J25 – Luxmore Hut

5 06 2011

Princhester Road, The Key, 5 juin 2011, 18h10

Trajet : Lake Gunn – Te Anau – Milford Sound – The Key

D=3844.8 km

Il n’a pas arrêté de pleuvoir de toute la nuit; c’est seulement ce matin, alors que je m’étire, que la pluie cesse. Quelques grosses gouttes tombent encore de la frondaison, teintant gaiement sur la carrosserie. Œufs brouillés et pain grillé dans la poêle pour le petit déjeuner, avant de faire une petite balade alors que l’aube commence tout juste à poindre. Les nuages sont toujours bas de plafond, quelques bancs de brouillard semblent flotter dans la plaine. Je voulais monter ce matin à Key Summit, une petite montagne de 900 mètres, avec une vue formidable sur Eglington et Hollyford Valley; toutefois je doute que la vue en vaille la peine. Je décide donc de me tenir au plan établi hier soir, celui de rejoindre Queenstown dans la journée, éloignée d’environ 250 kilomètres. Le chemin ne s’annonce que peu glorieux, aucune halte culturelle, aucun élément artificiel ou naturel indiqué sur les diverses cartes. Bref, une journée de conduite.

Peu à peu, la luminosité augmente, le paysage a quelque peu changé depuis mon dernier passage hier matin. L’humidité ambiante se développe en grosses nappes de brouillard, alors qu’Eglington river a vu son flot grossir. Je m’arrête pour prendre quelques photos, et c’est à ce moment que je m’aperçois du drame. Sur l’objectif de mon appareil photo, le filtre protecteur UV(C) est cassé, et quelques débris de verre sont venus marquer la lentille de l’objectif. Sans doute hier soir, lorsque le sac a glissé du siège, la protection plastique est venue appuyer sur le verre. Heureusement que l’appareil était soigneusement emballé dans son étui, je ne saurai dans quel état je l’aurais retrouvé ce matin. Quelques petits tests me permettent de m’assurer que tout semble fonctionner correctement : zoom, autofocus, diverses réglages, … et, « heureusement » les rayures sur la lentille sont situées en dehors du champs de prises de vue. Jusqu’à présent, je touche du bois. Ma seule crainte est que de l’humidité ait pu pénétrer dans l’objectif et le boîtier. L’avenir nous le dira, mais il serait dommage que je ne puisse plus illustrer mon propos.

Je m’arrêterai à nouveau à MacKay Creek pour observer Eglington River. Hier le torrent s’y écoulait tranquillement, l’eau transparente et joyeuse. Aujourd’hui, il est devenu vivace et impétueux, presque violent. Son niveau s’est élevé au bas mot d’un bon mètre, et sa couleur a viré au beige clair, l’eau teintée par les sédiments arrachés à son lit. Je comprends mieux la présence des épis destinés à casser l’écoulement que j’avais aperçus hier.

Alors que je m’approche de Te Anau, le ciel ne cesse de s’éclaircir et la vue sur le lac éponyme, avec les Murchison Mountains et Jackson Peaks saupoudrés de blanc est magnifique. Ah Fjordland, pays merveilleux à la météo si changeante d’un jour à l’autre, aux paysages extraordinaires, j’aurai bien de la peine une fois que je t’aurais quitté. Mais finalement, qui parle de t’abandonner si abruptement? Finalement autant profiter d’un dernier jour pour une petite ballade ensoleillée. Je ne retournerai pas au fond de la vallée, bien que le soleil y brille aussi pour gravir Key Summit, et me déciderai pour suivre un bout de l’itinéraire de la Kepler Track, des vannes de régulation du lac jusqu’à Luxmore Hut la première cabane, si le tracé est suivi dans le sens trigonométrique.

La voiture parquée, j’empaquète vite une bouteille d’eau, mon paquet de trail mix, mélanges de fruits secs et amandes, ma fourrure polaire, une veste de pluie, le tube de crème solaire et m’élance sur le chemin. Un panneau du DOC annonce : Luxmore Hut : 6 hours (15 km). Depuis le temps, je sais très bien qu’il est largement surestimé, malgré une dénivelée de 1000 mètres, mon livre de randonnée préféré donne 5-6 heures, y compris le retour.

Durant les 6 premiers kilomètres, la progression, à travers une forêt de beechs rouges, suit les contours du lac, passant par Doc Bay. Les jeux d’ombres et de lumières à travers l’orée de la forêt ne cessent de modifier les couleurs, tantôt sombres, tantôt étincelantes. Comme lors de ces précédents jours, je trouve que les oiseaux sont bien plus actifs ici dans Fjordland que sur Stewart Islands, leurs chants résonnent plus régulièrement, même en pleine journée. Un véritable plaisir que de se balader. Le sentier est très bien entretenu, seules de petites racines manquent de tendre quelques croche-pieds à un randonneur un peu maladroit. A Brod Bay, je quitte les rives enchanteresses pour gagner l’intérieur du pays.

Le sentier grimpe gentiment le long du côté, avant de zigzaguer à flanc de montagne lorsque la pente devient plus raide. La vue sur le lac en contrebas est occultée par les longs troncs fins recouverts de mousse. Comme aucun arbuste ne pousse, l’impression de vastitude est impressionnante, renforcée d’autant plus quand le bleu du lac devient visible entre les arbres. Alors que le soleil réchauffe le sol, l’humidité se dégage sous forme de vapeur, nimbant peu à peu l’atmosphère. A mesure que je monte, le brouillard se forme. Arrivé à mi-chemin, le sentier passe aux pieds de falaises de molasse. Ces dernières resplendissent dans leurs robes beiges et grises, rehaussées de jaune par des lichens poussant à flancs de paroi. J’aperçois alors les premiers aménagements du DOC : ponts, rambardes, escaliers permettent de passer ces murs, j’ai presque l’impression de progresser dans les gorges du Durnand.

Sitôt arrivé sur le plateau supérieur, la végétation a changé, les fougères sont devenues plus rabougries, les mousses poussent plus abondamment sur les troncs, le diamètre de ces derniers a quelque peu diminué, des lichens commencent à orner des cailloux. Toutefois, ces modifications ne sont rien comparées à celle que je découvrirai. Brutalement, au détour d’un virage, je quitte l’étage subalpin, les beechs rouges sont remplacés par ceux de montagne. Les lichens ont remplacé en grande partie les mousses sur le sol. Formant aussi des branches de centenaires sur les arbres, ces derniers apparaissent blanchis, comme si la neige venait de tomber.

Après avoir gagné verticalement une centaine de mètres supplémentaires, je débouche sur une steppe alpine, à l’herbe jaunie, aux petits buissons rabougris. A nouveau, la transition est rapide. Si dans nos contrées helvétiques, la forêt alpine laisse peu à peu place aux praires alpines, avec des orées mal délimitées – il y a toujours quelques arbres qui pousseront plus loin que d’autre –, en Nouvelle-Zélande, les changement de végétation sont brusques, l’orée est nette, aucun beech ou conifère n’étant ses racines plus loin. La vue est par contre magnifique. Quelques bancs de brouillard ne me permettent pas d’en jouir pleinement, mais la vue sur le lac et ses divers bras, les montagnes au-delà, est splendide. Au loin, Luxmore Point (1472m) et sa crête rocailleuse domine l’étendue de la steppe dans laquelle serpente le chemin.

