J17 – Catlins Est

28 05 2011

Bluff, samedi 28 mai 2011, 20h00

Trajet : Slope Point – Niagara – Bluff

Distance : 3171.9 km

Franchement bizarre la météo sur les Caitlins! Durant cette nuit, un grand nombre d’averses s’est abattu sur mon campervan, la pluie tambourinant sur le toit métallique. Si au-dessus de moi, la noirceur des nuages cachait le ciel, les étoiles étaient visible de part et d’autre du grain. L’éclairage translucide des gouttes de pluie par la lune au loin donne une ambiance irréelle. De nouveau, la chance est avec moi, le ciel étant clair, je roule encore quelques kilomètres vers le sud, jusqu’à Slope Point, le point le plus méridional de la Nouvelle Zélande, si Steward Island est exclue. Slope, la pente en anglais, a donné son nom à cette pointe, car les terrains descendent en pente douce jusque vers la mer, s’arrêtant en de petites falaises d’une vingtaine de mètres. Une fois parqué, une petite balade m’amène jusqu’au bout du monde, balayé par un vent déchaîné, le même qui souffle sur les quarantièmes hurlants. Un bon bol d’air, qui aura même effleuré l’antarctique avant de venir rafraîchir les côtes néo-zélandaises, me pousse à marcher à moitié courbé pour ne pas être renversé par les bourrasques.

J’y arrive enfin, 46°40’40’’ Sud, 169°00’11’’ Est, 7 kilomètres plus au sud que Bluff. La pointe est ornée de trois signaux, chacun destiné à une catégorie particulière de gens. Le plus connu est sans nul doute celui des touristes, indiquant que l’on se trouve plus proche du Pôle Sud que de l’équateur; vient ensuite la tourelle des marins, dont le but est d’avertir les navires de cette extrémité et enfin la troisième ne concerne que les géomètres et topographes: un vieux trépied rouillé surmonte un point de mensuration. Bien après son lever, le soleil darde ses rayons sur Slope Point. Il doit s’élever suffisamment haut afin d’être visible par dessus la colline. Pour ma part, je ne profiterai que d’un court moment de sa chaleur bienfaisante, de gros nuages ayant décidé d’en jouir pleinement.

North Arm Hut, Rakiura Track, Stewart Island 14h30

Bien que n’ayant pas encore déjeuné, il souffle bien trop par ici pour me restaurer. Je me préparerai eggs and bacon lorsque je serai parvenu dans un endroit plus abrité. Prochaine destination, Curio Bay, où le vent sera tout aussi puissant. Alors que la marée est presque haute, j’ai encore le temps d’admirer la forêt pétrifiée. Il y a un peu plus de 170 millions d’années, des crues soudaine ont emporté la forêt, l’enterrant sous des flots de boue et de limon. Aujourd’hui, les vagues ayant fait leur oeuvre, rongeant petit à petit leur gangue, les troncs fossilisés sont devenus apparents. Les détails sont innombrables: l’empreinte de l’écorce, les grains du bois sont visibles, les cernes saisonnières texturent la roche en de multiples vallons, … Les troncs pétrifiés, plus durs que la pierre environnante, détachent leurs longues silhouettes sur le plateau marnal. Une petite ballade le long de la côte m’amène jusqu’à Porpoise Bay. Je n’y verrai point les dauphins Hector, une espèce très spécifique à la Nouvelle-Zélande, partis dans des eaux plus chaudes pour passer l’hiver. En retournant sur mes pas, je converserai avec un charmant couple de personnes âgées, vivant à Nelso : « You’re a silly boy », un garçon, un bon, pour visiter l’île du Sud en fin d’automne.

Je remonte alors la vallée jusqu’à Niagara Falls (NZ) situé dans le village éponyme. Nommées ainsi par un voyageur local à son retour du Canada, ces chutes d’eau, ou plutôt cascades, même pas, je ne trouve point de mot pour définir ce petit rapide chutant d’à peine 1 mètre. Aussi minuscules qu’elles puissent paraître, leur influence sur l’économie locale fut importante puisqu’elles arrêtèrent complètement la remontée des scows: troncs d’arbre et blés devaient donc transiter par voie de terre depuis l’intérieur du pays avant d’être transbordés sur un bateau ici à Niagara pour rejoindre Dunedin.

Direction Catlins Forest, je me permets une petite halte à Waikawa pour d’une part éliminer déchets et bouteilles que je transbahute depuis quelques jours, et surtout  pour me restaurer. Il est presque l’heure de l’apéro, eggs and bacon seront les bienvenus. Deux autres arrêts touristiques seront nécessaires, l’un pour admirer l’ancienne auge en ciment, dans laquelle s’abreuvèrent les cheveux de la diligence suite à la rude montée de Cemetary Hill, l’autre pour regarder les vestiges de la vieille route empruntée par cette ligne. Je serai toutefois incapable de découvrir la moindre trace sur 500 mètres d’une route terminant en cul-de-sac.

De retour sur une route de gravier – sans en emprunter aucune, il est impossible d’appréhender les Catlins dans leur intégrité -, j’arrive enfin à Waikawa Forest, l’une des rares forêts dont une partie de la végétation n’a pas été influencée par le fort développement de la région à la fin du XIXe siècle. Sur le prospectus, la note suivant la description de la ballade m’avait interpellée, indiquant qu’un bon niveau de forme et qu’une certaine expérience est requise. Le traditionnel panneau du DOC, au début du tracé, met en garde, quant à lui, contre un chemin mal plat et glissant, ainsi que des cours d’eau à traverser à gué. Je m’en réjouis d’avance, et d’ailleurs je n’en ressortirai pas déçu.

