J50 – AKL – SYD

30 06 2011

International Airport, Auckland, jeudi 30 juin 2011, 16h41 (GMT+12)

Trajet : Auckland – Sydney

Autre backpacker, autre aménagement, autre ambiance. Au Fat Camel, en plus d’un étage commun à tous les voyageurs comportant un salon géant, chaque étage comportant des chambres fonctionne comme une sous-unité propre avec un séjour (cuisine et petit salon) et sanitaires propres. Le point le plus important est sans doute les lits, avec des matelas de bonne qualité, suffisamment durs pour dormir confortablement, sans compter l’absence de grincement. Je viendrai presque à regretter de ne pas avoir déménagé, mais le passé est le passé, cela ne sert à rien de revenir là-dessus.

Après avoir passé une bonne partie du début de soirée à discuter avec un étasunien de Boston, un canadien de Vancouver et une israélite de Tel-Aviv, nous décidons finalement de rejoindre Globar, le bar d’un autre backpacker d’Auckland, où le prix des boissons défie toute concurrence dans la cité. Je n’avais encore jamais vu des pintes de bières à 5$ en Nouvelle-Zélande. La soirée sera sympathique, centrée sur des discussions de backpackers, comparant nos pays respectifs, narrant nos expériences dans le pays kiwi, nos envies de revenir, ou encore le plaisir d’y rester pour ceux qui séjourneront encore quelques mois. Autour de la table de billard, nous serons tour à tour challenger avant de gagner la partie, puis defender pour la garder. Notre équipe internationale jouant contre les locaux : maoris, descendants de colons anglophones ou encore asiatiques, reflétant le visage multiculturel d’Auckland. L’un des maoris est tout simplement impressionnant: jouant sans fioriture, il aligne les balles les unes après les autres, vidant le plateau en moins de temps qu’il n’en faut pour le décrire. Je m’y essaierai à mon tour, la première fois depuis au moins cinq longues années, je me surprendrai moi-même, ainsi que les autres en n’étant pas si mauvais que ça. Cette dernière soirée s’est déroulée presque trop rapidement: à 2h00 déjà passée nous rentrons au Fat Camel.

Loin du silence des contrées sauvages de Nouvelle-Zélande, les nuits d’Auckland sont bruyantes:  travaux nocturnes sur les chaussées, fêtards attardés, éboueurs vidant les poubelles avant que le soleil ne se lève, camions de livraisons circulant dès l’aube. Je ne dormirai pas mal, mais la nuit sera courte. Il n’est que 6h40 quand je suis complètement réveillé. Est-ce le tumulte urbain ou l’excitation de partir pour l’Australie? Je ne sais point. Je profiterai de l’heure matinale pour dévorer un solide petit déjeuner, finissant le pot de confiture, raclant soigneusement les dernières traces de miel sur le récipient, avalant un demi-litre de lait. Le temps de finir de rédiger mes notes, préparer un colis à destination de la Confédération Helvétique contenant cartes, livres et autres souvenirs, empaquetant toutes mes affaires dans mon sac à dos et il est déjà le milieu de la matinée.

Sur le chemin du City Campus, je m’arrête dans une libraire le temps d’acheter un guide sur Sydney et ses environs, avant de passer au Frienz, revoir d’anciennes connaissances, spécialement Nico et Marina, un couple de chiliens. Si Nico est absent, l’accueil de Marina est plus que chaleureux. Tout comme au CACM, j’ai droit à « welcome Grizzly bear » au vu de ma barbe de quelques jours. A sa question de « How are you today » (comment vas-tu), je lui répondrai par l’invariable « fine, as usual » (en pleine forme, comme d’habitude).  Une tradition qui s’était imposée entre nous lorsque je descendais préparer mon petit déjeuner aux environs de 6h30 il y a quelques mois en arrière. Nous nous raconterons nos aventures de ces dernières semaines, mon tour de Nouvelle-Zélande, leur escapade à Raglan, Waitomo, et Taupo. Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que je quitterai cette grande famille de backpackers qui séjournent longuement au même emplacement.