Après cette rude grimpée, je suis le chemin, plus ou moins plat jusqu’à la cabane. Cette dernière, qui se voit actuellement augmentée d’une aile est bâtie au creux d’un vallon abrité par le vent, dominant South Fjord, l’un des bras de Lake Te Anau, profitant du soleil, de son levant jusqu’à son couchant. J’y rencontre une équipe de randonneurs, profite de discuter avec et l’un me conseille de pousser jusqu’à Luxmore Point, le sommet de la montagne à une bonne heure de la cabane. Ils y sont passés hier: sous la pluie la vue n’était pas géniale, par contre aujourd’hui elle risque bien d’être digne d’un roi. Finalement, comme il n’est qu’à peine passé midi, et que je n’ai mis que deux heures et trois quarts pour y arriver, je poursuis ma route. Au passage j’observe une pierre suspendue par une simple ficelle sous le balcon, avec l’inscription Luxmoore Weather Stone, la pierre météorologique de Luxmore. Une brève notice explique son utilisation:

Cette pierre a le pouvoir de prédire le temps courant et à venir :

Si la pierre est sèche, le temps est excellent

– mais il peut pleuvoir plus tard

Si la pierre est humide, il pleut

– mais le temps peut s’éclaircir et devenir excellent

Si la pierre porte une ombre, le temps est ensoleillé

Si la pierre est blanche, il neige

Si la pierre se balance, il vente

– mais il peut arrêter de souffler plus tard

Si cela n’as pas grand sens, alors il faut parler avec le ranger qui va organiser un temps chaud, avec beaucoup de soleil, et un magnifique arc-en-ciel s’étend du réservoir à eau jusqu’au bout de la cabane.

Au fur et à mesure que je m’approche, j’admire cette pointe, émergence rocheuse dans la steppe, ornée sur son flanc gauche par une arrête rocailleuse; une corniche, telle une cape, repose sur son épaule droite. Pour y accéder, le chemin fait le tour de la montagne, dévoile un énorme pierrier sur sa face nord, et finalement le chemin qui jusqu’à présent était bien entretenu se transforme en une petite piste à travers les cailloux pour les 10 dernières minutes de marche qui me mènent à la pointe. Au sommet, je m’installe tranquillement sur les rochers chauffés par l’ardent soleil, un vrai bonheur. Un petit moment de repos bien mérité après 1300 mètres d’ascension. La vue sur Fjordland est grandiose : les montagnes aux flancs abruptes élèvent leurs cimes les unes plus hautes que les autres, des crêtes découpées aux rasoirs, des sommets enneigés dans le lointain, … et tout cela se découpant sur un arrière plan céruléen. Fjordland pays extraordinaire, sous les nuages, sous la pluie ou au soleil, tu es sans exception ma contrée kiwie préférée.

Je me décide à prendre quelques photos et découvre avec effroi que de l’eau s’est condensée dans l’objectif. Himmel, Arsch und Zwirr, j’espère bien pouvoir solutionner le problème avec le deuxième paquet de billes de silicagel – une composé chimique qui absorbe l’humidité – que je conserve précieusement dans une pochette étanche. Ne pleurons pas, ce qui est fait est fait, il ne me reste qu’à profiter du paysage et utiliser mon téléphone portable pour prendre quelques souvenirs de moindre qualité.

Le retour jusqu’en plaine est bien plus aisé. Du sommet, je redescends sur l’arrête enneigée, en routschant sur le long névé, je parcours en quelques minutes la demi-heure d’ascension, un vrai régal. A travers les steppes, je profiterai de regarder encore et encore le magnifique paysage qui ne me lasse pas. Alors que j’approche de la forêt, le soleil est suffisamment bas pour que les monts Murchison arrêtent les rayons solaires. Dans l’ombre je redescendrai et rattraperai Willy, un jeune californien, achevant la Kepler Track. Nous poursuivrons le chemin ensemble, discuterons du temps, de ce pays, de nos pays respectifs, et j’apprendrai qu’il prévoit de venir étudier à Changins l’œnologie, sa bourse étant acceptée aux USA. Sympathique rencontre; nous nous quittons sur le parking, chacun poursuivant sa route de son côté.

Alors que je prévoyais une bonne douche chaude dans les sanitaires surveillés, mon petit détour par Luxmore Point fait que j’arrive après la fermeture. Je me décrasserai de ces 36 kilomètres en plongeant une bonne tête dans lac, un petit détour à l’épicerie pour récupérer du pain et du beurre pour le petit déjeuner, quelques souvenirs et me voilà parti en direction de Queenstown. Je m’arrête peu après The Key, un hameau comptant une école et 4 maisons, le long d’une petite route de gravier, au milieu des pâturages, où quelques vaches ne cessent de meugler.

Je pense que si je vous parle de conserves Cambell’s, vous les associez comme moi à l’œuvre picturale d’Andy Warhol. Après être passé de nombreuses fois devant la devanture en arborant des centaines dans les supermarchés, et avoir vu des chariots remplis de telles boîtes, je me suis dit qu’il fallait quand même que je teste. Après un intense moment de réflexion, je me suis décidé pour le Hearty Irish Stew. Je vous passerai de la critique culinaire détaillée, sachez seulement que je plains fortement certaines familles qui doivent en manger régulièrement. Pour ma part, après y avoir gouté, j’ai rajouté à la mixture de l’eau, des carottes, des kumaras frais, un oignon émincé. Ce ne sera sans doute pas mon meilleur repas. Je préfère encore passer 40 minutes au froid à cuisiner un bon petit plat, jonglant avec mon unique feu qu’en racheter une deuxième.

Ce matin j’ai aussi fait la connaissance de Fly, Sand Fly. Ces sales bestioles, enfin surtout les femelles, ont la fâcheuse habitude de vous harceler dans le seul et unique but de se nourrir de votre sang afin d’assurer une progéniture abondante. Si vis pacem, para bellum, je n’hésite pas à écraser celles qui osent poser leurs pattes sur mes jambes. Il existe aussi trois autres solutions pour s’en débarrasser à plus long terme : simplement marcher, car leur vol est plutôt lent et erratique, grimper à plus de 900 mètres – cela fonctionne admirablement bien – ou encore s’asperger d’un produit à base de citronelle. La solution Okarito sandfly reppllent que m’avait donnée Jonathan semble singulièrement efficace. Leur origine, scientifiquement parlant, je vous renverrai à Darwin et ses théories actualisées. Pour ma part, je préfère de loin la légende maorie. Alors que Hinenuitepo, la déesse des profondeurs, profitait de la beauté ciselée par Tuterakiwhanoa, le sculpteur de Fjordland, elle prit peur que les humains ne viennent s’installer définitivement dans ce paradis. Elle créa donc les sandflies pour leur rappeler leur mortalité et de ne pas séjourner trop longtemps dans le coin.

