J 13 – Mornes plaines du Canterburry et de l’Otago Nord

24 05 2011

Orore Point, mardi 24 mai 2011, 20h00

Trajet : Pukaki Lake – Oamaru

D=2457.9 km

Ce matin, je me suis réveillé juste à temps pour observer l’embrasement des nuages lorsque le soleil s’est levé sur le lac Pukaki. Je ne verrai pas une dernière fois le Mount Cook, les MacKenzies sont perdus dans les nuages. Je passe rapidement faire le plein d’essence à Twizel, ville construite en 1968 pour servir d’habitation lors de la construction du complexe hydroélectrique de Tekapo-Pukaki-Ohau. Aujourd’hui, plus de 1000 habitants ayant refusé de l’abandonner en 1984 avec l’achèvement du chantier, y habitent encore. Puis je rejoins à nouveau le canal Pukaki.

Lorsqu’avant-hier j’avais vu la centrale Tekapo B à la fin du canal reliant Tekapo à Pukaki Lake, je ne me doutais pas qu’il faisait partie d’un gigantesque complexe hydroélectrique produisant 550 mégawatts au travers de huit centrales, dont le volume d’eau turbinée provenant originalement de Tekapo Lake est augmenté par celui de Pukaki et d’Ohau. Lors de ma descente sur Omarau, je longerai ce complexe jusqu’à Lake Waitaiki, dont le barrage, datant de 1928, le plus ancien du dispositif, fut construit uniquement avec des matériaux arrachés au pic et à la pelle de la montagne.

Mais revenons au début de cette journée qui fut essentiellement dévolue à relier Aoraki National Park à la côte ouest. Du sud du Canterburry au Nord de l’Otago, les plaines traversées sont presque exclusivement dévolue à la culture et au pâturage. L’environnement n’est pas aussi passionnant que celui des parcs nationaux ou de la péninsule de Banks. Je pourrais même dire qu’elle se rapproche un peu de la description des plaines de Souardie (cf. Lanfeust et le monde de Troy). Toutefois, il est quand même possible d’y trouver quelques endroits intéressants. Si juste après avoir quitter Twizel, je fus déçu de ne pouvoir apercevoir que de loin les plaines du Rohan, ainsi que les champs de Pelennor, de Lord of the Rings, une incursion sur les terres d’une propriété privée jusqu’aux Clay Cliffs, littéralement les falaises d’argile ne me décevront pas.

Je vous avais déjà parlé de ces steppes et de ces élévations terrestres que j’avais qualifiées de grandes collines. Depuis hier, j’ai appris qu’il ne s’agit ni plus ni moins d’anciennes moraines, datant de l’âge de glace du Pléistocène. Ces falaises ne sont pas composées, comme le nom pourrait l’indiquer d’argile, mais sont générées par l’érosion plutôt rapide d’une moraine locale. Les maoris appelaient cet endroit Paritea, falaise blanche ou colorée, en référence sans doute aux cailloux de diverses couleurs détachés des parois, dont certains présentent une couleur pourpre ou verte, non sans rappeler les teintes du célèbre jade néo-zélandais.

Difficile de décrire ce paysage inhabituel. Il ne faut pas imaginer une falaise plus ou moins rectiligne. Ici, l’érosion due à la pluie et au vent a sculpté le terrain, créant des pics, dessinant des colonnes, évidant des lucarnes dans ces terrains morainiques. Il est possible de pénétrer à l’intérieur même de petites criques refermées sur elles-mêmes, hérissées de tourelles… Je me plais à imaginer la chaleur que doit atteindre ce véritable four sous un soleil de plomb en plein été, alors que seul le vol des pigeons nichant dans les nombreux trous, remuent l’air. Une bien belle visite, qui mérite presque les 5$ de droit de passage établi par le propriétaire des lieux. Coutumes surprenantes mais assez habituelles ici.

Ma route rejoint à nouveau le complexe hydroélectrique sur les rives de Benmore Lake. Ce lac fut artificiellement crée lors de la construction du deuxième plus grand barrage de South Island. Tout comme la force brute nécessaire à canaliser les eaux des précédents lacs en créant de gigantesques remblais, le barrage est de type poids, qui résiste à la poussée de l’eau grâce à sa masse, un peu comme un gigantesque talus étanche érigé au milieu d’une vallée. Grand ouvrage pour la Nouvelle-Zélande, mais bien moins impressionnant que nos barrages voutes helvétiques, chefs-d’œuvre d’esthétisme. Néanmoins, je roulerai sur son faîte, avant de longer la rive Nord de Lake Aviemore où s’écoulent les eaux toujours turquoises de Tekapo Lake.

A Duntroon, je quitte Waitaki River et ses constructions modernes pour remonter dans le temps. Un premier flashback devait me faire parvenir quelques 500 ans en arrière, à l’époque pré-européenne. Toutefois, l’éboulement de la falaise a rendu interdit l’accès au site des peintures maories. Qu’à cela ne tienne! un panneau explicatif m’indique que la région possède un certain nombre de fossiles et autres curiosités géologiques; je n’ai qu’à suivre le parcours fléché pour les découvrir.

Premier arrêt : Earthquake. Il y a de nombreuses années de cela, les premiers scientifiques avaient supposé que le paysage collinéen, parsemé de falaises et de trous, s’était formé suite à un tremblement de terre. Actuellement, l’explication rationnelle fait intervenir le glissement de deux plaques géologiques d’origines différentes, mais dont la pierre est dans les deux cas similaires à notre molasse. J’y découvrirai mes premiers fossiles in-situ de baleine dans un paysage quelques peu surprenant, où d’énormes blocs côtoient palmiers et falaises. Je me sentais un peu déplacé, comme un certain Bob Morane lors de son voyage dans le crétacé africain. Après avoir quelque peu tournicoté dans la cambrousse, je trouverais finalement Elephant Rocks, des rochers dont l’aspect massif et arrondi rappelle la forme des pachydermes.

Et enfin, en milieu d’après midi, j’atteins le but de ma journée: Oamaru, une ville possédant deux atouts: d’une parte le nombre de bâtiments victoriens qu’elle conserve, d’autre part ses colonies de pingouins. Je ne serai déçu ni par l’un ni par l’autre. Comme ces volatiles ne sont visibles qu’à la tombée de la nuit, j’ai encore un peu de temps devant moi pour visiter la ville. Si la balade le long de la route principale recèle de magnifiques bâtiments, presque tous dessinés au XIXe siècle par Forrester and Lemon, les deux architectes locaux, elle est ternie par la réfection de la route principale qui dégage une incroyable quantité de poussière, asséchant la gorge et desséchant la peau. Je me réfugierai dans le quartier des anciens entrepôts de cette ville qui fut aussi active que Los Angeles à une même époque. A nouveau, les décors des fenêtres ou des porches rivalisent non plus entre les banques, mais entre les différentes compagnies maritimes. Et au détour d’une porte, je visiterai l’entrepôt d’un négociant en laine. A l’intérieur, les énormes ballots sont empilés les uns sur les autres, selon la qualité; les sacs vides sont empilés dans de grandes cages alignées, alors qu’à l’entrée la petite officine comporte exclusivement des livres de comptes manuels. Une belle découverte.