Sur le campus universitaire, je croise Max et profiterai de ses droits d’accès pour me connecter sur internet, vous raconter mes dernières aventures mais aussi lire quelques mails et chercher quelques informations sur ma prochaine destination, comme par exemple, la location d’une voiture avec le matériel de base pour quelques jours dans l’arrière pays australien. Un gentil courriel de ma môman me fait penser à vous donner des nouvelles suite aux mésaventures de hier. Aucun symptôme inquiétant, aucune douleur, je suis toujours en pleine forme. En début d’après-midi, je croise Tom Allen pour lui transmettre les données analysées des essais; nous discuterons de mon petit voyage et de ce qui m’attend à l’avenir. Avant de me quitter pour une petite navigation dans le golfe d’Hauraki, il me recommande un petit restaurant chinois situé à quelques centaines de mètres du campus si j’avais une petite faim. Pourquoi ne pas profiter des délices de ce mixage culturel. Impossible de découvrir ce restaurant auquel le seul accès est une porte vitrée, sans enseigne, au fond d’un escalier. Si j’aperçois des tables à l’intérieur, aucun comptoir ou cuisine n’est visible. Une jeune asiatique me confirmera qu’il s’agit bien du restaurant et me guidera dans les profondeurs du local, repeint dans un blanc clinique. Le mobilier est résolument épuré: un mur cache le comptoir qui pourrait troubler la zénitude de la salle à manger. Je dégusterai des nouilles apprêtées par un vieux chinois, dont le nom n’est pas prononçable pour un européen.

Peu avant deux heure, je repasse par le Fat Camel récupérer mes bagages, embarque dans le « blue bus » à destination de l’aéroport, passe le check-in aux environs de 15h30, profites de déambuler dans l’aéroport, visiter les dutyfree, alourdir mon sac d’un ou deux souvenirs, puis me dirige vers ma porte d’embarquement. Alors que les bâtiments rosissent sous le soleil couchant, il est l’heure d’embarquer.

Sydney Central YHA, Sydney, jeudi 30 juin 2011, 22h39 (GMT+9)

L’avion a décollé à l’heure prévue:  le nuage de cendre qui revenait à nouveau vers la Nouvelle-Zélande pour le 4ème ou 5ème survol du pays n’a pas perturbé le trafique aérien. Parti de nuit, dos à la cité, je ne pourrai admirer une dernière fois la Skytower. Après 3 heures de vol, il est possible d’apercevoir les premières lueurs de Sydney. Alors que nous survolons la ville, les longues artères se distinguent par les teintes orangées de leurs nombreux lampadaires au sodium, alors que les rues citadines sont éclairées de manière plus parcimonieuse. Aucun problème au passage de la frontière:  mes souliers sont considérés comme plus que propres. Encore heureux après le nettoyage à l’eau savonneuse  de mardi matin au retour de ma balade et des deux jours nécessaires pour les faire sécher. Je profite de mon trajet jusqu’à mon logement pour admirer l’architecture de la cité. Il y a un petit quelque chose qui me dit qu’elle me plaira bien. Ce soir, je dormirai au Sydney Central YHA, une auberge de jeunesse située à une vingtaine de minutes du célèbre Opera House. Affichant complet pour ce weekend, je migrerai à Funk House, un backpacker un peu plus éloigné du centre, mais aussi de plus petite taille. Si je m’y plais bien le premier soir, j’y installerai peut être mon quartier de base.