Le tracé s’enfonce dans les hautes herbes avant de disparaître dans l’univers sombre de la végétation touffue : feuillus aux troncs recouverts de mousse, fougères-arbres, lichens, racines luisantes, tout transpire d’humidité; à peine un rayon de soleil frappe une surface, que de la vapeur d’eau s’élève de cette dernière. Les verts sont éclatants, les bruns lumineux, … mais tout baigne dans l’ombre de la canopée. Et le chemin, proche de ceux de chez nous, déroule son ruban sinueux entre les arbres. A la place de pierres pour traverser les endroits boueux, des tronçons de pieds de fougère, quelques planches de bois, maintenues par des piquets, pour former de rudimentaires escaliers dans les endroits pentus et éviter des glissements de terrain, … Les cours d’eau à traverser ne seront toutefois que de petits ruisseaux, aisément franchissables d’un long pas, et les endroits glissants, à moins de ne pas savoir poser ses pieds correctement, ne sont pas de véritables dérupes. Sans offense, je n’y amènerai quand même pas mes grands-parents, le chemin reste quand même mal plat.

Et les chutes d’eau? Sans rentrer dans les spectaculaires telles Breidal Vell ou  celle de Kerikeri, elles sont bien jolies. Au pluriel, car il y en a deux. La petite, située plus bas, déverse l’eau en un large ruban, sur une hauteur raisonnable, alors que sa grande soeur, en amont, projette son puissant jet dans un magnifique amphithéâtre sauvage. Il n’est toutefois possible de l’admirer pleinement qu’en traversant la rivière, le pont ayant été emporté par quelques précédentes crues, un peu d’acrobatie  sur de gros rochers, conglomérats de sable et de cailloux recouverts de lichen, permet d’éviter de mettre les pieds dans l’eau. Mais le coup d’oeil vaut le coup: la longue cascade est cernée à gauche par une falaise de molasse, verdie par des mousses, ornée d’une couronne de fougères descendant en grappe, alors qu’à droite la forêt touffue, prenant appui sur de gros blocs, laisse apparaître quelques gigantesques arbres morts, penchés au-dessus du cours d’eau. Magnifiques ballades, sans compter que j’ai oublier de décrire la sérénade des Tuis et de leurs incroyables battements d’ailes. Je vous en avait déjà parlé, mais j’ai découvert aujourd’hui le volatile à l’origine de ce bruit : le pigeon des bois, un oiseau bien plus massif que son cousin des villes.

Déjà le milieu de l’après-midi, le temps s’écoule définitivement trop vite, le dernier arrêt d’importance dans les Catlins sera Waipapa Point, sur lequel est érigé un phare dont la cloche sonna le 1er janvier 884 pour la première fois, annonçant la présence de récifs au large. Il faut dire que l’endroit a connu le pire désastre maritime de la Nouvelle-Zélande lors du naufrage du SS Tararua le 29 avril 1881, avec la mort de 131 passagers sur les 151 embarqués. En début d’après-midi, alors qu’il s’écrase contre les rochers, les naufragés sont tout d’abord confiants, lorsque l’un des leurs a réussi à nager les 300 yards jusqu’au rivage pour prévenir des secours. Toutefois, ils arriveront trop tard, et à mesure que la journée avance, la panique s’accroît à bord, surtout lorsque la mer se fait de plus en plus agitée. Finalement, à 2 heures du matin, un dernier cri se fait entendre, et les corps seront rejetés sur le rivage. Leur décomposition étant trop rapide, ils seront enterrés dans un lopin de terre jouxtant la plage. Si une stèle et trois pierres tombales marquent l’endroit, cela n’empêche pas les moutons d’y venir pâturer en paix.

De ce cimetière, Tararua Acre, je gagnerai le phare en marchant le long de plage, à la bordure du ressac. Il paraîtrait que des sables mouvants hantent les pieds des dunes. J’ai pris beaucoup de plaisir à respirer cet air chargé d’embrun, le nez au vent, la veste claquant dans les rafales. Moment intemporel, perdu dans l’infini bleu de l’océan. Peu avant la pointe, je remonte sur les dunes, sous le regard bienveillant de deux gros lions de mer mâles gardant le troupeau. Le phare, dans sa blanche livrée de rigueur, est surmonté d’une petite girouette rouge vif. A ses côtés, un massif d’arbres aux troncs couchés par le vent, à la frondaison sculptée par les airs, marque l’emplacement de l’ancien bach des gardiens. Aujourd’hui, seules deux poutres de fondation résistent encore. Dos au vent, le retour jusqu’à Hibiscus est bien plus véloce.

Dernière étape de la journée : Fortrose, la porte d’entrée ou de sortie à l’est des Catlins. J’y trouve une pierre, la dernière de l’ancienne forge de Fortrose, qui fut aussi une fonderie durant l’Age d’Or de la région. Il en sortait marmites à graisse pour les baleiniers,  bougies et éléments de wagon pour les trains destinés à sortir les troncs de la forêt, ou encore divers éléments de machines à vapeur. Un peu à l’écart, le cimetière dans lequel est enterré le capitaine du SS Tararua fonctionne à la manière de celui d’une grande ville avec ses quartiers et un immense tableau récapitulant la position des tombes, le nom et le prénom de l’enterré, ainsi que sa date d’inhumation.  Sinon je profite de rajouter quelques litres d’essence dans le réservoir, avec 400 km au compteur depuis le dernier plein, il me serait théoriquement possible d’atteindre Invercargill situé une soixantaine de kilomètres, mais je préfère ne pas tomber en rade en pleine campagne.

Invercargill, une ville dépeinte comme triste et grise par les voyageurs. Il faut dire que coincée entre les Catlins et Fjordlan, elle aurait bien de la peine à rivaliser avec ces merveilles de la nature. Pourtant, durant mon bref arrêt, je ne la trouve pas dénuée de charme avec sa rue principale ornée de façades de la fin XIXe/début XXe siècle, si particulières à ces villes du Nouveau Monde. Passage par le supermarché pour acheter quelques effets qui me seront sans doute nécessaires sur Stewart Island, puis je me trouve un petit coin pour dormir. Alors que je réchauffe mon curry, un orage éclate. Je me réfugie à l’intérieur pour finir de cuisiner : opération délicate lorsque le réchaud est coincé derrière l’évier, mais cela m’évite quelques aller-retour sous une pluie battante. La seule obligation, une grande aération à la fin du repas pour éviter que toute la vapeur générée ne condense au petit matin, et ne se transforme en déluge intérieur.