Alors que la nuit tombe, je rejoins bushy beach où une colonie de pingouins à yeux jaunes niche. Si l’accès à la plage est interdit dès 15h00, je ne résisterai pas à la tentation de descendre quelques marches d’escalier et me planter en affût pour observer un oiseau de plus près. D’autres touristes, français et japonais, n’ayant pas hésité à descendre sur la plage, se feront remettre à l’ordre par des habitués et conviés à remonter rapidement afin que les pingouins puisent revenir à leur nid. Finalement, j’en verrai distinctement un seul; une dizaine d’autres seront aperçus mais la pénombre du crépuscule nuageux empêchera leur observation. De retour au van, d’une part ayant promis à la dame de Te Horo Beach de faire mon possible pour m’y arrêter et d’autre part il est, d’après la description de divers guides, criminel de ne pas y déguster des fruits de mer, je ne ferai pas le trajet ce soir. j’aurais presque parcouru les quelques 60 kilomètres jusqu’à Moeraki pour dîner Chez Fleur et observer les boulders dès l’aube naissante mais  le restaurant est ouvert du mercredi ou dimanche. Je chercherai donc un petit coin tranquille pour passer la nuit, à la sortie d’Oamaru.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J 12 – Aoraki et Red Tarn

23 05 2011

Pukaki Lake, lundi 23 mai 2011, 19h20

D=2167.7 km

Alors que le soleil n’est pas encore levé, je me réveille doucement. Comme la clarté ne sera suffisante que dans une bonne heure pour aller marcher sans frontale, j’ai le temps de préparer pancakes, bacon, et un bon thé pour le déjeuner. 8h00, j’embarque mon sac préparé hier soir, direction Hooker Valley, qui me mènera au pied du lac terminal du glacier éponyme, s’étirant au pied du Mont Cook.

Comme d’habitude, le chemin est très bien préparé. L’épaisseur de graviers est par endroit trop importante pour que la marche soit agréable; cela procure la même sensation que de marcher sur de la neige damée. Alors que je m’attendais à des durées de marche légèrement plus précises en raison de l’univers montagneux et des nombreuses mises en garde du DOC, j’arrive au premier pont suspendu en moitié moins de temps qu’il n’en faudrait réellement. Dès le début de la marche, si l’Aoraki est caché par les Mount Cook Ranges, le Sefton et la Pérouse présentent leur face sud, leurs glaciers composés presque entièrement de séracs surplombant Mueller Lake en contrebas. Le chemin trace sa route dans un bush composé de matagouris, un arbuste épineux que j’avais déjà rencontré hier, poussant à profusion sur les rives d’Alexandrina Lake. Après avoir longé la montagne, un deuxième pont suspendu traverse une gorge, où s’écoule les eaux de Hooker Lake, pour rejoindre l’ancienne moraine médiane des glaciers Hooker et Mueller. Peu à peu, les contreforts ouest du Mont Cook émergent derrières les taillis, et finalement la forme en V de Hooker Valley apparaît comme un parfait écrin pour le triangulaire Aoraki.

Montagne majestueuse, sa hauteur de 3755 mètres en fait la plus grande d’Australasie. Nommée en l’honneur du capitaine Cook, les maoris l’avaient déjà nommée Aorangi, ou Aoraki en maori du South Island, en l’honneur d’une de leur déité. Elle attira très tôt les premiers grimpeurs, et malgré les difficultés et les morts, continue de fasciner les montagnards.  Le 2 mars 1882, Willam Spotswood, accompagné de deux guides suisses, après une épique ascension de 62 heures, échoue à quelques mètres du sommet. Ce ne sera que 2 ans plus tard que trois locaux, Fyfe, Graham et Clarke, en viendront à bout, coiffant sur le fil deux autres européens. En prévision de l’ascension de l’Everest, Edmund Hillary, accompagné de Tenzing Norgay, s’entraîne sur l’arête sud. Fin de l’aparté historique. Pour ma part, Aoraki se détache des autres montagnes par l’unicité de sa cime s’élevant bien plus haut que ses arêtes, seule, sans autres pics qui viennent lui voler la vedette. A l’approche du lac terminal, il me faut déchanter: je ne verrai pas de majestueux glaciers, le réchauffement climatique a aussi fait son œuvre. Le lac terminal s’est étendu, la glace a fondu, le glacier s’est retiré bien au fond de Hooker Valley. Je redescends à la voiture, alors que les nuages qui s’étaient déjà accroché sur le Sefton, tendent leurs doigts brumeux sur le Mont Cook. Sur le chemin du retour, je croiserai des touristes équipés selon les prescriptions du DOC pour cette balade : chaussures de randonnées (ok), veste (ok), écharpes, gants, guêtres, pantalons imperméables, et aussi sac à dos camelback, avec les traditionnels bâtons de randonneurs. Je veux bien que la météo dans la région du Mont Cook, à peine éloigné de 44 kilomètres de la mer Tasmane, soit changeante, mais de là à s’équiper comme pour effectuer une longue marche dans un environnement rigoureux, il y a une certaine marge.

Je retourne alors jusqu’à Mont Cook Village pour effectuer une deuxième ballade, celle du Red Tarn, l’étang rouge, dont la vue sur Hooker Valley, et les Mac Kenzies est magnifique. Et surtout, son tracé s’élevant de plus de 300 mètres risque de s’avérer un peu plus sportif. L’amour que portent les néo-zélandais pour les escaliers sur les chemins de montagne ne m’est pas inconnu. Toutefois c’est la première fois que j’en rencontre réellement sur une randonnée. Quelques 1500 marches plus tard, je comprends qu’ils annoncent près de 2h00 pour la balade aller-retour, cumulant une distance de 4 km. Ayant pris mon courage à deux mains, j’ai gravi ventre à terre ces volées d’escaliers, pour atteindre 25 minutes plus tard un plateau, nommé Red Tarns. Ce nom provient des végétaux poussant dans les deux étangs, très communs au niveau de la mer, beaucoup moins à 1200 mètres d’altitude. La vue sur la Hooker Valley, Mueller Lake, la plaine et l’Hermitage en contrebas est magnifique.

