ne semble que difficilement accessible. J’essaierai néanmoins de m’y rendre en suivant une piste. Toutefois, à l’inverse de celle de Rangitoto, cette dernière devient vite impraticable tant la végétation est florissante. Je redescends de l’autre côté en direction de Blue Lake via un escalier qui conduit à une petite plage, où quelques vaguelettes poussées par le vent viennent mourir sur le sable. Je ne résisterai pas à l’attrait de l’eau, et m’y plongerai. Brrr, fit-il en secouant sa tête. Bien plus fraîche que celle à laquelle je me suis habitué ces derniers temps, mais tellement plus revigorante.

Plage au sud de Blue Lake

Le chemin du retour, côté est, fraie son chemin à travers le bush néo-zélandais : fougères, palmiers, quelques pins et autres feuillus le peuplent. Je ne rencontre pas non plus de difficultés pour trouver une voiture qui me déposera au centre d’information de Redwoods. Comme il me reste encore un peu moins de trois heures avant de prendre mon bus pour retourner à Auckland, je m’élance sur la promenade, dont le temps est estimé à une heure et demie. De son vrai nom Whakarewarewa Forest, Redwoods doit son nom aux séquoias californiens qui furent plantés ici et qui donnent le caractère majestueux à cette forêt. Cette plantation de séquoias, ainsi que de 169 autres espèces fut entreprise à partir de 1899, sur une terre défrichée du bush originel, pour observer quelles espèces exotiques se développent le mieux en terre néo-zélandaise, et lesquelles sont à mieux de servir l’industrie forestière. La boucle que je parcoure me mènera à travers les plantations d’une quinzaine d’espèces différentes, mais seule celle des séquoias empêche aux espèces originelles de repousser, toutes les autres sont à nouveau envahies par les arbres natifs. Splendides balades, les séquoias aux larges troncs resteront à jamais gravés dans ma mémoire, car pour ce qui est des photos, je suis au regret de vous dire que la batterie de réserve est restée ce matin au Funky Green.

Redwood Forest, dans Whakarewarewa F : sequoias californien plantés en 1901

Un couple d’Australien, en vacances pour la troisième fois en Nouvelle-Zélande, et qui ne jure que par ce pays, me ramène à Rotorua. Le temps d’attraper mon sac-à-dos principal à l’auberge, saluer une dernière mes collègues de hier soir, et je retourne en ville, lisant le dernier adieu du Funky Green. En attendant le bus, je sirote un dernier café, accompagné d’un délicieux sablé au chocolat à la terrasse de Lime Cafeteria, une très bonne adresse de la ville.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





Rotorua & activités géothermiques

9 04 2011

Et bien sûr la petite histoire commence hier

Lime Cafeteria, Rotorua, 10 avril 2011, 16h00 (GMT+12)

Comme d’habitude, levé au alentour de  7h00, revigoré par un rapide petit déjeuner, je pars à la découverte de la ville. Dès que la porte est franchie, l’odeur caractéristique de Rotorua vous cueille. Je gagne l’office du tourisme en faisant un petit détour par le Kuirau Park et la ville. L’impression qu’elle m’avait donnée la veille ne changera pas : un peu triste avec ses longues avenues et routes se coupant à angles droits, ses magasins aux devantures publicitaires lumineuses et proéminentes, ses bâtiments, sans âge, mais tout sauf esthétiques. Kuirau Park, ma deuxième confrontation avec l’univers géothermique de la ville, est un parc entretenu à l’anglaise, parsemé de sources d’eau ou d’étangs boueux portés à ébullition par la chaleur souterraine. L’ambiance  est fantastique : fumerolles, plantes de marins, eaux et beaux à la surface desquelles viennent éclater des bulles, odeur soufrée exaltée à proximité de ces bains, ….

Kuirau Park : l'une des nombreuses sources chaudes

A partir du 14ème siècle, les premiers maoris à bord du canoë Te Arawa vinrent peupler cette région, en nommant le lac Rotorua, signifiant simplement deuxième lac, comme c’était le second qu’il venait de traverser. Dans les siècles, quelques guerres territoriales eurent lieu, toutefois ce n’est que l’éruption violente du Mont Tarawera en 1886 qui remodela complètement le paysage de la région, tuant près de 1000 personnes et détruisant les très touristiques pour l’époque Pink and White Terraces et donnant à cette région un aspect géologique nouveau. Fin de la parenthèse historique.

