J50 – AKL – SYD

30 06 2011

International Airport, Auckland, jeudi 30 juin 2011, 16h41 (GMT+12)

Trajet : Auckland – Sydney

Autre backpacker, autre aménagement, autre ambiance. Au Fat Camel, en plus d’un étage commun à tous les voyageurs comportant un salon géant, chaque étage comportant des chambres fonctionne comme une sous-unité propre avec un séjour (cuisine et petit salon) et sanitaires propres. Le point le plus important est sans doute les lits, avec des matelas de bonne qualité, suffisamment durs pour dormir confortablement, sans compter l’absence de grincement. Je viendrai presque à regretter de ne pas avoir déménagé, mais le passé est le passé, cela ne sert à rien de revenir là-dessus.

Après avoir passé une bonne partie du début de soirée à discuter avec un étasunien de Boston, un canadien de Vancouver et une israélite de Tel-Aviv, nous décidons finalement de rejoindre Globar, le bar d’un autre backpacker d’Auckland, où le prix des boissons défie toute concurrence dans la cité. Je n’avais encore jamais vu des pintes de bières à 5$ en Nouvelle-Zélande. La soirée sera sympathique, centrée sur des discussions de backpackers, comparant nos pays respectifs, narrant nos expériences dans le pays kiwi, nos envies de revenir, ou encore le plaisir d’y rester pour ceux qui séjourneront encore quelques mois. Autour de la table de billard, nous serons tour à tour challenger avant de gagner la partie, puis defender pour la garder. Notre équipe internationale jouant contre les locaux : maoris, descendants de colons anglophones ou encore asiatiques, reflétant le visage multiculturel d’Auckland. L’un des maoris est tout simplement impressionnant: jouant sans fioriture, il aligne les balles les unes après les autres, vidant le plateau en moins de temps qu’il n’en faut pour le décrire. Je m’y essaierai à mon tour, la première fois depuis au moins cinq longues années, je me surprendrai moi-même, ainsi que les autres en n’étant pas si mauvais que ça. Cette dernière soirée s’est déroulée presque trop rapidement: à 2h00 déjà passée nous rentrons au Fat Camel.

Loin du silence des contrées sauvages de Nouvelle-Zélande, les nuits d’Auckland sont bruyantes:  travaux nocturnes sur les chaussées, fêtards attardés, éboueurs vidant les poubelles avant que le soleil ne se lève, camions de livraisons circulant dès l’aube. Je ne dormirai pas mal, mais la nuit sera courte. Il n’est que 6h40 quand je suis complètement réveillé. Est-ce le tumulte urbain ou l’excitation de partir pour l’Australie? Je ne sais point. Je profiterai de l’heure matinale pour dévorer un solide petit déjeuner, finissant le pot de confiture, raclant soigneusement les dernières traces de miel sur le récipient, avalant un demi-litre de lait. Le temps de finir de rédiger mes notes, préparer un colis à destination de la Confédération Helvétique contenant cartes, livres et autres souvenirs, empaquetant toutes mes affaires dans mon sac à dos et il est déjà le milieu de la matinée.

Sur le chemin du City Campus, je m’arrête dans une libraire le temps d’acheter un guide sur Sydney et ses environs, avant de passer au Frienz, revoir d’anciennes connaissances, spécialement Nico et Marina, un couple de chiliens. Si Nico est absent, l’accueil de Marina est plus que chaleureux. Tout comme au CACM, j’ai droit à « welcome Grizzly bear » au vu de ma barbe de quelques jours. A sa question de « How are you today » (comment vas-tu), je lui répondrai par l’invariable « fine, as usual » (en pleine forme, comme d’habitude).  Une tradition qui s’était imposée entre nous lorsque je descendais préparer mon petit déjeuner aux environs de 6h30 il y a quelques mois en arrière. Nous nous raconterons nos aventures de ces dernières semaines, mon tour de Nouvelle-Zélande, leur escapade à Raglan, Waitomo, et Taupo. Ce n’est pas sans un petit pincement au cœur que je quitterai cette grande famille de backpackers qui séjournent longuement au même emplacement.

Sur le campus universitaire, je croise Max et profiterai de ses droits d’accès pour me connecter sur internet, vous raconter mes dernières aventures mais aussi lire quelques mails et chercher quelques informations sur ma prochaine destination, comme par exemple, la location d’une voiture avec le matériel de base pour quelques jours dans l’arrière pays australien. Un gentil courriel de ma môman me fait penser à vous donner des nouvelles suite aux mésaventures de hier. Aucun symptôme inquiétant, aucune douleur, je suis toujours en pleine forme. En début d’après-midi, je croise Tom Allen pour lui transmettre les données analysées des essais; nous discuterons de mon petit voyage et de ce qui m’attend à l’avenir. Avant de me quitter pour une petite navigation dans le golfe d’Hauraki, il me recommande un petit restaurant chinois situé à quelques centaines de mètres du campus si j’avais une petite faim. Pourquoi ne pas profiter des délices de ce mixage culturel. Impossible de découvrir ce restaurant auquel le seul accès est une porte vitrée, sans enseigne, au fond d’un escalier. Si j’aperçois des tables à l’intérieur, aucun comptoir ou cuisine n’est visible. Une jeune asiatique me confirmera qu’il s’agit bien du restaurant et me guidera dans les profondeurs du local, repeint dans un blanc clinique. Le mobilier est résolument épuré: un mur cache le comptoir qui pourrait troubler la zénitude de la salle à manger. Je dégusterai des nouilles apprêtées par un vieux chinois, dont le nom n’est pas prononçable pour un européen.

Peu avant deux heure, je repasse par le Fat Camel récupérer mes bagages, embarque dans le « blue bus » à destination de l’aéroport, passe le check-in aux environs de 15h30, profites de déambuler dans l’aéroport, visiter les dutyfree, alourdir mon sac d’un ou deux souvenirs, puis me dirige vers ma porte d’embarquement. Alors que les bâtiments rosissent sous le soleil couchant, il est l’heure d’embarquer.

Sydney Central YHA, Sydney, jeudi 30 juin 2011, 22h39 (GMT+9)

L’avion a décollé à l’heure prévue:  le nuage de cendre qui revenait à nouveau vers la Nouvelle-Zélande pour le 4ème ou 5ème survol du pays n’a pas perturbé le trafique aérien. Parti de nuit, dos à la cité, je ne pourrai admirer une dernière fois la Skytower. Après 3 heures de vol, il est possible d’apercevoir les premières lueurs de Sydney. Alors que nous survolons la ville, les longues artères se distinguent par les teintes orangées de leurs nombreux lampadaires au sodium, alors que les rues citadines sont éclairées de manière plus parcimonieuse. Aucun problème au passage de la frontière:  mes souliers sont considérés comme plus que propres. Encore heureux après le nettoyage à l’eau savonneuse  de mardi matin au retour de ma balade et des deux jours nécessaires pour les faire sécher. Je profite de mon trajet jusqu’à mon logement pour admirer l’architecture de la cité. Il y a un petit quelque chose qui me dit qu’elle me plaira bien. Ce soir, je dormirai au Sydney Central YHA, une auberge de jeunesse située à une vingtaine de minutes du célèbre Opera House. Affichant complet pour ce weekend, je migrerai à Funk House, un backpacker un peu plus éloigné du centre, mais aussi de plus petite taille. Si je m’y plais bien le premier soir, j’y installerai peut être mon quartier de base.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J49 – Auckland et crash

29 06 2011

Northern Steamship Co., Auckland, mercredi 29 juin 2011, 17h50

Trajet : Orere Point – Auckland

D = 7399.2 km

Encore une nuit aux averses intermittentes, entre deux passages de nuages, je profite d’admirer la Croix du Sud, dont l’éclat est malheureusement terni par les lueurs nocturnes d’Auckland dans le lointain.  A mon lever, l’horizon est barré de nuages;  je ne profiterai donc point d’un dernier magnifique lever de soleil sur le golfe d’Hauraki. Alors qu’une fine bruine résonne sur le campervan, le bacon dore dans la poêle et les œufs se brouillent sous mes coups de fourchette. Un vrai régal, ce dernier repas pris en compagnie d’Hibiscus! Après une dernière photographie souvenir, le long de la plage, je rejoins Auckland par le chemin des écoliers, en suivant la côte. Entre plages et pâturages, je profite de ces derniers instants de conduite en Nouvelle-Zélande. Un vrai régal. Au loin, des silhouettes connues réapparaissent : rangitoto, sky tower, …

Alors que je suis encore à plus de trente kilomètres de la cité, le paysage s’urbanise, les frontières entre les villages s’amenuisent, les banlieues se développent. Cela aurait pu être si simple, et pourtant. Mes parents m’avaient souhaité beaucoup d’aventures. Je crois qu’aujourd’hui j’en ai eu plus que ma part. Alors que j’atteignais péniblement le sommet d’une côte, une voiture me double sur les derniers mètres de la voie de dépassement, avant de se rebattre à peu de distance devant moi, en une demi queue de poisson. Je vous laisse imaginer la scène en vous donnant les derniers éléments : la côte se termine avec un virage se terminant sur un rond-point. N’ayant pas la priorité, la conductrice de la voiture pile sur les freins, sans penser qu’elle venait de se rabattre à une distance inférieure à celle de sécurité juste devant moi… Pas de blessé, juste de la casse matérielle. Hibiscus, cette bonne vieille camionnette en tôle d’acier, possède un pare-choc un peu enfoncé, alors que sa carrosserie frontale est légèrement défoncée. L’autre voiture, une Renault Scénic, véhicule en plastique, ne peut pas en dire autant… La police, survenue peu après, entendra nos griefs respectifs et finira par trancher que les assurances devront se partager la casse, ma faute n’étant que partielle… Piètre consolation, à moins de 3 kilomètres de l’arrivée, après 7 semaines et plus de 7000 kilomètres, cela me fait vraiment mal au ventre, et aussi au porte-monnaie.