Toutefois, en avance sur mon programme, je décide de poursuivre l’ascension jusqu’à Mount Sébastopol, situé à un peu moins de 300 mètres plus haut. Un petit sentier s’élance à flanc de montagne, zigzaguant proche d’un gigantesque pierrier. Que du bonheur! je retrouve un vrai chemin de montagne, bien comme chez nous (en Suisse), entre cailloux, rochers et petits arbustes. J’atteins un deuxième replat herbeux: quelques marécages ont envahi les bas-fonds occupés par des gouilles. Mes premiers névés néozélandais: je peux vous le garantir maintenant, la neige a la même consistance que dans l’autre hémisphère. La suite s’annonce plus délicate, le sentier devient presque inexistant, seule la présence de petits cairns marque encore le chemin dans une pente plus abrupte. La végétation est peu à peu remplacée par des rochers apparents. Le tracé s’apparente un peu à la crête de la Pierre Avoi: il ne faut pas faire de faux pas,  sous peine de dérupiter dru en bas la pente. Finalement, j’arrêterai mon ascension à quelques dizaines de mètres du sommet. En équilibre sur une arête je regarde le couloir mi-pierrier, mi-ravine. Aucun danger a priori, sauf celui de glisser ou que le sol se dérobe sous mes pieds. Mais personne n’étant au courant de ma destination, je préfère ne pas servir de repas pour les divers charognards hantant ces lieux. Je ne regretterai pas la montée jusqu’ici. Alors qu’au Red Tarns, ma vue était limitée à la Hooker Valley, ici, elle s’étend depuis Pukaki Lake jusqu’au Mount Cook, en passant par le lac terminal de Tasman Glaciers, ainsi que sa rivière qui s’écoule en de nombreux méandres dans la plaine. Mais le plus beau souvenir est sans doute la rencontre avec l’Edelweiss of South Island, présentant les mêmes caractéristiques duveteuses que sa cousine helvétique, tant sur ses blancs pétales que sur ses feuilles. De retour au village, après une descente rapide mais prudente des 1500 marches, je profite de la douche des sanitaires publics. 4 dollars néozélandais pour 10 minutes de douche chaude, un vrai délice. J’en ressors propre comme un sous neuf.

Avant de quitter Mount Cook Village, je passe au centre du DOC pour visiter l’exposition sur le Parc National d’Aoraki, classé au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Avec Westland, Fjordland et Mount Aspiring National Parks, il occupe 2.6 millions d’hectare de South Island, soit près du 10% de la surface du pays. Faunes et flores sont aussi bien présentés que son histoire, englobant la création du parc en 1985 et les nombreuses tentatives et réussites d’ascension. Pour les petites histoires, d’une part le nom de MacKenzies provient du nom de famille du fermier qui fut le premier européen à apercevoir de près ces montagnes, lorsqu’il cherchait à étendre ses terres. D’autre part la végétation actuelle, composées principalement de steppes et de bush, est celle ayant remplacé les forêts de conifères originelles suites aux brulis et pâturages des moutonniers au milieu du XIXe siècle. Il faudra attendre l’intervention du gouverneur George Bowen qui classa la région et sauva les derniers hectares de conifères, surplombant aujourd’hui le village. Un dernier détour par l’Hermitage me permet de visiter Sir Edmund Hillary Alpine Center qui retrace la vie de ce grand homme. J’y retrouve l’histoire de l’ascension de l’Everest ou encore la conquête du Pôle Sud, ainsi que nombre d’artefacts dont les célèbres tracteurs. La présence de ce musée n’est pas un hasard, en plus de s’être entraîné à maintes reprises sur l’Aoraki, cette région lui était chère en tant que berceau montagnard de Nouvelle-Zélande, station de ski sur Tasman Glacier qui existait encore à son époque.

La dernière balade de la journée m’amènera d’ailleurs sur la moraine frontale de ce glacier. Un peu plus d’un siècle en arrière, il était possible de gravir directement sur le glacier; aujourd’hui la moraine sert de barrage naturel créant un magnifique lac terminal. Le glacier en lui même n’est pas très esthétique, disparaissant sous un manteau sombre, présentant une paroi frontale grise. Et pourtant, il s’agit du plus grand de Nouvelle-Zélande, encore épais par endroit de 600 mètres. Morphologiquement, sa face supérieure est très plane, et il fond de haut en bas. Sa zone d’ablation est donc recouverte d’une moraine de surface. Ce qui fait sa beauté est la présence d’icebergs qui se détachent de temps à autre du glacier et parcourent le lac pour venir mourir à l’embouchure de la rivière.

Alors que le soir approche, je quitte cette magnifique région, dont le ciel est orné de nuages de type Hogsback, liés à la topologie particulière de la région, subissant l’assaut d’air chargé d’humidité de la côte ouest, qui se déverse en vent sec, mais violent sur la côte est. Il est vrai qu’entre hier et aujourd’hui, je n’ai observé que des nuages aux formes bizarroïdes, bien éloignées des cirrus, stratus et autres cumulonimbus habituels. Surplombant Pukaki Lake, presque à l’extrémité de la rive sud, je sens déjà la fraîcheur humide du lac monter, glaçant peu à peu mes doigts. Il faudrait que je songe définitivement à acheter une fine paire de gants.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J 11 – Arrivée dans les Mac Kenzies

22 05 2011

Aoraki/Mt Cook, dimanche 22 mai 2011, 19h20

Trajet : Peel Forest – Aoraki / Mount Cook

D=2104.4 km

Levé ce matin peu avant l’aube, le réveil est difficile. L’humidité présente dans l’air rend la fraîcheur du matin plus pénétrante. Trois tartines, un bouillon de thé bien noir, et je pars me promener dans Peel Forest. Cette forêt, l’une des plus importantes de Nouvelle-Zélande, contenant exclusivement des conifères endémiques, recèle en son sein, paraît-il, une cascade, Acland Falls. Une petite heure de marche, qui se réduiront à 30 minutes aller-retour, me permet de découvrir une petite chute d’eau, dont le moment enchanteur est sans nul doute de remonter le ruisseau pour y accéder. Je préférerai toutefois la courte promenade qui me mènera auprès du plus grand conifère de la forêt. Si son tronc de 9 mètres de périmètre n’a rien de comparable aux Kauris géants de Nord, les massives racines de ce Totora, âgé de plus de 1000 ans, assure l’assise de ce tronc, à l’écorce ligneuse.