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J49 – Auckland et crash

29 06 2011

Northern Steamship Co., Auckland, mercredi 29 juin 2011, 17h50

Trajet : Orere Point – Auckland

D = 7399.2 km

Encore une nuit aux averses intermittentes, entre deux passages de nuages, je profite d’admirer la Croix du Sud, dont l’éclat est malheureusement terni par les lueurs nocturnes d’Auckland dans le lointain.  A mon lever, l’horizon est barré de nuages;  je ne profiterai donc point d’un dernier magnifique lever de soleil sur le golfe d’Hauraki. Alors qu’une fine bruine résonne sur le campervan, le bacon dore dans la poêle et les œufs se brouillent sous mes coups de fourchette. Un vrai régal, ce dernier repas pris en compagnie d’Hibiscus! Après une dernière photographie souvenir, le long de la plage, je rejoins Auckland par le chemin des écoliers, en suivant la côte. Entre plages et pâturages, je profite de ces derniers instants de conduite en Nouvelle-Zélande. Un vrai régal. Au loin, des silhouettes connues réapparaissent : rangitoto, sky tower, …

Alors que je suis encore à plus de trente kilomètres de la cité, le paysage s’urbanise, les frontières entre les villages s’amenuisent, les banlieues se développent. Cela aurait pu être si simple, et pourtant. Mes parents m’avaient souhaité beaucoup d’aventures. Je crois qu’aujourd’hui j’en ai eu plus que ma part. Alors que j’atteignais péniblement le sommet d’une côte, une voiture me double sur les derniers mètres de la voie de dépassement, avant de se rebattre à peu de distance devant moi, en une demi queue de poisson. Je vous laisse imaginer la scène en vous donnant les derniers éléments : la côte se termine avec un virage se terminant sur un rond-point. N’ayant pas la priorité, la conductrice de la voiture pile sur les freins, sans penser qu’elle venait de se rabattre à une distance inférieure à celle de sécurité juste devant moi… Pas de blessé, juste de la casse matérielle. Hibiscus, cette bonne vieille camionnette en tôle d’acier, possède un pare-choc un peu enfoncé, alors que sa carrosserie frontale est légèrement défoncée. L’autre voiture, une Renault Scénic, véhicule en plastique, ne peut pas en dire autant… La police, survenue peu après, entendra nos griefs respectifs et finira par trancher que les assurances devront se partager la casse, ma faute n’étant que partielle… Piètre consolation, à moins de 3 kilomètres de l’arrivée, après 7 semaines et plus de 7000 kilomètres, cela me fait vraiment mal au ventre, et aussi au porte-monnaie.

Je rejoins le CACM, dominé par Mount Wellington. Je profiterai des commodités du labos pour refaire une beauté à mon fidèle compagnon, quelque peu cabossé. Le nettoyage intérieur est plus que nécessaire après ces sept semaines d’exploration. Jamais je n’aurai imaginé aspirer autant de graviers, sables et autres poussières. Je profite de l’arrêt pour mettre de l’ordre dans mes affaires, empaqueter mon sac, ranger mes provisions, afin que tout soit prêt lorsque je rendrai le véhicule. 12h00, un dernier adieu à mes anciens collègues et je roule jusqu’au dépôt. Chez Escape, je remplis les divers papiers nécessaires pour l’assurance. Lisa, l’employée, me demande si je vais bien et si je ne ressens pas de contrecoups. Je la rassurerai, et lui propose même une ou deux améliorations pour l’aménagement des bus, et lui signale un joint défectueux sur Hibiscus. Sachant que ma prochaine destination est l’Australie, elle me recommandera d’être prudent, car les Aussies sont encore plus mauvais conducteurs que les kiwis. De retour à Auckland, je choisis le Fat Camel comme backpack. Le temps que ma lessive tourne, je retourne me balader dans les rues : Queens Street, Viaduc Harbour, Sky Tower, … un vrai bonheur, je m’y sens presque comme de retour à la maison. Au passage devant la banque BNZ, je profite de clore mon compte. Demain je volerai pour l’Australie. Avant de retourner au Backpack me cuisiner un bon plat de pâtes, j’irai me régaler d’une dernière Black Mac au Northern Steamship Co. à Quay Street. A l’endroit même où j’avais dégusté ma première bière dans un bar à Auckland. La boucle est bouclée.