Je rejoins le CACM, dominé par Mount Wellington. Je profiterai des commodités du labos pour refaire une beauté à mon fidèle compagnon, quelque peu cabossé. Le nettoyage intérieur est plus que nécessaire après ces sept semaines d’exploration. Jamais je n’aurai imaginé aspirer autant de graviers, sables et autres poussières. Je profite de l’arrêt pour mettre de l’ordre dans mes affaires, empaqueter mon sac, ranger mes provisions, afin que tout soit prêt lorsque je rendrai le véhicule. 12h00, un dernier adieu à mes anciens collègues et je roule jusqu’au dépôt. Chez Escape, je remplis les divers papiers nécessaires pour l’assurance. Lisa, l’employée, me demande si je vais bien et si je ne ressens pas de contrecoups. Je la rassurerai, et lui propose même une ou deux améliorations pour l’aménagement des bus, et lui signale un joint défectueux sur Hibiscus. Sachant que ma prochaine destination est l’Australie, elle me recommandera d’être prudent, car les Aussies sont encore plus mauvais conducteurs que les kiwis. De retour à Auckland, je choisis le Fat Camel comme backpack. Le temps que ma lessive tourne, je retourne me balader dans les rues : Queens Street, Viaduc Harbour, Sky Tower, … un vrai bonheur, je m’y sens presque comme de retour à la maison. Au passage devant la banque BNZ, je profite de clore mon compte. Demain je volerai pour l’Australie. Avant de retourner au Backpack me cuisiner un bon plat de pâtes, j’irai me régaler d’une dernière Black Mac au Northern Steamship Co. à Quay Street. A l’endroit même où j’avais dégusté ma première bière dans un bar à Auckland. La boucle est bouclée.

Sinon, à propos de ce voyage, je peux vous fournir quelques chiffres, et comme je sais que certains scientifiques lisent ce blogue, parmi les photographies, vous trouverez un petit graphique résumant l’évolution des principaux facteurs :

  • 7399.2 kilomètres parcourus avec Hibiscus
  • 835.16 litres d’essence sans plomb consommés
  • 1000 kilomètres approximativement parcourus à pied
  • 42 jours de beau temps
  • 11.29 litres de moyenne aux cent kilomètres light
  • 9 brasseries dont la production fût dégustée
  • 7 jours de pluies
  • 4 bouteilles de vins
  • 4 fish’n’chips
  • 4 nuits en cabanes
  • 2 traversées en ferry aller-retour
  • 3 îles
  • 3 bouteilles de GPL pour la cuisinière
  • 3 îles visitées
  • 2 kiwi-burgers
  • 2 jours de bruine
  • 2 kiwis observés
  • 1 accident
  • 1 obligation de revenir (Tongariro Alpine Crossing)

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J48 – Sur le chemin du retour

28 06 2011

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 21h45

Trajet : Crosbies Hut – Thames – Te Puru – Orere Point

D = 7301.2 km

Depuis hier soir, rafales et averses ne cessent de se battre afin d’obtenir la palme d’or du bruitage. Alors que la pluie fait des claquettes sur le toit, le vent considère le conduit de cheminée comme une flûte. Bercé par cette mélopée au rythme anarchique, je terminerai rapidement dans les bras de Morphée. A mon réveil, un rapide coup d’œil à travers la fenêtre m’apprend que la cabane est perdue dans les brumes. Les taillis, pourtant éloignés de seulement quelques mètres, ne sont que des ombres fantomatiques nimbées dans un blanc vaporeux. Alors que les six autres marcheurs dorment encore à point fermé, je prépare tranquillement la pâte de mes pancakes. Au deuxième, par l’odeur alléchée, Tom émerge en murmurant « Sounds good », autrement dit, « tout bon ». Quand toute l’équipe finira d’émerger une bonne heure plus tard, je serai fin prêt à partir. Le temps d’amener quelques bois de réserve jusqu’à la cabane et je me mettrai en route. Encore une fois, alors que je devrai admirer un magnifique panorama, le brouillard et nuages sont de la partie, je n’observerai point de lever de soleil, ni Table Mountain au loin ce matin.

Redescendant le raidillon péniblement gravi hier en fin d’après-midi, j’apprendrai à routscher sur le limon herbeux. L’exercice est plus périlleux que sur un névé, et surtout s’avère beaucoup plus salissant. Des éclaboussures de boue montent jusqu’au sommet des mollets. De retour à l’intersection, sans hésiter, je prends la direction de Thames. Si le sentier est plus large que celui d’hier, il est aussi boueux que Crosbies Clearing était marécageux. Limon, feuilles mortes et brindilles forment un humus moelleux, complètement détrempé par la pluie. Il est impossible de savoir si le pied va s’y enfoncer, ou si au contraire la surface est suffisamment solide pour soutenir votre poids. C’est ainsi que j’ai pris clairement conscience de l’origine du terme imbécile. Remontant au Moyen-Âge, l’imbécile est littéralement celui qui se déplace sans bâton. Il ne faut pas considérer la personne d’un certain âge ayant besoin d’une troisième jambe pour se mouvoir, mais plutôt du promeneur ou du pèlerin, faisant appel au bâton pour sonder son chemin et éviter d’être aspiré dans la fange et le bourbier.

Si, au début, le brouillard présent nimbant la frondaison des arbres donne un air de Brocéliande à cette forêt vierge, la pluie qui se met à tomber neutralise tous les charmes. Je n’ai que le temps d’enfiler ma veste, passer l’emballage étanche autour de mon sac que Toutatis se déchaîne, une averse drue se déverse sur les Coromandel Range. L’humus était déjà fortement imbibé, le voilà maintenant détrempé. Après avoir quitté la hutte, enfoncer mes souliers dans un peu d’humus m’embêtait déjà; maintenant peu m’importe si la boue monte que jusqu’au milieu des souliers, et d’ici quelques dizaines de minutes, je traverserai sans sourciller des zones marécageuses où l’eau arrive jusqu’au début des mollets. Seulement par deux fois des jurons s’échapperont de ma bouche lorsque j’enfoncerai semelles, chaussures, chevilles et mollets jusqu’au-dessous du genou dans une espèce de boue beige virant sur le brun composée d’humus décomposé et d’eau chargée en sédiments limoneux. La sensation gluante n’était pas des plus agréables, sans compter l’effort à fournir pour retirer sa jambe dans un grand bruit de succion. Mais la pluie abondante rincera rapidement shorts, mollets et chaussures : aucune trace extérieure ne restera de la mésaventure.

Un peu après avoir dépassé la mi-chemin, le sentier se détériore. La faute ne revient pas à la nature qui se serait déchaîné mais est imputable au forestier du DoC, qui, afin de venir débroussailler le chemin –  à la vue des traces ces derniers doivent utiliser un quad – creuse de gigantesques ornières, créant un andain de terre au milieu du chemin. Avec la pluie de cette nuit et de tout à l’heure, les deux ornières sont de véritables torrents, alors que la berne centrale, fraîchement constituée, s’écroule sous mes pas. Souliers enfoncés jusqu’à mi-hauteur, appuis délicats, sol glissant, la progression se fait plus lente. A moins de marcher à rythme plus que réduit, des gerbes d’éclaboussures aspergent les environs. Alors que mon pantalon avait réussi à garder une couleur noire, voilà que l’extrémité inférieure de chaque canon se teinte de beige. Peu à peu, la pluie cesse, mais il n’est pas encore question d’enlever les couches imperméables, fougères et arbustes, couverts d’eau, sont autant de piège à retardement.

Alors que je viens de franchir un tronçon spécialement humide, j’atteins l’orée. En contrebas, la forêt descend en pente douce dans le vallon; de part et d’autre, des flancs recouverts de végétation s’élèvent et se perdent dans les brumes; au loin, j’ai juste le temps d’apercevoir Firth of Thames avant qu’un nuage ne bouche à nouveau ma vue. Toutefois, le soleil commence à poindre, à ma verticale, la couverture s’est déchirée et laisse apercevoir le ciel bleu. D’ici quelques heures, le soleil brillera à nouveau pour quelques dizaines de minutes avant la prochaine ondée. Le chemin plonge à nouveau sous la canopée, la pente se fait légèrement plus raide, comme s’il était pressé d’arriver à Thames. Une bonne heure de marche plus tard et j’atteindrai les faubourgs. Je profite d’être à côté d’une rivière pour rincer mes souliers, nettoyer mes mollets et laver succinctement le bas de mes shorts, afin de faire meilleure figure pour l’étape suivante. Sur le bord de la SH25, je prends la pose officielle de l’autostoppeur désillusionné par le mauvais temps, le pouce levé, la veste entrouverte, le sac reposant négligemment sur l’une des jambes. Une, deux, trois voitures… La quatrième, au bout de dix minutes, s’arrête. Un couple de septuagénaire me ramène jusqu’à Te Puru. Chemin faisant nous discuterons de ma balade, des shegs – cormorans – se reposant sur les pierres à marée basse et de la météo pour la journée.

Déposé au bord de la route principale, 10 autres minutes me seront nécessaires pour rejoindre Hibiscus. Il pleut de nouveau, mais je ne sais point d’où proviennent ces gouttes: au-dessus de ma tête, le ciel est aussi bleu qu’en plein Sahara. Après avoir déposé mes affaires dans la cabine avant, je roule jusqu’aux plus proches toilettes publiques afin de faire un brin de nettoyage : chaussures, shorts, chaussettes, mollets, pieds, tout y passe. Rhabillé avec des vêtements, je reprends le chemin jusqu’à Thames, nommé par James Cook, car l’endroit lui rappelait le fleuve londonien.  En ce qui concerne la météo matinale, je ne peux qu’être d’accord. Alors que je parcours la vingtaine de kilomètres me séparant de la bourgade, le soleil se met à briller comme en plein été. Je m’arrêterai en chemin, m’installerai sur la grève en contrebas et profiterai d’une petite dizaine de minutes de parfaite procrastination à regarder les shegs tranquillement posés sur leur rocher, sans aucun souci.