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J24 – Milford Sound

4 06 2011

O Tapara, Lake Gunn, Fjordland, 4 juin 2011, 18h10

Trajet : Te Anau – Milford Sound – Lake Gunn

D=3725.5 km

Ce matin, un sacré tintamarre me réveille: celui de la pluie qui carillonne sur Hibiscus. Cela me rappelle quelques semaines en arrière à Whanganui. Il est vrai que depuis 2 jours que je suis au Fjordland, je n’avais pas encore vu la moindre goutte de pluie, bien que les précipitations soient officiellement plus qu’abondantes. D’ailleurs, hier, presque aucune chute d’eau ne cascadait sur les montagnes du Doubtful Sound. A l’heure du petit déjeuner la pluie s’est calmée et le début d’une éclaircie me fait espérer que le ciel se découvre dans l’après-midi, comme lors de mon arrivée à Te Anau. Décrassage oblige, plutôt qu’une douche froide, opération qui devient de plus en plus désagréable, je pique une tête dans l’eau du lac tout proche. Je ne saurai dire laquelle des deux méthodes est celle où j’en ressors le moins frigorifié.

Si hier, la visite du grand et magnifique Doubtful m’avait enjouée, je monte aujourd’hui dans le nord pour observer son frère, Milford Sound. Plus jeune, son caractère est aussi plus rude, les montagnes plongent plus abruptement dans la mer. Pour y aller, deux voies sont possibles. Si le temps ne vous fait pas défaut vous pouvez emprunter le Milford Track. Cette charmante randonnée vous mène en 4-5 jours par monts et par vaux à travers des forêts de hêtres, jusqu’à Sandfly Point, au bord du fjord. Pour ma part, je choisirai d’emprunter Milford Highway, une route déroulant son ruban d’asphalte dans Fjordland, à travers trois vallées, un col, un tunnel jusqu’aux embarcadères des compagnies de navigation qui vous feront alors découvrir le fjord. Selon le Lonely Planet, il s’agirait aussi de la manière la plus simple d’appréhender la vastitude et la beauté de la région. Dans tous les cas, je n’ai que rarement vu une route aussi scénique que ce tronçon d’une centaine de kilomètres.

A partir de Te Anau, je suis l’ancienne moraine latérale d’un glacier, marquant la séparation entre les rives sauvages du lac à l’est et les étendues pastorales à l’ouest. Peu avant d’arriver à Te Anau Downs, premier arrêt pour se balader autour de Lake Mistletoe, un ancien lac glaciaire. Rien d’extraordinaire, mais cela fait toujours du bien de se dégourdir les pattes. Quelques kilomètres après avoir passé le hameau, une forêt se dresse sur le chemin, dans laquelle plonge la route, dont l’orée marque le début de Fjordland National Park. Changement brutal de paysage: les pâturages sont soudain transformés en une dense futaie où hêtres et mousses prédominent.

La route est tracée dans Eglington Valley. La rivière éponyme serpente au fond du val, dont la plaine est tapissée d’une steppe jaunie, alors que les forêts recouvrent coteaux et flancs de vallée. Plus haut, le royaume des prairies sèches est vite remplacé par les grises rocailles, puis les premières traces de neige. Impossible d’apercevoir les sommets qui se perdent dans la neige. Le camping du DOC, près du ruisseau MacKay Creek est un charmant emplacement pour observer les quatre teintes verticalement dominantes aujourd’hui : jaune, vert, gris et blanc.

Avant d’attaquer la première montée jusqu’à The Divide, le col de la Milford Highway, un dernier arrêt à l’extrémité sud de Lake Gunn. Aussi connu sous le nom d’O Tapara, il s’agissait d’un ancien campement utilisé par les maoris lorsqu’ils allaient chercher à Anita Bay la pounamu (greenstone ou jade néozélandais). Une petite balade du DOC permet de parfaire sa connaissance sur les hêtres. Au nombre de trois espèces, rouge, argentée et de montagne, les beechs sont en fait des faux-beechs. Id est, ils n’appartiennent pas à la même famille que les beechs de l’hémisphère nord, mais sont rattachés à celle dont les individus poussent en Australie ou en Afrique du Sud. L’éclaircie qui m’avait accompagné jusqu’ici s’est dissipée, et il a recommencé à pleuvoir. D’un certain côté, je ne vais pas me plaindre: plus la pluie est abondante, plus les eaux de ruissellement alimenteront les chutes d’eau.

Une fois passé The Divide, lieu d’arrivée des célèbres randonnées Greenstone, Capler ou Routeburn Track, le  paysage change complètement, la vallée se resserre, la route se fait plus étroite, les forêts sont remplacées par des prairies alpines, les flancs plus abrupts, de véritables falaises, sur lesquelles dévalent d’innombrables et interminables cascades. Magnifique. A Pops View, je m’engage sur une petite route gravillonnée conduisant dans Hollyford Valley. En effet, un peu plus loin à Gunns Camp, là où logèrent les ouvriers ayant creusé le tunnel dans lequel passe Milford Highway, se trouve un petit musée qui regroupe souvenirs et réminiscences des anciens mineurs. Excentrique, fabuleux, et complètement fou, je crois ne pas avoir d’autres termes pour en qualifier le contenu : outils de travail, anciens moteurs d’avion et pâles d’hélicoptères, mécanismes appartenant à d’anciennes automobiles, pierres issues du percement du tunnel… de nombreux objets qui commémorent le travail de ces pionniers. Pour la petite histoire, les 15 kilomètres de route existant dans cette vallée sont les prémices d’une route devant relier Southland à Westland, à savoir Queenstown à Te Anau par Hollyford Valley. Au bout de la chaussée, un petit chemin mène jusqu’à un fantastique point d’observation sur les Humboldt Falls, ainsi qu’au début de la randonnée Hollyford Track, suivant la vallée jusqu’à la mer de Tasmanie.

De retour sur Milford Highway, afin de ne pas manquer mon embarquement, je dois malheureusement diminuer le nombre d’arrêts. Comme l’objectif de l’appareil photographique est embué à cause du changement de température entre l’intérieur de la voiture et l’extérieur, cela ne me pose pas de problème. Je roulerai toujours à mon rythme, en profitant simplement du paysage, toujours plus dantesque, tout comme les conditions météorologiques. La route côte de plus en plus, je serai même obligé de mettre la transmission automatique sur le deuxième mode, pour ne pas me traîner lamentablement. Soudain, au détour d’un virage, je vois une immense paroi grise, taillée par les glaciers, sur laquelle ruissellent de nombreux torrents blancs, aux abondants embranchements laiteux. La route s’engouffre dans un trou en demi-cercle à l’intérieur de la montagne.

Voici donc le célèbre Homer Tunnel, situé à 101 km de Te Anau. De chaque côté, divers panneaux rendent attentif à l’étroitesse du tunnel, la présence de baies d’évitement, ainsi qu’à la pente non négligeable. Le tunnel présente des parois brutes de décoffrage, grises d’origine, assombries par les gaz d’échappement. D’ailleurs, la présence des bandes blanches n’est discernable que pas transparence sous l’anthracite des particules fines. Régulièrement, une petite loupiote clignotante marque la présence d’un téléphone en cas d’urgence. Et tout au long de la descente, je regarderai ruisseler l’eau sur la chaussée du tunnel: il ne s’agissait pas d’un petit ruisseau, mais plutôt d’un embryon de torrent. De l’autre côté, la sortie ouest surgit dans le fjord, dont la vallée se termine en arc-de-cercle, digne de celui de Dérborence ; si le rayon est plus petit, le nombre de cascades y est bien plus important. Face à moi, là où je devrais apercevoir les eaux du Milford Sound, une épaisse couche nuageuse ainsi que d’abondantes précipitations couvrent la vue.