Sinon, à propos de ce voyage, je peux vous fournir quelques chiffres, et comme je sais que certains scientifiques lisent ce blogue, parmi les photographies, vous trouverez un petit graphique résumant l’évolution des principaux facteurs :

  • 7399.2 kilomètres parcourus avec Hibiscus
  • 835.16 litres d’essence sans plomb consommés
  • 1000 kilomètres approximativement parcourus à pied
  • 42 jours de beau temps
  • 11.29 litres de moyenne aux cent kilomètres light
  • 9 brasseries dont la production fût dégustée
  • 7 jours de pluies
  • 4 bouteilles de vins
  • 4 fish’n’chips
  • 4 nuits en cabanes
  • 2 traversées en ferry aller-retour
  • 3 îles
  • 3 bouteilles de GPL pour la cuisinière
  • 3 îles visitées
  • 2 kiwi-burgers
  • 2 jours de bruine
  • 2 kiwis observés
  • 1 accident
  • 1 obligation de revenir (Tongariro Alpine Crossing)

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J48 – Sur le chemin du retour

28 06 2011

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 21h45

Trajet : Crosbies Hut – Thames – Te Puru – Orere Point

D = 7301.2 km

Depuis hier soir, rafales et averses ne cessent de se battre afin d’obtenir la palme d’or du bruitage. Alors que la pluie fait des claquettes sur le toit, le vent considère le conduit de cheminée comme une flûte. Bercé par cette mélopée au rythme anarchique, je terminerai rapidement dans les bras de Morphée. A mon réveil, un rapide coup d’œil à travers la fenêtre m’apprend que la cabane est perdue dans les brumes. Les taillis, pourtant éloignés de seulement quelques mètres, ne sont que des ombres fantomatiques nimbées dans un blanc vaporeux. Alors que les six autres marcheurs dorment encore à point fermé, je prépare tranquillement la pâte de mes pancakes. Au deuxième, par l’odeur alléchée, Tom émerge en murmurant « Sounds good », autrement dit, « tout bon ». Quand toute l’équipe finira d’émerger une bonne heure plus tard, je serai fin prêt à partir. Le temps d’amener quelques bois de réserve jusqu’à la cabane et je me mettrai en route. Encore une fois, alors que je devrai admirer un magnifique panorama, le brouillard et nuages sont de la partie, je n’observerai point de lever de soleil, ni Table Mountain au loin ce matin.

Redescendant le raidillon péniblement gravi hier en fin d’après-midi, j’apprendrai à routscher sur le limon herbeux. L’exercice est plus périlleux que sur un névé, et surtout s’avère beaucoup plus salissant. Des éclaboussures de boue montent jusqu’au sommet des mollets. De retour à l’intersection, sans hésiter, je prends la direction de Thames. Si le sentier est plus large que celui d’hier, il est aussi boueux que Crosbies Clearing était marécageux. Limon, feuilles mortes et brindilles forment un humus moelleux, complètement détrempé par la pluie. Il est impossible de savoir si le pied va s’y enfoncer, ou si au contraire la surface est suffisamment solide pour soutenir votre poids. C’est ainsi que j’ai pris clairement conscience de l’origine du terme imbécile. Remontant au Moyen-Âge, l’imbécile est littéralement celui qui se déplace sans bâton. Il ne faut pas considérer la personne d’un certain âge ayant besoin d’une troisième jambe pour se mouvoir, mais plutôt du promeneur ou du pèlerin, faisant appel au bâton pour sonder son chemin et éviter d’être aspiré dans la fange et le bourbier.