Arrivé à Thames, je découvrirai que le Thames School of Mines Museum n’est malheureusement ouvert que du jeudi au dimanche. Il s’agit du dernier exemple existant encore sur les cinquante que comptait la péninsule à la fin du XIXe siècle. A défaut, je me rabattrai sur le musée historique local. J’y retrouverai l’histoire de l’exploitation aurifère, forestière, ainsi que des gumdiggers locaux. Mais j’apprendrai aussi que le nom de la péninsule provient du HMS Coromandel qui mouilla dans la baie, ainsi que de nombreux services en porcelaine de Chine qui étaient décorés avec des battements ou des scènes de la vie quotidienne de Thames. Un ou deux encarts me rafraîchiront la mémoire, comme le fait que Hotonui, la marae exposée à Auckland Museum, est celle gravée par la tribu ayant occupé Thames en 1878 et que la Nouvelle-Zélande fut le premier pays à accorder le droit de vote, en ce qui concerne les élections, aux femmes le 19 septembre 1893, le Nelson et l’Otago autorisant depuis 1867 les femmes propriétaires à exercer leur vote lors d’élections communales. Ou encore quelques nouveautés, comme ce poumon de fer, permettant de pallier une insuffisance respiratoire pour les nouveau-nés et les jeunes enfants. L’appareil ressemble à une véritable armoire frigorifique percée de deux hublots. Pour rien au monde, je n’aurai aimé être enfermé à l’intérieur de cet appareil.

En fin d’après-midi, je quitte les Coromandel et rejoins les rives situées de l’autre côté du Firth of Thames. Peu après Miranda, je m’arrête à proximité des marais afin de me prêter à l’observation ornithologique dans ce haut lieu pour volatiles migrants et locaux. Arrivé à la cache, un homme s’y trouve déjà, vêtu d’une tenue de camouflage. Kiwi, ayant vécu en Afrique, de retour dans son pays d’origine, ingénieur mécanicien de métier, féru d’oiseaux, il travaille bénévolement comme ornithologue pour le centre de faune aviaire de Miranda. Après avoir fait plus ample connaissance, il me demandera les raisons de mon arrêt et quels oiseaux j’ai déjà observé. A la première question, la réponse est double, d’une part la découverte, d’autre part, je ne me voyais pas passer en ligne droite de ce haut lieu d’observation avec un oncle ornithologue. A la deuxième, je me surprendrai moi-même avec le nombre d’oiseaux que j’ai vus ou entendus: pingouins, keas, albatros, tuis, fantails, morepork, robin, Oyestercatcher, sans compter les nombreuses mouettes, goélands et autres cormorans. Ce soir, je ferai la connaissance des Spoonbills, des oiseaux entièrement blancs, excepté la tête et le bec. A l’aide de ce dernier en forme de cuillère, il prospecte la vase en de lents mouvements semi-circulaires. J’apprendrai aussi à reconnaître les Wrybill au bec étrangement recourbé vers la droite.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J47 – Coromandel : des pâturages septentrionaux aux anciennes prairies montagnardes

27 06 2011

Crosbies Hut, Coromandel Range, 27 juin 2011, 17h00

Trajet : Fantail Bay – Te Puru – Crosbies Hut

D = 7212.1 km

L’aube pointe; je paresse encore un peu, regardant les noires découpes des branches sur le ciel rosissant, bien au chaud caché sous la couette. Pour un peu, je pourrais m’imaginer l’odeur de l’air marin en écoutant le léger ressac. Miel, beurre, confiture, définitivement ce pain aux noix est un véritable délice. J’avais déjà découvert des pains pas si mauvais, à croûte ferme, mais celui-ci mérite tous les honneurs en Nouvelle-Zélande.

Quelques kilomètres me séparent encore de Cape Colville, au nord du Far North des Coromandel. Après avoir longé la côte, la route escalade le promontoire. Au passage j’admire quelques pohutukawa se cramponnant à flanc de montagne. Je découvre aussi des pâturages, où paissent tranquillement des modzons, dont la pente ne peut être qu’enviée par les drus valaisans. Arrivé au sommet, les lueurs du soleil levant teintent d’orange les prés, alors qu’en contrebas le vallon est encore plongé dans l’ombre; le sable de la plage, drapé dans un voile gris, ne resplendit pas au soleil.

Un premier val, puis un deuxième. A chaque fois, je redescends au niveau de la mer, traversant sans hésiter à gué les petites rivières. Un dernier vallon et j’arrive à Fletcher Bay. A ma gauche, Cape Colville n’est pas un promontoire bien menaçant, je préfère de loin la pointe rocheuse plus à l’ouest. Un petit sentier tracé m’invitera à une petite ballade. Longeant la crête, au sommet d’abruptes pentes herbeuses, se terminant par quelques rochers avant d’atteindre la mer, je domine l’océan. Aucun bruit, si ce n’est le bruissement du vent dans l’herbe haute. Les rayons solaires, absorbés par mon pull noir, irradient d’une douce chaleur. Les prés verdoyant occupent un paysage vallonné. Bosquets ou arbres isolés dressent leurs squelettes, torturés par le vent, dans ces prairies accueillantes. Seules les clôtures marquent de leur droiture le paysage aux formes arrondies. Il s’agit d’un de ces moments intemporels, un peu comme à Akaroa, au Red Tarns (Aoraki/Mt Cook), à Luxmore Point… où je n’ai que l’envie de me coucher, sentir les brins d’herbe chatouiller ma nuque,  et attendre le temps qui passe. J’adore cette sensation d’éternité, que rien de mal ne peut se produire, par ces journées d’été indien, aux températures si douces, malgré la saison.

Mais il faut continuer, de nouveau roulant vers le Sud, le long du rivage, suivant le chemin inverse de hier soir. Les paysages sont magnifiques : la route est nichée au bord de la rive, tantôt incrustée dans le coteau presque vertical, tantôt s’étalant dans la plaine d’un large val, déroulant son ruban d’asphalte à l’ombre des pohutukawas Le jeu d’ombre et de lumière, les couleurs ocres de la terre, la mer bleu turquoise, les pointes rocheuses émergeant des flots, cette route de corniche me rappelle la Côte d’Azur, pas loin d’Agay. Que de bons souvenirs lorsque mes parents m’y avaient emmené, quand je n’étais encore qu’un gamin. Whangaahei, Colville, puis retour à Coromandel Town en passant par l’intérieur des terres.

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 20h15

Trois kilomètres plus au sud, j’emprunte la SH309, la mythique 309. Une route de gravier reliant les deux côtes des Coromandel, en coupant à travers les montagnes centrales entre bushs primitifs et pinèdes, 22 kilomètres dont 12 de graviers.

Au début de la route, un panneau résume les dangers : les conducteurs doivent être attentifs sur ces routes gravillonnées aux tracés sinueux, à la largeur restreinte et aux côtes importantes. Je suppose que l’attrait mythique de cette route a mené bon nombre de conducteurs touristiques à l’accident sur son tracé, car j’ai trouvé la conduite sur cette route bien moins pénible que sur bon nombre d’autres gravel road. L’habitude, sans doute, car mon cumul de kilométrage sur de telles routes n’est plus négligeable. Ne m’attendant pas à un paysage différent de ce que j’avais observé des forêts des Coromandel, je ne fus pas déçu. Au début, la route étend la fin de son ruban bitumeux au travers des pinèdes. Dès que le gravier remplace le goudron, la jungle luxuriante fait son apparition : ratas, rimus, arbres-fougères… et les autres végétaux faisant parties de la panoplie habituelle. Dans le lointain surgit à contre jour Castel Rock, un escarpement rocheux à l’allure massive. Quelques kilomètres plus loin, j’admire Waiau Falls, une petite chute d’eau, avant qu’une petite balade m’amène jusqu’aux kauris. Ils dressent leur haute silhouette caractéristique bien au-dessus de la frondaison de la forêt environnante. Multimillénaires, ils font partie des derniers survivants qui ont échappé à l’industrie forestière de la fin du XIXe siècle. La raison très simple est encore une preuve de la vénalité humaine: le classement minier du sous-sol de la région rendait impossible l’exploitation des arbres. La levée de cette ordonnance ne datant que du dernier quart du XXe siècle, l’industrie forestière était enfin devenue plus responsable.

Après-avoir fait demi-tour, je rejoins à nouveau la SH25, direction Thames. Je traîne un peu en chemin, question d’admirer ce paysage magnifique. Soleil, mer turquoise, route ombragée, fenêtre ouverte, de véritables vacances. J’arrive à Te Puru un peu avant treize heure. Après avoir rangé de façon très négligée vivres, sac de couchage, réchaud, habits chauds dans mon sac à dos, me voilà parti en direction de Crosbies Hut. Je prends le temps de lire les instructions de marche sur le panneau indicatif du DoC : quelques traversées de ruisseaux, la montée jusqu’à Crosbies Clearing peut être boueuse par temps de pluie, et la végétation peut être dense par endroits. Aucun aspect bien effrayant. Les trois traversées de rivière ont lieu successivement sur le premier kilomètre. Si les deux premières sont plus que faciles, la dernière s’avère plus délicate. La largeur du lit est moins importante et donc d’autant plus profonde. L’eau fraîche montant plus haut qu’à mi-cuisse, je suis bien content d’avoir retiré mon short par simple précaution.