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J16 – Catlins Ouest

27 05 2011

Près de Slope Point, vendredi 27 mai 2011, 19h30

Trajet : Nugget Point – Slope Point

D=3011.8km 

Ce matin, le ciel est grand bleu; seuls quelques nuages sont éparpillés loin à l’horizon. Le lever de soleil est magnifique sur Nugget Point, quand les côtes des Catlins se parent de couleurs mordorées. Aujourd’hui je poursuis ma descente vers le sud, sûrement ma dernière partie, car une fois passé Slope Point, le point le plus au sud, il faudra bien remonter vers le nord.

Lever de soleil sur la côte des Catlins

Les Catlins, j’en avais longuement entendu parler par de nombreux voyageurs, vantant ses qualités, sa magnificence. A la fin de cette belle journée, je n’arrive pas à me décider si je suis déçu ou pas ; mais, dans tous les cas, cela ne dépasse pas mes espérances. Entre la petite introduction de Nugget Point et la phrase d’un célèbre écossais dont les paysages locaux lui rappelaient son pays natal, je m’attendais à une nature un peu plus sauvage. Oui, les dunes sont vierges, les falaises intactes, et quelques grands massifs forestiers sont intacts, mais partout ailleurs les pâturages font la loi, moutons et vaches se repaissent en paix de cette herbe rendue si verte par l’humide climat. Je ne suis pas contre les prairies. Traverser de grandes régions plantées de forêt où la route serpente entre deux murs végétaux, telle celle de Waipoua Forest, est intéressant les dix premières minutes, après le paysage devient monotone : reliefs invisibles, absence de profondeur, perte de luminosité, …. Mais, trêve de réflexion, si je n’ai pas beaucoup avancé en ligne directe, ma journée s’est déroulée agréablement, entrecoupée de nombreuses pauses et balades, dont voici les grands moments.

Première halte à Cannibal Bay, nommée ainsi en raison des ossements humains découverts lors de fouilles archéologiques. Une petite balade le long de plage me conduira jusqu’à Surat Bay. En chemin, je rencontrerai quelques lions de mer néo-zélandais, espèce endémique au pays. Pesant près de 300 kilogrammes, soit le double des phoques à fourrure, avec une mine patibulaire, il ne me viendrait pas à l’idée de m’approcher. D’ailleurs, lors de la traversée des dunes entre les deux baies, lieu de couchage de ces mammifères, j’observerai mon chemin, bien décidé à faire demi-tour si l’un d’eux se trouvait sur le tracé.

NZ Sealion, lion de mer endémique à la Nouvelle-Zélande (Cannibal Bay)

De retour sur la Southern Scenic Route, je m’arrête une fois passé Tunnel Hill, afin d’admirer un haut fait d’ingénierie du XIXe siècle. Alors que l’économie de la région battait son plein, notamment avec l’exploitation forestière, la construction d’une ligne ferroviaire fut décidée afin de permettre un transport facilité et rapide des troncs. Comportant pentes et ponts parmi les plus osés construits sur South Island, un tunnel dut même être percé : pics, pioches et pelles furent employés pour accomplir à bien la tâche. Commencé en 1891, le tunnel complètement recouvert de briques produites sur place fut ouvert deux ans plus tard. Devant le déclin de l’économie forestière, ainsi que par la concurrence du transport routier, le dernier train circula en 1971 avant que la ligne ne soit démantelée. Dans le fond, la Nouvelle-Zélande compta un grand nombre de lignes ferroviaires, principalement destinées à la marchandise, avant d’être pour la plupart abandonnées dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le bout du tunnel (Tunnel Hill)

Owaka, principale ville locale, fière de ses 395 habitants, abrite un excellent petit musée sur la région. Il me permettra d’apprendre entre autre que le nom de Catlins est dérivé de celui du capitaine Catlin, chasseur de baleines qui acheta un très grand terrain aux maoris peu après la signature du traité de Waitangi. Seule la partie arborant aujourd’hui son nom fut toutefois reconnue comme étant sa propriété. Humide, propice tant à l’exploitation forestière et agricole qu’aux stations de baleines, l’économie locale décolla rapidement. L’histoire régionale est retracée depuis les maoris, chasseurs de Moa, dont de nombreux ossements furent retrouvés jusqu’à l’époque actuelle en passant par l’âge d’or. Comme dans de nombreux musées néo-zélandais, relativement à l’âge du pays, les artefacts historiques utilisés sont ceux qu’auraient pu utiliser mes arrières grands-parents. D’ailleurs je suis persuadé que j’ai déjà vu à de nombreuses reprises ces machines à coudre Singer et ces appareils photographiques d’un autre temps dans des brocantes sur le vieux continent, ou encore tous ces outils simplement suspendus à l’extérieur des raccards et autres chalets valaisans.

Outils divers (Owaka, Catlins Museum)

Quittant les terres, je rejoins la côte et longe l’estuaire d’Owaka Lake jusqu’à Jak’s Bay. Une petite marche d’approche m’amène aux abords de Jack’s Blowhole, un véritable chaudron des enfers, si l’eau était remplacé par la lave. Situé à près de 200 mètres de la mer, les vagues déferlent dans un étroit canal jusque dans ce trou profond de 55, long de 144 et large de 68 mètres. L’écho assourdissant des vagues qui s’écrasent contre les parois domine les bêlements des moutons situés dans les champs voisins. Le lieu fut nommé en l’honneur du Chef Maoris Tuhawaiki, surnommé bloody Jack. Le spectacle est plutôt impressionnant, notamment quand plusieurs lames se déversent successivement sans que l’eau n’ait le temps de refluer vers la mer.