L’office du tourisme siège dans un des plus jolis bâtiments de la ville, dont l’imbrication des toits et la présence d’unetourelle, le font ressembler à un manoir. Le bois apparent de la structure est rehaussé par la peinture blanche des façades. J’achète mon ticket pour le Whakarewarewa Thermal Village, un village vivant habité par les maoris depuis plus de 200 ans, avec vue sur les geysers. Alors que je veux réserver ma place au Tamaki Maoris Village, une attraction touristique dont la principale qualité est de servir le plat traditionnel appelé hangi, il me sera impossible car leur bureau n’ouvre qu’à 9h00.  J’attrape le bus, direction le village.

Bâtiment accueillant l'office du tourisme (iSite)

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 7h30 (GMT+12)

Le terme de Whakarewarewa (Fa-ka-ré-oua-re-oua) pourrait être traduit par vapeurs et étangs bouillonnants. Le nom du village est aussi celui de la réserve géothermique, sur laquelle il est construit. Près de 500 sources, dont la température varie de froid à bouillant, ainsi que deux geysers principaux sont observables. Billet d’entrée validé, je visite le petit musée qui conte l’histoire du village et la raison de son ouverture aux touristes avec des visites guidées. Alors que l’état néo-zélandais voulait transformer et créer un parc culturel pour préserver cette culture, les maoris du village ont craint que cela ne se transforme en grande attraction touristique, un peu comme Disneyland, avec la présence des sources d’eau chaude. Ils décidèrent de prendre leur destinée en main, en s’opposant à l’état. La réserve fut finalement coupée en deux, à l’est Te Puia, l’attraction touristique voulue par la Nouvelle-Zélande qui regroupe l’Ecole Nationale de sculpture et de tissage, une réserve à kiwi (l’oiseau), deux musées, … Et à l’ouest, Whakarewarewa, ou tout simplement Whaka est devenu un village vivant.

Comme il est encore tôt, à peine 9h00, le public de la guide maorie est composé de deux personnes, une allemande et moi même. A l’instar des autres villages, une arche, ici destinée à se remémorer les maoris morts aux cours des deux guerres mondiales, marque l’entrée. Le pont au pennys, donnant l’accès au village, enjambe une rivière chaude, dont la couleur jaunâtre est générée par le souffre présent dans l’eau. Son nom provient de la tradition qu’avaient et ont encore les touristes de jeter des pièces à l’eau, afin que les enfants maoris plongent pour les récupérer. Le village, dont l’accès est interdit aux touristes de 18h00 à 8h00, est habité par 23 familles, soit environ 70 personnes. Village réellement vivant, la vie quotidienne continue, avec entre autre la présence d’une petite pelleteuse destinée à la réfection d’une route. La guide nous mènera de sources d’eau chaude en maisons historiques. Je passerai les détails pour narrer les plus intéressants.

Marae, maison des ancêtres à Whakarewrewa

L’ensemble du village est construit autour de la Marae, la maison ancestrale, couronnée par le tekoteko, une représentation sculptée de l’ancêtre. La face avant de la demeure est ornée par des panneaux sculptés, peints en rouges, regroupés sous le nom générique de poupous (piu-piu). Les personnages ciselés, koruru, figurent les ancêtres des locaux ou des tribus voisines. Ils sont représentés la langue tirée en signe de provocation envers l’ennemi. Les boiseries sont toujours peintes, souvent en rouge, symbole du sang, en tant que tribus, mais aussi de la guerre. Les deux autres couleurs essentielles restent le blanc, représentant le renouveau et la vie, ou encore le noir, relatif aux profondeurs terrestres.

tekoteko de la Marae

Les maoris ont décidé de s’installer près des sources thermiques malgré certains inconvénients. L’activité géothermique fragilise le sol, qui parfois cède et condamne l’accès à certaines parties du village. Ainsi, la zone entourant l’ancien bain principal s’est vue interdire l’accès suite à la presque disparition de sa source. Ce n’est pas la seule surprise puisque depuis l’année dernière une demeure est évacuée suite à l’éruption d’un geyser dans la chambre à coucher. Par ailleurs, le sous-sol étant trop actif, à l’arrivée de l’anglicanisme, il fut impossible de creuser des tombes ; ainsi les morts sont enterrés dans des sépultures blanches construites au dessus du sol.