A partir de cet instant, le chemin ne cessera de monter jusqu’à la clairière de Crosbies (Crosbies Clearing). A travers la véritable forêt dense et profonde des Coromandel, le tracé grimpe ardemment le flanc de la montagne. La côte est raide ; la végétation luxuriante a envahi le chemin ; des troncs abattus recouverts d’une sorte de lierre sont à escalader ; des lianes rampent sur le sol, formant autant de croche-pieds ; le sol limoneux est particulièrement glissant. La randonnée n’est pas de tout repos. Au trois-quarts de la montée, un replat aurait pu permettre un temps de repos, si le sol n’était pas constitué d’une fange. Ce sera la première fois de tout mon voyage que je rangerai mon appareil photographique dans le sac et me saisirai d’un bâton pour sonder la profondeur du bourbier devant mes pas et m’aider à choisir le meilleur emplacement pour mes pas. Loin de me déplaire, ce chemin ressemble à l’idée que je me faisais d’une randonnée dans une forêt primitive : boue, végétation abondante, difficulté de progression… un véritable tout. Arrivé à l’intersection de Crosbies Clearing, je n’aurai qu’un gros quart-heure d’avance sur le temps préconisé par le DoC. Finalement, le DoC prépare très bien les chemins uniquement dans les zones touristiques; partout ailleurs, il ne fait que les entretenir en les débroussaillant de temps à autres. Une nouvelle que je mettrai à mon profit si je reviens en Nouvelle-Zélande.

A partir de Crosbies Clearing, le chemin longe la crête de la chaîne des Coromandel. La végétation a changé du tout au tout : la jungle a complètement disparu, remplacée par un bush de manukas et de fougères, essaimé de petites clairières, le tout poussant sur un sol marécageux. Lorsque je parle d’une crête, il faut penser en terme jurassien, plutôt que valaisan. Aucune dérupe de part et d’autre d’une étroite arête, plutôt un long replat arrondi qui couronne la montagne. La vue sur les environs est toujours portée aux abonnés absents; par contre, le ciel a changé de couleur: du bleu éclatant il y a deux bonnes heures, il s’est drapé d’un gris sombre. Si la montée jusqu’à la clairière fût rude, par endroit, la traversée de portions marécageuses est plus qu’ardue. Dans la plus pure tradition d’Indiana Jones, le sol se dérobe sous votre pied, l’eau stagnante grimpant jusqu’à mi-mollet. Des rondins de bois posés en travers du chemin, dont le but initial est de le rendre plus solide, flottent en réalité entre deux eaux et s’enfoncent sous votre poids. De petits étangs, colonisés par des algues vertes, doivent être franchis en marchant délicatement sur les bords, alors que ces derniers s’affaissent doucement. Des mousses, à l’allure ferme, s’avèrent de véritables pièges spongieux, aspirant votre soulier. Une véritable aventure.

Chemin faisant, je rejoins un groupe de six kiwis, trois couples, dont le but est aussi Crosbies Hut. Je les laisserai progresser à leur rythme et me hâterai jusqu’à la cabane. Les 200 derniers mètres grimpent comme il n’est pas permis entre deux haies de manukas sur un sol détrempé, dont les touffes d’herbes s’arrachent sous vos pieds. Quelques derniers pas, et me voilà arrivé au sommet. Si en Suisse les refuges sont construits à l’abri du vent, en Nouvelle-Zélande, la vue prime. Crosbies Hut est construite au sommet d’une éminence à 628 mètres au-dessus de la mer. Bâtie en 2010, son architecture est résolument moderne avec un toit presque plat, deux parois rouges, et de grandes fenêtres donnant sur le couchant. Arrivé à destination, une fois mes souliers troqués contre mes tongues, je me dirige vers le bûcher pour préparer du petit bois. Alors que l’équipe néo-zélandaise arrive, le feu ronfle déjà dans la cheminée. Au-dessus du poêlon, mes pâtes sont mises à réchauffer; d’ici deux bonnes heures le repas sera prêt.

Une fois les présentations effectuées, je discuterai un grand moment avec Claire et Tom, l’un des couples. M’ayant appris que le centre du DoC de Kauaeranga Valley est fermé, je modifie mes plans initiaux. Plutôt que de descendre par Booms Flat au fond de la vallée et faire du stop depuis le centre – ce qui risque de fonctionner plutôt difficilement – j’emprunterai un autre chemin qui me mènera directement jusqu’à Thames. De là, il me sera plus facile de trouver une voiture pour remonter jusqu’à Te Puru. Profitant du calme de la cabane, je mets à jour mes quelques notes, et observe mes compagnons. Alors qu’il s’agit d’une bande de potes, je serai très surpris de voir que chaque couple, l’un après l’autre, prépare son repas. D’autant plus quand je verrai que chacun a amené sa propre bouteille de gaz et de réchaud. Je n’arrive pas à comprendre qu’ils ne se soient pas mis d’accord pour un repas communautaire et porter le moins possible ou au contraire, pouvoir emporter un apéro ou autres petits trucs à grignoter. Curieuse coutume. Je n’ai pas l’impression de me fondre dans le décor avec ma bière et mes petites tartines beurrées pour l’entrée.

Avant d’aller au lit, je trouve un fascicule intéressant qui raconte l’histoire de Crosbies Clearing, et surtout éclaire d’un jour nouveau la végétation si particulière. Sans entrer dans les détails, l’écossais Thomas Hunter Crosbies établit une petite ferme dans les environs en 1880. Si quatre autres blocs de 300 acres furent constitués, seul celui des Crosbies fut occupé de façon significative, malgré l’absence de route pour y accéder. Le bloc changea ensuite deux fois de propriétaire durant le premier quart du XXe siècle. A partir de 1976, il fut jugé que, la forêt ayant reconquis les terres, le droit de propriété tombe Aujourd’hui, seuls quelques vestiges restent comme les deux tôles ondulées rouillant dans un coin de forêt. Un autre feuillet m’apprend qu’un registre national tient à jour la localisation des artefacts rémanents de la colonisation : pour chaque objet, l’utilité ainsi que les coordonnées géographiques sont enregistrées.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J46 – Plages des Coromandel

26 06 2011

Fantail Bay, dimanche 26 juin 2011, 20h40
Trajet : Broken Hills – Fantail Bay
D = 7070.3 km

Cela faisait bien quelques semaines que je ne m’étais plus levé longtemps avant le soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, je suis fin prêt à partir. En attendant que la luminosité devienne suffisante pour apprécier le paysage, je rejoins une petite goulotte que j’avais découverte hier au pied d’une cascade. L’eau y est fraîche, mais cette baignoire naturelle me convient parfaitement pour faire plus qu’un brin de toilette.

Premier arrêt de la journée quelques centaines de mètres en contrebas dans la vallée : une petite balade digestive jusqu’aux reliques des batteries de Broken Hills. Deux blocs recouverts de mousse, dont le béton commence à se désagréger : pas des plus intéressants. De retour sur la route goudronnée, je rejoins la côte à Tairu. Les derniers méandres de l’eau, s’écoulant dans la vaste baie intérieure, étincèlent sous le soleil levant. Au loin Paku Hill domine de sa noire silhouette vase et navires échoués. Un petit détour m’amène presque jusqu’au sommet de la colline. Le temps de grimper quatre à quatre des escaliers et j’atteins la pointe de cet ancien volcan.  La vue est tout simplement magnifique. Du sud au nord, la côte déchiquetée des Coromandel s’étend : plages, falaises, haut-fond, et mer turquoise. Au large, îles, îlots, et roches se dressent au-dessus des flots. A l’horizon, le ciel rosi par le petit matin est maculé de fins nuages blancs. A l’ouest, les montagnes des Coromandel : Pinnacles et Table Mountain se perdent dans le brouillard. Définitivement, je manque de chance pour observer les sommets en Nouvelle-Zélande.

Il est temps de poursuivre mon chemin avant que la marée montante ne me permette plus de profiter des merveilles de la nature. Du sommet des collines, entre forêt dense et terre rouge, une route secondaire coupe à travers les pâturages, avant de se terminer à Hot Water Beach. Jamais une plage n’a aussi bien porté son nom. Durant les deux heures de la marée basse, les sources d’eau chaude résurgentes de dessous la plage sont apparentes. Il ne reste plus qu’à creuser son propre jacuzzi dans le sable. Le choix de la position est une question de finesse : loin du front de la marée, la piscine durera plus longtemps, mais aucune vague ne viendra tempérer l’eau. Or, l’eau est chaude, très chaude. A mesure que je m’approche des sources, je sens le sable sous mes pieds devenir de plus en plus chaud. Une place étant disponible dans le trou communautaire, je m’installe confortablement. Un vrai bonheur à côté duquel le bain froid de ce matin est rétrogradé avec le qualificatif de glacial. Une demi-heure après, lors de ma sortie, j’ai sûrement la même impression qu’un homard sur le point de se faire déguster : cuit à point. Peu après, les vagues commencent à avoir raison de la digue, et le jacuzzi se fait peu à peu avaler par l’océan.

Le temps de gagner Cathedral Cove, encore un autre lieu magique de la Nouvelle-Zélande, dont le nom provient de la présence d’une arche naturelle, creusée par la mer dans la falaise de molasse. Sur le parking, un panneau du DoC préconise d’éviter de pénétrer sous la voûte, car cette dernière se désagrège peu à peu. Au début du sentier, une plateforme permet d’observer la côte en direction de la merveille. Des eaux turquoises baignent des falaises beiges, surmontées d’une couronne végétale, où le vert clair des fougères contraste avec le vert foncé des arbres. Le chemin serpente entre orée de forêts et pâturages, manukas, tanukas et autres taillis peuplant les landes s’avançant sur les promontoires. Quelques volées d’escaliers et mes pieds foulent le sable fin. La première impression est paradisiaque, avec ces contrastes colorés : une mer limpide, une longue voûte élégante en arc brisé, des sculptures délicates, œuvres du vent et de la mer, cette cascade ruisselant depuis le sommet de la falaise… Mais cette impression disparaît peu à peu car l’endroit est trop peuplé. Je n’ose imaginer la populace présente en plein été.