Jack’s Blowhole (près de Catlins Head)

Abandonnant la violence océane, je ne quitte pas pour autant l’élément aqueux. Lors de deux petites balades dans des forêts régénérées composées d’essences locales comme les Totoras, Matais ou Muris ou autres Kahikateas, je découvre deux chutes d’eaux. La première, Purakaunui Falls se distingue par sa chute, divisée en trois paliers successifs. Ces sections de tailles identiques lui donne un petit air artificiel. Sans la présence du rocher sur le premier plateau ou des arbres poussant de façon savamment enchevêtrée, la construction aurait pu être humaine. La seconde, Matai Falls ne vaut pas vraiment le détour: il s’agit plus d’une petite cascade que de véritables chutes.

Purakauni Falls (Catlins)

La dernière visite de la journée ne sera pas des moindre avec Cathedral Caves, de spectaculaires grottes naturelles creusées dans les parois par les vagues. Pour les visiter, deux conditions. La première est liée à la marée: elles ne sont accessibles que durant une heure de la basse mer; la deuxième est que l’océan permette de marcher sur la plage pour y accéder. Aujourd’hui la deuxième condition était juste à la limite de l’acceptable, les déferlantes remontants hauts dans la plage. Les visiteurs sont obligés de se déchausser pour visiter les grottes et aussi de se mouiller jusqu’à mi-cuisse pour admirer les entrées dans leur ensemble. Mais l’effort vaut la peine, le spectacle est plus que magnifique. Pour ma part, je rentrerai dans la première caverne, dont l’entrée est digne d’un géant, puis me glisserai par un large couloir relié à l’autre grotte pour ressortir par la deuxième porte, tout aussi gigantesque que la première. Par pur plaisir d’ailleurs, je repasserai dans l’autre sens, avant de me glisser à moitié dans l’eau pour observer l’ensemble. Un peu refroidi, les pieds glacés, je remonte jusqu’au Campervan alors que le soleil couché a rendu bien sombre le petit chemin se faufilant dans la forêt.

Le large, vu depuis l'une des grottes (Cathedral Caves)

Le plus dur de la journée sera de trouver une petite place pour dormir. Sachant que le camping sauvage est particulière surveillé dans les Catlins et que l’amende salée s’élève jusqu’à 20$, mieux vaut trouver le bon endroit. Aucun parking du DOC avec des toilettes plus ou moins proches, il existe bien le MacLean Camping, mais il faut débourser 25$ pour une place: un peu cher. Le prochain étant situé à Curio Bay, distant de 30 kilomètres, je déciderai d’en parcourir 10 de plus pour rejoindre un gratuit situé à Weits Beach, que m’avait indiqué Jonathan, et proche de Slope Point. Arrivé tardivement, je me prépare un bon petit curry de poulet, accompagné de graines de couscous et d’un bon morceau de fromage et d’excellents sablés au chocolat, dans la plus pure tradition des walkers écossais.

Il semblerait que le dicton affirmant que pas une journée ne se passe sur les Catlins sans qu’une goutte de pluie ne mouille les routes soit plus que valable, à entendre le grain qui vient de s’abattre sur Hibiscus. Et dire qu’il y a 30 minutes, j’admirai la voie lactée, si visible par l’absence de pollution lumineuse. J’espère que le vent emportera bien vite ces nuages pour admirer un beau lever de soleil sur Slope Point demain matin.

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J15 – Albatros, pingouins et moutons

26 05 2011

Nugget Point, jeudi 26 mai 2011, 18h40

Trajet : Dunedin – Otago Peninsula – Nugget Point (Catlins)

D=2847.4 km

Alors que je dormais paisiblement, les bruits de klaxons d’une voiture, passant en trombe à côté de mon campervan, me tirent du sommeil. Sans doute un néo-zélandais mécontent que je parque mon véhicule sur cette petite place avec une vue englobant Otago Harbour. Je dois reconnaître que je suis un peu moins frais que les autres matins, quand la veille au soir, je me suis contenté d’eau ou d’un verre de rouge pour souper et que je rejoignais Morphée avant 22h00.

Ah, le Sud de la Nouvelle-Zélande, sa grisaille, son brouillard, sa fine bruine, je crois que j’ai définitivement quitté ces plaines où l’été indien ne cessait de perdurer. Qu’à cela ne tienne! Poursuivons notre descente méridionale. Mais avant, un petit détour d’une soixantaine de kilomètres jusqu’à Taiaroa Point, l’extrémité de la péninsule d’Otago, s’impose. Sur le chemin aller, je longe la rade d’Otago; la route suit les courbes de Broad Bay, Portobello Bay, … Les nuages recouvrent l’intégrité du paysage, noyant dans les brumes les monts au-dessus de Dunedin et Port Chalmer, rappelant les anciennes contrées celtiques. Le long du rivage, de pittoresques baraquements de pêcheurs s’avancent sur la mer, montés sur pilotis, une simple rampe en bois pour mettre à l’eau un canot ou encore plus moderne, un kayak de mer. J’arrive enfin à Taiaroa Point, un des deux seuls endroits au monde où l’albatros royal niche. En règle général, une visite en fin d’après-midi, lorsque les airs sont plus forts, permet de voir ces oiseaux aux ailes de géant planer, ou plutôt voler sur place face aux bourrasques de vent. J’aurai toutefois le plaisir d’en observer quelques uns, deux partant vers le large à la recherche de nourriture, et un autre tournoyant lentement au-dessus de la pointe. Définitivement, la finesse, conjuguée à l’envergure de leurs ailes, en fait de magnifiques volatiles marins. J’aurai une discussion passionnante avec le conservateur du Royal Albatros Center à propos de ces oiseaux, ainsi que sur la faune aérienne de Steward Island, qui se conclut par un enthousiaste : « vous verrez, vous allez adorer : ici, nous avons les oiseaux marins, là-bas, en plus des chemins boueux, il y a tous les oiseaux du bush qui ne cessent de se répondre ».