Si, au début, le brouillard présent nimbant la frondaison des arbres donne un air de Brocéliande à cette forêt vierge, la pluie qui se met à tomber neutralise tous les charmes. Je n’ai que le temps d’enfiler ma veste, passer l’emballage étanche autour de mon sac que Toutatis se déchaîne, une averse drue se déverse sur les Coromandel Range. L’humus était déjà fortement imbibé, le voilà maintenant détrempé. Après avoir quitté la hutte, enfoncer mes souliers dans un peu d’humus m’embêtait déjà; maintenant peu m’importe si la boue monte que jusqu’au milieu des souliers, et d’ici quelques dizaines de minutes, je traverserai sans sourciller des zones marécageuses où l’eau arrive jusqu’au début des mollets. Seulement par deux fois des jurons s’échapperont de ma bouche lorsque j’enfoncerai semelles, chaussures, chevilles et mollets jusqu’au-dessous du genou dans une espèce de boue beige virant sur le brun composée d’humus décomposé et d’eau chargée en sédiments limoneux. La sensation gluante n’était pas des plus agréables, sans compter l’effort à fournir pour retirer sa jambe dans un grand bruit de succion. Mais la pluie abondante rincera rapidement shorts, mollets et chaussures : aucune trace extérieure ne restera de la mésaventure.

Un peu après avoir dépassé la mi-chemin, le sentier se détériore. La faute ne revient pas à la nature qui se serait déchaîné mais est imputable au forestier du DoC, qui, afin de venir débroussailler le chemin –  à la vue des traces ces derniers doivent utiliser un quad – creuse de gigantesques ornières, créant un andain de terre au milieu du chemin. Avec la pluie de cette nuit et de tout à l’heure, les deux ornières sont de véritables torrents, alors que la berne centrale, fraîchement constituée, s’écroule sous mes pas. Souliers enfoncés jusqu’à mi-hauteur, appuis délicats, sol glissant, la progression se fait plus lente. A moins de marcher à rythme plus que réduit, des gerbes d’éclaboussures aspergent les environs. Alors que mon pantalon avait réussi à garder une couleur noire, voilà que l’extrémité inférieure de chaque canon se teinte de beige. Peu à peu, la pluie cesse, mais il n’est pas encore question d’enlever les couches imperméables, fougères et arbustes, couverts d’eau, sont autant de piège à retardement.

Alors que je viens de franchir un tronçon spécialement humide, j’atteins l’orée. En contrebas, la forêt descend en pente douce dans le vallon; de part et d’autre, des flancs recouverts de végétation s’élèvent et se perdent dans les brumes; au loin, j’ai juste le temps d’apercevoir Firth of Thames avant qu’un nuage ne bouche à nouveau ma vue. Toutefois, le soleil commence à poindre, à ma verticale, la couverture s’est déchirée et laisse apercevoir le ciel bleu. D’ici quelques heures, le soleil brillera à nouveau pour quelques dizaines de minutes avant la prochaine ondée. Le chemin plonge à nouveau sous la canopée, la pente se fait légèrement plus raide, comme s’il était pressé d’arriver à Thames. Une bonne heure de marche plus tard et j’atteindrai les faubourgs. Je profite d’être à côté d’une rivière pour rincer mes souliers, nettoyer mes mollets et laver succinctement le bas de mes shorts, afin de faire meilleure figure pour l’étape suivante. Sur le bord de la SH25, je prends la pose officielle de l’autostoppeur désillusionné par le mauvais temps, le pouce levé, la veste entrouverte, le sac reposant négligemment sur l’une des jambes. Une, deux, trois voitures… La quatrième, au bout de dix minutes, s’arrête. Un couple de septuagénaire me ramène jusqu’à Te Puru. Chemin faisant nous discuterons de ma balade, des shegs – cormorans – se reposant sur les pierres à marée basse et de la météo pour la journée.