La destination du jour est Aoraki, plus connu de par le monde par son nom européen, Mount Cook, la plus haute montagne de Nouvelle-Zélande. Distante de près de 200 kilomètres, il est temps de me mettre en route. Pour rejoindre l’Inland Scenic Route, je croise de magnifiques troupeaux de cervidés, qui me mettent l’eau à la bouche. Ces élevages seront remplacés peu à peu par des cultures de divers choux dont l’odeur âcre me coupe l’appétit. A Géraldine, je profiterai de remplir le réservoir, ainsi que de ravitailler le van en divers produits tous plus sains les uns que les autres pour la santé.

Je quitte cette ville pour Fairlies, surnommée la porte d’entrée pour les Mac Kenzies; cette région montagneuse comporte 22 des 27 sommets de plus de 3000 mètres de Nouvelle-Zélande. Le paysage plat retrouve peu à peu des formes, les champs se transforment en collines, les choux sont remplacés à nouveau par des moutons. Au loin, les premiers contreforts montagneux se distinguent, cachés par de grandes prairies aux formes voluptueuses. Je m’approche peu à peu de Burkes Pass, embarque à Fairlies  un kiwi autostoppeur en route pour Queenstown.

Altitude : un peu plus de 700 mètres. Il ne faut pas l’imaginer comme un étroit col suisse en V, coincé entre deux montagnes s’élevant de part et d’autre de la route. En Nouvelle-Zélande, la forêt s’arrête entre 500 et 600 mètres, peu à peu remplacée par de petits arbustes puis par des steppes. Burkes Pass : une grande plaine recouverte de prairies sèches aux herbes jaunâtres, limitées par des collines. Devant nous, la route s’étend à perte de vue, déroulant son long ruban anthracite dans la lande ; l’horizon est seulement barré par les MacKenzies aux sommets enneigés. D’ailleurs il semblerait qu’un nuage lenticulaire couronne Aoraki.

J’avais prévu une petite balade après Tekapo Lake, à mi-chemin du Mont Cook. Pour l’atteindre, encore près de 40 kilomètres dans cette steppe située à plus de 700 mètres de haut. Lorsque je m’imaginais Aoraki et les autres montagnes, jamais je n’avais pensé que ces hauteurs s’élèveraient soudainement au milieu d’une vaste plaine. Une bien belle surprise. Et quand je pensais à Pukaki ou Tekapo Lake, j’imaginais ces grands lacs serrés, au moins d’un côté, si ce n’est des deux par d’immenses flancs montagneux, mais non, ils se situent simplement au milieu des steppes.

Tekapo Lake: j’avais déjà entendu parler de ses eaux couleurs turquoises. Tel un lac de glacier, ses eaux contiennent des micro-sédiments qui lui donnent cette couleur bleue laiteuse, tranchant avec le jaune des steppes et des collines environnantes, ainsi que le blond cuivré des mélèzes poussant sur son rivage. Tekapo, aussi le nom d’un petit village sur la rive sud du lac, pas des plus jolis, mais j’envie presque les possesseurs de ces maisons au panorama si magnifique. Face au lac, une petite chapelle, Church of the Good Shepherd, érigée en chêne et en pierre, dresse fièrement sa silhouette dans ce cadre idyllique. Bien que l’hiver diminue le flot de touristes, l’arrivée d’un car en provenance de Queenstown, m’amène à quitter les rives.

Suivant l’avis du 202 Great Walks, je rejoins les abords d’Alexandrina Lake. Quelques kilomètres dans les steppes sur une route de gravier, où seuls les 4×4 sont autorisés en condition hivernale, m’amènent près d’un hameau. Situés à l’extrémité sud, de nombreux bachs ouvrent leur fenêtre sur un lac, dont les eaux sombres tranchent avec les herbes jaunies, et les couleurs cendrées des contreforts montagneux. Il paraît qu’il faut plusieurs saisons pour tomber amoureux de ce lac; personnellement, il ne me faudra que quelques minutes.  Calme et volupté, miroir admirable, reflétant le ciel sur une surface exempte de ride, douce chaleur automnale irradiant de l’astre solaire. Un moment juste parfait, qui se prolongera encore, le temps d’une promenade me menant jusqu’à mi-lac. Là, un autre hameau où s’écoule les eaux d’Alexandrina dans Mac Gregor lake, qui vont alors se mélanger avec celle du Tekapo. Rien à redire de ce début d’après-midi. Grandiose.

J’aurais bien squatté la terrasse de l’un des bachs, ou je me serais bien volontiers allongé tranquillement sur l’un des pontons, mais il me faut reprendre le chemin. La route déroule à nouveau son ruban rectiligne à travers les steppes, mais je quitterai le tracé principal pour m’engager sur une route privée, longeant un canal, dans lequel s’écoulent les eaux du Tekapo, aisément reconnaissables à leur couleur caractéristique. En chemin, elles baignent la ferme à Saumon du Mont Cook, avant de se déverser dans deux conduites forcées, alimentant une centrale hydroélectrique nommée Tekapo B, avant de se déverse dans Pukaki Lake… Ce canal, un ouvrage presque disproportionné pour ce pays où les ponts à une voie sont légions, ou les tunnels ne sont pas foison, étend ses larges remblais de part et d’autre dans la plaine pour contenir ce flot tranquille. Pukaki Lake, à l’origine un lac creusé par les glaciers du Mont Cook, est l’un des rares lacs artificiels de Nouvelle Zélande suite à la construction de deux barrages sur la rive sud. Il étend sur près de 45 kilomètres sa surface aux couleurs ultramarines jusqu’aux pieds des Mackenzie. Depuis le barrage, plaque tournante pour aller jusqu’aux pieds du Mont Cook, une vue splendide sur les MacKenzies.

Et voilà, plus que 55 kilomètres avant d’arriver à Mont Cook Village, alias l’Hermitage, du nom du premier hôtel construit ici en 1884. Il s’agit d’une des plus belles routes de Nouvelle-Zélande, surplombant les eaux bleues de Pukaki Lake, longeant sa côte, cachant et découvrant au gré de ses ondulations la blanche silhouette d’Aoraki dans le lointain, encadrée par le Seftron, Malte Brun ou encore La Pérousse, ses coreligionnaires. Et imaginez 2 choses. La première: rouler le long du lac de Neuchâtel, sans âme qui vive sur près de 50 kilomètres, sans croiser plus de 2 véhicules par heure. La deuxième: le Cervin ou le Bietschhorn élever leur profil caractéristique à Martigny, et qu’il est impossible de les perdre de vue dès que l’on passe Aigle. Mélangez ces impressions, multipliez par 10, 100 ou 1000 et vous n’obtiendrez qu’une pauvre contrefaçon du sentiment ressenti aujourd’hui.