Ancien bain de Whakarewarewa : au premier plan, la surface croûtée ne supporte plus le poids d'un enfant

Cependant, les avantages retirés, notamment au temps pré-européen sont bien plus importants. La chaleur dégagée par les sources garantit une température clémente tout au long de l’année, même durant les plus froids mois de l’hiver. Par ailleurs, ces sources permettent plusieurs méthodes de cuisson. La plus simple consiste à introduire les aliments, principalement les légumes, dans un panier en flax tressé, un chanvre néo-zélandais, et de les immerger directement dans Parekohuru, le plus grand chaudron bouillant, paré d’une belle couleur aigue-marine. La cuisson s’effectue en un temps record, sans qu’il soit nécessaire de porter l’eau à ébullition : 5 minutes pour 5 kilogrammes de riz.

Parekohuru

L’autre manière consiste à cuire les aliments au dessus d’un trou d’où s’échappe de la vapeur. Bien vite cette méthode s’est perfectionnée en ajoutant une structure en bois autour de la source, ainsi qu’un couvercle pour en faire un compartiment fermé, et cuire les aliments à l’étouffée. La viande en dessous, les légumes et enfin le poisson par dessus composent le plat maori dénommé hangi. Toutefois, l’apanage de la cuisson à la vapeur pour ce repas n’existe que dans ce village. La méthode est radicalement différente pour les hangis préparés dans la majorité des autres tribus.

Boîte à Hangi : la technologie actuelle permet de protéger les aliments dans un film aluminium. Temps de cuisson du poisson : de 30 secondes à 2 minutes, jamais plus

L’activité géothermique et volcanique de cette région est à la source de nombreuses légendes maories. Site presque unique en Nouvelle-Zélande Whakarewarewa comptait à l’origine plus de 35 geysers différents. En raison de l’activité touristique qui a conduit à la généralisation des spas dans les hôtels toujours plus nombreux, aujourd’hui seuls deux sont réellement actifs. Si j’ai eu la chance de les voir dès mon arrivée, Pohutu n’était toutefois pas au mieux de sa forme.

  • Prince of Wale’s Feather, le plus actif des deux. Il fut autrefois annoncé l’annonciateur car son éruption précède de peu celle de son majestueux grand frère.
  • Pohutu, traduction maorie d’explosion, est le plus grand des deux, jaillissant entre 10 à 30 mètres jusqu’à 20 fois par jours.

Les geysers Pohutu et Prince of Whale's Feather (en fin d'éruption)

Même si les geysers sont majestueux, je préfère de loin les différents chaudrons gargouillant ou encore les boues bouillonnantes présentant des formes plus diverses, des figures plus esthétiques, … Un petit sentier trace son chemin à l’arrière du village jusqu’au Roto Kanapanapa, le lac vert ancien lieu de culte, à côté des mares de boues, longe Opouri, le lac noir et termine sa route près de Te Roto A Tamaheke, présentant des sources d’eau chaude à une température supérieure au point d’ébullition, et un paysage dantesque suite à la chute du niveau d’eau d’une hauteur d’un mètre  provoqué par les forces de Mère Nature.

Te Roto A Tamaheke

En dernier lieu, le village présente les traditionnelles activités maories comme la sculpture ou encore le tissage du flax ; mais en saison d’hiver les maisons présentant ces techniques n’ouvrent qu’en début d’après-midi. Toutefois, j’assisterais toujours avec le même plaisir à la représentation culturelle, mêlant danses, chants maoris et traditionnel haka. Après un dernier tour pour observer à nouveau quelques chaudrons, je retourne en stop jusqu’à Rotorua.