albatros royal (Taiaroa Point)

Au moment de partir, un albatros survole le parking, plongeant en un élégant virage sur tribord avant de partir vers le large, me laissant un impérissable souvenir. En quittant la péninsule d’Otago par Highcliff Road, peu après avoir dépassé Harbour Cone, un mont qui mérite son nom, j’aperçois au bord de la route un panneau de signalisation indiquant « Stock ». Sachant que les stocking trucks sont les camions pour transbahuter les moutons d’un bout à l’autre du pays, est-ce que j’aurai l’agrément d’observer le changement de parc d’un troupeau ? Je m’arrête le long d’une clôture, cinquante mètres plus loin que le portail grand ouvert. Au bout de quelques minutes, j’entends un sourd grondement, accompagné d’aboiements et de pétarades de moteurs. Soudain, une marée blanche déferlant d’un pré, poursuivie par un chien, un berger sur une moto de trial et le patron sur un quad, est contenue dans un enclos de taille réduite. Le portail est alors ouvert, et les moutons traversent la route en quête d’un pâturage à l’herbe verte. J’apprendrai par après que le cheptel est constitué de 1500 têtes. Cela en fait des gigots!

marée de moutons - à l'étal

Je quitte définitivement la péninsule, et profite d’un dernier passage à Dunedin pour faire le plein. Enfin, ce sera plutôt une pompiste qui remplit le réservoir et, alors que je m’apprête à vérifier la pression des pneus, insiste pour le faire, tout en discutant de ma destination. Et pour la petite histoire, c’est l’endroit où j’ai payé le moins cher mon litron d’essence. Quand je vous disais que les néo-zélandais sont des exemples de générosité. Ayant fait quelques courses hier soir, je suis fin prêt pour aborder les Catlins, cette région sauvage située au Sud-Est de South Island.

Toutefois, à peine après avoir quitté les faubourgs de la cité écossaise, je m’arrête pour une petite balade afin d’observer un exemple d’excentricité. Dans les années 1870, le Capitaine Cargill, afin de donner, ou plutôt de créer, un accès à une plage privée décida de creuser un tunnel dans une falaise pour rejoindre le niveau de la mer. Aujourd’hui, même les désargentés peuvent emprunter l’escalier en béton pour rejoindre la plage. Toutefois, je ne m’aventurerai pas à m’y baigner. J’avais été impressionné par les vagues d’Oponini sur la côte Ouest dans le Far North. Du sentier descendant depuis le parking jusqu’à l’entrée du souterrain, le grondement du ressac se fait entendre et, à proximité du bord de la falaise, les coups de boutoirs des vagues peuvent presque se faire ressentir. Le déchaînement de la houle du Pacifique contre les falaises est tout simplement grandiose. Les vagues éclatent en gerbe, les embruns s’envolent dans les prés. A peine la vague a-t-elle déferler qu’elle se reforme dans l’écume de la précédente et s’abîme en un nouveau rouleau. Arches, courbes, corniches, blocs écroulés, pointes … découpent le rivage, modifiant les lames qui s’entrecroisent; les vagues s’entrechoquent, conduisant à d’admirable envolée de flots au-dessus de la mer déchaînée. Au niveau de la plage, le spectacle est encore plus terrible: les vagues semblent s’élever encore plus hautes, les lames semblent redoubler d’ardeur pour abattre ces murailles verticales.

la houle tentant d'abattre les murailles (Tunnel Beach)

De retour sur la SH1, que je ne quitterai qu’à Balclutha, je traverse le Sud de l’Otago, une région, qui est, sans trop de surprise, pastorale. Toutefois, les douces courbes des collines, les bosquets de conifères et de feuillus, les vaches paissant tranquillement ne sont pas sans rappeler le plateau fribourgeois, l’esthétisme des grandes fermes gruyériennes en moins, remplacé ici par l’immonde hangar métallique. Après avoir passé un panneau me souhaitant la bienvenue dans les Catlins, je m’arrête à la réserve du Bush d’Awaki afin d’aller regarder de vieux totaras, âgés de 300 ans. Une petite route de gravier me mène jusqu’à un sentier traversant des prés privés. Au bout de quinze minutes j’arrive enfin à la réserve végétale, accueilli par un concert de cris d’oiseaux. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, jamais je n’avais entendu pareille animation : chants, battements d’ailes, bruissements dans les branches, la forêt semble douée d’une vie propre. Et contrairement à tout autre endroit où le silence se fait dès qu’un humain s’approche ou se fait entendre, ici, les bruits continuent. Une véritable surprise, encore grandie par la beauté de ce sous-bois, où peu de promeneurs doivent venir s’y balader, compte tenu de la petite marche pour y accéder. Et c’est à cela que ressemble le bush de Steward, à cette vie foisonnante, …

Alors que la fin de l’après-midi approche, je m’en vais à Nugget Point, véritable porte d’entrée des Catlins. A l’approche de la pointe, la sauvagerie de la région fait surface: landes, bushs poussent à profusion, les douces collines sont remplacées par un paysage plus abrupt, la molasse beige est troquée contre des falaises grises ou du basalte noir, les verts verdoyants des champs se muent en une palette de verts foncés. Et pour ne rien gâcher, les nuages, qui ne se sont pas levés, floutent artistiquement le paysage, le plongeant dans une ambiance mystérieuse. J’en tombe déjà amoureux.