Pour fêter ces instants de perfection, le passage du deux-millième kilomètre, une nuit qui s’annonce fraîche à l’ombre d’Aoraki, un excellent petit souper: rumsteak de bœuf, accompagné de ses carottes vichy, et ses kumaras herborisés, le tout servi avec un Pinot Noir d’Otago. Un vrai délice, comme j’aurai pu l’apprêter à Ecublens. Même mon van, me ressemble de plus en plus, affiches et cartes sont scotchées à l’aide de gaffeur aux parois, duvets et coussins ne sont mêmes plus rangés tout les matins, seule la cuisine présente encore un semblant d’ordre. Il faut dire que des couteaux qui se baladent peuvent présenter un certain danger et que je ne suis point un fan des bouteilles d’huile, de vinaigre ou de lait renversées.

Pour finir, deux dernières petites remarques. Cela fait longtemps que je pense qu’il est impossible de traduire certains panoramas en terme de mots. Aujourd’hui,  je suis tombé sur un extrait d’Alexander Turnball, qui a ressenti la même frustration : « Il est impossible pour moi de décrire en des mots adéquats la beauté majestueuse qui m’entoure ; ces fantastiques chaînes montagneuses aux pics couronnés, aux flancs recouverts de glacier, souvent cassé en d’innombrables séracs… , toutes ces impressions vous nourrissent d’une profonde admiration». Sinon, depuis que je suis sur l’île du Sud, j’ai réellement pris conscience que si le soleil se lève à l’Est pour se coucher à l’Ouest, il trace sa courbe diurne en passant par le Nord. Jamais, il ne marque le sud, comme il a coutume de le faire en Europe. Cela ne m’avait pour ainsi dire pas fait tilt lors de mes balades dans le Far North, à Waiheke ou Rotorua.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J 10 – Péninsule de Banks et mornes plaines du Canterburry

21 05 2011

Peel Forest, samedi 21 mai 2011, 19h00

Akaroa – Peel Forest (Central Canterburry)

D=1856 km

Alors que je m’étais endormi sous un ciel étoilé, durant la nuit, des gouttes de pluie rebondissant sur la carrosserie se font entendre. Je me rendors tranquillement, persuadé que demain les nuages se seront enfuis. J’ai presque eu raison : quelques traînées blanches rosissent encore dans les lueurs matinales. Petit déjeuner et en route sur la Summit Road qui permet de parcourir les hauteurs de la péninsule et permet de jouir d’une vue plongeante sur les baies et les vallons, ou encore sur Akaroa Harbour et son isthme central, ancien Pa maori.

Toutefois, je ne résisterai pas à la tentation d’un détour par Okains Bay pour découvrir une des vallées, logée entre deux tentacules. Profitant de la pente importante de la route, j’avale en quelques minutes les 300 mètres de dénivelée, sur une petite route sinueuse. Arrivé au niveau de la mer, je traverse un petit hameau d’une dizaine de maisons avant d’atteindre la plage de sable fin. Une petite balade me permet d’observer les pieux des anciens wharfs qui servaient au débarquement de la main-d’œuvre pour le fauchage et au chargement des ballots d’herbes fourragères sur les navires à destination de Lyttelton, port de Christchurch. En 1877, une jetée est construite. Après l’ensablement du chenal, la route y menant est prolongée, et un nouveau ponton est construit. Suite au deuxième ensablement, un troisième wharf est alors bâti. Aujourd’hui, il ne reste plus que les vestiges des deux plus récents, ainsi qu’une partie de la chaussée. Mon détour, après m’avoir fait gravir le coteau ouest, traversé un petit vallon (Chorlton) rempli de moutons, me mène à Little Akaroa Bay, où le village éponyme est construit au fond de la rade. Hibiscus remonte alors péniblement le chemin jusqu’à Summit Road.

J’avais décidé que je devais me balader dans une des baies avant de quitter la péninsule de Banks. La rencontre avec deux voyageurs, cheminant en campervan Escape, m’avait convaincu de faire la randonnée de Pigeon Bay. Cette petite colonie bâtie en grande partie par deux familles écossaises, Hays et Sinclair, ne compta pas moins de 350 habitants à la fin du XIXe siècle et posséda une école, un docteur ainsi qu’une office postale. Aujourd’hui, seuls quelques fermiers descendants des Hays y exploitent encore les terres. Les consignes du DOC préconisent environ 5h30 pour longer la côte est de la baie jusqu’au bout du cap et revenir. J’approvisionne donc mon sac en eau, pain, fromages, pommes et petits coupe-faim avant de partir. Il ne faut pas s’attendre à un petit sentier côtier sinueux, comme les GR français ou portugais: le tracé suit une large route agricole, bien délimitée dans le paysage, se déroulant plus ou moins au même niveau.

La vue sur Pigeon Bay est magnifique, avec ses eaux turquoises, scindées par de petites falaises volcaniques couronnées par des prés verdoyants où paissent moutons et vaches. Mes yeux ne cessent de se régaler, tout comme mes oreilles. Les seuls bruits audibles, à part le chant des oiseaux et celui des grillons, celui sourd de mes pas arpentant la terre battue. Aucun murmure de moteur que ce soit aérien ou routier, un vrai bonheur. A mesure que l’on s’approche du cap, le regard porte plus loin, sur les autres découpes de la côte, ou sur le profil bleui des montagnes à l’horizon, ou encore sur les neiges arborées par quelques cimes encore plus lointaines. Le panorama depuis le cap whitehead s’ouvre sur l’immensité de l’océan Pacifique.

Le chemin du retour suit exactement le même tracé qu’à l’aller. Toutefois, ayant le soleil dans le dos, je profite encore plus de la vue sur la rade. N’ayant pas de montre, de retour à la voiture, je regarde l’heure. Je m’attendais à mettre moins de temps que celui préconisé par le DOC, mais je n’aurais jamais misé sur une division par deux. Et pourtant il me semble que je me suis passablement arrêté pour regarder le paysage, prendre des photos, laisser mes pensées divaguer lorsque j’étais au bout.

Je dois malheureusement quitter Akaroa et ses environs pour continuer mon périple. Entre le Far North, le Waitomo ou encore les environs d’Auckland, la Banks Peninsula est ma région pastorale préférée en raison de ses nombreuses découpes côtières, de la variété de son paysage. Une fois passé le col de Hilltop, à 475 mètres au-dessus de la mer, je rejoins la route au tracé si particulier, située au niveau de la mer.