Ce sera la première fois que je transgresserai une prescription de sécurité du DoC, mais l’attrait d’emporter un souvenir plus isolé de cette endroit m’amène à passer outre les cordes jaunes, comme de nombreux touristes avant moi à voir les empreintes présentes. Un pas pressé pour traverser et me voilà de l’autre côté de la merveille. Si l’endroit n’est pas non plus complètement désert, l’arche n’apparaît plus à contre jour. Plus loin, un pilier isolé, aux pieds rongés par les vagues, se dresse à quelques mètres de la plage, vestige d’une ancienne voûte. Je regrette la présence de ces cordes de sécurité et les panneaux de mise en garde: il est bien difficile de trouver un cadrage intéressant, tout en évitant que ces éléments apparaissent sur la photographie. De retour de l’autre côté, j’attendrai patiemment qu’asiatiques et indiens, sans doute débarqués de quelques cars à vocation touristique, évacuent les lieux pour profiter de l’arc-en-ciel qui se déploie au pied de la chute d’eau. Une petite portion où les cinq couleurs apparaissent de manière éclatante, selon un angle de vision bien restreint. Magie que nombre de touristes n’ont pas su apercevoir. Sur le chemin du retour, je descendrai jusqu’aux deux autres baies. La première, Stingray Bay, est celle observée depuis le parking, une demi-lune ; la deuxième Gemstone Bay porte bien son nom, car au lieu du sable fin, des boulders, rochers aux formes arrondies de toutes tailles, forment une grève avenante, mais délaissée des touristes malgré une eau aussi translucide que dans les autres criques.

Avant de rejoindre la SH25, un détour me mène à Purangi Estate. Je me posais bien des questions sur la présence de cette cave dans une région au climat humide (3 à 4000 mm/an), tout sauf propice à la vigne. Peut-être que les raisins sont vendangés dans une vigne plus au sud et vinifiés ici? Une pratique courante en Nouvelle-Zélande où la récolte peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’être pressée. Purangi Estate produit du vin local: les fruits sont tous issus de vignobles poussant sur la péninsule. Je vous passerai les détails cette fois : sauvignon blanc, chardonnay ou encore pinot noir ne développent par les saveurs de leurs cousins méridionaux: un final très acide pour les blancs et une amertume prononcée pour le rouge ne m’emballent pas. Les producteurs, conscients de leurs problèmes, se sont recentrés sur d’autres produits : liqueur de prunes, feijoas – excellente – ou de miel de manuka – une merveille -, arak ou pastis, cidre de pommes ou de feijoas, vins de kiwi, … Le choix est large. Après avoir testé leur produit populaire, je dois reconnaître que la qualité est bien meilleure que celle de leur vin. Pour la petite histoire, alors que je savais que le kiwi est originaire de Chine, je supposais que le feijoa, malgré son nom, était un pur produit néozélandais. Mais cette plante fut à l’origine ramenée du Brésil et de l’Uruguay en Europe pour ses fleurs rouges très ornementales, avant d’être amenée sur Aotearoa par les colons. La fleur rouge du feijoa, si belle, se confond avec celle des pohutukawas, si bien que son aspect décoratif a disparu. C’est à ce moment que les colons ont remarqué la présence des excellents fruits. Aujourd’hui, il est encore possible de trouver des feijoas sur le Vieux-Continent, en Espagne, Italie ou le Sud de la France, où l’arbre n’est toujours qu’apprécié pour sa floraison.

Sur les conseils de Dani, l’un des producteurs, je me rends jusqu’à Shakespeare Cliff, du sommet duquel la vue porte sur tout Mercury Bay. Une fois de plus, le nom fut donné par le Capitaine Cook, lorsque ce dernier ancra l’Endeavour dans cette baie afin d’y observer le transit de Mercure du 5 au 15 septembre 1769. La vue est réellement magnifique et permet de prendre conscience de l’immensité de cette baie, partagée en deux par ce promontoire élevé. 40 kilomètres seront nécessaires pour gagner Whitianga, situé de l’autre côté, où je remplirai une dernière fois le réservoir d’Hibiscus. Après avoir coupé à travers les terres, escaladant les collines, je quitte la SH25 à Kuaotunu et m’engage sur une route gravillonnée en direction de l’est. Les montées sont encore plus impressionnantes: je n’atteindrai péniblement que les 25 [km/h] par endroits. Mais le jeu en vaut largement la chandelle: je découvre à Otama une longue plage de sable blanc, si fin que j’ai l’impression de marcher dans de la silice colloïdal. Sous mes pas, le crissement aigu des grains se fait entendre à chaque enjambée, lorsque mes souliers marquent la plage de leurs empreintes. Je roulerai jusqu’à Opito Bay, où le Lonely Planet décrit la plage comme l’un des secrets jalousement gardé des Coromandel. Pour ma part, je considère que la précédente est bien plus magique.

De retour sur la SH25, je flâne le long de la côte pour profiter de quelques avancées rocheuses, parfois occupées par des locaux pêchant ou profitant de tricoter au soleil. De retour dans les terres, je suis le rivage de Whangapoua Harbour, une immense rade découverte à marée basse, jusqu’au village éponyme où la route se termine en cul-de-sac. Mais, de là, il est possible de gagner New Chums Bay, une plage presque toujours déserte. L’accès semble relativement aisé, excepté le premier obstacle, une rivière à traverser. La marée étant haute, la profondeur du cours d’eau est d’autant plus élevée. Un local me confirme qu’il s’agit bien de l’unique chemin. Il me met en garde contre le crépuscule qui sera là d’ici une bonne heure et que le retour peut s’avérer quelque peu scabreux de nuit sur les boulders de la grève. La frontale accrochée à mon sac le rassurera, et, juste avant de partir me lance un « profitez bien de cette plage, elle est classée dans les sept plus belles du monde ». Chemin faisant, je rencontre trois gars – un montréalais et deux bulgares – cascadeurs durant le tournage de Spartacus, une série télévisée. Cascadeurs de profession, mais de véritables poules mouillées à entendre leurs cris lorsqu’il s’agit de traverser une fraîche rivière. Chemin faisant, je les laisserai bien derrière, et arriverai à New Chums avec les derniers rayons du soleil. Une véritable splendeur, sans doute la plus belle plage que j’aie vue : forêt exubérante, le sable fin et blanc du sommet des dunes devenant plus grossier et se teintant de pourpre au niveau de l’eau, falaise ornée de cailloux, présentant des strates multicolores – noir, blanc, orange, ocre et même rouge –, parois basaltique, blocs épars sur la plage, dont la coloration si cramoisie de l’un le fait paraître artificiel. Je n’aurai qu’un seul regret: celui d’être arrivé après le couchant. De jour, les couleurs ravivées par le soleil doivent être grandioses. Au retour, j’escaladerai la tête, située à l’est de la baie. La vue sur la plage en contrebas vaut l’effort fourni pour y arriver. Je n’y resterai pas longtemps, juste encore quelques minutes en raison du panorama, se terminant avec les crêtes des montagnes se découpant dans le ciel orangé.

De retour à Hibiscus, alors que l’obscurité voile le paysage, deux choix s’offrent à moi. Le premier est de trouver un coin peu éloigné pour y camper et revenir à New Chums demain matin pour profiter de cette merveille, au risque d’une amende salée pour camping sauvage de la part de la vigilante police des Coromandel, ou simplement suivre mon plan initial et rouler jusqu’à Fantail Bay, situé presque au bout des Coromandel. Malgré les huitante kilomètres restant à parcourir, la deuxième solution l’emportera. A l’instant où je franchis le col me menant sur la côte ouest, je crois être retourné d’une demi-heure dans le passé, tant la luminosité est redevenue plus importante. Toutefois, le répit ne sera que de courte durée: un voile sombre s’étendra sur Coromandel Harbour et son chapelet d’îles bien rapidement. A Coromandel Town, il ne me reste plus que 25 kilomètres de routes goudronnées à parcourir, avant d’entamer les 23 derniers sur le graviers. La route se tortille au gré des caprices costaux, grimpe, descend, vire à gauche, se courbe à droite, une vraie montagne russe.

Arrivé enfin aux environs de dix-neuf heure, je me parque au bord de l’eau, de manière à ce que le bruit des vagues me berce durant la nuit. Pour souper, avocat en apéro, steak de bœuf, carottes vichy et kumaras grillés aux petits oignons, le tout accompagné d’un ou deux verres de Pinot Noir de l’Otago Central. Et pour dessert, j’ai réussi à trouver un véritable pain aux noix, à la croûte croustillante. Beurré, accompagné du cheddar goûteux et d’un bleu succulent, un vrai régal.

Après souper, la question de ces deux prochains jours se pose. Je décide de passer une dernière nuit en cabane, demain, dans les Coromandel Range. Une randonnée de quatre heures pour y aller, après avoir découvert le Far North de cette péninsule en matinée. En prévision, je retourne derrière mon fourneau à un seul feu préparer mon repas pour demain soir. La facilité du réchauffé permet d’avoir un bon petit plat mitonné, après une dure journée de marche, sans avoir à cuisiner.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J45 – Coromandel

25 06 2011

Katikati, samedi 25 juin 2011, 18h50

Trajet : Katikati – Broken Hills

D = 6828.4 km

La nuit fut loin d’être paisible: entre des courses de voitures, effectuées de manière nocturne et officieuses sur la SH2, entre minuit et 2 heure, un véhicule venu jouer de sa pédale d’accélérateur juste à côté de mon campervan peu après 3 heure de matin, comme si ma présence le dérangeait. Et enfin, le doux canon de cocoricos entamés par les coqs à partir de 5h30 du matin. Après un petit déjeuner matinal, je visite Katikati, reconnue pour ses fresques. Au gré des murs, j’apprends l’histoire de la ville, des personnages principaux et diverses anecdotes hors du commun. Ainsi, avant l’arrivée du train, le véhicule à huit places desservant Waihi, embarqua jusqu’à 21 personnes, celle allongée sur le capot devant dicter la route au conducteur. Bien entendu, lors de chaque montée, les passagers étaient priés de descendre afin que la voiture arrive au sommet de la côte. J’y découvrirai aussi un chemin, dans la plus pure tradition zen, serpentant entre cours d’eau, arbres, maisons…. Des cailloux gravés d’haïku, ces poèmes d’origine japonaise se résumant à trois vers, ponctuent la progression du flâneur vers la tranquillité de l’âme.