Après une rapide descente sur une route aux virages en épingle à cheveux, suivie de quelques kilomètres en pente douce à travers une forêt – je vous laisse deviner les espèces dominantes –, j’arrive au niveau de la mer et aperçois enfin Milford Sound. Pile à l’heure pour l’embarquement, j’enfile mon pantalon imperméable,  et ajoute à mes vêtements chauds empaquetés dans mon sac une serviette pour régulièrement sécher l’objectif de l’appareil photographique. A peine appareillé, les conditions de navigation s’avèrent presque dantesques; le vent ne cesse de s’engouffrer dans le fjord, accéléré par le resserrement des parois, il soulève des gerbes d’écume, moutonnant les crêtes des vagues, propulsant les gouttes d’eau. Les conditions ne seront pas de tout repos pour fixer quelques instantanés. Toutefois, elles me feront découvrir un autre aspect de Fjordland, que j’apprécie presque plus que le caractère tranquille de hier.

Si hier Doubtful apparaissait immense, imposant, avec ses formes arrondies, aujourd’hui Milford Sound présente un dramatique paysage avec des falaises abruptes qui émergent des profondeurs; tout s’élance du bas vers le haut, ou du ciel vers la mer. Cette impression est d’autant plus renforcée par l’écoulement vertical des innombrables cascades. Grandiose. Le plafond nuageux bas, je ne verrai pas le fantastique Mitre Peak élever sa silhouette à 1682 mètre, ce qui en fait l’une des montagnes les plus hautes surgissant de la mer. Le vent déchaîné emporte au loin les commentaires de l’animateur, et je ne saurai pas quelle merveille j’observe : est-ce Copper ou plutôt St-Anne Point, Fairy ou Bridal Veil Falls, … mais qu’importe! par cette magnifique météo exécrable, tout apparaît complètement surréaliste, avec des teintes irréelles : l’eau du fjord virera du brun au noir, en passant par un turquoise caraïbe, la végétation s’ornera de toute la gamme des verts, du plus sombre au plus électrique, les rochers seront tantôt anthracites, tantôt nimbés de gris; seules les chutes d’eau resteront drapées de leur blanc immaculé.

Pour répondre à la question que l’on ne manquera pas de me poser, Doubtful ou Milford, comme de nombreux kiwis, je pourrai répondre les deux. Du premier j’ai adoré la solitude, le recul par rapport au monde, l’aventure et la distance pour y parvenir, l’intimisme de la promenade, du second j’ai préféré la météo, les parois à pics, la brutalité du paysage, la vie émanant des nombreuses cascades. Dans l’idéal, ma préférence serait pour un Doubtful dans les mêmes conditions que le Milford. Dantesque mais individualisé.

Finalement, aujourd’hui, je comprends d’où proviennent les 7 à 8 mètres de précipitations annuelles que recueillent Fjordland. A  l’exception de ce matin, il ne cessera de pleuvoir des cordes, que dis-je des hallebardes. J’ai rarement vu pleuvoir ainsi, même à Whanganui lors de la cure, le déluge était moindre. Il doit être magnifique de visiter le Milford Sound par beau temps, l’impression de verticalité doit être encore plus impressionnante, et si aujourd’hui le paysage ne manquait pas de charme, en apercevant les cimes enneigées il n’en serait que plus féérique. Le principal désavantage du Milford est sa composante touristique de masse. J’avais choisis Cruize Milford, une compagnie opérant sur des « petits bateaux »,  remplis au tiers. Plus de 50 personnes ont embarqués. Tout manquait de personnalité, les commentaires comme enregistrés, les membres d’équipage quasi inexistants, aucune discussion, aucune interaction sociale, bien loin du caractère intimiste des croisières du Doubtful.

Sur le chemin du retour, je m’arrête au bout d’une dizaine de kilomètre pour observer the Chasm, un impressionnant bloc de rocher où s’écoulent les eaux, aujourd’hui, furieuses, de Cleddau River. Au cours des millénaires passés, le torrent a érodé la roche, présentant de tendres parties arrondies dans une gaine de roche dure, en une magnifique sculpture. A mon retour près d’Hibiscus m’attend un kéa, une espèce de perroquet inquisiteur, et surtout sans peur qui s’approche facilement des touristes, espérant recevoir quelque nourriture en échange. Il est bien sur impératif de ne pas les nourrir, car leur alimentation n’a rien de commun avec ce que nos voitures ou campervan recèlent.

J’admire une dernière fois le cirque rocailleux et aqueux, avant de m’engouffrer dans le tunnel. A sa sortie, un dernier arrêt pour contempler l’autre extrémité de la vallée, tout aussi magnifique. Je ne résisterai pas à la tentation d’aller me désaltérer directement à une cascade: l’expérience sera très humide, mais très rafraichissante. Une idée, ayant germé dans mon esprit, je la mets rapidement à exécution. Le temps de vider mes réserves d’eau pour les remplir d’un liquide frais s’écoulant copieusement sur les rochers. Ce soir, mes pâtes seront cuites à l’eau de Fjordland. Bon d’accord, je l’admets, je n’ai senti aucune différence gustative.

J’ai presque oublié de vous narrer ma mésaventure survenue sur la route de montagne descendant depuis le tunnel vers Pops View. Au détour d’un virage sans visibilité, j’ai eu la surprise de me retrouver nez à nez, sur la même voie, avec un kiwi conduisant son gros utilitaire sur la voie de droite, autrement dit la même. Réflexe oblige, un bon freinage d’urgence immobilise nos deux véhicules, les pare-chocs distant d’une trentaine de centimètre. Plus de peur que de mal, mais l’intérieur ressemble à un véritable champs de bataille et tout a valdingué : les coussins ont glissé vers l’avant, les habits suspendus pour sécher se sont retrouvés contre le pare-brise, mon sac à glissé du siège, … un petit nettoyage s’est imposé. En face, le kiwi ne cessera de se confondre en excuse pour se malencontreux incident. Les carrosseries sont intacts, il n’y a pas de quoi faire un drame, les humains sains et saufs, il n’y a pas de quoi en faire un plat et je repars doucement, ralentissant encore plus que d’habitude à chaque virage.

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Sinon, pour que certaines personnes ne se fassent pas de souci, mon doigt n’étant pas devenu noir, et la cicatrisation se passant plutôt bien, je suppose que tout risque de gangrène, et donc d’amputation et cautérisation au fer rouge, est définitivement écarté.





J23 – Doubtful Sound

3 06 2011

Fjordland Cinema, Te Anau, 18h00

Trajet : Te Anau – Doubtful Sound – Te Anau        

Distance : environ 3519.1 km

Modifié à The Keys, Queenstown

Déçu par ma première ébauche, je l’ai remaniée pour faire honneur à ce magnifique fjord…

Lever vers 6h15, je suis transis par le froid, l’humidité perçant la triple couche que je porte ce matin à mon réveil. Un véritable chocolat chaud est le bienvenu, regarder fondre les carrés de chocolat noir dans le lait immaculé, alors que mes mains se réchauffent au contact de la casserole. Alors que l’aube pointe, je prépare quelques sandwichs pour l’en-cas de midi. J’ai trouvé hier, au petit supermarché du coin, du pain avec une véritable croûte croustillante. Deux tranches beurrées, enduites de moutarde, garnies de corned-beef ou de fromage feront d’excellents sandwichs. Pour rassurer un certain Mathieu, la moutarde est de la véritable dijonnaise, un pot de Maille découvert dans un autre petit marché.