A Tai Tapu, je quitte la SH74, pour rejoindre directement la 1 sans passer par Christchurch. J’aurais bien volontiers foncé directement vers les montagnes, où la SH72, nommée Inland Scenic Route fut construite. Toutefois, je voulais emprunter le plus long pont de Nouvelle Zélande qui enjambe Rakaia River. Effectivement, je suis passé dessus, il doit bien mesurer plus d’un kilomètre de long, mais par contre aucune prouesse architecturale. Il s’agit d’un bête pont, bâti sur le modèle standard kiwi. Je vous laisse admirer la photographie, cela se passe de commentaires.

Après avoir bifurqué pour les 40 prochains kilomètres en quittant la SH1 à Rakaia, je rejoins enfin la SH72. Scenic, scenic, un bien grand mot. Toutefois, je dois quand même reconnaître qu’entre le paysage ici, ou aux environs de la SH1, il y a déjà une nette amélioration. Les champs sont subdivisés en plus « petites » parcelles, des haies végétales sont érigées régulièrement, des bosquets vivifient le paysage, … Ce n’est pas encore le paradis, quoique le coucher de soleil en contre-jour sur les MacKenzies vaut largement le coup d’œil.

17h40. Alors que le camping du DOC de Peel Forest est fermé pour l’hiver, je me pose tranquillement sur la grande place herbeuse située quelques mètres plus haut.  Bien que je ne puisse pas profiter d’une douche chaude, cela m’arrange presque. Situé proche d’un petit marais, où les premières brumes font déjà leur apparition, le matin aurait pu être humide. Sinon, ce fut une grande journée, très partagée entre de magnifiques paysages jusqu’en début d’après-midi puis une longue route à travers les vastes plaines planes du Canterbury. Akaroa est splendide, Bank Peninsula grandiose,  Christchruch devait être magnifique. Leur seul défaut: être situés à plus de 150 km de tout autre point d’intérêt.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J 9 – Peintures maories et inscriptions françaises

20 05 2011

Akaroa, 20 mai 2011, 19h00

Waikari – Akaroa

D= 1551 km

La grasse matinée jusqu’à 7h30 ce matin est facilement explicable. Après avoir relu ces dernières semaines le seigneur des anneaux, je me devais de voir à nouveau les films afin de replacer les scènes dans les différents paysages – la seule entorse tolérée à ma règle de ne pas utiliser l’ordi pour autre chose que pour rédiger des billets –. Cela n’aura pas servi à rien, lorsque Frodon et Sam ressortent d’Osgiliath par le passage souterrain, ils arrivent effectivement dans une pinède, comme celle que j’ai entraperçue à Waitarere. Comme la journée va commencer par une petite marche matinale, je n’hésite pas à me faire des œufs brouillés pour déjeuner; malheureusement il manquera le bacon.

De retour à Waikari village, je quitte mon van, embarque une bouteille d’eau, quelques noix et autres fruits secs à grignoter, puis marche sur le tracé de l’ancienne ligne ferroviaire devenue aujourd’hui une route agricole, avant de la quitter pour longer une clôture parcourant les pâturages. Ce chemin doit me mener jusqu’aux peintures rupestres maories, qui, d’après le guide, sont à plus ou moins 1 heure de marche. Parcourant la cambrousse néo-zélandaise, grimpant par dessus une première colline, puis une deuxième et j’arrive déjà à proximité d’un immense rocher oblong, orné d’une corniche. A l’abri de cette dernière se trouvent les susmentionnées peintures : noires et rouges, à l’instar des couleurs maories; personne ne sait ce qu’elles sont censées représenter : scènes de chasse, bande dessinée, ou encore motifs religieux.

Un peu déçu par cette trop courte promenade, j’erre sur le chemin du retour pour admirer les magnifiques blocs disséminés dans le paysage. J’avais déjà remarqué à l’aller que des os de moutons jonchaient par endroit le sol; je ne m’attendais pas à trouver le cadavre, dont les chaires avaient disparu depuis bien longtemps, et dont ne restait plus que la peau tannée par le climat et les os, derrière un des rochers. Macabre découverte! comme quoi le problème des ovins disparus ne doit pas exister qu’en Valais.

Retour à Waikari, puis en route, direction Christchurch, le dépôt d’Escape Rental pour aller chercher des chaînes à neige, car peut-être que j’en aurai besoin dans un futur plus ou moins proche. J’étais prévenu que dans un cercle de 100 km autour de Christchurch, il n’y avait rien à voir; toutefois, je ne m’attendais pas à un néant visuel aussi absolu que ça. Pas le moindre détail digne d’intérêt. Oui, en fait, il en existe un: il s’agit du café/brasserie Brew Moon, dont les bières artisanales, en tout cas la Hophead IPA que je bois en ce moment, sont excellentes.

Christchurch, dont le centre est interdit à la circulation et aux touristes depuis le tremblement de terre de février dernier. Si, au début, seules quelques cheminées, ou encore un pont coupé à la circulation sont les seuls signes apparents, au fur et à mesure ils deviennent plus importants : façades lézardées, toits éventrés, routes cabossées et taconnées dans l’urgence, bennes à gravats posées régulièrement dans les rues, toilettes chimiques, … Mais rien n’équivaut les abords du centre, où des barrières interdisent les accès, où les panneaux indiquent des routes barrées à 50 mètres, où des façades sont écroulées, des maisons déjà rasées, des grues et des engins de démolition en action. Je n’ai vraiment pas l’envie de m’arrêter. Sur le chemin, je passe à côté d’une partie des bâtiments de l’université. Je ne comptais pas spécialement m’arrêter, mais le dépôt d’Escape est juste à côté. Donc voilà, je vous laisse admirer une photo pour voir les dégâts.

Je quitte rapidement la ville pour rejoindre Akaroa sur la péninsule de Banks. Afin d’admirer la rade de Lyttelton, je passe par la ville éponyme, qui fut en son temps le port d’attache des expéditions menées par Scott et Shackleton en Antarctique. Mal m’en prit, j’aurai dû directement aller à Robertson Bay, donnant aussi sur Lyttelton Harbour, car la ville est en partie un monceau de débris, essentiellement les bâtiments historiques. Bref, je longe la rade, découvre à nouveau des paysages intéressants, passe un col, Gebbie Pass, le deuxième de la journée, et redescends de l’autre côté de la péninsule pour rejoindre la SH75 qui mène à Akaroa.