De retour sur la SH2, en raison de l’heure matinale pour ce samedi matin, je roule presque seul sur la route. Aucun autre conducteur, pressé de rentrer après sa longue journée de travail, ne me fait des appels de phares. Si le paysage n’est pas des plus folichons, je me concentre suffisamment sur la direction du campervan, pour ne pas y prêter attention. Le vent souffle avec vigueur, des rafales violentes balaient la plaine, les nuages sont soufflés au loin et le soleil brille à nouveau. Il est à peine 9h00 quand j’arrive à Waihi. Un passage à l’office du tourisme me permet de m’enquérir de la météo, ainsi que d’apprendre par mes interlocutrices, toutes du troisième âge, que le bureau fonctionne sur le volontariat. Fondée en 1878, suite à la découverte d’un filon d’or, suite à des améliorations technologiques, Waihi devint en 1890 la troisième plus grande colonie à l’intérieur des terres avec une population dépassant les 7000 âmes. En 1952, lorsque l’exploitation du filon Martha Mine cessa, 174.16 tonnes d’or et 11.932 millions kilogrammes d’argent ont été extraits de la mine grâce à 175 kilomètres de tunnels, s’enfonçant jusqu’à 600 mètres sous la surface. En 1912, la population décrut brutalement avec l’arrivée de machines industrielles pour l’exploitation, et se stabilisa malgré la fermeture de la mine. En 1987, l’exploitation reprit à nouveau avec des technologies modernes. Au lieu de creuser des tunnels, la mine est excavée à ciel ouvert, conduisant à la création d’un trou profond de 250 mètres, soit 100 mètres sous le niveau de la mer, long d’environ 1 kilomètre et large de 500 mètres.

Le spectacle est impressionnant : les parois sont constituées de gradins à 45°. Ocre, beige ou recouvert de coulures blanchâtres, le paysage est de temps en temps ponctué de touches vertes, lorsque la végétation a pris possession des replats. Mais dans cet univers industriel, l’humain a le dernier mot : explosifs, pelleteuses, camions Caterpillar sont les maîtres de ces endroits. Pour le moment tout du moins. La mine se tarit peu à peu, et aujourd’hui, les limites de la rentabilité sont atteintes avec seulement 6 grammes d’or extraits pour 1 tonne de matériaux bruts. L’avenir est toutefois déjà planifié: la mine sera transformée en un lac artificiel, propice à la baignade, la pêche ou la flânerie sur ses berges. Toutefois, il faudra compter entre dix et vingt ans afin de remplir la gigantesque baignoire. Afin d’en prendre complètement mesure, je parcours le chemin suivant la crête de la mine. Le début est marqué par la présence du bâtiment de pompage n°5 de l’ancienne mine,  pouvant extraire jusqu’à 9 millions de litres par jour. Afin de préserver ce bâtiment, classé comme historique, lors de la reprise de l’exploitation, il était nécessaire de le déplacer. Monté sur des patins en téflon, glissant sur des rails d’acier, le bâtiment a été repositionné à 300 mètres de sa position initiale.  Si la première moitié du chemin est fantastique avec une vue exceptionnelle sur la mine, la présence d’un Caterpillar 777, des panneaux didactiques intéressants, une fois traversée la plantation de jeunes kauris, où des manukas en fleurs s’épanouissent, la balade, tracée à travers des pâturages, devient moins intéressante.

Note du jeudi 30 juin 2011, à 11h20 : la suite est consignée dans mon précieux carnet actuellement en route pour la Suisse. Comme mon vol va durer trois heures, j’aurai sans doute le temps de vous raconter la fin de cette journée cette après-midi (jeudi 30 juin 2011)

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J43 – Taupo

23 06 2011

Cybershed, Taupo, jeudi 23 juin 2011, 18h00

Trajet : Napier – Taupo

D = 6464.5 km

Lors de son lever, le soleil profite d’embraser le ciel. Si l’augure s’avère juste, il risque de pleuvoir avant la mi-journée. Je retourne déambuler dans les rues de Napier pendant une bonne heure, remarquant tel ou tel détail qui était passé inaperçu, le caractère frank-lloydien d’un des immeubles, reconstruit en briques et non en béton comme tous les autres. Je m’intéresse bien plus au bâtiment occupé aujourd’hui par l’ASB dont les motifs Art Déco sont purement d’inspiration maorie. Ainsi le bandeau au-dessus des fenêtres est une variation du symbole représentant les vagues, alors qu’au sommet des façades des moulures sont la copie exacte d’un motif couramment utilisé dans la sculpture traditionnelle.  A peine neuf heure, et j’ai déjà arpenté deux fois les rues intéressantes, trois si l’on compte ma première visite de hier. Je décide de me mettre en route pour Taupo, au lieu de patienter encore une heure trente avant une des visites guidées de la ville.

Avant de partir, un détour dans les faubourgs du port de Napier m’amène au National Tobacco Compagny Building, considéré comme la pièce maîtresse Art-Déco de la région. Construit en 1933, si le style principal est résolument Art-Déco, dans ses formes géométriques, il se combine avec des détails typés Art Nouveau, notamment des motifs floraux. L’entrée de la bâtisse attire à elle seule tous les regards. Quelques marches, décorées de mosaïques, rejoignent un perron sur lequel donne une immense porte en arche. Les lignes verticales des battants sont élégamment adoucies par des roses sculptées et de la vigne dont les sarments savamment ciselés brisent la rigidité de la géométrie. Ouvert au public, je découvre le vestibule, une salle à la décoration ostentatoire, où les matériaux nobles – marbre, bois – se fondent avec le décor – plafond mouluré, vitres embellies de détails colorés, encadrement sculpté –. Le tout éclairé par une verrière en forme de dôme, décorée de roses. Un véritable régal pour les yeux.

De retour sur la Thermal Explorer Highway, la route touristique reliant Auckland à Napier passe par les régions à forte activité géothermique de Nouvelle-Zélande.  Après avoir longé une dernière fois le rivage d’Hawke Bay, je laisse l’Océan Pacifique dans mon sillage, direction Taupo. La SH2 déroule son large ruban à flanc de collines, épousant la topologie du terrain. Courbe, contrecourbe… les rayons de courbures sont importants: voitures et camions abordent les courbes sans même freiner, les passant tout en douceur. Enfin, tant que la côte n’était pas trop importante, car le plateau est loin d’être plat. Deux chaînes collinéennes à traverser; et comme le pays ne connaît que rarement la neige à cette altitude, le génie kiwi n’a rien trouvé de mieux que d’escalader les monticules, plutôt que dessiner une route grimpant gentiment en lacet. Résultat: Hibiscus atteindra rarement les 40 km/h dans les montées, malgré ses dizaines de chevaux déchaînés sous le capot. A l’inverse, une fois le col passé, le frein passe presque à travers le plancher pour ne pas dépasser les vitesses réglementaires.

Je ne vous ai pas encore parlé du paysage, sans doute parce qu’il n’en vaut pas tellement la peine. Très vite, une petite bruine s’est mise à tomber et se transformera par intermittence en inverse. Le paysage est noyé dans les nuages et la brume. Alors que je devrais distinguer au loin, au sommet des côtes, la silhouette caractéristique des volcans Ruapehu, Tongariro et Ngauruhoe, seul un mur blanc se dresse à l’horizon. La route passe à travers l’une des plus grandes forêts exploitées, où les pins dressent leur cime à intervalles réguliers, à moins que les collines ne présentent de sombres flancs dévastés par une coupe rase. De retour en plaine, les pâturages étendent leur royaume entre deux bosquets de podocarpes. J’aborde enfin une portion plus sauvage, mêlant praires marécageuses de montagne et landes couvertes d’arbustes. A l’approche de Taupo, la forêt naturelle reprend ses droits, régénérée après des années d’exploitation coloniale.

Peu d’arrêts intéressants rythmeront le trajet, même si des panneaux portant la mention « Heritage Trail » (chemin du patrimoine ») pointent régulièrement sur des routes secondaires. Après avoir visité « wilderness hut », une simple cabane de bois, sans rien de particulier, située aujourd’hui à côté d’une route, je décide de ne plus me dérouter à moins que l’inscription ne m’interpelle particulièrement. Le premier arrêt devait être pour prendre un bain dans les sources chaudes de Tarawera, afin d’éliminer le sel qui me colle à la peau depuis ma baignade matinale à Hawke Bay. Toutefois, le DoC prie les gens de ne pas s’en approcher, car le terrain est devenu instable. Quinze kilomètres plus loin, un panneau indicateur signale l’existence de chutes d’eau avec un point de vue. Bien qu’assis dans la voiture je puisse profiter pleinement du panorama, je profiterai de me dégourdir les jambes. Toutefois, aucune ballade ne semble partir depuis le parking. Peu avant, à la suite du passage d’un pont, au niveau duquel des écriteaux indiquaient sa vérification prochaine, du 27 juin au 12 août, je me suis glissé sous son tablier. Enjambant le large canyon de Mohaka River, le pont est constitué d’un entrelacs métallique. En s’aventurant sur la passerelle pour piéton, située sous la chaussée, il est possible de ressentir les vibrations du pont au passage d’une simple voiture. Plus impressionnant encore, le passage d’un camion-remorque de plus de 40 tonnes déclenche une symphonie de grincement.