Déposé au bord de la route principale, 10 autres minutes me seront nécessaires pour rejoindre Hibiscus. Il pleut de nouveau, mais je ne sais point d’où proviennent ces gouttes: au-dessus de ma tête, le ciel est aussi bleu qu’en plein Sahara. Après avoir déposé mes affaires dans la cabine avant, je roule jusqu’aux plus proches toilettes publiques afin de faire un brin de nettoyage : chaussures, shorts, chaussettes, mollets, pieds, tout y passe. Rhabillé avec des vêtements, je reprends le chemin jusqu’à Thames, nommé par James Cook, car l’endroit lui rappelait le fleuve londonien.  En ce qui concerne la météo matinale, je ne peux qu’être d’accord. Alors que je parcours la vingtaine de kilomètres me séparant de la bourgade, le soleil se met à briller comme en plein été. Je m’arrêterai en chemin, m’installerai sur la grève en contrebas et profiterai d’une petite dizaine de minutes de parfaite procrastination à regarder les shegs tranquillement posés sur leur rocher, sans aucun souci.

Arrivé à Thames, je découvrirai que le Thames School of Mines Museum n’est malheureusement ouvert que du jeudi au dimanche. Il s’agit du dernier exemple existant encore sur les cinquante que comptait la péninsule à la fin du XIXe siècle. A défaut, je me rabattrai sur le musée historique local. J’y retrouverai l’histoire de l’exploitation aurifère, forestière, ainsi que des gumdiggers locaux. Mais j’apprendrai aussi que le nom de la péninsule provient du HMS Coromandel qui mouilla dans la baie, ainsi que de nombreux services en porcelaine de Chine qui étaient décorés avec des battements ou des scènes de la vie quotidienne de Thames. Un ou deux encarts me rafraîchiront la mémoire, comme le fait que Hotonui, la marae exposée à Auckland Museum, est celle gravée par la tribu ayant occupé Thames en 1878 et que la Nouvelle-Zélande fut le premier pays à accorder le droit de vote, en ce qui concerne les élections, aux femmes le 19 septembre 1893, le Nelson et l’Otago autorisant depuis 1867 les femmes propriétaires à exercer leur vote lors d’élections communales. Ou encore quelques nouveautés, comme ce poumon de fer, permettant de pallier une insuffisance respiratoire pour les nouveau-nés et les jeunes enfants. L’appareil ressemble à une véritable armoire frigorifique percée de deux hublots. Pour rien au monde, je n’aurai aimé être enfermé à l’intérieur de cet appareil.

En fin d’après-midi, je quitte les Coromandel et rejoins les rives situées de l’autre côté du Firth of Thames. Peu après Miranda, je m’arrête à proximité des marais afin de me prêter à l’observation ornithologique dans ce haut lieu pour volatiles migrants et locaux. Arrivé à la cache, un homme s’y trouve déjà, vêtu d’une tenue de camouflage. Kiwi, ayant vécu en Afrique, de retour dans son pays d’origine, ingénieur mécanicien de métier, féru d’oiseaux, il travaille bénévolement comme ornithologue pour le centre de faune aviaire de Miranda. Après avoir fait plus ample connaissance, il me demandera les raisons de mon arrêt et quels oiseaux j’ai déjà observé. A la première question, la réponse est double, d’une part la découverte, d’autre part, je ne me voyais pas passer en ligne droite de ce haut lieu d’observation avec un oncle ornithologue. A la deuxième, je me surprendrai moi-même avec le nombre d’oiseaux que j’ai vus ou entendus: pingouins, keas, albatros, tuis, fantails, morepork, robin, Oyestercatcher, sans compter les nombreuses mouettes, goélands et autres cormorans. Ce soir, je ferai la connaissance des Spoonbills, des oiseaux entièrement blancs, excepté la tête et le bec. A l’aide de ce dernier en forme de cuillère, il prospecte la vase en de lents mouvements semi-circulaires. J’apprendrai aussi à reconnaître les Wrybill au bec étrangement recourbé vers la droite.

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