Banks Peninsula, nommée en l’honneur du naturaliste Sir Joseph Banks, embarqué sur l’Endeavour du capitaine Cook, lorsque ce dernier découvrit ce qu’il croyait être une île en 1770. L’histoire de cette péninsule est plus que particulière pour être contée. En 1838, le français Jean Langlois, capitaine de navire négocia l’achat de la péninsule aux tribus maories d’Akaroa, littéralement le long port, la plus grande des rades de l’isthme.  Il retourna en France fonder une compagnie pour l’exploiter. Pendant ce temps-là, Sir Hobson rédigeait le traité de Waitangi, dont deux chefs maoris, issus d’Akaroa le signèrent. Lorsque les 63 colons français arrivèrent en 1840, l’Union Jack flottait au-dessus de la péninsule. Les anglais, au courant des agissements français, avaient envoyé un navire pour hisser leurs couleurs sur l’île et ainsi démontrer l’appartenance de la Nouvelle-Zélande à la couronne d’Angleterre. Si les colons étaient arrivés en même temps que Langlois, le futur d’Aotearoa aurait pu être autre. Toutefois, en bonne entente avec les anglais, ils s’installèrent à Akaroa.

Le trajet est complètement dépaysant et ne ressemble à aucune péninsule ou région volcanique que j’ai rencontrée. Formée par l’éruption de deux volcans, dont le plus élevé, situé au large, à l’emplacement d’Akaroa, culminait jadis à près de 1800 mètres. Tels des pieuvres déroulant des tentacules, les deux volcans déversent leur lave en de longues langues s’étoilant à partir de leurs cratères respectifs, créant des vallées. Peu à peu, la péninsule s’enfonçant sous son propre poids, elles se remplirent d’eau, se transformant en rade. L’érosion rapide des sommets, le cycle de gel/dégel désagrégeant les roches, certaines baies se remplirent peu à peu, des plaines apparurent comme les membranes entre les bras d’une pieuvre, conférant à Banks Peninsula sa géométrie particulière.

Pour atteindre Akaroa, la route suit les contours de l’excroissance : une droite pour longer un flanc, une longue courbe pour épouser le fond de la baie, un tronçon rectiligne parallèle à l’autre flanc, et virage en épingle à cheveux pour négocier le cap, et le cycle recommence maintes fois. A Little River, anciennement terminus de la ligne ferroviaire Christchurch Akaroa, démantelée dans les années 1960, la route grimpe, s’élève par dessus l’un des bras jusqu’à Hilltop, le col qui dévoile une vue magnifique sur la rade d’Akaroa, le long port en maori.

Akaroa, la ville française, où il fait si bon de se balader. Je dis ça après l’avoir connue presque déserte, peut-être qu’en pleine saison d’été, lorsque près de 7000 touristes débarquent quotidiennement, je l’aurai fuie promptement. Ses vieilles église, érigées dans les années 1850, ou encore ses demeures comme aux premiers jours de la colonie ne sont sans doute pas étrangères à son cachet particulier, renforcé par l’atmosphère française qui y règne : drapeau tricolore, bâtiments arborant ces couleurs dans leur ornementation, ou encore dénominations françaises des rues (Rue Lavaud, Rue Benoît), des services (Gendarmeries), des échoppes et des hôtels (Chez la Mer, Le Bon de Sir, A la maison). Le musée de la ville narre l’aventure de la cité, à renfort de divers artefacts, pour la plupart ayant appartenu aux premiers colons. Après avoir longtemps été un sérail de la chasse à la baleine et aux phoques, elle devint un des premiers lieux de villégiature de Christchurch. D’ailleurs, au cours de sa vie trépidante, elle fut électrifiée 9 ans avant sa grande voisine.

Ce soir, je prends de la hauteur, et trouve entre deux tas de gravier, le long de Summit Road, un petit coin pour ranger mon campervan. Si la vue latérale n’est pas grandiose, ma fenêtre arrière donne sur Akaroa Harbour et la ville en contrebas. De plus, comme il fait particulièrement doux, sans doute quelques degrés de plus que hier, je peux profiter de la vue en ouvrant la porte du balcon.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J8 – Premiers phoques à fourrures

19 05 2011

Waikari, Canterburry, 19 mai 2011, 20h00

Trajet : Blenheim – Waikari

D = 1352 km

Brrr, pas chaud, est la première pensée que j’ai eue ce matin en me levant. Il faut dire que se coucher torse nu avec un simple duvet d’été n’était peut-être pas la meilleure idée. Toujours est-il que si pendant ces journées ensoleillées, T-shirt et short sont de rigueur car les températures automnales sont plus que clémentes, dès que le soleil se couche, le changement est radical avec une chute d’une bonne dizaine de degrés. Il fait toujours frisquet quand je dois sortir de ma cabine pour préparer le repas. Cuisinière et plan de travail étant accessibles depuis l’arrière, l’ouverture du coffre laisse échapper la maigre chaleur encore présente à l’intérieur. Je me réjouis déjà de cuisiner et manger en tenue d’hiver lorsque je stationnerai du côté de Wanaka ou Queenstown. Pour la première fois depuis mon départ, je peux profiter de la douce chaleur du soleil levant qui irradie dans mon corps. Un véritable bonheur.

Petit déjeuner avalé, je regagne la SH1, seule route descendant sur Christchurch de ce côté-ci de l’île. La route est construite sur une étroite langue de terre, serrée entre l’océan et des collines, qui s’élèveront peu à peu en montagnes. Véritablement scénique, avec une vue exceptionnelle sur l’Océan Pacifique, ses longues lames qui viennent déferler sur les rochers des promontoires ou mourir sur les galets des baies.

Première halte, à la pointe nord d’Okiwi Bay. Mon œil a aperçu des formes sombres  allongées sur les rocher, qui s’avéreront effectivement être des phoques, une colonie de phoques à l’état naturel. La première chose que j’apprendrai est l’origine de l’expression « puer comme un (ou des) phoques ». Etant situé sous le vent de la colonie, l’odeur est très prenante, plutôt déplaisante et imprègne rapidement les lieux où ces mammifères se vautrent, comme en témoignent les larges taches brunes et rémanentes, à la texture bitumeuse. Bien que ce ne soit que le début de matinée, ces phoques sont déjà en train de se prélasser au soleil, tels des pachas.

Le deuxième arrêt à Ohau Point sera l’occasion de faire une petite balade, pour remonter Ohau Stream jusqu’à la chute d’eau. En hiver, les nombreux bébés phoques à fourrure remontent cette rivière pour aller patauger et s’amuser dans la goulotte. La progéniture étant à l’abri des prédateurs marins, les parents peuvent s’adonner à leur sport favori. Dès le début de la balade, les cris et les bruits d’éclaboussures se font entendre et deviennent plus forts à mesure que l’on s’approche de la chute, tout comme le nombre de bébés est plus important. Au détour d’un dernier virage, les voilà, s’amusant comme des petits fous dans leur piscine naturelle, gesticulant, sautant, se tortillant, … un véritable spectacle. Je comprendrai presque pourquoi ces mignonnes petites bêtes provoquent un scandale lorsqu’elles sont chassées pour leur fourrure, s’il n’y avait pas cette âcre odeur qui vous prenait à la gorge. Toute image d’une starlette posant avec un bébé phoque dans ses bras est définitivement un montage.