Nugget Point

Je finirai ma journée par une opération Pingouin à Roaring Bay. Seul, alors qu’un jeune couple franco-kiwi a abandonné la partie, je me planque dans la cache, jumelles, appareil photo, habits chauds, timtam au chocolat noir et beaucoup d’espoir. Au bout d’une demi-heure / trois-quarts d’heure, l’attente est récompensée: un premier pingouin à yeux jaunes sort de l’eau en se dandinant. Il traverse la plage, s’agite pour passer par-dessus un tas de bois flotté, et alors que je ne m’y attendais pas le moins du monde poursuit sa route en direction du bush et commence à escalader la pente par petits sauts successifs pour rejoindre son nid, situé dix mètres plus haut. Comique, voilà la vérité. L’arrivée d’un deuxième pingouin confirmera que le comportement du précédent n’était pas le moins du monde excentrique. J’assisterai aussi à un intense moment de communication, ponctué de ces nombreux cris ayant nommé véritablement ces pingouins, hôiho. Ayant remisé mon matériel, j’observerai sur le chemin du retour trois autres volatiles sortir de l’eau, mais la tombée de la nuit est trop avancée pour me permettre de suivre leur mouvement.

Pingouin Hoiho (pingouin à yeux jaunes)

De retour au campervan, il est l’heure du souper. Etant à Nugget Point, je comptais me faire un petit curry de poulet, mais je me rends compte que j’ai malheureusement oublié d’acheter la viande. Rassurez-vous, je ne mourrai pas de faim, et apprécierai goulûment mes pâtes crème-saumon-citron, suivies d’un petit morceau de fromage et d’une excellente stout, très chocolatée, bien qu’un peu fraîche, de la brasserie Brew Moon. Ce soir, je serai bercé par le bruit du vent qui souffle sur cette pointe.

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J 14 – Dunedin

25 05 2011

Dunedin, mercredi 25 mai 2011, 17h40

Trajet : Oamaru – Dunedin

D=2620.3 km

Dehors il fait encore nuit lorsque je grille mon bacon, tout comme quand je le dégusterai, accompagnés de ses œufs brouillés. Ce n’est que vers 7h00 que les premières lueurs s’allument, alors que le soleil se couche déjà tôt, vers 17h30. Le Sud se rapproche de plus en plus. Après une petite balade sur la plage, je roule le long de la côte, en direction de Moeraki. Comme le soleil se lève aussi lentement que les pingouins, peut être que j’arriverai aux boulders lorsqu’il pointera au-dessus de l’horizon.

Pile à l’heure! J’ai juste le temps de parcourir les derniers 300 mètres sur la plage. Et ils sont là, décorés d’une frange mordorée, paisiblement posés sur leur moelleux lit sablonneux. S’ils ne sont pas aussi nombreux que par marée basse, le spectacle de ces formations géologiques dont l’ovoïde est très proche de l’optimum sphérique est grandiose. La précipitation de carbonate de calcium autour d’un petit noyau génère ces concrétions, dont l’âge peut atteindre plusieurs millions d’années. Plus dure que leur gangue de molasse qui se désagrège peu à peu, abrasée par les vagues et le sable, ils apparaissent à la surface des plages. Il en existe de similaires sur Katiki Beach, plus au sud, ou encore à Waimarama Bech à Hawke’s Bay, mais la beauté de ceux de Moareki est due à leur nombre et à leur intégrité physique. La marée ne cessant de monter, et afin de les photographier autrement qu’à contre jour, chaussures, pantalons, t-shirt et pull sont délicatement déposés au sec, avant que j’aille rejoindre l’élément aqueux. Plutôt fraîche, surtout quand quelques nuages provenant du Nord sont venus cacher le soleil.

N’ayant pas pu profiter de la gastronomie de Fleur hier soir, je décide quand même de faire un détour pas Moeraki. Cela en vaudra la chandelle. Le restaurant occupe une ancienne demeure de pêcheur, près de l’ancien wharf en fer forgé, provenant directement d’une fonderie londonienne. La bâtisse, dont les murs en partie recouverts de tôles ondulées sont percés d’immenses fenêtres à croisillons, trône au milieu d’une place, mi-jardin, mi-quai où s’empilent dans un désordre ordonné nombre d’objets traditionnels : filets, barils, ancienne machine à laver manuelle, flotteurs, annexe, … Je me sens comme chez moi. Je profiterai d’y déguster le meilleur café qu’il m’ait été donné de boire en Nouvelle-Zélande, et que je classerai dans les 5 meilleurs de ma vie, tout en taillant une bavette avec deux employés.

Avant de rejoindre la SH1 qui devrait me conduire à Dunedin, je fais un petit détour par le phare de Katiki, une véritable carte postale avec une prairie verdoyante, une route de gravier traçant un sillon gris par monts et par vaux jusqu’à une petite tourelle blanche surmontée d’une lanterne, perdue dans la verdure. Je me baladerai un petit moment dans la réserve située juste à côté, découvrant une cache du DOC sur la plage où nichent deux colonies de pingouins. Si j’avais su je serai venu ici, la proximité de la plage doit rendre l’observation bien plus exaltante et surtout permettre de voir véritablement les volatiles.

Toutefois, je ne roulerai pas longtemps avant d’opérer un bref arrêt à Katiki Beach. Seule une maigre bande de sable n’étant pas encore recouverte par la marée montante, je n’observerai pas d’autre boulder. Presque d’une traite je parcours les 20 kilomètres me séparant de la réserve de Tavora. Un petit chemin, marqué par un tracé à l’herbe fauchée, mène le long d’une falaise. La vue sur les côtes déchiquetées de l’Otago est magnifique ; un banc y est d’ailleurs placé pour en profiter. Redescendant au niveau de la mer, le sentier mène à une petite plage au sable couleur ocre, attenant à une praire humide, où viennent nicher certains oiseaux menacés. Depuis ces dernières années, des actions visent à favoriser le développement de végétation sur les dunes afin de sauver ce précieux biotope mis à mal depuis le siècle dernier.