Je passe rapidement à l’iSite réserver la prestation touristique de ce soir au Tamaki Maoris Village et obtient gratuitement un billet d’entrée pour le Rotorua Museum, faisant partie de ma liste de visite. Toutefois je gagne d’abord les rives du lac Rotorua, formé dans la caldera d’un volcan ayant explosé, il y a plus de 700 mille ans pour visiter Ohinemutu, un ancien village où les cultures maorie et européenne ont fusionné. Les éléments architecturaux et structuraux de l’église anglicane St Faith sont ciselés dans la tradition et peints en rouges, rehaussant le blanc des façades. Face à elle, pendant laïc, la Marae Tama-te-Kapua, construite en 1905, tient son nom du capitaine du canoë Te Arawa. Sacrée pour cette tribu, elle n’est pas ouverte au public, mais il est intéressant d’observer la richesse de la décoration, spécialement de l’encadrement de la porte et de la fenêtre sur la façade principale. Au bord du lac, les restes d’un canoë de guerre sont visibles, vestiges d’un temps passé.

Eglise anglicane St Faith, au bord du lac

En rejoignant le Rotorua Museum par le bord du lac, je passe à côté du Canoë de guerre Te Arawa Waka, utilisé lors de l’America’s Cup en 1995 à San Diego lorsque les kiwis la ramenèrent en Nouvelle Zélande. Je passe ensuite par les jardins gouvernementaux, taillés à l’anglaise et où une partie de croquet se déroule. Il faut dire que ce sport ce fond à merveille dans le décor, avec l’ancien bâtiment des bains, de style Tudor, en arrière plan. Ce dernier, tout comme la bâtisse de l’office du tourisme, est couronné par nombre de tourelles, toits enchevêtrés ; ses façades recouvertes de fenêtres, ainsi que d’un magistral bow-window sur la façade principale. L’intérieur n’est pas en reste avec le magnifique escalier qui s’élève en arrondi pour gagner la galerie de l’étage, ainsi que des sculptures en marbre décorant l’énorme halle d’entrée.

L'ancien bâtiment des bains abritant le Rotorua Museum

Le musée, destiné aux arts et à l’histoire, occupe l’ancien établissement des bains, construit en 1908 avec l’aide de l’état. Par manque de budget, l’aile sud resta à l’époque inachevée. Elle est actuellement en cours de construction afin de rétablir la symétrie voulue à l’origine, suite à une décision prise pour son centenaire. Tout d’abord, un film retrace l’histoire de Rotorua, depuis la formation volcanique de la région, illustrée par une veille légende maorie, l’arrivée de Te Arawa, l’éruption du Mont Tarawera, qui laissa une longue cicatrice dans le paysage et la construction des bains thermaux. Animation, bruitage et sièges remuants vous plongent dans l’enfer vécu par les habitants la nuit du 10 juin 1886.

La suite du musée nous fait découvrir l’univers des cures à Rotorua au début du siècle passé, avec les bains parcourus par des courants électriques, des douches de rayons X, ou plus simplement des cures avec les célèbres sources chaudes de la région, et les bains de boue, ramenée depuis Whakarewarewa. L’envers du décor est aussi accessible en ayant accès au sous-sol de l’établissement, parcouru à l’époque par les nombreuses conduites d’eau, rapidement corrodées par le sulfure d’hydrogène, ou encore aux combles où les conduites d’aération destinée à aspirer les vapeurs toxiques tombaient en panne les unes après les autres. Finalement la corrosion a eu raison de l’établissement. Un rapport accablant écrit en 1947, précipite la fermeture dans les années qui suivent. Il est en partie transformé en restaurant- café théâtre, avant de devenir un entrepôt. Racheté par la ville en 1966, le bâtiment ouvre ses portes en tant que musée dès 1969, et ne cesse depuis d’être réhabilité.

Ancien bain de cure, pouvant accueillir jusqu'à 3 baigneurs et 3000 litres d'eau

Un grand saut dans le temps nous ramène à l’époque pré-européenne, avec une présentation harmonieuse d’objets maoris choisis, comme des poupous, ou encore divers objets rituels. Cette dernière se poursuit par l’arrivée des européens, venus d’abord exploiter ces contrées boisées, avant que les premiers touristes ne débarquent pour s’extasier non seulement devant le bon sauvage, mais surtout devant la beauté des Pink et White Terraces visibles sur les flancs du Mont Tarawera. Cette période qui vit s’enrichir les tribus maories, qui apprirent très rapidement des européens à monnayer l’accès à ce que l’on qualifiait de huitième merveille du monde, prit fin lors de l’éruption du volcan. Il ne fallut pas attendre longtemps avant un renouveau, le centre touristique se déplaça près de Rotorua à Whakarewarewa. Finalement, l’histoire maorie se termine avec l’envoi d’un détachement d’homme issus des environs combattre en Méditerranée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Un olivier, ramené de Crête, est d’ailleurs planté dans le War Memorial Park.