Lors du retour à la voiture, je discute avec des employés du DOC venus améliorer l’aménagement du chemin pour garantir la sécurité des touristes, et dire que je pensais qu’il était déjà plus qu’aux normes. J’apprendrai toutefois qu’Ohau Stream est une petite partie d’une propriété privée et que le jour où le propriétaire voudra faire payer un droit de visite, il pourra le faire sans que l’état ne puisse sourciller. Actuellement l’un des combats du DOC est de devenir propriétaire du petit vallon et ne pas rester manager du terrain comme c’est le cas actuellement.

Sur le chemin de Kaikoura, je m’arrête à Nins Bin pour observer les maisons des vendeurs de homards et langoustines, peintes de couleurs vives et décorées de crustacés. Alors que je traverse le large lit d’Hapuku River, le lieu me semble propice pour un petit décrassage. Je parque le van à la sortie du pont, puis descends jusqu’au lit, où seule une petite rivière s’écoule. La vue en amont est magnifique; au-delà des collines s’élèvent de magnifiques montagnes enneigées. A sentir la température de l’eau, cette dernière doit provenir tout droit de la neige auréolant les sommets. Un moment bien revigorant.

A Kaikoura, je m’arrête au bout de la péninsule. Comme j’avais prévu d’arriver aux environs de midi, alors que la marée est basse, je peux suivre l’itinéraire proposé par mon génial guide de balade. La promenade consiste à suivre le pourtour de la presque-île en passant par les plateaux rocheux, situés aux limites de marnages, puis à revenir par le sommet de la falaise. Une petite phrase dans le descriptif n’échappe pas à mon attention: elle met le promeneur en garde contre les phoques, cachés derrière les roches, qui n’aiment pas se faire marcher dessus lors de leur sieste.

Le premier tiers du chemin, sur la terre ferme, est tracé par les nombreux touristes. A nouveau, phoques et divers volatiles sont visibles, ainsi qu’un étrange oiseau à l’allure de pingouin, sans en être véritablement un. Le mystère subsistera, des pêcheurs n’ayant pas su me renseigner. Le paysage est magnifique. Il faut imaginer deux ou trois promontoires rocheux se détacher des falaises, occupés à leur base par un large pré continuellement en-dessus de la limite de vives eaux et une plage de galets blancs étincelants et se terminant par d’immenses plateaux rocheux présentant de fines ciselures.

Arrivé à la fin du chemin officiel, un panneau du DOC met en garde contre la marée sur la suite du chemin, ainsi que sur l’absence de repères officiels. Le littoral est plus accidenté que précédemment avec des gros rochers jonchant le sol, de petites grottes à la base des falaises, … Revenons à nos histoires de phoques. Alors que je zigzague pour éviter de déranger les phoques, je souffle un bon coup en passant entre ce que je crois être les deux derniers. Alors que je monte sur un rocher, quelle n’est pas ma surprise d’être accueilli par un belle bête de 300 kilogrammes, beuglant et gesticulant. Je bats rapidement en retraite, mon cœur battant la chamade, mon taux d’adrénaline en forte hausse et sans doute avec la plus belle peur de ma vie. Le phoque, quand à lui, s’est tranquillement recouché comme si de rien n’était.

A l’avenir, et surtout dans l’immédiat car je traverserai encore 2 colonies, je ferai davantage attention à ne pas marcher sur un phoque. La balade est enchanteresse, les ciselures des plateaux évoluent en fonction du type de rocher, parfois ligne droite, parfois incurvé, ou encore bombé, autant de formes que de petites baies. Sur le chemin du retour, la vue depuis le sommet de la falaise permet de jouir d’une autre perspective sur les différents milieux, et surtout m’amènera à traverser un grand troupeau de vaches pâturant paisiblement. Rien à dire, l’odeur est familière.

De retour à la voiture, alors que je songe à aller manger une langoustine grillée, j’aperçois chez l’un des vendeurs un écriteau « Sheep Shearing Show 10$ ». J’avais demandé dans le Waitomo à des paysans croisés sur la route s’ils savaient quand devait passer un tondeur de mouton, mais aucun de ces derniers n’étaient actuellement dans la région. Et il faut dire que je ne me vois pas quitter la Nouvelle Zélande sans avoir vu un seul mouton se faire tondre. L’occasion, bien que sentant un peu l’attrape-touriste, est à saisir.

Finalement, nous ne serons que deux personnes à assister à la tonte, une bernoise et moi. En règle générale, les propriétaires ne savent pas tondre eux-mêmes et font appel à des gens qualifiés. Toutefois le possesseur des moutons paissant sur une partie de la presqu’île de Kaikoura pratique la tonte. Il a flairé le  bon filon, qui consiste à tondre 2 moutons par jours, et à demander une contrepartie financière aux touristes en échange du show. Si ce prix est quand même un peu surfait, j’ai appris de nombreuses choses, depuis le type de race, jusqu’à la manière de tondre, la qualité des différents poils, la mise en ballots. Pour résumé, lors de chacune de ces deux tontes annuelles, un mouton Rodney, la race la plus présente en Nouvelle-Zélande, ramène environ 4 kilogrammes de laine vierge : 1kg de basse qualité se vendant à 1$, et 3 de bonne qualité se vendant à 4$/kg, alors que les poils de mérinos se négocient aux alentours de 15$/kg. Aujourd’hui la tonte du mouton lui a rapporté presque le triple par rapport au prix de la matière. Quand je vous parlais d’un bon deal, imaginez la plus-value en plein été.

Après ce bref intermède agricole, j’irai déguster une langouste, fifty/fifty avec la bernoise, chez Kaikoura Seafood BBQ. Simplement grillée, accompagnée d’une petite salade et de riz, un vrai délice. Pour la petite histoire maorie, car il y en a régulièrement une, Kai signifie nourriture et Koura la langouste ou le homard, d’où le passage gastronomique obligé. Quittant cette péninsule, je reprends ma route vers le Sud, direction Waikari, en longeant d’abord le bord de mer sur la SH1, puis en remontant la vallée où s’écoule le Stanton River jusqu’à la Highway 70 qui me mène à destination. En chemin, les paysages possèdent toujours leur petit charme particulier, sans toutefois le petit plus qui me pousse à m’arrêter. De même, au niveau culturel, je parcourrai près de 130 kilomètres sans entrapercevoir le moindre truc  intéressant.

Ce diaporama nécessite JavaScript.