J’arrive enfin à Opepe, situé 20 kilomètres avant Taupo. Bien que l’emplacement fasse partie de « l’Heritage Trail », je décide de m’y arrêter. Mark Pickering y recommande de s’y balader. Le chemin pénètre dans le bush qui recouvre tout le paysage. Fougères et arbres-fougères poussent à profusion, seuls quelques rimus et autres matais, épargnés par la scie des bûcherons, élèvent encore leur tronc dans la forêt. De-ci, de-là, je découvre quelques vestiges du passé, comme cette fosse creusée où descendait l’un des bûcherons, tenant la poignée inférieur de la scie, l’autre étant maintenue par son collègue à califourchon sur le tronc de grand diamètre. Finalement, la découverte la plus importante sera les anciennes barrières, au bois rongés par l’humidité. Lors des guerres néo-zélandaises, afin de protéger la ligne télégraphique, ainsi que les colons sur la route reliant Taupo à Napier, Te Kooti, le leader maori du Waikato, opposé militairement aux blancs, fit construire une tranchée et ériger une simple barrière . Avant sa construction et celle d’une caserne abritant une force armée, Te Kooti tua lors d’une escarmouche neuf des quatorze hommes de la cavalerie coloniale. Je découvrirai les tombes de ces braves soldats, tombés le 7 juin 1869.

J’arrive à Taupo en tout début d’après-midi. Un rapide passage à l’office du tourisme fera de cette journée la plus triste que j’aie vécue en Nouvelle-Zélande. Alors que j’espérais que l’éclaircie annoncée pour demain aller se développer, j’apprends que les dernières nouvelles prévoient plutôt un temps humide pour ces prochains jours. La limite neigeuse devrait même descendre jusqu’à 1000 mètres avec des vents à plus de 60 kilomètres/heure. J’avais espéré cette éclaircie afin d’accomplir le Tongariro Alpine Crossing. Aujourd’hui, je crois bien qu’il me sera impossible de randonner le long de ce magnifique chemin. Mais voyons le côté positif, cela fait une excellente excuse pour revenir en Nouvelle-Zélande à moyen terme.

Dehors, tantôt il bruine, tantôt il pleut. Je décide de me réfugier au musée de Taupo. J’y découvrirai l’œuvre de deux artistes. Si les tableaux de l’un ne me touchent que peu, les travaux de l’autre sont plus intéressants. Jupes et capes maories traditionnelles sont tissées selon les méthodes ancestrales. Formes innovatrices et motifs contemporains en font des objets particulièrement esthétiques. L’autre partie du musée est consacrée à l’histoire de Taupo, allant de l’arrivée des colons qui considèrent la ville comme un point stratégique lors de la lutte contre Te Kooti, jusqu’à son statut touristique actuel, en passant par l’industrie forestière. J’ai particulièrement bien aimé la caravane des années soixante, illustrant la construction des premiers bachs le long des rives : pêche à la mouche, où la capture d’imposante truite n’est pas rare, début des sports nautiques sur Lake Taupo, destination privilégiée des vacances estivales, tout respire le bonheur de vivre.

Après une petite balade humide le long du lac – le plus grand de Nouvelle-Zélande – jusqu’au port, je rejoins les chutes d’eau d’Huka Falls. Entre trois quarts d’heure à pied sous la pluie depuis Taupo, ou 5 minutes en voiture,  je choisirai pour une fois la seconde solution. Hydrologiquement, 26 rivières alimentent le lac, Waikato River est l’unique porte de sortie. Au niveau des chutes, ce sont 40 mètres cubes d’eau par seconde qui s’engouffrent dans une gorge large de 15 mètres, profonde de 10, passant en quelques mètres de la surface à peine ridée d’un large canal, en une violente rivière tonitruante. La puissance de l’écoulement est fantastique à observer, canalisé entre deux parois, il jaillit dans une immense goulotte. Ce n’est qu’après une centaine de mètres que l’écume disparaît peu à peu : le fleuve perd sa teint blanchâtre au profit de sa couleur vert sombre naturelle.

Un dernier petit détour, avant de venir rédiger ce billet m’amène de l’autre côté de Waikato River, où s’écoule une source chaude. Un véritable bonheur que de s’y glisser à l’intérieur, alors qu’une petite averse vous rafraîchit constamment la tête.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J42 – Hawke Bay et Napier

22 06 2011

Marine Parade, Napier, mercredi 22 juin 2011, 17h54

Trajet : Pahiatua – Napier

D = 6297.4 km

Avec mon retour sur la côte est, les journées débutent à nouveau plus tôt, alors que l’obscurité étend son voile presque à la même heure sur tout le pays, avec le solstice d’hiver qui appartient au passé, la longueur des jours va définitivement rallonger. Que du bonheur. A peine huit heure passée, je me mets en route pour Napier, accompagné par quelques nuages et une petite bruine. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à la Tui Brewery Compagny, qui brasse la célèbre Tui, la lager des jeunes kiwis, l’autre bière nationale, la Steinlager étant plutôt consommée par les trentenaires et plus âgés. Point question de dégustation de si bon matin – d’ailleurs la brasserie n’ouvre pour le public qu’à partir de 10h00 –, j’admirerai plutôt la célèbre tour de stockage des malts, reconnaissable à sa construction en brique, ornée de bandes verticales blanches, ainsi que les anciens bâtiments, couleur crème, encore utilisés comme entrepôts.

De retour derrière le volant, le voile nuageux est repoussé vers l’ouest, le crachin n’est plus qu’un souvenir. Au loin, alors que le soleil fait briller les mâts des éoliennes construites sur les crêtes de lointaines collines, un double arc-en-ciel s’y élève; ses rayons diffractés par quelques ultimes gouttes érigent un double arc-en-ciel. Au nord-est, bien qu’il soit déjà passé neuf heure, la portion d’horizon est drapée d’une magnifique robe orangée, qui se fond après dans les tons céruléens. L’explication viendra dans les minutes qui suivent, alors que j’écoute la radio, j’apprends que pour la deuxième fois le nuage de cendre, originaire du volcan chilien, passe au-dessus de la Nouvelle-Zélande. Or, d’un point de vue purement scientifique, plus un lever ou coucher de soleil présente une palette intense, plus le nombre de microparticules en suspension dans l’atmosphère est important.

Chemin faisant, je traverse une région où les dénominations possèdent des consonances scandinaves : Thor Street, Dannevirke, Norsewood. Dans ce dernier village, la halte m’amènera devant quelques maisons, dont l’architecture est similaire avec celle que l’on pourrait trouver en Norvège. Quelques maisons présentent des façades à clins, peintes en rouges, dont les poutres d’angle sont rehaussées de blanc, une véritable carte-postale. Le symbole du village est même l’historique roue scandinave où une simple double poutre en croix remplace les rayons de bois. Au XIXe siècle, Dr Isaac Featherstone, New-Zealand’s First Agent General à Londres, considéra que les peuples nordiques seraient les plus à même d’établir une colonie dans cette fruste et dure région, dont le climat continental est parfois froid et rigoureux. En 1872 et 1873, des norvégiens, accompagnés de suédois et de danois, débarquèrent dans cette région, dont l’appellation, 70 Miles Bush, dénote la difficulté de s’y implanter. Toutefois, la colonisation fut un véritable succès. Après 20 ans, un chêne, aujourd’hui en pleine croissance fut planté. Les traditions des pays d’origine sont loin d’être perdues : des effigies de trolls ornent les rues et le village fête les mêmes dates que les pays scandinaves.

Avant d’arriver dans les plaines de Hawke Bay, un dernier arrêt m’amène à Monckton Scenic Reserve. Mark Pickering décrit si joliment la balade dans son livre, que je me suis dérouté pour effectuer cette petite marche d’à peine 3 kilomètres. Perdus au milieu des plaines, les méandres d’une rivière se sont peu à peu transformés en vallon, une dense forêt a bientôt occupés les lieux, et de nombreux oiseaux y sont venus s’installer. A peine arrivé, le calme est parfait; aucun bruit si ce n’est le ruissellement de l’eau et les sérénades des volatiles. La ballade suit tantôt la rive, tantôt la crête d’un méandre. Nombre d’escaliers et deux ponts permettent d’accomplir cette boucle en forme de huit. Les forêts vierges du Nord, ou les jungles touffues du Sud sont bien loin, ici totaras, hêtres, matais, tawas peuplent les bois, et si les sous-bois sont garnis, ils sont loin d’être touffus. Un peu de mousse colonise le sol, quelques fougères y poussent, mais ce sont les feuilles mortes qui recouvrent la terre. Sympathique petite balade pour dérouiller mes muscles et os, un peu mis au repos ces derniers jours. Au moment de repartir, quelques doutes se sont emparés de moi quand les roues arrières ont commencés à patiner dans l’herbe humide, alors que la boîte à vitesse était déjà sur la deuxième. En embrayant les vitesses lentes, je progresserai lentement, entendant parfois le glissement de la boue le long du caoutchouc. Après quelques minutes je parviendrai enfin à revenir sur un sol plus solide. Un vrai bonheur, quand la plus proche habitation est à quelques kilomètres!