Sortant du musée vers h, j’ai encore devant moi un peu plus de 2h00 avant que le bus ne vienne me chercher devant le Funky Green Voyager pour m’amener à Tamaki Village. Etant à Rotorua, lieu hautement connu pour ses sources d’eau chaude, je ne peux me soustraire à profiter d’une source d’eau chaude. Je me décide donc pour un moment de détente au Polynesian Spa. Que du bonheur que de se détendre dans ces bains chauds. Pour ne rien gâcher la vue s’ouvre sur Sulfur Bay, remplie d’une eau laiteuse, pauvre en oxygène, envahie par une colonie d’oiseaux nichant dans cette réserve, bordée par une dense végétation. Un grand moment de repos. Deux petites heures plus tard, moitié assommé par la chaleur des bains, moitié revigoré par la douche froide, je retourne à mon backpack.

Vue depuis le Polynesian Spa

Le bus devant me mener à Tamaki sera à l’heure. Après quelques petits détours pour récupérer d’autres touristes, nous arrivons au village vers 19h00. En règle générale, je ne raffole pas ces animations trop touristiques, pour ne pas dire commerciale, toutefois, il est quasiment impossible de se retrouver amener à manger un hangi, car le plat demande une bonne journée de cuisson, et ne se prépare pas pour moins d’une vingtaine de convives. Bref, il s’agissait un peu de la meilleure façon pour aller en manger un. Durant le trajet en bus, je fais connaissance de mes futurs compatriotes, car nous allons arriver au village maori comme une tribu. D’ailleurs nous élirons même un chef qui sera chargé des salutations d’usage avec nos hôtes.

Une fois la cérémonie d’accueil, le hongi, passé, nous sommes considérés comme une tribu amie et pouvons pénétrer à l’intérieur du village. Ce dernier est aussi reluisant que la cérémonie d’accueil, les huttes sont pimpantes, aucune mousse ne pousse sur les planches, aucune moisissure ne gâche l’étanchéité du toit. Devant ces dernières, des maoris présentent leur tradition : tissages, sculptures, ou encore tatouages. J’y apprendrais d’ailleurs, que ne possédant pas d’aiguille, les maoris incisaient la peau sur 1 à 2 millimètres de profondeur pour y déposer l’encre. Les tatouages étaient donc très douloureux et il fallait presque l’ensemble d’une vie avant que son corps, ainsi que son visage, n’en soit entièrement recouvert. Je n’aurai pas le temps de discuter sculpture et bois, les guides nous pressent vers la hutte où cuit le hangi.

Maoris relatant la manière dont les tatouags sont pratiqués

Ce hangi est cuit de manière plus conventionnelle que celui de Whakarewarewa. En début de journée, un trou est creusé dans le sol, dont le bord est ici bétonné. Un feu, sur lequel des pierres basaltiques et réfractaires sont déposées, y est allumé. Lorsque le bois est entièrement consumé, cendres et braises sont retirées sur le côté, les pierres, chauffées à blanc, sont laissées au fond du trou. Des cageots contenants la viande, aujourd’hui poulet et agneau, sont déposés dessus, puis viennent les kumaras, patates douces et les légumes, entouré d’un panier en flax et finalement le poisson. Les feuilles sont  remplacées par un grand tissu de jute. Ce dernier est posé dessus, avant que le tout soit recouvert par la terre extraite lors du creusement. Il ne reste plus qu’à patienter le reste de l’après-midi avant de procéder à l’exhumation du repas du soir.

Hangi, le repas à la sortie de son trou, encore dans les cageots

Pendant que poulet, agneau, et autres légumes soient découpés pour le repas, nous sommes amenés rapidement dans une Marae transformée en théâtre. J’ai malheureusement été déçu par la prestation, un peu courte, et si les chants étaient magnifiques, le haka manquait malheureusement de conviction. Toutefois, le temps presse et nous sommes conduits dans une autre grande hutte pour déguster le hangi. S’il ne s’agit pas de grande cuisine, le repas, goûteux, possède un petit goût de fumé qui ne me déplaît pas. Agneau et poulet sont juteux, les kumaras tendres, les carottes à point. Seul la chaire des coquillages est trop sèche à mon goût, et je doute que le poisson, dont la cuisson est parfaite, ait été cuit avec le reste du hangi. D’ailleurs il n’a pas ce petit goût caractéristique. Pour terminer, gâteau au chocolat, ainsi que pavlova, que j’apprends être un dessert typiquement néo-zélandais.