A une vingtaine de kilomètres de Dunedin, le paysage se modifie profondément; la hauteur des collines s’accentue, les routes deviennent pentues pour monter, et encore plus pour descendre, de véritables toboggans par endroits. Le soleil qui ne m’avait pas quitté ces derniers jours est caché par des nuages, scotchés sur les monts érigés dans l’Otago. Le climat lui même est plus frais, et même si les palmiers poussent toujours, la végétation est plus rude, plus adaptée aux conditions rigoureuses de l’Otago. Pour mon premier contact avec cette région, je comprends que les écossais s’y soient plus à merveille, météo et morphologie du terrain devaient ressembler à leur terre natale. La route passe par Port Chalmer, une ravissante petite ville portuaire, fondée au XIXe siècle, dont la rue centrale est bordée de vieux bâtiments Si le port est actif dans le commerce du bois, la cité draine actuellement nombre d’artistes dunédins, comme en témoigne les nombreuses échoppes de joaillers, sculpteurs et autres artisans. Toutefois, ce qui m’a le plus frappé en arrivant est l’une des église surplombant la ville, d’architecture (néo-)gothique, érigée en pierres taillées. Son caractère froid et fier rappelle le climat humide et rude des landes.

Arrivé à Dunedin, qui fut longtemps capitale de la Nouvelle-Zélande, je ne m’attendais pas à une ville construite en longueur à flanc de colline. Cela explique la description du Lonely Planet faisant état de nombreuses côtes. D’ailleurs, cette ville possède la rue résidentielle la plus pentue du monde, inscrite au Guinness Book. Ce sera ma première visite, et effectivement, pentue, elle l’est, avec une portion de 70 mètres atteignant 28.6%.

Je rejoins ensuite l’Octogone, le centre de la cité, d’où partent toutes les rues sur un plan orthogonale. Après avoir parqué le van, je profite qu’il fasse encore jour pour me balader dans la ville. Dès le début, la forte influence anglaise est ressentie dans l’architecture générale de la ville, tant pour les bâtiments officiels (gare, université), que pour les petites maisons individuelles, possédant leur petit jardinet privatif. En passant par le campus de l’Université de l’Otago, la plus ancienne du pays, je retrouve la même architecture que celle pour l’église de Port-Chalmer. Une véritable merveille qui me fait presque regretter de ne pas avoir étudié dans de tel bâtiment. Si le reste de la vieille ville n’est pas aussi caricatural, Dunedin est véritablement un petit bout de terre anglaise perdu de l’autre côté de la planète. J’adore.

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J 14 – nouvelles

24 05 2011

Dunedin, mercredi 25 mai 2011, 21h00

De retour à la civilisation, le temps de poster quelques nouvelles. Je vous laisse découvrir mes dernières aventures le 18 mai. Comme j’ai un certain nombre de billets à mettre à jour, les photos ne seront visibles que sur le diaporama. Je laisse vos méninges travailler pour placer les illustrations aux bons endroits durant la lecture.

Ce soir au menu, rien de plus sain qu’un bon fish’n’chips après la lessive hebdomadaire, au cours de laquelle je rencontrerai Tillian un kiwi pure souche de Dunedin. Et pour terminer la soirée, je passerai boire un verre au Capitain Cook, au moins 8 fois plus grand que celui de Lausanne. Toutefois, l’ambiance y est aussi électrisée par le match de rugby, que par un rencontre footballistique sur le vieux continent. Excellente soirée! Un peu avant minuit je quitterai le bar: il n’est pas question d’héberger des petits nains quand tant de choses restent à découvrir.

Demain, je quitte Dunedin pour les Caitlins, en passant d’abord par la péninsule d’Otago.





J 13 – Mornes plaines du Canterburry et de l’Otago Nord

24 05 2011

Orore Point, mardi 24 mai 2011, 20h00

Trajet : Pukaki Lake – Oamaru

D=2457.9 km

Ce matin, je me suis réveillé juste à temps pour observer l’embrasement des nuages lorsque le soleil s’est levé sur le lac Pukaki. Je ne verrai pas une dernière fois le Mount Cook, les MacKenzies sont perdus dans les nuages. Je passe rapidement faire le plein d’essence à Twizel, ville construite en 1968 pour servir d’habitation lors de la construction du complexe hydroélectrique de Tekapo-Pukaki-Ohau. Aujourd’hui, plus de 1000 habitants ayant refusé de l’abandonner en 1984 avec l’achèvement du chantier, y habitent encore. Puis je rejoins à nouveau le canal Pukaki.

Lorsqu’avant-hier j’avais vu la centrale Tekapo B à la fin du canal reliant Tekapo à Pukaki Lake, je ne me doutais pas qu’il faisait partie d’un gigantesque complexe hydroélectrique produisant 550 mégawatts au travers de huit centrales, dont le volume d’eau turbinée provenant originalement de Tekapo Lake est augmenté par celui de Pukaki et d’Ohau. Lors de ma descente sur Omarau, je longerai ce complexe jusqu’à Lake Waitaiki, dont le barrage, datant de 1928, le plus ancien du dispositif, fut construit uniquement avec des matériaux arrachés au pic et à la pelle de la montagne.

Mais revenons au début de cette journée qui fut essentiellement dévolue à relier Aoraki National Park à la côte ouest. Du sud du Canterburry au Nord de l’Otago, les plaines traversées sont presque exclusivement dévolue à la culture et au pâturage. L’environnement n’est pas aussi passionnant que celui des parcs nationaux ou de la péninsule de Banks. Je pourrais même dire qu’elle se rapproche un peu de la description des plaines de Souardie (cf. Lanfeust et le monde de Troy). Toutefois, il est quand même possible d’y trouver quelques endroits intéressants. Si juste après avoir quitter Twizel, je fus déçu de ne pouvoir apercevoir que de loin les plaines du Rohan, ainsi que les champs de Pelennor, de Lord of the Rings, une incursion sur les terres d’une propriété privée jusqu’aux Clay Cliffs, littéralement les falaises d’argile ne me décevront pas.