Une longue descente entre les collines m’amène dans les plaines d’Hawke Bay. Un brouillard les recouvre, me cachant jusqu’aux derniers kilomètres avant Hasting les nombreux vignobles de la région. Ce ne fut pas une grande surprise, je savais pertinemment que j’allais traverser cette région. Mon premier arrêt sera pour Sileni Estate, dont le bâtiment semble comme avoir été projeté depuis les étoiles dans les terres. Effectivement, la bâtisse, à l’architecture symétrique et osée, apparaît au bout d’une allée rectiligne, bordée par les vignes. La géométrie parfaite des jardins, des allées et de la cave est impressionnante. Je pénètre dans le cellier, où un silence d’or règne en maître. L’accueil sera très chaleureux, la discussion animée avec l’hôtesse, discutant des vins néozélandais, des cépages cultivés en Valais, de la brume présente, … Un vrai plaisir, qui n’a d’égal que la qualité des vins dégustés :

  • Chardonnay (2009) « The Lodge » : amande en bouche, le chêne est fondu dans les arômes, et se perçoit subtilement à la fin. Son côté miné me plaît beaucoup.
  • Redmetal Merlot (78%)/Cabernet Franc (22%) (2009) : arôme de mûre/myrtille, les tanins ne sont pas fondus en raison de son jeune âge. D’ici 3-4 ans avec un bon pavé de bœuf!
  • Merlot (85%) / Cabernet Franc (15%), Label Noir (2008) : myrtille et floral, l’équilibre entre tanins et douceur est parfait. Il développe des arômes intenses qui emplissent la bouche, et perdurent longtemps. Un véritable must qui accompagnerait une bonne viande rouge, ou un bon morceau de fromage à pâte dure vieilli.

Parmi toutes les caves visitées, la qualité des vins de Sileni Estate m’a fortement impressionnée. La finesse est particulièrement impressionnante, dans le sens où même pour des vins rouges peu âgés (2-3 ans), le chêne est fondu et n’apparaît que de façon subtile, apportant un peu de puissance au vin. Lorsque je prendrai congé, aucun frais ne me sera facturé – comme il est pourtant indiqué – car ce fut un réel plaisir de discuter. Je repars avec le nom d’une autre cave où un autre arrêt est nécessaire. Le brouillard s’est levé, et je découvre enfin le vignoble dans son intégrité: aucun verger ou pâturage ne semble séparer les parchets de vignes. Façon de s’exprimer, car la vue ne porte pas à plus d’une centaine de mètres sur ces plaines plates.  Arrivé à Trinity Hill, de l’autre côté de la vallée, je dégusterai à nouveau trois vins. Un seul point noir au service, les vins  sont servis un peu frais pour développer pleinement leurs arômes :

  • Viogner (2007) : un cépage que je ne connaissais point. Agrume au nez, aromatique en bouche, il manque toutefois de caractère et présente une finale courte.
  • Chardonnay (2009) : j’y retrouve l’amande du précédent, avec un poil d’acidité sur la fin qui ne me convainc pas.
  • Pinot Noir (2008) : arôme de prune et de cerise. Le chêne n’est pas perceptible, sans doute car il s’agit d’un assemblage entre vin vieilli en fût de chêne, et vieilli en tank inox.

Le soleil brillant pleinement dans un firmament bleu, si ce n’est au Nord où les lueurs roses orangées couronnent les crêtes des montagnes, je décide de monter jusqu’à Te Mata Peak, afin que ma vue embrase pleinement la région. Sur le chemin, je m’arrête à Hastings, qui, tout comme Napier, fût reconstruite après un tremblement de terre dans un style Art Déco. Le Westerman’S Building occupé par l’office du tourisme possède une magnifique entrée, aux vitres décorées. Je passerai aussi devant le Hawke Bay Opera House, un survivant d’avant la catastrophe possédant une façade dans le style des missions espagnoles. Pour arriver jusqu’au parking du début de la marche, je traverserai un quartier dont les rues sont bordées de magnifiques maisons, où les SUV de grandes marques européennes occupent les places de stationnement.

Te Mata Peak, qui dans la bouche d’un kiwi devient tomato peak, est une abréviation pour Te Mata o Rongokako, le géant endormi. D’après la légende maorie, le grand chef Rongokako repoussa son plan d’attaque de la tribu voisine lorsqu’il vit la beauté de la fille de son rival. Pour prouver sa virilité, il fut obligé d’accomplir de difficiles tâches. Il les réussit toutes sauf la dernière, qui était de se frayer un chemin en dévorant tout sur son passage. Aujourd’hui son corps forme les collines dont Te Mata o Rongokako est la plus élevée, et la morce qu’il arracha à la terre est la baie d’Hawke Bay. Si vous prenez le temps de regarder une carte, vous verrez que cette baie possède la forme caractéristique d’une morsure dans le littoral de North Island. De façon plus terre à terre, ces montagnes sont le résultat de la rencontre entre les plaques tectoniques du pacifique et de l’Australie qui repoussa les roches sédimentaires en dehors de leur plan horizontal.

Le chemin monte à flanc de colline entre taillis et pâturages occupés par de tranquilles moutons, avant d’arriver jusqu’à la crête. Tout en la longeant jusqu’au sommet, culminant à 399 mètres, je profite de la vue qui s’étend tous azimuts, de Maiha Peninsula jusqu’au Mt Ruapehu, avec la plaine d’Hawke Bay au Nord et Cape Kidnapper au Sud. J’oserai presque le terme de grandiose, mais les nombreux feux de sarments dans les vignobles qui recouvrent les plaines d’un fin voile à l’esthétisme douteux m’en enlèvent l’envie. Je retourne à Hibiscus en longeant l’autre arrête, descendant dans une parois de molasse où de nombreux coquillages fossilisés sont mis à nu par les précipitations. La vue porte sur les nombreuses collines au loin et deux petits lacs essaimant dans les prés en contrebas. Je rejoins le couvert des arbres dans une forêt de séquoias qui élancent leurs troncs rectilignes jusqu’au ciel, avant qu’un petit sentier entouré d’espèces plus locales me reconduise jusqu’au parc. Comme à Redwood Forest à Rotorua, aucun arbuste ne pousse dans le sous-bois.

Encore une vingtaine de kilomètres sans m’arrêter avant de rejoindre Napier. Aucun problème pour une fois, l’abord de la ville n’est pas des plus pittoresques, coincé entre diverses usines. Par contre, une fois arrivé à destination, le décalage temporel est impressionnant. Petit retour vers le passé: ville colonisée dès le 12e siècle par les maoris, James Cook cartographia les parages en 1769 et dès 1854, une colonie fut établie, nommée en l’honneur du général britannique et administrateur colonial Charles Napier. Très vite, elle devint une ville, souffrant d’exiguïté, emprisonnée entre la mer et les eaux d’un lagon. Le 3 février 1931, un violent tremblement de terre, atteignant 7.9 sur l’échelle de Richter, accompagné de ses répliques fit table rase sur la région : Napier et Hastings furent complètement détruites. 258 morts furent comptabilisés, ainsi qu’un nombre incalculable de blessés. A tout malheur son bonheur: la catastrophe souleva la terre, transforma le lagon en des terres situées 2 mètres au-dessus des eaux. Le gouvernement n’hésita pas à proclamer comme siennes ces terres émergées, ainsi que la surface des six anciennes îles appartenant aux maoris. Après quelques mois de planifications commença la reconstruction dans le style en vigueur de l’époque : l’Art-Déco, faisant actuellement de Napier, la capitale mondiale de l’Art-Déco en raison de l’uniformité architecturale.

N’allez pas imaginer les hauteurs du Chrysler building de New-York, l’Art-Déco s’est répandu à même le sol, ne s’élevant que rarement avec des bâtiments de plus de 2 étages. Zigzags, ziggourats, lignes de vitesses, motifs anciens d’inspirations maya, égyptienne et occasionnellement maorie décorent les façades. Les teintes sont pastels : rose, ocre, vert…. Le style est sobre, colonnes et encorbellements ayant fait de nombreux morts et blessés, …. Murs plâtrés et sculptés, terracota travaillée, fenêtres, voûtes, vitres décorées, détails à profusions, … Toutes les caractéristiques sont présentes, un véritable voyage dans le temps. Même les lampadaires électriques installés plus récemment ou l’aménagement des rues possèdent un air rétrograde qui s’intègre parfaitement dans l’architecture. Une petite balade dans les rues m’amènera devant les plus beaux bâtiments : Gaiety de Luxe Cinema, Hotel Central, Scinde Building, Daily Telegraph Building, … Arrivé devant le Deco Center, qui abrite le Art Deco Trust qui s’est longuement battu pour préserver la lignée stylistique de la ville, j’y pénètre sans hésitation. Une veille dame m’accueille et me propose de visionner un film sur l’histoire de la cité. Je n’hésiterai pas une seconde : rappel historique, leçon accélérée sur le mouvement Art Déco, introduction à l’Art Nouveau, avec exemples stylistiques locaux. A la sortie, je discuterai jusqu’à la fermeture du magasin avec cette anglaise au moins septuagénaire, mais si vive. J’apprends que ses premières leçons de ski datent de 1956, en Autriche dans un village où seul son professeur et elle parlaient anglais, qu’elle arriva à Napier il y a une cinquantaine d’années. Elle travaille actuellement pour l’association à titre de bénévole. Un véritable poème. Me voyant emballé par ce mouvement, elle me compte des histoires à propos du weekend Art Déco qui se tient à Napier chaque année : durant ces deux jours particuliers, anciennes voitures emplissent les rues, les habitants revêtent des costumes d’époque, le train de vie redevient celui des années 1930. Cela donne vraiment envie d’y participer.

De retour sur Marine Parade, l’avenue qui longe le front de mer, comme la Promenade des Anglais à Nice, et gagne un des parcs situés à l’entrée de la mer, je jette un coup d’œil à Tania of the Reef (1954), qui possède un air de ressemblance avec la Petite Sirène de Copenhague, et, comme le Lonely Planet m’apprend, a été volée et retrouvée en 2005. Le plus intéressant reste toutefois la fontaine Tom Parker Fountain, illuminée à la nuit tombée de couleurs vives.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

Ce diaporama nécessite JavaScript.