Un peu avant 8h00, je rejoins l’iSite, où un bus viendra me chercher pour m’amener jusqu’au port de Matapouri, où j’embarquerai à destination de Doubtful Sound. Du parking du DOC, je longe la plage de galets, typique d’un lac de barrage au niveau fluctuant. Les couleurs sont sombres, les nuages recouvrent le paysage à mi-montagne, au-dessus de Lake Te Anau, et sûrement sur tout le Fjordland. Devant l’office du tourisme, je sympathise avec Alex, un germain d’une vingtaine d’année, qui découvre la Nouvelle-Zélande depuis le mois de janvier.

Pour résumer la situation: je suis arrivé  hier dans le Fjordland, sans doute la région la plus sauvage de la Nouvelle-Zélande. Occupant la frange sud-ouest de l’île, elle est presque restée à l’état originel. Seuls les divers animaux tels que rats, fouines, opossums… font des ravages dans la faune locale, comme partout ailleurs en Nouvelle-Zélande. Topographiquement, la région n’est pas très accueillante pour les humains : essentiellement des fjords, difficiles d’accès tant par voie maritime que terrestre. Le climat est tout aussi rude : les vents d’Est, ces fameux Quarantièmes Hurlants soufflent régulièrement à plus de 50 nœuds dans les passes, apportant nombre de nuages qui viennent se bloquer contre les parois élevées des fjords ; 200 jours de pluie précipitent de 7 à 9 mètres d’eau annuellement selon les vallées. Fjordland National Park englobe la majorité de la région, et forme, avec Mount Aspiring, Aoraki/Mt Cook et Westland Tai POutini National Park, le Te Wahipounamu Southewest NZ World Heritage Area, reconnu par l’UNESCO comme un patrimoine mondiale qu’il est nécessaire de protéger.

Si quelques marches parcourent les forêts où poussent principalement les trois espèces beechs, rouge, argentée et de montagne, mêlées à quelques conifères endémiques et à de très nombreuses fougères, avec plus de 80 espèces répertoriées, elles se restreignent pour les plus connues, comme la Milford ou Kepler Track à la partie est de la région, parcourant les monts intérieurs.  Aucun fjord n’est accessible facilement, excepté Milford Sound, au nord, relié au reste du monde soit par un chemin, Milford Track, soit par la route. Il est d’ailleurs devenu le fleuron commercial, avec plus d’un million de touristes y déferlant chaque année. Ou plus au sud, le Doubtful Sound, trois fois plus long, dix fois plus grand, plus majestueux au dire du nombre – bien plus réduit – de personnes qui l’ont visité. Pour y accéder, il faut d’abord traverser Lake Manapouri, puis transiter en bus 22 kilomètres sur une route de gravier, avant d’arriver enfin à Deep Cove, le bras s’avançant le plus profondément dans les terres. Les excursions durent au minimum une journée, et les tours opérateurs n’hésitent pas à monnayer plus cher cette excursion, tout en réduisant la taille des bateaux pour en préserver l’intimité. L’hiver amenant les touristes à éviter cette région humide, froide, inhospitalière, les offres spéciales se multiplient, les prix baissent. Rod et Mark, m’ayant affirmé qu’il fallait visiter les deux, j’ai fini par planifier une double excursion, aujourd’hui au Doubtful, et demain au Milford Sound.

Arrivé à Matapouri, j’embarque avec une quinzaine d’autres passager à bord d’un petit bateau à moteur à destination de West Arm, de l’autre côté du lac. Le temps d’une traversée, une petite heure, le skipper et son copilote nous racontent l’histoire de la région, du lac, de la croisade populaire pour préserver la région – la même que je vous ai contée hier –. Ils me montrent le célèbre Mont Venteux, géographiquement connu sous le nom de The Monument, qui a servi de décor dans Lord of The Ring lorsque le chef de fils des Nazguls poignarde Frodon. West Arm, 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, entouré par des parois abruptes s’élevant à plus de 1400 mètres, et pourtant dans les brumes surgissent pylônes et lignes à haute tension, s’élançant au-dessus du promontoire. Le bateau glisse devant une gigantesque prise d’eau, encastrée dans la roche, des grilles protégeant les bouches géantes engouffrant des litres et des litres d’eau à chaque minute.

Fjordland ne contient pas seulement la nature la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, mais aussi l’ouvrage humain le plus imposant construit en Nouvelle-Zélande, une centrale hydroélectrique construite à 200 mètres sous terre. En 1904, l’idée d’utiliser le potentiel de la chute d’eau de 178 mètres entre le Lake Manapouri et Doubtful Sound est émise pour la première. Toutefois, l’ouvrage semble au-delà du réalisable, en partie pour les technologies de l’époque, mais surtout par rapport au climat et à l’accès difficile. Dans les années 1950, une société australienne, décidée à construire une usine d’aluminium, approche le gouvernement néo-zélandais afin d’utiliser le potentiel existant. Devant les soucis financiers de mener à bien les deux projets – la construction de l’usine à Tiwai et de la centrale à Matapouri -, l’état prend en charge celle de la centrale et décide unilatéralement une élévation du niveau de l’eau de 30 mètres pour le lac, qui avait été classé Parc National en 1952. L’histoire est ce qu’elle est devenue : une forte contestation populaire conduisant d’une part à la sauvegarde de la faune et flore locale si particulière, et d’autre part à la naissance de la conscience environnementale du pays, qui conduira plus tard au bannissement du nucléaire.

L’ouvrage débute en 1964 : travail de titan. Afin d’y amener hommes, outils puis plus tard éléments mécaniques et électriques pour la centrale, la solution, jugée à l’époque comme la plus avantageuse et la plus raisonnable, consiste a construire une route de Deep Cove à West Arm, en passant par Wilmost Pass, un col situé à 671 mètres au-dessus de la mer, plutôt que d’amener le matériel par voie maritime sur le Lake Matapouri. Au final, cette route tracée à travers les roches les plus durs du pays : granit, gneiss, quartzite, … sera la plus chère de Nouvelle-Zélande, avec un prix de revient de 80$ au mètre carré, pour une route de gravier. Un véritable gouffre financier en sachant qu’elle mesure 22 kilomètres de long, et 4 mètres minimum de large sur tout son tracé.

Malgré les conditions difficiles, la construction avance : forage et dynamitage sont les deux uniques méthodes connues à l’époque pour percer les sept mètres de tube d’amenée d’eau, haut de 200 mètres, creuser une galerie longue de 2 kilomètres pour descendre le matériel au cœur de la montagne, y excaver une salle longue de 110 mètres, large de 18, haute de 39 dans laquelle prennent place les 7 turbines, ainsi qu’une galerie de fuite longue de 10 kilomètres. 8 ans plus tard, l’ouvrage est achevé. La centrale hydroélectrique produit toutefois 575 MW sur les 700MW prévus, car les frictions hydrodynamiques dans la galerie de fuite sont plus importantes que prévues. Il faudra attendre les années 2000, avec la construction d’une deuxième galerie à l’aide d’un tunnelier, pour que la centrale atteigne son plein rendement. Par ailleurs, le design de la nouvelle turbine Francis, testée au Laboratoire des Machines Hydrauliques à l’EPFL, permettra de porter la puissance à 950 MW.