Je vous avais déjà parlé de ces steppes et de ces élévations terrestres que j’avais qualifiées de grandes collines. Depuis hier, j’ai appris qu’il ne s’agit ni plus ni moins d’anciennes moraines, datant de l’âge de glace du Pléistocène. Ces falaises ne sont pas composées, comme le nom pourrait l’indiquer d’argile, mais sont générées par l’érosion plutôt rapide d’une moraine locale. Les maoris appelaient cet endroit Paritea, falaise blanche ou colorée, en référence sans doute aux cailloux de diverses couleurs détachés des parois, dont certains présentent une couleur pourpre ou verte, non sans rappeler les teintes du célèbre jade néo-zélandais.

Difficile de décrire ce paysage inhabituel. Il ne faut pas imaginer une falaise plus ou moins rectiligne. Ici, l’érosion due à la pluie et au vent a sculpté le terrain, créant des pics, dessinant des colonnes, évidant des lucarnes dans ces terrains morainiques. Il est possible de pénétrer à l’intérieur même de petites criques refermées sur elles-mêmes, hérissées de tourelles… Je me plais à imaginer la chaleur que doit atteindre ce véritable four sous un soleil de plomb en plein été, alors que seul le vol des pigeons nichant dans les nombreux trous, remuent l’air. Une bien belle visite, qui mérite presque les 5$ de droit de passage établi par le propriétaire des lieux. Coutumes surprenantes mais assez habituelles ici.

Ma route rejoint à nouveau le complexe hydroélectrique sur les rives de Benmore Lake. Ce lac fut artificiellement crée lors de la construction du deuxième plus grand barrage de South Island. Tout comme la force brute nécessaire à canaliser les eaux des précédents lacs en créant de gigantesques remblais, le barrage est de type poids, qui résiste à la poussée de l’eau grâce à sa masse, un peu comme un gigantesque talus étanche érigé au milieu d’une vallée. Grand ouvrage pour la Nouvelle-Zélande, mais bien moins impressionnant que nos barrages voutes helvétiques, chefs-d’œuvre d’esthétisme. Néanmoins, je roulerai sur son faîte, avant de longer la rive Nord de Lake Aviemore où s’écoulent les eaux toujours turquoises de Tekapo Lake.

A Duntroon, je quitte Waitaki River et ses constructions modernes pour remonter dans le temps. Un premier flashback devait me faire parvenir quelques 500 ans en arrière, à l’époque pré-européenne. Toutefois, l’éboulement de la falaise a rendu interdit l’accès au site des peintures maories. Qu’à cela ne tienne! un panneau explicatif m’indique que la région possède un certain nombre de fossiles et autres curiosités géologiques; je n’ai qu’à suivre le parcours fléché pour les découvrir.

Premier arrêt : Earthquake. Il y a de nombreuses années de cela, les premiers scientifiques avaient supposé que le paysage collinéen, parsemé de falaises et de trous, s’était formé suite à un tremblement de terre. Actuellement, l’explication rationnelle fait intervenir le glissement de deux plaques géologiques d’origines différentes, mais dont la pierre est dans les deux cas similaires à notre molasse. J’y découvrirai mes premiers fossiles in-situ de baleine dans un paysage quelques peu surprenant, où d’énormes blocs côtoient palmiers et falaises. Je me sentais un peu déplacé, comme un certain Bob Morane lors de son voyage dans le crétacé africain. Après avoir quelque peu tournicoté dans la cambrousse, je trouverais finalement Elephant Rocks, des rochers dont l’aspect massif et arrondi rappelle la forme des pachydermes.

Et enfin, en milieu d’après midi, j’atteins le but de ma journée: Oamaru, une ville possédant deux atouts: d’une parte le nombre de bâtiments victoriens qu’elle conserve, d’autre part ses colonies de pingouins. Je ne serai déçu ni par l’un ni par l’autre. Comme ces volatiles ne sont visibles qu’à la tombée de la nuit, j’ai encore un peu de temps devant moi pour visiter la ville. Si la balade le long de la route principale recèle de magnifiques bâtiments, presque tous dessinés au XIXe siècle par Forrester and Lemon, les deux architectes locaux, elle est ternie par la réfection de la route principale qui dégage une incroyable quantité de poussière, asséchant la gorge et desséchant la peau. Je me réfugierai dans le quartier des anciens entrepôts de cette ville qui fut aussi active que Los Angeles à une même époque. A nouveau, les décors des fenêtres ou des porches rivalisent non plus entre les banques, mais entre les différentes compagnies maritimes. Et au détour d’une porte, je visiterai l’entrepôt d’un négociant en laine. A l’intérieur, les énormes ballots sont empilés les uns sur les autres, selon la qualité; les sacs vides sont empilés dans de grandes cages alignées, alors qu’à l’entrée la petite officine comporte exclusivement des livres de comptes manuels. Une belle découverte.

Alors que la nuit tombe, je rejoins bushy beach où une colonie de pingouins à yeux jaunes niche. Si l’accès à la plage est interdit dès 15h00, je ne résisterai pas à la tentation de descendre quelques marches d’escalier et me planter en affût pour observer un oiseau de plus près. D’autres touristes, français et japonais, n’ayant pas hésité à descendre sur la plage, se feront remettre à l’ordre par des habitués et conviés à remonter rapidement afin que les pingouins puisent revenir à leur nid. Finalement, j’en verrai distinctement un seul; une dizaine d’autres seront aperçus mais la pénombre du crépuscule nuageux empêchera leur observation. De retour au van, d’une part ayant promis à la dame de Te Horo Beach de faire mon possible pour m’y arrêter et d’autre part il est, d’après la description de divers guides, criminel de ne pas y déguster des fruits de mer, je ne ferai pas le trajet ce soir. j’aurais presque parcouru les quelques 60 kilomètres jusqu’à Moeraki pour dîner Chez Fleur et observer les boulders dès l’aube naissante mais  le restaurant est ouvert du mercredi ou dimanche. Je chercherai donc un petit coin tranquille pour passer la nuit, à la sortie d’Oamaru.

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