Après une rapide et petite cérémonie d’adieux, effectuée par les guides et les aides au service, nous regagnons nos bus, moins de 3 heures après le début de la soirée. Notre conducteur est heureusement un joyeux luron, plein d’entrain, qui fera entonner à chaque habitant d’un pays différent une chanson de son choix. En tête de liste, je n’ai pu m’empêcher de choisir celle parlant des valaisannes, pour la plus grande joie de deux australiens comprenant le français, qui firent la traduction pour le reste du bus. Au final, comme je m’y attendais,  je déteste ce genre d’ambiance où près de 200 touristes sont parqués à des vues commerciales. Jamais, plus jamais. S’il y avait un autre moyen de découvrir un hangi, et sa sortie de terre, je ne pourrai que vous déconseiller que de participer à cette sorte de reconstitution, trop ripolinée pour être vraie.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





D’Auckland à Rotorua

8 04 2011

Whakarewarewa Thermal Village, Rotorua, 9 avril 2011, 11h13 (GMT+12)

Rentrée tardive. Après avoir fêté le départ de Marine, une amie française d’Erwan, au Verona’s Café, sur K Road, je me fais embarquer sur le chemin du retour par quelques connaissances du Frienz. Résultat des courses, retour vers 3h30 du matin. Lever un peu plus difficile que les autres jours.

CACM, 14h00 la nouvelle instrumentation est disposée sur les panneaux, ces derniers sont près à être testés sur l’ILSS. Je rentre chez moi préparer mon sac, régler une ou deux affaires en ville, acheter deux trucs, fignoler les plans de cette fin de semaine et il est déjà l’heure d’aller attraper mon bus, 172 Quay Street. Départ : 17h30, destination : Rotorua, une région à l’activité géothermale débordante. La tombée de la nuit m’empêchera de profiter du paysage, je me permets un petit somme réparateur, entrecoupé par un changement de bus à Hamilton et, comment dire, par un premier contact très surprenant avec les routes néozélandaises. Sur une portion bidirectionnelle de la voie rapide (100km/h), dotée de trois voies, la chaussée est entièrement dépourvue de revêtement sur 2 kilomètres, afin d’en recevoir un nouveau. Bref, sans avertissement, la vitesse maximale est limitée à 40[km/h] et la route macadamisée se transforme en chemin de deuxième catégorie en terre battue et gravillons.

L’arrivée dans les faubourgs de Rotorua est annoncée d’une bien étrange façon. Peu à peu, une étrange odeur se répand dans le bus, quelque peu sulfureuse, oserai-je même dire d’œufs pourris. Il s’agit des relents de sulfure d’hydrogène (H2S), dégagé par les sources géothermales, qui vont m’accompagner tout au long de ce ouikènne. Débarqué avec quelques vingt minutes de retard, je rejoins mon nouveau gîte, le Funky Green Voyager. Je ne l’aurai choisi que pour son nom, mais en plus il s’agit d’un des backpacks coup de cœur du Lonely Planet.  Sitôt à terre, l’odeur est plus forte. Son intensité se renforce ou s’attenue au fil des courants qui traversent la ville. Malgré tout, l’odorat s’habitue rapidement et l’on n’y prête presque plus attention – veiller à bien marquer le presque –.

Une fois arrivé au Funky Green Voyager, j’ai droit à un petit tour de la propriété. L’auberge est composée de deux maisons, peintes dans un vert ao comme je le découvrirai le lendemain. L’intérieur, décoré d’un joli vert pastel, et un peu flashy à la fois, est propre à faire pâlir d’envie une ménagère helvétique et possède des chambres spacieuses. Je décline toutefois l’invitation chaleureuse de boire quelques verts avec les backpackers pour rejoindre mon lit et profiter d’un sommeil plus que réparateur.