La visite se réduit à descendre dans le tunnel, d’un diamètre de 9 mètres, nécessaire pour descendre les plus gros éléments, et à accéder à la plateforme dominant la salle des machines. Seul le tiers supérieur est visible, mais l’endroit impressionne par sa taille gigantesque, ainsi que par l’alignement des sept excitateurs, magnifiques emboîtements de cylindres bleus. Je suis aussi enjoué par les splendides veines de quartz marbrant l’anthracite pegmatite. Fin de l’aparté historico-scientifique, laissons la place à la nature.

Après avoir rejoins le bus, le chauffeur nous conduit jusqu’à Deep Cove. Sur le chemin jusqu’à Wilmost Pass, première vue sur la nature sauvage bordant le Doubful Sound. A travers les déchirures du brouillard, montagnes abruptes, arbres à la silhouette menaçante étirant leurs branches recouvertes de lichens, mousses et fougères tapissant les sous-bois, … Arrivés au col, le temps d’un arrêt, notre vue embrase Doubtful Sound. Il paraît déjà impressionnant, et pourtant seuls les 13 derniers kilomètres du bras de mer le plus engoncé dans les terres est visible, le reste est jalousement caché par les flancs de la vallée. Reparti, le bus aborde le tracé le plus ardu, avec deux kilomètres affichant 20% de pentes. Le traditionnel panneau indiquant une forte déclivité est placé au début de la descente, humoristiquement tagué par un « buses free wheel », aisément traduisible par  « bus, roue libre ».

A Deep Cove, tous les passagers sont transbordés sur un bateau à moteur, qui appareille immédiatement. L’alarme stridente qui caractérise un moteur en surchauffe chez Volvo-Penta retentit. La chance nous sourit par deux fois, la première par la présence d’un mécanicien au port, la deuxième par la découverte d’une pièce de rechange à bord. Le temps de remplacer la pompe de refroidissement et nous voilà parti à la découverte du fjord. Malgré le fait qu’il soit cartographié sous le nom de Sound, Doubtful est un fjord. Ce terme fait référence à une ancienne vallée glaciaire recouverte par la mer suite à l’élévation du niveau 0, contrairement au sound dont la vallée s’est enfoncé dans la mer sous son propre poids, comme à Akaroa.

Comme à Aoraki/Mt Cook, paysages et impressions sont difficilement traduisibles en terme de vocabulaire, sans très vite tomber à court de mots. Je préfère présenter les éléments caractéristiques du décor, et laisser à votre imagination faire le reste du travail. La topographie se résume à une immense vallée principale, sinueuse, d’où partent de nombreux  vallons, les différents bras envahis par la mer : First Arm, Deep Cove, Bradshaw Sound, … Des crêtes et des pics, les pentes descendent jusqu’à la mer; ces dernières, principalement abruptes, présentent quelques arrondis ou encore de véritables à-pics. Quelques îles parsèment le fjord, reste de collines épargnées par la glace ou moraines centrales de glacier.

La géométrie toujours changeante des vallées est recouverte à partir de la mer d’une dense végétation. La forêt est composée essentiellement des trois espèces de hêtres, rouges, argentés et de montagne, cohabitant avec des conifères endémiques. En automne, aucune couleur éclatante n’habille les fjords; les hêtres possèdent un feuillage persistant. Doubtful Sound et ses compagnons paradent de vert vêtu toute l’année. Les sous-bois sont envahis par divers arbustes, de nombreuses fougères, dont plus de huitante espèces différentes sont répertoriées, qui poussent sur un sol moussu. Peu à peu, les forêts sont remplacées par les prairies alpines, à la couleur jaune, virant sur l’ocre orangé, des red tussocks, avant que ces dernières ne cèdent le pas au seul rocher nu, parfois recouvert d’une couche de neige.

Finalement, l’élément aqueux domine le tout. Rivières impétueuses, majestueuses chutes d’eau ou encore simples filets de liquide ruisselant sur une paroi, l’eau cascade de tout part. Elle vient napper la surface de la mer salée d’une couche d’eau douce, colorée d’un brun transparent par les tanins de l’humus. D’une épaisseur de 3 mètres, elle peut atteindre 15 mètres suite à des précipitations abondantes. A mesure que l’on s’approche du large, les eaux se mélangent, la sombre couleur qu’elle arbore à Deep Cove vire vers le turquoise de la Mer de Tasmanie.

Impossible de mettre plus de mots sur cet endroit enchanteur, où je me sens si petit, si insignifiant. Massif, grandiosesque – si j’ose le terme -, Doubtful Sound, à l’eau teintée d’un bleu profond, est une palette fruste de couleurs, étalages de gris pour les rochers, de verts pour les denses forêts, saupoudrés de blanc sur les sommets. Je vous laisse juger par vous-même. Une dernière remarque: ce que vous pouvez imaginer, ou que vous pouvez admirer sur mes photographies, multipliez le par cent et vous n’arriverez pas au millième de ce que j’ai entraperçu. Je n’ai qu’une seule envie, y retourner en voilier pour profiter du silence.

De retour au port, divers passagers avec qui j’ai discuté me demandent si j’ai eu beaucoup de plaisir, car il semblerait qu’un sourire ait gelé sur mon visage. Il est vrai qu’au bout des trois heures et demie de navigation, il commençait à faire un peu frisquet, mais pas au point de figer ma bouche. C’était juste magnifique. Nous repassons le Wilmost Pass en bus, avant d’embarquer à nouveau sur un bateau pour traverser Lake Matapouri. Une des plus belles journées que j’aie vécu en Nouvelle-Zélande, je ne regrette pas mon investissement.

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Son nom lui fut donné par le Capitaine Cook, qui  observant l’entrée, douta que les airs soient suffisant pour pousser à nouveau l’Endeavour vers le large. Il ne se risqua donc pas et l’appela Doubtful Haven, la rade-doute. Ce n’est qu’après une exploration légèrement plus approfondie par le capitaine espagnol Malaspina – la seule que ce capitaine ait effectuée en Nouvelle-Zélande – que le nom topologique fût changé en Sound; le qualificatif douteux resta. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que des Européens se risquèrent à nouveau à pénétrer à l’intérieur du Fjord.





J22 – Découverte de Fjordland

2 06 2011

Control Gate, Te Anau, 2 juin 2011, 22h00

Trajet : Monowai Lake – Manapouri – Te Anau

Distance : environ 3509.1 km

Réveil tranquille, petit déjeuner savoureux. Une petite balade matinale jusqu’à un point de vue situé à 3 petits kilomètres du camping accélère la digestion. La vue sur Monowai Lake et les contreforts des Fjords en arrière plan est cadrée par la surface du lac et un plafond nuageux ne laissant entrapercevoir que la partie inférieure des montagnes. Magnifique. Partie intégrante d’un complexe hydroélectrique, le niveau du lac est monté de 2.5 mètres lors de la construction du barrage, expliquant les nombreux troncs perçant la surface à proximité des rives.

J’ai à peine démarré que je m’arrête quelques kilomètres plus loin pour me promener dans Borland Ridge, une étendue de landes  composées d’un sol partagé entre des lichens blanchâtres et des herbes sèches, parsemé d’arbustes similaires à nos bruyères et à nos genets. Je suis une piste forestière, en emprunte une deuxième au gré de mes envies. Attention à ne pas se perdre dans ce paysage toujours semblable, mais en perpétuel changement: n’aurais-je pas déjà croisé ce buisson, à moins qu’il n’ait été un chouïa plus grand? Je retrouverai ce type de végétation plus tard dans la journée à proximité de Rakatu Wetland. De l’autre côté de la vallée, je parcours la courte boucle de Borland Nature Walk, qui traverse un exemple de forêt local. Ici, les beechs constituent l’espèce dominante. Sur les hauteurs, seul un tapis de mousses et de fougères parsème le sol; dès que la forêt pousse sur des terres inondables, des arbustes occupent un étage de végétation supplémentaire entre le sol et la frondaison, les fougères se font aussi plus présentes.

Avant Manapouri, je m’arrête proche de Rakatu Wetland, une zone humide en partie régénérée par les exploitants du complexe hydroélectrique. Si les premiers étangs marécageux me déçoivent beaucoup – les digues permettant cette revitalisation présentent une forme tout sauf naturelle – en poursuivant mon chemin je découvre un marais original, bien plus vivant, bien plus fractionné que les constructions artificielles. Peut être qu’en donnant du temps à la nature, cette dernière reprendra ses droits. Manapouri, plutôt hub touristique des croisières à destination du Doubtfull Sound que véritable village, je m’enquièrs d’ailleurs auprès des agences des diverses possibilités et coûts, avant de poursuivre mon trajet jusqu’à Te Anau, la grande ville de Fjordland avec près de 3000 habitants.

Pour l’aparté historique, en 1952, des milliers de néo-zélandais se sont battus contre le gouvernement pour que le lac reste à l’état naturel. En effet, le pouvoir en place, afin de pourvoir en électricité l’usine d’aluminium de Tiwai entre Bluff et Invercargill, voulait construire un barrage et monter le niveau de l’eau d’une trentaine de mètres. Le compromis trouvé fut d’exploiter le lac à son niveau habituel et la défaite du parti aux élections suivantes.

Sur le chemin, je m’arrête à Rainbow Reach pour parcourir quelques kilomètres du célèbre Kepler Track, l’une des sept Great Walk, dont le tracé forme une boucle dans les montagnes de la région entre Manapouri et Te Anau Lake. Après avoir traversé Waiau River sur un magnifique pont suspendu, oscillant sous mes pas, je longe la rivière vers le Sud. Je chemine à nouveau dans une forêt de beechs, au très agréable tapis moussu. L’endroit est grandiose, avec ces grands troncs qui s’élancent vers le ciel, une rivière bordée d’une rive de galets. Elle a d’ailleurs servi de décor lorsque les neufs Nazgul poursuivant Arwen s’élancent dans la rivière Anduin. Plus loin, je découvrirai aussi la région marécageuse des Dead Marshes que Frodon, Sam et Gollum franchissent pour approcher le Mordor. L’endroit y est d’ailleurs plus que ressemblant, avec les nombreuses petites mares, les plantes carnivores et la végétation particulière des marais. Il ne manque que la brume. Je suis presque surpris d’entendre plus d’oiseaux ici aux abords du Fjordland plutôt que sur Rakiura. Il est vrai qu’ici aucun vent, aucune rafale, aucun grincement d’arbre ne vient troubler le silence quasi religieux de la forêt.

Arrivé à Te Anau, après avoir réservé une croisière sur le Doubtfull Sound pour la journée de demain, et une sur le Milford pour le surlendemain dans l’après-midi, je me ballade à côté de Te Anau Lake, le plus grand lac de South Island, dont le niveau peut varier de 4 mètres suivant les besoins en eau du complexe hydroélectrique. Le parc, situé à l’entrée du village, permet de se forger une connaissance autant botanique avec les divers espèces d’arbres, qu’ornithologique avec quelques caches regroupant les principaux oiseaux, dont le célèbre kea, le seul perroquet alpin, grâce aux plaquettes descriptives. Déambulant paresseusement au bord du lac jusqu’au coucher du soleil, j’aurai bien aimé qu’il se couche à l’est car ses derniers rayons auraient éclairé d’une magnifique couleur les rives arborisées d’en face. Il est toutefois vrai que si j’avais été un septuagénaire, j’aurais été bien heureux de profiter de cette dernière chaleur depuis ma terrasse d’une maison de Te Anau. Il n’y a pas moyen d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Ravitailler le véhicule, acheter de quoi préparer des sandwichs pour demain, et je me trouve une petite place pour la nuit. Le temps de préparer mon repas –  bœuf tandoori aux poivrons, un vrai délice –  rédiger le billet du jour et voilà que mes doigts sont plus que frigorifiés. Bon! je préparerai mes sandwichs demain matin, après le petit-déjeuner; il est temps d’aller dormir pour moi, et de retourner travailler pour vous.

 

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J21 – Southland

1 06 2011

Monowai Lake, Fjordland, 1 juin 2011, 19h45

Trajet : Invercargill – Tuatapere – Monowai Lake

Distance : environ 3415.8 km

Malgré un coucher tardif, j’émerge vers 6h00. Ce matin, je prends le temps de rédiger quelques billets pour mon blog, avant de retourner dernière mon volant, aux alentours de 9h00. Avant de quitter Invercargill pour Fjordland, je m’arrête tout d’abord dans un magasin de chasse, où je trouve enfin un Selke à ma taille, le traditionnel chapeau en toile cirée, imperméable et (presque) indéformable même en le rangeant roulé ou plié. Un détour par le supermarché est nécessaire pour ravitailler la cambuse pour la semaine à venir, ainsi qu’un passage à l’office du tourisme pour récupérer le guide de la « Southern Scenic Route » que je vais continuer de suivre jusqu’à Queenstown, en passant par Te Anau. En chemin, je passe à côté de l’ancien château d’eau, un magnifique bâtiment de brique rouge, haut d’un peu plus de 40 mètres et coiffé d’un réservoir en tôle métallique, dont les rivets brillent au soleil.

D’Invercargill, je rejoins rapidement Riverton. Malgré son titre de plus ancienne ville de l’île du Sud et son importante histoire maorie, elle ne me fascinera pas. Rien d’exceptionnel n’émane d’elle. Je profiterai de sa baie, Taramea pour nager quelques longueurs. La présence proche de l’océan antarctique se ressent à travers la température de l’eau. En poursuivant ma route jusqu’à l’extrémité de la baie, j’arrive à The Rocks, une sorte de petit parc naturel, à moitié pâturé, à moitié laissé à l’état sauvage. Par temps claire, il est possible de voir Stewart Island, mais ma visibilité se restreint toutefois à Pig Island, située seulement à quelques milles au large. De même, les rochers aux formes surprenantes et à la surface similaire à celle que j’imagine pour la peau écailleuse d’un dragon me semblent bien plus intéressants.

Poursuivant ma route à travers les plaines d’Invercargill, j’arrive à Colac Bay. Au lieu d’y observer des surfeurs sur ce spot réputé, mais aujourd’hui très calme, je me contenterai de photographier celui sculpté, qui vous salue à l’entrée du village. Le détour par Cosy Nook, un village de pêcheur, autant que de villégiature, ne sera guère intéressant. Je n’arrive pas à comprendre ce qui en fait sa particularité, reconnu au point de figurer comme endroit à visiter. Je passerai sans m’arrêter à côté de Monkey Island, dont l’accès n’est possible qu’à marée basse, par un chemin submersible.

Je m’arrêterai quelques kilomètres plus loin à Gemstone Beach, une des plages où il est possible de trouver des pierres semi-précieuses : néphrites, quartz, ou encore la très célèbre greenstone, le jade néo-zélandais. Les maoris y venaient d’ailleurs exploiter les diverses pierres tant pour l’ostentatoire que pour en faire des outils ou des armes. Malheureusement, la marée haute recouvre la plage et ne me laisse accéder qu’à la bande supérieure composée de sable. Je ne pourrai ramener aucun trésor. Marchant le long des falaises de molasse, j’apprécie toutefois l’agencement des diverses strates colorées en beige, ocre ou encore anthracite par les sédiments.

Définitivement, aujourd’hui ne semble pas à marquer d’une pierre blanche. A Tuatapere, je comptais visiter le musée local, racontant l’histoire économique de la région, liée à l’économie forestière, comme partout ailleurs dans ce pays, mais aussi à l’exploitation aurifère. Je profiterai néanmoins de mon passage dans cette ville, connue par les kiwis comme étant la capitale de la saucisse, pour acheter quelques produits locaux au boucher. Une fois grillées, elles feront de sympathiques petits apéros, accompagnées d’une tomate ou d’un avocat, ainsi que d’une petite bière. A la sortie du village, je récupère Dani, un autostoppeur en route pour Te Anau. Cet israélien de 22 ans, à la fin de son service militaire de 3 ans, a décidé d’aller en Nouvelle-Zélande (3 mois) et Australie (2 mois) avant de commencer ses études.

Je dois dire que cette région de plaine autour d’Invercargill me fait le même effet que celle autour de Christchurch. Pastorales et maraîchères, les immenses parcelles forment un paysage plat, monotone, sans aucun relief, ni bosquet ou haie formée de grands arbres. Même la côte n’a pas le piquant des Catlins; cette dernière était bien plus dynamique, évolutive, parsemée de criques, de vaux et de monts. Il y avait bien une ballade à traverse le bush natif. Mais les espèces étant les mêmes que celle de Stewart Island, je n’y suis pas allé, car je n’aurai pu y retrouver la même grandeur et aurai sûrement été déçu.

Depuis que j’ai quitté la côte à MacCrackens Lookout, d’où la vue magnifique sur Te Waewae baie permet d’embrasser la silhouette des montagnes suds de Fjordland plongeant dans la mer, le paysage prend des formes, des collines apparaissent, des cailloux poussent, de la forêt remplace une partie des prairies, … J’arrive enfin à Clifden, et si le village est pour ainsi dire inexistant, la région possède 2 attractions touristiques.

La première, artificielle, est le pont à suspension de Clifden, l’un des plus longs de Nouvelle-Zélande avec sa travée de 111.5 mètres. Il est remarquable qu’en 1896 la technologie permettait déjà d’ériger une si fantastique construction. Les quatre tours en ciment, hautes de 7.5 mètres, supportent deux à deux les câbles auxquels est suspendue la structure en bois servant de tablier et de route. Aujourd’hui, elle a toutefois trop souffert, et il est dorénavant impossible de l’emprunter tant en véhicule qu’à pied. L’ouvrage vaut néanmoins le coup d’œil.

La deuxième est complètement naturelle et vieille d’un peu plus de quelques millions d’année. Il s’agit de Clifden Limestone Cave, une grotte longue d’environ 300 mètres qui déroule son réseau à travers la molasse. Son accès est réputé dangereux en cas de pluie avec des risques d’inondation éclaire. La météo actuelle est toutefois de notre côté. Dani et moi, une fois équipés de frontales, descendons par l’entrée principale. Grotte pour spéléologue en herbe, le DOC affiche néanmoins quelques conseils : s’habiller chaudement, préparer des piles de réserve, être au minimum deux, sortir immédiatement en cas d’arrivée d’eau, … A l’intérieur, des bandes réfléchissantes marquent le chemin. La progression est tout d’abord très facile, dans une galerie suffisamment large pour se tenir debout et circuler à deux de front. Dès l’entrée secondaire, il devient parfois nécessaire de se faufiler, marcher agenouillé, … pour descendre dans les profondeurs de la terre. Les concrétions de calcaire forment alors diverses merveilles, même si, bien entendu, stalactites et stalagmites ont été pillées. Par ailleurs, certains voyous ont préféré écrire au marqueur ou au spray leur nom, plutôt que de préserver la blancheur du calcaire. Mais la magie demeure.

Arrivé à mi-parcours, nous atteignons « The Hill », la piscine qu’il faut contourner en progressant sur son bord arrondi, et rendu glissant par l’humidité. N’ayant pas pris de sac à d’os pour faciliter la marche souterraine, l’exercice devient un peu plus délicat lorsque j’essaie d’une main de maintenir mon appareil photo afin d’éviter tout mouvement de balancier, un peu déséquilibrant. La progression devient plus lente, avec un passage dans une étroite fissure, de longues enjambées pour passer au-dessus de grandes gouilles. Trois échelles permettent de franchir facilement des niveaux séparés de 5 à 7 mètres, puis d’atteindre la sortie. Sympathique promenade d’une bonne heure, nous ressortons tous les deux avec des habits tâchés de molasse beige mais avec de beaux souvenirs.

Je dépose mon passager sur la SH99, alors que je quitte la route menant à Te Anau pour Monowai Lake, au bord duquel un camping du DOC permet de passer la nuit tranquillement. Je traverse Waiau River sur un pont similaire à celui de Clifden. La chaussée est composée d’une fine couche de goudron qui recouvre les traverses en bois originelles; l’impression de rouler sur une antiquité au tablier de bois, suspendu par des filins d’acier rouillés est plutôt bizarre.

A mesure que je m’approche de Fjordland, les monticules prennent du relief, les forêts réapparaissent, les pâturages laissent de plus en plus de place à la nature. Au sommet d’une côte, lorsque je vois la silhouette, parfois enneigée, de montagnes à l’horizon, je sais que je touche à mon but. Demain j’y serai. Peu avant d’arriver au camping, je pénètre dans Fjordland National Park, un des sous-ensembles de Te Wahipounama National Park, considéré par la communauté internationale comme un trésor à protéger, et classé en tant que tel.

J’installe Hibiscus dans une petite clairière. Pas un seul bruit, si ce n’est celui de mes carottes qui cuisent. Une fois la nuit tombée, seuls les hululements de plusieurs chouettes Morepork se répondant troublent les bruits feutrés de l’activité de la faune nocturne qui reprend son cours.

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